Vu au Sud - Vu du Sud

[Tribune] Pour un Tchad libre et républicain

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Mis à jour le 29 avril 2021 à 11h00



Par  Eric Topona Mocnga

Journaliste à la rédaction Afrique francophone de la Deutsche Welle (média international allemand), à Bonn.

Le président français Emmanuel Macron assiste aux funérailles du défunt président tchadien Idriss Deby, avec les autorités locales à N’Djamena, le 23 avril 2021.
Le président français Emmanuel Macron assiste aux funérailles du défunt président tchadien Idriss Deby,
avec les autorités locales à N'Djamena, le 23 avril 2021. © Oredje Narciss/REUTERS

Au lendemain de la mort du président Déby, la France entérine la création d’un conseil militaire de transition, au détriment des principes démocratiques. Mais les jeux ne sont pas faits.

Depuis le 20 avril 2021, le Tchad porte le deuil de son président de la République et de ses institutions républicaines. Lorsque le chef de l’État français Emmanuel Macron prend la parole à N’Djamena, le 23 avril 2021, à l’occasion des obsèques de son homologue Idriss Déby Itno, il ne prononce pas seulement l’oraison funèbre du maréchal disparu, mais aussi celle du socle de l’État du Tchad, à savoir sa Constitution. Emmanuel Macron se révèle chantre d’une Françafrique qu’il promettait pourtant, comme ses prédécesseurs, de renvoyer aux calendes grecques dès son arrivée à l’Élysée, le 14 mai 2017.

« Un coup d’État entériné sans réserve »


Le président français Emmanuel Macron lors des funérailles d’Idriss Déby Itno à N’Djamena, le 23 avril. © Christophe Petit Tesson/Pool via REUTERS

Comment comprendre que le décès du président Idriss Déby Itno signe par ricochet l’acte de décès de la loi fondamentale du Tchad et de ses institutions ? C’est qu’il s’agit de la suite logique d’un coup d’État militaire. Roland Marchal − spécialiste de la Centrafrique et du Tchad au Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences-Po Paris et chargé de recherches au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) − s’en indigne à juste titre lorsqu’il déclare dans les colonnes du quotidien français Le Figaro : « Le problème n’est pas tant que Macron se rende aux obsèques. La France a été un allié de toujours d’Idriss Déby et, vis-à-vis de nos alliés en Afrique, il eût été maladroit de le lâcher dans la mort. Le problème est d’avoir entériné un coup d’État sans réserve. »

Le chef de l’État français a été rejoint dans ce paternalisme décomplexé digne des heures les plus sombres de la colonisation par Josep Borell, le responsable de la diplomatie européenne : « Il faut aider le Tchad. Il faut passer outre les considérations politiques. » Sacré paradoxe ! On « aide » le Tchad en foulant aux pieds ses institutions et sa Constitution.

Une semaine plus tôt, le président français était précédé dans cette imposture par un obscur Conseil militaire de transition (CMT). Cette quinzaine de hauts gradés de l’armée tchadienne qui officialisaient alors le décès du chef de l’État s’autoproclamèrent presque immédiatement représentants du peuple tchadien souverain et s’octroyèrent les pleins pouvoirs. Ils avaient sans doute déjà reçu l’onction discrète de Paris. La suite des événements atteste cette hypothèse.

Affaiblissement continuel des institutions

Pour ceux-là qui arguent de la nécessité de préserver la stabilité du pays face aux menaces de déstabilisation des groupes armés, notamment la rébellion du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT), il faut se demander pourquoi les institutions de l’État du Tchad n’ont pas plus de valeur que le papier sur lequel elles sont inscrites. Dans ses relations avec le Tchad, la France a toujours eu pour stratégie l’adoubement des hommes forts et l’affaiblissement continuel des institutions.

Il est bien plus aisé, pour l’ancien empire colonial, de faire prévaloir ses ambitions de puissance ou de prédation devant un « homme fort » plutôt que face à des institutions fortes. Voilà pourquoi, du fait de la disparition soudaine d’un « homme fort », pourtant mortel, il n’y a plus aucun Tchadien pour prendre la relève.

La bien mal nommée armée tchadienne est en réalité, depuis près de trente et un an, la garde prétorienne d’un homme et de son clan pour la perpétuation d’un pouvoir autocratique. Minée par des divisions internes et à mille lieues d’une armée républicaine nationale, elle concentre en son sein tous les maux qui rongent la société tchadienne depuis trois décennies. Elle répond à un homme – non à un État ou à une nation. D’où le branle-bas constaté à l’annonce du décès de son chef, le maréchal Idriss Déby Itno.

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LA VOLONTÉ DE MUSELER ENCORE PLUS LE PEUPLE TCHADIEN

Au lieu de respecter l’ordre constitutionnel, la France et les pontes du régime en place ont décidé d’introniser sur-le-champ Mahamat Déby à la place laissée vide par son père, comme dans une monarchie de droit divin, au mépris de tous les usages et pratiques républicains et des dispositions constitutionnelles en vigueur. Cette dévolution dynastique du pouvoir d’État du père au fils participe en réalité à la volonté de museler encore plus longtemps le peuple tchadien afin de faire prévaloir, à son détriment, les intérêts géostratégiques de la France. La France de Macron reproduit non pas les mêmes erreurs qu’hier, mais la même stratégie en vertu de laquelle on trouve aujourd’hui de vertueuses raisons à un coup d’État militaire.

Un Tchad nouveau pour toutes et tous

Les clameurs d’indignation face à cette imposture s’élèvent bien au-delà du Tchad. En Afrique centrale où sont à peine voilées les tentations dynastiques de dévolution du pouvoir, le précédent tchadien pourrait faire jurisprudence.

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IL FAUT SALUER L’APPEL AU RESPECT DE L’ORDRE CONSTITUTIONNEL ET À UN RETOUR RAPIDE À UN GOUVERNEMENT CIVIL DE L’UA

Mais le crime est loin d’être parfait et les jeux sont loin d’être faits. Il faut cependant saluer l’appel au respect de l’ordre constitutionnel et à un retour rapide à un gouvernement civil du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA), lors de sa 993e réunion, tenue le 22 avril.

Cet appel « exhorte les forces de défense et de sécurité tchadiennes et toutes les parties prenantes nationales à respecter le mandat et l’ordre constitutionnel, à s’engager rapidement dans un processus de restauration de l’ordre constitutionnel et de transfert du pouvoir politique aux autorités civiles, conformément aux dispositions pertinentes de la Constitution de la République du Tchad, et à créer les conditions propices à une transition rapide, pacifique, constitutionnelle et sans heurts. »

Le CPS de l’UA demande également la tenue d’un dialogue national entre toutes les composantes de la société tchadienne. Il faut aussi saluer la mobilisation de l’immense majorité des Tchadiens, des partis politiques, de la société civile, des mouvements de confessions religieuses chrétiennes contre la prise du pouvoir et sa confiscation par les militaires. Sans oublier les cris de révolte des peuples du continent qui demeurent mobilisés aux côtés du peuple tchadien.

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LE PEUPLE NE BAISSE PAS LES BRAS ET MAINTIENT LA FLAMME DE LA PROTESTATION

Ce dernier, épris de justice et de démocratie, promet de ne pas baisser les bras dans sa lutte afin de maintenir plus vive et incandescente que jamais la flamme de la protestation et de la révolte légitime contre la confiscation du pouvoir politique par le clan du président défunt. Le tout, pour parvenir à un Tchad nouveau, un Tchad pour toutes et pour tous, un Tchad à l’abri de la peur et du besoin, un Tchad libre et démocratique, débarrassé des scories de la dictature et de la pensée unique. Vivement.

Tchad: de nouveaux appels à manifester lancés pour ce mercredi

Mahamat Idriss Deby Itno, qui dirige le Conseil militaire de transition (CMT), a pris la parole mardi 27 avril pour lancer un appel à «l'union sacrée».
Mahamat Idriss Deby Itno, qui dirige le Conseil militaire de transition (CMT), a lancé un appel à «l'union sacrée». © Tele Tchad via AP

Au Tchad, les opposants et la société civile hostiles au Conseil militaire de transition appellent à de nouvelles mobilisations ce mercredi. Un appel à sortir dans les rues reconduit après une journée de mardi marquée par d’importants rassemblements dans des quartiers périphériques de la capitale et dans certaines villes de province. Parallèlement des discussions s'engagent pour la formation du gouvernement de transition.

 
 

Alors que des consultations ont commencé pour la formation du gouvernement de transition et que des personnalités politiques sont reçues par les nouvelles autorité, les forces de sécurité, policiers et militaires sont déployés dans la capitale. Quelques attroupements sont signalés dans certains quartiers de la capitale, dont le quartier Walia du 9e arrondissement, mais la situation semble moins tendue ce mercredi matin, rapportent nos envoyés spéciaux et correspondants.

Pas comparable en tout cas, dans ces premières heures du jour, à celle d’hier où avant même le lever du soleil, un très grand nombre de personnes étaient dans les rues pour pour demander le départ du CMT et dénoncer la politique française, jugée « complice d’une dérive monarchique » du pays. C'est dans les 7ème et 9ème arrondissement de la capitale que les manifestations ont été le plus fortes.

Hier, les affrontements avec les forces de l’ordre ont duré toute la matinée. Pour un bilan de cinq morts dans le pays, selon les autorités, neuf au moins pour la société civile. Avec aussi de nombreux blessés, et des arrestations, y compris de journalistes…

Autre fait marquant de la journée d’hier, c’est la première prise de parole de Mahamat Idriss Deby ?

Une semaine après l’annonce du décès de son père et sa nomination à la tête de la transition militaire, Mahamat Idriss Deby est sorti de sa réserve. Pour la quasi-totalité des Tchadiens, c’est la première fois qu’ils entendaient sa voix.

Une « adresse à la nation » d’un quart d’heure diffusée par les médias officiels dans laquelle le chef du CMT a défendu la place de l’armée dans la transition. Mais il a aussi promis la tenue d’un dialogue inclusif et la tenue à termes d’élections libres et transparentes.

À lire aussi Mahamat Idriss Déby s'adresse aux Tchadiens après une matinée de violences

Il a également demandé l’aide de ses partenaires étrangers face aux défis sociaux, économiques et sécuritaires, tout en les assurant que le Tchad respecterait ses engagements, notamment dans la lutte contre le terrorisme.

Une déclaration qui intervenait alors que dans le même temps, à Paris, Emmanuel Macron et le président en exercice de l’Union africaine, Félix Tshisekedi, l’exhortaient à mener une transition inclusive et démocratique.

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Mali : pour la transition, le plus dur reste à faire

| Par - Envoyée spéciale
De g. à d. : Assimi Goïta, le vice-président et Bah N’Daw, le président de la tran-sition, ainsi que Malick Diaw, le président du Comité national de la transition, le 24 septembre 2020, à Bamako.
De g. à d. : Assimi Goïta, le vice-président, et Bah N’Daw, le président de la transition, ainsi que Malick Diaw, le président du Comité national de la transition,
le 24 septembre 2020, à Bamako. © H.DIAKITE/EPA/MAXPPP

Révision constitutionnelle, redécoupage territorial, lutte contre la corruption… Il reste moins d’un an au discret président de la transition, Bah N’Daw, à son vice-président, Assimi Goïta, et au chef du gouvernement, Moctar Ouane, pour mener à bien les réformes dont le pays a besoin. Et elles sont nombreuses.

« Ma plus grande satisfaction résidera dans la passation de témoin au futur président de la République, élu proprement et indiscutablement », insiste Bah N’Daw. Tonnerre d’applaudissements des invités, réunis au Centre international de conférence de Bamako, le 25 septembre 2020, pour son investiture en tant que président de la transition ainsi que celle de son vice-président, le colonel Assimi Goïta. Dans un discours d’une vingtaine de minutes, Bah N’Daw égrène ce qui sera la boussole de la transition : lutter contre le terrorisme, éradiquer la corruption, organiser des élections transparentes, amorcer la réconciliation nationale, renforcer les mesures contre l’épidémie de Covid-19…

Le 20 février, cette volonté du président, déclinée dans un programme d’action gouvernemental, a été présentée par le Premier ministre, Moctar Ouane, devant le Conseil national de la transition (CNT). Alors que la présidentielle et les législatives arrivent à grands pas – leur premier tour a été fixé au 27 février 2022 –, de nombreux défis leur restent à relever.

Le cycle de l’insécurité

L’un des chantiers majeurs de la transition demeure la gestion de la crise sécuritaire. La forte présence de militaires dans l’équipe au pouvoir a suscité de l’espoir. Les principales figures de l’ex-Comité national pour le salut du peuple (CNSP), qui a renversé Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) le 18 août 2020, étaient présentées comme des militaires de terrain, au fait des réalités. Bien que celles-ci demeurent au cœur des pouvoirs exécutif et législatif, la situation sécuritaire du Mali n’a fait que s’aggraver au cours des derniers mois, selon plusieurs observateurs.

Le cas du village de Farabougou, dans la région de Ségou, a suscité l’émoi. Sous embargo jihadiste depuis octobre dernier, et ce malgré l’intervention de l’armée puis la visite d’Assimi Goïta, la localité n’a vu cette crise résolue que récemment, grâce à l’intervention du Haut conseil islamique du Mali avec la bénédiction des autorités. Le 14 mars, un accord de cessez-le feu a été conclu entre les jihadistes – affiliés à la katiba Macina, groupe lui-même lié au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) – et les chasseurs traditionnels dozos, marquant la première étape d’un accord plus durable.

« Le cycle de l’insécurité n’a pas pu être inversé. Au contraire, cela s’aggrave, regrette Housseini Amion Guindo, le président de la Convergence pour le développement  du Mali (Codem). Désormais, de grandes villes comme Bandiagara et San sont aussi attaquées. Le pays a besoin d’une nouvelle doctrine sécuritaire. » Les autorités de la transition ont plusieurs fois réaffirmé leur volonté de dialoguer avec les chefs jihadistes maliens, Amadou Koufa et Iyad Ag Ghaly, conformément aux conclusions du dialogue national inclusif qui a eu lieu à la fin 2019. Mais pour l’heure, aucune indication n’a été donnée sur d’éventuelles tentatives d’entrer en contact avec ces derniers, ni sur les points qui pourraient faire l’objet de négociations.

Économie fragilisée

En plus de l’épineuse question sécuritaire, les autorités de la transition ont hérité d’une économie durement fragilisée par plusieurs mois d’instabilité politique et par la pandémie de coronavirus. D’autant que, face à une deuxième vague du virus qui sestrévélée plus meurtrière à la fin de 2020, l’exécutif a dû prendre une nouvelle série de mesures restrictives, qui auront un impact sur l’économie. Cependant, malgré la grave crise du secteur cotonnier, le pays a été porté par la bonne santé de l’or et a pu tenir le cap, avec une récession de seulement 2 % en 2020, selon le FMI. Ses prévisions sont même optimistes pour 2021, avec une croissance attendue de 4 %.

Et force est de constater que le gouvernement y travaille, en essayant d’agir sur les filières clés. En février, le ministre de l’Agriculture, Mahmoud Ould Mohamed, a lancé des assises du coton afin de relancer la production. Le ministre des Mines, de l’Énergie et de l’Eau, Lamine Seydou Traoré, veut dynamiser le secteur minier en accélérant la mise en application du nouveau code minier, adopté en 2019…

Mais cette relative stabilité de la croissance permettra-t-elle de répondre aux doléances des syndicats, dont ceux du domaine de l’éducation et de la santé, qui multiplient les grèves depuis le début de la transition ?

Des réformes très attendues

En plus du front social bouillonnant, les autorités de la transition doivent faire face à de nombreuses attentes sur le plan politique : réformes institutionnelles et électorales, redécoupage territorial, lutte contre la corruption et l’impunité… Autant de points pris en compte dans le programme d’action du gouvernement. « C’est très ambitieux au vu du temps imparti à la transition. Mais ce sont des dossiers qui doivent être pris en charge par différents départements. Çela devrait donc aller, se réjouit un diplomate basé à Bamako. La politique du Premier ministre est déclinée et il s’est entouré d’une équipe compétente. »

La majeure partie des réformes envisagées est d’ailleurs acceptée par tous les Maliens, car la plupart d’entre elles ont été répétées au fil de divers forums depuis plusieurs années. Mais si l’introduction de la proportionnelle dans l’élection des députés pour obtenir une meilleure représentativité ou la création d’une cour des comptes pour parvenir à plus de transparence font l’unanimité, d’autres sujets, comme l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation, continuent à créer des tensions. D’où la nécessité pour Moctar Ouane de parvenir à un consensus.

Le Premier ministre a mis en place un comité d’orientation stratégique qui réunit les partis politiques et des organisations de la société civile afin d’échanger sur les différentes réformes à effectuer. Le 15 avril, le gouvernement a par ailleurs rendu public un chronogramme des élections, qui prévoit notamment un référendum constitutionnel le 31 octobre.

Certains soulignent cependant un « manque d’inclusivité » dans la gestion de la transition, en prenant pour exemple la publication même du chronogramme des élections. « Comment comprenez-vous qu’on rencontre la classe politique le mardi au ministère de l’Administration territoriale, qu’on ne discute pas avec elle du processus électoral dont elle est l’acteur principal, et que, deux jours plus tard, on publie un calendrier électoral ? » s’interroge Ibrahim Ikassa Maïga, coordinateur national du Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), qui a manifesté pendant trois mois l’an dernier pour réclamer la démission d’IBK.

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CE CALENDRIER, C’EST JUSTE DU SAUPOUDRAGE, UNE FUITE EN AVANT

« Ce calendrier, c’est juste du saupoudrage, ajoute-t-il. Une fuite en avant pour répondre à la forte pression de la communauté internationale qui oblige les autorités actuelles à tenir leur promesse de respecter le délai de la transition. »

Bras de fer sur l’organisation des élections

Pour d’autres, le calendrier électoral pose également une question de temps. « Non seulement les conditions d’un consensus ne sont pas réunies pour toucher à la loi fondamentale, mais la transition ne dispose pas d’un délai suffisant pour mener les réformes. Dix-huit mois ne suffiront pas et je crains que les élections se tiennent à marche forcée », regrette Brahima Fomba, enseignant à l’Université des sciences juridiques et politiques de Bamako.

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AUJOURD’HUI, PERSONNE NE PEUT DIRE QU’IL Y A UN RÉEL CHANGEMENT

« Pour qu’une transition fonctionne, il faut passer par un processus d’extirpation puis de constitution. Les nouvelles autorités auraient dû montrer la rupture avec l’ancien régime et jeter les bases de la fameuse refondation qu’elles prônaient au départ. Aujourd’hui, personne ne peut dire qu’il y a un réel changement », analyse pour sa part Boubacar Haïdara, chercheur associé au laboratoire Les Afriques dans le monde (LAM).

« On s’achemine déjà vers le milieu de la transition. Le seul chantier qui devrait occuper ses dirigeants, c’est l’organisation des élections. Ils n’auront plus ni les moyens ni le temps de faire le reste », conclut-il.

L’organisation des élections fait l’objet d’un bras de fer entre les autorités et les partis. Tandis que l’une des attentes majeures des politiques est la création d’un organe unique de gestion des scrutins, le gouvernement semble vouloir maintenir le statu quo, en confiant la préparation des scrutins au ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation.

Plusieurs responsables au sein de l’administration évoquent un manque de temps : un nouveau mode de gestion ne pourrait être fonctionnel avant les prochains votes. « Nous tenons à l’organe unique de gestion des élections. Il faut a minima le créer sur le papier et mettre en place une disposition transitoire, quitte à le rendre opérationnel plus tard. La proclamation des résultats doit être réalisée par un organe indépendant », insiste un représentant de la Cedeao chargé du dossier malien depuis le début de la crise. La mission effectuée fin avril par le médiateur de la Cedeao, le Nigérian Goodluck Jonathan, pour évaluer les progrès faits par la transition, devrait permettre d’avancer sur cette question d’organe unique.

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ILS FONT DU IBK SANS IBK

Pour le coordinateur du M5, Ibrahim Ikassa Maïga, « il faut d’abord rectifier la transition, opérer la refondation structurelle de l’État et, sur la base d’un fichier électoral accepté par tous, organiser des élections libres et transparentes ». Le M5 a annoncé observer une trêve durant le mois de ramadan, mais se dit prêt à appeler à la mobilisation dès que cette péridoe s’achèvera. « Après la trêve, nous sortirons pour obliger [les autorités en place] à rectifier la transition. Si on continue ainsi, il y aura une crise avant, pendant et après les élections car ils font du IBK sans IBK. »

 

Banane : Côte d’Ivoire contre Équateur, un combat perdu d’avance ?

| Par 
Plantation de bananes en Côte d’Ivoire

Alors que la banane sud-américaine ne cesse de gagner du terrain sur le marché européen, crucial pour les producteurs ivoiriens, camerounais et ghanéens, l’association panafricaine Afruibana appelle à organiser la résistance.

Sur le marché européen, la banane africaine affronte sa concurrente sud-américaine telle David devant Goliath. Sauf que l’issue de la bataille risque d’être l’inverse de celle de l’épisode biblique avec le triomphe du grand – l’Amérique du Sud représentée par l’Équateur, la Colombie et le Costa Rica – sur le petit, l’Afrique et ses trois principaux producteurs, la Côte d’Ivoire, le Cameroun et le Ghana.

Représentant 6,7 millions de tonnes en 2020, dont seulement 630 000 produites au sein de l’Union européenne (UE), le marché européen est approvisionné à 75 % par la banane sud-américaine dite « dollar » contre seulement 15 % par les produits ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique).

Face à cette situation, Afruibana, association panafricaine de producteurs et d’exportateurs de fruits créée en 2017 et présidée par le Camerounais Joseph Owona Kono, tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme.

Construire un commerce gagnant-gagnant

Après avoir lancé un appel à Abidjan en 2019 pour sauver les exportations africaines vers l’Europe, elle a présenté le 21 avril un livre blanc sur la filière africaine en marge d’une visio-conférence réunissant, outre son président et son vice-président, l’Ivoirien Jean-Marie Kakou-Gervais, trois eurodéputés, la Française Marie-Pierre Vedrenne, l’Allemande Pierrette Herzberger-Fofana et le Portugais Carlos Zorrinho, entre autres.

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FACE À UN VÉRITABLE DÉFERLEMENT DE PRODUITS, NOUS AVONS BESOIN D’UN MINIMUM DE RÉGULATION

Objectif : renforcer le partenariat entre l’Afrique et l’Europe pour construire un commerce des bananes gagnant-gagnant dans le cadre de l’accord post-Cotonou, sur lequel les pays ACP et l’UE sont parvenus à un consensus politique fin 2020, et de la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), entrée en vigueur début 2021.

« Nous devons construire ensemble un plan d’accompagnement du secteur pour assurer sa durabilité, en investissant notamment dans la qualité, la formation et la décarbonation », plaide Joseph Owona Kono, insistant sur le fait que les producteurs européens, dont la France via les Antilles, le Portugal, l’Espagne et la Grèce, sont touchés, comme leurs homologues africains, par la concurrence sud-américaine.

« Face à un véritable déferlement de produits, nous avons aussi besoin d’un minimum de régulation », ajoute Joseph Owona Kono, également secrétaire exécutif de l’Association bananière du Cameroun (Assobacam).

Chute des prix

Un combat qui semble toutefois difficile à mener. Dans les années 1990, la banane a provoqué une guerre commerciale entre l’Europe et les producteurs sud-américains, ces derniers (soutenus par les États-Unis) demandant devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) la suppression des droits de douane imposés aux bananes « dollar » – dont les bananes ACP étaient exemptées.

Après une longue procédure, le conflit s’est résolu par la signature d’un accord en 2009, entérinant la baisse progressive des droits de douane sur la banane « dollar » et, de facto, la réduction de la protection offerte aux bananes ACP. Le tarif douanier, qui devait passer de 176 euros la tonne en 2009 à 114 euros en 2019, est tombé à 75 euros en 2020 et 2021.

Résultat, les producteurs équatoriens, colombiens et costaricains ont rapidement pris une position dominante en Europe. « Entre 2014 et 2020, l’origine “dollar” a progressé de plus d’un million de tonnes quand les autres provenances ont stagné ou baissé », note Denis Loeillet, agroéconomiste et spécialiste de la banane au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Rien qu’entre 2019 et 2020, les volumes sud-américains ont progressé de près de 6 % quand ceux des pays ACP ont reculé de près de 5%.

À cela s’ajoute la baisse continue des prix – passé de 14,10 euros en 2014 à 11,70 euros en 2020 pour le carton de bananes et de 76 à 63 centimes d’euros sur la même période pour le kilo de bananes importées – en raison d’une abondance de l’offre au regard de la demande, ce qui réduit les revenus des producteurs.

80 000 emplois en jeu

« Les plus compétitifs, dont l’Équateur, qui exporte dans 100 pays et a livré 1,6 million de tonnes en 2020 en Europe, disent que leurs marges se réduisent comme peau de chagrin. Imaginez la situation des producteurs africains, moins compétitifs, assurant seulement 600 000 tonnes d’exportations vers l’Europe et très dépendants de ce seul marché… », expose Denis Loeillet.

Premier exportateur africain en Europe, la Côte d’Ivoire a vendu 300 000 tonnes en 2020, suivie du Cameroun avec 180 000 tonnes et du Ghana avec 77 000 tonnes, le continent assurant 9 % du marché européen des bananes dessert selon Afruibana. Dans les trois pays, le secteur représente 80 000 emplois directs et indirects, toujours selon l’association.

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VISER UNE PRODUCTION ZÉRO INSECTICIDE À L’HORIZON DE QUELQUES ANNÉES

Alors que la bataille sur les tarifs douaniers semble bien perdue, les acteurs continentaux n’ont pas d’autre choix que de chercher à se démarquer de la concurrence en investissant dans la production de qualité, écologique et responsable.

Ce positionnement, qui répond aux attentes des consommateurs européens et aux engagements « vert » de plus en plus forts de l’UE, implique aussi des efforts de la part des distributeurs pour créer des canaux de vente adaptés et rémunérateurs.

« Du côté des producteurs africains, la montée en gamme est déjà en cours notamment grâce à de nouveaux systèmes de production plus vertueux, ce qui permet de viser, par exemple, une production zéro insecticide à l’horizon de quelques années », juge Denis Loeillet, ajoutant que ce mouvement devra, pour percer, aussi s’appuyer sur l’essor des marchés nationaux et régionaux.

[Chronique] RDC : politicaillerie sans fin ?

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Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Glez

Le carnaval politicien, c’est toute l’année en RDC. À peine constituée, la surprenante « Union sacrée » de Félix Tshisekedi aurait-elle déjà du plomb dans l’aile ?

Valse des cravates, cha-cha-cha des vestes retournées, et tango des retours d’ascenseur. Jeux de dupes politiciens sous jeux de masques électoraux, et trompe-l’œil d’alternance de 2019, grâce à un pacte faustien qui se révèle cheval de Troie dans une majorité dynamitée. Courants politiques à l’intérieur de partis, eux-mêmes encastrés dans des majorités de bric et de broc. L’actualité politique congolaise de ces trois dernières années n’a rien à envier aux 90 épisodes de la populaire telenovela américano-colombienne « Catalina »…

Il aura fallu de nombreux mois au président Félix Tshisekedi pour parvenir à s’émanciper, aguichant patiemment des kabilistes qui auront rendu possible la destitution de l’ancien bureau de l’Assemblée nationale, lequel était dirigé par Jeanine Mabunda, et la déchéance du Premier ministre de l’époque. Mais il n’aura fallu que quelques jours pour que des membres débauchés de la famille politique de l’ancien raïs ne se plaignent de la répartition des postes dans la RDC de « l’Union sacrée ». Le gouvernement – pourtant pléthorique – de Sama Lukonde Kyenge n’est pas encore investi, que des déçus réunis au sein du « Collectif des révolutionnaires de l’Union sacrée » le jugent déjà non représentatif.

Ambitions et frustrations

Commission spéciale, task force dirigée par Jean-Marc Kabund, entretien avec le nouveau président de l’Assemblée nationale et mémorandum adressé au chef de l’État… Les frondeurs attendent réparation, sans doute sous la forme de nominations extra-gouvernementales.

Derrière les discours d’engagement désintéressé, ambitions et frustrations seraient-elles les ultimes mamelles de la politique made in RDC ? Dans ce feu d’artifice permanent digne de Machiavel, l’électeur a sans doute du mal à reconnaître les siens. Bien sûr, les stratégies politiciennes ont droit de cité en démocratie. Mais que peut penser le citoyen, quand une nation se caractérise par une accumulation de richesses plus que putatives et de fléaux plus qu’effectifs ?

Deux ans après le début du mandat du président Tshisekedi, et deux ans avant l’agitation qui ne manquera pas d’accompagner la prochaine élection présidentielle, certaines localités du pays n’ont même pas le loisir d’attendre que le quinquennat commence « pour de vrai ». Depuis le 28 mars, 21 000 Congolais auraient été déplacés de la localité de Bakwakenge au Kasaï, à la suite d’affrontements au cours desquels au moins 13 personnes ont été tuées et 190 maisons réduites en cendres. Dans le Nord-Kivu, ce 11 avril, des affrontements dégénéraient, provoquant la mort d’au moins sept personnes. Pendant ce temps, dans la capitale du « scandale géologique » congolais, 175e dans le classement mondial sur l’Indice de développement humain (IDH), on partage maroquins et jetons de présence…