Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

[Infographie] Combien ont coûté les coupures d’internet aux pays africains en 2019 ?

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En 2019, les coupures d'internet ont coûté plusieurs milliards de dollars aux États africains (photo d'illustration).

Le continent est la deuxième région au monde la plus touchée par les coupures volontaires d’internet. En 2019, ces dernières ont coûté plusieurs milliards de dollars dans les douze pays concernés. Les détails en une infographie.

C’est en décembre 2018 que les premières manifestations contre le prix du pain s’organisent au Soudan. Elles mèneront à la chute du régime d’Omar el-Béchir en avril 2019. Ces mois de contestations seront filmés, photographiés, twittés, commentés et partagés en masse sur les réseaux sociaux, faisant éclore dans les médias occidentaux quelques figures symboliques de la révolution comme Ala’a Salah, une étudiante soudanaise prise en photo déclamant des poèmes de révolte et devenue depuis l’icône du soulèvement.

Chères coupures

Comment tant d’images ont pu filtrer de ces multiples rassemblements de protestation, tant le gouvernement a eu recours à des coupures d’internet ? En 2019, le Soudan est en effet le pays africain qui a eu le plus usé de cette pratique, avec au total 36 jours de coupure selon les estimations d’un rapport publié récemment par Top10VPN, un comparateur de systèmes de contournement de la censure appelés réseaux virtuels privés ou VPN.

Pour parvenir à ces conclusions, l’entreprise a agrégé les données de plusieurs organisations, dont celles de l’ONG américaine Netblocks qui répertorie en temps réel toutes les coupures de réseau en cours sur le globe et de l’Internet Society, qui calcule chaque année, le coût de ces débranchements.

Au-delà de l’atteinte à la liberté d’expression, le recours aux coupures du principal outil de communication mondial impacte également l’économie des pays qui l’utilisent. Pour l’État soudanais, qui compte 12,5 millions d’internautes, le coût des « shutdowns » est estimé à près de 1,9 milliard de dollars (environ 1,7 milliards d’euros) en 2019. La somme représente près de 17 % du budget 2020, fixé à 11,4 milliards de dollars et voté fin décembre par le gouvernement de transition.

Des réseaux sociaux inaccessibles au Tchad

Comme son voisin frontalier, le Tchad détient lui aussi un record de coupure. Depuis 2016, le pays présidé par Idriss Deby Itno restreint régulièrement l’accès aux réseaux sociaux à son million d’internautes. L’an passé, des services comme WhatsApp, Facebook ou Twitter ont été bloqués pendant 4 728 heures, soit 197 jours. Selon Top10VPN, l’opération aurait coûté 125,9 millions de dollars à l’État sahélien.

Deux « shutdowns » en Algérie

Au Maghreb, l’Algérie qui a connu de long mois de protestation ayant mené à la démission d’Abdelaziz Bouteflika en avril 2019, a elle aussi rompu la connexion à Internet par deux fois. D’abord en juin, pendant les examens des étudiants (une pratique mise en place depuis trois ans) puis en septembre, lors de l’annonce de la date officielle des élections présidentielles. Au total, l’Algérie a opéré quarante-sept heures de coupure totale et trois heures de restrictions de réseaux sociaux. Coût de l’interdiction : 200 millions de dollars.

Le nombre de coupure d’internet est en forte hausse à l’échelle mondiale depuis quatre ans. En 2016, l’organisme indépendant Access Now a répertorié 75 coupures d’internet contre 196 en 2018 dans 25 pays. Avec 122 coupures dans 21 pays, l’année 2019 aura donc connu une légère baisse, mais la plus de la moitié des restrictions ont concerné des pays africains.

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Égalité hommes-femmes, quels pays africains ont le plus progressé ?

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Des femmes ivoiriennes (photo d'illustration).

Accéder au marché du travail, bénéficier d’un congé de maternité payé ou encore gérer soi-même ses propres biens… Autant d’éléments passés au crible de la Banque mondiale qui souligne les réformes mises oeuvre au cours des deux dernières années.

Dans « Les femmes, l’entreprise et le droit », un rapport rendu public le 14 janvier, la Banque mondiale s’est penchée sur la manière dont les lois affectent les femmes aux différentes étapes de leur vie professionnelle dans 190 économies. Ces dernières se sont vues attribuer un score en fonction d’une trentaine de critères, allant des modalités de retraite à la mobilité.

Le classement qui en résulte fait la part belle à l’Europe du Nord et au Canada, tandis que Maurice, le premier pays africain, s’affiche à la 33e place, ex-æquo avec le Kosovo.

Au-delà d’un simple état des lieux, l’institution internationale a étudié les réformes mises en place au cours des deux dernières années dans le domaine de l’émancipation économique des femmes, et souligne « les progrès considérables » enregistrés au Moyen-Orient et en Afrique, qui représentent neuf des dix pays ayant fait le plus d’efforts – une liste complétée par le Népal. La zone Moyen-Orient/Afrique du Nord reste cependant celle où l’index est le plus faible, les femmes étant bien loin de bénéficier des mêmes droits économiques que les hommes.

En outre, cette étude se basant sur le cadre réglementaire, elle ne prend pas en compte le marché informel, où les inégalités de fait restent nombreuses.

Les progrès de la RDC, de la Tunisie et de Djibouti salués

En Afrique, c’est le Sud-Soudan qui a le plus progressé, améliorant son score de plus de 18 points (sur 100) grâce à de nouvelles mesures de lutte contre la discrimination sexuelle à l’embauche et le harcèlement sexuel au travail, l’instauration d’un congé payé de paternité de 10 jours, la levée des restrictions d’accès des femmes à des emplois de nuit ou réputés dangereux ou encore à la mise avant du principe « à travail égal, salaire égal ».

La RDC, quant à elle, a réformé les bases du congé de maternité, désormais payé par l’État et non plus par l’employeur – ce qui pouvait être source de discrimination. Kinshasa a également égalisé l’âge de départ à la retraite (à 60 ans) pour les deux sexes, tout en prévoyant des pensions spécifiques pour les périodes ayant été consacrées aux enfants.

Djibouti s’illustre également par l’instauration de sanctions pénales en cas de harcèlement sexuel au travail, et la mise en œuvre plus générale d’une législation contre les violences faites aux femmes, tout comme la Tunisie.

Parmi les autres pays africains ayant adopté des mesures en faveur de l’égalité économique entre les hommes et les femmes, le Burkina Faso, eSwatini, le Liberia et le Maroc, qui ont adopté des lois contre les violences domestiques ; la Côte d’Ivoire, qui a garanti aux époux l’égalité des droits administratifs sur les biens acquis durant le mariage ; le Mali, qui a interdit les discriminations sexuelles à l’embauche et a légiféré sur le principe de travail égal – salaire égal ; le Niger, qui a levé les restrictions à l’emploi des femmes dans les secteurs des mines, de la construction et de l’industrie, ainsi que l’Ouganda, qui ont simplifié les démarches administratives des femmes pour l’obtention d’un passeport, les rendant identiques à celles des hommes.

Manifestations en Guinée: la situation inquiète Human Rights Watch

Des policiers guinéens encadrent un manifestant arrêté. Le 14 novembre 2019.
© CELLOU BINANI/AFP

Les manifestations continuent en Guinée contre le projet de nouvelle Constitution proposé par le président guinéen. Au moins trois personnes ont trouvé la mort depuis le lundi 13 janvier pendant les mobilisations. Human Rights Watch dénonce une répression croissante des libertés de réunion et d'expression en 2019. Des critiques rejetées par le gouvernement.

Human Rights Watch l'affirme dans son dernier rapport mondial sur les droits humains : il y a une répression croissante des libertés de réunion et d'expression en 2019 en Guinée. En juillet dernier, l’Assemblée nationale a adopté une loi sur l’usage de la force par la gendarmerie. Un pas de plus envers l'impunité des forces de l'ordre, selon Jim Wormington, chercheur pour Human Rights Watch : « L’impunité pour les actes commis par les forces de sécurité en Guinée, surtout pendant les manifestations, est prioritaire pour le gouvernement. Donc, on n’a presque pas d’espoir, si l’on est manifestant blessé ou tué, qu’il y aura des enquêtes crédibles et que les forces de sécurité responsables soient punis. Il y a un seul cas d’un policier ou gendarme qui a été condamné pour la mort d’un manifestant en avril 2019. Donc, on voit un contexte qui risque de continuer à paralyser le pays et à mettre en danger de plus en plus la vie des Guinéens ».

« Un enjeu très important à déterminer les violences »

De son côté, Damantang Albert Camara, le ministre guinéen de la Sécurité et de la Protection civile, s'étonne de certains éléments de ce rapport. Il affirme notamment que le droit de manifester est respecté en Guinée. « Lorsqu’en début de rapport, Human Rights Watch dit que les manifestations sont systématiquement interdites, cela jette un doute sur le sérieux qui a été fait, déclare le ministre. Que certaines manifestations, dans certaines circonstances, aient été redirigées ou réaménagées, oui. Parfois interdites, oui. Mais le principe, en Guinée, nous l’avons respecté, le droit de manifester, et il y en a eu plus de 530 en moins de huit ans. Donc, cela nous interpelle un peu. Pour le reste, nous sommes conscients qu’il y a un enjeu très important à déterminer les violences qui se déroulent pendant les manifestations, à rechercher les auteurs des crimes qui font aussi mal au gouvernement. […] Cette volonté, nous la partageons, à condition que cela se passe dans la sérénité et qu’il n’y ait pas, des fois, des prises de position qui ne se justifient pas ».

Jean-Yves Le Drian inquiet

Alors que la mobilisation de l’opposition se poursuit contre la réforme de la Constitution, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a donné mercredi à l’assemblée nationale son sentiment sur ce projet de réforme. Interrogé par la Commission des affaires étrangères, le chef de la diplomatie française n’a pas caché son inquiétude sur le processus en cours.

Nous sommes particulièrement soucieux de la situation en Guinée

Par ailleurs, la direction générale de la police nationale indique, dans une circulaire, avoir constaté le « comportement désobligeant » de certains de ses agents, à travers les réseaux sociaux. Le directeur général de la police nationale affirme qu'il met en place une commission d'enquête spéciale pour rechercher et identifier les auteurs.

 

OSCE: Mgr Gallagher dénonce la manipulation idéologique
des «droits de l’homme» | ZENIT – Francais

Penser aux jeunes d’aujourd’hui et de demain (traduction complète)

« Les droits de l’homme sont tels parce qu’ils sont inhérents à la dignité de la personne humaine » et ne peuvent donc pas être « définis, formulés et conférés par la société ou l’État », a affirmé avec force Mgr Paul Richard Gallagher, dénonçant une tendance de la société à les « manipuler » pour « faire avancer un programme politique, économique, militaire, culturel ou idéologique ».

Le secrétaire du Vatican pour les Relations avec les États, est en effet intervenu au cours du 26e Conseil ministériel de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, à Bratislava, en Slovaquie, les 5 et 6 décembre 2019.

« Le langage des droits de l’homme, a-t-il poursuivi, et même les mécanismes de surveillance des droits de l’homme sont parfois (mal) utilisés pour faire avancer de nouveaux objectifs qui non seulement ne bénéficient pas d’un accord international, mais qui réinterprètent également les traités internationaux existants de manière contraire aux droits que les traités prétendaient défendre à l’origine ».

Le représentant du Saint-Siège a aussi rappelé le rôle de l’OSCE dans la construction et le maintien de la paix : « La dissuasion nucléaire et la menace d’une destruction mutuelle assurée ne peuvent être à la base d’une éthique de la fraternité et de la coexistence pacifique des peuples et des États ». Il a souligné que « les jeunes d’aujourd’hui et de demain méritent beaucoup plus. Ils méritent un ordre mondial pacifique fondé sur l’unité de la famille humaine, fondé sur le respect, la coopération, la solidarité et la compassion ».

Lire la traduction du discours complet: OSCE: Mgr Gallagher dénonce la manipulation idéologique des «droits de l’homme» – ZENIT – Francais, Hélène Ginabat, 12/12/19.

Côte d’Ivoire : soupçonné d’attenter à l’autorité de l’État, Guillaume Soro
a-t-il encore un avenir politique ?

| Par et
À l’étranger depuis plus de six mois, il a  tenté de rentrer à Abidjan le 23 décembre. Et renoncé in extremis.

Soupçonné de « tentative d’atteinte à l’autorité de l’État », l’ancien président de l’Assemblée nationale est visé par un mandat d’arrêt international. Et voit ses ambitions présidentielles compromises. Désormais opposant irréductible, peut-il rebondir ?

Où se trouve Guillaume Soro en ce début d’année 2020 ? À Paris, où il assure à certains avoir fêté Noël avec sa femme et ses enfants ? Ou plutôt à Barcelone, comme il l’a confié à d’autres interlocuteurs ? À 47 ans, il n’a pas eu beaucoup de mal à retrouver ses réflexes de vie dans la clandestinité.

Culture du secret, méfiance frisant la paranoïa, facilité à brouiller les pistes, tendance à cloisonner ses relations… ont toujours fait partie de son logiciel. C’était déjà le cas lorsqu’il était membre de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci) ou, quelques années plus tard, au sein de la rébellion des Forces nouvelles.

Visé par un mandat d’arrêt international et contraint à l’exil en Europe depuis son retour avorté à Abidjan le 23 décembre dernier, il n’a aujourd’hui pas d’autre choix que de renouer avec ses vieilles habitudes.

Ultimes négociations

L’ancien président de l’Assemblée nationale préparait ce retour depuis plusieurs semaines. Il comptait lancer les activités de son mouvement politique, Générations et peuples solidaires (GPS), et entamer dans la foulée sa campagne en vue de la présidentielle d’octobre. À mesure que la date se rapprochait, des émissaires du pouvoir, de certains chefs d’État africains ou même de Blaise Compaoré contactait Soro pour tenter de l’en dissuader. « Nous avons essayé d’arranger les choses. Il fallait qu’il mette de l’eau dans son vin, mais cela n’a pas marché », explique un proche de l’ancien président burkinabè en exil à Abidjan.

D’ultimes négociations furent entamées dans les dernières soixante-douze heures, par le biais de différents canaux. Ainsi, Mory Cissé, homme de confiance de Soro, et le ministre de l’Artisanat, Sidiki Konaté, son bras droit du temps de la rébellion, furent au cœur des discussions. Quant au frère du chef de l’État et ministre des Affaires présidentielles, Téné Birahima Ouattara, il passa par Sindou Meïté, l’un des principaux collaborateurs de Soro.

À quelques détails près, le message fut à chaque fois le même : « Le président veut que tu rentres en janvier, après les fêtes. Il estime que ce n’est pas encore le bon moment. Il aimerait d’abord en savoir plus sur tes intentions. » Soro ne voulut rien entendre, mais publia un communiqué censé être un gage de bonne volonté et dans lequel une rencontre avec Alassane Ouattara était annoncée. Dans son entourage, on affirme que Soro aurait alors reçu l’assurance qu’il ne serait pas arrêté à son arrivée à Abidjan.

« Faux, répond un intime d’Alassane Ouattara. Le président a simplement indiqué que l’avion ne serait pas empêché d’atterrir. Soro savait très bien que le chef de l’État avait décidé de le faire arrêter. »

Rupture consommée

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Guillaume Soro et Alassane Ouattara, en décembre 2010 à Abidjan. © Thibault Camus/AP/SIPA

Celui que Ouattara considérait comme son « fils » passe désormais à ses yeux pour un « petit voyou qui a mal tourné »

Cela faisait plusieurs mois qu’Alassane Ouattara évoquait cette hypothèse devant son premier cercle. « S’il rentre, je l’arrête », leur répétait-il. Celui qu’il considérait comme son « fils » passe désormais à ses yeux pour un « petit voyou qui a mal tourné ».

Depuis des années, certains proches du président tentaient de le convaincre du danger que représentait Soro, multipliant les accusations – y compris les plus farfelues. Le président n’a d’abord pas voulu y croire. À plusieurs reprises, comme lorsque Soro fut visé par un mandat d’amener de la justice française, en décembre 2015, ou quand le Burkina Faso décida d’émettre un mandat d’arrêt international contre lui en janvier 2016 pour son implication présumée dans le putsch manqué du général Diendéré, le président ivoirien lui apporta son soutien. « Je lui ai assez sauvé la mise », faisait-il régulièrement remarquer.

Les mutineries de janvier et mai 2017 marquent un tournant. Le chef de l’État est persuadé que Soro y est mêlé. La rupture est consommée. Il faut désormais affaiblir Soro politiquement et militairement – raison, entre autres, pour laquelle il nomme Hamed Bakayoko à la Défense, en juillet 2017. Les circuits financiers de l’ancien Premier ministre commencent à être surveillés, et plusieurs hommes d’affaires suspectés d’être ses mécènes sont rappelés à l’ordre. Alassane Ouattara tente encore de conserver Soro auprès de lui.

Malgré les tensions et la confiance rompue, le président espère jusqu’au dernier moment que Soro jouera un rôle actif au sein du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) et qu’il acceptera de se mettre au service d’Amadou Gon Coulibaly, dont Alassane Ouattara veut faire son dauphin. Mais pour Soro, qui se rêve un destin présidentiel et qui n’a jamais digéré que Gon Coulibaly lui soit préféré, il est impossible d’accepter. Son refus d’intégrer le RHDP entraîne sa démission forcée de la présidence de l’Assemblée nationale, en février 2019. Pour Ouattara, c’est l’affront de trop. Désormais, tous les coups sont permis.

Détendu et déterminé

Dans les couloirs du palais présidentiel, on moque sa dégringolade, tout en suspectant encore Soro de vouloir faire un « coup ». Au cours du premier semestre de l’année 2019, plusieurs dizaines de personnes soupçonnées de tentative de déstabilisation sont arrêtées. C’est notamment le cas de Dramane Koné, un ancien lieutenant du colonel-major Issiaka Ouattara, alias Wattao, décédé le 5 janvier.

Lorsqu’il est interrogé dans les locaux de la Direction de la surveillance du territoire (DST), les questions des enquêteurs ne laissent planer aucun doute : « Êtes-vous au courant d’un projet de déstabilisation visant à favoriser l’arrivée au pouvoir d’un homme politique ? » « Connaissez-vous Guillaume Soro ? » Enfin, le 7 août, l’état-major de l’armée suspecte plusieurs sous-officiers de vouloir perturber le défilé militaire de la fête de l’Indépendance. Encore une fois, Abidjan désigne Soro comme l’instigateur de ce supposé complot.

Marginalisé, menacé d’être arrêté s’il met le pied à Abidjan, Soro a vu son avenir brutalement obscurci et ses ambitions présidentielles contrecarrées. « Dans l’état actuel des choses, il ne pourra pas être candidat en 2020. Mais la situation peut encore évoluer », reconnaît l’un de ses soutiens dans la sous-région. Une partie de son entourage a établi son quartier général à Paris et décrit un Guillaume Soro « détendu et déterminé ».

Pourtant, les nouvelles d’Abidjan ne sont pas rassurantes. Une quinzaine de ses proches, dont des députés, ont été placés sous les verrous. Personne ne sait où est passé son frère cadet, Rigobert. Quant à ses fidèles restés en Côte d’Ivoire, ils se font discrets et réfléchissent parfois à quitter le pays.

Soro tente, malgré cette répression, de maintenir en vie son mouvement politique. Il compte aussi mener la bataille judiciaire avec ses avocats espagnols et français afin de prouver son innocence. Ces derniers devraient prochainement déposer plusieurs plaintes devant la Cour africaine des droits de l’homme et la Cour de justice de la Commission économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Soro envisage également d’attaquer ceux qu’il accuse de l’avoir enregistré à son insu, notamment le Franco-Algérien Akim Laacher.

L’élection est encore loin, et Guillaume n’a que 47 ans

Est-il capable de se remettre de ce nouveau coup dur ? « C’est un homme qui a toujours vécu dans l’adversité, mais qui a toujours remporté ses combats. Il finit toujours par retomber sur ses pattes », affirme l’un de ses conseillers. « L’élection est encore loin, et Guillaume n’a que 47 ans », ajoute un vieil ami.

Benalla, l’allié encombrant

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Alexandre Benalla et Guillaume Soro, lors de la convention de LRM, à Paris, en juillet 2017. © DR

Depuis plusieurs mois, certains observateurs avaient émis des doutes sur sa stratégie, soulignant son incapacité à structurer ses équipes et ses fréquentations. La place qu’a prise Alexandre Benalla à ses côtés ne plaît pas à tout le monde. Amis depuis plusieurs années, Soro et l’ancien chargé de mission du président français Emmanuel Macron s’étaient perdus de vue avant que leurs chemins se croisent à nouveau, en juin dernier, lors d’un dîner au restaurant Le Cabestan, à Casablanca, au Maroc. Benalla lui présentera ensuite l’homme d’affaires français Vincent Miclet, chez qui Soro passera trois jours à Marrakech.

« La rencontre avec Miclet n’a rien donné. Mais après ça Alexandre n’a plus lâché Soro. Il l’a aidé à organiser son dernier séjour à Paris, lui a présenté des gens », raconte un de leurs amis communs. Benalla a par exemple participé à l’organisation de l’intervention de Soro devant les étudiants de l’école Hautes Études internationales et politiques (HEIP) à Paris, le 28 novembre. Particulièrement présent dans les semaines précédant le retour annoncé de Soro à Abidjan, Benalla continuerait de le conseiller. Selon nos sources, il fait partie des gens qui ont facilité l’interview accordée le 28 décembre à l’hebdomadaire français le Journal du dimanche (JDD), dans laquelle Soro se compare au général de Gaulle et tacle sévèrement Emmanuel Macron.

À Paris, où les autorités étaient déjà irritées par l’activisme de Benalla sur le continent, cette sortie médiatique n’est pas passée inaperçue. « Ses propos sont inacceptables. Comme ses tweets. C’est indigne de sa part et facile de prendre ainsi la France pour bouc émissaire », commente une source élyséenne.

Les autorités ivoiriennes ont annoncé l’émission de ce mandat dans la précipitation, alors que le dossier n’était pas encore complet

S’il a évoqué le cas Soro lors de son tête-à-tête avec Alassane Ouattara, le 21 décembre, à Abidjan, le président français s’est bien gardé d’émettre un avis tranché. Paris attend désormais de savoir si Interpol validera ou non le mandat d’arrêt transmis par Abidjan. « Cela peut prendre plusieurs jours. Interpol doit examiner la validité des motifs. S’il est confirmé, une notice rouge sera envoyée à tous les États membres. Nous prendrons alors le temps d’étudier les faits reprochés à Soro avant de décider si nous appliquons le mandat d’arrêt », explique-t-on à Paris.

« Les autorités ivoiriennes ont annoncé l’émission de ce mandat dans la précipitation, alors que le dossier n’était pas encore complet. D’autres éléments vont être transmis à Interpol », précise une source proche du dossier.

Son image une nouvelle fois écornée, Guillaume Soro paraît pour le moment bien esseulé. Il s’est d’ailleurs ému du peu de soutiens qu’il a reçus. Les timides tentatives d’apaisement de certains chefs d’État du continent n’ont pour le moment rien donné. Si les proches de Soro assurent qu’Henri Konan Bédié l’a appelé pour le réconforter, le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) n’a pas publiquement pris fait et cause pour lui.

« Finalement, cela arrange tout le monde que Soro ne puisse pas être candidat. Même Bédié, pour qui il était un allié encombrant, aussi bien au sein du PDCI que dans le cadre de l’alliance qu’il essaie de nouer avec Laurent Gbagbo, lequel ne veut pas de l’ancien chef rebelle », remarque un observateur de la vie politique ivoirienne.

Secrets compromettants

Si Abidjan se défend d’avoir voulu éliminer un adversaire politique, la mise à l’écart de Soro laisse un boulevard au RHDP dans le nord du pays, où il était le seul candidat capable de rogner sur l’électorat du parti unifié. En première ligne, le chef de l’État, qui a personnellement chapeauté la gestion du cas Soro, se dit serein. « Je sais ce que je fais », a-t-il confié à son entourage. « C’est un test. S’il s’avère que le dossier contre Soro n’est pas assez solide, il s’exposera aux accusations de verrouillage en vue du prochain scrutin et prendra le risque de fragiliser son pouvoir », nuance un membre de son premier cercle.

De son côté, dénonçant une vaste manipulation pour l’empêcher de se présenter, Guillaume Soro estime que rien de tout ça ne serait arrivé s’il avait accepté d’adosser son mouvement au RHDP et fait le deuil de ses ambitions. Et menace son ancien allié de révéler des secrets compromettants de leur longue et complexe relation passée.