Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

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sénateurs-asile-immigration
 
 
À l’heure où notre militante, Martine Landry, est poursuivie pour « délit de solidarité », les sénateurs débattent du projet de loi asile et immigration. Si ce projet est adopté en l’état, plusieurs mesures mettront en danger les droits des réfugiés et des migrants et menaceront de poursuites pénales ceux qui leur viennent en aide.

Martine n’avait fait qu’apporter son aide, du côté français de la frontière, à deux adolescents guinéens auparavant expulsés de France de manière illégale. Cette situation souligne la nécessité de modifier la loi française : il faut mettre un terme aux poursuites contre des personnes qui, comme Martine, apportent leur aide humanitaire ou une assistance juridique aux migrants et réfugiés, sans en retirer un bénéfice financier ou matériel.

Ensemble, appelons les présidentes et présidents de groupes au Sénat à garantir les droits des réfugiés et migrants et à protéger ceux qui agissent pour les défendre.
 
 
J'AGIS
 
Il est urgent de réformer la loi française pour empêcher de telles poursuites, régulièrement engagées à l’encontre de personnes impliquées dans des actions humanitaires ou d’assistance juridique auprès des migrants et réfugiés.

Merci de votre soutien.
 
 
  sylvie  
Sylvie Brigot-Vilain
Directrice Générale d'Amnesty International
France
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  Photo : Hémicycle du Sénat © www.senat.fr

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ONU: le «oui, mais» de Mgr Auza au projet
de pacte mondial pour les migrations (Zenit)

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Des services de santé controversés

À propos du projet de « Pacte mondial pour une migration sûre », élaboré par l’ONU, Mgr Auza s’est félicité des «efforts constants visant à préserver l’intégrité et l’objectif du Pacte mondial» et à «combler les lacunes de protection qui subsistaient dans la version précédente du projet». Il s’est dit satisfait du projet révisé qui «reflète adéquatement le caractère juridiquement non contraignant du Pacte et, en même temps, établit un cadre normatif complet des meilleures pratiques et des politiques migratoires». Mais il émet de lourdes réserves sur les services de santé.

Mgr Bernardito Auza, nonce apostolique et observateur permanent du Saint-Siège, est intervenu à la séance d’ouverture du cinquième cycle des négociations intergouvernementales sur le Pacte mondial pour une migration sûre, ordonnée et régulière, à New York, le 4 juin 2018.

Le représentant du Saint-Siège a en revanche dénoncé «l’inclusion de documents non négociés au niveau international qui ne partagent pas le consensus à l’Assemblée générale», entre autres la promotion explicite du «paquet de services de santé controversé connu sous le nom de MISP». Il a donc demandé la supression des «  références aux principes du HCDH (Haut Commissariat aux droits de l’homme) et au Manuel GMG (Global Migration Group) ».

Lire la traduction par Hélène Ginabat du discours de  Mgr Auza: ONU: le «oui, mais» de Mgr Auza au projet de pacte mondial pour les migrations (traduction complète), Zenit, 05/06/18

La petite Mawda : une déshumanisation qui s’implante chez nous et entre nous (Reli-infos)

bandeau reli-infos

Une « Opinion » très interpellante de Guillaume de Stexhe, professeur émérite à l’UCLouvain – Saint Louis Bruxelles.

Les migrations : du Mexique à l’Australie et à la Méditerranée, un des plus grands défis, et une des pires tragédies, du temps que nous avons à vivre. Leur réalité est compliquée, et les façons de l’assumer le sont plus encore – à la différence des alternatives simplistes: frontières soit étanches, soit effacées ; l’entre-soi barricadé, ou bien les sociétés dissoutes dans la pure circulation de tous partout ; le refus fanatique du métissage, ou bien l’indifférence aux moyens, au rythme et aux limites de l’intégration… Fantasmes de « solutions » instantanées et parfaites, oublieux soit de l’exigence, soit des conditions d’une socialité concrète et durable dans un monde globalisé (et il est si rassurant d’appartenir à un camp et de maudire l’autre : fachos / bobos…). Mais la responsabilité agissante, dans un monde tragique, ne peut que tenter sans cesse des solutions limitées, des bricolages partiels, progressifs, coûteux, toujours insatisfaisants.

Pourtant, ces simplismes ne sont pas équivalents : les uns sont animés par le goût de la fraternité, d’autres par la peur, parfois par la haine que nourrit la peur. C’est précisément là-dessus que la tragédie qui secoue notre pays me fait réfléchir ; non pas (hélas) pour dessiner une orientation concrète et positive face à ces défis, mais pour saisir la menace mortelle qu’ils font peser sur nous. La mort de la petite Mawda doit nous ouvrir les yeux: petit à petit, jour après jour, incapables d’affronter vraiment le défi des nouvelles migrations, nous nous habituons à la fuite dans l’inadmissible l’indigne, l’inhumain.

Poussés à se comporter de façon inhumaine

Mawda, tuée d’une balle. Au ras de l’événement, et sans en connaître les détails: pour la police, tirer lors d’une course-poursuite violente, on peut en imaginer la logique – même si dans ce cas, c’était sans doute illégal, et en tous cas inadmissible en sachant qu’il y avait des enfants dans la camionnette. Mais c’est la suite qui interpelle le plus : séparer les parents et le petit frère de la petite fille mourante. Les empêcher de l’accompagner dans l’ambulance. Leur interdire de la rejoindre à l’hôpital. Leur passer les menottes – oui, les menottes ! Les enfermer au cachot, en séparant du papa la maman et le petit frère. Pendant que la petite agonise et meurt seule, loin d’eux. Les laisser longuement sans nouvelles. Ouvrir la porte du cachot pour leur annoncer qu’elle est morte. La refermer en les laissant avec cela. La rouvrir pour leur donner l’ordre de quitter immédiatement le territoire – dans les vêtements tachés du sang de leur petite fille, dont ils auraient dû abandonner le corps (après autopsie)… Ce que crie cette séquence inimaginable, et même en tenant compte du chaos initial, c’est que de braves gens – policiers, fonctionnaires – sont amenés chez nous à se comporter de façon inhumaine. Voilà où nous en sommes.

Comment en est-on arrivé là ? Cette question est tout autre que la recherche de « coupables ». Evidemment, les policiers sont sous pression, entre le flux de migrants désespérés, exploités par des passeurs sans scrupules, et les instructions pressantes (et illusoires) d’y mettre fin. Mais surtout, depuis l’arrivée au pouvoir des ministres de l’Intérieur et de l’Asile, Jan Jambon et Theo Francken, couverts sans défaillance par Charles Michel et les partis de la coalition, leurs directives et surtout leur communication, largement relayée dans les médias et l’opinion, légitiment cette inhumanité en déshumanisant systématiquement les migrants : en les réduisant à des illégaux ; puis à des délinquants ; puis à des criminels ; enfin à des ennemis publics, potentiellement ou vaguement plus ou moins islamistes ou terroristes.

Une déshumanisation qui s’implante chez nous et entre nous

Déshumaniser ainsi les migrants, c’est déshumaniser du même coup les fonctionnaires en contact avec eux. Lorsqu’ »on » attrape des migrants, on leur arrache systématiquement et on détruit leur minuscule bagage: affaires de toilette (outils de la dignité), médicaments, sacs de couchage, provisions, vêtements et chaussures – même parfois une attelle ou un pansement posés sur une blessure. Ce qui est grave, c’est qu’il ne s’agit pas de bavures, mais d’une procédure officielle, obligatoire, « normale ». Pour les terroriser et les faire fuir, on déchire les tentes où se trouvent parents et petits enfants; on les chasse d’un endroit à l’autre plusieurs fois dans la même nuit; on les enferme en cellule longuement… Les récits de mauvais traitements dans les commissariats se multiplient ; et faut-il rappeler la collaboration jamais regrettée, avec les tortionnaires de la police soudanaise pour identifier les migrants de leur pays avant de les leur livrer ?

C’est ce long processus de déshumanisation, à la fois des migrants, transformés en gibier criminel, puis des agents de l’Etat belge, transformés en chasseurs ou en brutes, et finalement de nous-mêmes, devenant habitués, consentants, indifférents, qui a porté ses fruits dans le traitement infligé à la famille de Mawda plus encore que dans la balle qui l’a tuée: traitement inhumain mais devenu légal, légitime, normal. Que le Oremier ministre reçoive ensuite la famille, et quel que soit son propre ressenti subjectif, objectivement ce n’est désormais plus autre chose que camoufler en « compassion » pour un « accident » une déshumanisation qui est la ligne politique du gouvernement, et dont il ne compte pas changer d’un millimètre, et qui s’implante ainsi chez nous et en nous.

Une déshumanisation qui s’implante chez nous et entre nous. Car ses victimes, ce ne sont pas seulement les migrants, pris en étau entre leurs pays de misère, les polices, et des passeurs mafieux. Les victimes, c’est nous-mêmes, comme personnes, et comme société. Nous, nos voisins, nos collègues, nos amis, nos enfants, qui nous déshumanisons petit à petit. En trouvant ces pratiques d’abord bien tristes, mais inévitables. Ensuite regrettables, mais normales. Ensuite normales et bien nécessaires. Ensuite tout à fait justifiées. Et finalement une excellente chose. Une grande partie de la société belge en vient à ce regard déshumanisant – et déshumanisé.

Le chemin de l’ignoble

Je ne connais pas « la solution » au défi que représentent les nouvelles migrations; je pense que les politiques et les intellectuels ne réussissent pas à élaborer et diffuser des perspectives plausibles et concrètes, à court, moyen et long termes, en déterminant de façon réaliste leurs limites, les moyens qu’elles exigent, à inventer de nouvelles pratiques, et à reconstruire sur cette base une opinion publique raisonnable, au-delà des fantasmes simplistes (frontières ouvertes/frontières étanches). Mais je sais que si on reste dans cette dynamique de déshumanisation, on va au pire.

Pour célébrer son entrée en fonction, le ministre de l’Asile diffusait un clip immonde illustrant le sens de sa mission: il y attrapait un migrant (noir) par la tête avec une ventouse de WC et l’envoyait au diable. En acceptant cela, avant bien d’autres choses, sans le démissionner, le gouvernement s’est engagé, nous a engagés, dans le chemin de l’ignoble : que la mort de la petite Mawda en soit le révélateur – et le coup d’arrêt.

 Source: La Libre.be- 24-05-18

NDR: le président de la NVA a déclaré à propos de la mort de Mawda :

« La famille irakienne a demandé l’asile en Allemagne. Ils sont allés illégalement en Angleterre, après quoi ils ont été expulsés et ramenés en Allemagne. À la fin de l’année dernière, leur demande d’asile a apparemment été rejetée et depuis, ils ont déjà été arrêtés dans notre pays à trois reprises alors qu’ils voulaient retourner en Angleterre. Ils ont même été arrêtés une fois avec leurs enfants dans une camionnette réfrigérée ».

Et de conclure : « Même si la mort d’un enfant peut être tragique, il faut oser mettre ici la responsabilité des parents ». « Juste parler de ces personnes en tant que victimes ne me semble pas juste ».

Parmi les réactions scandalisées des autres partis, voici celle de Catherine Fonck sur Twitter :

« La seule chose dont on peut accuser les parents, c’est d’avoir cherché qqch de meilleur pour leurs enfants, qqch d’autre que la guerre. Inimaginable sans doute quand on a son petit confort en Belgique. Aujourd’hui ils ont perdu leur petite . Et ça mérite un minimum de respect et d’empathie ».

NDR: Si on suivait la logique de la NVA, on en viendrait à juger criminels les parents qui tentent de traverser la Méditerranée avec leurs enfants, alors qu’ils savent le danger de ce voyage.

Source: http://reli-infos.be/la-petite-mawda-une-deshumanisation-qui-simplante-chez-nous-et-entre-nous/

Nayla Tabbara, l’hospitalité en actes (La Croix)

Nayla Tabbara est née dans une famille religieuse et laïque.

Nayla Tabbara est née dans une famille religieuse et laïque. / Robert Kfoury

Faire de la place à l’autre dans sa vie quotidienne et jusque dans sa propre foi : tel est le credo de cette Libanaise, musulmane sunnite […]

Saisie par l’urgence du moment, Nayla Tabbara ne s’arrête jamais. Dans la même semaine, elle a, entre mille autres choses, bouclé une formation sur « la citoyenneté inclusive de la diversité » lancée en août dernier pour une centaine de jeunes leaders venus de treize pays du monde arabo-musulman – y compris la Mauritanie et le Soudan – ; participé aux côtés de chercheurs de toutes tendances, « des plus traditionnels aux plus modernes », à un colloque sur « le renouveau de la pensée islamique » organisé par l’Université américaine de Beyrouth ; donné une conférence sur « la théologie musulmane de la diversité » dans la très conservatrice université maronite de Kaslik ; ou encore lancé un nouveau programme à destination de responsables religieux centré sur les sciences politiques et les droits de l’homme. « Ici, au Moyen-Orient, on leur demande souvent d’intervenir sur des sujets politiques alors qu’ils n’ont pas nécessairement les connaissances pour le faire et cela peut causer beaucoup de dégâts », note-t-elle.

Relire  : L’Université américaine de Beyrouth célèbre ses 150 ans

La voix est douce, chantante, la constitution presque frêle. Mais il ne faut pas s’y tromper : dans un Moyen-Orient en proie aux communautarismes et aux fondamentalismes, le message est tout sauf consensuel. Derrière son apparente fragilité et son sourire lumineux, cette Libanaise – née dans une famille à la fois religieuse et laïque qui a choisi d’habiter dans l’un des rares quartiers mixtes de Beyrouth – cache une force peu commune.

Célibataire et non voilée elle désarme les réticences

Car il en faut, pour une femme, célibataire et non voilée, pour pousser les portes des milieux musulmans mais aussi chrétiens les plus traditionnels, désarmer les réticences et faire pièce aux préjugés… Ni ses études à l’Université américaine, puis à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, où elle continue à enseigner, ainsi qu’à l’Université grégorienne à Rome grâce à une bourse « Nostra aetate », ni son doctorat en sciences des religions, obtenu à Paris à l’École pratique des hautes études sur les interprétations mystiques du Coran, ne constituent des sésames suffisants.

Relire  : La fondation libanaise Adyan reçoit le Prix Niwano pour la paix

C’est bien davantage son expérience de terrain, et notamment celle acquise au sein de la fondation Adyan (« religions ») qu’elle a contribué à fonder avec le père Fadi Daou et d’autres et dont elle dirige aujourd’hui l’Institut de la citoyenneté et la gestion de la diversité (ICGD), qui l’ont aidée à conquérir sa légitimité.

Créativité et ténacité

Mais sa créativité et sa ténacité s’ancrent aussi dans un parcours de foi peu commun. Élevée « chez les sœurs », nourrie aussi d’enseignement coranique, elle n’a cessé de chercher où étancher sa soif spirituelle : dans la littérature New Age et les sagesses asiatiques, chez les mystiques (Thérèse d’Avila notamment), et finalement à nouveau dans l’islam, librement choisi comme « sa » voie après une expérience forte.

Un islam d’abord rigoriste et légaliste, puis de plus en plus imprégné de soufisme. Au point que Nayla Tabbara se définit aujourd’hui comme « à la fois hanifa et musulmane ». « Être hanîf, c’est suivre l’exemple d’Abraham qui n’est pas seulement le premier monothéiste mais aussi celui qui a eu le courage de se poser cette question cruciale : qui est mon Dieu ?, explique-t-elle. Cette attitude est valorisée par le Coran, qui appelle les croyants à ne pas faire comme (leurs) pères mais à trouver (leur) propre voie, comme le Prophète lui-même. »

Esprit critique et la spiritualité

Tout l’enjeu est là pour elle aujourd’hui : aider les musulmans à articuler ces deux dimensions fondamentales que sont l’esprit critique et la spiritualité. Quitte à changer le cadre médiéval de l’interprétation des textes. « Si le point de départ reste ”je représente la voix de Dieu sur terre, j’appartiens à la religion vraie et je dois la répandre par tous les moyens”, alors oui, nous courons à la catastrophe. Mais si je considère que ma religion m’appelle d’abord à défendre la dignité humaine, la miséricorde, la solidarité et à construire un monde meilleur, alors vivre ensemble avec nos différences devient possible », argumente-t-elle.

Contrairement à d’autres, Nayla Tabbara ne reste pas dans l’incantation. Loin d’attendre un hypothétique « concile Vatican II de l’islam », elle agit au quotidien pour diffuser cette manière de croire et de vivre sa religion qui « laisse la place à l’autre ». Son livre – L’Hospitalité divine. L’autre dans le dialogue des théologies chrétienne et musulmane (1) –, coécrit avec le père Fadi Daou, alimente les réflexions de plusieurs groupes de dialogue islamo-chrétien, y compris en Algérie. [… Lire la suite: Nayla Tabbara, l’hospitalité en actes, A.-B. Hoffner, La Croix, 25/05/18]

St François de Sales
Texte Pris sur le site Zenit


MESSAGE DU PAPE FRANCOIS
POUR LA 52ème JOURNÉE MONDIALE
DES COMMUNICATIONS SOCIALES

le 13 Mai 2018

« La vérité vous rendra libres » (Jn 8, 32).
Fausses nouvelles et journalisme de paix

 

Texte Complet

Rome, 24 janvier 2018

« L’antidote le plus radical au virus du mensonge est de se laisser purifier par la vérité. » Le pape François combat « la manipulation de la vérité », les « fake news », fausses nouvelles, dans son message pour la 52e Journée mondiale des communications sociales, qui sera célébrée le 13 mai 2018. « Pour discerner la vérité, écrit-il, il est nécessaire d’examiner ce qui favorise la communion et promeut le bien et ce qui, au contraire, tend à isoler, diviser et opposer. »

Dans ce message, publié le 24 janvier, en la fête de saint François de Sales, le pape encourage à « redécouvrir la valeur de la profession journalistique et la responsabilité personnelle de chacun dans la communication de la vérité », c’est-à-dire à « ne pas être des propagateurs inconscients de la désinformation, mais des acteurs de son dévoilement ».

« La vérité a à voir avec la vie entière », ajoute le pape : « Libération du mensonge et recherche de la relation: voici les deux ingrédients qui ne peuvent pas manquer pour que nos paroles et nos gestes soient vrais, authentiques, fiables. »

AK

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Texte complet

« La vérité vous rendra libres » (Jn 8, 32).
Fausses nouvelles et journalisme de paix

Chers frères et sœurs,

dans le dessein de Dieu, la communication humaine est un moyen essentiel de vivre la communion. L'être humain, image et ressemblance du Créateur, est capable d'exprimer et de partager le vrai, le bien, le beau. Il est capable de raconter sa propre expérience et le monde, et de construire ainsi la mémoire et la compréhension des événements. Mais l'homme, s'il suit son propre égoïsme orgueilleux, peut faire un usage déformé de la faculté de communiquer, comme l’illustrent dès l’origine les épisodes bibliques de Caïn et Abel et de la tour de Babel (cf. Gn 4,1-16; 11,1-9). La manipulation de la vérité est le symptôme typique d'une telle distorsion, tant au niveau individuel que collectif. Au contraire, dans la fidélité à la logique de Dieu, la communication devient un lieu d'expression de sa propre responsabilité dans la recherche de la vérité et dans la réalisation du bien. Aujourd'hui, dans un contexte de communication toujours plus rapide et au sein d'un système numérique, nous voyons le phénomène des «fausses nouvelles», les soi-disant fake news: cela nous invite à réfléchir et m’a suggéré de consacrer ce message au thème de la vérité, comme l’ont déjà fait plusieurs fois mes prédécesseurs depuis Paul VI (cf. Message 1972: « Les communications sociales au service de la vérité »). Je voudrais ainsi contribuer à l'engagement commun pour prévenir la diffusion de fausses nouvelles et pour redécouvrir la valeur de la profession journalistique et la responsabilité personnelle de chacun dans la communication de la vérité.

1. Qu'est-ce qui est faux dans les "fausses nouvelles"?

Fake news est un terme discuté et qui fait l’objet de débat. Il s'agit généralement de la désinformation diffusée en ligne ou dans les médias traditionnels. Cette expression fait référence à des informations non fondées, basées sur des données inexistantes ou déformées et visant à tromper voire à manipuler le lecteur. Leur propagation peut répondre à des objectifs fixés, influencer les choix politiques et favoriser des gains économiques.

L'efficacité des fake news est due principalement à leur nature mimétique, à la capacité d'apparaître plausibles. En second lieu, ces nouvelles, fausses mais vraisemblables sont fallacieuses, dans leur habilité à focaliser l'attention des destinataires, en se fondant sur des stéréotypes et des préjugés diffus dans un tissu social, en exploitant les émotions immédiates et faciles à susciter, comme la peur, le mépris, la colère et la frustration. Leur diffusion peut compter sur une utilisation manipulatrice des réseaux sociaux et des logiques qui en garantissent le fonctionnement: ainsi les contenus, bien que non étayés, gagnent une telle visibilité que même les dénégations de sources fiables peinent à en limiter les dégâts.

La difficulté de dévoiler et d'éradiquer les fake news ou fausses nouvelles est également due au fait que les gens interagissent souvent dans des environnements numériques homogènes et imperméables à des perspectives et opinions divergentes. La conséquence de cette logique de la désinformation est que, au lieu d'avoir une confrontation saine avec d'autres sources d'information, ce qui pourrait mettre positivement en discussion les préjugés et ouvrir à un dialogue constructif, on risque de devenir des acteurs involontaires dans la diffusion d’opinions partisanes et infondées. Le drame de la désinformation est la discréditation de l'autre, sa représentation comme ennemi, jusqu'à une diabolisation susceptible d’attiser des conflits. Les fausses nouvelles révèlent ainsi la présence d'attitudes en même temps intolérantes et hypersensibles, avec pour seul résultat le risque d’expansion de l'arrogance et de la haine. En fin de compte, cela mène au mensonge.

2. Comment pouvons-nous les reconnaître?

Aucun d'entre nous ne peut être exonéré de la responsabilité de contrecarrer ces faussetés. Ce n'est pas une tâche facile, parce que la désinformation est souvent basée sur des discours variés, délibérément évasifs et subtilement trompeurs, et use parfois de mécanismes raffinés. Il convient donc de louer les initiatives éducatives qui permettent d'apprendre à lire et à évaluer le contexte communicatif, enseignant à ne pas être des propagateurs inconscients de la désinformation, mais des acteurs de son dévoilement. Il faut également louer les initiatives institutionnelles et juridiques visant à définir des réglementations pour freiner le phénomène, ainsi que celles entreprises par les sociétés de Technologies et de Média, afin de définir de nouveaux critères pour la vérification des identités personnelles qui se cachent derrière les millions de profils numériques.

Mais la prévention et l'identification des mécanismes de la désinformation nécessitent également un discernement profond et attentif. Il faut démasquer en effet ce qui pourrait être défini comme "la logique du serpent", capable partout de se dissimuler et de mordre. C'est la stratégie utilisée par le «serpent rusé», dont parle le Livre de la Genèse, celui qui, au commencement de l'humanité, est devenu l'auteur de la première “fake news” (cf. Gn 3,1-15), qui a conduit aux conséquences tragiques du péché, mises en acte ensuite dans le premier fratricide (cf. Gn 4) et dans d'autres formes innombrables du mal contre Dieu, le prochain, la société et la création. La stratégie de cet habile "père du mensonge" (Jn 8,44) est précisément le mimétisme, une séduction rampante et dangereuse qui fait son chemin dans le cœur de l'homme avec des arguments faux et attrayants. Dans le récit du péché originel, le tentateur, en fait, s'approche de la femme feignant d'être son ami, de s’intéresser à son bien, et commence le discours avec une affirmation vraie, mais seulement partiellement: « Alors, Dieu vous a vraiment dit : “Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin” ? » (Gn 3,1). Ce que Dieu avait dit à Adam n'était pas en réalité de ne manger d’aucun arbre, mais seulement d'un arbre : « Mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas » (Gn 2,17). La femme, répondant, l'explique au serpent, mais elle se fait attirer par sa provocation : « Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “ Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez. ” » (Gn 3,2). Cette réponse sait se faire légaliste et pessimiste: ayant donné crédibilité au faussaire, se laissant séduire par son arrangement des faits, la femme se fait corrompre. Ainsi, de prime abord elle prête attention à son assurance: « Vous ne mourrez pas du tout » (v. 4). Puis la déconstruction du tentateur assume une apparence crédible : « Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » (v. 5). Finalement on en vient à discréditer la recommandation paternelle de Dieu, qui visait le bien, pour suivre l’incantation séduisante de l'ennemi: « La femme vit que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable » (v. 6). Cet épisode biblique révèle donc un fait essentiel pour notre discours: aucune désinformation n'est inoffensive; de fait, se fier à ce qui est faux, produit des conséquences néfastes. Même une distorsion apparemment légère de la vérité peut avoir des effets dangereux.

L’enjeu en fait, c’est notre avidité. Les fake news deviennent souvent virales, en réalité elles se répandent rapidement et de manière difficilement contrôlable, non pas en raison de la logique de partage qui caractérise les médias sociaux, mais plutôt pour leur emprise sur l'avidité insatiable qui s’allume facilement dans l'être humain. Les mêmes motivations économiques et opportunistes de la désinformation ont leur racine dans la soif du pouvoir, de l’avoir et du plaisir, qui, finalement, nous rend victimes d'un imbroglio beaucoup plus tragique que chacune de ses manifestations singulière: celui du mal, qui se meut de mensonge en mensonge pour nous voler la liberté du cœur. C'est pourquoi éduquer à la vérité signifie éduquer à discerner, évaluer et pondérer les désirs et les inclinations qui s’agitent en nous, pour ne pas nous retrouver privés de bien « en mordant » à toute tentation.

3. «La vérité vous rendra libres» (Jn 8,32)

La contamination continuelle par un langage trompeur finit en fait par embrumer l'intériorité de la personne. Dostoïevski a écrit quelque chose de remarquable dans ce sens : « Celui qui se ment à soi-même et écoute ses propres mensonges arrive au point de ne plus pouvoir distinguer la vérité ni en soi ni autour de soi ; ainsi il commence à ne plus avoir l’estime de soi ni des autres. Ensuite, n’ayant plus l’estime de personne il cesse aussi d’aimer, et alors en manque d’amour, pour se sentir occupé et se distraire, il s’adonne aux passions et aux plaisirs vulgaires ; et dans ses vices il va jusqu’à la bestialité ; et tout cela dérive du mensonge continuel aux autres et à soi-même.» (Les frères Karamazov, II, 2).

Comment nous défendre? L'antidote le plus radical au virus du mensonge est de se laisser purifier par la vérité. Dans la vision chrétienne, la vérité n'est pas seulement une réalité conceptuelle, qui concerne le jugement sur les choses, les définissant vraies ou fausses. La vérité ne consiste pas seulement à porter à la lumière des choses obscures, à "dévoiler la réalité", comme l’ancien terme grec qui le désigne, aletheia (de a-lethès, "non caché"), conduit à penser. La vérité a à voir avec la vie entière. Dans la Bible, la notion porte en soi le sens de soutien, de solidité, de confiance, comme le donne à comprendre la racine 'aman, dont provient également l'Amen liturgique. La vérité est ce sur quoi l’on peut s’appuyer pour ne pas tomber. Dans ce sens relationnel, le seul vraiment fiable et digne de confiance, sur lequel on peut compter, et qui est «vrai», est le Dieu vivant. Et c’est l'affirmation de Jésus: « Je suis la vérité » (Jn 14,6). L'homme, alors, découvre et redécouvre la vérité quand il en fait l’expérience en lui-même comme fidélité et fiabilité de celui qui l'aime. C’est seulement cela qui libère l’homme : "La vérité vous rendra libres" (Jn 8,32).

Libération du mensonge et recherche de la relation: voici les deux ingrédients qui ne peuvent pas manquer pour que nos paroles et nos gestes soient vrais, authentiques, fiables. Pour discerner la vérité, il est nécessaire d’examiner ce qui favorise la communion et promeut le bien et ce qui, au contraire, tend à isoler, diviser et opposer. La vérité, par conséquent, ne s’acquiert pas vraiment quand elle est imposée comme quelque chose d'extrinsèque et d’impersonnel; elle découle au contraire de relations libres entre les personnes, de l’écoute réciproque. En outre, on ne cesse jamais de chercher la vérité, parce que quelque chose de faux peut toujours s'insinuer, même en disant des choses vraies. Un argument impeccable peut en fait reposer sur des faits indéniables, mais s'il est utilisé pour blesser quelqu’un et pour le discréditer aux yeux des autres, aussi juste qu'il apparaisse, il n'est pas habité par la vérité. A partir des fruits, nous pouvons distinguer la vérité des énoncés: s'ils suscitent la controverse, fomentent les divisions, insufflent la résignation ou si, au contraire, ils conduisent à une réflexion consciente et mûre, au dialogue constructif, à une dynamique fructueuse.

4. La paix est la vraie nouvelle

Le meilleur antidote contre les faussetés, ce ne sont pas les stratégies, mais les personnes : des personnes qui, libres de l’avidité, sont prêtes à l’écoute et à travers l’effort d’un dialogue sincère laissent émerger la vérité ; des personnes qui, attirées par le bien, se sentent responsables dans l'utilisation du langage. Si la façon de sortir de la propagation de la désinformation est la responsabilité, cela concerne particulièrement celui qui est responsable par devoir d'informer, c’est-à-dire le journaliste, gardien des nouvelles. Celui-ci, dans le monde contemporain, n’exerce pas seulement un métier, mais une véritable mission. Il a la tâche, dans la frénésie des nouvelles et dans le tourbillon des scoop, de rappeler qu'au centre des informations ce n’est pas la rapidité dans la transmission et l'impact sur l’audience, mais ce sont les personnes. Informer c’est former, c’est avoir affaire avec la vie des personnes. C’est pourquoi, l'exactitude des sources et le soin de la communication sont de véritables processus de développement du bien, qui génèrent la confiance et ouvrent des voies de communion et de paix.

Je voudrais donc adresser une invitation à promouvoir un journalisme de paix, n'ayant toutefois pas l'intention avec cette expression d’évoquer un journalisme « débonnaire » qui nie l'existence de graves problèmes et assume des tonalités mielleuses. J’entends, au contraire, un journalisme sans duperies, hostile aux faussetés, aux slogans à effet et aux déclarations emphatiques; un journalisme fait par des personnes pour les personnes, et qui se comprenne comme un service à toutes les personnes, spécialement à celles-là – qui sont la majorité au monde - qui n'ont pas de voix; un journalisme qui ne brûle pas les nouvelles, mais qui s'engage dans la recherche des véritables causes des conflits, pour en favoriser la compréhension à partir des racines et le dépassement à travers la mise en route de processus vertueux; un journalisme engagé à indiquer des solutions alternatives à l'escalade de la clameur et de la violence verbale.

C’est pourquoi, nous inspirant d’une prière franciscaine, nous pourrions ainsi nous adresser à la Vérité en personne:

Seigneur, fais de nous des instruments de ta paix.
Fais-nous reconnaitre le mal qui s'insinue dans une communication qui ne crée pas la communion.
Rends-nous capables d'ôter le venin de nos jugements.
Aide-nous à parler des autres comme de frères et de sœurs.
Tu es fidèle et digne de confiance; fais que nos paroles soient des semences de bien pour le monde:
Là où il y a de la rumeur, que nous pratiquions l'écoute;
Là où il y a confusion, que nous inspirions l'harmonie;
Là où il y a ambiguïté, que nous apportions la clarté;
Là où il y a exclusion, que nous apportions le partage;
Là où il y a du sensationnalisme, que nous usions de la sobriété;
Là où il y a de la superficialité, que nous posions les vraies questions;
Là où il y a des préjugés, que nous suscitions la confiance;
Là où il y a agressivité, que nous apportions le respect;
Là où il y a la fausseté, que nous apportions la vérité.
Amen.

François

FRANCISCUS

Thèmes des Journées précédentes

2017 Communiquer l'espérance et la confiance en notre temps
2016 Communication et miséricorde : une rencontre féconde
2015 La famille, milieu privilégié de la rencontre dans la gratuité de l'amour
2014 La communication au service d'une culture de la rencontre
2013 Réseaux Sociaux: portes de vérité et de foi; nouveaux espaces pour l’évangélisation.
2012 Silence et Parole: chemin d’évangélisation.
2011 Vérité, annonce et authenticité de vie à l’ère du numérique.
2010 Le prêtre et la pastorale dans le monde digital: les nouveaux medias au service de la Parole.
2009 Nouvelles technologies, nouvelles relations. Promouvoir une culture de respect, de dialogue, d’amitié.
2008 Les médias: au carrefour entre rôle et service. Chercher la Vérité pour la partager.
2007 Les enfants et les moyens de communication social: un défi pour l'education.
2006 Les médias: réseaux de communication, de communion et de coopération.