Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Niger : « L’organisation du sommet de l’UA
a été un grand défi pour le pays »

| Par

Sécurité, infrastructures, impact sur les opérateurs économiques... À la veille de l’ouverture du sommet exceptionnel de l’Union africaine à Niamey, Mohamed Saidil Moctar, le ministre en charge de l’organisation, révèle les ambitions du Niger et justifie les travaux dispendieux occasionnés.

Le sommet de l’Union africaine (UA) s’apprête à s’ouvrir dans un contexte sécuritaire particulier. Lundi, le Niger, pays hôte, a essuyé une nouvelle attaque terroriste dans un camp de l’armée à l’Ouest, près de la frontière malienne, faisant au moins 18 morts et quatre portés disparus parmi les militaires. Une riposte de l’armée nigérienne, avec un appui aérien français et américain, « a permis de mettre l’ennemi en déroute hors de nos frontières », avait annoncé le ministère de la Défense. L’attaque n’a néanmoins pas remis en cause l’ouverture du sommet de l’UA à Niamey, où quelque 4 000 participants sont attendus du 4 au 7 juillet.

Alors qu’une réforme de l’UA en avait pourtant supprimé le traditionnel sommet de milieu d’année – le remplaçant par une réunion restreinte intitulée « sommet de coordination » -, le Niger n’a pas hésité à convoquer cette réunion extraordinaire, durant laquelle une cinquantaine de chefs d’État sont attendus pour célébrer le premier anniversaire de la signature du traité instituant la Zone de libre-échange continentale (Zlec).

Si l’Union africaine se serre la ceinture, réduisant son budget régulier pour la deuxième année consécutive, avec une baisse de 32 millions de dollars (28 millions d’euros) prévue pour 2020, le Niger semble bien décidé à accueillir ses invités avec apparat. Construction du centre de conférences Mahatma-Gandhi (qui ne sera pas achevé à temps pour le sommet), rénovation du Palais des congrès, inaugurations de l’aéroport international Diori Hamani et de l’hôtel Radisson Blu par le président Mahamadou Issoufou… Des rénovations coûteuses et des inaugurations en série, pour un coût total estimé à près de 450 milliards de francs CFA.

Mohamed Saidil Moctar, ministre et conseiller spécial du président, planche depuis 2016 sur l’organisation du sommet. Il est le directeur général de l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence de l’Union africaine (Agence UA Niger), une structure rattachée à la présidence créée spécialement pour l’événement. Le ministre, qui cite Dubaï et Kigali en modèles et rêverait de faire de la capitale nigérienne un haut lieu d’accueil d’événements internationaux, se défend de toute ambition démesurée.

Jeune Afrique : Les travaux du centre de conférences Mahatma Gandhi, qui devait abriter une partie de l’événement, ne seront pas achevés avant le début du sommet. Niamey est-elle prête pour accueillir le sommet, et la capitale est-elle sécurisée ?

Mohamed Saidil Moctar : L’organisation du sommet a été un grand défi pour le pays. La ville de Niamey et ses environs ont été totalement sécurisés. Nous nous sommes assurés du déploiement d’un nombre conséquent d’éléments des forces de sécurité. Toutes les infrastructures sont quasiment opérationnelles, prêtes pour accueillir les chefs d’État.

En ce qui concerne le centre de conférences Mahatma Gandhi, les travaux n’ont commencé qu’en novembre 2018, et nous avons rencontré des perturbations pour acheminer certains équipements venus de l’étranger. Les travaux se poursuivent pour en achever la construction, mais le Palais des congrès, entièrement rénové pour l’occasion, sera en mesure d’accueillir le sommet.

Ne craignez-vous pas d’avoir investi d’importants moyens dans la construction d’infrastructures coûteuses, qui, une fois le sommet achevé, ne seront plus utilisées ?

La construction d’infrastructures de standing et le renforcement de notre savoir-faire répondent à notre volonté de faire de Niamey un pôle d’organisation d’événements d’envergure internationale et du tourisme d’affaires. Notre objectif est de rehausser notre diplomatie et de faire connaître le Niger. Le pays est d’ailleurs retenu pour organiser la conférence de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) en 2020. Nous avons pour modèles les « success story » que sont Dubaï ou le Rwanda. Nous sommes en train de suivre leur voie afin d’être, un jour, à leur niveau.

Parmi les 450 milliards de F CFA qui ont été investis, 80 % ont été assurés par les investisseurs privés

Le Niger consacre déjà 15 % de son budget à la sécurité, contre 10 % pour l’éducation, ou 1 % pour la justice. La priorité en matière d’investissement réside-t-elle dans l’organisation d’événements internationaux ?

Nous sommes conscients de cette situation, mais il faut rappeler que ces infrastructures n’ont rien coûté à l’État nigérien. Le budget des dépenses prioritaires (éducation, santé, questions sécuritaires, etc.) n’est pas modifié. Parmi les 450 milliards de F CFA qui ont été investis, 80 % ont été assurés par les investisseurs privés. Les 20 % restants correspondent aux travaux de voirie. Les hôtels ont été entièrement construits par des acteurs privés, que ce soit des compagnies étrangères (le Turc Summa, le groupe Teylium du Sénégalais Yérim Sow) ou nigériennes. En vérité, ce sommet pourrait apporter un impact positif pour les opérateurs économiques installés au Niger.

L’entrée en vigueur de la Zlec marquera le début de la création d’un marché unique sur le continent

Quel type d’impact ?

L’organisation du sommet nous a permis de renforcer les capacités des ingénieurs et des ouvriers nigériens. En tout, plus de 5 000 personnes ont été formées, plus de 1 500 emplois permanents ont été créés avec l’ouverture des hôtels. Mais surtout, nous avons mis en place les conditions nécessaires pour que les opérateurs privés viennent investir au Niger. Si nous avons réussi à les attirer ici, c’est bien parce qu’il y a des perspectives.

Après la signature à Kigali, le 30 mai dernier, du traité portant création de la Zlec, la zone de libre-échange entrera définitivement en vigueur à l’occasion du sommet. Quelles décisions seront prises à l’occasion de cette rencontre ?

À présent que nous avons cumulé plus de 22 ratifications [le Nigeria a annoncé le 2 juillet qu’il signera à Niamey l’accord de libre-échange continental, ndlr], nous allons pouvoir commencer à travailler sur la Zlec. Les chefs d’État vont se réunir pour choisir le siège du secrétariat général, arrêter les statuts, les cadrages budgétaires et de financement du secrétariat général. Nous ne pouvons que saluer l’entrée en vigueur de la Zlec, qui marquera le début de la création d’un marché unique sur le continent.

Burkina Faso : des jihadistes dans les camps de réfugiés du Nord ?

| Par Jeune Afrique

C'est la thèse des services de renseignements burkinabè. Le HCR affirme de son côté n'avoir reçu aucune preuve de ces allégations.

Les services de renseignement burkinabè estiment que certains jihadistes se servent des camps de réfugiés du Nord comme refuges temporaires.  Ils se fondent notamment sur l’analyse des téléphones (appels, données GPS, photos…) de suspects surveillés ou interpellés.

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), qui gère ces camps, se dit « informé » de ces « accusations » sans toutefois en avoir reçu aucune preuve. Une réunion de ses représentants avec le ministre de la Sécurité doit avoir lieu à la fin de juin.

En avril dernier, les mêmes services burkinabè, se fondant là encore sur des écoutes téléphoniques, avaient alerté leurs voisins du Bénin, du Togo et du Ghana de leurs suspicions sur le fait que certains jihadistes se seraient réfugiés, parfois avec leurs proches, dans ces pays.

Le pays recense plus de 25 000 réfugiés et près de 5 000 demandeurs d’asile, selon le Premier ministre Christophe Marie-Joseph Dabiré, qui a également fait état, mi-juin devant le parlement, d’environ 150 000 déplacés internes en raison de l’insécurité et des conflits communautaires.

Migrants: l'ONG Mediterranea défie à son tour Matteo Salvini

media
Alessandro Metz, de l'ONG Mediterranea, lors d'une conférence de presse à

Rome, le 3 juillet 2019.
Tiziana FABI / AFP

Une semaine après le Sea-Watch 3, un bateau de sauvetage de migrants a mis ce jeudi 4 juillet le cap vers l'île de Lampedusa pour y débarquer les rescapés, bravant l'interdiction du ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini.

Avec notre correspondante à Rome, Anne Le Nir

Va-t-on assister à un nouveau bras fer entre Matteo Salvini et une ONG de sauvetage de migrants ? De retour en mer depuis plusieurs jours avec un voilier de 18 mètres de long, l’ONG italienne Mediterranea a secouru ce jeudi 54 personnes, dont trois femmes enceintes et quatre bébés, au large de la Libye.

« Les 54 survivants ont tous été sauvés et sont maintenant à bord. Parmi eux, 11 femmes (trois enceintes) et 4 enfants... », a écrit dans un tweet l'ONG.

L’équipage a contacté le siège des gardes-côtes italiens pour l’informer de son opération de sauvetage. Mais le capitaine a refusé de laisser les migrants entre les mains des gardes-côtes libyens comme il lui était demandé. Au lieu de cela, l'Alex a décidé de mettre le cap sur l’île sicilienne de Lampedusa.

Déjà passablement irrité par la décision de la juge qui a rendu sa liberté à la commandante du Sea-Watch 3, Carola Rackete, le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini a déclaré que les migrants devaient être débarqués « dans un port tunisien », « la Tunisie étant plus proche que Lampedusa », et que si l’ONG s’entêtait, il mettrait en oeuvre « toutes les procédures pour empêcher l’arrivée du bateau dans un port italien ». Mais Salvini n’est pas à l’abri d’un nouveau camouflet.

Selon la télévision publique Rai, 55 autres migrants en péril au large de Lampedusa ont été récupérés ce jeudi en fin de soirée par des vedettes de la police de la douane et des garde-côtes italiens, puis débarqués dans le port de la petite île sicilienne

 
 

Gambie: marche contre la multiplication des viols

Vue de Banjul, capitale de la Gambie.
© Getty Images/Ariadne Van Zandbergen

Une semaine après les révélations de Human Rights Watch sur la prédation sexuelle de l'ancien président Yahya Jammeh, la société civile gambienne se mobilise. Toufah Jallow, qui accuse publiquement de viol l'ancien dictateur, est la figure de proue de ce mouvement, #IamToufah, lancé conjointement avec l'association gambienne des droits de l'homme TANGO. Plus d'une centaine de personnes ont défilé ce jeudi 4 juillet sur Kairaba avenue, avant de se réunir pour des prises de parole.

Une foule mixte, de tous âges et à l'unisson pour dénoncer les agressions sexuelles en Gambie. « Non, c'est non », « Notre corps, notre choix », ou « Plus jamais de viol », tels étaient les slogans entonnées par des manifestants déterminés à se faire entendre. Jerreh Badjie, cofondateur du mouvement #IamToufah, est satisfait de la mobilisation.

« Je ne m'attendais pas à voir beaucoup de personnes aujourd'hui, confie Jerreh Badjie. Mais là, on voit que les gens sont sortis. Il y a plusieurs personnes qui sont venues dénoncer ce qui se passe en Gambie. Il y a des activistes et des victimes parmi les manifestants. »

Toufah Jallow, qui accuse Yahya Jammeh de viol, est devenue le visage de la lutte contre les violences sexuelles. Un combat qu'elle veut mener ici malgré sa nouvelle vie à l'étranger. « Je voulais que le débat commence ici, explique-t-elle. C'est important car il faut briser le mur du silence. Beaucoup de femmes souffrent »

Pour Madi Jobarteh, coorganisateur de l'événement, la parole peut enfin se libérer : « Nous assistons à une révolution, quelque chose d'inédit en Gambie. »

Le mouvement contre les violences sexuelles a reçu le soutien du gouvernement. En témoigne l'autorisation de manifester - chose rare - et les communiqués du ministre de la Justice qui encouragent les victimes à s'exprimer.

Algérie: nouvelles manifestations prévues
pour la fête de l'indépendance

Manifestation contre le régime et pour la libération des «détenus politiques», à Alger le 2 juillet 2019.
© RYAD KRAMDI / AFP

Ce 5 juillet marque le 20e vendredi de manifestations pour un changement de régime en Algérie. Il coïncide aussi avec la fête nationale, anniversaire de l’indépendance du pays. Les appels à manifester sont très nombreux, car l’enjeu est de peser dans la balance de la transition.

Mardi prochain, le 9 juillet, le mandat du président par intérim prendra fin en Algérie. Et il faudra inventer une solution, puisque la Constitution n’en prévoit pas. Cette solution, les manifestants veulent en faire partie. Ils considèrent que seul le nombre de personnes dans la rue ce vendredi 5 juillet leur permettra d’obtenir plus de concessions de la part des autorités.

Plus de quatre mois après le début du mouvement, la transition dont tout le monde parle ne met personne d’accord. L’armée veut une élection présidentielle le plus rapidement possible. Des groupes de partis politiques d’opposition ont bien commencé à se réunir avec certains regroupements de la société civile, mais ils sont divisés sur la marche à suivre. Faut-il modifier la Constitution d’abord ? Faut-il préparer en priorité des élections libres et transparentes ? Et combien de temps cela doit-il durer ?

Le problème majeur reste que ces initiatives ont du mal à obtenir la confiance des manifestants. Mais surtout, en parallèle, ces deux dernières semaines ont été marquées par un durcissement sécuritaire. Dans la capitale, trente-quatre manifestants ont été placés en détention provisoire pour avoir porté un drapeau berbère.