Histoire

Histoire de l’esclavage : voyage au Musée d’Aquitaine

| Par - envoyé spécial à Bordeaux

Enrichie par la colonisation et la traite, la ville de Bordeaux a entamé un mea culpa constructif qui devrait prendre encore de l’ampleur dans les années à venir.

Le matin, avant l’ouverture au public, le Musée d’Aquitaine est peuplé d’une foule de petits êtres qui ne savent pas forcément ce dont leurs ancêtres se sont rendus coupables au XVIIIe siècle. Mais bientôt, emmenés par leurs enseignants ou par des médiateurs, les jeunes Bordelais découvrent dans les sombres salles consacrées à l’esclavage et au commerce triangulaire les non moins sombres heures de leur ville – celles-là mêmes qui firent sa fortune. Les questions fusent, les explications tombent entre les maquettes de navires, les tableaux, les registres, les objets rappelant un passé que la ville a longtemps tenu caché.


>>> À LIRE – Chronologie : les dates clés de l’Histoire de l’esclavage pratiqué par la France


Il fallait bien commencer quelque part, et c’est en rénovant ces lieux que Bordeaux a entamé son mea culpa. « Ces salles sont la première réponse de la ville aux revendications concernant la période de l’esclavage, explique Karfa Sira Diallo, qui dirige l’association Mémoires & Partages. Leur rénovation a été décidée pendant l’exil d’Alain Juppé au Canada. » Elles dessinent l’image d’une ville exploitant sans vergogne les îles antillaises. À la veille de la Révolution, peut-on lire, Bordeaux est le premier port colonial français, il envoie deux fois plus de navires vers les Amériques que Nantes ou Marseille.

Bordeaux doit sa richesse au commerce de denrées produites par des esclaves plus qu’à la traite elle-même

Le besoin antillais en main-d’œuvre va ainsi favoriser le développement triangulaire de la traite des Noirs – qui représente « moins de 5 % des expéditions coloniales de la ville ». Explication : « Bordeaux doit sa richesse au commerce de denrées produites par des esclaves plus qu’à la traite elle-même. Quatre-vingt-quinze pour cent du commerce bordelais se fait en droiture. » Ce petit cartel a pu faire grincer des dents, certains y décelant une volonté de minimiser le crime. Accusation un peu injuste puisque l’ensemble des salles s’attache à décrire à la fois la traite et la pratique de l’esclavage dans les plantations antillaises.

La traite négrière depuis Bordeaux, c’est 500 expéditions entre 1672 et 1837, précise un autre cartel. Ce chiffre représente 12 % de la traite française, loin derrière le port de Nantes (1 700 expéditions sur la même période). Environ 180 armateurs bordelais ont déporté entre 120 000 et 150 000 Africains sur les 11 à 13 millions qui furent emmenés vers les Amériques, bon nombre d’entre eux périssant pendant l’atroce traversée du « passage du milieu ».

Analogie

Au-delà des chiffres, les salles livrent des détails et des informations parfois moins connus. L’on découvre ainsi que le prix d’un esclave à Ouidah en 1767 s’élève à « 600 litres d’eau-de-vie […] ou 40 barres de fer ou 10 longueurs de cotonnade ou 100 000 cauris », ou encore que la vente de fusils en Afrique permet de « maintenir un état de guerre endémique dont les prisonniers alimentent le marché en esclaves ». Libre à chacun d’y voir (ou non) une analogie avec le présent…

« Ces salles doivent être améliorées, avec un discours qui prenne mieux en compte la violence de l’esclavage, la violence des Bordelais, soutient néanmoins Karfa Sira Diallo. Et puis on ne peut pas enfermer l’histoire de l’humanité dans un musée régional. » La ville l’a sans doute entendu puisqu’elle installera le 10 mai, sur les quais, une statue sculptée par l’artiste haïtien Filipo de l’esclave Al Pouessi, rebaptisée Marthe Adélaïde Modeste Testas par ses maîtres bordelais.

France: La laïcité, sauvegarde de la paix civile
(The Conversation)

C’est dans un contexte tourmenté, marqué par un conflit social d’une nature inédite, que se sont déroulées les « Controverses de Descartes » édition 2018, il y a quelques semaines, dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne. La première controverse portait sur la question : « Peut-on concilier laïcité et spiritualité à l’école ? »

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Ecole élémentaire Decamps, à Paris (XVIème). Celette/Wikimedia, CC BY-SA

Charles Hadji, Université Grenoble Alpes

Elle a offert l’occasion de mieux comprendre ce qui fait de la laïcité une urgence pour aujourd’hui, en lui donnant son sens profond, à savoir : la sauvegarde de la paix civile.

La laïcité, comme défense contre les discours monolithiques

Dans une première et brillante intervention, Delphine Horvilleur, rabbin du Mouvement juif libéral de France (MJLF), s’est interrogée sur la réalité du « vide spirituel » que l’on déplore souvent aujourd’hui. Car, d’une part, la spiritualité n’a pas de contenu positif immédiat. Elle est de l’ordre du souffle, qui « plane sur les eaux ». Elle rend la réflexion féconde, mais n’impose pas un contenu particulier. Et, d’autre part, elle exige que l’on fasse une place, en soi, à l’autre, ce qui conduit à se délivrer de l’illusion de la certitude.

On comprend alors qu’il n’existe pas d’« authentiquement soi », qui serait immédiatement donné. Il n’y a, en réalité, que de l’altération, chacun ne devenant soi que dans la mesure où il est touché et altéré par les autres. La laïcité protège alors contre les discours monolithiques identitaires. Elle offre un bouclier contre l’obsession identitaire. Elle signifie que, dans une cité, personne ne peut avoir la prétention d’imposer aux autres une vérité dogmatique, qui ne laisserait aucune place au débat et à la libre réflexion.

La laïcité, comme espace de respiration citoyenne

Après avoir déploré que l’on tuât au nom des religions, Jean‑François Colosimo pris soin d’écarter la tentation du laïcisme. La laïcité n’entraîne nullement une mise à l’écart des religions. Il faut d’ailleurs déplorer aujourd’hui un déficit dans l’intelligence du religieux. En tant que telle, la religion ne mérite ni d’être combattue, ni d’être ignorée ou méconnue.

Philippe Meirieu put même montrer, en s’appuyant sur un texte de Ferdinand Buisson, en quel sens la prière pouvait avoir sa place à l’école ! Mais à s’enfermer dans un discours de part en part religieux, et à ne faire que l’éloge de la différence, on court le risque la guerre civile.

Abdennour Bidar, en s’interrogeant sur la pertinence de la séparation entre théologie et politique, fit progresser vers une identification de l’apport spécifique de la laïcité. Car le propre de l’analyse politique est de poser la question de la cité, et plus largement, de la vie, « justes ». Or, c’est dans une quête modeste, mais obstinée, du juste et du bien, que s’exerce l’esprit critique, qui permet de se prémunir des idoles.

Selon une belle formule, cette quête permet de « respirer hors de sa conviction ». Tel est l’apport propre de la laïcité qui, en sanctuarisant un espace de distance critique, garantit l’ouverture à la diversité du monde, et rend possible une respiration citoyenne.

La laïcité, comme affirmation de l’impérieuse nécessité de la paix civile

Mais alors, et c’est selon nous la grande leçon qui se dégage de cette controverse, bien qu’aucun des quatre intervenants ne l’ait exprimée comme telle, la laïcité possède son propre contenu, et affirme une vérité. Car finalement, et tout le paradoxe est là, bien que combattant l’illusion de la certitude, la laïcité n’en contient pas moins sa propre certitude ; et, nous oserons dire, sa vérité.

Mais cette certitude n’est pas celle d’un groupe d’individus (définis par leur appartenance communautaire) qui affirmeraient leur vérité contre celle des autres. Elle est celle qui permet de vivre ensemble, les uns et les autres. Elle est celle qui fait exister le citoyen, car, sans elle, il n’y a ni citoyen, ni cité.

En affirmant la prévalence de la loi républicaine sur la règle religieuse, la laïcité ne contraint que des comportements, et non des vies intérieures, marquées par des convictions personnelles. Spinoza a montré en ce sens que « dans un État libre il est loisible à chacun de penser ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense », car « le droit du souverain de régler toutes choses tant sacrées que profanes se rapporte aux actions seulement » (Traité Théologico-Politique, chapitre XX).

La liberté de « juger et d’opiner » comme on veut étant inaliénable, si bien que, de ce point de vue, toutes les convictions se valent, de quel droit la laïcité pourrait-elle imposer une vision des choses ou une conviction particulières, à laquelle on pourrait toujours opposer librement une conviction contraire ? Du droit de ce qui fonde en nécessité le pacte social, où s’origine la cité. Écoutons encore Spinoza (id., chapitre XVI) :

« … à raison du fondement et de la fin de la Démocratie qui n’est autre, comme nous l’avons montré, que de soustraire les hommes à la domination absurde de l’Appétit et à les maintenir, autant qu’il est possible, dans les limites de la Raison, pour qu’ils vivent dans la concorde et dans la paix ; ôté ce fondement, tout l’édifice croule. »

La laïcité est, en ce sens, ce sans quoi il n’y a ni concorde ni paix civile possible. Sa conviction fondatrice, et qu’elle impose, et donc légitimement, à tous les membres de la cité (pour nous : de la république démocratique) est donc que le souverain bien réside dans la paix civile.

À l’heure où notre société tend à se fracturer, où la haine se développe, et où « tout l’édifice » pourrait crouler, cela n’est-il pas, plus que jamais, d’actualité ?

Charles Hadji, Professeur honoraire (Sciences de l’éducation), Université Grenoble Alpes

This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article.

France: Laïcité : les mémoires de la loi de séparation
de 1905 à l’école (T.C.)

 

« Par leurs réflexions et leurs activités, les élèves contribuent à faire vivre la laïcité au sein de leur établissement », souligne l’article 15 de la Charte de la laïcité à l’École, une magna carta désormais bien connue des enseignants et de leurs élèves. Depuis la rentrée 2013-2014 et son affichage dans les établissements d’enseignement, ce texte a donné lieu à de belles réalisations, comme l’édification d’escaliers de la laïcité ou la plantation de nouveaux arbres de la liberté dans les cités scolaires.

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La dimension mémorielle reste aujourd’hui forte, elle a même édulcoré les caractères historiques propres de la loi de Séparation. Shutterstock

Julien Bouchet, Université Clermont Auvergne

Cette contribution émane d’une communication prononcée lors d’un colloque sur les interactions et les tensions entre les mémoires individuelles et collectives dans le milieu scolaire, à l’ESPE Clermont Auvergne, sur l’initiative de Frédéric Dana, directeur adjoint de cette école.


Un autre passage de la charte est tout aussi éloquent, il s’agit de la première phrase de l’article 2 : « la République laïque organise la séparation des religions et de l’État ». On renvoie ici à une séparation spéculative, certes, mais avant tout du registre de la pratique. Par souci de clarté, plutôt que le terme église est préféré celui de religions, par ailleurs au pluriel, une invitation au pluralisme religieux. Est enfin exprimé le lien entre la République laïque et l’école publique, un lieu de mise en œuvre et d’existence effective de la laïcité.

Dans les manuels scolaires

La seconde porte d’entrée sur les mémoires de 1905 consiste à aller rechercher la mention de la laïcité en général, et de la loi de séparation en particulier, dans les manuels scolaires. De manière générale dominent plus l’histoire que les mémoires, ce qui n’est pas une mauvaise chose car il faut sur ce point rappeler que l’histoire dans sa dimension problématique et synthétique se distingue en plusieurs points des « abus » potentiels de la mémoire, à suivre Tzvetan Todorov.

Dans le manuel de Première de Malet-Isaac de 1961, l’accent est porté sur l’aspect juridique de la réforme (les relations diplomatiques avec le Saint-Siège et les relations entre l’État et l’Église de France). On y évoque aussi les autres religions. Le manuel Hachette de 3e du programme de 1969 se concentre sur la laïcisation de l’État et la sécularisation de la société française : « Un an plus tard, les Chambres votèrent la loi de séparation de l’Église et de l’État (décembre 1905). Désormais l’Église de France cessa d’avoir un caractère officiel », peut-on y lire.

Le Nathan du programme de 2002 insiste sur une cause/conséquence, la « politique anticléricale » qui aurait entraîné la « séparation », et rappelle la dimension conflictuelle de l’application de la loi de séparation des églises et de l’État. Dans le chapitre sur l’enracinement de la culture républicaine, les auteurs du Magnard des programmes de 2010 affirment que l’anticléricalisme fait partie du socle républicain :

« Le principe de laïcité vient compléter les principales valeurs du régime. La République se pose en effet comme une « contre-culture » de la tradition catholique et du conservatisme. Ainsi, l’anticléricalisme apparaît comme un fondement majeur qui trouvera son aboutissement dans la loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905. »

Le projet de programme de Première en cours, dans les points de passage et d’ouverture, envisage d’évoquer les débats et la mise en œuvre de la loi de séparation.

Une sédimentation en cinq temps

« 1905 » peut donc être considéré comme un ensemble de faits historiques et de mémoires. La dimension mémorielle reste aujourd’hui forte, elle a même édulcoré les caractères historiques propres de la loi de séparation. Il convient d’en rappeler les principaux éléments : la séparation fut d’abord un acte parlementaire fondamental dans un contexte de tensions récurrentes sur le devenir de la République (affaire Dreyfus) et de rupture diplomatique avant le Saint-Siège.

C’est donc une loi qui sépara surtout l’État et l’Église catholique (on peut observer aujourd’hui cette dimension avec le projet présidentiel de réviser la loi de 1905 pour mieux l’adapter à la situation de l’Islam), mais cette dernière s’en est emparée pour se libérer notamment des contraintes publiques. En outre, il n’y a pas une, mais des lois de séparation – un règlement pour l’Algérie en 1906, et une application pour certaines autres parties de l’empire colonial en 1911. « 1905 » est en quelque sorte un monument, un « lieu de mémoire » (Pierre Nora).

Fortes de cette centralité, les mémoires de 1905 se sont progressivement sédimentées en cinq principaux temps. Le premier fut celui de la « guerre civile ». Après plusieurs campagnes d’oppositions, alors que se poursuivait la laïcisation des établissements publics, des catholiques intransigeants déclenchèrent, de 1908 à 1913, la seconde querelle des manuels scolaires. Les évêques interdirent alors l’usage de douze manuels scolaires en vue de signifier une opposition au pacifisme et à la morale scientifique.

Succède à cette séquence assez fratricide celle de l’« Union sacrée » de la Première Guerre mondiale et de ses suites immédiates, avant le retour de la conflictualité sur la question laïque au mitan des années 1920. Puis on assiste à la progressive constitutionnalisation du principe, avant un dernier temps des « retours » (Marcel Gauchet, Jean Baubérot) qui est aussi celui du religieux, dont certains segments ne sont pas favorables au pluralisme et à la laïcité.

Dans ce contexte politique, sociétal et culturel nouveau, on constate une polyphonie des mémoires de 1905 à l’École. Elles forment plusieurs strates : la mémoire de chaque élève avec une transmission familiale plus ou moins établie, la mémoire de l’enseignant, des mémoires communautaires (ou pseudo-communautaires mais qui ont une incidence sur l’identité de l’élève en construction et son rapport au groupe).

Un « devoir d’intelligence »

Ainsi, la mémoire de 1905 fut souvent par le passé une mémoire conflictuelle. Sa discussion a justifié une mémoire de la pacification, notamment par l’inclusion. L’École s’est emparée de cette dynamique. Il en ressort de grands enjeux dont le premier est la poursuite de la construction d’une mémoire de la République. Les enseignants doivent notamment modérer la sédimentation mémorielle encore en cours.

Cette opération se réalise, deuxièmement, au regard d’une exigence inclusive. Elle impose, troisièmement, un « devoir d’intelligence » (Jean‑Pierre Rioux, 2002), spécialement dans l’appréhension des faits religieux et de leur histoire, dans la découverte de l’ancienne morale laïque, dans l’apprentissage de la gouvernance pluraliste et l’éveil didactique sur la possibilité d’une conflictualité en démocratie.

Les enseignants et leurs élèves ne doivent pas s’interdire, notamment au lycée, de questionner la pertinence d’une modification de ce legs historique, d’oser les comparaisons à d’autres échelles ; et de ne pas isoler ce principe d’autres liés à la laïcité dans l’histoire : la liberté, l’égalité, la fraternité. Les historiens doivent aussi rappeler que la politique laïque fut souvent associée à la question sociale et pensée en fonction du rayonnement de la France à l’étranger.

Pour ce faire, les maîtres ont aujourd’hui de nombreux outils comme le site Génération laïcité qui apporte des réponses concrètes aux questions que les collégiens se posent sur la laïcité ; mais aussi des ressources nationales (site Eduscol) et plusieurs ressources académiques comme en témoigne l’actualisation récente de la page du parcours citoyen de l’Académie de Clermont.

En conclusion, pour sortir de la mémoire conflictuelle, il convient de prôner une pédagogie altruiste de 1905. Elle passe par une appropriation sereine du sujet qui permettra d’en tirer de grands bénéfices. Elle impose aussi une bonne formation en matière d’histoire politique et des faits religieux. Pour plagier Pouchkine, c’est enfin assumer « l’incarnat subi » sur le visage de Marianne, de connaître les victoires, les défaites et les erreurs de la laïcité « à la française ». C’est finalement privilégier une mémoire efficiente de la conflictualité de 1905 : l’école peut de ce point de vue devenir un véritable « lieu de mémoire » d’une séparation désormais inclusive.

Julien Bouchet, Chargé d’enseignement en histoire contemporaine, Université Clermont Auvergne

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Histoire: Première rencontre du pape Paul VI avec le patriarche Athénagoras à Jérusalem (1964) [vidéos]

Premier déplacement d’un Souverain Pontife en Terre Sainte, il fut marqué par la rencontre historique de réconciliation entre Paul VI et le patriarche orthodoxe de Constantinople, Athénagoras

Source: British Pathé

“The Papal Pilgrimage – Technicolor”.

Source: Istituto Luce Cinecittà

Paolo VI in pellegrinaggio a Gerusalemme, Nazareth e Betlemme. IL pontefice è accolto dal re Hussein di Giordania e dal Presidente della Repubblica Israeliana Shazar. Storico incontro di riconciliazione di Paolo VI con il capo della chiesa ortodossa, il patriarca di Costantinopoli Atenagora.

[…] Jamais depuis Pie VII, un Pape n’avait quitté l’Italie; jamais depuis Saint Pierre, le «serviteur des serviteurs de Dieu», n’avait foulé la Terre Sainte. C’est dire donc toute la portée historique de ce voyage, qui eut lieu du 4 au 6 janvier 1964, en plein Concile Vatican II. Paul VI ne voulait pas effectuer une quelconque visite, mais bien un pèlerinage;  être «pèlerin de la paix» dans les lieux de la Rédemption, en signe de «prière, de pénitence et de rénovation».

Il faut dire que le contexte géopolitique de l’époque n’incite guère à un voyage autre que religieux. Le conflit israélo-palestinien déchire en effet le Moyen-Orient; la ville trois fois sainte, Jérusalem, est divisée en deux depuis 1948: sa partie orientale, -où se concentrent les principaux Lieux saints chrétiens, juifs et musulmans-, est sous contrôle jordanien, tandis que sa partie occidentale est sous souveraineté israélienne. L’État hébreu ne jouit en outre d’aucune reconnaissance des nations arabes, ni du Saint-Siège. C’est donc une réalité complexe et délicate qui attend le Pape Montini, sans parler des divisions entre chrétiens, particulièrement tangibles dans les Lieux saints partagés.

Accolade fraternelle entre St Paul VI et Athénagoras
L’un des moments-clés de ce pèlerinage restera sans aucun doute l’accolade qu’il échangera à deux reprises avec le Patriarche de Constantinople, Athénagoras. L’image de cette étreinte fraternelle, celle de Pierre et d’André, dans cette ville où Jésus pria afin «que tous soient un», fera le tour du monde. «Grande est notre émotion, profonde est notre joie en cette heure vraiment historique, où, après des siècles de silence et d’attente, l’Église catholique et le Patriarcat de Constantinople se retrouvent à nouveau en présence», déclare Paul VI à cette occasion. Cette rencontre constituera une pierre milliaire dans le dialogue œcuménique entre catholiques et orthodoxes après 1 000 ans de schisme.[…]

Source: Manuella Affejee: Il y a 55 ans, le voyage de Saint Paul VI en Terre Sainte, Vatican News, 04.01.19

Mort de Thomas Sankara: «L'enquête a été relancée, l'instruction est déjà bien avancée»

 
Thomas Sankara en conférence de presse, le 2 septembre 1986, pendant le sommet des non-alignés à Harare. AFP/Dominique Faget

Qui a fait tuer Thomas Sankara ? Depuis 31 ans, impossible de répondre à cette question. Le flou entoure toujours l’assassinat du jeune président burkinabè le 15 octobre 1987. Pourquoi a-t-il été tué ? Certains pays sont-ils derrière son assassinat ? Et si oui, qui a tiré les ficelles ? Un élément nouveau pourrait peut-être permettre d’apporter des réponses à ces questions. Comme elle s’y était engagée en 2017 par la voix d’Emmanuel Macron, la France a transmis au juge en charge de l’affaire des documents déclassifiés produits à l’époque par l’administration française. Jean-Patrice Yameogo, l’un des avocats de la famille Sankara, a pu consulter les documents déjà reçus. Il répond aux questions de Pierre Firtion.

RFI : Qu’apprend-on de nouveau sur l’assassinat de Thomas Sankara dans ces archives que vous avez pu consulter ?

Jean-Patrice Yameogo : Il faudra d’abord que je commence à préciser que ces archives sont arrivées suite à une commission rogatoire, formulée à la demande du juge d’instruction. Il y a un premier lot qui est arrivé auquel nous avons eu accès, puis un second lot que nous attendons.

Sur ce premier lot, y a-t-il des éléments qui vous paraissent nouveaux et qui vous ont surpris, qui vous ont permis d’apprendre des choses que vous ne saviez pas ?

Oui, sans coup férir, on peut répondre par l’affirmatif. On a appris beaucoup de choses, surtout dans le cadre de l’instruction parce qu’il faut le rappeler, depuis le début de cette procédure d’instruction, le juge d’instruction s’est contenté d’écouter les différents acteurs et les personnes inculpées dans le cadre justement de ce qui s’était passé uniquement au Burkina Faso. Mais là, avec ces archives, ça nous permet de voir qu’au-delà du Burkina Faso, il n’est pas exclu que certains pays ou certains acteurs politiques étrangers aient eu peut-être un rôle à jouer dans le cadre justement de cette tragédie du 15 octobre [1987].

Qui a fait tuer Sankara ? (1/6) Le jour où Sankara est tombé

Quels sont les pays qui pourraient être mis en cause dans cet assassinat ? Y a-t-il des noms de pays qui sont mentionnés dans ces documents ?

Non, il n’y a pas de noms de pays en tant que tels, mais il y a des acteurs étrangers comme je viens de le dire. Ce sont des acteurs qui ont été un peu cités et qui ne sont pas de nationalités burkinabè, qui sont de nationalité étrangère.

Je crois que parmi les acteurs, les noms qui reviennent dans ces documents, il y a notamment ceux de Charles Taylor, président du Liberia du 2 août 1997 au 11 août 2003, et de Prince Johnson, ex-chef rebelle au Liberia ?

Je ne peux que confirmer ce que vous avez dit.

Donc les noms de Charles Taylor et de Prince Johnson apparaissent à plusieurs reprises dans ces documents ?

Tout ce que je peux vous dire, ça apparaît dans les documents.

Cela veut dire qu’on peut suspecter que l’ancien président libérien et Prince Jonhson ont pu participer, de près ou de loin, à l’assassinat de Thomas Sankara ?

Moi, je pense qu’il serait prudent de ne pas aller trop vite en besogne. Au stade actuel, on va prendre le temps d’attendre le second lot, d’examiner tous les documents qui sont à l’intérieur. Et bien sûr, le juge d’instruction, après avoir consulté tous ces documents et après avoir apprécié plus ou moins le bien-fondé, c’est celui qui a la charge de l’instruction qui va aviser. Si effectivement, il y a des éléments suffisants, il n’est pas exclu que le juge d’instruction décide d’inculper qui il trouvera mêlé de près ou de loin à la tragédie du 15 octobre. Mais comme je l’ai dit, on ne va pas aller trop vite en besogne, on ne va pas faire un procès d’intention. L’instruction a déjà suffisamment avancé. On va laisser le juge d’instruction mener sérieusement son travail. Et je suppose que s’il y a du nouveau, vous serez tenu informés. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a quelques acteurs politiques étrangers dont les noms apparaissent dans les documents.

Qui a fait tuer Sankara ? (3/6) A Ouagadougou, l'ombre d'une main étrangère

Est-ce qu’il y a des éléments dans ces archives qui pourraient accréditer la thèse d’une participation de la France à cet assassinat ?

Comme je l’ai dit, actuellement nous ne pouvons pas aller vite en besogne parce qu’on n’a eu que le premier lot. Nous allons attendre le second lot. Et à l’examen de ces deux lots, quand on aura fini d’examiner toutes les pièces, la réponse à cette question pourra se faire.

De quoi sont composées précisément ces archives ? Sur la nature précise de ces documents déclassifiés, il y a des notes du ministère des Affaires étrangères français. Expliquez-nous.

En fait, ce sont des éléments de diverses natures. On a des notes effectivement du ministère des Affaires étrangères, on a des notes de l’Elysée, on a des notes de l’armée. On a des enquêtes qui ont été menées sur place dans les pays étrangers, et en France précisément puisque c’est dans le cadre de la commission rogatoire qui a été donnée à la France. Il y a des enquêtes qui ont été menées en France. Il y a eu même des auditions, je peux le dire, de certains Français.

De certains acteurs français de l’époque ?

Oui, de certains acteurs français de l’époque.

Ces documents vont-ils permettre de relancer l’enquête ?

Relancer, c’est un peu trop fort à mon humble avis. Je dirais que cela permettrait une avancée encore plus significative de l’enquête parce que l’enquête a été relancée, l’instruction est déjà bien avancée. Nous sommes déjà sur une très bonne marche. Et ces documents-là effectivement vont permettre d’accélérer et peut-être de lever certains doutes quant à éventuellement la participation extérieure dans la tragédie du 15 octobre.

Qui a fait tuer Sankara ? (4/6) Le rôle de la France, soupçons et démentis

Quelle va être la suite des évènements. Une fois que vous aurez consulté l’ensemble des documents, qu’allez-vous faire ? Demander par exemple l’audition de témoins, d’acteurs de l’époque qui sont encore en vie ? Est-ce que cela est possible ?

Ce n’est pas exclu. Pour le moment, comme je vous ai dit, nous n’allons pas faire dans un procès d’intention. On va prendre notre mal en patience. On va attendre le second lot. Et quand on aura passé en revue toutes ces pièces, si effectivement à l’analyse de ces pièces-là l’ensemble des avocats constitués dans le dossier prouvent qu’il y a des éléments qui manquent, ce serait de très bon ton que le juge d’instruction soit saisi pour lui demander effectivement s’il y a une possibilité d’entendre X ou Y pour permettre de lever tout doute et d’établir toute la lumière sur ces points-là.


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