Témoignages

 

vincentkiyeL'hebdomadaire de la paroisse de Dyou: Rendez-vous du Père Vincent KIYE avec les jeunes n°27
"...A ces mots, le jeune homme s’en alla tout triste, car il avait de grands biens." (Mt 19,16-22)
Bien aimés dans le Seigneur, la liturgie de ce lundi 19 août de la 20 ème semaine des Temps ordinaires nous invite à repérer les choses ou des pratiques auxquelles nous sommes attachés et qui nous empêchent de suivre le Christ de tout notre coeur, et par ce fait, cela devient des idoles qui nous ferment à la grâce de Dieu et suscite la colère de Dieu comme nous l'avons entendu dans la première lecture.
En effet, comme nous l'avons entendu dans l'Évangile, tout commence par le désir ardent de ce jeune homme d'avoir part à la vie éternelle. C'est un désir que nous partageons tous. Malheureusement nous ne savons pas nous conformer aux exigences de cette vie. "va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres,
et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi." il s'agit bien là d'une exigence au renoncement à un style de vie antérieure.
Si pour ce jeune homme il fallait renoncer aux biens dont il était propriétaire, pour toi, pour moi notre richesse, le bien auquel nous sommes accrochés pourrait être notre attitude, notre comportement qui nous coupe de la grâce de Dieu et devient par ce fait, une idole pour nous. Au début de cette semaine, le Seigneur vient de toucher nos coeurs par cette parole, nous invitant ainsi à un changement de vie. Nous invitant  à revoir notre attitude, notre comportement qui certes, sans nous rendre compte, nous coupe de la grâce de Dieu. Le Seigneur soit avec vous!
✍🏾Père KIYE M. Vincent, Mafr
Aumônier des jeunes de la paroisse de Dyou/ Kadiolo
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Whatsapp : +223 72657482

 

Le dernier numéro du bulletin

des Missionnaires d'Afrique de l'Ouest

 

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Société des Missionnaires d'Afrique

Le Père Raphaël Deillon, Délégué Provincial du secteur de Suisse,
vous fait part du retour au Seigneur du Père

Wendelin Hengartner

le jeudi 8 août 2019 à Sierre (Suisse)
à l’âge de 96 ans dont 71 ans de vie missionnaire
au Burkina Faso (Haute Volta), en Allemagne et en Suisse.

Prions pour lui et pour ceux qui lui étaient chers.

Jalons de vie du Père Wendelin Hengartner

Né à Kobelwald
le / on 26/10/1922

Année spirituelle Serment missionnaire Ordination sacerdotale
dans le diocèse de St-Gall 02/12/1945 29/06/1948 01/02/1949
 Nationalité : Suisse 

Maison-Carrée (Alg)

Thibar (Tun)

Thibar (Tun)

17/08/1949 St Maurice Suisse
27/08/1952 Widnau Suisse
11/07/1953 Supérieur Fribourg Suisse
21/04/1959 Séminaire Koumi Haute Volta
27/09/1963 Supérieur Bobo-Dioulasso CESAO Haute Volta
01/01/1971 Pour CESAO à Fribourg Suisse
01/09/1975 Elu Cons.Provincial Suisse
02/08/1976 Stage à London G.B.
02/12/1976 Aachen Deutschland
01/07/1982 Provincial Fribourg Suisse
01/07/1985 Provincial 2ème mand Fribourg Suisse
01/07/1988 Fin mandat Provinc. Suisse
02/07/1988 Aide-Econome Fribourg Suisse
01/05/1989 Ministère Fribourg Suisse
01/12/1991 Responsable Lucerne Suisse
15/07/1992 Elu Cons.Provincial Suisse
01/10/1994 Nommé Conseil.Prov. Suisse
24/05/1997 Elu Conseil.Prov. Suisse
15/04/1998 Supérieur Widnau Suisse
01/04/2001 Supérieur Lucerne Suisse
01/11/2009 Ministère Lucerne Suisse
01/07/2010 Résidence Veyras Suisse
01/09/2012 Résidence H.C.: Sierre Suisse
08/08/2019 Retour auprès du Père Sierre Suisse

Mahamadou Issoufou : « Ma décision de respecter la Constitution
et de ne pas me représenter est irrévocable »

| Par

Terrorisme, démographie, gouvernance, réforme du franc CFA… Le numéro un nigérien, président en exercice de la Cedeao, évoque les défis qui l’attendent. Sans oublier celui de sa propre succession, dans moins de deux ans.

Il ferait, si tout se passe dans les règles jusqu’à son retrait du pouvoir, en avril 2021, un lauréat présentable du prix Mo Ibrahim, récompensant la bonne gouvernance et le leadership démocratique. Non content de répéter depuis le jour de son accession à la présidence du Niger, en 2011 – et quitte à agacer certains de ses pairs –, qu’il ne restera pas en fonction une heure de plus que ce que lui autorise la Constitution, à savoir deux mandats de cinq ans, Mahamadou Issoufou enfonce le clou en désignant, deux ans avant l’échéance, le candidat de son choix à sa propre succession.

Une situation totalement atypique sur le continent, qui interdit au futur sortant tout retour en arrière, mais qui présente aussi le risque de voir une sorte de dyarchie s’installer à la tête de l’État. Est-ce le cas ? Apparemment non. Issoufou et son dauphin, le ministre de l’Intérieur Mohamed Bazoum, qui appartiennent depuis trente ans à la même fratrie politique, se connaissent trop bien pour laisser le moindre grain de sable gripper le scénario qu’ils ont échafaudé ensemble. Ni l’un ni l’autre n’y auraient d’ailleurs intérêt.

Nouvelle configuration

Mieux : le président n’hésite pas à mettre en scène cette nouvelle configuration. C’est accompagné du seul Bazoum et de son épouse que le couple présidentiel s’est rendu à Tahoua, à 600 km à l’est de Niamey, à bord d’un modeste turbopropulseur, pour y célébrer le 3 août le 59e anniversaire de l’indépendance. Acheminés plus tôt dans la matinée, ministres, dignitaires et diplomates les y attendaient sous les tentes et la touffeur moite de ce début d’hivernage.

Au cours du long entretien qu’il a accordé à Jeune Afrique, Mahamadou Issoufou, 67 ans, parle de cette première transition entre deux présidents démocratiquement élus comme de sa plus belle réussite à venir – à condition bien sûr que les électeurs nigériens en avalisent le synopsis dans les urnes. Il y est question aussi de lutte contre le terrorisme, dans un pays où l’obsession sécuritaire est omniprésente, d’économie, de social et de démographie alors que le Niger place dans le pétrole l’espoir de s’extraire un jour de la queue du peloton des nations les plus pauvres du monde.

Autant de sujets que Mahamadou Issoufou, dont le pays accédera au début de 2020 au Conseil de sécurité des Nations unies en tant que membre non permanent, compte bien porter sur les tribunes internationales. Lui qui a appris par la radio – une semaine après sa première élection, en mars 2011 – cette catastrophe que fut à ses yeux l’intervention militaire occidentale en Libye en profitera aussi pour dire aux puissants le fond de sa pensée : « On somme les Africains de se conduire en démocrates exemplaires, mais la gouvernance mondiale est tout sauf démocratique. » Un vrai sujet de réflexion pour le jury du prix Mo Ibrahim

Jeune Afrique : Dans un an et demi, au début de 2021, vous céderez la présidence à votre successeur élu. À l’heure du prébilan, quelle appréciation portez-vous sur votre quasi­-décennie au pouvoir ?

Mahamadou Issoufou : Les Nigériens le diront, sur la base de mes promesses et de leur réalisation. J’ai eu à établir huit priorités pour le pays : la renaissance culturelle, la sécurité, la consolidation des institutions démocratiques et républicaines, les infrastructures, l’autosuffisance alimentaire, le capital humain – santé et éducation –, l’accès à l’eau et la création d’emplois.

Sur ces huit axes, je crois que les progrès sont tangibles et que l’essentiel de ce que j’ai promis a été tenu. Le pourcentage des ressources affectées à ces secteurs prioritaires est resté au niveau de ce qui était prévu : 22 % pour l’éducation, 17 % pour l’initiative 3N [les Nigériens nourrissent les Nigériens], 10 % pour la santé…

Le seul domaine auquel nous aurions souhaité consacrer moins de dépenses est celui de la sécurité. Nous avions envisagé de lui allouer 10 % de notre budget, il a fallu monter jusqu’à 19 % et cela au détriment d’un chantier aussi important que l’eau.

En 2050, le Niger sera le pays le plus peuplé d’Afrique de l’Ouest après le Nigeria ! Ce n’est pas gérable sans inverser la tendance

Quand vous parlez de renaissance culturelle, on aimerait avoir des exemples…

En voici un : la transition démographique. La population du Niger double tous les dix-huit ans. Nous sommes 22 millions en 2019, à ce rythme nous serons 45 millions en 2037. En 2050, ce pays sera le plus peuplé d’Afrique de l’Ouest après le Nigeria ! Ce n’est pas gérable, il faut inverser la tendance. La réduction du taux de natalité doit impérativement accompagner celle du taux de mortalité.

Sur ce point, le processus de renaissance culturelle doit permettre aux Nigériens de prendre conscience de cette situation, de changer de comportement, de réduire le nombre de naissances et de les espacer. Les premiers résultats de ce travail de pédagogie sont encourageants : le taux de fécondité est passé de 7,6 enfants par femme en 2014 à 6,1 aujourd’hui.

Autres espaces concernés par la renaissance culturelle : la sensibilisation au respect de l’environnement et la lutte contre la corruption. En huit ans, le Niger a gagné une trentaine de places dans le classement de Transparency International et une vingtaine dans le « Doing Business » de la Banque mondiale. Ce n’est pas rien.

Toute politique de limitation des naissances au Sahel se heurte inévitablement à des résistances de la part des religieux conservateurs. On l’a vu récemment avec les vifs remous provoqués par la loi sur l’organisation de l’exercice du droit de culte, perçue par certains imams comme anti-islamique. Comment dépasser cet obstacle ?

Entre autres par des arguments religieux en faveur de l’espacement des naissances. Ils existent et nous en faisons la pédagogie quotidienne par l’intermédiaire des chefs traditionnels et religieux. Le Perse Tabari, qui fut au Xe siècle l’un des plus grands exégètes du Coran, faisait remarquer que dans les versets du livre saint la notion de richesse passait toujours avant celle de procréation, signifiant par là que seuls doivent être faits les enfants que l’on peut nourrir, soigner et éduquer. Idem pour l’exercice du culte : nous identifions et nous diffusons les versets et hadiths – ils sont nombreux – en faveur de la tolérance religieuse et de l’État de droit.

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Ici, une mine d'uranium exploitée par Areva, à Arlit au Niger. © AP/SIPA

Les perspectives de croissance de l’économie nigérienne sont bonnes : 7 % environ pour les cinq prochaines années. Mais elles reposent en partie sur le cours, très volatil, de l’uranium. Or le groupe français Orano a récemment fait savoir que les sites exploités par ses filiales à Arlit étaient menacés de fermeture totale ou partielle. L’ère de l’uranium est-elle terminée pour le Niger ?

Notre croissance est portée par les investissements dans les infrastructures, par l’agriculture, le pétrole et dans une certaine mesure par l’uranium. Au cours des cinquante dernières années, les cours de ce dernier minerai n’ont en effet été corrects que pendant une décennie tout au plus.

C’est d’ailleurs une profonde injustice, car, si l’on compare le pouvoir calorifique de l’uranium à celui des autres sources d’énergie, son prix devrait être multiplié par dix au minimum. Par ailleurs, comme chacun le sait, le marché est déprimé depuis les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima.

Enfin, en ce qui concerne la mine de la Cominak, à Arlit, s’ajoute le phénomène inévitable d’épuisement des réserves. Nous discutons avec Orano de la meilleure façon de gérer ce cas, en sachant que la mine de la Somaïr, elle, n’a pas ce ­problème et qu’une nouvelle exploitation vient d’être inaugurée avec des partenaires canadiens. Je reste confiant : un jour ou l’autre, les cours de l’uranium vont rebondir.

Le Niger est producteur de pétrole depuis 2011, avec des sociétés chinoises au sud et algériennes au nord. Quelles sont les perspectives en ce domaine ?

Elles sont ambitieuses : nous visons un quintuplement de notre production – actuellement, elle est de 20 000 barils raffinés par jour – dès 2021. Notre autosuffisance atteinte, la prochaine étape sera donc de devenir exportateur de brut. Vers 2025-2030, notre capacité devrait passer à 500 000 barils par jour, ce qui nous permettra d’envisager sérieusement notre adhésion à l’Opep.

L’eco sera la monnaie solide et digne de confiance de la zone économique la mieux intégrée du continent et où l’inflation sera maîtrisée

Le chantier de la ligne de chemin de fer Cotonou-Niamey est pratiquement à l’arrêt depuis 2015 pour des motifs juridico-financiers, et ce, malgré une offre de financement chinoise. Comment faire pour résoudre cet imbroglio ?

Je regrette le blocage de ce projet, qui fait partie de mes priorités. Nous avons programmé pour bientôt une réunion avec tous les acteurs de ce dossier afin que le ­travail reprenne. C’est extrêmement important pour notre compétitivité.

Fin juin, les chefs d’État de la Cedeao, dont vous assurez la présidence en exercice, ont annoncé le lancement prochain d’une nouvelle monnaie unique, l’eco. Et cela, dès la fin de l’année prochaine. Peut-on vraiment y croire ?

J’y crois fermement. Les critères de convergence nécessaires ont été définis et adoptés par les États membres, lesquels se sont engagés à les remplir dans les meilleurs délais. Des décisions précises ont été prises en ce qui concerne le régime de change, qui sera flexible et indexé sur un panier de monnaies. L’eco sera la monnaie solide et digne de confiance de la zone économique la mieux intégrée du continent et où l’inflation sera maîtrisée.

Comment les pays ayant en commun le franc CFA au sein de la Cedeao entendent-ils s’y prendre pour couper le cordon ombilical avec le ministère français des Finances ?

Soyons clairs. La création de l’eco signifie la sortie du franc CFA. Cette monnaie sera, je le répète, liée à un panier de monnaies, constitué des principales devises – euro, dollar, yuan… – avec lesquelles nous commerçons.

Ce ne sera donc pas le CFA sous un autre nom, ainsi que je l’entends parfois. Ce ne sera pas non plus une réforme contre la France, mais une réforme pour le développement de l’Afrique de l’Ouest, pour les investissements, pour la création d’emplois sur le continent et donc dans l’intérêt de tous. J’ajoute que toutes ces décisions ont été prises à l’unanimité des 15 États membres de la Cedeao, francophones et anglophones.

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Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi, à Tripoli en juillet 2007. © Michel Euler/AP/SIPA

Je ne répéterai jamais assez à quel point le renversement de Kadhafi par les Occidentaux fut une lourde erreur

Le Niger est plus que jamais en première ligne sur le front de la lutte contre le jihadisme armé. Quels sont l’état et le degré de cette menace ?

Rappelons tout d’abord deux évidences. Premièrement : ces menaces planaient sur notre région depuis les années 1990, qui ont été marquées par le développement des bandes terroristes en Algérie, et par la création, il y a dix ans, du groupe Boko Haram au Nigeria.

Deuxièmement : elles ont été considérablement amplifiées par l’effondrement de la Libye à partir de 2011, et je ne répéterai jamais assez à quel point le renversement de Kadhafi par les Occidentaux fut une lourde erreur.

Désormais, la ligne de front tend à descendre vers le sud, comme chacun le voit. De la Guinée au Bénin, aucun pays côtier n’est plus à l’abri. Les chefs d’État de la Cedeao sont évidemment conscients de cette dégradation sécuritaire, d’où notre décision de tenir un sommet extraordinaire d’urgence sur ce thème, le 14 septembre à Ouagadougou, au Burkina.

Dans votre message à la nation, au début de cette année, vous avez appelé à l’éradication définitive du terrorisme au Niger. Sept mois plus tard, c’est l’inverse qui semble s’être produit, en particulier dans l’Ouest, où votre armée a subi de lourdes pertes…

C’est exact. Et cela illustre la dégradation dont je vous parlais. Le Niger est engagé sur trois fronts : la zone du lac Tchad avec Boko Haram, la frontière nord avec la Libye, où l’État n’existe plus, et la frontière ouest avec la persistance côté malien d’organisations terroristes et criminelles. Nous y faisons face avec nos moyens et l’aide de nos alliés. Cela dit, il est important de noter que le jihadisme armé ne dispose d’aucune base permanente au Niger : il s’agit pour l’essentiel d’une menace exogène venue du Nigeria, du Mali et du Burkina Faso.

Le statut actuel de Kidal est une menace pour le Niger et il faut impérativement que l’État malien y reprenne ses droits

Diriez-vous que vous êtes victime de la faiblesse de vos voisins ?

Non, car cela signifierait que ceux-là pèchent par négligence ou aboulie, ce qui n’est évidemment pas le cas. Mais il est sûr que le statut de Kidal, au Mali, nous pose problème. Kidal est un sanctuaire pour les terroristes, et ceux qui nous attaquent s’y replient souvent. Kidal est une menace pour le Niger et il faut impérativement que l’État malien y reprenne ses droits.

Peut-on dialoguer, voire négocier avec les groupes jihadistes, comme les Américains le font avec les talibans ?

Ce n’est pas envisageable. On ne négocie pas avec des terroristes, et ces derniers, d’ailleurs, ne cherchent pas à le faire. Il faut donc continuer le combat sur deux axes : la sécurité et le développement. Les deux sont liés.

Au Mali et au Burkina, les groupes jihadistes s’efforcent d’exacerber des tensions communautaires préexistantes entre éleveurs et agriculteurs. N’y a-t-il pas un risque de ce type au Niger, particulièrement dans la région de Tillabéri ?

Il n’y a aucune discrimination contre quelque communauté que ce soit – Peuls, Touaregs ou autres – au Niger. Les terroristes veulent transformer la lutte que nous menons contre eux en conflit ethnique. C’est un piège dans lequel nous ne tomberons pas.

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Un drapeau américain et un drapeau nigérien sur la base aérienne d'Agadez au Niger, le 16 avril 2018. © Carley Petesch/AP/Sipa

 

Dix ans après sa création, Boko Haram représente-t-il encore un danger pour le Niger ?

Incontestablement. La résilience et la capacité d’adaptation de ce groupe m’ont d’ailleurs surpris. Je pensais qu’avec la force mixte quadripartite mise en place il y a trois ans pour le combattre nous allions en finir rapidement. Nous devons donc affiner notre stratégie et surtout ne pas sous-­estimer Boko Haram.

Certes, beaucoup de jeunes Nigériens qui avaient rejoint ses rangs se sont depuis repentis : nous avons ouvert pour eux des centres de déradicalisation et de formation professionnelle qui donnent de bons résultats. Mais même si la cause à l’origine de Boko Haram s’estompe peu à peu, son effet persiste. Il y a un décalage temporel entre l’une et l’autre, comme dans le cas de Daesh au Moyen-Orient. En physique, on appelle cela l’hystérésis.

Le Niger abrite des bases françaises et américaines engagées dans la lutte contre le terrorisme. Votre sécurité est-elle au prix de votre souveraineté ?

Je ne raisonne absolument pas en ces termes. Nous avons un ennemi commun face auquel nous mutualisons nos forces. Et les armées que vous citez ne sont pas des armées étrangères, mais des armées alliées. Il ne faut jamais perdre de vue que la menace est d’ordre stratégique. Son but est de détruire nos États. Ceux qui, ici ou ailleurs dans la région, dénoncent ce qu’ils appellent à tort des forces d’occupation étrangères ne manifestent jamais pour dénoncer les terroristes, étrangers eux aussi, qui nous agressent. Ce paradoxe mérite d’être souligné.

En réalité, je pense qu’il ne faut pas moins mais plus d’engagement de la part de nos alliés. L’État islamique en Irak et en Syrie n’a été vaincu que parce qu’une coalition internationale, autrement puissante que celle qui opère à nos côtés, a été déployée pendant près de quatre ans. Je demande d’ailleurs que ce type de coalition soit dupliqué ici, au Sahel.

Votre voisin libyen semble s’enliser dans une quasi-guerre civile dont on ne voit pas l’issue. Quelle sortie de crise préconisez-vous ?

Il n’y en a qu’une seule : la restauration de l’État. C’est la priorité absolue. Les élections, inorganisables dans le contexte actuel, viendront après. Il n’est pas sérieux de prôner l’inverse, à moins d’accroître encore le chaos.

Entre le maréchal Haftar et le Premier ministre Al-Sarraj, qui soutenez-vous ?

Je ne prends pas parti. Celui qui sera en mesure de restaurer l’État aura mon soutien.

La possibilité d’un retour massif de migrants africains fuyant les combats en Libye est de plus en plus évoquée. Cela vous inquiète-t-il ?

Bien sûr, car comment ferions-nous face à cet afflux ? Le plan de contrôle et de répression de l’immigration clandestine mis en place à partir de 2016 a permis de réduire le nombre de migrants transitant par le Niger de 150 000 à 10 000 par an dans le cadre de l’État de droit. Quant aux passeurs et à tous ceux qui vivaient de cette économie de la migration, ils sont bénéficiaires de programmes de reconversion qui fonctionnent plutôt bien. Nous ne sommes pas disposés à revenir en arrière.

Le président Issoufou et son dauphin, Mohamed Bazoum, à Tahoua, le 5 août. © Louis Vincent pour JA

Il n’y a aucune dérive autoritaire. Personne n’a dit que le président Macron était devenu un dictateur parce que son ministre de l’Intérieur faisait respecter la loi

Vous êtes, pendant un an, le président en exercice de la Cedeao. Quel est votre agenda ?

J’ai trois priorités : la création d’une monnaie unique, l’eco, dès 2020, le développement des infrastructures et le renforcement de la démocratie.

C’est-à-dire ?

Renforcer les institutions démocratiques. L’idéal pour un pays, c’est un leadership fort à la tête d’institutions fortes. Mais, s’il faut choisir entre les deux, les secondes doivent passer avant le premier.

Avez-vous l’impression d’exercer un leadership fort ?

J’ai des convictions, des valeurs, des objectifs et j’ai une vision. Appelez cela comme vous le voudrez.

Vos adversaires politiques dénoncent ce qu’ils appellent une dérive autoritaire de votre part, en mettant en avant l’arrestation de leaders de la société civile à la suite de manifestations contre la loi de finances, il y a un peu plus d’un an. Assumez-vous cette main ferme ?

Il n’y a aucune dérive autoritaire, mais l’application des lois de la République face aux casseurs et aux fauteurs de troubles. Exactement comme en France lors de la crise des « gilets jaunes ». La démocratie, c’est à la fois et en même temps l’ordre et la liberté. Personne n’a dit que le président Macron était devenu un dictateur parce que son ministre de l’Intérieur faisait respecter la loi. Mais quand la même situation se produit en Afrique, les jugements les plus expéditifs sont permis.

Le PNDS ne fait pas de politique sur des bases ethniques ou régionales, mais sur la base d’un programme et d’une éthique

L’identité du candidat que votre parti, le PNDS [Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme], présentera à la prochaine élection présidentielle, au début de 2021, est connue : il s’agit de votre ministre de l’Intérieur et compagnon de longue date Mohamed Bazoum. Pourquoi est-il apparu nécessaire de dévoiler le nom de votre éventuel successeur longtemps avant l’échéance ?

Je ne vais pas entrer dans les détails de notre stratégie électorale, mais plutôt vous expliquer pourquoi nous avons choisi ce candidat plutôt qu’un autre. C’est très simple. Mohamed Bazoum a été un membre fondateur du PNDS en 1990. Il a été mon vice-président pendant toute la période où nous étions dans l’opposition, puis le président de ce parti quand j’ai été élu à la tête de l’État en 2011. Le PNDS a des valeurs, et Bazoum porte ces valeurs.

Je suis convaincu qu’il continuera les actions que nous avons définies et entreprises en faveur du peuple nigérien. Il y a aussi un message complémentaire derrière ce choix : démontrer une fois de plus que le PNDS ne fait pas de politique sur des bases ethniques ou régionales, mais sur la base d’un programme et d’une éthique. C’est l’un des éléments de la renaissance culturelle que j’ai appelée de mes vœux.

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Mohamed Bazoum, ministre nigérien des Affaires étrangères, à Paris le 5 février 2014. © Vincent Fournier/JA

Mohamed Bazoum est effectivement issu d’une communauté arabe très minoritaire au Niger. Pensez-vous avoir suffisamment modernisé et détribalisé la société pour que ce statut ne constitue plus un handicap ?

Je le crois, oui. La quasi-totalité des partis fondés au début des années 1990 sur des bases tribales ont disparu, et, si le PNDS a pu prospérer jusqu’à devenir le plus grand parti du Niger, c’est précisément parce qu’il a su dépasser ces ­clivages et prôner le rassemblement.

Cette annonce n’était-elle pas aussi un moyen de démentir une fois pour toutes les intentions que d’aucuns vous prêtaient de briguer un troisième mandat ?

Il y avait sans doute un peu de cela, c’est vrai. Même si j’ai répété depuis le premier jour que ma décision de respecter la Constitution et de ne pas chercher à me représenter était irrévocable, il y a toujours des gens pour ­propager des rumeurs contraires. Tenir cette position est en fait pour moi un moyen de contribuer au renforcement des institutions démocratiques au Niger et en Afrique. Si les chefs d’État ne montrent pas l’exemple, qui le fera à leur place ?

L’idée de rempiler, comme on dit, ne vous a donc jamais effleurée ?

Jamais ! Je suis, viscéralement, un démocrate et je n’ai jamais cru que qui que ce soit puisse être indispensable à la tête d’un pays. L’aurais-je voulu d’ailleurs que notre cour constitutionnelle, qui est sans doute la plus indépendante d’Afrique, s’y serait opposée. L’ex-président Mamadou Tandja s’y est essayé en 2009. On sait comment cela a fini.

Votre ancien camarade de combat politique, Massaoudou Hassoumi, a été limogé de son poste de ministre des Finances le 1er février dernier pour avoir, semble-t-il, voulu se porter lui aussi candidat à votre succession. Considérez-vous qu’il a failli à la discipline du parti ?

C’est un problème qui est derrière nous. Le PNDS est un parti démocratique au sein duquel chacun peut s’exprimer, mais c’est aussi un parti soudé et organisé. Le congrès s’est réuni, le camarade Bazoum a été investi, une réconciliation s’est opérée autour de ce choix. Il n’y a plus de problème Massaoudou Hassoumi. L’heure n’est plus aux états d’âme, encore moins aux rancœurs.

N’est-il pas dommage pour la démocratie que votre principal opposant, Hama Amadou, soit empêché de se présenter à la prochaine élection présidentielle ?

Ce n’est pas une situation que j’ai souhaitée. Mais si quelqu’un est jugé coupable d’un acte délictueux par la justice et condamné pour cela, je n’ai pas à intervenir. Celui dont vous parlez a été accusé de trafic de bébés, ce qui n’est pas rien. Ce n’est pas moi qui ai porté cette affaire devant les tribunaux, laquelle concerne non seulement ce monsieur mais aussi une vingtaine d’individus dont personne ne parle. La sentence a été prononcée. C’est peut-être regrettable, mais la justice, au Niger, est indépendante.

Une condamnation à un an de prison qui rend Hama Amadou inéligible, selon l’article 8 du code électoral…

Oui. Mais là aussi, ce n’est pas moi qui ai introduit cette disposition, laquelle existe dans notre code depuis 1992, sans que celui dont vous parlez l’ait jamais contestée.

Il n’empêche. Le résultat est que le code électoral et la commission électorale indépendante sont boycottés par l’opposition.

Pour l’instant. Car nous continuons à discuter avec un objectif précis : une élection présidentielle réellement inclusive. Je ne me lasserai pas de lancer des appels en direction de nos amis opposants, afin qu’ils y participent.

Dans une déclaration faite il y a deux mois et qui a soulevé un certain émoi, Hama Amadou vous a accusé d’envoyer délibérément à la mort sur le front de la guerre contre le terrorisme « une certaine catégorie de soldats nigériens ». En l’occurrence, ceux issus de sa propre communauté, les Djermas. Comment réagissez-vous à cette accusation ?

Vous me permettrez de ne pas entrer dans ce jeu. Je ne ferai aucun commentaire.

Hama Amadou, qui a choisi de vivre en exil, est souvent installé à Cotonou, au Bénin. Est-il exact que vous aviez demandé au président Patrice Talon de l’éloigner, voire de l’extrader au Niger ?

C’est exact, et cela est parfaitement logique dans le cadre d’un état de droit. Tous les pays au monde dont les citoyens ont été condamnés par leur propre justice pour des délits de droit commun formulent ce genre de requêtes. Cette démarche a également été faite auprès du Nigeria et de tous les pays avec lesquels le Niger a des accords d’extradition.

Ce qui m’intéresse, c’est 2021 et la première transition entre deux présidents démocratiquement élus dans l’histoire du Niger

Vous arrive-t-il de penser à ce que vous ferez après le pouvoir ?

J’y pense chaque jour ou presque. Je m’y prépare. J’ai prévu de créer une fondation. Et si mon expérience peut être utile pour d’autres tâches, au Niger comme à l’international, je serai disponible.

Faire des affaires, ça ne vous tente pas ?

J’en serais incapable. Je suis un professionnel de la politique, pas un commerçant. Et puis j’aurai 69 ans en 2021, je considère que l’essentiel de ma carrière est fait.

Cela dit, rien dans la Constitution ne vous empêcherait d’être de nouveau candidat en 2026 !

Je ne me suis jamais situé dans cette perspective. Ce qui m’intéresse, c’est 2021 et la première transition entre deux présidents démocratiquement élus dans l’histoire du Niger. Ce sera ma plus belle réalisation.

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À Niamey, le 3 août. © Louis Vincent pour JA


Nous sommes 22 millions de Nigériens, pourquoi aurais-je l’arrogance de croire que nul ne peut me remplacer ?

Et un exemple pour les autres présidents africains ?

Chaque pays est un cas particulier, et je ne délivre de leçons à personne. En politique comme en économie, vouloir établir des règles absolues applicables partout est une erreur. Ce qui est bon pour le Niger ne l’est pas forcément pour d’autres.

Le club des chefs d’État, les tapis rouges, les honneurs, les hymnes, tout cela ne vous manquera pas ?

Non. Vous savez, je suis un homme simple. Mes congés, je les ai toujours passés dans mon village de Dandadji, pas à Marbella, Deauville ou Saint-Tropez. Et puis j’ai beau chercher, je ne trouve aucun argument qui justifierait que je me sente irremplaçable ou providentiel. Nous sommes 22 millions de Nigériens, pourquoi aurais-je l’arrogance de croire que nul ne peut me remplacer ?

Côte d’Ivoire : Marcel Amon-Tanoh,
fidèle d’Alassane Ouattara, fend l’armure

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L’austère ministre des Affaires étrangères sert discrètement Alassane Ouattara depuis un quart de siècle. Sur le mode de la confidence, ce fidèle parmi les fidèles a accepté de parler de lui-même, de son parcours et de la prochaine présidentielle.

Quand il était jeune, Marcel Amon-Tanoh adorait être sur le devant de la scène. Il avait 20 ans, l’insouciance de son âge et la passion de la musique, quand, avec ses copains, il a créé un groupe de rock : le Flowers’ Children Group. Pour ses membres, rompus aux bonnes manières des plus grandes familles ivoiriennes, c’était presque une transgression.

Cela n’allait pas entraver leur carrière : René Ekra, à la batterie, deviendra président du Groupement des exportateurs de café et de cacao de Côte d’Ivoire ; Jean-Louis Ekra, à la basse, celui d’Afreximbank ; Jean Blanchard Yacé, à la guitare, sera conseiller au Port autonome d’Abidjan ; quant à Roger Kacou, lui aussi guitariste, il sera ministre du Tourisme puis ambassadeur en Autriche. Marcel, enfin, c’était la star, l’homme qui déclamait du Johnny Hallyday et jouait les refrains des Beatles sur les scènes de Treichville. Les solos de guitare et la voix du Flowers’ Children Group, c’était lui.

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2020 ? J’ai le droit d’y penser, non ? Pourquoi vous ne me posez pas la question ?

Le jeune rockeur est aujourd’hui un ministre des Affaires étrangères de 67 ans sévère et tout en retenue. Un homme omniprésent mais largement méconnu. Toujours secret et insondable. A-t-il renoncé aux projecteurs de sa jeunesse ? Récemment, ses nombreuses activités sur le terrain et ses publications à répétition sur les réseaux sociaux ont attiré l’attention. « Marcel travaille son image, c’est sûr. On le découvre affable et souriant », dit l’un de ses collègues au gouvernement.

À quatorze mois de la prochaine présidentielle, beaucoup s’interrogent sur ses ambitions. L’intéressé se plaît à laisser planer le doute. « 2020 ? J’ai le droit d’y penser, non ? » lance-t-il dans un regard perçant, au cours d’un entretien à Paris, début juillet. « Pourquoi vous ne me posez pas la question ? » insiste-t-il. Lui, candidat ? Finalement, il ne répondra pas.

Pilier du régime d’Alassane Ouattara

Ce pilier du régime d’Alassane Ouattara est un homme déroutant. Il est d’une espèce rare et se dit presque déçu d’avoir accédé à un ministère de souveraineté. Il a appris sa nomination un matin de janvier 2017. Il s’en souvient bien : comme rarement, celui qui était depuis six ans le directeur de cabinet d’Alassane Ouattara a senti les choses lui échapper. Il venait d’appeler Mabri Toikeusse, le chef de la diplomatie, pour lui donner ses instructions quotidiennes, et le coup de fil était étrange.

« Mabri m’a écouté et il m’a répondu : “Mais tu n’es pas au courant ? Je viens de recevoir un coup de téléphone. Je ne suis plus ministre”… » Quelques instants plus tard, dans le bureau présidentiel, Alassane Ouattara lui annonçait que le portefeuille lui revenait. « J’en ai eu les larmes aux yeux. Cela ne m’intéressait tellement pas… », raconte-t-il en donnant, pour une fois, l’impression de fendiller l’armure. « J’y suis désormais pleinement heureux », s’empresse-t-il de préciser.

Après l’annonce du remaniement, ils sont nombreux à s’être réjoui. Beaucoup voyaient en l’éloignement de ce très proche du président une punition, certains allant jusqu’à parler de disgrâce. Le personnel de la présidence était soulagé. Enfin, c’en serait fini des règles rigides de ce directeur de cabinet exigeant, s’imaginait-on.

Depuis l’arrivée d’Alassane Ouattara à la tête de l’État, Marcel Amon-Tanoh ne transigeait pas avec le décorum. Il avait imposé le silence dans les couloirs et les costumes pour les travailleurs comme pour les visiteurs. Il voulait rompre avec l’ambiance rigolarde qui l’avait tant agacé sous Laurent Gbagbo : le palais présidentiel était alors « un moulin ouvert à tous les vents », s’indigne-t-il.

« L’aristo de la bande »

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Il laisse son cœur à [sa] femme. La politique n’est pas une affaire de sentiments

« Dur », « cassant », « méprisant ». Dans le marigot politique ivoirien, les adjectifs associés à ce cacique du régime sont rarement flatteurs. « Au ministère, on m’attendait avec le couteau entre les dents », reconnaît-il lui-même. Il faut dire que le patron des Affaires étrangères n’est pas très… diplomate. « Quand il a quelque chose à dire, il n’y va pas par quatre chemins », atteste l’un de ses collaborateurs. Marcel Amon-Tanoh est un « cas spécial », estiment avec pudeur plusieurs cadres de son propre parti. Lui-même l’avoue : le matin, il « laisse son cœur à [sa] femme. La politique n’est pas une affaire de sentiments ».

Amon-Tanoh, « c’est l’aristo de la bande » d’Alassane Ouattara, s’amuse l’un des cadres du parti présidentiel, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Il n’aime pas beaucoup se définir ainsi. Mais la politique, il est tombé dedans quand il était petit. Ministre de l’Éducation nationale sous Félix Houphouët-Boigny, son père, Lambert Amon-Tanoh, est un cadre historique du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Sa mère est la sœur de Philippe Yacé, l’ancien président de l’Assemblée nationale.

Dans la belle villa familiale on parle intrigues, coups bas et ambitions… Comme tous les enfants de l’élite, le petit Marcel grandit à Cocody et fait ses études au lycée classique d’Abidjan. C’est un élève moyen mais travailleur. On lui apprend les bonnes manières et le piano. Ses copains s’appellent Ekra ou Delafosse, les noms des happy few qui, depuis toujours, dirigent le pays.

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Je sais ce que Houphouët pensait de chacun des politiques ivoiriens actuels

Ses classes politiques, Marcel Amon-Tanoh les fait au cœur du pouvoir. Après sa rencontre avec Hélène Houphouët-Boigny, la fille du président, à la fin des années 1970, il entre dans l’intimité et les secrets du premier chef de l’État ivoirien, qui deviendra son beau-père en 1982. « Il m’invitait à discuter dans sa salle de bains lorsqu’il se rasait le matin ou, seul, dans sa chambre », se souvient-il.

Marcel a sa place à la table du président. Il y dîne parfois avec d’illustres invités : il se souvient de François Mitterrand à Yamoussoukro, d’Abdou Diouf ou d’Omar Bongo Ondimba, dont il deviendra proche. Depuis, il s’est remarié avec une descendante de la grande famille Fadiga, originaire du nord-ouest de la Côte d’Ivoire. Mais ses souvenirs sont intacts. « Je sais ce que Houphouët pensait de chacun des politiques ivoiriens actuels », dit-il, comme une menace.

Il fait sa première campagne en 1980, à la demande du chef de l’État, pour défendre son clan. Le président a été contraint de mettre fin au parti unique et, pour la première fois, il est ouvertement contesté par un opposant nommé Laurent Gbagbo. « Je ne voulais pas faire de la politique, jure-t-il, mais ça m’a toujours rattrapé. » Il devient conseiller municipal de Cocody. À l’époque, pourtant, c’est de prospérité qu’il rêve : il veut devenir homme d’affaires. Il se lance dans le cacao, la richesse nationale, et monte une société d’import-export.

Missions délicates

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C’est un homme de Ouattara. Il estime n’avoir de comptes à rendre à personne d’autre. Cela agace beaucoup en interne

Sa rencontre avec Alassane Ouattara, par l’intermédiaire de sa femme, Dominique, le replonge définitivement dans la marmite politique. De la création du Rassemblement des républicains (RDR), en 1994, à l’accession au pouvoir, les deux hommes ne se quitteront plus. À Ouattara, Amon-Tanoh apporte sa droiture et ses réseaux historiques. Originaire de Jacqueville, à l’ouest d’Abidjan, par sa mère, et d’Aboisso, à l’est, par son père, il est un notable du Sud dans un parti essentiellement dirigé par des hommes du Nord.

Intransigeant et fidèle, il est ainsi depuis toujours l’intermédiaire idoine entre Ouattara et les caciques de l’ancien parti unique. Depuis la recrudescence des tensions entre le président et son aîné, Henri Konan Bédié, en 2017, il a plusieurs fois pris la route de Daoukro, fief du patron du PDCI. « Je crois que les deux chefs avaient confiance en moi. Ils savaient que je passais fidèlement les messages, même lorsqu’ils étaient difficiles à transmettre. » Depuis la rupture entre Bédié et Ouattara, il y a un an, Amon-Tanoh n’a plus vu l’ancien président, mais lui a parlé au téléphone deux ou trois fois.

Ces missions délicates, Marcel Amon-Tanoh en a l’habitude. Sous Laurent Gbagbo, dans les années 2000, il déjeunait parfois à la table du président socialiste et transmettait des messages de Ouattara. Alors ministre mais opposant, il avait pour lui la bienveillance du chef de l’État, qui l’avait connu sur les bancs de la fac. Gbagbo avait été son professeur à l’université Félix-Houphouët-Boigny. Marcel Amon-Tanoh est ainsi : il maîtrise les réseaux personnels bien mieux que les appareils.

Rares sont les personnalités aussi puissantes à s’attirer autant de critiques dans leur propre camp. « C’est un homme de Ouattara. Il estime n’avoir de comptes à rendre à personne d’autre. Cela agace beaucoup en interne », estime un membre du parti présidentiel. « Sans atomes crochus » avec Hamed Bakayoko, le ministre de la Défense, selon un bon connaisseur des deux hommes, souvent en concurrence avec le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly (lire encadré), il a peu de soutiens au sein du RHDP.

Les cadres du parti reconnaissent l’efficacité de celui qui a piloté la présidence ivoirienne du Conseil de sécurité des Nations unies. Mais rappellent à l’envi les grèves du personnel du ministère qui ont entaché le début de son règne aux Affaires étrangères, les grincements de dents en interne lors des promotions accordées à ses amis, notamment son directeur de la communication, Marc-Antoine Assé, ou encore la pression qu’il met sur ses équipes. « Il est extrêmement exigeant et aime le travail bien fait », rétorquent ses soutiens, qui le voient comme un homme « dur mais juste ».

À l’approche de l’élection présidentielle, certains cadres de sa famille politique ne se privent pas d’appuyer où cela fait mal. Longtemps chargé de la mobilisation au sein de son parti, Marcel Amon-Tanoh avait été l’une des rares figures de la majorité à ne pas être élu député en 2011. Cinq ans plus tard, sa candidature aux législatives dans son fief familial d’Aboisso avait finalement été retirée par le parti présidentiel. Mais Marcel Amon-Tanoh le sait : il y a d’autres moyens d’occuper le devant de la scène.

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