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Présidentielle au Burkina Faso: pourquoi un électeur sur deux n'a pas voté

 
                                    À Ouagadougou, dans un bureau de vote, des agents vérifient l'identité des personnes lors du scrutin présidentiel du 22 novembre 2020.

À Ouagadougou, dans un bureau de vote, des agents vérifient l'identité des personnes lors du scrutin présidentiel du 22 novembre 2020.
 AP - Sophie Garcia
Texte par :RFISuivre
3 mn

Le taux de participation de l'élection présidentielle du 22 novembre, qui a vu Roch Marc Christian Kaboré être reconduit, s'établit à 50,79%. Un électeur sur deux n'a donc pas voté, sans compter les Burkinabè qui n'étaient pas inscrits. RFI leur donne la parole.

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Avec notre envoyée spéciale à Ouagadougou, Carine Frenk

Selon des sources concordantes, le Burkina Faso devrait compter environ 10 millions d’électeurs, et pas seulement 6,5 millions. Parce qu’ils n’ont pas leur carte nationale d’identité, parce qu’ils n’ont pas pu s’enrôler à cause de l’insécurité, ou bien parce qu’ils ne voient pas l’intérêt de voter, ou pour toutes ces raisons à la fois, de nombreux citoyens restent au bord de la route. Le vote pour la présidentielle du 22 novembre s'est fait sans eux.

C’est le cas de Bibi, un petit commerçant du centre-ville. Il n’a jamais voté et il s’en porte bien. Car il n'en voit pas l'intérêt : « Je ne voterai jamais. Je n'ai jamais voté. J'ai 38 ans et je ne sais pas comment on vote. Je ne suis pas prêt pour voter. »

► À lire aussi : Burkina Faso: après l’élection, la quête de la réconciliation nationale

 

« Je ne crois pas en leurs promesses »

Clara tient un kiosque à journaux. Elle aurait pu voter à Fada, mais comme elle était à Ouadadougou le jour des élections, elle s’est donc abstenue : « Ça ne m'a pas gênée. Parce que parmi les 13 candidats, je ne savais pas qui choisir. Personne ne dit la vérité dans son programme. D'autres ont promis des choses qu'ils ne peuvent pas faire. Ils ont fait tout ça seulement pour avoir le fauteuil. Je ne crois pas en leurs promesses. »

Le taux de participation s’établit à 50,79%. Il est même de 46% si l’on se réfère aux 6,5 millions d’électeurs inscrits. 600 000 électeurs ont, en effet, été exclus de la base de calcul par la Céni, leur bureau de vote n’ayant pas pu ouvrir en raison de l'insécurité.

Réélu président dès le premier tour, Roch Marc Christian Kaboré a reçu les félicitations de plusieurs opposants, vendredi 27 novembre. Parmi eux, Zéphirin Diabré, le chef de file de l’opposition, mais aussi Tahirou Barry, Ablassé Ouedraogo, Monique Kam Yeli, Gilbert Noel Ouedraogo, le professeur Augustin Loada, président du Mouvement Patriotique pour le Salut, ou encore Do Pascal Sessouma.

Le président Kaboré a salué cette démarche qui, selon lui, témoigne de la maturité de la démocratie au Burkina Faso. On attend désormais les résultats provisoires des législatives. Le Conseil Constitutionnel proclamera les résultats définitifs.

L’Avent au jour le jour

L’Avent au jour le jour
 

Attente, confiance, joie, inattendu. Ce sont ces quatre mots que l’équipe de Croire a retenus cette année pour rythmer les quatre semaines du temps liturgique de l'Avent, qui s'ouvre ce dimanche 29 novembre, avec pour chaque jour un témoignage, une figure biblique ou spirituelle, des textes et des musiques pour soutenir la prière…

Quatre mots qui se conjuguent pour nous préparer intérieurement à l'événement de Noël : attente de l'inattendu, inattendu de la joie, joie de la confiance, confiance de l'attente…

Quatre mots qui, au-delà de la période de l'Avent, disent la disposition intérieure du disciple du Christ, qui vit « non pas d'attente, mais en attente » pour parler comme le pape François. Tendu vers la promesse d'un avenir qui surpassera toujours ses espérances, le chrétien ne cesse en effet de s'émerveiller de la passion que Dieu manifeste pour l'humanité, depuis la promesse faite à Abraham, jusqu'à l'Incarnation du Fils.

Quatre mots qui sont une invitation à accueillir la surprise d'un Dieu qui vient jusqu'à nous, pour partager notre vie et nous inviter à partager la sienne.

Bon chemin d'Avent.

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Qui est le nouveau chef d’Aqmi, Abou Obeida Yousouf al-Annabi ?

 | Par - à Alger
Le nouveau chef d'Aqmi, Abou Obeida Yousouf al-Annabi.

Le nouveau chef d'Aqmi, Abou Obeida Yousouf al-Annabi. © AFP

 

Après la mort en juin 2020 d’Abdelmalek Droukdel, le nouvel émir d’AQMI prend la tête d’une organisation terroriste affaiblie. Les détails sur son parcours.

Plus de cinq mois après l’élimination d’Abdelmalek Droukdel, chef suprême d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique, l’organisation a fini par choisir son successeur. Il s’agit de Yazid Mebarek alias Abou Obeida Yousouf al-Annabi.

Ce n’est pas une surprise. Le nouveau chef de l’organisation terroriste est un compagnon de longue date de son fondateur Abdelmalek Droukdel, avec qui il a créé le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) en 1998 et participé à la transformation du groupe en franchise d’Al-Qaïda en janvier 2007 après une prestation d’allégeance officialisant la création d’AQMI.

Militant actif du FIS

Yazid Mebarek est né en Algérie, en 1970, dans la ville d’Annaba, à 500 kilomètres à l’est de la capitale. À 19 ans, il devient militant actif du Front islamique du salut (FIS), parti islamiste crée en 1989 et dont Annaba et plus généralement l’Est algérien est alors un véritable bastion.

Le parti se structure après sa victoire aux élections communales de 1990. Le jeune Mebarek, alors étudiant en sciences économique à l’université de Constantine, côtoie d’autres leaders de ce mouvement ainsi que de futurs dirigeants des organisations terroristes qui naîtront après l’arrêt du processus électoral en janvier 1992.

C’est d’ailleurs à cette période, en 1993, que Mebarek, son diplôme en poche, rejoint les rangs de l’Armée islamique du salut (AIS), puis ceux du GIA où il fait la rencontre d’Abdelmalek Droukdel en 1996.

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IL MONTE EN GRADE EN PARTICIPANT À LA CRÉATION DU GSPC EN 1998

Il monte en grade en participant à la création du GSPC en 1998 et aura son premier poste de responsabilité au sein de l’organisation en devenant son commissaire politique, poste qu’il conservera après la création d’AQMI.

Mebarek était contre la régionalisation du combat et son extension vers d’autres pays, et estimait qu’il fallait se concentrer sur l’Algérie. Il n’était pas très favorable à l’adhésion du GSPC à la nébuleuse Al-Qaïda à cause du risque de s’attirer l’inimitié d’autres États.

La troisième voie

Al-Annabi représente alors, avec un petit groupe de cadres du GSPC, une troisième voie, entre celle de Hassan Hattab, fondateur de l’organisation qui croyait au dialogue et à la réconciliation nationale proposée par l’Algérie, et celle d’Abdelmalek Droukdel, qui voulait coûte que coûte faire du GSPC le bras d’Al-Qaïda sur l’ensemble du continent. Il en résultera des tensions entre lui et Droukdel qui dureront plusieurs années.

En 2009, alors qu’AQMI est acculée dans les maquis de Kabylie, une branche s’allie à Mokhtar Belmokhtar et s’étend au Sahel pour y vivre de prises d’otages et de trafic de drogue. En novembre de la même année, Abou Obeida Yousouf al-Annabi manque de perdre la vie en tombant dans une embuscade tendue par l’armée algérienne dans le maquis d’Imsouhel, dans la wilaya de Tizi Ouzou. Il en sortira gravement blessé et perdra l’usage d’une jambe.

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IL DEVIENDRA PAR LA SUITE LE CHEF DU COMITÉ DES SAGES ET MEMBRE DU MAJLISS AL-CHOURA

Cette blessure le cantonnera à un rôle moins opérationnel, mais plus idéologique et administratif au sein de l’organisation terroriste. Il deviendra par la suite le chef du comité des sages, groupe de référents religieux et idéologiques, et membre du majliss al-choura, conseil consultatif d’AQMI.

C’est à ce titre qu’il est choisi par Droukdel pour le remplacer progressivement derrière le micro et signer les communiqués d’AQMI, à partir de fin 2018, à un moment où le chef d’AQMI est très affaibli par sa maladie.

Abou Obeida saisira l’opportunité du déclenchement du Hirak en Algérie après février 2019 pour lancer des communiqués de soutien et déclarer que son organisation s’abstiendra de s’attaquer au peuple. Dans la foulée, en mai, il accorde une interview à la chaîne d’information France 24 où il sera présenté comme numéro deux de l’organisation.

C’est donc tout naturellement qu’il est propulsé chef d’AQMI par le majliss al-choura le 21 novembre dernier, très peu de cadres pouvant se targuer de son ancienneté. En devenant le patron d’AQMI, Abou Obeida Yousouf al-Annabi va peut-être entériner le divorce entre son organisation et la confédération terroriste sahélienne du Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans (JNIM/GISM).

Son chef, Iyad Ag Ghaly, n’a toujours pas présenté ses condoléances pour la mort de Droukdel, pas plus qu’il n’a publié de communiqué félicitant Al-Annabi pour sa nomination.

Au final, cette nomination sera peut-être celle du dernier émir d’une AQMI en déclin en Algérie et en Tunisie, et dont il ne subsiste que peu de traces au Sahel.

La journée du Cardinal 2020


A dix jours de la fête de la Société (8 décembree) l’anniversaire de la mort du Cardinal Lavigerie est toujours un moment privilégié pour remettre la première place à celui qui a eu la vision pour notre Mission. Le père André-Léon Simonart nous a donné l’homélie lors de la messe solennelle de la fête du cardinal.

 


 

Comme le dit Qohélet, il y a un temps pour toute chose sous le ciel. Nous avons vécu le temps des préparations de notre jubilé, puis le temps des célébrations et nous voilà rendus au temps des chantiers. Chantiers qui sont les engagements de nos Instituts missionnaires dynamisés par les célébrations du 150e anniversaire. Un dynamisme qui s’articule autour du charisme et des interpellations aujourd’hui venant particulièrement d’Afrique.

Tel un veilleur, je distingue trois chantiers. Le premier se situe au niveau de la planète, de « notre maison commune », comme l’appelle le pape François. Il concerne un projet étalé sur sept ans en vue de la réalisation au niveau planétaire d’une écologie intégrale. Chantier où nous œuvrons avec toute l’Église et avec toutes les personnes de bonne volonté, tous prenant part à la campagne « Laudato sí’ en action » dont Andreas et le Conseil nous ont parlé.

Le second chantier est déjà en bonne voie de réalisation, car les premières Sœurs Blanches et les premiers confrères se mettent en route ces jours-ci. Ce chantier concerne le projet que nos Instituts ont voulu. Ils l’ont choisi pour marquer, de façon apostolique et durable, le jubilé des 150 ans de notre fondation. Un projet aux périphéries, auprès de réfugiés dans le nord de l’Ouganda.

Le troisième chantier, particulier à chacun de nos deux Instituts, concerne l’appropriation du charisme que le cardinal Lavigerie nous a légué.

Au cours du Conseil plénier, en novembre dernier, à Kampala, le Frère Réginald, Xavérien, nous a fait un exposé magistral sur le charisme. En fin de journée, il a posé 4 questions :

    • La première concerne la spiritualité. Quelles sont les spiritualités qui ont marqué les intuitions spirituelles du cardinal Lavigerie ?
    • La seconde fait référence aux dispositions intérieures. Selon le cardinal Lavigerie quelles doivent être les dispositions de ceux qui veulent suivre le Christ comme Missionnaires d’Afrique ?
    • La troisième concerne la relation du missionnaire au Christ, « son unique et seul amour ». Selon le cardinal Lavigerie qu’est le Missionnaire d’Afrique face au Christ ?
    • La dernière découle des trois précédentes. Comment le Missionnaire d’Afrique ordonne-t-il sa vie, son quotidien ? Quel est son style de vie ?

En cette journée du Cardinal, reprenons l’une ou l’autre de ces questions. Il est vrai que notre mission est un peu spéciale. Nous sommes, ici à Rome, soit pour faire des études et peut-être pour nous préparer à un nouveau service, soit nous sommes pour des tâches dans l’administration générale de nos Instituts. Mais la mission, nous la vivons tous.

Rappelons-nous donc notre identité de missionnaires et d’apôtres comme l’a voulue notre Fondateur. La question n’est plus celle que Jésus a posée à Pierre, « Qui suis-je pour vous ? » mais qui suis-je face au Christ ? qui suis-je pour le Christ ? Ensuite, nous pouvons voir avec quelles dispositions intérieures, dans quel esprit nous assumons les tâches et responsabilités qui sont les nôtres maintenant.

L’évangile choisi pour aujourd’hui (Mt 28, 16-20) nous aide à nous souvenir de qui nous sommes pour le Christ ; la première lecture (1 Co 9, 16-23) nous rappelle le « tout à tous », cet idéal apostolique de Saint Paul sur lequel le cardinal est revenu si souvent et que lui-même a vécu si généreusement. Demandons-lui aujourd’hui de nous obtenir cette grâce.

Amen.

Aujourd'hui, je souhaite vous présenter l'idée originale du studio camerounais Kiro'o Games. Dans le jeu vidéo "Le Responsable Mboa", un stagiaire au "ministère Général" doit choisir entre intégrité et corruption pour gravir les échelons de la République du Mboa. Olivier Madiba invite le joueur à expérimenter les tares d'un système qui "fatigue tout le monde". Jeune Afrique s'est plongé dans cet univers pour vous.

« Le Responsable Mboa », nouveau jeu vidéo du studio camerounais Kiro’o Games, jette un regard facétieux et sans concession sur les sociétés de l’Afrique francophone. 
CULTURE
« Le Responsable Mboa », le jeu vidéo qui parodie la vie politique africaine
Par Léo Pajon

Une liasse de billets a été glissée dans le dossier avec un Post-it sans ambiguïté : « Mon petit, valide seulement »… Qu’allez-vous faire ? Refuser le bakchich pour pouvoir continuer à vous regarder dans la glace ou accepter la requête de l’Observatoire national des buveurs de vin de palme ? Ce serait évidemment plus noble de refuser, mais alors comment participer à la tontine du fils de la cousine de votre maman ? Cela fait déjà trois messages qu’elle vous envoie sur MboatsApp, si vous ne trouvez pas rapidement du liquide, elle va être furieuse…

Bienvenue dans la République « trrrès démocratique » du Mboa (un terme douala utilisé pour parler affectueusement de la patrie), placée sous le Haut Patronage de « Son Excellentissime Raoul Boutel Mougabiang ! » (tout semblant de ressemblance avec des personnes existantes serait pure coïncidence).

Aussi réaliste que loufoque

Ce jeu pour mobiles sur lequel le studio camerounais Kiro’o Games planche depuis trois ans est très éloigné d’Aurion, son action-RPG futuriste inspiré des légendes africaines, qui l’a rendu célèbre. Et malgré son budget serré de 35 000 dollars (environ 30 000 euros), il affiche une belle ambition : créer une société parallèle, le Mboa donc, avec ses lois, ses traditions, ses dirigeants, qui, pour être grotesques, ne sont pas si éloignés de ceux qu’on peut retrouver dans l’Afrique francophone.

« À l’instar d’Aurion, on voulait que l’univers soit totalement cohérent, souligne Olivier Madiba, 35 ans, patron à la tête du studio. On a écrit toute une histoire autour de la naissance de la République du Mboa, qui s’est créée seule car elle était fatiguée d’attendre une décision de l’Union africaine. On a même imaginé des parodies de unes de la presse locale…  « Le Mboa Tribune »,  un « désordomadaire », conte ainsi les défaites des lions « indormables » et les tentatives d’élections sapées par les rongeurs de fibres internet. »

Dans cet univers aussi réaliste que loufoque, vous incarnez un stagiaire qui fait ses premiers pas au « ministère Général ». Comme dans tout bon jeu de gestion, il vous faudra jongler avec différentes ressources : énergie, knap (argent), humeur, pour augmenter vos « points de responsabilité », qui vous permettront de monter des échelons au bureau jusqu’à accéder un jour peut-être, qui sait, au poste envié de ministre de la République du Mboa ! En plus de votre lieu de travail, il faudra gérer vos sorties, et conserver l’amour de « Bae », votre compagne, que vous rejoignez le soir à votre domicile.

Satire et punchlines

Dès le lancement du jeu et les premières notes de musique synthétique, évoquant un hymne à la gloire de Paul Biya, le ton est donné. Malgré son design mignon, ses personnages rigolos dignes d’un cartoon, la nouvelle création de Kiro’o Games est une satire grinçante des sociétés africaines. « Le nom du président, Mougabiang, est évidemment la somme de toute une génération de présidents africains, rigole Olivier Madiba. On a décidé que son surnom, quand il fait du foot, ce serait Alassane, parce qu’il a plus de 90 % de chances de marquer face au but ! »

Le patron est l’auteur principal des dialogues, mais il a également animé régulièrement des ateliers d’ingénierie narrative en équipe… et parfois des réunions de trente minutes pour peaufiner une seule punchline ! Mais le jeu en valait la chandelle : les répliques font mouche, et la critique, acerbe, ne tombe jamais dans l’injure. La République du Mboa fait d’ailleurs souvent penser à la très très démocratique République du Gondwana, inventée par Mamane. Olivier Madiba, lui, se dit plutôt inspiré par « le Dieudonné d’avant les blagues antisémites ». « Au Cameroun, la liberté d’expression est respectée tant que tu n’insultes pas. De toute façon, on ne voulait pas tirer sur une personne ou un parti en particulier, mais pointer les tares d’un système qui fatiguent tout le monde. »

Éducation contre la corruption

Et des tares, il y en a. La corruption qui rôde dans les couloirs du ministère, encouragée par le directeur financier. Votre vieux boss, M. Elanga, prêt à désorganiser le service pour courtiser sa « petite » Delphine, la réceptionniste. L’omniprésence dans les cercles influents des « fils de » et des « filles de ». L’argent qui manque pour votre personnage, jeune fonctionnaire fraîchement installé avec sa copine, obligé d’aller puiser l’eau pour prendre une douche ou d’écraser les condiments à la pierre.

Le joueur est invité à faire des choix moraux ou immoraux, ces derniers permettant, dans un premier temps du moins, d’avancer plus vite dans l’aventure. « Mais au fond, le but politique du jeu est de servir d’outil d’éducation civique contre la corruption : un fonctionnaire qui accepte constamment des pots-de-vin finira par se retrouver dans une société où rien ne fonctionne, précise Olivier Madiba. Et s’il tombe malade, par exemple, les hôpitaux se seront tellement dégradés qu’il devra se faire évacuer pour se faire soigner. On essaie de montrer que la société est aussi ce que nous en faisons, le résultat d’une somme de microdécisions individuelles. Et le jeu doit dégoûter de tomber dans une spirale infinie de vices qui ne peut mener qu’au chaos. »

Pour écrire le scénario, le patron s’est appuyé sur son expérience personnelle, ayant lui-même travaillé pour des organismes publics ou parapublics (dans la création de sites web) lorsqu’il est sorti de la fac. « Je me souviens d’un après-midi où, devant mon bureau, j’ai vu des jeunes élèves d’écoles primaires passer, et ils parlaient de leur futur métier. Un d’entre eux disait “Je veux être ministre pour voler”. J’ai été choqué, et j’ai réalisé la mentalité d’une génération qui sera plus tard au pouvoir. Et c’est une des choses qui nous a motivés à créer ce jeu. »

Olivier Madiba avoue aussi avoir discuté avec des cadres camerounais corrompus. « Beaucoup nous expliquaient que s’ils pouvaient recommencer ils feraient tout différemment. Mais qu’ils sont arrivés à un stade de dépendance de la machine où ils ne peuvent plus lâcher leurs avantages au vu de leurs charges. »

Versions féminine et multijoueurs

Le Responsable Mboa est disponible depuis octobre sur Play Store, mais livré en accès anticipé : seule une petite partie de l’aventure est jouable, le reste étant prévu pour mars 2021. Déjà affairé sur cette sortie, le studio travaille sur de nombreux objectifs complémentaires. Comme la création d’une version féminine de l’histoire, dans laquelle interviendrait un vieux dragueur français…

L’univers laisse aussi envisager des extensions multijoueurs. « Après la sortie de la version finale, des mises à jour régulières interviendront pendant deux à cinq ans, promet Olivier Madiba. Nous mettrons aussi vraisemblablement en place une version pour les navigateurs sur PC. Et nous comptons étendre la communication aux autres pays de l’Afrique francophone pour en faire un phénomène continental. » D’ores et déjà, le studio est le plus avancé d’Afrique sur les jeux pour smartphones. La République du Mboa devrait prospérer pour de nombreuses années !