Dialogue interreligieux

« Lorsque nous travaillons pour les âmes, nous ne pouvons user que de persuasion et d'amour... Nous ne pouvons rien faire tant que nous n'avons pas persuadé les gens autour de nous qu'ils sont aimés... » (Cardinal Lavigerie, 1885)

« Nous croyons qu'en toute religion il y a une secrète présence de Dieu, des semences du Verbe qui reflètent un rayon de sa lumière... » (Chapitre 1967)

« Nous célébrons et partageons cette vie avec Dieu lorsque nous allons à la rencontre des cultures et des religions... nous réjouissant de la foi vivante de ces croyants et les rejoignant dans leur quête de la Vérité, cette Vérité qui nous rend tous libres. » (Chapitre 1998)

Missionnaires, nous sommes appelés à faire les premiers pas pour rencontrer les personnes, qu'elles que soient leurs convictions, leur religion.

Au Burkina Faso, cette réalité se traduit surtout dans la rencontre respectueuse et évangélique avec les adeptes des religions traditionnelles et avec les musulmans.

Dans cette rubrique, nous étudierons divers aspects de ces religions, particulièrement de l'islam.

Asia Bibi aurait-elle défendu la loi anti-blasphème ?

Asia Bibi, le visage des chrétiens persécutés, la femme accusée de blasphème par des musulmans qui a courageusement survécu à 9 ans de prison au Pakistan et goûte depuis 2019 à la liberté retrouvée au Canada, revient sur ce qu’elle a vécu de façon inattendue. Dans une interview à Voice of America urdu, ses propos – rapportés par le quotidien La Croix – laissent perplexe.

Source: Asia Bibi défend la loi anti-blasphème – Reforme.net, Claire Bernole, 04.09.20

Suite à ces propos, l’Aide à l’Église en Détresse a publié cette mise au point sous forme de communiqué de presse.

Communiqué de presse: Lors d’une émouvante interview vidéo accordée à la fondation Aide à l’Église en Détresse, Asia Bibi a lancé un appel au Premier ministre pakistanais Imran Khan afin qu’il modifie la loi sur le blasphème et protège les minorités. Elle a rappelé le drame de nombreuses mineures pakistanaises actuellement kidnappées, converties et mariées de force et qui obtiennent rarement justice.

La chrétienne pakistanaise, symbole de la souffrance causée par la persécution anti-chrétienne dans le monde, a été jointe par appel vidéo dans sa résidence canadienne actuelle par le directeur de l’AED en Italie, Alessandro Monteduro. A l’évocation des jeunes filles Huma Younus et Maira Shahbaz, victimes d’abus, dont la fondation défend les causes grâce à une campagne de sensibilisation constante dans les médias, Asia Bibi a déclaré : « Je sais que ces filles sont persécutées et je lance un appel au Premier ministre du Pakistan Imran Khan : aidez nos filles, s’il vous plaît, car aucune d’entre elles ne doit souffrir !  »

Autre question évoquée, particulièrement sensible et revenue ces jours-ci à l’attention des médias internationaux : celle de la loi dite anti-blasphème. Selon le Rapport pour la Liberté Religieuse publié par l’AED, la loi dite « sur le blasphème », introduite en 1986 dans le Code pénal pakistanais – articles 295 B, 295 C, 298 A, 298 B, 298 C – restreint sérieusement la liberté de religion et d’expression. Profaner le Coran et insulter le prophète Mahomet sont deux infractions respectivement punissables d’une peine maximale d’emprisonnement à vie ou de la peine de mort. Dans la vie quotidienne, ces lois sont souvent utilisées comme un outil pour persécuter les minorités religieuses. Ce sont ces mêmes lois en vertu desquelles Asia Bibi, mère de cinq enfants, a été emprisonnée de 2009, jusqu’à ce que la Cour suprême du Pakistan l’acquitte en octobre 2018.

Appel d’Asia Bibi à défendre les minorités

« Au moment de la fondation du Pakistan et de sa séparation d’avec l’Inde, le fondateur Ali Jinnah, dans son discours d’ouverture, a garanti la liberté religieuse et la liberté de pensée à tous les citoyens », a rappelé Asia, poursuivant :  » Aujourd’hui, certains groupes utilisent les lois existantes et je lance un appel au Premier ministre du Pakistan, en particulier pour les victimes de la loi sur le blasphème et pour les filles converties de force, afin de protéger et de défendre les minorités qui sont aussi pakistanaises. En tant que victime, je donne mon exemple : j’ai beaucoup souffert et connu de nombreuses difficultés, aujourd’hui je suis libre et j’espère que cette loi pourra être soumise à des modifications qui interdisent tous ses abus « .

« Chaque jour, je prie le chapelet »

Au cours de l’interview vidéo (voir ici l’intégralité de la vidéo en Italien sous titrée en anglais et ici le script traduit en français), Asia Bibi a également parlé de sa relation avec le pape François : « J’ai deux dizainiers donnés par le Saint-Père  » dit-elle. « L’un est resté au Pakistan et l’autre est toujours avec moi. Chaque jour, je prie le chapelet pour la foi et pour les personnes persécutées au Pakistan. Je remercie le Saint-Père François et le Pape Benoît qui sont intervenus pour moi et je vous remercie, l’Aide à l’Eglise en Détresse, et aussi beaucoup d’autres qui ont prié pour moi.  »

Alessandro Monteduro, au nom de l’AED, a ensuite invité Asia Bibi et sa famille à Rome, invitation qui a été immédiatement accueillie avec joie : « J’ai un profond désir de venir visiter Rome et, si possible, de rencontrer le Saint-Père », a répondu Asia, qui a ajouté qu’elle priait « pour le Pape François qui nous soutient dans la foi ».

La chrétienne pakistanaise a ensuite conclu en s’adressant aux bienfaiteurs de la fondation pontificale : « Je suis reconnaissante à l’Aide à l’Eglise en Détresse et à tous les bienfaiteurs de l’AED qui, en Italie et dans toutes les parties du monde, soutiennent des personnes persécutées comme moi, à cause de leur foi.  »

NB : Selon des sources proches d’Asia Bibi, l’interview de la chrétienne pakistanaise publiée la semaine dernière sur une chaîne de télévision américaine (Voice of America) ne fournit pas l’intégralité de sa pensée. « L’interview entière a duré au total 45 minutes et a été réduite à dix minutes, il est tout à fait possible qu’elle ne reproduise pas fidèlement ses pensées », a déclaré une source de l’AED. « Ces derniers jours, il y a eu beaucoup de mauvaises interprétations de ce que Asia Bibi voulait dire ainsi que de très graves accusations, même sur des choses qu’elle n’a jamais dites », a ajouté le partenaire de l’AED qui a pu parler à Asia Bibi et expliquer les réactions que la vidéo a provoquées tant au Pakistan que dans le reste du monde : « Asia Bibi ne savait rien de ce qui se passait et elle en est désolée. Elle pense que l’édition abrégée a pu être mal interprétée et fournir une adaptation confuse et erronée de ses déclarations.  »

Source: PAKISTAN: Asia Bibi en appelle au premier MinistreMareil-Marly, AED, 08.09.20.

Abattage rituel : pourquoi l’avocat général de la CJUE donne raison aux associations juives et musulmanes |SaphirNews

Dans un avis rendu public jeudi 10 septembre, l’expert stipule que le décret flamand édicté en 2017 par le ministère flamand du Bien-être animal et entré en vigueur en janvier 2019 est contraire à la réglementation du droit européen. « L’avocat général Hogan propose à la Cour de déclarer que la législation flamande interdisant l’abattage d’animaux sans étourdissement, y compris pour les méthodes particulières d’abattage prescrites par des rites religieux, n’est pas autorisée par le droit de l’Union » […]

L’association GAIA (Groupe d’action dans l’intérêt des animaux), l’une des principales associations de défense des animaux en Belgique, a elle aussi fait savoir qu’elle ne se résignait pas. « Cet avis est naturellement décevant, mais il n’y a pas mort d’homme. Il est fréquent que la CJUE ne suive pas l’avis de l’avocat général. Le dernier mot revient à la Grande Chambre de la Cour de justice, dont l’arrêt est attendu pour la fin de l’année », assure Anthony Godfroid, l’avocat de l’association.

Source : Abattage rituel : pourquoi l’avocat général de la CJUE donne raison aux associations juives et musulmanes, Myriam Attaf, Saphir News,12.09.20

Le voile ou le choc des représentations – Comment le hijab a pris des qualités spirituelles qu’il n’a pas |SaphirNews

Ce dernier article conclue la série de trois articles qui reviennent sur la complexité des interprétations intellectuelles, religieuses et sociales liées au port du voile.

Dans le premier volet, nous avons tenté de démontrer que les représentations autour du voile s’inscrivaient dans des histoires et des psychosociologies fort différentes.[…] A contre-courant d’une libération des corps et des mœurs, le voile renverrait à des reliquats d’un ordre social archaïque et patriarcal

Puis, dans un deuxième volet, nous avons tenté de déconstruire les préjugés, sur le voile et sur les femmes voilées[…]

De manière à dresser un panorama assez global de la question, il convient aussi de faire une critique du discours musulman (entendu comme discours des différents acteurs du champ islamique). Nous allons donc pointer dans cette dernière partie les incohérences dans le discours des imams, des prédicateurs, voire même des théologiens.

Lire la suite: Le voile ou le choc des représentations – Comment le hijab a pris des qualités spirituelles qu’il n’a pas, SaphirNews, Djilali Elabed, 11.09.20

Informer pour sauver les jeunes pakistanaises enlevées et converties de force |VaticanNews

L’antenne française d’Aide à l’Église en détresse (AED) sensibilise au sort de Maira Shabbaz, une jeune Pakistanaise de 14 ans enlevée en avril puis convertie à l’islam et apparemment prostituée par son ravisseur, serait parvenue à s’échapper.

Entretien réalisé par Marie Duhamel – Cité du Vatican

Chaque année, environ un millier de jeunes filles chrétiennes, mais aussi sikhs et hindous, sont enlevées puis converties à l’islam et mariées de force, selon la commission Justice et Paix de la conférence épiscopale pakistanaise. À Paris, l’AED sensibilise au sort de ces mineures âgées de six à quatorze ans, afin qu’elles ne disparaissent pas dans l’oubli.

Journaliste à l’Aide à l’Église en détresse, Thomas Oswald suit en particulier le parcours de Maira Shabbaz.… Lire la suite et écouter l’entretien avec Thomas Oswald: Informer pour sauver les jeunes pakistanaises enlevées et converties de force, VaticanNews, 03/09/20

Voir aussi: « Les jeunes chrétiennes pakistanaises n’ont personne pour les soutenir », La Croix Africa, Claire Lesegretain, 02.09.20

Qui sont les « radicalisés » au cœur de l’attention médiatique? |The Conversation

Détenus radicalisés, déradicalisation, prévention de la radicalisation, mais aussi « gilets jaunes » radicalisés, radicalisation de la CGT ou des anti-masques… Rares sont les notions qui, à l’instar de celle de radicalisation, ont réussi à se hisser en peu de temps au rang de best-seller politico-médiatique.

Clément BeunasUniversité de Lille

Tandis que s’ouvre ce mercredi 2 septembre le procès des auteurs de l’attentat contre le journal Charlie Hebdo (janvier 2015), il semble pertinent de revenir sur les termes « radicalisation » et « radicalisés », qui ont transcendé les lignes éditoriales et les oppositions politiques et connu une véritable explosion depuis 2015.

En 1999, seuls 184 articles de presse mentionnaient le terme radicalisation. En 2016, ils étaient plus de 10 000.

Une notion qui recouvre des groupes hétérogènes

Cette notion a été très utilisée en 2015 dans un contexte post-attentats et son déclin relatif à partir de 2017, ne l’empêche pas d’être mentionné encore dans un nombre d’articles particulièrement élevé. En moyenne, en 2019, pas moins de 17 articles évoquaient le terme chaque jour.

Que recoupe une notion utilisée pour désigner des individus aussi hétérogènes que des manifestants anticapitalistes, des auteurs d’attentats, des responsables syndicaux ou des musulmans soupçonnés de rigorisme ?

Si elle a pu se développer au point de faire figure d’évidence, c’est que la radicalisation remplit certaines fonctions. En tout état de cause, celles-ci ne résident guère dans sa faculté à éclairer le réel.

Pour répondre à cette question, sans doute est-il utile de déplacer légèrement la focale et de s’intéresser aux usages du terme « déradicalisation ». Le champ médiatique, qui a largement contribué à son essor, fournit à cet égard un formidable matériau d’analyse. L’étude d’un corpus d’un millier d’articles de presse, d’émissions de télévision et de déclarations politiques ayant mentionné le terme entre 2009 et 2019 permet de relever quelques-uns des soubassements de la notion.

Le radicalisé : musulman, jeune, aliéné

Certes, radicalisation et déradicalisation ne sont pas identiques. En réalité, ces termes ne sont pas même antonymes. Le premier en effet repose sur l’idée d’une trajectoire, et implique le passage d’un état à un autre.

Le second quant à lui est devenu synonyme de prise en charge par l’État des individus jugés radicalisés.

Or, c’est précisément parce qu’il synthétise le mieux les ambitions étatiques d’extraction de la radicalisation que l’étude de ce terme permet de distinguer, au sein de l’immense masse des discours consacrés à la radicalisation, les publics que l’on ambitionne de corriger et de discipliner. En effet, la notion masque en son sein deux archétypes distincts.

À l’ancienne figure du radical, utilisée pour désigner les opposants politiques traditionnels, s’est désormais ajoutée celle du radicalisé. Celle-ci partage trois caractéristiques principales : elle est généralement présentée comme musulmane, jeune et aliénée.

Le champ lexical de la jeunesse

Sur les 211 sujets télévisés ayant titré sur la déradicalisation entre 2009 et 2019, 210 sont spécifiquement consacrés à l’islam. Ce chiffre éloquent atteste du fait que derrière la relative polysémie des discours dénonçant la radicalisation de groupes ou d’individus hétéroclites, les publics faisant l’objet d’une ambition de traitement sont quant à eux considérablement plus restreints.

Pour autant, ces ambitions de réhabilitation ne ciblent pas uniquement les auteurs d’attaques revendiquées par des organisations djihadistes. Elles visent également les individus soupçonnés d’être attirés par ces mouvances.

Dès lors, ces discours ne s’intéressent pas uniquement à la perpétration d’actes violents, mais également aux formes que prend l’islam dans l’espace public – ce qui est généralement qualifié péjorativement de communautarisme. Les questions du passage à l’acte terroriste et de la pratique d’un islam jugé déviant ont ainsi largement fusionné, la radicalisation servant de passerelle analytique permettant de lier l’un à l’autre.

Sans doute moins intuitif, les discours consacrés à la déradicalisation ont également en commun d’utiliser massivement le champ lexical de la jeunesse.

De fait, les qualificatifs « jeune » et « radicalisé » se superposent et sont souvent interchangeables. Or, cette surreprésentation du lexique de la jeunesse dépasse la seule question de l’âge ; elle vise surtout à signifier l’immaturité des publics visés. Le jeune en effet est celui qui est placé en situation d’irresponsabilité et dont la tutelle dépend d’une figure d’autorité.

Jeunes musulmans soupçonnés influençables, les cibles de ces discours sont également présentées comme mues par des forces les dépassant largement.

Envisager sérieusement la réhabilitation psychique d’un individu repose en effet sur une conception de ce dernier comme un être aliéné et incapable de discernement. En témoigne la forte présence du champ lexical de l’emprise sectaire et de l’embrigadement.

Radicalisé, du participe passé au nom commun

C’est ainsi que l’on a pu voir le terme « radicalisé » partager sa qualité de participe passé, puis d’adjectif, avec celle de nom commun. Il existe désormais, dans le langage politico-médiatique, des radicalisés, définis à la forme passive, par leur seul état d’aliénation supposé.

Ces discours, qui pointent des jeunes désorientés, soumis à une influence néfaste et souvent exogène, ont deux effets majeurs. D’abord, ils permettent d’éloigner le mal hors des frontières nationales, puisque les jeunes Français, aux propriétés « naturellement saines » mais conjoncturellement déviants, seraient pervertis par le fruit d’une propagande orchestrée de l’extérieur.

Lors d’une conférence tenue en décembre 2014, l’ancien ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve livre un exemple archétypal de cette rhétorique lorsqu’il déclare :

« Aujourd’hui, le terrorisme est, en quelque sorte, en accès libre. La stratégie suivie par nos ennemis vise en effet à rendre la terreur accessible au plus grand nombre. Tirant parti des nouvelles technologies de l’information, ces organisations criminelles cherchent à inoculer le virus du terrorisme dans les esprits, à manipuler certains de nos concitoyens, souvent les plus jeunes et les plus fragiles. »

Dès lors, une telle rhétorique rend souhaitable une opération de réhabilitation qu’il appartient à l’autorité tutélaire de l’État de mener.

Si l’adjectif « radicaux » sert à désigner les groupes militants engagés contre l’État, que l’on réprouve parfois, mais dont on ne conteste que rarement la capacité de discernement, celui de « radicalisé », à la forme passive, a quant à lui été conçu pour désigner une jeunesse musulmane suspectée de s’engager dans le djihadisme.

De cette dichotomie découle une gestion différenciée : si les radicaux, considérés comme engagés dans la violence politique de leur plein gré, peuvent faire l’objet d’un traitement strictement pénal, les radicalisés sont soumis, en plus de cet arsenal répressif, à une ambition de réhabilitation psychique, sociale et morale.

La figure du radicalisé s’est solidement implantée dans le lexique médiatique afin de désigner les jeunes aspirants djihadistes français – ou ceux dont on estime qu’ils pourraient le devenir.

Un moyen commode de disqualifier les opposants

Toutefois, parce qu’il s’agit d’un moyen commode de disqualifier toute opposition suspectée d’agir hors des balises démocratiques, le terme connaît un certain succès et tend à déborder de ses cibles habituelles.

En janvier 2020, le délégué général de La République en marche Stanislas Guerini dénonçait par exemple l’intrusion du siège de son parti par des « manifestants radicalisés ».

Pour autant, ces usages opportunistes et ponctuels ne doivent pas masquer le fait que les importants moyens mis en place par l’État pour juguler la radicalisation ciblent dans leur immense majorité de jeunes citoyens musulmans.

Clément Beunas effectue son doctorat en sociologie sous la direction de Dietmar Loch et Grégory Salle.

Clément Beunas, Doctorant en sociologie, Université de Lille

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