Vu au Sud - Vu du Sud

Mali : au moins cinquante civils peuls
massacrés à Ogossagou, dans le centre du pays

| Par Jeune Afrique avec AFP

Des individus armés ont attaqué le village d'Ogossagou, dans le centre du pays, massacrant au moins cinquante civils dans ce village peul situé à proximité de la frontière avec le Burkina Faso.

« Ogossagou est complètement dévasté », selon Moulaye Guindo, le maire de la ville de Bankass, située à une vingtaine de kilomètres du village attaqué à l’aube, ce samedi, par un groupe d’individus armés.

Des hommes, « vêtus en chasseurs dozo », ont attaqué la localité  aux alentours de quatre heures du matin, a affirmé le maire de Bankass à l’agence de presse Reuters.

Le maire de la localité voisine de Ouenkoro, Cheick Harouna Sankaré, a dénoncé « un massacre de civils peuls par des chasseurs traditionnels dogons ».

Plusieurs sources ont rapporté à la radio Studio Tamani que le village a été « totalement détruit ».

Le préfet de Bankass, qui s’est rendu sur les lieux de l’attaque selon ce média malien, a également confirmé l’attaque, sans livrer de bilan pour le moment. « Au moins cinquante civils peuls ont été tués », a affirmé à l’AFP une source militaire.


>>> À LIRE – Mali : Sékou Allaye Bolly, le commerçant peul qui voulait réintégrer les anciens jihadistes


Des attaques récurrentes

Depuis l’apparition il y a quatre ans dans le centre du Mali du groupe jihadiste du prédicateur peul Amadou Koufa, les violences se multiplient entre les Peuls, traditionnellement éleveurs, et les ethnies bambara et dogon, pratiquant majoritairement l’agriculture.

Ces violences intercommunautaires ont fait plus de 500 morts civils en 2018, selon l’ONU.

Mali: le groupe jihadiste GSIM revendique
l’attaque contre l’armée

L'armée malienne à Goundam, près de Tombouctou, désormais déployée face aux jihadistes. (Photo d'illustration)
© AFP/PHILIPPE DESMAZES

Au Mali, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), principale alliance jihadiste du Sahel liée à al-Qaïda, a revendiqué l’attaque contre des soldats maliens, dans le camp militaire, à Dioura, dans le centre du pays. L’attaque a eu lieu le 17 mars et a fait près de 30 morts.

C'est dans la nuit de vendredi à ce samedi 23 mars que le communiqué nous est parvenu. La revendication emprunte le canal habituel de communication des jihadistes, via l'agence mauritanienne Al-Akhbar. Le GSIM y présente l'attaque comme une opération de représailles aux crimes commis par le gouvernement et ses milices contre les Peuls.

Le mouvement de Iyad Ag Ghali dit également que l’attaque a été exécutée par des hommes du Macina, groupe actif dans le centre du Mali, sous le commandement d'Amadou Koufa lui-même, récemment réapparu dans une vidéo alors qu’on avait pensé qu’il avait été tué dans une opération française, au mois de novembre.

Une revendication jugée crédible

Joint par RFI, Boubacar Salif Traoré, directeur du cabinet Afriglob Conseil, spécialiste des questions de Défense et de sécurité, nous explique pourquoi cette revendication est plausible.

« Dès les premières heures de l’attaque, les personnes présentes sur place ont reconnu certains éléments comme étant des éléments de Iyad Ag Ghali. En effet,  c’est leur modus operandi, à savoir des attaques très tôt le matin qui ne durent en général pas plus de deux heures et qui, finalement, portent la marque du groupe de soutien à l’islam et aux musulmans. Le fait que Amadou Koufa ait lui-même conduit l’attaque est aussi plausible car c’est, en effet, sa zone d’activité principale. Par ailleurs, n’oublions pas, effectivement, qu’aujourd’hui, pour le groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, le défi majeur c’est de rétablir Amadou Koufa dans sa position initiale, c’est-à-dire chef de la Katiba du Macina, sachant bien que s’il s’avérait que Amadou Koufa est mort et que le groupe continue justement à faire croire qu’il est vivant, ce serait très désastreux pour son image dans la zone », estime-t-il.

Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans affirme que l'attaque n'a pas été dirigée par Ba Ag Moussa, ancien officier déserteur des forces armées maliennes. Les Forces armées maliennes (FAMA) lui avaient, dans un premier temps, attribué la paternité de cette opération.

Conséquences politiques

Outre le traumatisme pour l'armée malienne, cette attaque a aussi de profondes répercussions politiques. Un deuil national de trois jours a été décrété, vendredi, et le président Ibrahim Boubacar Keïta a sermonné la hiérarchie militaire laissant entendre qu'il y avait eu des négligences à Dioura et qu'il n'en tolèrerait plus.

Les familles sont cependant en colère. Des femmes et des enfants de soldats tués dans différentes attaques ont manifesté, vendredi, à Ségou et Sévaré, dans le centre du pays pour dénoncer le manque de moyens de l'armée. Jeudi, à Nioro, dans l’ouest du pays, c’est le chef d'état-major qui a été conspué.

 

Tchad: 23 morts dans une attaque
de Boko Haram contre l'armée tchadienne

Soldats tchadiens déployés dans le cadre de la force militaire mixte contre Boko Haram, au Nigeria, en février 2015. (Photo d'illustration)
© REUTERS/Emmanuel Braun

L’armée tchadienne a été attaquée la nuit dernière dans la région du lac Tchad par des éléments de Boko Haram. Une attaque qui a fait 23 morts et 4 blessés.

L’attaque a eu lieu au milieu de la nuit, vers 1h du matin alors qu’une grande partie du détachement de l’armée tchadienne déployée à Dangdala, petite bourgade située près de Ngouboua, dormait.

Aux premières heures de ce vendredi, on dénombrait 23 morts et 4 blessés dans les rangs de l'armée tchadienne. Les assaillants ont aussi emporté du matériel militaire. Une course-poursuite a été lancée en direction du Niger où sont repartis les assaillants.

Limogeage du chef d'état-major

L’armée tchadienne n’a toujours pas communiqué sur les suites de cette attaque, alors que l’équipe de l’état-major général des armées a été remplacée. Taher Erda, un proche du président, a été nommé chef d’état-major général des armées à la place de Brahim Mahamat Saleh en poste depuis six ans.

La débâcle de l’armée tchadienne à Dangdala, qui serait une des causes du limogeage du général Brahim Mahamat Saleh, pose cependant un problème de fond. Il s’agit de la gestion des effectifs de l’armée tchadienne, dont la plupart des soldats est en opération de façon continue depuis de très longues années.

Un village nigérien attaqué

Le groupe jihadiste aurait également frappé le Niger voisin, dans une attaque menée dans le village de Déwa (commune de Gueskérou), près de Diffa, dans le sud-est nigérien, a indiqué un élu local. De source officielle, un bilan provisoire fait état de huit civils tués dont une femme.

Selon nos informations, les assaillants étaient une trentaine et sont arrivés à dos de cheval. L'armée nigérienne a été dépêchée sur place ce matin ainsi que le préfet du département. Aucune revendication pour l'instant mais le mode opératoire rappelle celui du groupe Boko Haram.

Menace terroriste

L’imminence d’une attaque des éléments de Boko Haram était dans l’air depuis que les éléments tchadiens de la force multinationale chargée de la lutte contre le mouvement terroriste ont été redéployés au nord du Nigeria pour déloger les islamistes qui y ont gagné du terrain.

Il y a deux jours, les ambassades occidentales et le système des Nations unies ont envoyé des alertes appelant à la plus grande vigilance face aux risques d’attentats.

[Édito] Affrontons les vraies difficultés !

 | |
 
Par

Frédéric Maury est directeur éditorial à Jeune Afrique Media Group. Auparavant rédacteur en chef du pôle économie de Jeune Afrique, il pilote les programmes et contenus éditoriaux du pôle conférences, notamment ceux du Africa CEO Forum.

Il est curieux que, à l’heure où la Chine et les États-Unis s’affrontent, où l’économie mondiale se désintègre et où les traités commerciaux se défont, le continent le moins intégré de la planète ait choisi de bâtir ce qui sera peut-être un jour la plus grande zone de libre-échange mondiale.

Pourtant, c’est bien le chemin que semble avoir emprunté l’Afrique le 21 mars 2018 lorsque 49 pays ont signé l’accord de création de la Zone de libre-échange continentale (Zlec).

Un an plus tard, d’autres les ont rejoints, dont l’Afrique du Sud, ne laissant à ce jour qu’une grande économie en dehors du processus : le Nigeria. Et, d’ici quelques semaines, le seuil des 22 ratifications nécessaires à la création effective de la Zlec sera vraisemblablement atteint. Ce sera une nouvelle étape plutôt qu’un aboutissement : le processus sera loin d’être déterminé, et il faudra sans doute encore une dizaine d’années avant que l’ensemble des négociations tarifaires ne soit achevé.

Mais qu’importe… La Zlec a replacé le sujet de l’intégration économique au cœur des débats, politiques comme économiques. Ce que l’Africa CEO Forum ne pouvait éluder, il a donc décidé d’en faire le sujet principal des deux jours de conférences qui s’ouvriront à Kigali le 25 mars. Selon le « Baromètre des CEO africains » qui y sera publié, 81 % des dirigeants d’entreprise interrogés sont convaincus que la création de ce marché unique aura un impact déterminant sur leur stratégie. Mais ils sont aussi presque autant à se dire insuffisamment informés sur ce sujet et sur ses conséquences.

Améliorer les compétences pour gagner en compétitivité

Qui seront les perdants et les gagnants ? Quels seront les secteurs qui bénéficieront le plus de la Zlec ? Alors que la fenêtre d’industrialisation du monde ouverte par la libéralisation des échanges se referme petit à petit, le secteur manufacturier africain trouvera-t-il réellement dans ce nouveau marché l’élément nécessaire à sa renaissance ? Les entreprises du continent y trouveront-elles leur compte ? Pourquoi certains leaders du secteur privé demeurent-ils hostiles à la Zlec ?


>> À LIRE – Marcel Alain de Souza : « L’idéal serait de créer une zone de libre-échange entre blocs régionaux »


S’il est fort probable que, comme souvent, beaucoup de prédictions se révèlent fausses, quelques éléments réels et concrets ne peuvent, eux, être ignorés : il reste deux fois plus coûteux d’acheminer un conteneur d’Abidjan à Ouagadougou que de Shanghai au port ivoirien, malgré un parcours seize fois plus court ; les paiements intra-africains restent plus chers et complexes que les règlements effectués dans le reste du monde ; l’aéroport de Lagos est mieux relié à celui de Londres qu’à celui de Johannesburg…

La baisse des tarifs douaniers ne suffira pas à changer la donne

Sans multiplier les exemples, une chose est certaine : si la baisse, voire la suppression, des tarifs douaniers est un élément nécessaire à la poursuite de l’intégration économique, elle ne suffira pas à elle seule à changer la donne. Les pays africains ont, aujourd’hui, trop peu d’intérêt à échanger entre eux. Trop de barrières les séparent.

C’est cette réalité qu’il faut s’employer à faire évoluer sans attendre qu’un vaste marché commun se mette réellement en place. Les recettes sont connues : moderniser la logistique intra-africaine, faciliter les investissements et les mouvements de personnes, multiplier les rapprochements éducatifs et culturels, faire naître davantage de groupes régionaux et panafricains. Mais tout cela reste largement à faire.

Les 25 et 26 mars, l’Africa CEO Forum tentera – modestement – de faire avancer les choses. Pour qu’enfin les vraies difficultés commencent à être prises en compte.

Plus d’informations sur le site : https://www.theafricaceoforum.com/fr/.

Côte d’Ivoire : les travaux du cinquième pont d’Abidjan sont lancés, livraison prévue en 2021

| Par

Les travaux du Pont de Cocody à Abidjan ont officiellement été lancés vendredi par le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly. D'un montant de 77,5 milliards de F CFA, les travaux devraient durer vingt-quatre mois.

Le Chef du gouvernement ivoirien, Amadou Gon Coulibaly, a procédé au lancement des travaux du nouveau du Pont de Codody, cinquième pont d’Abidjan, qui reliera la commune présidentielle de Cocody au quartier administratif et d’affaires du Plateau. Le chantier de 77,5 milliards F CFA durera environ vingt quatre mois.

C’est le groupe chinois China Road and Bridge Corporation (CRBC) qui exécutera les travaux pour lesquels la Banque islamique de développement (BID) a prêté les 77,5 milliards F CFA à l’État ivoirien. Avec les constructions adjacentes – échangeurs, deux viaducs et haubans – le coût global des investissements est de 105 milliards FCFA.

Démembrement du Projet de sauvegarde et de valorisation de la baie de Cocody, la maîtrise d’ouvrage de ce cinquième pont de la capitale économique ivoirienne est assurée par le groupe Pierre Fakhoury Africa (PFO), qui a conçu l’ouvrage en sous-traitance avec le bureau d’architecture et de design Arcadis.

Fluidifier le trafic

abidjan

DR / Primature Côte d’Ivoire

À la fin des travaux, le pont de Cocody doit permettre de fluidifier le trafic dans cette partie d’Abidjan et verra circuler entre 29 000 à 35 000 véhicules par jour. Long de 1,5 kilomètre, l’ouvrage comprend un pont (634 m), un viaduc (260 m), deux échangeurs, leurs bretelles de liaison, les voies d’accès et l’adaptation des voies existantes.

CRBC en est à son deuxième grand chantier dans le pays, après celui de l’autoroute Tiébissou-Bouaké (95 kilomètres), dans le centre du pays, pour un budget de 162 milliards F CFA sur un financement de la banque chinoise Eximbank.

En juillet 2018, Amadou Gon Coulibaly avait lancé les travaux du quatrième pont d’Abidjan, devant relier le quartier populaire de Yopougon au Plateau. C’est une autre société chinoise, la China state engineering corporation qui avait remporté l’appel d’offres, pour un montant total de 142 milliards F CFA. Les travaux devraient être terminé en août 2020.