Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Sur la piste des narcotrafiquants : récit d’une saisie record de cocaïne au port de Dakar

| Par - Envoyé spécial à Dakar

Après la saisie d’une tonne de drogue dans le port de Dakar, JA est allé mener l’enquête sur un trafic en pleine expansion malgré les progrès réalisés par les autorités ouest-africaines en matière de lutte antidrogue.

C’est le genre de tuyau qui ne se présente pas souvent dans une carrière. Alors, quand ils ont eu l’information, le 26 juin, les chefs de la douane du port de Dakar sont immédiatement passés à l’action. Ils viennent d’apprendre qu’une importante quantité de cocaïne est cachée dans des Renault Kwid arrivées quarante-huit heures plus tôt à bord du Grande Africa, un « Ro-Ro » de la compagnie italienne Grimaldi parti de Paranagua, dans le sud du Brésil.

Un de leur collègue en a été informé par un « passeur de pièces », ces intermédiaires chargés de faciliter les interminables démarches d’import-export. L’homme, surnommé « Vieux Diop », lui a assuré qu’il avait été embauché pour « sortir » des téléphones portables du port. Mais lorsqu’il a constaté que les sacs cachés dans les coffres des voitures contenaient des briques de poudre blanche, il a pris peur et décidé de tout avouer aux autorités.

Une tonne saisie en 4 jours

Une équipe est envoyée en urgence au Môle 1 du terminal, où stationnent les Renault débarquées du Grande Africa. Sur cette vingtaine de véhicules neufs en transit vers Luanda, quatre sont « infectés » : dans leurs coffres, les douaniers découvrent huit sacs de sport remplis de cocaïne. Il y en a pour 238 kg. « Il y avait des traces de farine dans un cinquième véhicule, mais la marchandise avait disparu », confie une source douanière. La prise est tout de même importante. D’autant qu’elle débouchera sur une seconde saisie, trois jours plus tard, qui fera basculer l’enquête dans une autre dimension.

Dès le lendemain, tous les navires en provenance d’Amérique du Sud et leurs manifestes de cargaison sont répertoriés. Rapidement, un nom ressort : le Grande Nigeria, un autre porte-conteneurs de la compagnie Grimaldi. Lui aussi vient de Paranagua et lui aussi transporte des Renault Kwid, destinées à la même entreprise angolaise que celles du Grande Africa. Il est encore en mer et son arrivée à Dakar est prévue le 29 juin. Le jour J, tandis que le soleil plonge dans l’océan, l’immense roulier blanc et jaune pointe sa proue derrière l’île de Gorée.

Une patrouille de la douane l’attend à quai. Cinq premières Renault sont déchargées. Rien. Ordre est alors donné à trois gabelous de monter à bord pour contrôler les autres véhicules. Dans un coffre, ils trouvent deux sacs remplis de cocaïne. Des renforts sont appelés pour les aider à inspecter l’ensemble des véhicules.

C’est le même réseau, avec la même drogue, le même emballage et le même mode opératoire

Ils découvrent de la poudre blanche dans une quinzaine d’entre eux. Cette fois, la prise est inédite : 798 kg. « C’est le même réseau, avec la même drogue, le même emballage et le même mode opératoire », explique une source policière. Au total, plus d’1 t saisie en quatre jours et un butin estimé entre 70 millions et 120 millions d’euros. Soit la plus grosse prise jamais effectuée au port de Dakar.

Chaîne de responsabilité

coca1

Saisie de 1,3T de cocaïne au port : la drogue évaluée à 50 milliards.1/434 vues"1 juil. 2019
Dakaractu TV HD © Dakar Actu TV/YouTube

 

Très vite, les policiers de l’Office central de répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS) se mettent sur le coup. Plusieurs personnes sont arrêtées et interrogées, notamment des transitaires, des travailleurs du port, ainsi que le commandant italien du Grande Nigeria, un membre de l’équipage et un couple de jeunes Allemands qui voyageaient à bord. À partir de ces auditions et de numéros issus de téléphones qu’ils ont exploités, les agents de l’OCRTIS identifient trois hommes qu’ils considèrent comme les têtes du réseau au Sénégal : Amadou Gueye (le nom a été changé), Ismaïla Ousmane Ba et Ibrahima Thiam, dit « Toubey ».

Tous étaient présents à proximité du port le soir de la première saisie. Le premier, un Sénégalais installé en Italie, a repris l’avion dès le lendemain et est toujours recherché. Le second, un Français d’origine sénégalaise qui fait de l’import-export entre les deux pays, est cueilli le 20 août dans le quartier dakarois de Yoff après la filature d’un de ses « petits ».

coca2

Saisie de 1,3T de cocaïne au port : la drogue évaluée à 50 milliards -
Grand Nigeria1/434 vues»1 juil. 2019Dakaractu TV HD © Dakar Actu TV/YouTube

Vu la quantité de cocaïne saisie, il ne fait aucun doute qu’elle devait finir sur le marché européen

Le troisième, déjà connu des services de police pour son implication dans des trafics de voitures volées, a fini par se rendre quelques jours plus tard après une cavale qui l’a mené en Gambie et en Guinée-Bissau. Finalement, une enquête hors norme, dans les méandres d’un vaste réseau de trafic international de cocaïne qui s’étend du Sénégal à l’Europe en passant par le Brésil. Alertées par Interpol, qui a envoyé une mission à Dakar fin juillet, les polices de plusieurs pays travaillent aujourd’hui sur cette affaire.

« Vu la quantité de cocaïne saisie, il ne fait aucun doute qu’elle devait finir sur le marché européen, probablement en remontant par les différentes routes sahéliennes, poursuit notre source policière. Cela étant, il ne faut pas exclure qu’une petite partie pouvait être destinée au marché sénégalais ou ouest­-africain. »

Une consommation en augmentation en Afrique de l’Ouest

Car l’époque où l’Afrique de l’Ouest n’était qu’une plaque tournante est terminée. En dix ans, la consommation de cocaïne y a fortement augmenté, même si la demande y reste bien moindre que dans les pays européens.

Parfois vendue pure, mais le plus souvent sous la forme plus économique de crack, ces petits cailloux jaunâtres obtenus en mélangeant la cocaïne à du bicarbonate de soude, que l’on retrouve désormais dans les banlieues de Dakar, d’Abidjan ou de Lagos. « Les marchés nord-américain et européen arrivent à saturation. Les producteurs et trafiquants latino-américains cherchent donc de nouveaux marchés. Et l’Afrique en fait évidemment partie », analyse un expert de l’ONU.

Signe que ce stupéfiant circule abondamment sur les côtes ouest-africaines, plusieurs saisies records ont eu lieu ces derniers mois dans la région. À la fin de 2018, 1,2 t de cocaïne cachée dans des engins de chantiers à destination d’Abidjan était découverte dans les soutes d’un bateau à Santos, au Brésil. à la fin de janvier, 9,5 t, dans un bateau panaméen à Praia, au Cap-Vert. Plus récemment, en septembre, la police bissau-guinéenne a annoncé la saisie, en deux temps, de 1,8 tonne.

Tout au long de cette chaîne de complicité, chacun prend son pourcentage sur la cargaison, en cash ou en nature

Selon le dernier rapport annuel de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), la production mondiale de cocaïne n’a jamais été aussi importante : près de 2 000 t en 2017, soit une augmentation de 25 % par rapport à 2016 ; 70 % de cette cocaïne est produite en Colombie. Le reste vient du Pérou et de la Bolivie.

Dans l’affaire du port de Dakar, les enquêteurs estiment que la poudre est bolivienne et qu’elle est arrivée à Paranagua par l’intermédiaire du Paraguay. « Tout au long de cette chaîne de complicité, chacun prend son pourcentage sur la cargaison, en cash ou en nature, détaille encore l’expert onusien. Une fois au Brésil, la cocaïne est prise en charge par des réseaux criminels très structurés et spécialisés dans le trafic, qui s’occupent de l’acheminer à l’étape d’après. »

Un contrôle difficile

La traversée de l’Atlantique est l’un des principaux défis pour ces entrepreneurs de la drogue. S’ils rivalisent d’imagination pour convoyer leur marchandise en Afrique de l’Ouest ou en Europe, ils ont tendance à privilégier les porte-­conteneurs, car ils présentent le triple avantage de la quantité, de la rapidité et de la sûreté. Des monstres des mers, capables de transporter jusqu’à 20 000 conteneurs et de rallier le Brésil au Sénégal en une dizaine de jours.

Nos effectifs ont été un peu renforcés mais, globalement, nous n’avons que nos torches, nos têtes et la baraka

Les trafiquants cachent la poudre dans la marchandise chargée à bord ou utilisent la technique du « rip off », qui consiste à ouvrir un conteneur frauduleusement pour y déposer leurs paquets. « Le défi du contrôle de flux de marchandises par voie maritime est immense, analyse un spécialiste du transport marin. Les bateaux sont de plus en plus gros et de plus en plus nombreux. Les contrôles sont aléatoires et ne portent que sur une infime minorité de conteneurs. Tout le reste passe au travers. »

« Nous ne contrôlons que ce qui descend à Dakar, sauf si nous avons un renseignement sur une marchandise suspecte, comme cela a été le cas avec le Grande Nigeria », abonde un douanier sénégalais.

Face à cette masse de conteneurs qui débarquent chaque jour dans leurs ports, les services de douane et de police font comme ils peuvent. En ciblant les navires grâce à un important travail documentaire réalisé en amont – port de départ, route maritime, pavillon, marchandises transportées… – mais aussi en procédant à des contrôles humains, cynophiles ou techniques, quand c’est possible. « Nos effectifs ont été un peu renforcés mais, globalement, nous n’avons que nos torches, nos têtes et la baraka », ironise un douanier sénégalais qui déplore le manque de scanners mobiles au port de Dakar.

Redoutable corruption

Comme partout ailleurs, la corruption est un autre problème de taille. Et est l’une des armes les plus redoutables des trafiquants. « Il leur suffit de lâcher quelques milliers d’euros pour que les douaniers ferment les yeux sur tel ou tel conteneur, explique un spécialiste de la lutte contre la drogue. Quand on sait l’argent qu’ils brassent, pour eux, ce sont des cacahuètes. »

Les services ont peu de leviers pour contrer ce fléau. Ces dernières années, la DEA, la puissante agence américaine antidrogue, a fait passer au polygraphe les hommes qu’elle formait au Ghana, au Nigeria ou encore au Sénégal. « Cela donne des résultats et aide à faire le ménage. Il y en a qui avouent tout avant même d’avoir été branchés », confie un formateur occidental.

À cela s’ajoute l’absence de pôles judiciaires spécialisés dans le crime organisé, inexistants dans la plupart des capitales ouest-africaines et pourtant déterminants pour lutter efficacement contre ces réseaux mafieux.

Malgré ces nombreux défis, la plupart des observateurs saluent les efforts accomplis par les gouvernements ouest-africains en matière de lutte contre le trafic de stupéfiants. Renforcement des unités spécialisées, meilleure maîtrise des techniques d’enquête, coopération policière et judiciaire accrue entre les pays de la région sur ces affaires… Les progrès sont notables.

« Les récentes saisies montrent que les capacités d’intervention sont là. Chaque tonne de cocaïne interceptée est un grand coup de poing dans la figure des trafiquants, qui leur fait perdre des dizaines de millions d’euros », explique une source haut placée à l’ONUDC. Pour autant, il en faudra plus pour mettre K.-O. les cartels sud-américains.

Tous les moyens sont bons

Les trafiquants sud- américains utilisent de nombreux moyens pour convoyer leur cocaïne de l’autre côté de l’Atlantique : outre les « mules », l’un des plus connus est le système du « mothership » : un grand bateau, qui mouille au large des côtes, dans les eaux internationales, et auprès duquel des petits bateaux de pêche, de tourisme ou des pirogues viennent s’approvisionner.

Les voiliers de plaisance, sur lesquels peuvent être chargés plusieurs centaines de kilos, sont aussi utilisés. Une autre technique est la dissimulation de la cocaïne par des plongeurs contre la coque des bateaux, dans des contenants étanches, qui sont récupérés par d’autres plongeurs au port d’arrivée. Surtout utilisées pour du cabotage le long des côtes, ces cachettes sous-marines le sont moins pour la traversée de l’Atlantique.

Migrations: de plus en plus d’Ivoiriennes victimes de traite d’êtres humains

Alors que les femmes ne représentaient que 8% des Ivoiriens ayant débarqué en 2015, elles représentent 46% du total en 2019.
© REUTERS/Antonio Parrinello

Le nombre de femmes venues de Côte d’Ivoire qui se retrouvent réduites en esclavage dans des pays d’Afrique du Nord et d’Europe est en hausse, alerte l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Joséphine pensait devenir serveuse en Tunisie. Mais à l'arrivée, c'est l'enfer qui attend cette Ivoirienne de 28 ans : surexploitée dans une maison de 4h du matin à 11h du soir, mal nourrie, privée de liberté et de son passeport, victime également de violences sexuelles.

Comme Joséphine, combien sont-elles à subir ces sévices en Tunisie, en Libye mais aussi en Europe ? Au moins plusieurs centaines d'après le communiqué publié vendredi par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) qui s'inquiète de l'explosion du nombre de ces Ivoiriennes. Cette année, et malgré une diminution du nombres de migrants originaires de Côte d'Ivoire arrivés par la mer, elles sont plus que les hommes à débarquer sur les côtes italiennes. En 2015, elles n'étaient que 8%, contre 46% en 2019.

► À lire : le rapport de l'OIM sur les victimes de trafic d'êtres humains autour de la Méditerranée

Piégées

Une proportion d'autant plus préoccupante que l'immense majorité tombe dans des réseaux mafieux. Au départ, des recruteurs leur promettent du travail avec un faux contrat. Comme Jospéhine, elles quittent facilement et légalement la Côte d'Ivoire. Mais au bout de trois mois, elles se retrouvent sans papiers et doivent s'acquitter de fortes amendes pour rentrer chez elles.

C'est là que le piège se referme : de nouveaux intermédiaires ou des passeurs leur proposent soi-disant de sortir de cet enfer. Deux options : la Libye ou la mer. Très souvent au péril de leur vie. En juillet, une embarcation a fait naufrage. Parmi les victimes, il y avait des Ivoiriennes enceintes ou avec elles des bébés.

► À lire aussi :Côte d’Ivoire, «se cacher pour partir», le rêve d’Europe 

ONU : ne pas «abandonner» les communautés accueillant des réfugiés, par Mgr Jurkovic |ZENIT – Français

Et « résoudre les causes profondes du déplacement forcé »

Lorsque les pays « accueillant un afflux important de réfugiés restent seuls, il est inévitable que les réfugiés eux-mêmes ne soient pas accueillis avec dignité », affirme Mgr Ivan Jurkovic : « Si nous nous soucions vraiment des réfugiés, nous ne devons ni ignorer ni abandonner les communautés hôtes. Dans le même temps, nous devons résoudre les causes profondes du déplacement forcé. »Le nonce apostolique et observateur permanent du Saint-Siège aux Nations Unies et aux autres organisations internationales à Genève est intervenu à l’occasion de la rencontre du 70e Comité exécutif du Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés le 9 octobre 2019, à Genève. Mgr Jurkovic a aussi annoncé un événement sur « La santé des migrants et des réfugiés : une question de vie et de dignité » organisé par une Mission permanente du Saint-Siège à Genève le 27 novembre prochain.Au cours des deux derniers jours, a indiqué le nonce apostolique, « de nombreux appels ont été lancés pour que les États directement touchés par les afflux les plus importants ne restent pas seuls ». Ces appels « renouvellent l’esprit et la volonté politique qui ont émergé de la Déclaration de New York et de l’adoption des Pactes mondiaux, notamment du Pacte mondial pour les réfugiés (GCR) », a-t-il rappelé : « De tels engagements doivent maintenant être transformés en actions concrètes. »Mgr Jurkovic a lancé un appel à agir « avec un multilatéralisme efficace » et a cité à ce propos les paroles du cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État, prononcées à l’Assemblée générale des Nations Unies, le 28 septembre 2019 : « La promotion d’un multilatéralisme efficace est l’une des priorités les plus importantes de la communauté internationale, car elle est une condition préalable à la résolution des problèmes. »« Promouvoir le dialogue à tous les niveaux est en effet à la fois la prévention et l’antidote aux divisions et aux crises », a aussi affirmé l’observateur permanent du Saint-Siège. Il a souligné les « trois aspects particuliers » qui ont été soulevés par le Saint-Siège « tout au long du processus de consultation en vue de la GCR ».Le premier concerne « la responsabilité partagée de s’attaquer aux causes profondes du déplacement forcé » et d’« appuyer des mesures de réconciliation » pour le « retour sécuritaire et volontaire des réfugiés » dans leurs pays d’origine. « Il est important que les réfugiés qui ont trouvé refuge et protection dans les pays voisins puissent rentrer chez eux et y rester en sécurité », a déclaré Mgr Jurkovic.Il a aussi exigé la mise en place « des mesures concrètes pour augmenter le nombre et la gamme de voies légales alternatives pour une réinstallation sûre et volontaire » des migrants et des réfugiés. Il s’agit de « programmes de parrainage privé et communautaire » ; de « l’ouverture de couloirs humanitaires » et de « l’octroi de visas temporaires spéciaux pour les réfugiés particulièrement vulnérables ». Il faut « promouvoir un plus grand respect pour l’unité de la famille en développant les visas de regroupement familial » et « respecter le droit universel à une nationalité dûment certifiée pour tous les enfants à la naissance », a souligné le nonce apostolique.À cet égard, Mgr Jurkovic a soulevé la question de l’apatridie en saluant la création aux Nations Unies d’un Segment de haut niveau consacré à ce problème. Il a aussi voulu « féliciter le Kirghizistan pour ses efforts visant à éliminer l’apatridie, ainsi que d’autres États engagés dans des efforts similaires ».Enfin, le troisième aspect présenté par Mgr Jurkovic concerne « la santé, y compris la santé mentale ». « La santé, a-t-il affirmé, doit être reconnue comme un droit universel. Ainsi, l’accès aux soins de santé ne peut être considéré comme un privilège. »En concluant, le nonce apostolique a rappelé que « les réfugiés ne sont pas des nombres et des quotas à répartir et à attribuer, mais des personnes avec un nom, une histoire, des blessures, mais aussi avec beaucoup de force et de potentiel ».Il a évoqué l’inauguration par le pape François – à l’occasion de la 105e Journée internationale des migrants et des réfugiés célébrée le 29 septembre 2019 – d’ « une sculpture représentant un groupe de migrants et de réfugiés de différentes confessions et cultures ». Cette œuvre, a-t-il dit, « s’inspire d’un passage biblique, de la Lettre de saint Paul aux Hébreux : « N’oubliez pas l’hospitalité ; quelques-uns en la pratiquant ont, à leur insu, logé des anges. »

Source : ONU : ne pas «abandonner» les communautés accueillant des réfugiés, par Mgr Jurkovic – ZENIT – Francais, , 10.10.19.

Contrairement aux idées reçues, l’accueil des réfugiés a suscité un élan citoyen en Europe|The Conversation

Le 1er octobre 2019, le président français, en déplacement à Strasbourg, a appelé les élus de l’Assemblée parlementaire européenne à agir sur la « question migratoire », objet d’un débat en France depuis le 7 octobre. Emmanuel Macron souhaite ainsi lutter contre les « détournements » du droit d’asile, pour selon lui, éviter de faire le jeu des mouvements et régimes autoritaires, plébiscités aujourd’hui.

Andrea Rea, Université Libre de Bruxelles and Marco Martiniello, Université de Liège

 

Ce discours fait écho à l’incapacité de l’Union européenne à proposer une politique d’asile commune et cohérente. Alors que l’Allemagne se montre particulièrement accueillante, la Hongrie décide de construire des murs à sa frontière.

L’année 2015, a marqué un tournant pour les pays de l’Union européenne qui ont accueilli cette année-là 1,4 million demandeurs d’asile.

Comment, depuis cette date, la crise des réfugiés influence-t-elle la politisation de la population européenne ?

Notre ouvrage The refugee reception crisis in Europe: Polarized opinions and mobilizations, en cours de parution, est issu d’une recherche collective internationale. Il analyse précisément les attitudes, les représentations, les discours et les pratiques de la population six pays européens (Belgique, Allemagne, Suède, Italie, Grèce et Hongrie) envers les réfugiés entre 2015 et 2019. Nous avons ainsi observé simultanément des réactions d’hostilité et des pratiques nouvelles d’hospitalité et de solidarité au sein de la population européenne.

Plus particulièrement, nous avons observé que des actions collectives spontanées initiées par des volontaires non-politisés peuvent aboutir à des actions ayant un impact sur les structures politiques et les opinions publiques.

Une polarisation croissante depuis 2015

Depuis 2015, la polarisation des opinions publiques au sujet de l’immigration et de l’asile s’est consolidée, renforçant la dichotomisation des positions : pour ou contre. Les données de l’Eurobaromêtre de 2015 montrent que, pour la première fois, l’immigration est devenue le premier sujet de préoccupation des Européens (58 %). L’analyse sur une longue période laisse toutefois apparaître une relative stabilité des opinions publiques.

Si les facteurs individuels constituent une composante de la constitution des opinions positives ou négatives envers les réfugiés et les migrants, les analyses des opinions publiques suggèrent aussi que les discours portés par les partis politiques, notamment ceux d’extrême-droite là où ils existent, contribuent à forger un cadre de pensée alimentant l’hostilité envers les réfugiés et les migrants.

L’hospitalité et la solidarité mobilisent davantage

On note cependant que les mobilisations collectives d’hostilité ont été peu fréquentes en Europe tandis que celles portées par l’hospitalité et la solidarité ont été plus nombreuses.

Dès l’été 2015, de nombreux citoyens ont utilisé leur voiture personnelle pour convoyer des réfugiés de Hongrie en Allemagne, ont conçu des applications pour smartphones donnant les heures de train, identifiant les hôpitaux les plus proches, etc.

Depuis lors, de nombreux actes de solidarité et d’hospitalité s’exercent quotidiennement : collectes de vêtements, distribution de médicaments, distributions de repas, et surtout hébergement de réfugiés chez des particuliers.

Quels sont les ressorts de cette mobilisation ? Quelles sont les organisations issues de la société civile qui la porte ? Quels liens entretiennent-elles avec les ONGs institués et les autorités politiques ?

Tarjimly est une application gratuite conçue pour aider les processus de traduction entre migrants et citoyens solidaires.

L’empathie, au cœur de l’action

La mobilisation d’un nombre considérable de citoyens ordinaires est neuve au regard des actions collectives menées traditionnellement par des activistes appartenant à des associations, des syndicats ou des partis défendant les droits des migrants.

Les ressorts moraux et émotionnels expliquent cette mobilisation citoyenne, sans opposer schématiquement d’une part, la dépolitisation de l’action humanitaire et d’autre part, la politisation des organisations défendant les droits de migrants..

La notion d’hospitalité est au cœur de l’action des acteurs non institués de la société civile. Le terme d’hospitalité s’est d’abord imposé parce les activités auxquelles il fait référence concernent les besoins immédiats des demandeurs d’asile et parce que l’un des ressorts de l’action est l’empathie.

Des habitants de Sarcelle lancent un défi via Facebook pour aider les migrants (2016).

Humanitarisme subversif

Les citoyens ordinaires ne se mobilisent pas au départ pour défendre des revendications politiques d’octroi de droits aux migrants. Toutefois, la rencontre avec les demandeurs d’asile, l’organisation du mouvement et la réaction négative des gouvernements contribuent aussi à la politisation de citoyens investis dans les activités d’hospitalité.

Leurs actions relèvent ainsi d’un humanitarisme subversif en ce qu’il s’oppose à l’inaction organisée des autorités politiques.

La crise de l’accueil de 2015 a conduit à l’émergence de nouvelles organisations de la société civile.

Welcome Refugees est une organisation transnationale qui a vu le jour dans de nombreux pays européens ayant pour but premier le soutien humanitaire. Toutefois, les mobilisations se sont constituées aussi au départ d’organisations existantes.

En Allemagne, le soutien aux demandeurs d’asile provient aussi d’organisations qui n’étaient pas précédemment engagées dans le domaine de l’immigration comme l’ONG Medibüros qui offrent des services médicaux gratuits.

L’association Mediburo en Allemagne offre des soins gratuits.

En Italie et en Suède, les organisations religieuses et leurs réseaux de volontaires se sont immédiatement activés, comme Caritas et l’Eglise de Suède.

Ils diffusent de l’information et mènent campagnes de sensibilisation. Ils deviennent même les acteurs principaux de l’accueil des demandeurs d’asile.

En raison de l’absence d’organisations préexistantes à la crise en Grèce et en Hongrie, les organisations de soutien aux demandeurs d’asile naissent durant l’été 2015, comme Migration Aid en Hongrie et The City Plaza Refugee Accommodation Centre en Grèce.

Des pratiques de coopération horizontale

Des pratiques de coopération horizontale entre les organisations préexistantes et celles qui naissent à l’occasion de la crise sont observées dans plusieurs pays.

En Grèce, des groupes de la société civile pro-migrants ont été coordonnés par le biais d’une assemblée ouverte volontaire, comme l’ONG Lesvos Solidarity.

En Suède, les organisations établies et les nouvelles ont non seulement coopéré mais elles se sont aussi coordonnée au sein du Swedish Network of Asylum and Refugee Support Groups favorisant le succès des activités de soutien.

Des motivations et des mobilisations qui convergent

Les motivations de la mobilisation, soit très politiques, soit très humanitaires, peuvent aussi converger. Si de nombreux bénévoles des nouvelles organisations se mobilisent pour des raisons prioritairement humanitaires (fournir un logement, distribuer de la nourriture, offrir des vêtements, etc.), l’absence de réaction ordonnée et efficace de la part des institutions européennes et des États membres les conduit à une politisation de leur action.

En Belgique, les engagements spontanés du début ont pris une tournure plus politique, celle d’une « solidarité politique », notamment lors des manifestations publiques contre le gouvernement au sujet de la loi dite « des visites domiciliaires » autorisant la police à entrer chez les citoyens sans mandat de perquisition. Cette loi non votée aurait conduit à la criminalisation de l’aide aux migrants irréguliers.

Face à la politisation des organisations de la société civile hongroise contre l’action du gouvernement, ce dernier a créé une taxe spécifiquement défavorable à leurs activités.

En Allemagne, la diminution des mobilisations citoyennes s’accompagne d’une professionnalisation des actions. En Italie, les actions citoyennes ont été intégrées dans les actions initiées par les institutions publiques au nom de la coopération.

Ces pratiques citoyennes montrent un profond changement et une prise de conscience politique mais celle-ci ne se traduit pas par une modification des politiques d’accueil des différents pays concernés. Et pour cause, les oppositions aux réfugiés et aux migrants se manifestent moins dans l’espace public et collectivement, que dans les sondages d’opinion ou dans l’isoloir lors des élections, dont les résultats peuvent créer une pression plus forte sur les gouvernements.

Andrea Rea, Professeur de sociologie, Université Libre de Bruxelles and Marco Martiniello, Research Director FNRS Director, Centre d’Etude et des Migrations (CEDEM) Directeur de l’IRSS,Faculté des Sciences Sociales, Université de Liège, Université de Liège

This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article.

 
Si cet email ne s'affiche pas correctement,cliquez-ici.
Amnesty International France _ Indépendant grâce à vous, efficace avec vous !
Exigeons la transparence sur les ventes d'armes françaises


 
Vous en avez peut-être entendu parler dans les médias ou dans nos communications : Amnesty International France lance la campagne « Silence on arme ».

Cette campagne vise à dénoncer les graves manquements des autorités françaises en matière de transparence et de contrôle sur les ventes d’armes et le non-respect de leurs engagements internationaux.

La France cultive la plus grande opacité sur ses ventes d’armes. Ce manque de transparence est un obstacle majeur au contrôle d’un commerce dangereux et meurtrier. Il est à ce jour impossible de garantir que les transferts d’armes de la France ne nous rendent pas complices d’atrocités.

Pourtant la France a  ratifié le Traité international sur le commerce des armes (TCA) . Notre pays ne doit pas vendre d’armes s’il y a un risque majeur qu’elles puissent être utilisées pour commettre ou faciliter des atteintes aux droits humains et au droit international humanitaire, en particulier contre des civils. Nous devons faire pression sur la France pour qu’elle fasse toute la transparence et  exerce un meilleur contrôle sur le commerce de ses armes !  Pour cela, nous vous proposons de faire partie de la communauté « Silence, on arme ».  

En rejoignant cette communauté, vous recevrez régulièrement de l’information sur ce sujet qui fait l’actualité, des appels à actions, ainsi que des informations sur l'avancée de la campagne et les victoires obtenues. Vous plongerez également au cœur du travail d’Amnesty et des équipes qui mènent cette campagne.

JE REJOINS LA COMMUNAUTÉ
Si vous ne l’avez pas  déjà fait, vous pouvez dès maintenant réaliser une première action en signant nos pétitions pour exiger la transparence de la France sur ses ventes d’armes et pour demander la fin des ventes d’armes française à la coalition engagée au Yémen.

Je vous remercie de votre soutien et espère vous compter nombreuses et nombreux dans notre communauté.
 
 
Sarah Roussel,

Chargée de campagne
"Responsabilité des États et des entreprises"
pour Amnesty International France