Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

[Tribune] Coronavirus : la microfinance pour protéger les TPE et PME africaines

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Par

Ancienne Garde des Sceaux du Bénin, experte internationale en inclusion financière

L'agence pilote d'Atlantic Microfinance à Yopougon a été ouverte à la fin de décembre 2015 (image d'illustration).

À travers la microfinance, le continent doit faire du sauvetage et de la croissance des très petites et moyennes entreprises un enjeu crucial dans la réponse globale à la crise.

Relativement épargnée sur le plan sanitaire, l’Afrique devra faire face à une inévitable récession économique. La croissance devrait se rétracter fortement entre 2019 et 2020, passant de 2,4 % à -5,1 %, selon les estimations de la Banque mondiale. L’activité économique et sociale est au ralenti mais des mesures coercitives se multiplient, parfois prises par mimétisme dans certains États, sans prendre assez de recul pour les adapter aux modes d’organisation sociale sur le contient. Certaines mesures s’éloignent totalement du dessein de bien-être des populations censé les justifier.

Par exemple, au début de la pandémie, l’Organisation internationale du travail (OIT) postait une courte vidéo sur les « cinq choses à savoir pour un télétravail efficace ». Le télétravail n’est toutefois pas une pratique vulgarisée et habituellement utilisée par beaucoup d’actifs sur le continent. La plupart des acteurs de l’informel, de nombreuses TPE et PME, ne peuvent pas travailler de chez eux. En outre, la distanciation sociale est un privilège pour une frange importante de la population africaine et est inappropriée à son mode de vie.

Inclusion financière

Du point de vue socioéconomique, le Covid-19, à l’instar d’autres pandémies, désagrège le tissu économique et fragilise les plus vulnérables, notamment les acteurs de l’économie réelle en Afrique, le secteur informel, les très petites entreprises (TPE) et les moyennes entreprises (PME/PMI). En Afrique, 90% des unités commerciales, soit environ 75 % de la population active, opèrent dans le secteur informel. La richesse intérieure est produite à hauteur de 50 % en Afrique subsaharienne par ce secteur, qui concentre 85 % des emplois. Face à une telle structuration du tissu économique, le secteur de la microfinance est le mieux indiqué pour soutenir efficacement les TPE, PME, PMI et ménages vulnérables en vue d’éviter une double crise économique et humanitaire.

Pour répondre aux besoins de financement des ménages et des entreprises informelles, ce sont les institutions de microfinance (IMF) ou les systèmes financiers décentralisés (SFD) qui agissent dans plus des trois quarts des pays du continent. La promotion et l’accroissement du taux de pénétration des IMF ou SFD ces deux dernières décennies sur le continent a amélioré de façon significative l’inclusion financière et a contribué au recul de la pauvreté en Afrique, notamment la pauvreté monétaire.

Et pourtant, les IMF ne couvrent au maximum que 15 % des encours de crédits octroyés au secteur privé alors même qu’en dépit des coûts onéreux de fonctionnement, l’activité reste soutenable si elle s’inscrit dans une chaîne de valeur de refinancement bancaire appropriée. Le continent doit alors faire du sauvetage et de la croissance des TPE et PME un enjeu crucial dans la réponse globale à la crise, à travers des mécanismes spéciaux qui devront toucher tout l’écosystème de financement et qui impliqueront les banques centrales, les banques de développement, les banques commerciales et les mécanismes publics de financement, tels que les fonds.

Rôle de catalyseur de l’économie

Le recours à la microfinance requiert plusieurs procédés. Tout d’abord, le refinancement des IMF afin qu’elles soutiennent les populations vulnérables, accompagnent les petits entrepreneurs, les artisans et préservent les activités économiques des femmes. Ensuite, une mise en place des mesures idoines à l’endroit des IMF pour mitiger les risques d’impayés inévitables en pareille circonstance et susceptibles de compromettre leur existence, et ce, grâce à des subventions pouvant aller de 30 % à 50 % du concours apporté.

Enfin, la facilitation de leurs activités par un renforcement de capacités techniques et matérielles ainsi que l’allègement de certaines règles prudentielles ou non du régulateur relatives, entre autres, au taux directeur, au ratio de fonds propres actuellement supérieur à celui des banques dans la zone de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), aux critères de déclassement de crédits, à la défiscalisation du secteur, etc.

Ces mesures permettront de financer davantage les économies africaines et de réduire le coût du microcrédit. Les IMF, les banques et structures de télécommunications s’investissant dans les opérations financières ont un rôle de catalyseur de l’économie à jouer. Il serait donc plus judicieux que les appuis visent une monétisation par la création monétaire plutôt que l’effort budgétaire.

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et l’Uemoa ont pris des mesures pour limiter les répercussions économiques indirectes dans l’ensemble de l’économie régionale ouest-africaine. Parmi les solutions entérinées par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), il y a notamment le guichet spécial de refinancement porté sur les PME, qui est élargi aux créances bancaires afin d’accroître la liquidité en faveur du secteur de la microfinance.

Pour autant, tout en saluant cette mesure, il faut relever qu’elle ne concerne, hélas, que les SFD de grandes tailles et donc son impact restera faible. Les États doivent aller plus loin et opter pour des plans spéciaux de refinancements des SFD volontaristes et à des taux concessionnels avec, entre autres, une partie conséquente des « Covid-bonds », la solidarité nationale et les divers appuis internationaux annoncés.

Rigueur et transparence

Au nombre de 511 dans l’Union monétaire ouest-africaine (UMO) à la fin de septembre 2019, les IMF ont permis à plus de 15 millions de personnes de bénéficier des services financiers, à travers 4 869 points de service. Sachant que leurs clients sont à 80 % des femmes et que 65 % vivent en milieu rural, il est opportun d’envisager davantage le recours aux innovations technologiques, notamment la digitalisation et la monétisation, pour atteindre le grand nombre de personnes. Outre les ressources à mobiliser, les financements innovants figurent au titre des solutions les plus prometteuses pour répondre aux besoins des SFD. Ils offrent des fonds supplémentaires par le biais d’une exploration d’un potentiel existant, mais inexploité.

Les États du Sud ont l’opportunité de prendre les rênes de leur destinée, avec des plans de sortie de crise et des lignes directrices adaptés à leur contexte. Ils doivent éviter le piège du « syndrome hollandais » [pays où les exportations à faible créations d’emplois supplantent l’emploi dans les secteurs à plus forte valeur ajoutée]. Le nouveau modèle à cibler gagnerait à viser une prospérité partagée offrant des possibilités à tous.

Cette vision est celle où l’action de l’État concourt au bien commun en suscitant la confiance des citoyens. Cela implique plus de rigueur et de transparence dans la gestion des finances publiques avec un accent particulier à porter sur l’efficacité des dépenses. La bonne nouvelle est que la crise du Covid-19 nous a enseigné que certaines priorités peuvent être prises en charge avec une célérité que personne n’aurait imaginée quelques mois plus tôt.

 
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Détournements au ministère nigérien de la Défense: une député française s’interroge

(illustration) Un drone armé français stationné sur la base de Barkhane à Niamey, Niger, le 15 décembre 2019.
(illustration) Un drone armé français stationné sur la base de Barkhane à Niamey, Niger, le 15 décembre 2019. Daphné BENOIT / AFP

L’audit des marchés publics passés par le ministère nigérien de la Défense, qui a mis en exergue en février de vastes opérations de détournements et un manque à gagner de 76 milliards de FCFA soit 110 millions d’euros environ pour l’État, continue de faire parler au Niger. Mais aussi en France.

Une députée française a ainsi interpellé le ministère français des Armées sur le sujet, estimant que dans un contexte de coopération militaire, la France ne pouvait pas ne pas se soucier des irrégularités constatées. Car si les détournements constatés portent avant tout préjudice aux Nigériens, ils desservent aussi la France et son armée qui consent des efforts considérables pour la guerre au Sahel.

À lire aussi : La France renforce la force Barkhane qui passe de 4500 à 5100 soldats

C'est le constat fait par Frédérique Dumas, députée membre du groupe d’amitié France-Niger. Saquestion écrite posée la semaine dernière au ministère des Armées n’a toujours pas reçu de réponse.

« Il y a évidemment des surfacturations et du matériel non livré, explique t-elle interrogée par Marie-Pierre Olphand du service Afrique de RFI. Il y a aussi des matériels qui ont été achetés, avec une destination finale que l'on ne connaît pas. Tout cela met en danger la sécurité des populations et de nos propres troupes. C'est très grave parce que les dysfonctionnements sont nombreux et d'ampleur très importante. »

Jacques Maire, qui préside le groupe d’amitié France-Niger, n’est pas sur la même ligne. Pour lui ces détournements ne concernent pas directement Paris puisqu’aucun argent français n’est en jeu. Mais le député le concède : nous sommes préoccupés comme tous les bailleurs qui s’intéressent à la bonne gouvernance. « On voit, une fois de plus, que les dépenses militaires sont extrêmement vulnérables aux détournements, admet Jacques Maire joint par Marie-Pierre Olphand. Elles ne font l'objet que de très peu de contrôles parce qu'il n'y a pas de contrôle parlementaire en tant que tel. Elles sont couvertes par le secret Défense, et ça nous préoccupe »

Dans un communiqué daté du 7 avril, le procureur a confirmé avoir reçu le dossier et promis d’enquêter minutieusement sur les insuffisances constatées dans le rapport. Rien n’a fuité pour l’heure de ce travail judiciaire.

 
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Côte d’Ivoire: vives altercations à la MACA, la prison d’Abidjan

Un fourgon de la gendarmerie entre dans la prison d'Abidjan, Côte d'Ivoire, en janvier 2011.
Un fourgon de la gendarmerie entre dans la prison d'Abidjan, Côte d'Ivoire, en janvier 2011. SIA KAMBOU / AFP

Des coups de feu ont été tirés dans l’enceinte de la maison d’arrêt, au terme de vives tensions entre deux groupes d’agents pénitentiaires. La toute-puissance et l’autorité abusive du surveillant Kassoum Koné, dit « La Machine », serait à l’origine des troubles.

Avec notre correspondant à Abidjan, François Hume-Ferkatadji

S‘agit-il d’une mutinerie au sein de la MACA, d'une guerre des gangs ? En créant un attroupement hier matin dans la cour de la prison d’Abidjan, des détenus et une partie du personnel pénitentiaire ont vraisemblablement voulu remettre en cause l’autorité abusive d’un surveillant véreux, connu sous le nom de « La Machine », à la tête d’un vaste système de racket.

Ce soulèvement est le signe d’un ras-le-bol général contre ses pratiques, qui « violent l’éthique et la déontologie des agents de prisons », avance Claude Dassé, journaliste ivoirien et auteur d’une enquête sur les malversations de Kassoum Koné, dit « La Machine ». Un homme violent, accusé de voler l’argent des prisonniers et des visiteurs. 

La tension est montée après que certains agents se sont mis à déterrer les fétiches que « La Machine » avait dissimulé dans l’enceinte de la MACA, une pratique mystique pour imposer son autorité sur la plus grande prison du pays . Une action de défiance qui a suscité la colère du chef de la prison autoproclamé, « La Machine » étant décrit comme très croyant et adepte de la magie.

« Avec ses hommes de main, ils se sont mis en tête de créer la pagaille et de libérer des prisonniers, pour se venger », explique un témoin. La gendarmerie a dû intervenir et tirer plusieurs coups de feu en direction des fuyards. Trois détenus auraient été blessés, l’un à l’épaule et deux au niveau des jambes. Ce même témoin affirme que « La Machine » a été immobilisé et menotté dans la cour de la prison, puis emmené par la gendarmerie.

Le ministre de la Justice, Sansan Kambile, s’est discrètement rendu sur place hier, pour « ramener le calme », assure son cabinet. Le ministère de la Justice a annoncé dans un communiqué qu'une enquête a été ouverte « afin de situer les responsabilités dans la survenue de ces événements malheureux » et affirme que « le calme est revenu au sein de l'établissement pénitentiaire ».

Côte d'Ivoire: des artistes sensibilisent la population dans la lutte contre le Covid-19

 
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Dominique Strauss-Kahn en Afrique : enquête sur ses réseaux et sa stratégie

| Par Jeune Afrique
Dominique Strauss-Kahn, à la Rotonde Montparnasse, Paris le 22 mai 2019.

Chefs d’État, hommes d’affaires, communicants, ex-collaborateurs… Jeune Afrique a mené l’enquête sur les hommes du premier cercle africain de l’ex-patron du FMI et sur ses méthodes de travail.

Après l’affaire du Sofitel de New York, l’ancien patron du FMI Dominique Strauss-Kahn (DSK), 71 ans, s’est reconverti en tant que consultant en Afrique, spécialisé dans les questions de finances publiques. Il sillonne le continent où sa notoriété lui ouvre les portes des palais présidentiels francophones.

L’ex-ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie de Lionel Jospin (1997-1999) est actuellement sous contrat avec le Congolais Denis Sassou Nguesso et le Togolais Faure Essozimna Gnassingbé. En 2017, associé à la banque de conseil Arjil de son ami Wladimir Mollof, avec qui il demeure lié par un contrat non exclusif, il a également aidé à mettre sur pied le Forum d’investissement Tunisie 2020 (coorganisé par Jeune Afrique Media Group).

Si l’économiste français a démarché en vain le Sénégal, le Mali, le Bénin ou encore le Burkina Faso, la réforme du franc CFA et dernièrement la crise liée à l’épidémie de Covid-19 lui ont donné l’occasion de faire un retour remarqué dans les médias.

DSK n’en reste pas moins d’une discrétion absolue sur ses propres affaires. Contacté, il n’a pas donné suite à nos sollicitations. Selon nos sources, il a par exemple été consulté pour la mise en place du statut Casablanca Finance City (CFC), qui offre des avantages fiscaux à certaines entreprises implantées au Maroc, dont la sienne. Via sa société Parnasse International, il a engrangé plus de 20 millions d’euros de bénéfices exonérés d’impôts entre 2013 et 2018.

Jeune Afrique vous dévoile les personnalités qui l’entourent et l’aident à faire prospérer ses activités.

  • Les anciens de Bercy

Pour l’organisation et la gestion de sa société Parnasse International, Dominique Strauss-Kahn se repose sur Philippe Valachs, qui l’accompagne souvent lors de ses déplacements en Afrique. Les deux hommes ont appris à travailler ensemble au début des années 1990, quand ce dernier s’occupait de la communication et de la presse en tant que chef de cabinet adjoint de DSK, alors ministre de l’Industrie et du Commerce extérieur.

Avant de devenir son bras droit, ce titulaire d’un DEA en sciences économiques, qui possède sa propre société de conseil (Archimède Consultants), a également été chef de cabinet de Jean-Marie Messier lorsque celui-ci était à la tête de Vivendi. Il a été le directeur général d’une des premières Web TV européennes, CanalWeb, qui a fait faillite en 2002.

Pour faire avancer les dossiers de Parnasse, DSK peut compter sur le réseau de Philippe Valachs dont fait partie l’énarque Pierre-François Couture, qui s’est rendu en mission pour Parnasse au Togo à la fin de 2019. À la demande de Valachs, ce spécialiste des finances publiques et des matières premières, également expert associé au cabinet de consulting Lysios fondé par Jean-Luc Archambault, a fait jouer son carnet d’adresses parmi les anciens des ministères français pour muscler les ressources nécessaires à la gestion des dossiers congolais et togolais.

Sur le continent, l’ex-patron du FMI a retrouvé d’autres anciennes connaissances de Bercy, dont son ex-conseiller Matthieu Pigasse, qui fut jusqu’à la fin de 2019 le directeur général délégué de la banque Lazard. À la fois proches et concurrents, les deux hommes ont eu pour mission de gérer avec les autorités locales l’épineux dossier de la dette congolaise ; DSK, en froid avec Christine Lagarde, s’est focalisé sur la restructuration des créances dues à Pékin et aux entreprises chinoises. L’arrivée de Kristalina Georgieva à la direction générale du FMI en septembre dernier pourrait changer la donne.

Fin 2019, Matthieu Pigasse, qui a rejoint la banque américaine Centerview, a laissé la place sur ce dossier à l’énarque et normalien Thomas Lambert, directeur du département dette souveraine de Lazard. Mais il est toujours actif au Congo où il est officiellement et à titre personnel conseiller de la République pour les négociations avec le FMI et les autres institutions. Une lettre de mission lui a été remise par le Premier ministre Clément Mouamba au premier trimestre 2020.

  • Les chefs d’État

Ses contrats de conseil aux États, DSK les signe directement avec les présidents africains. « Il vient challenger les ministres des Finances et cela crée souvent des tensions », confie un proche. Reconnu pour son expertise, l’ancien patron du FMI est connecté chez de nombreux chefs d’État en exercice auxquels il parle avec franchise.

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Le président togolais Faure Gnassingbé, en 20 janvier 2017 © Présidence togolaise

Au Congo, Denis Sassou Nguesso, qui le connaissait déjà, l’a recruté en 2016. C’est Jean-Paul Pigasse, propriétaire du journal Les Dépêches de Brazzaville et oncle de Matthieu Pigasse, qui l’a introduit auprès du président congolais. L’an dernier, Strauss-Kahn a obtenu la restructuration de la dette chinoise. Le pays ne bénéficie actuellement pas de la facilité d’urgence du FMI, qui n’a pas totalement fermé la porte mais attend des avancées dans la restructuration de la dette due à Glencore et Trafigura et des efforts de transparence concernant le budget 2020.

DSK est également sous contrat au Togo. Il a d’abord approché le président Faure Essozimna Gnassingbé pour le compte du groupe suisse Sicpa, leader mondial des solutions de traçabilité et fournisseur de l’encre infalsifiable des billets de la zone euro, avant de décrocher un contrat de conseil portant sur la « modernisation de la gestion des finances publiques ». Selon des sources proches du dossier, le courant entre les deux hommes passe particulièrement bien.

À la recherche d’autres contrats, il a aussi démarché Macky Sall (il s’était positionné sur le Plan Sénégal émergent), Ibrahim Boubacar Keïta et Roch Marc Christian Kaboré, sans succès. Ses bonnes relations avec Alassane Ouattara ne lui ont pas non plus permis pour le moment de concrétiser ses ambitions en Côte d’Ivoire.

  • Les communicants

Pour diversifier son réseau africain, DSK peut compter sur ses amitiés chez les communicants. Au Maroc, il s’est rapproché ces derniers mois d’Omar Alaoui, l’ancien directeur de cabinet de Salaheddine Mezouar, à l’époque où ce dernier était encore le patron des patrons du royaume.

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Le communicant marocain Omar Alaoui © Twitter

L’an dernier, sa présence avait été annoncée à la surprise générale à l’université d’été de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), avant qu’il ne décline cette invitation. Très récemment, à la demande d’Alaoui, qui a rejoint en novembre 2019 le cabinet de lobbying ESL & Network dirigé par Alexandre Medvedowsky, il a contribué à une réflexion sur la mobilisation du secteur privé africain face à la pandémie de Covid-19.

Le Français est également proche du Franco-Tunisien Karim Guellaty, patron de la société Infolink et du média en ligne Business News. Tous deux se connaissent depuis le début des années 1990 par le réseau de la Mnef, mutuelle étudiante dissoute après un scandale d’emplois fictifs et de détournements. En juin 2014, ce dernier l’avait invité en Tunisie pour une journée de travail afin de muscler le programme économique du futur président de la République, Béji Caïd Essebsi.

Enfin, DSK peut aussi compter sur les réseaux de ses amis intimes comme Stéphane Fouks. Le patron d’Havas Worldwide avait participé à sa campagne lors des primaires socialistes de 2006, puis à celle pour la direction générale du FMI. En 2010, il a également collaboré avec Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, avant de conseiller l’homme d’affaires mauritanien Mohamed Ould Bouamatou.

DSK et Fouks sont par ailleurs très proches de Jean-Marie Le Guen, ex-secrétaire d’État français au Développement et à la Francophonie, également actif en Afrique.

  • « Marrakech connexion »

Propriétaire d’un riad à Marrakech, DSK y passe depuis 2013 une partie de l’année avec son épouse, la communicante marocaine Myriam L’Aouffir. Ensemble, ils ont créé l’association MekkiL’, qui finance des actions destinées à protéger les mères et les enfants.

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Mohamed BouamatouTar Debates© Thomas Preston © Mohamed Bouamatou Tar Debates © Thomas Preston

Avec l’appui de Mohamed Ould Bouamatou, DSK pourrait vendre ses services au président Ould Ghazouani

Dans la ville ocre, l’économiste, qui fréquente d’autres Français habitués des lieux comme le philosophe Bernard-Henri Lévy, s’est aussi rapproché de Mohamed Ould Bouamatou. Tous deux ne se connaissaient pas, avant que le Mauritanien n’achète une villa voisine de la sienne. Ce dernier a donné de grands dîners chez lui, consolidant ainsi leurs carnets d’adresses.

L’homme d’affaires avait investi 5 millions d’euros dans la société de gestion Leyne Strauss-Kahn & Partners (LSK), qui a fait faillite en 2014. Mais cela n’a pas entaché leur amitié.

Après dix ans d’exil, Bouamatou est rentré à Nouakchott en mars. Un important appui que DSK pourrait utiliser dans les prochains mois pour vendre ses services au président Mohamed Ould Ghazouani, également courtisé par les banques d’affaires Lazard et Rothschild. Au Maroc, le patron de Parnasse entretient aussi des relations amicales avec les ex-ministres Salaheddine Mezouar et Nizar Baraka, lequel est aujourd’hui secrétaire général du parti de l’Istiqlal.

 
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L'OMS plus fragile que jamais à la veille de son assemblée générale

Le directeur général de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus en conférence de presse à Genève, en Suisse, le 11 mars 2020.
Le directeur général de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus en conférence de presse à Genève, en Suisse, le 11 mars 2020. Fabrice COFFRINI / AFP

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) tient son assemblée générale du 17 au 21 mai alors qu’elle affronte la plus grande crise de son histoire. Attaquée et critiquée par ses États membres, elle aborde ce grand rendez-vous plus fragile que jamais, au plus mauvais moment.

C’est une histoire d’e-mails envoyés le jour de la Saint-Sylvestre. Ce 31 décembre 2019, la Chine, via la commission sanitaire municipale de Wuhan, prévient officiellement l’OMS de la survenue de plusieurs cas de pneumonie non identifiée. Un nouveau coronavirus est ensuite identifié. Cette maladie émergente peut-elle se transmettre d’homme à homme ? Les autorités chinoises affirment que non. Pourtant, Taïwan certifie avoir alerté l’organisation le même jour sur le risque d’une telle transmission. Il faudra attendre le 20 janvier 2020 pour que l’OMS reconnaisse que cette nouvelle maladie se transmet bien entre êtres humains.

Trois semaines ont-elles été perdues ? Il s’avère que l’OMS ne reconnaît pas Taïwan comme l’un de ses États membres, en grande partie à cause de l’opposition de la Chine, ce qui expliquerait qu’elle n’ait pas tenu compte de cette alerte. De fait, les rapports entre Pékin et l’organisation cristallisent la majeure partie des critiques faites à son encontre à l’occasion de cette crise pandémique. Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, le patron de l’organisation, est-il sous la coupe des Chinois ? « L’OMS a vraiment tout raté », tweetait Donald Trump le 7 avril, résumant là une bonne partie des griefs retenus contre l’OMS. « Elle est majoritairement financée par les États-Unis, mais pourtant très centrée sur la Chine. » Si le président américain a ainsi justifié sa décision de se retirer de l’organisation, cette critique n’en est pas moins caricaturale.

L’OMS dépendante

« L’OMS est une agence intergouvernementale : c’est le nœud du problème », explique Auriane Guilbaud, du centre de recherches sociologique et politique de l’Université Paris 8. « L’outil principal sur lequel s’appuie l’organisation, c’est le règlement sanitaire international adopté par ses États membres, en 1951 et révisé depuis. Il stipule que les États membres doivent rapporter les événements de santé publique qu’ils ont repéré sur leur territoire. L’OMS dépend donc de ses États membres et de la fiabilité de leurs informations. »

Dès lors, les informations fournies par les autorités chinoises sur ce début d’épidémie ont-elles été fiables ? « L’OMS a été un peu induite en erreur », a déclaré John MacKenzie au quotidien britannique The Guardian. Le conseiller auprès du comité d’urgence de l’organisation relève ainsi que lorsque la Chine informe l’OMS le 31 décembre, ses scientifiques avaient déjà séquencé le génome du virus et savaient déjà qu’ils avaient affaire à un nouveau coronavirus. Pourtant, les autorités de Pékin ne le confirmeront officiellement que le 7 janvier, et le génome entier ne sera partagé à la communauté internationale que le 12 janvier. De même, John MacKenzie s’interroge sur le bilan communiqué par la Chine : 59 cas pour la première semaine de 2020, « très, très loin de ce à quoi on pouvait s’attendre ».

Dans ce contexte, que pouvait faire l’OMS ? « L’organisation étant intergouvernementale, il lui faut solliciter l’État membre », explique Auriane Guilbaud. L’OMS a ainsi demandé à la Chine l’autorisation d’envoyer une équipe de scientifiques dans la province du Hubei, l’épicentre de l’épidémie. Pékin refusa. « Et l’OMS n’a pas pouvoir de sanction », ajoute la chercheuse. Ce n’est que le 8 février que les autorités chinoises autorisèrent sur leur territoire une équipe d’observateurs de l’OMS.

Le Dr Tedros n’a ainsi jamais fait état publiquement de la réticence de la Chine à coopérer. Il fit même l’inverse le 28 janvier en rencontrant Xi Jinping à huis clos et en louant deux jours plus tard les efforts chinois pour contenir la maladie : « Un nouveau modèle de contrôle d’épidémie. » C’est pourtant ce même 30 janvier que l’OMS déclare le Covid-19 comme étant une urgence sanitaire de portée internationale. Pour Auriane Guilbaud, dans cette séquence, « l’OMS a joué un rôle d’acteur diplomatique pour préserver ses relations avec ses États membres, dont la Chine. C’est une ligne pragmatique, il fallait préserver les relations ».

L’exemple du SRAS

De fait, étant dépendante de ses informations, l’Organisation mondiale de la santé a toujours ménagé la Chine lors de cette crise. Elle n’a pourtant pas toujours joué ce rôle. En novembre 2002, le gouvernement chinois découvre sur son sol une nouvelle maladie respiratoire, le SRAS, et n’en informe pas l’OMS. Mais à l’époque, sous l’impulsion de sa directrice générale d’alors, Gro Harlem Brundtland, l’organisation surveillait les forums médicaux chinois et avait donc connaissance de cette pneumonie atypique. Ces informations en main, l’OMS est allée voir les dirigeants chinois, qui l’ont officiellement notifiée peu après.

Gro Harlem Brundtland n’a alors pas eu peur d’accuser publiquement la Chine d’avoir gardé ces informations pour elle, empêchant ainsi de contenir l’épidémie « si l’OMS avait pu intervenir plus tôt et envoyer ses équipes sur place ». À la suite de ces déclarations, Pékin coopéra rapidement.

Pourquoi l’OMS n’a-t-elle pas adopté la même ligne près de vingt ans plus tard ? Sans doute parce qu’elle a perdu de son aura. En 2003, alors que l’épidémie de SRAS se répandait dans plusieurs pays (Hong Kong, Vietnam et Canada), l’organisation a pour la première fois rendu un avis déconseillant de voyager vers les zones touchées. Bien que l’OMS n’ait pas effectivement le pouvoir de clouer les avions au sol, cet avis a été suivi.

À la suite de cette épidémie, la réponse de l’OMS a globalement été jugée comme un succès. Seuls 26 pays ont été touchés par la maladie et moins de 1 000 personnes en sont mortes. « Brundtland a fait des choses pour lesquelles l’OMS n’avait pas de mandat », se souvient David Fidler, consultant pour l’organisation. Pour cause : ce ne sont ni les traitements, ni les vaccins qui sont venus à bout du SRAS, mais l’échange d’information à l’échelle mondiale, les restrictions de voyage, des politiques de dépistage et d’isolement des malades.

L’occasion manquée

Malheureusement cet essai ne sera pas transformé. Il y avait pourtant une opportunité : « Le règlement sanitaire international de 1951 a été révisé à la suite du SRAS », explique Auriane Guilbaud. D’aucuns ont poussé pour donner plus de latitude à l’OMS, mais c’est finalement la ligne inverse qui l’a emporté. Plusieurs pays avaient en effet la crainte de devoir affronter les mêmes restrictions qu’a eu à subir la Chine si jamais ils venaient à se retrouver dans sa situation. Ainsi, sur la question de la fermeture des frontières, le règlement sanitaire international révisé stipule désormais que « les États membres s’engagent à prévenir la propagation internationale des maladies et à y réagir avec des mesures sanitaires proportionnées sans entraves inutiles aux déplacements et aux commerce international ». Pour Auriane Guilbaud, cette résolution en demi-teinte s’explique par deux choses : « Tout d’abord, il ne faut pas que les États se sentent discriminés, sinon ils pourraient hésiter à rapporter des événements de santé publique. Ensuite, ils ne veulent pas être mis au ban de la communauté internationale parce qu’on aurait interdit tout commerce avec eux. »

L’OMS est devenue inaudible

Ainsi, pour l’épidémie d’Ebola en 2014 comme pour celle du Covid-19, l’OMS n’a pas appelé à la fermeture des frontières. « En 2014, certains États les avaient fermées », se souvient Auriane Guilbaud. « L’OMS les avait alors critiqués estimant que cela faisait plus de mal que de bien. » Pour l’épidémie d’Ebola, l’OMS avait également mis plusieurs mois à déclarer une urgence. David Fidler estime ainsi que cela a retardé d’autant une aide internationale pourtant essentielle, et grandement affaibli le leadership de l’OMS. Ce manque est criant aujourd’hui : « De nombreux États ne suivent plus les recommandations », analyse Auriane Guilbaud.

Richard Horton, le rédacteur en chef de la prestigieuse revue médicale The Lancet va plus loin : « Les États, et particulièrement les États occidentaux n’ont pas écouté. Plutôt : ils n’ont pas cherché à comprendre ce qui se passait en Chine au début de l’année 2020 ». On peut ainsi considérer que la déclaration d’une pandémie le 11 mars était purement rhétorique pour pousser les États membres de l’OMS à faire plus, étant donné que l’urgence sanitaire de portée internationale les obligeait déjà à réagir.

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L’organisation a en effet toujours répété quelques principes simples que doivent appliquer les États : réduire l’exposition du public à la maladie, en particulier en identifiant toutes les chaînes de contamination. « Il faut tester, tester, tester », ne cesse de marteler le Dr Tedros depuis plusieurs mois. Il n’a donc pas été écouté puisqu’à l’exception de la Corée du Sud et de l’Allemagne, la plupart des pays occidentaux se sont illustrés par leurs carences en la matière jusqu’à un confinement devenu inévitable – certains pays pariant même sur une putative immunité de population à rebours de toutes les recommandations.

L’OMS doit également faire face à une disparition presque complète de la coopération internationale en matière sanitaire – excepté sur le plan scientifique. Des images de gouvernements réquisitionnant des masques au détriment d’autres pays, d’autres voulant s’arroger la primeur d’un éventuel vaccin… Les exemples ne manquent pas et il y a bien sûr le retrait américain de l’organisation. Il s’agit pour l’instant d’une suspension, mais les États-Unis fournissent 15 % du budget de l’OMS. Cela impactera donc forcément les programmes tout en donnant paradoxalement plus de latitude à la Chine – précisément ce que dénonce Washington avec ce retrait. En matière épidémique, la coopération internationale est pourtant essentielle : « Faire circuler l’information est essentiel, et c’est un défi. Il faut faire travailler 194 États membres ensemble et il faut bien quelqu’un pour remplir ce rôle. L’OMS est la seule organisation de santé à vocation universelle », rappelle Auriane Guilbaud.

Une assemblée générale sous le signe du Covid-19

C’est donc avec ce rôle affaibli que l’Organisation mondiale de la santé va aborder son assemblée générale du 17 au 21 mai. D’ordinaire consacrée aux questions de gouvernance, elle risque d’être entièrement dédiée à la pandémie de Covid-19. De plus, « cela devrait être une assemblée virtuelle », anticipe Auriane Guilbaud. « C’est dommage car en temps normal, beaucoup de discussions ont lieu entre deux portes, ce ne sera pas possible. Elle sera tout de même très intéressante à suivre, il faudra voir comment les États membres se positionnent par rapport au Directeur-Général, s’il est soutenu. »

Après chaque épidémie, l’OMS réalise toujours une évaluation sur les événements passés. Des leçons sont tirées et conduisent à des mesures de plus ou moins grande ampleur. L’organisation apparaît aujourd’hui plus fragilisée que jamais. Qu’en sera-t-il demain ? Ses États membres accepteront-ils de lui laisser plus de latitude ? « Nous sommes toujours en pleine crise. Ces mesures, ce sera pour après », conclut Auriane Guilbaud.

 
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