Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

[Chronique] Le dernier coup bas de Trump envers l’Afrique

| Par 
Damien Glez

En plein baroud d’honneur, le président sortant, Donald Trump, impose aux ressortissants de 15 pays africains le versement d’une caution de 5 000 à 15 000 dollars avant tout voyage aux États-Unis.

Donald Trump a le mérite de la cohérence, même si celle-ci frise l’entêtement, voire l’obsession. Après avoir qualifié Haïti, le Salvador ou certains États africains de « pays de merde » (« shithole countries »), en janvier 2018, rien d’étonnant à ce que le président sortant rechigne à voir débarquer les ressortissants de ces contrées dans ses plaines qu’il juge, elles, « great again ».

Dès son arrivée au pouvoir en 2017, l’iconoclaste président adepte de l’emmurement avait fait de la restriction de l’immigration un axe central de son mandat, notamment lorsque les pays d’origine étaient qualifiables de « musulmans ». Dans son attirail de brimades figurait une règle dont il entend user encore davantage avant de quitter le bureau ovale, celle qui permet aux agents consulaires américains d’exiger des touristes et des voyageurs d’affaires originaires de certains pays aux « taux de dépassement de séjour » excessifs le paiement d’une caution remboursable.

Une somme exorbitante

À partir du 24 décembre, quinze États seront concernés par ces nouvelles règles temporaires, dans le cadre d’un « programme-pilote de six mois » : l’Angola, le Burkina Faso, le Tchad, la RDC, Djibouti, l’Érythrée, la Gambie, la Guinée-Bissau, le Liberia, la Libye, la Mauritanie, le Soudan, Sao Tomé-et-Principe, le Cap-Vert et le Burundi.

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UNE CAUTION QUI REPRÉSENTE 29 ANS DE REVENU MOYEN EN RDC ET 53 ANS DE SALAIRE AU BURUNDI

Les ressortissants de ces pays devront débourser pour la caution de 5 000 à 15 000 dollars, un plafond qui représente 29 ans de revenu moyen en RDC ou encore 53 ans de salaire au Burundi.

Si la mesure risque de faire suer les voyageurs traditionnellement approximatifs dans le respect des dates de visa, elle risque de faire également transpirer les agents consulaires américains, qui ont toujours jugé cette pratique fastidieuse sur le plan administratif.

Indésirable à son tour ?

Évidemment, le principe de l’alternance consistant – souvent – à détricoter la politique de son prédécesseur, le président élu pourrait venir soulager les employés des consulats américains et les globetrotters africains. Pendant sa campagne, à l’occasion de l’Immigrant Heritage Month, qui rend hommage aux immigrés et souligne leur contribution à l’histoire, l’économie et la culture américaines, Joe Biden avait twitté : « Les immigrants ont toujours rendu notre nation plus forte. Notre diversité est et a toujours été notre plus grande force. Donald Trump ne comprend pas cela ».

Ce que devrait rapidement comprendre Donald Trump, s’il décide, comme il l’a déjà évoqué, de quitter les États-Unis après la victoire de celui qu’il qualifiait de « pire candidat de tous les temps », c’est que tous les pays ne seront pas accueillants à son égard. Avec ou sans caution…

[Tribune] Comment l’Afrique peut sortir du piège du surendettement

|
 
 

Par  Rabah Arezki

Économiste en chef et vice-président chargé de la gouvernance économique et de la gestion des connaissances de la BAD

Photo de famille à la réunion du G20 du 20 novembre.

Photo de famille à la réunion du G20 du 20 novembre. © Nael Shyoukhi/REUTERS

 

Une réforme en profondeur de la gouvernance et une révision des clauses des contrats d’endettement sont indispensables pour la reprise économique du continent, assure Rabah Arezki, l’économiste en chef de la BAD.

Alors que l’Afrique a été relativement épargnée sur le plan sanitaire par le Covid-19, elle est la plus affectée par les conséquences économiques de la pandémie. Les prévisions de croissance globale du FMI et de la BAD ont été révisées à la baisse, témoignant d’un coût accru et généralisé de la crise.

L’analyse de ces prévisions dans une perspective sectorielle explique pourquoi le continent perdra le plus. La raison principale est sa forte dépendance aux flux extérieurs, notamment le tourisme, un secteur qui a été dévasté, le pétrole, les produits de base, les investissements directs étrangers, les envois de fonds et les flux d’aide. Ainsi, les pays dépendants du tourisme devraient connaître une récession à deux chiffres, c’est le cas de Maurice (-14,2 % en 2020 selon le FMI) et des Seychelles (- 13,8 %).

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LA VIABILITÉ DE LA DETTE DEVIENT UN PROBLÈME IMMINENT

Ce nouvel environnement propulse la question du surendettement au premier plan de l’agenda politique alors que le récent défaut de la Zambie a jeté une ombre sur la dette de plusieurs autres pays. De fait, avec une prévision de croissance aussi faible, la viabilité de la dette devient un problème imminent.

Un rapide calcul permet de le comprendre : avec des perspectives de croissance pour les dix prochaines années réduites de moitié, on assistera à une augmentation de 2,5 du ratio dette sur PIB quand bien le niveau de la dette serait, lui, maintenu à un niveau constant. Or, il y a tout à parier que, pour la grande majorité des pays, le service de la dette et l’endettement vont augmenter, conduisant à un ratio dette sur PIB encore plus élevé.

Arriérés, garanties… Des pratiques préjudiciables

En outre, certains pays qui semblent avoir un niveau d’endettement relativement faible vis-à-vis de l’étranger peuvent avoir une dette domestique « latente » en « forçant » l’emprunt auprès des autres agents économiques – on pense notamment au fait que certains États retardent leurs paiements auprès de fournisseurs de biens et services.

Ce financement « en dessous de la ligne » du tableau des opérations financières entraîne des arriérés qui, comme d’autres engagements par exemple l’octroi de garanties, accroissent la dette cachée. Ces pratiques sont préjudiciables pour l’économie et risquent de retarder la reprise.

Historiquement, la résolution de la dette sur le continent a été compliquée et elle a endommagé les économies africaines. Pire encore, ces épisodes désordonnés de résolution ont conduit à une instabilité socio-économique. Afin de ne pas reproduire ces erreurs et d’éviter une décennie perdue, il est crucial d’aider les pays à gérer la dette sans amputer les ressorts de la relance.

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NE PAS ANTICIPER LE DÉFAUT DE PAIEMENT PEUT S’AVÉRER COÛTEUX

Pour y parvenir, il faut rappeler que la capacité de gestion de la dette est étroitement liée à la nature des contrats d’endettement. Or, ces derniers n’incluent pas de provision pour faillite. Cela explique en grande partie pourquoi la restructuration de la dette est souvent compliquée.

Cette absence de clause de faillite permet en effet aux fonds vautours de retarder le processus de restructuration et de le rendre très coûteux pour les débiteurs. Et l’évolution de la nature de la dette, avec une part grandissante d’endettement non concessionnel et les emprunts auprès de la Chine, complexifie la restructuration.

Il convient également de noter que les autorités des pays débiteurs hésitent souvent à agir rapidement en matière de restructuration de la dette en raison de l’effet potentiel sur leur réputation sur le marché. Repousser l’action et ne pas anticiper le défaut de paiement s’est pourtant avéré coûteux dans les années 1990 pour le continent.

Besoin d’engagements fermes

Les corrections apportées à l’architecture internationale de la résolution de la dette par le G20, le 13 novembre, sont une avancée. Avec l’adoption de clauses de comparabilité de traitement, les futures initiatives de restructuration et d’annulation s’appliqueront aussi à la dette commerciale. Mais un long chemin reste encore à parcourir pour mettre en œuvre concrètement ce nouveau cadre.

En parallèle, les pays africains doivent s’engager fermement dans un changement de gouvernance crédible, en particulier au niveau régional. La gestion plus transparente de la dette et des finances publiques ainsi qu’une politique de concurrence vigoureuse permettraient de consolider un cadre budgétaire de moyen terme et de « dé-monopoliser » les secteurs clefs de l’économie. Cela contribuerait à créer des recettes, améliorant les conditions de remboursement de la dette et de relance de la croissance.

Ce processus entraînerait un cercle vertueux, la gouvernance et la croissance renforçant à leur tour le terrain pour une restructuration plus systématique de la dette. Son remboursement serait, in fine, conditionné à la situation économique, les pays s’acquittant de leur dette à la reprise de la croissance, ce qui alignerait les objectifs des débiteurs et des créanciers.

Qui est Simon Tiemtoré, acquéreur des filiales de BNP Paribas au Burkina et en Guinée ?

| Par - à Ouagadougou
Simon Tiemtore

Simon Tiemtore © DR

 

En s’offrant les deux filiales de BNP Paribas, le dirigeant burkinabè de Vista Bank met un pied dans la zone Uemoa… et ne compte pas s’arrêter là.

D’où vient-il et où va-t-il ? Jusqu’à l’annonce de l’acquisition des filiales burkinabè et guinéenne de BNP Paribas par Vista Bank, Simon Tiemtoré, 46 ans, était peu connu des milieux financiers ouest-africains.

L’opération, pour laquelle il était en compétition avec le groupe financier du « serial entrepreneur » ivoirien Dossongui Koné, lequel a débloqué quelque 31 millions d’euros pour l’acquisition de la filiale malienne, révèle donc un nouvel acteur avec lequel il faudra désormais compter.

Comme l’a révélé Jeune Afrique Business+ en octobre, le financier d’origine burkinabè, ancien des équipes d’investissements de la banque d’affaires Morgan Stanley et d’Afreximbank (chef département marchés des capitaux et conseils), finalise désormais la reprise des dernières filiales subsahariennes mises en vente en mai 2019 par BNP Paribas, sous réserve de l’obtention des autorisations réglementaires.

En jeu : la cession des 51 % de participation du géant français au capital de la Biciab au Burkina (4,2 milliards de F CFA de bénéfice en 2018) et de ses 55 % au capital de Bicigui, en Guinée, à Lilium Capital, holding qui contrôle Vista Bank. Cette dernière est déjà présente en Guinée, en Sierra Leone et en Gambie.

Un pied dans la zone franc

« C’est une bonne opération pour le vendeur. En regardant la structuration financière du dossier, qui prévoit un agrément unique, Simon Tiemtoré, en sa qualité de financier, mise sur le potentiel de la banque. En ajustant les moyens, le repreneur peut dégager rapidement des bénéfices de 5 à 7 milliards de F CFA », commente sous couvert de l’anonymat un cadre de BNP.

Selon nos informations, le montant de la transaction de la Biciab avoisinerait les 33 millions d’euros, celui de Bicigui restant lui inconnu.

Pour financer cette opération, Vista Group est accompagné par Afreximbank, qui a structuré le montage financier de la transaction – initialement prévue à hauteur de 103 millions de dollars pour la prise de contrôle des filiales malienne (reprise finalement par Dossongui Koné), ainsi que guinéenne et burkinabè.

« L’accord pour la reprise des filiales de BNP Paribas permet à Vista Bank d’entrer dans l’espace Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Nous allons créer un holding bancaire à Ouagadougou pour servir de siège aux nouvelles entités et surtout de point d’expansion dans la zone franc », explique une source proche de l’entrepreneur burkinabè.

En lice au Togo

Diplômé en droit à l’université de Ouagadougou, de l’American University et de la New York University School of Law, le dirigeant a d’abord exercé comme avocat avant de se tourner vers la finance et de cofonder Lilium Capital, avec lequel il rachètera en 2015 la banque gambienne First International Banking Group, rebaptisée Vista Bank Group.

Depuis, il a tenté sans succès de racheter la Banque togolaise pour le commerce et l’industrie et la Banque commerciale du Burkina, détenue à parts égales par l’État burkinabè et le Foreign Libyan Fund.

Lilium Capital reste toutefois en lice pour la cession de l’Union togolaise des banques, pour lequel Lomé réclame de 26,7 millions d’euros et la reprise de 38 millions d’euros de dettes. Un dossier dans lequel « Vista Bank est positionnée », confirme notre source.

Digitalisation

Pour se faire une place dans le secteur bancaire ouest-africain dominé par les groupes marocains Attijariwafa Bank et Bank of Africa ou les panafricains Ecobank et Oragroup, Vista Bank met en avant ses services de banques digitales.

« Nous voulons faire partie des deux premières banques dans chacun de nos pays de présence grâce à nos offres de services innovants. Face au faible taux de bancarisation en Afrique de l’Ouest (moins de 10 %), il y a une marge de manœuvre », avant l’entrourage du patron de Lilium.

« L’enjeu pour ce nouvel entrant, peu connu, sera de bien capitaliser les banques pour la production de crédits. Au Burkina, la bataille se mène souvent sur l’innovation et l’agilité dans l’octroi de crédit aux PME notamment dans le commerce et l’agriculture », décrypte un connaisseur.


Les derniers bastions de BNP en Afrique

Encore dans l’escarcelle du groupe français, la Bicici, filiale ivoirienne, a annoncé une perte de 3,6 milliards de francs CFA (5,5 millions d’euros) l’an dernier, après avoir réalisé un bénéfice net de 9,8 milliards un an plus tôt. Dans le même temps, son produit net bancaire s’est contracté de 5,8 % à 45,9 milliards de francs CFA.

Outre la Bicici, BNP Paribas conserve aussi ses filiales sénégalaise et marocaine, derniers bastions africains du géant français après son retrait successif de la Tunisie, du Mali et du Gabon.

Mali : la France cible-t-elle plus le GSIM que l’État islamique ?

| Par - à Bamako
Vue depuis un hélicoptère français de l'opération Barkhane, en mai 2017 au dessus de Gao, dans le nord du Mali.Que

En quelques semaines, la France a annoncé avoir neutralisé plusieurs des chefs du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Choix stratégique ou tactique conjoncturelle ?

Il y a près d’un an, lors du sommet de Pau, le président français Emmanuel Macron et les chefs d’État du G5 Sahel décidaient de concentrer leurs efforts contre l’État islamique au grand Sahara (EIGS), qui opère au Sahel et qui s’était illustré, quelques mois auparavant, dans une série d’attaques causant la mort de plus de 200 personnes au Mali et au Niger.

Durant dix mois, sur le terrain, les opérations aéroterrestres conjointes se sont multipliées, avec pour objectif d’asphyxier l’EIGS : « Deux opérations emblématiques, l’opération Monclar, dénombrant près de 5 000 militaires français et sahéliens, et l’opération Bourrasque, comptant plus de 3 000 militaires, ont été menées et se sont focalisées contre l’EIGS, avec des succès tactiques notables », détaille à Jeune Afrique le colonel Frédéric Barbry, porte-parole de l’état-major des armées (EMA) français.

Capacités de nuisance intactes ?

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À l’en croire, l’EIGS sortirait largement affaibli de ces dix mois de campagne. Ses capacités et sa liberté d’action seraient « considérablement restreintes ». Le groupe ne pourrait plus mener d’attaques complexes, et ne pourrait plus accéder à ses ressources et à ses filières de recrutement.

Pourtant, le 11 novembre, l’EIGS revendiquait une embuscade contre un convoi militaire dans le nord du Burkina Faso. Cette attaque, l’une des plus meurtrières ayant frappé les forces de sécurité burkinabè, s’est soldée par la mort de 14 soldats. Ce qui a démontré que les capacités de nuisance de l’EIGS restaient effectives. « L’EIGS a subi de nombreuses pertes, mais n’a pas été mis à genoux. Il est toujours là et il frappe toujours, car il a une capacité d’absorption des pertes qui lui permet de se reconstituer et de continuer, analyse le professeur Djallil Lounnas, spécialiste de la mouvance jihadiste, et notamment auteur de « Le djihadisme au Sahel après la chute de Daech », un article publié dans la revue de l’Institut français des relations internationales en 2019.

« Il faut dézoomer. Regarder ce que l’on a connu avant le sommet de Pau, et la situation actuelle. Ces groupes sont-ils capables de mener des attaques complexes d’envergure ? Va-t-on en rester à quelques raids sporadiques ? » s’interroge le colonel Barbry. Et le militaire français d’insister : « Il faudra en juger dans un délai un peu plus long, mais, depuis un an, on constate une nette amélioration et un travail particulier réalisé sur l’EIGS. »

Mais dans le Gourma malien, la lutte contre l’EIGS n’a, pour le moment, pas permis d’en neutraliser des chefs importants, alors que sur un autre front, face au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), les annonces se succèdent.

Le GSIM, principale cible ?

Abdelmalek Droukdel, tué le 3 juin 2020.
Abdelmalek Droukdel, tué le 3 juin 2020. © AP/SIPA

 

En l’espace de cinq mois, le groupe né de la fusion d’Ansar Eddine et d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a perdu deux de ses principaux leaders : l’Algérien Abdlemalek Droukdel, chef d’Aqmi tué en juin dernier par les forces armées françaises et depuis remplacé par Abou Oubaïda Youssef al-Annabi, un Algérien lui aussi, et Ba Ag Moussa, chef militaire du GSIM, tué le 10 novembre dans la région de Ménaka.

« Dans l’EIGS, à part les grands chefs, il n’y a aucune figure majeure. Lors de ses opérations, Barkhane tue 20, 30, ou 40 membres de l’EIGS, et si un chef de groupe est tué, il n’est généralement pas connu », estime Djallil Lounnas.

Conséquence, « les gens pensent que la France est là uniquement pour le GSIM et qu’elle intensifie ses attaques contre ce groupe, et pas contre l’État islamique, car le GSIM a décidé de négocier avec Bamako et que Paris ne veut pas de ces négociations », explique un travailleur humanitaire de la région.

« Les chefs du GSIM sont visés parce qu’ils font beaucoup d’actions contre la France et le Mali. Mais du côté de l’EIGS, à part Adnan Abou Walid Al Sahraoui et Abdul Hakim, je ne vois pas de chefs connus », remarque pour sa part un habitant de N’Tillit, dans le cercle de Gao, qui entretient des liens avec certains des membres des groupes présents dans la région.

L’intensification des actions militaires contre le GSIM intervient dans un contexte particulier : celui de  la remise en liberté, en octobre dernier, de quelque 200 prisonniers incarcérés pour des faits de terrorisme en échange de la libération de l’opposant malien Soumaïla Cissé et de la Française Sophie Pétronin, retenus en otage par le GSIM. Son leader, Iyad Ag Ghaly, qui affirmait en mars dernier être prêt à négocier avec Bamako à condition que la France et l’ONU retirent leurs troupes, en est sorti renforcé.

Mais depuis, les opérations se sont intensifiées. Plus d’une quarantaine de membres du GSIM ont été neutralisés dans des opérations menées par la force française depuis la vague massive de libérations d’octobre.

« Il y a deux lectures à cette intensification des attaques contre le GSIM : la première serait en effet une réponse aux libérations de prisonniers et une volonté de frapper fort pour enrayer le processus de négociation, mais je ne partage pas trop cette idée, parce que Bamako et Paris ont des liens diplomatiques trop forts pour que le Mali puisse se permettre d’aller trop loin sur un sujet pareil sans l’aval de Paris, avance Djallil Lounas. Je pense plutôt que la France frappe fort pour affaiblir le GSIM afin d’être en position de force dans les négociations. »

Une « mauvaise lecture stratégique »

C’est une « mauvaise lecture de la stratégie de ciblage des têtes de l’organigramme de ces groupes », estime le porte-parole de l’état-major français, qui réfute que le GSIM soit soumis à une plus grande pression que l’EIGS. « À partir du moment où des renseignements arrivent, vous n’appliquez pas un pseudo-filtre politique pour savoir s’il faut agir ou non. C’est une frappe d’opportunité », insiste le militaire.

Il en veut d’ailleurs pour preuve que, si les « neutralisations » de Ba Ag Moussa et de Droukdel ont rencontré un large écho, « dans la même période, a également été capturé Mohamed El Mrabat, un cadre important de l’EIGS, un vétéran du jihad sahélien ».

Le militaire français l’assure : « Qu’il s’agisse de Daech ou d’Al-Qaïda, il n’y a pas de changement de paradigme ou de ligne stratégique. On continue l’action et on combat les groupes armés terroristes dès lors qu’ils s’en prennent aux populations civiles et qu’ils ne renoncent pas à leur idéologie. »

chemin laudato

« En chemin pour la sauvegarde de la maison commune. 5 ans après Laudato Si’ »

Groupe de Travail interdicastériel du Saint-Siège sur l'écologie intégrale.

Libreri Editrice Vaticana, 2020

237 pages

Le monde est secoué par la crise provoquée par la pandémie de Covid-19, qui fait des dizaines de milliers de victimes et qui modifie nos modes de vie. En cette période difficile, qui changera profondément et durablement les sociétés dans lesquelles nous vivons, nous sommes appelés à prendre soin les uns des autres, à ne pas nous enfermer dans l'égoïsme. La crise que nous traversons rend encore plus évidente la valeur de la Lettre encyclique Laudato si' (cinq ans après sa publication) consacrée par le Pape François à la sauvegarde de la maison commune, qui nous enseigne combien tout est lié dans une optique d'écologie intégrale. Pour s'attaquer sérieusement aux causes de celle crise, il faut donc un véritable changement, basé sur la conscience que tout est intimement lié, ainsi qu'une conversion spirituelle qui conduise à une nouvelle prise de conscience de la relation de l'être humain avec lui-même, avec l'autre, avec la société, avec la création et avec Dieu. Motivé par ces réflexions, le Groupe de Travail interdicastériel du Saint-Siège sur l'écologie intégrale a voulu présenter diverses propositions opérationnelles1 issues d'une lecture attentive de Laudato si', dans le but d'inspirer l'action des institutions de l'Église, des fidèles et de toutes les personnes de bonne volonté.

Une introduction et une conclusion encadrent 25 courts chapitres (dont le dernier consacré à l’engagement de l’Etat du Vatican dans la conversion écologique). Chacun d’eux présente un extrait de l’encyclique, un brève commentaire, des références du magistère récent sur ce sujet, une série d’exemples des initiatives qui ont déjà été mise en places dans les différentes Eglises du monde (à mon avis la partie la plus inspirante !) et, à la fin, une série de suggestions pour donner envie d’appliquer ce qui a été présenté dans le chapitre. De lecture très agréable et motivante, cet ouvrage existe aussi en version électronique2, ce qui permettra de sauver quelques arbres !

José M. Cantal pb

1 Presque toutes ont une adresse web qui permet de s’en inspirer facilement et largement dans des nombreuses langues.

2 https://www.devp.org/sites/www.devp.org/files/documents/materials/en_chemin_pour_la_sauvegarde_de_la_maison_commune.pdf