LE PELICAN

Les jeunes sont l'avenir du pays et de l'Église : comment leur être davantage présents ? Cette question hantait certains d'entre nous, Missionnaires d'Afrique. Nous y avons répondu, en 1992, par la création d'un Centre pour jeunes à Ouagadougou, et c'est en souvenir de l'emblème choisi par le Cardinal Lavigerie que nous avons appelé ce centre : le Pélican*, pour exprimer notre désir de nous donner à l'Afrique jusqu'à nous laisser dévorer.

* Le pélican est un symbole traditionnel du Christ.
Alors que le coq est l'emblème du Christ ressuscité, le pélican est l'emblème du Christ eucharistique.
L'antique légende affirme que le pélican se sacrifie pour sauver ses petits en s'ouvrant les entrailles avec son énorme bec et les abreuvant de son sang...

D'abord logés dans une location, nous avons pu trouver un vrai "chez nous", cherchant à harmoniser bâtiments anciens et constructions nouvelles.

Objectifs du Centre :

1. Répondre aux besoins des jeunes en milieu scolaire en offrant une cour accueillante et tranquille, ouverte à tout jeune, de quelque origine ou de quelque religion qu'il soit, avec le souci de soutenir les plus défavorisés.
2. Faire du Pélican un lieu d'échanges et de promotion humaine.
3. Ouvrir les jeunes à la dimension spirituelle.

I. Répondre aux besoins des jeunes en milieu scolaire

A. En offrant une cour accueillante et tranquille

Beaucoup de jeunes, que ce soit dans leur propre famille ou chez leur logeur, sont dans des conditions difficiles pour étudier : cour familiale grouillante de vie, logements exigus. Il est alors difficile de trouver dans la journée un lieu de tranquillité favorable au travail intellectuel. Difficile aussi aux jeunes filles, si elles restent à la maison, d'échapper aux tâches familiales qui leur reviennent en tant que filles : cuisine, ménage, vaisselle et lavage des plus petits. Le Pélican veut offrir un lieu tranquille et accueillant à tous et à toutes.

étude en groupe ou seulC'est ainsi que dès le début, un bar restaurant s'est transformé en lieu d'études : le podium de l'orchestre a vu ses murs se couvrir de tableaux où se trémoussent désormais les formules mathématiques ; les amateurs de travail en groupe se sont emparés des lieux où s'exprimait auparavant la convivialité autour du bar et d'une grillade, mais on y trouve encore la chaleur des opinions ardemment défendues et la passion des créateurs d'avenir ; le grand hangar, où les consommateurs attablés contemplaient parfois leurs pensées au fond d'un verre, a été réservé à ceux qui préfèrent mûrir dans le silence leur puissance de penseurs ou de poètes de demain. Aux structures utilisables nous avons ajouté deux bâtiments pour la bibliothèque et nos bureaux. Un an plus tard, nous y avons encore ajouté un autre bâtiment pour l'étude de documents.

Avec une bibliothèque sous la responsabilité d'un bibliothécaire.
Beaucoup d'élèves du secondaire n'ont pas de manuels de classe : ils doivent se contenter des résumés sur leurs cahiers. Urgence était donc, au début, d'aménager une bibliothèque, en sollicitant amis et relations pour l'alimenter de manuels scolaires et de romans, mêmes usagés. Bien sûr, aujourd'hui, certains lycées offrent la possibilité de louer des livres de classe, mais tous n'en ont la possibilité financière ; de même, dans les librairies de la place, nous pouvons trouver des ouvrages de professeurs africains, édités en Afrique et répondant aux programmes du pays, mais faut-il encore avoir les moyens de pouvoir se les procurer.

dossiers scolairesAvec une salle de documentation sous la responsabilité d'un documentaliste.
Souvent aussi les jeunes ont des exposés ou des travaux de groupe à faire sur des sujets spécifiques concernant l'Afrique et le Burkina ; ils sont à la recherche de documents. Au Pélican, ils peuvent trouver une salle de documentation sur tout ce qui touche l'Afrique, sa culture, son évolution ou son histoire ainsi que la culture générale et les phénomènes de société. Chaque année nous ajoutons d'autres dossiers sur des matières telles que la philosophie, le français, l'anglais, la chimie, les mathématiques, la biologie, la géographie, la physique, l'histoire, la spiritualité, etc.

B. Cour ouverte à tout jeune, quelle que soit son origine ou sa religion.

Au Burkina, on compte plus de 60 ethnies différentes qui vivent en bonne harmonie. Et on doit rencontrer au Pélican plus d'une vingtaine d'ethnies. Les jeunes se mélangent sans problèmes. C'est ce que nous vivons au Pélican.

Quant aux différentes religions, elles cohabitent sans problèmes : les familles elles-mêmes sont plurielles : les uns sont musulmans, d'autres, de la religion traditionnelle africaine, d'autres, catholiques ou protestants, ou même de sectes diverses.

Quant au Pélican, en moyenne chaque année, 55% des jeunes inscrits sont catholiques, 33,25% musulmans, 3,66% animistes, et 8,26% protestants.

A l'inscription, en plus de leur filiation, les jeunes disent à quelle religion ils appartiennent, sans difficulté : c'est leur identité et ils se savent reconnus et respectés dans leur identité ; et nous voyons des jeunes filles musulmanes se présenter avec le voile caractéristique appelé « lankana », ce qui ne gène personne, et c'est même pour l'un ou l'autre l'occasion de les saluer avec la formule religieuse « es salam alik ! », ce dont elles sont très honorées.

C. Avec le souci de soutenir les plus défavorisés

cours de rattrapageUn certain nombre de jeunes doivent se contenter de cours du soir pour se préparer à leurs examens faute de moyens financiers, ne pouvant fréquenter les lycées publics ou privés (raison d'âge, retard scolaire, redoublement, année blanche). Ainsi, chaque année, une centaine de non inscrits dans les lycées peuvent travailler chaque jour au Pélican, bénéficiant de nos services.

initiation à l'informatiqueNous avons aussi, depuis septembre 2001, une salle de cours d'initiation en informatique : nous disposons de dix ordinateurs pour ces cours. Nous avons formé un jeune chômeur pour donner ces cours.

Des jeunes, garçons ou filles, ont pu ainsi reprendre goût à la vie. Par exemple, une jeune fille musulmane, découragée après de nombreux échecs, avait abandonné toute étude ; après son stage en informatique, elle s'est de nouveau inscrite au Pélican pour préparer son bac. C'est en tenant compte des moins favorisés que nous fixons le taux d'inscription au centre ; quelle participation demandons nous aux jeunes fréquentant le Pélican ?

Le budget annuel du Pélican se montant à environ 6 000 000 F cfa. Il serait illusoire de vouloir que les jeunes épongent l'ensemble des frais de fonctionnement. Notre souci est que l'accès au Pélican soit possible à tout jeune, quelle que soit sa condition sociale, et que la cotisation soit la même pour tous : qu'il n'y ait pas une cotisation pour nantis et une autre pour démunis. A cet effet, nous limitons les frais d'inscription et cherchons ailleurs, chez des bienfaiteurs, comment combler le déficit. Grâce à cette pratique, nous pouvons faire du Pélican un lieu d'échanges et de promotion humaine, et d'ouverture à la dimension spirituelle.

II. Faire du Pélican un lieu d'échanges et de promotion humaine

Créer une bibliothèque, c'était provoquer des rencontres à des niveaux multiples.
Les professeurs proposent de plus en plus à leurs élèves des exposés sur les phénomènes de société ou sur les grands sujets d'actualité. Les jeunes, démunis de tout document, font appel à nous : des discussions avec eux, l'apport d'articles sur des thèmes précis, de revues, leur permettront de se forger une opinion personnelle et, en même temps, ce sont leurs professeurs et camarades qui pourront profiter, par leur intermédiaire, d'un regard chrétien sur les thèmes abordés, parfois bien loin des sentiers battus de l'opinion générale.

Les jeunes sont encadrésLa présence quotidienne du responsable permet des contacts personnels avec les jeunes qui souvent, face à leurs nombreux problèmes, sont heureux de trouver des adultes disponibles pour les entendre : ils s'ouvrent alors facilement de leurs problèmes familiaux, sentimentaux ou de santé.

Et devant des jeunes plus profondément perturbés, on peut les orienter vers un psychothérapeute. De telles situations se sont présentées plus d'une fois.

III. Ouvrir les jeunes à la dimension spirituelle

Le troisième volet de notre projet avait une perspective plus spirituelle. Créer une bibliothèque religieuse, c'était provoquer des rencontres à des niveaux multiples. Notre présence offre à des jeunes de religions diverses une occasion de rencontrer un prêtre : même si les catholiques sont majoritaires avec près de 56%, les musulmans représentent 36%.

chapelle du PélicanLe Pélican, dans son rythme quotidien, est un lieu qui favorise la tolérance. Notre disponibilité favorise un dialogue réel, même à partir de renseignements simplement scolaires, et certains, non chrétiens, prolongent parfois ce dialogue en abordant leurs problèmes de vie.

Les professeurs proposent de plus en plus à leurs élèves des exposés sur les phénomènes de société ou sur les grands sujets d'actualité. Les jeunes, démunis de tout document, font appel à nous : des discussions avec eux, l'apport d'articles sur des thèmes précis, de revues, leur permettront de se forger une opinion personnelle et, en même temps, ce sont leurs professeurs et camarades qui pourront profiter, par leur intermédiaire, d'un regard chrétien sur les thèmes abordés, parfois bien loin des sentiers battus de l'opinion générale. C'est dans ce sens aussi que chaque mois, un dimanche matin, est organisée une rencontre de réflexion sur un sujet choisi par eux.

Voilà comment, modestement, nous essayons de rester fidèles à l'esprit de notre fondateur : offrir aux jeunes d'aujourd'hui la présence amoureuse de Jésus, en étant à leur service.

De plus, les jeunes catholiques, 56 % de nos effectifs, ont la possibilité de rencontrer les deux prêtres du centre.
Chaque mardi, à midi, ils se regroupent à la chapelle pour une prière partagée.
Et chaque mois, un dimanche matin, est organisée une rencontre de réflexion sur un sujet choisi par eux.
Notre présence nous met aussi à la disposition de ceux et celles qui ont un projet vocationnel missionnaire. Nous les accompagnons, et une récollection mensuelle leur est offerte.

Les Missionnaires d'Afrique comptent ouvrir un autre centre, semblable au Pélican, à Bobo Dioulasso.

                                          Père Édouard Duclos
Père Édouard Duclos,
Responsable du Centre Le Pélican,
Ouagadougou

Pour actualiser cet article du père Edouard Duclos, qui a quitté le Burkina en 2006, voir le texte du Père Terry Madde, publié en 2013. Le Père Madden a quitté lé Burkina pour la Grande Bretagne, mais ce qu'il exprime reste toujours d'actualité. (lire la suite)