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Mauritanie: difficultés dans le changement d'unité de la monnaie nationale

Le 1er janvier 2018, ce billet de 1000 ouguiyas a été remplacé par un billet de 100 ouguiyas, mais il garde la même valeur.
© Wikimedia Commons / Ji-Elle
 

En Mauritanie, le changement d'unité de la monnaie nationale se fait avec difficultés. Depuis le 1er janvier, les ouguiyas ont perdu un zéro. Les billets de 5 000, 2 000 ou 1 000 ouguiyas etc. sont remplacés par de nouveaux de 500, 200 ou 100. Ce changement d'unité n’a pas d'impact sur la valeur de l'ouguiya sur le marché international ni sur son pouvoir d'achat sur le marché national. Mais la population mauritanienne a du mal à s'habituer à ce changement.

Depuis près de deux semaines, de longues files d'attente s'observent devant les établissements bancaires de Mauritanie. Les Mauritaniens viennent changer leurs anciens ouguiyas pour les nouveaux qui ne plaisent guère.

« Il y a trop de pièces », confie Aminetou Mint el Moctar, présidente de l'Association des femmes chefs de famille. « Déjà qu'il est difficile pour le citoyen lambda de comprendre cette nouvelle monnaie, ces pièces n'ont aucun sens pour nous », conclut-elle.

 

De fait, la plupart des petits commerçants, les chauffeurs de taxi, les vendeurs de crédit de téléphone refusent la nouvelle monnaie. Ironie du sort, les Mauritaniens se mettent donc à rechercher avidement des anciens ouguiyas pour pouvoir faire leurs courses.

D'autre part, à la faveur de cette confusion, les commerçants en ont profité pour augmenter leurs tarifs. Le sac de 50 kilos de riz par exemple est ainsi passé de 14 000 anciens ouguiyas à 15 000.  Le paquet de cigarettes de 800 à 1 000 ouguiyas.

Cette hausse des prix augmente la confusion générale, car les Mauritaniens ont le sentiment qu'en perdant un zéro, leur monnaie a aussi perdu du pouvoir d'achat. Certains parlent même de dévaluation cachée.

Les populations n'arrivent pas à comprendre (...). Ça crée des confusions...
Aminetou Mint el Moctar, présidente de l'Association des femmes chefs de famille
14-01-2018 - Par Gaëlle Laleix
 
 
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« La décision ivoirienne de taxer le mobile-money est difficilement justifiable »

par

Expert organisation & finance digitale, Membre fondateur de Wari.

 
 

L'annexe fiscale de la loi de finances 2018 suscite de nombreuses critiques dans le secteur privé ivoirien. Malick Fall, cofondateur de la plateforme de transfert d'argent Wari, proteste en particulier contre la création d'une taxe sur les transactions via mobile qu'il juge incohérente à l'heure de l'UEMOA et de la libre circulation des capitaux.

Il est surprenant d’apprendre qu’une taxe sur les transactions via mobile vient d’être instituée en Côte d’Ivoire, au moment où tous les efforts de la BCEAO et des États de l’UEMOA convergent vers la promotion de l’inclusion financière et des services financiers digitaux.

Il est mis en avant dans l’exposé des motifs que c’est, entre autres, dans le but de maîtriser les transactions financières réalisées à travers les services en ligne et par téléphones mobiles qu’a été instituée cette taxe et qu’il s’agit d’une activité en plein essor, extériorisant une volumétrie estimée à plusieurs centaines de milliards par an pour des recettes fiscales vraisemblablement insuffisantes.

Pour le premier point, la solution est donnée par l’Instruction 008-05-015 de la BCEAO qui soumet les acteurs du secteur à l’obligation d’informations, via les statistiques mensuelles sur leurs volumes d’activités.

De plus, cette taxation revient à dire : « Envoyez de l’argent main à main (incognito), vous ne paierez pas de taxes ! Envoyez de l’argent via réseau formel (traçabilité), vous paierez des taxes ! » Une logique pour le moins difficile à comprendre et qui, implicitement, pose les conditions d’une « ré-exclusion financière ».

S’agissant du second point, il y a peut-être une erreur de jugement : la base imposable ayant toujours été la commission et non le montant, une absence de corrélation linéaire entre le volume et l’impôt perçu tombe sous le sens, d’autant que les modes de facturation sont dégressifs par palier.

Deux poids, deux mesures ?

Tout laisse à croire que les réalités du secteur n’ont pas été bien prises en compte. Taxer à hauteur de 0,5 % du volume transféré peut de prime abord paraître insignifiant, mais une analyse des conditions de banque en donne une toute autre lecture : c’est 20 fois plus cher que ce qui est demandé en Bourse.  Une Taxe sur les opérations de bourse (TOB) de 10 % sur 0,025 % de commissions de mouvements donne ainsi un taux de 0,0025 % sur les volumes échangés.

D’autre part, il semble être occulté qu’à l’instar des banques, la plupart des transactions de mobile à mobile sont gratuites : l’État gagnera donc 0,5 % là où le prestataire ne gagne pas.

Un paiement par mobile chez un commerçant sera doublement taxé, sur la TVA d’une part et sur le transfert d’argent d’autre part

En 2015, une note de service salutaire de la DGI (N° 1265 /MPMB/DGI/DLCD) a permis d’harmoniser les règles entre les banques et les sociétés de transfert d’argent. L’esprit d’équité qui la sous-tendait n’aurait-t-il pas aussi pu prévaloir ici ? Le mobile money n’aurait-il pas pu s’aligner au régime fiscal bancaire ?

Quoi qu’il en soit, force est de constater que les paradoxes demeurent, avec d’une part une distorsion fiscale qui privilégie la banque au détriment du mobile money (quid des virements bancaires ordonnés par web ou mobile ? Entreront-ils dans le champ d’application de cette taxe ?) ; et d’autre part une double imposition : en payant un marchand par mobile, on supportera outre la TVA (acte commercial), cette nouvelle taxe (acte de paiement).

Pour conclure, je dirais que cette taxe sur la « circulation de l’argent » se justifie difficilement dans l’UEMOA où la monnaie censée circuler librement.

Pendant que la BCEAO prend de courageuses mesures visant la gratuité de services bancaires, la Côte d’Ivoire taxe le mobile money !

Elle prend à contrepied la BCEAO et les États de l’UEMOA qui s’attèlent depuis des années à l’élaboration d’une stratégie régionale d’inclusion financière cohérente. Pendant que la BCEAO prend de courageuses mesures visant la gratuité de 19 types de services bancaires, dont les virements compte à compte, le mobile money se voit frappé d’une nouvelle taxe sujette à caution.

Il est donc souhaitable que les autorités reviennent sur cette décision, et qu’en bon fleuron du secteur, la Côte d’Ivoire coordonne avec les autres États de l’UEMOA une réflexion globale sur les conditions de promotion des services financiers digitaux. Cette démarche contribuera non seulement à consolider les actions de la BCEAO, mais aussi à révéler toutes les niches fiscales connexes de l’écosystème de la finance digitale.

Le secteur des services financiers digitaux est sans nul doute l’un des principaux leviers d’émergence de l’Afrique. Consolidons-le, ne l’affaiblissons pas !

Côte d'Ivoire: Moïse Lida Kouassi
se défend à son procès

L'ancien ministre de la Défense Moïse Lida Kouassi, après son extradition du Togo, le 6 juin 2012, à Abidjan.
© AFP PHOTO / IVORIAN GOVERNMENT PRESS/ HANDOUT
 

Selon l'acte d'accusation, en février 2012, la Direction de la surveillance du territoire (DST) était saisie d'un projet de déstabilisation du régime du président Ouattara par des officiers de l'armée en exil au Ghana. Lida Kouassi, comparaît en même temps que trois militaires : le colonel Katé Gnatoa, le sergent Durand Brou et l'élève officier Zadi Gbaka, accusés de « complot contre l'autorité de l'Etat ».

Après avoir longuement fait état de ses qualités d'enseignant, d'universitaire, de vice-président du FPI, d'ex-ministre de la Défense devant le président de la Cour d'assises, Moïse Lida Kouassi a légèrement ironisé en soulignant que malgré ses connaissances d'homme d'Etat et en dépit de ses compétences d'ex-ministre des Armées, il n'avait aucune « qualité en tant qu'expert en coup d'Etat ».

C'est pourtant pour complot contre l'autorité de l'Etat qu'il comparait avec trois militaires depuis lundi à la Cour d'assises d'Abidjan. L'accusation le soupçonne d'avoir pis part en 2012, alors qu'il était en exil au Ghana et au Togo, à une plateforme visant à déstabiliser la présidence d'Alassane Ouattara.

 

S'il ne nie pas avoir rencontré certains membres de cette plateforme, il précise que, très vite, il a pris ses distances avec celle-ci. Pourquoi a-t-on alors retrouvé a son domicile togolais des documents écrits en rapport avec ce complot (CD, des carnets de notes critiquant le régime d'Alassane Ouattara) ?

A cela, Lida Kouassi, réputé pour être l'un des plus fervents défenseurs de Laurent Gbagbo, répond que d'une part, la DST a joué aux tortionnaires lors de ses interrogatoires et s'est arrangée avec ses déclarations, et que d'autre part
ce n'est pas parce que l'on réprouve un pouvoir et qu'on l'écrit qu'on devient nécessairement un potentiel putschiste.

Ch

Mali: une journée ville morte suivie à Tombouctou
contre l'insécurité

Vue de Tombouctou, au Mali. (Photo d'illustration)
© Peter Langer/Getty Images
 

Au Mali, à l'appel de la société civile, Tombouctou observe une journée ville morte, ce mercredi 17 janvier. Les boutiques, les banques ou encore les administrations sont fermées.

L'opération ville morte à Tombouctou, lancée pour dénoncer l'enclavement de la ville était, semble-t-il suivie, ce mercredi 17 janvier. Depuis la fin des liaisons fluviales en raison de la décrue du fleuve Niger, la ville est tributaire des routes. Mais le problème est que ces routes sont infestées de bandits et les braquages de véhicules sont quasiment systématiques.

« Les bateaux qui assuraient la navigation entre Tombouctou et Mopti sont arrêtés. Donc, il n’y a plus de bateaux. Alors que c’est par les bateaux que les populations se déplaçaient récemment. Les routes ne sont pas sécurisées. Donc la route qui relie Tombouctou à Mopti est infestée de bandits. Nous sommes bloqués. Dans un rayon de 100 kilomètres nous ne pouvons pas sortir sans être braqués. Aujourd’hui, si tu n’as pas d’avion tu ne peux pas sortir de Tombouctou sans être braqué », dénonce Baba Moulaye, président du Cadre de concertation et d'action pour la sécurité à Tombouctou.

 

« Ça pose des problèmes pour l’approvisionnement de la ville. Donc, nous avons interpellé le gouvernement pour qu’il prenne des dispositions pour que nous puissions vaquer librement à nos affaires. Nous demandons aux autorités de donner plus de moyens, plus d’hommes pour assurer notre sécurité, gendarmes, militaires, tout ce qui manque, il faut le faire. Nous ne sommes pas satisfaits de ce qui est dit, parce qu’on ne nous a pas dit concrètement ce qu’on va faire. Parce que, tout ce qui se dit à haut niveau ne se répète pas chez nous, en bas. Pour que je sente que ça change, il faut que je puisse prendre une voiture, aller à Mopti et revenir sans être inquiété. Mais cela ne se passe pas », conclut-il.

Togo: pouvoir et opposition
se mobilisent

Lomé, le 5 octobre 2017. La coalition des quatorze partis de l'opposition manifeste dans les rues depuis cinq mois (image d'illustration).
© MATTEO FRASCHINI KOFFI / AFP
 

Les positions sont bien tranchées, tous les protagonistes parlent de dialogue, mais restent campés sur leurs positions. Le gouvernement, le parti au pouvoir et ses militants vont plus loin, il faut avoir recours au référendum, ce qui n'est du goût de l'opposition. Ce samedi, de part et d'autre, on a mobilisé à travers le pays pour tenter de montrer qui peut compter sur le peuple.

A Tsévié, Atakpamé, Sotouboua, Tchamba, Kara et Dapaong, le parti au pouvoir a mis les moyens pour montrer que le peuple ne s'arrêtait pas qu'à Lomé. A Tsévié notamment, chef-lieu de la région maritime, pas très loin de la capitale, nous avons vu les militants, ils sont  sortis de tous les hameaux.

L'unique message pour cette marche, dite « de la paix » : siffler la fin de la récréation et exhorter Faure Gnassingbé à aller à l'essentiel. Emmanuel Kodzo Adedze, vice-président de l'Union pour la République dans la région maritime (Unir), a les mots pour le dire : « Nous disons que, aujourd’hui, la logique voudrait qu’on aille au référendum. Nous, militantes et militants des grands partis unis, nous disons au président de la République, allons au référendum pour que l’essentiel soit conservé pour le pays. »

 

Une discussion préalable au référendum

La coalition des quatorze partis de l'opposition manifeste dans les rues depuis cinq mois. Elle appelle aux réformes constitutionnelles et de façon consensuelle, elle n'entend pas aller à un référendum sans une discussion préalable, Jean-Pierre Fabre, chef de file de l’opposition : « On va voir dans les jours qui vont venir s’ils feront le référendum, ou si nous, nous surestimons parce que nous pensons que nous ferons en sorte qu’il n’y ait pas de référendum. On verra s’ils atteindront leurs objectifs. »

De part et d'autre, les positions restent bien tranchées. Le pouvoir gagne du temps, la coalition de l'opposition se dit toujours mobilisée pour répondre du tac au tac. A Kara, ville natale du président, les choses ne sont pas allées jusqu'au bout : les militants ont été dispersés quand certains se sont mis à réclamer la libération de Kpatcha Gnassingbé (accusé d'avoir fomenté un coup d'Etat en avril 2009 contre son demi-frère, le président Faure Gnassingbé), incarcéré pour atteinte à la sûreté de l'Etat.