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[Tribune] Les trois « V » pour mettre fin à la pandémie de coronavirus

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Mis à jour le 17 septembre 2020 à 16h23

 

Par  Anuradha Gupta

Directrice générale adjointe de Gavi, l'Alliance du vaccin

A Kinshasa, une infirmière transporte des vaccins dans une boîte réfrigérée.

A Kinshasa, une infirmière transporte des vaccins dans une boîte réfrigérée. © Phil Moore (pour Gavi)

Une fois les vaccins opérationnels, il faudra mobiliser les vaccinateurs et les vaccinés, ce qui suppose de trouver des financements et de pousser des stratégies nationales innovantes, notamment en Afrique, estime Anuradha Gupta, la directrice générale adjointe de l’Alliance du vaccin.

Quand un vaccin Covid-19 sera-t-il prêt ? Telle est la question posée sans arrêt depuis le début de la pandémie. Cela n’est pas surprenant, étant donné que le nombre de décès dus au Covid-19 dépassera bientôt le million et qu’un nombre important de morts n’ont pas été comptabilisés. La vie de chacun a été bouleversée. L’économie mondiale est en chute libre.

Il y a peu de désaccords sur le fait que les vaccins sont la seule solution pour mettre fin à la pandémie. Mais si la communauté scientifique et les fabricants de vaccins font d’énormes progrès dans la course vers cet objectif, il est important de se rappeler que les vaccins ne sont que l’un des trois V nécessaires pour vaincre ce coronavirus. En plus des vaccins, il nous faudra les vaccinateurs et les vaccinés ; les gens qui les administrent et ceux qui veulent les recevoir. Et ce sera loin d’être simple.

La crise actuelle présente de nouveaux défis. Les agents de santé et les vaccinateurs bénévoles peuvent ne pas être disponibles faute de mesures incitatives et de soutien. Ils peuvent être eux-mêmes infectés par le Covid-19 ou être dans l’incapacité de travailler parce qu’ils n’ont pas l’équipement de protection individuelle nécessaire pour rester en sécurité. Ceux qui sont disponibles sont soumis à une pression énorme et à un risque élevé pour eux-mêmes lorsqu’ils essaient de faire fonctionner des services de santé tels que la vaccination infantile. Une plus grande empathie envers le personnel de santé, associée à la reconnaissance et à des récompenses pour leurs efforts héroïques, augmenterait leur moral et leur permettrait de faire parvenir les vaccins Covid-19 aux populations.

Confiance des citoyens

Même dans des circonstances normales, les campagnes de vaccination de masse ne sont couronnées de succès que si les gens font confiance au gouvernement et le considèrent juste, bienveillant et agissant dans le meilleur intérêt de la population. Le fait de ne pas fournir les services les plus essentiels comme l’eau, l’assainissement, le carburant, les écoles, les soins de santé primaires, les routes, l’électricité et des politiques visant à soutenir les moyens de subsistance des populations, peut gravement saper la confiance du public.

Cela peut également fournir un terrain propice à la désinformation et  à la diffusion de fausses rumeurs sur la sécurité vaccinale, rendant la tâche d’administrer les vaccins Covid-19 encore plus difficile – ce que nous voyons déjà. Des investissements visant à renforcer la confiance du public dans la rigueur, l’efficacité et l’innocuité des vaccins sont nécessaires de toute urgence.

Un autre défi est que dans la plupart des pays en développement, des services de vaccination sont mis en place pour administrer des vaccins aux enfants de moins de deux ans. Les vaccins Covid-19 auront un groupe cible différent – au départ, les agents de santé qui sont les plus exposés à la maladie, ainsi que les populations plus âgées qui sont à haut risque.

Stratégies nationales novatrices

Compte tenu des difficultés actuelles auxquelles sont confrontés les pays à faible revenu, même dans le suivi des naissances et donc de la population cible de la vaccination infantile, il ne sera pas aisé d’identifier les personnes à vacciner contre le Covid-19. Cela nécessite un financement immédiat et un soutien technique de la part de la communauté mondiale et l’encouragement de stratégies nationales novatrices.

Mettre fin à la pandémie, c’est sauver la vie et les moyens de subsistance des gens. Mais, sans les gens, impossible de procéder au déploiement mondial d’un vaccin qui soit le plus important et le plus rapide de tous les temps

Crise de liquidités : la Banque d’Algérie peut-elle (vraiment) sauver les banques ?

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La Banque d'Algérie est la banque centrale de l'Algérie. Son gouverneur est Aymane Benabderrahmane depuis novembre 2019

La Banque d'Algérie est la banque centrale de l'Algérie.
Son gouverneur est Aymane Benabderrahmane depuis novembre 2019 © Yves Jalabert / Flickr / CC

La Banque centrale algérienne a ramené le taux de réserve obligatoire de 6 % à 3 %, afin de libérer de la liquidité sur le marché bancaire. Une mesure qui ne contente pas tous les acteurs de la place. Décryptage.

Avec la chute des revenus pétroliers, la baisse des réserves de change et la crise sanitaire, le cocktail est devenu explosif pour le marché monétaire algérien. En mal de liquidité, les banques ont de plus en plus de difficultés à satisfaire la demande.

Une situation préoccupante pour les autorités, qui s’est accélérée au cœur de l’été, avec notamment la décision de plusieurs agences bancaires de plafonner les retraits de billets. La crise est alors devenue concrète.

Le 15 septembre, la Banque centrale, qui avait déjà baissé à deux reprises cette année le « taux de réserve obligatoire » pour tenter de réguler la liquidité bancaire, le faisant passer de 10 % à 8 % en mars puis de 8 % à 6 % en avril, a acté une nouvelle baisse de ce taux, ramené à 3 %.

Objectif ? Donner un peu d’air aux établissements financiers qui disposeront ainsi d’une plus grande enveloppe disponible pour réaliser leurs opérations. « Les conditions macro-économiques et monétaires étant favorables, nous avons décidé d’agir maintenant », souligne une source à la Banque centrale. « Le but de cet abaissement est de doter les banques de capacités supplémentaires pour le financement de l’économie. »

Pression sur la liquidité

Pour rappel, l’Algérie a commencé l’année avec une liquidité globale de 1 083 milliards de dinars (7,1 milliards d’euros). Après être passé sous la barre symbolique des 1 000 dinars en mai, elle a encore chuté pour atteindre 778 milliards de dinars en juin.

Et les mois de juillet-d’août – pour lesquels les chiffres n’ont pas encore été publiés par la Banque d’Algérie – devraient enregistrer une nouvelle baisse, selon les observateurs, en raison notamment de la période des transferts des dividendes des multinationales vers l’étranger.

Et c’est à la fois en réponse à ces contre-performances et pour répondre à l’urgence de la pression sur le marché que le régulateur cherche la bonne formule. Selon un banquier de la place d’Alger, le timing de la décision de la Banque centrale coïncide ainsi avec la pression sur la liquidité ressentie sur le marché monétaire, le 14 septembre. « Elle s’est traduite à travers l’encours des opérations d’open market avec la Banque d’Algérie », explique-t-il à Jeune Afrique.

Grâce à ces opérations en effet, la Banque centrale refinance les banques en sous-liquidité à hauteur de 90 % de la valeur des effets publics (bons du Trésor…) qu’elles présentent. « Le 14 septembre, ces encours ont atteint 404 milliards de dinars, ce qui représente une hausse de 36 % par rapport à la semaine passée. Signe que beaucoup de banques demandaient de la liquidité sur le marché », poursuit le financier.

Des banques privées pénalisées

Parmi ces nombreuses banques en quête de liquidités, on trouve une majorité de banques publiques, qui représentent à elles seules près de 90 % des dépôts en Algérie. Pour elles, les mesures d’abaissement de taux de réserve obligatoire sont une bonne nouvelle.

Ce sont en effet les banques publiques qui détiennent le plus de créances avec le Trésor public. En outre, leur portefeuille se compose des clients qui exportent le moins (et génèrent donc moins de contre-valeurs dinar). Ainsi par exemple de la pétrolière nationale Sonatrach, dont les comptes ne sont déposés que dans une banque, la BEA…

Sur les six grandes banques publiques qui dominent le marché, Banque extérieure d’Algérie (BEA), la Banque de l’agriculture et du développement rural (BADR), la Banque de développement local (BDL) et la Caisse populaire d’Algérie (CPA) sont celles identifiées comme étant en sous-liquidité et ayant besoin du marché monétaire ou de l’open market pour se refinancer.

En revanche, les banques privées de la place (Société générale, BNP Paribas, Natixis Algérie, Citibank Algeria, HSBC Algeria…) ne se réjouissent pas de la réduction du taux de réserve obligatoire. « Les banques privées – qui sont toutes des banques étrangères – ainsi que la Caisse nationale d’épargne et de prévoyance, sont surliquides, précise notre interlocuteur. Pour elles qui prêtent sur le marché monétaire, le fait de desserrer l’étau sur les banques sous-liquides leur retire des opportunités de placements, donc de revenus ».

« Nous ne souhaitons pas commenter une décision du régulateur », réagit depuis Paris l’une de ces banques que nous avons sollicitée.

Afrique-Europe : le sommet UE-UA est reporté à 2021

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La présidente de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen, et le président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat, le 7 décembre 2019 au siège de l'UA à Addis-Abeba.

La présidente de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen,
et le président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat,
le 7 décembre 2019 au siège de l'UA à Addis-Abeba. © REUTERS/Tiksa Negeri

Le sommet entre l’Union européenne et l’Union africaine, qui devait se tenir les 28 et 29 octobre, est reporté à 2021. Un délai qui pourrait permettre à l’UA d’avancer sur le dossier de la ZLECA, et d’arriver renforcée lors des négociations avec les Européens.

Aucune annonce n’a été officiellement faite par Bruxelles ou Addis-Abeba, mais la rumeur qui courait déjà depuis le mois d’août vient d’être confirmée : le sixième sommet entre l’Union européenne (UE) et l’Union africaine (UA) est repoussé pour cause de pandémie.

Attendu pour se dérouler physiquement à Bruxelles les 28 et 29 octobre, ce rendez-vous très attendu a été reporté à 2021, sans plus de précision.

Sortir de l’impasse

Un temps envisagée pour se tenir avant la fin de cette année, l’organisation d’un « sommet virtuel », soutenue par le président en exercice de l’UA, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, a vite été abandonnée.

« Dans ce genre d’évènement, les échanges en face-à-face sont primordiaux et certains sujets méritent une rencontre en bonne et due forme », estime le conseiller à la présidence de l’UA, Carlos Lopes. Surtout lorsque le rendez-vous n’a lieu que tous les trois ans.

Cette annulation constitue peut-être un mal pour un bien pour les deux parties, étant donnée l’impasse dans laquelle semblaient se trouver les discussions préparatoires du sommet.

UE, premier partenaire de l'Afrique

UE, premier partenaire de l'Afrique © Jeune Afrique

« Nous sommes en négociation. Il est donc normal que nous démarrions sur nos divergences », reconnaît Carlos Lopes. Mais à quelques semaines de la date prévue, les points de convergence semblaient trop peu nombreux pour pouvoir définir un agenda commun.

En interdisant les échanges physiques, le Covid-19 n’a rien arrangé et les quelques mois supplémentaires que viennent de s’octroyer les deux commissions ne seront pas de trop pour qu’elles accordent leur vision.

« C’est l’opportunité de renforcer notre dialogue pour être en mesure de présenter le cadre de coopération qui répondra aux attentes de nos populations », confirme l’économiste bissau-guinéen.

L’objectif, clairement affiché avant la crise sanitaire par la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, d’établir « un nouveau partenariat d’égal à égal » entre les deux continents reste d’actualité, mais les deux camps ne semblent plus avoir les mêmes priorités.

Renforcer la ZLECA

L’UE continue de parler de sécurité, quand l’UA veut mettre en avant la transformation économique du continent. D’autant plus que l’Afrique estime avoir désormais un atout maître dans sa manche avec la mise en place attendue de la Zone de libre échange continentale africaine (ZLECA). Un atout que « Bruxelles doit prendre en compte dans les négociations », insiste Addis-Abeba.

Programmées pour novembre, après le sommet, les discussions interafricaines sur le sujet interviendront donc avant. Ce qui devrait permettre à l’UA de pouvoir mettre le dossier ZLECA sur la table sans attendre davantage. « Et cela peut vraiment changer la nature des négociations et du partenariat qui en sortira », veut croire Carlos Lopes.

Côte d’Ivoire : les candidatures de Ouattara et Bédié retenues, celles de Gbagbo et Soro rejetées

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Mis à jour le 15 septembre 2020 à 13h18
Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, candidats à la présidentielle d'octobre 2020.

Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, candidats à la présidentielle d'octobre 2020.
© Photomontage/ Photos : Vincent Fournier pour JA ; Michel Euler/AP/SIPA

La liste des candidats retenus pour participer à la présidentielle d’octobre est désormais connue. Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié, Kouadio Konan Bertin et Pascal Affi N’Guessan sont en lice. Les dossiers de Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, Marcel Amon Tanoh et Albert Mabri Toikeusse ont en revanche été rejetés par le Conseil constitutionnel.

Les Sages ont rendu leur verdict. Lundi 14 septembre, Mamadou Koné, le président du Conseil constitutionnel, a dévoilé la liste des candidats retenus pour l’élection présidentielle, dont le premier tour se tiendra le 31 octobre.

Ont été déclarés éligibles Alassane Ouattara, qui briguera un troisième mandat lors de ce scrutinPascal Affi NguessanHenri Konan Bédié, et Kouadio Konan Bertin.

Outre Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié, le candidat du Parti démocratique de Côte d’Ivoire – Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), a, selon les Sages, lui aussi rempli les conditions concernant le nombre de parrainages et sa candidature répond à l’ensemble des critères.

Pascal Affi Nguessan, le candidat du Front populaire ivoirien (FPI) officiellement reconnu (la frange qui n’est pas restée fidèle à Laurent Gbagbo), « remplit toutes les conditions légales », a déclaré Mamadou Koné.

Kouadio Konan Bertin a, lui aussi, vu sa candidature validée par le Conseil constitutionnel.

Gbagbo et Soro écartés

Parmi les principaux recalés figurent, sans surprise, Laurent Gbagbo et Guillaume Soro. Leurs candidatures ont été invalidées car ils ont tous les deux été radiés des listes électorales après avoir été condamnés par la justice ivoirienne.

Laurent Gbagbo, l’ancien président et fondateur du FPI, qui réside à Bruxelles en attendant la fin de sa procédure devant la Cour pénale internationale (CPI), a été condamné par contumace par la justice ivoirienne à vingt ans de prison dans l’affaire du casse de la BCEAO. En outre, sa déclaration de candidature n’était pas signée de son nom et, selon les Sages, la signature de son mandataire n’a pas été authentifiée.

Guillaume Soro, ex-président de l’Assemblée nationale et ancien allié de Ouattara, a pour sa part été condamné en avril à vingt de prison pour recel de deniers publics détournés et blanchiment de capitaux.

Enfin, les Sages ont prononcé l’invalidation des candidatures de Marcel Amon TanohAlbert Mabri Toikeusse ainsi que celle Mamadou Koulibaly en raison du manque de parrainages.

Massacres d'Inates: le ministre de la Défense nigérien conteste les conclusions de la CNDH

Des soldats nigériens en patrouille (photo d'illustration).

Des soldats nigériens en patrouille (photo d'illustration).
 ISSOUF SANOGO / AFP
Texte par :RFISuivre
3 mn

Au Niger, le ministre de la Défense continue de soutenir son armée envers et contre tous. Issoufou Katambe nie, une nouvelle fois, toute responsabilité de ses soldats dans les massacres qui ont endeuillé le secteur d'Inates, dans la région de Tillabéri, au nord-ouest du pays.

Au Niger, les massacres d'Inates ont eu lieu en mars et avril derniers et ont fait au moins 71 morts. Les conclusions d'une enquête menée par la Commission nationale des droits humains (CNDH) accusent des éléments de l'armée nigérienne d'être responsables de ces tueries de victimes civiles dont les corps ont été retrouvés dans plusieurs fosses communes de la région.

Issoufou Katambe, ministre de la Défense nigérien, estime que c'est à la justice d'établir la vérité sur ce qui s'est passé.

L’armée ne se reconnait pas à travers ces massacres et nous continuons à apporter notre soutien aux forces de défense et de sécurité dans le combat qu’elles mènent de jour et de nuit contre les terroristes ou contre la criminalité transfrontalière. […] J’ai reçu le rapport de la CNDH. J’ai accusé réception et l’ai envoyé au niveau de la juridiction compétente. […] La CNDH a dit ce qu’elle a à dire. Nous avons dit ce que nous avons à dire. Attendons que la juridiction tranche.

Issoufou Katambe, ministre nigérien de la Défense

► À lire aussi : Niger: ce que l’on sait de l’attaque meurtrière d’Inates