Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Scandale du pétrole au Sénégal:
Aliou Sall démissionne de la Caisse des dépôts

Aliou Sall, frère du président Macky Sall, lors d'une conférence de presse à Dakar le 3 juin 2019 après la diffusion du reportage de la BBC.
© REUTERS/Christophe Van Der Perre

Trois semaines après avoir été accusé dans un reportage de la BBC sur la gestion du pétrole et du gaz au Sénégal, le frère de Macky Sall a annoncé lundi 24 juin sa démission de la Caisse des dépôts et consignations, à la tête de laquelle il avait été nommé en septembre 2017 par le chef de l’État.

Pression de la rue, de l’opposition sénégalaise, Aliou Sall a donc fini par céder. « Il est de mon devoir de laver mon honneur sali, de protéger les miens », explique Aliou Sall dans une longue lettre rendue publique ce lundi, dans laquelle il affirme être aujourd’hui « l’ennemi public numéro un ». Et c’est pour protéger ses intérêts et ceux du Sénégal qu’il démissionne de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) qu’il dirigeait depuis septembre 2017. « C’est une campagne visant à me "déshumaniser" (...), à me présenter comme un « personnage sans foi ni loi qui nargue un peuple exsangue », écrit-il.

En juin 2012, peu après sa première élection, le président Macky Sall avait confirmé la décision de son prédécesseur, Abdoulaye Wade, d'attribuer l'exploitation des deux champs pétroliers et gaziers off-shore à Petro-Tim, une société détenue par l'homme d'affaires Frank Timis. Dans un reportage diffusé le 3 juin, la BBC affirmait notamment qu'Aliou Sall avait reçu en 2014 un pot-de-vin de 250 000 dollars de la part du groupe Timis, où il avait en outre été engagé après l'arrivée de son frère au pouvoir.

Aliou Sall a toujours affirmé n’avoir jamais touché 250 000 dollars de Frank Timis, mais sa défense a commencé à se fissurer la semaine passée lorsqu’un conseiller du président a indiqué que le virement avait bien été effectué et qu’Aliou Sall avait perçu des honoraires en tant que consultant en agriculture.

Le frère du chef de l’État a donc fait le choix de démissionner, de prendre les devants, mais il réaffirme qu’il n’a rien à se reprocher : « Toute cette malheureuse controverse n’est entretenue qu’autour d’un tissu d’amalgames et de contrevérités ».

Et Aliou Sall est d’ailleurs visiblement prêt à répondre à la justice puisqu’il indique être en phase avec la décision de l’Etat d’ouvrir une information judiciaire : « Fort de la conviction profonde que demain il fera jour, et que la lumière finira d’avoir raison des ténèbres, je prends ici devant vous la décision de donner ma démission », conclut-il.

Aliou Sall remercie enfin son frère : « Monsieur Le Président de la République qui, au-delà du même sang que nous partageons, sait, mieux que quiconque, dans quel moule de vertu, de sagesse et d’humilité nous avons été éduqués ensemble, comprend les actes que je pose en ce moment précis. »

Aliou Sall n’est donc plus directeur de la Caisse des dépôts, mais il conserve en revanche son poste de maire de Guédiawaye. C’est en tout cas le premier fusible, la première démission officielle dans cette affaire de pétrole et de gaz qui secoue le Sénégal.

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Ventes d'armes : stop à la complicité de la France


L’État français n’a de cesse de mettre en avant son exemplarité en matière de ventes d’armes. Pourtant, la réalité est tout autre.
 
La France est le 3ème exportateur d'armes au monde. Un commerce considéré comme un fleuron de l’industrie française, mais dont nous ne savons que peu de choses. En matière de vente d’armes, c’est l’omerta.
 
Les autorités cultivent en effet la plus grande opacité sur les ventes d’armes françaises et ce manque de transparence est un obstacle majeur au contrôle d’un commerce dangereux et meurtrier. Il est à ce jour impossible de garantir que des armes françaises ne sont et ne seront pas utilisées pour commettre des violations graves des droits humains et du droit international humanitaire et donc que la France ne se rend pas complice d’atrocités.
 
Ensemble, interpellons le président Emmanuel Macron pour exiger que la France fasse preuve de plus de transparence et d’un meilleur contrôle sur ce commerce pas comme les autres !

J'AGIS

Nous savons par exemple que la France exporte des armes à l’Égypte, qui connaît une répression des droits humains sans précédent. Elle est également l’un des premiers fournisseurs d’équipements militaires de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, membres de la coalition engagée au Yémen et responsables de milliers de victimes civiles.

Pourtant, la France a ratifié le Traité sur le commerce des armes (TCA), et s’est ainsi engagée à ne pas autoriser de transferts d’armement s’il existe un risque important que ces armes soient utilisées pour commettre ou faciliter des violations graves des droits humains et du droit international humanitaire.
 
Aujourd’hui, face à l'opacité des ventes d'armes autorisées par le seul pouvoir exécutif et l’absence de tout contrôle parlementaire véritable, personne n’est en mesure d’assurer que la France respecte ses engagements internationaux. Cela doit cesser.
 
Je vous remercie sincèrement de votre engagement pour un commerce des armes transparent et respectueux des droits humains,
 

Sarah Roussel,

Chargée de campagne
"Responsabilité des États et des entreprises"
pour Amnesty International France
 
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Mali : le bilan de l’attaque contre deux villages dogons du Centre
porté à 41 morts

| Par Jeune Afrique avec AFP

L'attaque perpétrée lundi contre deux villages dogons du Centre a été commise "par des éléments peuls" et a fait 41 morts, selon un bilan porté à la hausse, a indiqué un document interne de l'ONU. Selon un rescapé, les assaillants ont accusé les villageois d'avoir collaboré avec l'armée malienne.

La mission de l’ONU au Mali (Minusma) « rapporte que les deux attaques par des éléments peuls armés à Yoro et Gangafani les 17 et 18 juin ont eu pour conséquence le meurtre de 41 membres de la communauté dogon », indique une note interne. Un précédant bilan fourni par le gouvernement malien faisait état de 38 morts.

Selon le mémo de l’ONU, ces attaques ont également causé « le déplacement de 750 personnes » vers la localité voisine de Dinagourou et d’un « nombre indéterminé » d’habitants vers le Burkina Faso voisin.


>>> À LIRE – Mali : dans le cercle de Koro, ces « villages frères » peuls et dogons qui se font la guerre


Les assaillants ont accusé les habitants de Gangafani et de Yoro d’avoir collaboré avec l’armée malienne, selon le témoignage d’un rescapé de cette tuerie, Abdoulaye Goro. Ils les ont « identifiés », « mis à part » puis ils les ont « tués devant nous », a affirmé cet agent de sécurité à Bamako.

« Ils ne cherchaient que les habitants de Yoro et Gangafani »

Le jour de l’attaque, Abdoulaye Goro se rendait aux funérailles de son père à Dinagourou, localité proche des deux villages visés, quand une quarantaine d’hommes armés, certains lourdement, les ont interceptés.


>>> À LIRE – [Tribune] Des pistes pour enrayer la spirale de la violence dans le centre du Mali


Abdoulaye Goro et ses compagnons de route sont alors emmenés « dans la brousse » et rassemblés « sous les arbres », où se trouvent déjà une centaine de personnes placées sous surveillance, selon son récit. « Ils ont procédé au contrôle des identités. Ils ne cherchaient que les habitants de Yoro et Gangafani », a-t-il poursuivi. « Ils les ont tués devant nous, avec des fusils. C’est après qu’ils nous ont libérés », a affirmé ce trentenaire.

Représailles

Selon lui, les assaillants ont reproché aux habitants de ces deux villages d’avoir « coopéré » il y a une quinzaine de jours avec des militaires maliens et burkinabè, en intervention dans la localité voisine de Dinagourou. « Ils ont tué surtout des jeunes qui revenaient des champs » à motos ou sur des charrettes, assure-t-il, évoquant une « vengeance ciblée ».

Les violences, qui déchirent le Centre du Mali depuis quatre ans, ont culminé le 23 mars avec le massacre, attribué à des chasseurs dogons, de quelque 160 personnes dans le village peul d’Ogossagou, près de la frontière avec le Burkina Faso.

Par ailleurs, les services de la Minusma basés à Tombouctou (nord) « ont reçu des informations indiquant que cinq soldats des Forces armées maliennes (Fama) ont été tués dans une embuscade tendue [mardi 18 juin, NDLR] par de présumés éléments extrémistes dans le village de Fatel », près de Gourma Rharous. L’armée et le gouvernement malien avaient auparavant évoqué cette embuscade, sans donner de bilan.

«On se fait battre jusqu’à ce qu’on croie mourir»:
le calvaire des enfants talibés au Sénégal | Le Monde

Confiés par leur famille à des écoles coraniques pour y recevoir un enseignement religieux, de jeunes mineurs sont obligés de mendier et souvent violentés.

Dans les rues de Dakar, ils sont une présence que l’habitude a rendue invisible. En haillons, la peau boursouflée par la gale, une boîte de concentré de tomates vide aux pieds pour recueillir l’aumône, ils sont les « talibés », ces enfants mendiants affiliés pour la plupart à une daara, une pension coranique.

Si le phénomène est connu du public, les conditions de vie de ces enfants le sont moins. Afin de poser un diagnostic, Human Rights Watch (HRW) et la Plateforme pour la promotion et la protection des droits humains (PPDH) ont enquêté dans 22 daaras et dans 13 centres d’accueil pendant plusieurs semaines, interviewé plus de 150 témoins : 88 talibés ou anciens talibés, 23 maîtres coraniques et de nombreux travailleurs sociaux, experts de la protection de l’enfance et agents du gouvernement, dans quatre régions du Sénégal. Le rapport de 81 pages, intitulé « “Il y a une souffrance énorme” : graves abus contre des enfants talibés au Sénégal » et révélé mardi 11 juin, fait le constat effroyable de dizaines de sévices subis par de très jeunes mineurs et perpétrés par des maîtres coraniques (marabouts) ou leurs assistants en 2017 et 2018.

Lire aussi Sénégal : Human Rights Watch dénonce les « énormes souffrances » des enfants talibés

La liste des supplices est longue : 61 cas de passages à tabac ou d’abus physiques, 15 cas de viols, tentatives de viols ou agressions sexuelles, 14 cas d’enfants séquestrés ou enchaînés parfois pendant des semaines ont été recensés. « Depuis 2013, nous avons relevé 39 décès d’enfants liés à ces abus ou à de la négligence, affirme au Monde Afrique Lauren Seibert, chercheuse adjointe de la division Afrique de HRW et auteure du rapport. J’en ai personnellement documenté plus d’une vingtaine. Et il ne s’agit que des cas que nous avons pu confirmer sur le terrain. En réalité, il y en a beaucoup plus, mais les informations sont difficiles à obtenir. Nos données montrent même une augmentation des décès entre 2017 et 2018 par rapport aux années précédentes. » Et ce, malgré le terrible incendie de 2013 dans le quartier de Médina, à Dakar, qui avait ôté la vie à neuf enfants enfermés dans leur daara par un maître négligent.

Mardi, après la publication du rapport, la Fédération nationale des écoles coraniques du Sénégal (Fnecs) a annoncé vouloir porter plainte contre HRW. « Ce n’est pas la première fois que cette ONG publie de telles insanités sur les écoles coraniques du Sénégal, a déclaré son président Moustapha Lô à SeneNews. Même si ces cas d’abus sexuels existent, c’est très peu fréquent comparé aux cas plus graves qui se passent dans les écoles françaises au Sénégal », accusant l’organisation internationale de défense des droits humains de vouloir « décourager les musulmans afin que leurs enfants ne fréquentent plus l’école coranique ».

« Mourir dans le silence »

Si la presse sénégalaise rapporte quelques cas, comme ces deux talibés morts en novembre 2018 d’un paludisme non traité, beaucoup échappent à la connaissance du public.… Lire la suite: « On se fait battre jusqu’à ce qu’on croie mourir » : le calvaire des enfants talibés au Sénégal, Le Monde Afrique, Matteo Maillard, 12.06.19.

La Chine confirme ses velléités de conquête du monde,
menée par un Xi tout puissant | The Conversation

Emmanuel Véron, Institut national des langues et civilisations orientales – Inalco – USPC

Le 19e Congrès du Parti communiste chinois (PCC) s’est achevé le mardi 24 octobre 2017 par la consécration du président XI Jinping, dont le mandat à la tête du parti est renouvelé, mais surtout, dont le nom et la pensée ont désormais été inscrits dans la charte du PCC. Un symbole fort qui élève Xi au rang de leader incontesté, au même titre que l’était Mao Zedong.

Or, ce leadership chinois sur le monde est bien ancré dans le programme politique du parti, fixé dans le cadre de ce 19e congrès pour les cinq prochaines années.

Pourtant la situation géopolitique demeure incertaine, voire instable : risques nucléaires en Corée du Nord, mouvements islamistes en Chine et à ses frontières, récessions économiques en Europe, en Amérique latine…

Malgré ces défis, la Chine entend s’engager encore plus sur la scène internationale, comme l’avait déjà exprimé Xi à Davos en janvier dernier, s’érigeant alors en apôtre du libre-échange.

Cette prise de position se veut une démonstration de la stabilité et de la montée en puissance du pays, qui espère maintenir un niveau annuel de croissance élevé, actuellement autour de 6 % du PIB.

Le 19e Congrès lance ainsi un nouvel élan dans l’ascendance de la puissance chinoise afin d’établir un niveau de superpuissance jouxtant celui des États-Unis.

Nouvelles technologies, innovations et enjeux climatiques sont ainsi devenus depuis quelques années des enjeux clefs pour Pékin.

Championne de l’environnement et du numérique

Dans la continuité des accords 2015 de Paris, le Parti-État a réitéré son engagement dans la protection de l’environnement notamment dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Cela se traduit par exemple par la mise en place d’un système de quotas d’émissions de carbone généralisé – des programmes pilotes existent déjà à travers le pays – mais aussi par la conquête des parts de marché dans le secteur de l’éolien et du photovoltaïque.

En prenant le leadership sur le climat, la Chine devance les États-Unis de Trump, qu’elle talonne déjà au niveau technologique, en particulier sur le digital et l’intelligence artificielle.

Dans ce secteur, les géants chinois (BATX, Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) devraient poursuivre leur expansion à travers le monde en particulier dans les pays en développement. Actuellement, Tencent et Baidu totalisent plus de 577 milliards d’euros et Jack Ma, patron d’Alibaba souhaite investir 15 milliards de dollars dans l’intelligence artificielle pour les trois prochaines années.

Déjà, le tourisme, les transactions bancaires, les paiements en ligne impliquent une utilisation régulière de ces « GAFA » chinois (acronyme utilisé pour les titans classiques du web, Google, Apple, Facebook, Amazon), une tendance qui pourrait se mondialiser.

Enfin, selon les récentes déclarations de Xi Jinping le secteur financier soutiendra l’industrialisation de pointe au même titre que les autres grands secteurs (énergie, infrastructures, transports…). La Chine pourrait ainsi rapidement concurrencer les pays occidentaux en termes de dépôts de brevet. Et avec le plan « Made in China 2025 » lancé en décembre 2016, le pays espère devenir le nouvel hub mondial pour les nouvelles technologies.

Cette concentration économique n’est pas sans arrière-pensée pour la place à prendre à l’échelle régionale.

Activisme et influence en Asie

La montée en puissance de la Chine depuis les années 1980 et sa restauration sur la scène internationale, un objectif quasi obsessionnel de la part de ses dirigeants – ne peuvent s’effectuer sans d’abord affirmer sa suprématie en Asie.

Cela se traduit par des stratégies visant à évincer les ambitions japonaises et à écarter l’Inde, sa grande rivale dans la région.

Pékin compte ainsi s’appuyer sur une politique commerciale et économique offensive, en se décrétant à la fois meneur et arbitre dans les conflits régionaux. Ces derniers sont principalement liés au non-règlement de frontières maritimes ou terrestres, tels que la mer de Chine méridionale ou les litiges himalayens sino-indien.

Cette « diplomatie du pourtour » selon le vocable chinois est très active et à géométrie variable. L’enjeu fondamental est d’éloigner au maximum la présence – militaire, diplomatique, économique- américaine en même temps que de développer des liens économiques et diplomatiques dans la région. Ainsi 80 % des exportations mongoles se dirigent vers la Chine. Les échanges commerciaux avec le Vietnam ont eux augmenté de 23,6% en un an, soit 47 milliards de dollars entre janvier et juin 2017. Et, malgré les risques sécuritaires, les affaires se poursuivent activement au Pakistan et en Corée du Nord.

La Birmanie, la Mongolie, une partie de l’Asie du Sud-est et de l’Asie centrale fournissent aussi à la Chine quantité de ressources naturelles (minéraux, charbons), consolidant la position de Pékin qui s’érige en suzerain. L’ancizn Empire s’assure ainsi des partenaires fidèles qui lui éviteront une trop grande dépendance au détroit de Malacca par lequel transit une part importante des ses approvisionnements (hydrocarbures et marchandises).

Ces stratégies illustrent parfaitement la pensée de Xi Jinping qui a, durant son premier mandat, proposé la « renaissance de la nation chinoise » et la création d’une « communauté de destin » pour l’Asie (et plus largement pour le monde).

Cette « communauté » devrait se traduire par les nouvelles routes commerciales tracées au-delà du seul espace asiatique.

Tisser les nouvelles routes de la soie

Lancé à la fin de l’année 2013, le projet des nouvelles routes de la soie permet à la Chine de rester au cœur de la globalisation tout en ignorant les États-Unis et le Japon. Le projet prévoit de financer plus de 900 grands travaux d’infrastructures à travers l’Eurasie et l’Afrique à hauteur de 800 milliards d’euros.

Les «routes» sont particulièrement soutenues par la création ou la diversification d’importantes institutions financières depuis 2012 : banque asiatique d’investissement – qui se veut une alternative à la Banque mondiale et qui siège à Pékin –, élargissement de l’Organisation de Coopération de Shanghai à l’Inde et le Pakistan (là aussi, le siège est à Pékin) et à Shanghai la New Development Bank pour financer les BRICs. Ces structures sont accompagnées d’accords commerciaux importants dans la région ainsi que la mise en place en 2016 d’une zone de libre-échange Asie Pacifique.

Ces gigantesques réserves de capitaux (plus de 2 000 milliards de dollars) sont en partie destinées à investir dans des régions moins développées (continent africain), mais aussi au sein de pays mieux dotés. C’est la stratégie européenne de la Chine.

Stratégie européenne

L’Europe est perçue par Pékin comme stable et prospère (bassin important de l’innovation, notamment en terme de brevet) et dans le prolongement continental eurasiatique, cible du projet chinois.

Cependant, l’Union européenne est perçue de manière plus hétérogène. La Chine joue sur ses liens particuliers avec les trois grandes puissances : Allemagne, Royaume-Uni et France ; mais également avec les pays d’Europe centrale et orientale. La stratégie consiste en une maîtrise accrue des points d’entrée et de sortie de l’UE (ports, aéroports : Le Pirée, Toulouse Blagnac, Klaipedia, etc.) pour mieux contrôler la géoéconomie européenne.

Les pays émergents et en voie de développement sont également intégrés au schéma stratégique essentiellement pour des logiques d’acquisitions de ressources naturelles et de diplomatie.

Avec les économies émergentes, la Chine oscille entre une diplomatie du chéquier et celle du fait accompli. Elle participe à la construction d’infrastructures en échange de soutien politique dans les instances multilatérales et d’accès privilégié aux ressources naturelles.

Une armée chinoise d’envergure

Le 19e congrès a également évoqué la poursuite de la modernisation et des réformes des armées.

Les ambitions de modernisation se situent principalement sur la montée en gamme qualitative des armées, une restructuration des forces et meilleure capacité opérationnelle.

Les dépenses budgétaires, autour de 200 milliards de dollars par an en 2016 (là où les États-Unis dépensent plus de 600 milliards par an) font de la Chine la seconde puissance militaire mondiale, malgré des incertitudes sur les capacités opérationnelles, l’interamisation et le comportement au combat. Les domaines du maritime, du cyber et de la balistique sont parmi les mieux dotés.

Nouvelle gouvernance mondiale incertaine

L’établissement de la superpuissance chinoise comporte de nombreux risques et incertitudes. En renforçant son autorité au sein du Parti et sur la scène internationale, Xi envoie également un message aux dissidents, opposants et voix s’élevant, en Chine et ailleurs, à l’encontre du régime.

Les cinq prochaines années verront l’établissement durable de capitaux chinois pour la construction d’une véritable armature structurant l’environnement régional de Pékin et des points d’ancrage/portes d’entrée solides à travers l’Europe, l’Afrique et l’Amérique Latine. L’ambition chinoise est un projet long et progressif, patient et obstiné, inscrit dans un cadre de rivalité stratégico-militaire avec les États-Unis. La France et l’Europe se doivent de suivre intelligemment cette ascension.

Emmanuel Véron, Enseignant-chercheur, responsable de la géographie et de la géopolitique à l’Inalco, Institut national des langues et civilisations orientales – Inalco – USPC

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