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Burkina Faso: au lendemain d'une attaque,
la ville de Djibo reprend son souffle

La ville de Djibo est le chef-lieu du Soum au nord du Burkina Faso.
© Google Maps

Au Burkina Faso, au lendemain de l'attaque contre la brigade de gendarmerie de la ville de Djibo, dans la province du Soum, les commerces ont fermé leurs portes plus tôt que d'habitude. Les habitants vivent encore dans la peur. Les assaillants qui ont attaqué la gendarmerie ont tiré en l'air dans certains quartiers de la ville et même s'ils ont été repoussés par les forces de sécurité, les populations redoutent une autre attaque.

Au Burkina Faso, les habitants de la ville de Djibo, dans la province du Soum, sont découragés par l'attaque de leur brigade de gendarmerie ce 18 octobre. « Nous essayons de vivre », confie un habitant. Un fonctionnaire explique que seuls les plus courageux sont sortis de leur quartier car les tirs de la veille ont surpris beaucoup de personnes dehors.

Selon plusieurs habitants, les rumeurs persistantes faisaient cas d'un assaut contre une cible dans la ville la veille de l'attaque. « On a vécu d'abord l'attaque d'un poste avancé de la police à l'entrée de la ville un jour avant celle contre la gendarmerie », relate un commerçant.

Attaques nocturnes à moto

Les populations vivent désormais avec la peur et sont de plus inquiètes sur la situation à Djibo. Les écoles sont restées fermée et les élèves invités à rester chez eux jusqu'au lundi 22 octobre. Certains parents d'élèves réfléchissent déjà aux conditions de reprises des cours.

Avec la recrudescence des attaques, le gouverneur de la région avait interdit les déplacements à motos entre 19h et 5h le matin. Mais selon les habitants, cette mesure semble ne plus être respectée. Et les hommes armés qui mènent toutes les attaques se déplacent à moto pendant la nuit.

En fichier joint la lettre adressée par le Responsable du secteur France
et son Assistant à l'occasion du 150ème anniversaire de la fondation des Missionnaires d'Afrique.

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95 % de la classe moyenne africaine vit dans 20 pays

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Sur la base d'une méthodologie innovante, l'entreprise technologique Fraym estime la classe moyenne du continent à 330 millions de personnes. Avec 5,5 millions de « consommateurs », Kinshasa se hisse au 4e rang des marchés urbains africains, derrière Le Caire, Lagos et Johannesburg.

Selon la start-up Fraym, 330 millions d’Africains, soit le quart de la population du continent, font partie de la « classe moyenne », celle dont la consommation ne se résume pas seulement à des denrées de première nécessité, mais aussi à des produits « premium ». Une catégorie de population dont l’évaluation a fait l’objet d’âpres débats au sein des institutions internationales et des centres de recherches.

La BAD estime par exemple que pour appartenir à la classe moyenne en Afrique, il faut disposer d’une revenu annuel supérieur à 3 900 dollars (3 969 euros) par an. Sur la base de cette définition, elle compte 326 millions de personnes.


>>> À LIRE : La classe moyenne, entre mythe et réalité


Un chiffre très proche de celui avancé, le 9 octobre, par la jeune société de conseil et de data-analyse Fraym, qui met en avant son approche innovante : plutôt que se baser sur le revenu des consommateurs, sensible aux aléas économiques, elle prend en compte le patrimoine et le niveau d’éducation des ménages, étudiés au travers d’images satellitaires et de sondages.

Hyper-concentration

L’usage de ces nouvelles technologies lui a permis de déterminer que 95 % de la classe des consommateurs africains est concentrée dans seulement 20 pays. Les 50 plus grands marchés urbains représentent à eux seuls plus de 110 millions de consommateurs.

(pour voir le tableau correspondant, cliquer sur le lien ci-dessous)

« Les cinq plus grands marchés – l’Égypte, le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Maroc et l’Algérie – comptent une classe de consommateurs combinée de 219 millions de personnes », souligne Fraym. Cela représente les deux tiers des classes moyennes du continent.

Chacun de ces pays compte au moins 20 millions de consommateurs. L’Égypte est le plus grand marché africain avec une classe de consommateurs de 78 millions de personnes, suivie du Nigeria avec 52 millions.

(pour voir le tableau correspondant, cliquer sur le lien ci-dessous)

16 millions de consommateurs au Caire

Les 15 marchés suivants abritent 30 % des « consommateurs » du continent, tels que comptabilisés par Fraym, soit 94 millions de personnes. L’Éthiopie est le plus grand marché de cet ensemble de 15 pays, avec plus de 10 millions de consommateurs.

L’Angola, le Kenya, le Ghana, la Tanzanie, le Soudan, la Tunisie et la République démocratique du Congo (RDC) suivent avec au moins 8 millions de consommateurs chacun. Le reste du continent n’abrite que 17 millions de consommateurs. Dans 11 pays, la « classe des consommateurs » compte pour moins d’un million de personnes.

Si les classes moyennes apparaissent particulièrement concentrées dans certains pays, le constat est le même à l’échelle des villes : ainsi, les 50 plus grandes villes africaines rassemblent 80 % des classes moyennes urbaines du continent. Le Caire est de loin la ville qui abrite la plus grande classe de consommateurs, avec 16 millions de personnes. Suivent ensuite Lagos, avec 9 millions de classes moyennes, et Johannesburg, avec 8,5 millions. « La mégalopole de Lagos à elle seule a une classe de consommateurs plus importante que celle de tous les pays africains sauf six » notent les analystes de Fraym.

10 des 20 premiers marchés urbains africains au Nigeria

Si l’étude souligne le manque de statistiques disponibles sur la RDC, Fraym a cependant trouvé 5,5 millions de ce qu’elle définit comme « consommateurs » à Kinshasa, ce qui place la ville au quatrième rang du continent.

L’étude de Fraym montre qu’il y a également une population importante de consommateurs dans les capitales régionales, comme Alexandrie (Égypte), Durban (Afrique du Sud), Port Harcourt (Nigeria), Ibadan (Nigeria), et Douala (Cameroun). Le Nigeria à lui seul compte 10 villes parmi les 50 premiers marchés urbains de consommation en Afrique.

Fraym se définit comme « la plateforme la plus puissante pour comprendre les habitants du continent africain », mobilisant des techniques de cloud computing, d’imagerie satellitaire, et de géolocalisation.

Soutenue par les fonds TPG et Kupanda Capital, l’entreprise compte parmi ses fondateurs des anciens de la Maison blanche, de la BAD, du Centre pour le développement global et de la campagne ONE.

Burkina Faso: une stèle en hommage à Thomas Sankara

Le chef d'Etat du Burkina Faso, Thomas Sankara, le 31 octobre 1984, dans sa capitale Ouagadougou.
© © AFP PHOTO

La première pierre a été symboliquement déposée lundi 15 octobre, à l'occasion du 31e anniversaire de l’assassinat du père de la révolution burkinabè. La cérémonie s'est déroulée sur le lieu même où le capitaine Thomas Sankara et douze de ses compagnons ont été tués.

Selon Abdoul Karim Sango, le ministre burkinabè de la Culture, des arts et du tourisme, la pose de la première de la stèle est la preuve que Thomas Sankara, le grand panafricaniste n'est pas mort. Il considère comme un devoir d’œuvrer « constamment à entretenir l’idéal défendu par le président, et pour lequel il a sacrifié sa vie ».

Il affirme que la pose de cette première pierre « ne doit pas ressembler à ces nombreux projets sans lendemain qui pullulent sur le continent. Sa réalisation exige un engagement de tous ».

Les statues en bronze de Thomas Sankara et ses compagnons seront réalisées  par un groupe d'artisans burkinabè. Sur le plan judiciaire, le dossier « évolue énormément de façon positive », explique maitre Benewende Sankara, l'un des avocats de la famille. « Même la France a accepté de lever le secret-Défense pour que la justice burkinabè puisse avoir accès aux archives », souligne-t-il.

Dans un message, le président Roch Marc Christian Kaboré à réitéré son engagement à œuvrer pour l'aboutissement de la justice dans le dossier sur l'assassinat de Thomas Sankara

[Analyse] Donald Trump, Christine Lagarde et les conséquences africaines du relèvement des taux d’intérêt américains

 

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Alain Faujas est spécialisé en macro-économie (mondiale et tous pays) ainsi qu'en politique intérieure française.

En augmentant une nouvelle fois ses taux d'intérêt, la Banque centrale américaine, la Federal Reserve (Fed), est-elle « tombée sur la tête », comme l'a déclaré Donald Trump, catastrophé par la chute de Wall Street qui en a résulté, le 11 octobre dans l'émission matinale Fox & Friends, sur Fox News ?

Ou bien était-ce « inévitable » comme le lui a répondu, le 10 octobre, Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), qui a reconnu que cela met les pays émergents et en développement en difficulté ?

Effectivement, l’augmentation des taux américains était inévitable et va se poursuivre. La FED ne peut pas faire autrement, car l’inflation menace une économie américaine en surchauffe où le chômage a disparu, où la hausse du dollar nuit à la compétitivité des produits américains et où le protectionnisme présidentiel annonce des hausses fortes des prix des produits importés. La Banque centrale européenne fera de même l’an prochain.

Il faut relativiser le rôle de la hausse des taux américains dans la fragilisation des monnaies africaines

Il est aussi exact que cette hausse pose un problème aux pays émergents et en développement, en particulier en Afrique. En effet, elle rend leurs remboursements d’emprunts plus coûteux, leurs monnaies plus fragiles et contribue à la fuite des capitaux vers les États-Unis dont le dollar est au plus haut.

En ce qui concerne le surcoût des emprunts, voilà des mois que les pays africains qui ont trouvé avantageux d’emprunter à très bas coût et en dollars ont été prévenus que cela n’allait pas durer et qu’ils risquaient d’être pris à la gorge. Beaucoup ont vu dans ces cris d’alarme une manœuvre occidentale pour ralentir le rouleau compresseur chinois en Afrique. Les récents défauts des remboursements de l’Éthiopie à la Chine prouvent que le danger n’est pas fantasmatique. Les efforts de la Communauté des États d’Afrique centrale pour limiter leurs emprunts vont dans le bon sens.

En ce qui concerne la fragilisation des monnaies par la hausse des taux américains, il faut relativiser. Des problèmes domestiques (guerre civile, récession, mauvaise gouvernance, recul des cours des matières premières d’exportation) sont à l’origine de la chute des monnaies du Soudan (- 61 %), de l’Angola (- 43 %), de la Zambie (- 18 %) ou de l’Afrique du Sud (- 12 %) par rapport au dollar entre le 1er janvier et le 28 septembre 2018.

Les attaques du président américain contre la Chine et contre l’Iran sont potentiellement encore plus catastrophiques

Quant à la fuite des capitaux vers les États-Unis où ils sont mieux rémunérés avec la hausse des taux, le phénomène affecte plus les émergents que les pays en développement. En Afrique, c’est essentiellement l’Afrique du Sud qui est touchée, bien que le projet du président Ramaphosa de redistribuer les terres dont les Blancs sont propriétaires n’ait pas peu contribué à la fuite des investisseurs.

Il est possible de retourner à Trump sa critique à l’égard de la FED accusée « d’être tombée sur la tête ». Si la hausse des taux américains obligent les acteurs du monde entier à réviser leurs stratégies, les attaques du président américain contre la Chine et contre l’Iran sont potentiellement plus catastrophiques. La surtaxation des exportations chinoises vers les États-Unis ralentiront la croissance de la Chine, donc ses achats de matières premières minérales ou agricoles et, étant donné son poids formidable dans ces deux domaines, la croissance de ses fournisseurs africains.

Les pays importateurs de pétrole peuvent se faire du souci pour leur équilibre budgétaire

Avec l’Iran, le bouleversement est plus complexe. En décrétant un embargo sur le pétrole iranien, il a déclenché une hausse du prix du baril (alors qu’il voulait une baisse pour des raisons électorales !) qui avantage tous les pays producteurs aujourd’hui en difficulté notamment l’Algérie, le Nigeria, l’Angola, Congo, la Guinée équatoriale et le Tchad. En revanche, les pays importateurs de pétrole peuvent se faire du souci pour leur équilibre budgétaire, leur balance commerciale, leurs réserves de devises, leur inflation et le remboursement de leurs prêts, comme le Maroc, le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Rwanda, le Zimbabwe, etc.

À la différence de ces périls créés par Trump, le risque de la hausse des taux d’intérêts semble d’autant moins difficile à gérer qu’il était prévisible, lui.