Dialogue interreligieux

« Lorsque nous travaillons pour les âmes, nous ne pouvons user que de persuasion et d'amour... Nous ne pouvons rien faire tant que nous n'avons pas persuadé les gens autour de nous qu'ils sont aimés... » (Cardinal Lavigerie, 1885)

« Nous croyons qu'en toute religion il y a une secrète présence de Dieu, des semences du Verbe qui reflètent un rayon de sa lumière... » (Chapitre 1967)

« Nous célébrons et partageons cette vie avec Dieu lorsque nous allons à la rencontre des cultures et des religions... nous réjouissant de la foi vivante de ces croyants et les rejoignant dans leur quête de la Vérité, cette Vérité qui nous rend tous libres. » (Chapitre 1998)

Missionnaires, nous sommes appelés à faire les premiers pas pour rencontrer les personnes, qu'elles que soient leurs convictions, leur religion.

Au Burkina Faso, cette réalité se traduit surtout dans la rencontre respectueuse et évangélique avec les adeptes des religions traditionnelles et avec les musulmans.

Dans cette rubrique, nous étudierons divers aspects de ces religions, particulièrement de l'islam.

L’IBLA, un dynamisme nouveau dans une Tunisie nouvelle

(Petit Echo n° 1084)

 

Créé en 1926 à Bou Khris (près de La Marsa) par les Pères Blancs, l’Institut des Belles Lettres Arabes, IBLA, est né de la volonté de mieux connaitre et promouvoir la culture tunisienne dans tous ses aspects. Il s’intéresse ainsi aux sciences humaines et sociales en Tunisie et, plus largement, dans le monde arabe. Sa mission est d’encourager l’ouverture intellectuelle en Tunisie, tout en développant le dialogue interculturel et interreligieux, dans le but de parvenir à la compréhension mutuelle et à la paix.

L’IBLA s’installe dans son siège actuel en 1932, à proximité de la médina de Tunis, où il s’intègre progressivement dans la société tunisienne. La partie de formation en langue arabe classique et islamologie est transférée à La Manouba en 1949, puis à Rome en 1964 pour devenir l’Institut Pontifical d’Études Arabes et d’Islamologie (PISAI). Cependant, le fonds documentaire reste à Tunis où il sert depuis des décennies de source académique et intellectuelle aux chercheurs universitaires et autres, à travers une Bibliothèque de Recherche. En 2010, elle comptait plus de 34 000 titres et 600 revues, ainsi que 130 000 références dans son catalogue. Cette même année, il y avait 430 chercheurs inscrits, pour la plupart des universitaires tunisiens en études de master ou doctorat, ainsi que des professeurs. Parallèlement, l’IBLA développe d’autres activités, avec notamment la Revue IBLA. Fondée en 1937, elle s’intéresse aux sciences humaines et sociales en Tunisie et est la plus ancienne des revues existant à ce jour en Tunisie. Elle entretient aujourd’hui des échanges avec une centaine d’institutions dans le monde, ce qui nourrit la Bibliothèque de Recherche. A partir des années 1950, l’IBLA ouvre également ses portes aux adolescents des quartiers populaires avoisinants et crée progressivement une Bibliothèque des Jeunes. Il s’agit de leur offrir un espace chaleureux et un accompagnement bienveillant pour les soutenir dans leurs études.

Le 5 janvier 2010, un dramatique incendie emporte le directeur de la Bibliothèque de Recherche, le Père Gian Battista Maffi (PB), et entraine aussi la perte de la moitié de la documentation ainsi que d’importants dégâts au bâtiment. Une grande vague de solidarité se manifeste alors en Tunisie et à l’étranger, aussi bien de la part d’individus que d’institutions, tel que le Ministère de la Culture de Tunisie, l’Institut Français en Tunisie, la Bibliothèque Nationale et l’Institut du Monde Arabe à Paris, ou encore diverses ambassades. À Tunis, la Bibliothèque Nationale et les Archives Nationales ont restauré environ 160 ouvrages anciens. Nous avons lu cela comme un signe des temps, nous aidant à discerner l’importance de notre action. Cela nous a ainsi encouragés à fournir tous les efforts possibles pour relancer les activités de l’IBLA et répondre de cette façon aux besoins exprimés par les milieux dans lesquels nous œuvrons. C’est grâce à ces multiples soutiens que l’IBLA a entamé sa restauration et a rouvert officiellement les portes de sa Bibliothèque de Recherche en octobre 2014. Depuis, c’est l’action dédiée aux adolescents qui est progressivement relancée, à travers un nouvel Espace Jeunes, qui vise à favoriser le développement intégral de leur personne. Quant à la Revue IBLA, elle a continué rigoureusement ses activités, malgré les temps difficiles que l’Institut a traversés.

L’IBLA est animé par des Pères Blancs provenant de divers pays et travaillant main dans la main avec les Tunisiens et toute autre personne. Pour cela, ils apprennent le dialecte tunisien et se spécialisent pour certains en islamologie et langue arabe classique. L’IBLA se veut ainsi un lieu de rencontre, de dialogue et d’échanges, un espace de respect et de connaissances partagées où chacun, quel que soit son pays, sa culture ou sa religion, puisse en même temps être acteur et récepteur. Il répond de cette façon à la mission de l’Eglise au Maghreb, qui a à cœur d’apporter sa part à la vie culturelle et intellectuelle ainsi qu’à la construction de la société. Par sa modeste présence et ses activités, l’IBLA contribue ainsi à renforcer l’ouverture intellectuelle, interculturelle et interreligieuse et à promouvoir le vivre-ensemble.

 
Une étagère de la Bibliothèque

A présent, l’IBLA souhaite plus que jamais être ce pont entre les cultures et les religions, entre le savoir des livres d’hier, la richesse du monde intellectuel d’aujourd’hui et l’énergie de la jeunesse qui prépare demain. La Bibliothèque de Recherche recouvre progressivement son fonds documentaire et compte actuellement près de 24 000 titres ainsi que des centaines de périodiques. Plus de 500 chercheurs se sont inscrits depuis sa réouverture en octobre 2014. Des conférences viendront bientôt enrichir les activités de l’IBLA, qui entend ainsi participer activement à la vie intellectuelle et culturelle en Tunisie. L’Espace Jeunes est, quant à lui, en pleine relance. Environ 80 adolescents participent depuis 2016 aux cours de soutien scolaire en anglais et en français. Ils trouvent en l’IBLA un espace de calme et de confiance où étudier, socialiser et enrichir leur quotidien. Après la fin des travaux de rénovation de l’Espace Jeunes, d’ici l’été 2017, de nouvelles activités vont aussi voir le jour : ateliers informatiques et artistiques, nouvelle bibliothèque jeunes ou encore projections et débats. Au-delà de la dimension éducative, ces activités permettent de tisser des liens avec les familles des quartiers avoisinants, dont la majorité vit dans la pauvreté et la précarité. Cela permet aussi de servir la mission de rencontre, de dialogue et de solidarité avec les personnes vivant en périphéries existentielles. Enfin, la Revue IBLA, sous la direction du M. Faouzi Bedoui et de son comité de rédaction entièrement tunisien, a fêté ses 80 ans avec un stand et une table ronde organisée le 26 mars 2017 à la Foire Internationale du Livre de Tunis (qui s’est tenue du 24 mars au 2 avril 2017). C’est grâce au travail bénévole et dévoué du comité que la Revue poursuit ses activités avec son esprit de rigueur et de bienveillance, promouvant ainsi les cultures tunisienne et arabo-musulmane.

Aujourd’hui, l’équipe de l’IBLA comprend le Directeur, Père Bonaventura Mwenda (PB) ; le gestionnaire financier, Père Ismaël Mendez Almaguer ; Père André Ferre (PB) ; Père Robbin Simbeye (PB) ; les stagiaires Calvin Akunga (PB) et Simon Ouedraogo (PB) ; le directeur de la Revue, M. Faouzi Bedoui ; l’aide-bibliothécaire et coordinatrice éditoriale de la Revue IBLA, Mme Nadia Jlassi ; l’aide-bibliothécaire, Mme Asma Dellai ; la rédactrice de projets, Mme Lucie Jacquet, et l’employée de maison, Mme Arbia Alaoui.

 
L’équipe de l’IBLA

Dans une Tunisie post-Révolution, l’IBLA essaie de s’adapter pour continuer à accompagner au mieux l’évolution de la société, comme il a su le faire depuis 1926. De nombreux défis restent encore à relever : actualiser le fonds documentaire de la Bibliothèque de Recherche, maintenir la rigueur scientifique de la Revue IBLA, malgré la baisse du niveau académique en Tunisie, répondre aux besoins d’une jeunesse rencontrant des difficultés à trouver sa place dans la société, accompagner les Tunisiens à vivre leur liberté (houriyya) et leur libre-arbitre (ikhtiyar), intégrer les nouvelles technologies dans les activités de l’IBLA ou encore faire face aux dépenses de fonctionnement de l’Institut. Pour cela, l’IBLA s’appuie sur son réseau et développe ses relations dans le quartier et le milieu académique, tout en recherchant des partenaires et bienfaiteurs au niveau national et international. En ces temps de renouveau, rencontres et dialogues restent le gouvernail de l’IBLA, puisque c’est à travers cela que son action trouve tout son sens.

Bonaventura Benjamin MWENDA,
directeur de l’IBLA.

En finir avec les idées fausses sur l’islam et les musulmans (Compte-rendu)

 

Omero Marongiu – Perria: En finir avec les idées fausses sur l’islam et les musulmans. Les Éditions de l’Atelier/ Éditions Ouvrières, Ivry-sur-Seine, 2016, 222pp.

L’auteur, qui est spécialiste de l’islam français, s’attaque dans ce petit livre à plus de quatre-vingts idées fausses, amalgames, approximations et rumeurs par lesquels la religion musulmane est couramment stigmatisée dans le grand public et même par certains médias.

L’objectif du livre n’est pas de faire la promotion de l’islam… et encore moins de prétendre que les musulmans et leur religion sont exempts de tout jugement” dit l’auteur dans la Préface. Il veut, par contre, déconstruire ces nombreux discours stéréotypes venant de certains politiques et intellectuels, qui véhiculent toutes sortes de confusions au sein de la société, liant l’islam bien souvent à la barbarie et à la violence. Beaucoup de préjugés, ignorance et erreurs sont ainsi à l’origine de toutes les méprises et même du rejet de l’islam aujourd’hui dans beaucoup de milieux de notre société.

Les questions traitées dans ce livre sont groupées sous huit chapitres : l’islam et les musulmans en général; statut du Coran; relations entre l’islam et les pays occidentaux; rapports hommes/femmes; vie quotidienne; place de la religion dans la laïcité; histoire et géopolitique; violence et intolérance.

Il est frappant de constater à travers ces questions qu’on se figure sans cesse l’islam comme une réalité unique, alors que la religion musulmane comptabilise environ un milliard sept cents millions d’individus. Jamais il n’a existé qu’un seul islam, depuis son avènement jusqu’à nos jours. Les musulmans se sont également depuis toujours mélangés à des populations et des traditions religieuses dans les différents continents. C’est pourquoi il est totalement injuste de réduire cette vaste histoire multiséculaire à la frange islamiste ou salafiste de l’islam d’aujourd’hui ou encore à la percevoir à travers le prisme de l’islam arabe, qui représente à peine 20 % de la totalité des musulmans.

Un autre danger est de faire l’amalgame de l’islam avec des musulmans intégristes ou des comportements de certains prosélytes religieux agressifs, qui n’auraient comme objectif que de faire triompher la chari’a en Europe.

L’islam, comme d’ailleurs toutes les religions, est loin d’être un bloc homogène. Toutes les enquêtes, sondages et études du terrain confirment la  diversité des manières de vivre son islamité dans les familles musulmanes. La plupart ont un rapport très personnel à leur religion d’autant plus qu’ils n’ont pas un magistère religieux unique qui leur indiquerait la manière de croire et de pratiquer l’islam.

D’ailleurs les musulmans ne se définissent pas seulement à travers le seul prisme de la religion et n’ont qu’une aspiration, à savoir de vivre tout simplement leur vie de citoyen et de s’épanouir comme tout un chacun.

Ce petit livre fait donc, à travers ces nombreuses questions – réponses, le tour de l’islam dans toute sa diversité et parfois sa complexité. Les questions concernent aussi bien l’Islam ( avec majuscule) comme vaste civilisation que l’islam ( avec petit i ) comme religion. Tous deux forment un monde qui est très divers et qu’il faut interpréter avec beaucoup de nuances.

Quant aux réponses, on aurait pu attendre parfois un peu plus de références aux sources de l’islam, venant non seulement du Coran mais aussi du droit islamique et surtout des hadiths. Ces trois sources constituent bien les bases essentielles de l’islam et sont déterminantes pour les attitudes et les comportements pour la grosse majorité des musulmans

Mais, par ailleurs, on trouve certainement dans ce travail, sans tomber dans une apologétique stérile,  un ensemble important de données qui répondent avec clarté et dans un langage simple aux questionnements de tous ceux qui veulent mieux s’initier à une connaissance plus profonde de cette religion.

Hugo Mertens

Dialogue interreligieux: l’identité et l’histoire doivent être acceptées

 

Il est parfois tentant dans le dialogue de faire fi du passer, de vouloir repartir à zéro, pour éviter le poids d’une histoire parfois difficile à gérer. Or, cette histoire fait partie de notre identité. Et pour que le dialogue puisse se vivre, il est nécessaire que les interlocuteurs puissent être eux-mêmes.

Prenant l’exemple des juifs du Maroc, l’historien Marc Knobel développe cette idée:

« S’il te plaît, dis-moi qui tu es? Qui es-tu? »… Une simple question qui fait de nous des êtres humains, en conscience, de ce que nous sommes. Mais, ce que nous sommes n’est-il pas le fruit de tout ce qui fut, comme des touches à l’infini, construisant ainsi notre vie et nous reliant en mémoire à ce que nous fûmes et ce que nous sommes? […] Le passé ne passe plus, ne passe pas. […] Qu’est-ce qui est vrai dans les récits que nous entendons, les uns et les autres? Comment déforme-t-on les choses? Comment amplifie-t-on certaines choses? Qu’entendons-nous de ce qui fut, lorsque l’on nous raconte ce qui fut? À toutes ces questions, je réponds qu’il faut toute l’érudition de l’historien pour nous dire vraiment ce qui a été. Il ne s’agit pas d’inventer/enjoliver une histoire/l’histoire de… mais de retracer les faits et de les analyser. Et, surtout de ne pas nier, de ne pas nier qu’il y eut, qu’il fut, que cela a été, et que des ruines du passé, nous pourrons rendre hommage et (re)construire.

Lire l’article de Marc Knobel: Lorsque la splendide ville d’Essaouira célèbre son judaïsme, HuffPost Maroc, 31/10/17

Élimination de toutes les formes d ’intolérance religieuse (Nations Unies – Assemblée générale, 28/08/17)

 

 

Rapport d’activité du Rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de conviction (pdf, 28 p.)

 

Résumé
Le présent rapport du Rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de conviction, Ahmed Shaheed, donne un aperçu des activités qu’il a menées au titre de son mandat depuis qu’il a pris officiellement ses fonctions en novembre 2016.
Le Rapporteur spécial met en évidence la montée de l’intolérance religieuse dans le monde et examine l’écart entre les engagements internationaux pris pour combattre les actes d’intolérance et les pratiques nationales. Il engage les pays à utiliser davantage les mécanismes des Nations Unies pour lutter contre l’intolérance religieuse et conclut par des recommandations que les États, les dirigeants religieux, la société civile et les médias devraient envisager pour promouvoir et protéger la liberté de religion ou de conviction.

Table des matières
 
I. Activités du Rapporteur spécial- p.4
II.Introduction-p. 4
III.Tendances générales et manifestations spécifiques de l’intolérance religieuse-7
A.Discrimination fondée sur la religion ou la conviction, en droit ou dans la pratique-9
B.Lois réprimant le blasphème et l’apostasie-10
C.Intolérance religieuse: acteurs non étatiques-12
D.Instrumentalisation de la religion ou de la conviction à des fins sécuritaires-13
E.Politisation de la religion ou de la conviction-15
IV.Rappel du cadre et des outils juridiques internationaux permettant de combattre l’intolérance religieuse-15
A.Cadre juridique international-15
B.Résolution 16/18 et Processus d’Istanbul «Au cœur de l’Asie»-17
C.Plan d’action de Rabat-18
D.Nouveaux outils et processus-19
V.Évaluation de la mise en œuvre par les mécanismes des Nations Unies chargés des droits de l’homme-19
A.Application de la résolution 16/18-p.20
B.Examen périodique universel-21
VI.Conclusions et recommandations.-25

Exposition: du 24 oct. au 21/01/18 :
Lieux saints partagés

 

Du 24 octobre 2017 au 21 janvier 2018, le Musée national de l’Histoire de l’Immigration au Palais de la Porte dorée (Paris) présente l’exposition itinérante « Lieux saints partagés« , qui a déjà été montrée au Mucem de Marseille (2015) et au musée du Bardo à Tunis (2016). Elle a été récrite et réadaptée pour les besoins du lieu et présente ainsi certaines nouveautés.

Une exposition qui fait du bien
« Nous le savons, il y a beaucoup de tensions dans la société française qui ont pour origine les questions religieuses. Malheureusement, il y a des discours de séparation et de haine alors qu’il existe des espaces de partage et de circulation » explique l’historien Benjamin Stora. Le président du Conseil d’orientation du musée de l’Histoire de l’immigration explique que le rôle de son établissement est de « faire connaitre les autres, de faire connaitre l’étranger, de faire connaitre les immigrés, de faire connaitre leurs cultures pour atténuer les préjugés négatifs. On montre les possibilités d’harmonie sans naïveté parce qu’il a existé et existent des situations de conflit et on le montre ». Lire la présentation détaillée de l’exposition: « Lieux saints partagés : une ode à la coexistence des cultes » par Samba Doucouré, Saphir News, 27/10/17

ou consulter la page officielle de l’exposition « Lieux saints partagés. Coexistences en Europe et en Méditerranée » sur le site du MNHI