Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Des chefs d’Etat africains pleurent Notre-Dame mais restent
insensibles aux malheurs de leur pays

Cameroun, Sénégal, Mali, Mozambique : des citoyens se sont agacés de la compassion de leurs dirigeants
alors que le continent ne manque pas de drames humains.

Par , , , , et Lilia Blaise
Publié le 18 avril 2019 à 11h27 - Mis à jour le 18 avril 2019 à 20h52


Notre-Dame de Paris au matin du 17 avril 2019, après le terrible incendie qui a ravagé la cathédrale dans la nuit du 15 avril.
Notre-Dame de Paris au matin du 17 avril 2019, après le terrible incendie qui a ravagé la cathédrale
dans la nuit du 15 avril. Philippe Wojazer/REUTERS

Les images ont franchi les mers. Celle d’une flèche qui tombe sous les flammes, celle des nuages de fumées qui flottent au-dessus d’un édifice huit fois centenaire. L’incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris, lundi 15 avril, continue de créer une onde de choc, en Afrique aussi.

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Au Mali, ce sujet est même arrivé en première position dans le discours à la nation, prononcé mardi soir par le président Ibrahim Bouboucar Keïta (IBK). « Avant d’aller plus en avant, j’aimerais inviter tous nos compatriotes à se joindre à la douleur de la communauté chrétienne qui pleure Notre-Dame de Paris », a déclaré le chef de l’Etat de ce pays où plus 95 % de la population est musulmane. « Le joyau ravagé par le feu avait su traverser le temps, ouvrir les bras au monde entier. Aujourd’hui, il n’appartient plus à une confession. Il est un trésor mondial, un patrimoine de l’humanité et l’humanité saura le restaurer, comme elle le fit hier avec les monuments de Tombouctou, démolis dans un passé récent par la folie destructrice de ceux-là qui ne rendirent pas ce faisant un quelconque service à notre islam vénéré », a-t-il précisé. Et ses mots forts font écho à d’autres, ailleurs, en Afrique francophone.

« Génie créateur »

Au Burkina Faso, le président Roch Marc Christian Kaboré s’était vite déclaré « de tout cœur avec Emmanuel Macron, Anne Hidalgo et la population parisienne ». Comme le président Macky Sall qui a lui aussi rapidement fait entendre sa voix dans le concert des condoléances sur Twitter. « Au nom du Sénégal, j’exprime toute notre solidarité à la France et à toute la communauté chrétienne à travers le monde », avait-il observé dans un premier temps avant d’enchaîner avec un message au président Macron et un communiqué exprimant « au peuple français et à l’ensemble de la communauté catholique ses sentiments de sympathie et de solidarité ». Le tout additionné de « la conviction que le peuple français trouvera dans son génie créateur les moyens de restaurer cette grandiose œuvre spirituelle et architecturale. » Ce qui a suscité la réaction de nombreux internautes regrettant que leur président ne soit pas aussi prompt à l’hommage et à la solidarité lorsqu’il s’agit d’un drame africain.

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Au Cameroun, les mêmes mots ont produit les mêmes effets. L’opinion publique camerounaise s’est même largement agacée sur les réseaux sociaux que son président, Paul Biya, soit davantage attendri par l’incendie de Notre-Dame de Paris que par les malheurs auxquels la population du pays est confrontée. « Je ne suis pas la cathédrale Notre-Dame ! Je suis NOSO [Nord-Ouest et Sud-Ouest, régions anglophones]. Des milliers de villages brûlés. Des enfants qui naissent et meurent en brousse. La jeunesse non scolarisée. Ceci vaut mille fois plus que cet incendie », assure Mireille, sur Twitter. Nchare, sur Twitter aussi, préfère, lui, faire quelques recommandations et conseille de dire « à ce Monsieur qu’il ne doit pas se contenter de la courtoisie diplomatique. Nous attendons aussi des actes de compassion officielle de sa part quand le Cameroun subit des drames. Il y a aussi des incendies et le sang qui coule au NOSO ». Dans ce pays miné par une grave crise dans les zones anglophones, le message est clair.

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Comme en Afrique du Sud, où certains se sont étonnés que l’on prête plus d’attention à cette perte matérielle qu’aux pertes humaines provoquées par le cyclone Idai qui a ravagé l’Afrique australe mi-mars, faisant plus de 1 000 morts. « Si les Européens arrivent à se rassembler et à se regrouper pour la cathédrale Notre-Dame, je me demande, pourquoi, nous les Africains ne sommes-nous pas capables d’aider les Mozambicains. Les Européens s’unissent dès que l’un d’eux à un problème. Pourquoi les nations africaines n’en sont-elles pas capables ? », a déclaré ce mercredi Gustaf, un auditeur, sur la radio 702, l’une des plus écoutées d’Afrique du Sud. « Il semblerait que les gens se préoccupent plus d’un bâtiment que d’êtres humains », a renchéri Chad, un autre auditeur. Pour rappel, les Nations unies ont lancé un appel pour lever près de 300 millions de dollars (266,6 millions d’euros) afin de porter assistance aux victimes du cyclone Idai. Pour l’instant, un quart de la somme seulement, soit 70 millions de dollars, a été récolté.

« Parabole de la reconstruction »

Par-delà ces polémiques, la communauté religieuse s’est elle aussi saisie du sujet et a multiplié les réactions. Un hommage a été rendu, mercredi 17 avril, lors de la messe chrismale à la cathédrale Saint-Vincent-de-Paul de Tunis. « Nous avons tous été sous le choc en voyant ces images, a déclaré le père Silvio Moreno, le vicaire de la cathédrale de Tunis. Moi-même je suis allé à plusieurs messes dans Notre-Dame, elle représente beaucoup. Espérons que sa reconstruction matérielle soit aussi une parabole pour la reconstruction de la foi chrétienne en France », a-t-il ajouté.

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Au Sénégal, où les catholiques représentent moins de 5 % de la population du pays, l’abbé Jacques Seck a rappelé au micro d’iRadio que « cette nouvelle a fait mal à tous les chrétiens. Parce que l’Eglise est une. C’est un malheur, pour moi qui adore, que la maison de Dieu soit brûlée, à Hongkong, Djakarta ou Paris. Même si c’est une chapelle qui brûle, ça me fait mal ».

D’autres ont décidé, à l’instar du roi de Krindjabo, capitale du royaume du Sanwi, dans le sud-est de la Côte d’Ivoire, de faire un don pour la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris, où avait été baptisé par Bossuet dans les années 1700, Louis Aniaba, un prince du royaume.

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Parolin: le Pape demande à Assad des initiatives concrètes
pour la population | Vatican News

 

Alors que les actions de guerre et les bombardements à l’encontre des civils sans défense continuent et que des dizaines de structures sanitaires ont été détruites ou fermées à Idleb, François a fait remettre par le cardinal Turkson une lettre au président syrien.

Andrea Tornielli – Cité du Vatican

[ndlr: trad. par Vatican News de l’article original paru dans l’Osservatore Romano, 23.07.19, p.1.]

Le nouveau directeur de la Salle de Presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, a annoncé dans une déclaration que ce lundi matin à Damas, le cardinal Peter Turkson, préfet du Dicastère pour le Service du Développement humain intégral, accompagné par le sous-secrétaire de ce dicastère, le père Nicola Riccardi, et par le cardinal Mario Zenari, nonce apostolique en Syrie, a rencontré le président Bachar el-Assad. Durant la rencontre, le cardinal Turkson a remis au chef de l’État une lettre qui lui a été adressée par le Pape François.

La protection de la vie des civils, l’arrêt de la catastrophe humanitaire dans la région d’Idleb, des initiatives concrètes pour un retour des réfugiés en sécurité, la libération des détenus et l’accès pour les familles aux informations sur leurs proches, des conditions d’humanité pour les détenus politiques : ce sont les préoccupations et les demandes concrètes contenues dans ce message que le Pape François a voulu faire transmettre au président syrien.

Vatican News a interrogé le Secrétaire d’État, le cardinal Pietro Parolin, premier collaborateur du Pape, sur le contenu et les objectifs de la lettre.… Lire la suite: Parolin: le Pape demande à Assad des initiatives concrètes pour la population – Vatican News, Andrea Tornielli, 22.07.19.

Attaques racistes : Trump persiste et signe | eurotopics.net

bandeau eurotopics

Donald Trump s’en est pris à nouveau aux quatre députées démocrates qu’il avait conspuées sur Twitter. Ses partisans ont repris en chœur le slogan “Renvoyez-la chez elle”, adressé à celle des quatre députées n’étant pas née aux Etats-Unis. Si le Congrès avait condamné l’attaque, quatre républicains seulement y avaient apporté leurs voix. Les chroniqueurs y voient une stratégie électorale.

Le vote de l’homme blanc

L’attaque portée par Trump contre les quatre députées augure une campagne raciste, assure l’historien Massimo Teodori sur Huffington Post Italia :

«En 2016 était élu pour la première fois un candidat considéré comme un ‘président blanc’ par les pans de la population pour lesquels la couleur de la peau compte plus que tout autre indicateur socio-économique. C’est la raison pour laquelle Trump fera campagne pour sa réélection en tenant un discours chauviniste, raciste et ethnocentrique, afin de recueillir un ‘vote blanc’ encore plus massif que celui obtenu en 2016. Sa sortie contre les quatre députées, axée sur leur nature ‘non-américaine’, est un avant-goût de ce à quoi on risque d’assister dans les prochains mois.»

Une stratégie payante

Tout cela ne peut que profiter à Trump, juge Delo :

«Il pense que la plupart des électeurs redoutent une évolution d’extrême gauche, comme l’incarnent selon-lui les quatre députées démocrates. Il estime par ailleurs qu’elles propageront le ‘communisme, l’antisémitisme et l’anti-américanisme’ à l’ensemble du parti démocrate. Et que les électeurs, dès lors, accorderont encore plus de crédit à ses affirmations, à savoir que les Américains n’ont jamais été aussi bien lotis qu’au cours de son mandat. Trump consolide ainsi sa position – personnelle et politique – avant les présidentielles de l’année prochaine.»

Il ne faut pas que cela devienne la norme

Les cris entendus dans les meetings de Trump s’inscrivent dans le cadre d’une funeste stratégie, commente De Morgen :

«Trump et le Parti républicain, qui ne condamnent pas ces agissements, ou bien du bout des lèvres seulement, jouent un jeu dangereux. En attisant l’hystérie des masses contre les minorités, il risque de fournir de nouvelles munitions aux crimes haineux, lesquels ont déjà fortement augmenté dans tout le pays au cours de sa présidence. … Les Américains s’y habituent, et nous aussi. Cet état de fait ne peut devenir la norme dans un pays où ‘la vie, la liberté et la recherche du bonheur’ sont ancrés au cœur même de la déclaration d’indépendance.»

Les démocrates auront besoin d’autre chose

S’indigner des commentaires racistes du président Trump ne sera pas d’un grand secours pour les démocrates, croit savoir Kristeligt Dagblad :

«Même si les démocrates bénéficiaient d’une vague de sympathie avec l’habituelle indignation générée par le président Trump, ils sont confrontés à un problème plus profond, dont Trump est tout à fait conscient. Ils n’arrivent pas à parler positivement des Etats-Unis. … Ils peuvent s’en prendre à Trump, à son mur, à ses actes et à ce qui fait sa personnalité, mais ils sont plus ou moins incapables de détailler leur programme pour les Etats-Unis. Qu’ont-ils à offrir aux travailleurs américains ? Quel rôle les Etats-Unis doivent-ils jouer dans le monde ? Ce n’est pas un hasard si la sortie de Trump contre les députées démocrates s’en prend justement à leur tendance à parler négativement des Etats-Unis.»

Johannes Henriksen – Accéder à l’article original

Des intimidations sexistes

D’après une étude réalisée par l’Institute for Strategic Dialogue et la BBC, les critiques exprimées sur les réseaux sociaux sont souvent sexistes. Upsala Nya Tidning appelle la société à réagir :

«Sur Twitter, Trump a appelé des députées démocrates qui venaient de critiquer son administration à ‘retourner dans leurs pays’. Sur un sujet politique – des critiques formulées à l’encontre du gouvernement – le président répond par des attaques personnelles, tout aussi sexistes que racistes. Il prive ainsi ces politiques de la possibilité de réagir aux critiques sur une base factuelle. … La société doit nommer clairement ceux qui propagent une telle haine, et soutenir ceux qui en sont victimes. C’est la seule façon de garantir que les politiques puissent évoluer dans un environnement sûr et avec les mêmes règles du jeu.»

Un apôtre de la haine à la Maison-Blanche

Le président a un comportement autocratique, juge Die Presse :

«Pas besoin d’être d’accord avec la ‘Brigade’, comme a choisi de se désigner le groupe résolument progressiste autour d’Alexandria Ocasio-Cortez, avec la vision naïve du ‘Green New Deal’ ou encore avec la critique d’Israël et du lobby israélien. Ces députés posent également un défi aux démocrates et à leur cheffe de file, Nancy Pelosi. Mais pour cette dernière, il est néanmoins évident que l’essence de la démocratie réside dans le dialogue, dans la possibilité d’exprimer ses critiques et d’accepter les avis divergents, sans céder aux ripostes grossières. Contrairement à Trump, politique impulsif et instinctif, qui conçoit la démocratie tel un autocrate, et qui préfère museler ses détracteurs ou les qualifier de traîtres à leur patrie.»

Trump cherche à faire monter la pression

La stratégie de Trump fait peu de cas des torts qu’elle peut causer, explique Der Standard :

«Le président se soucie comme d’une queue de cerise que la plupart des élues démocrates qu’il a récemment taxées d’être des étrangères soient nées aux Etats-Unis. Et peu lui chaut que les déportations massives annoncées de manière tonitruante aient réellement lieu ou non. Trump ne cherche en aucune manière à résoudre les problèmes qui découlent de l’immigration clandestine – bien au contraire. Plus les choses escaladent, plus il attise la peur, mieux cela vaut pour lui. Les Américains n’en ont pas fini d’entendre les déclarations ahurissantes que la campagne des élections de 2020 engendrera – nous non plus, du reste.»

Florian Niederndorfer –Accéder à l’article original

Du racisme pur et dur

Qualifier les propos de Trump de “stratégiques” revient à les minimiser, estime Irish Examiner :

«Si certains nourrissaient encore des doutes quant au racisme et au sectarisme du président, ceux-ci auront été définitivement balayés par les tweets rédigés dimanche à l’encontre de la ‘Brigade’ [surnom du groupe des quatre députés progressistes concernés]. … Les tweets rappellent que le président a choisi de diviser et d’exploiter le pays plutôt que de le diriger. La leçon que l’on peut en tirer, c’est que Trump et ses partisans les plus radicaux considèrent que les notions réconfortantes que les Etats-Unis pouvaient avoir en matière de progrès des droits civiques et de lutte contre le racisme n’ont plus cours dans le pays.»

Une biographie gênante

La Vanguardia rappelle que Trump est lui-même le descendant d’immigrés :

«Le paradoxe dans tout ça, c’est que la mère de Trump a émigré d’Ecosse avec 50 dollars en poche pour se construire une nouvelle vie à New York. Son grand-père paternel était un Allemand qui a émigré à l’âge de 16 ans pour participer à la ruée vers l’or avant de finir par créer une chaîne de maisons closes en Alaska. Sans parler de sa femme, Melania, qui est slovène. L’univers personnel de Trump est rempli d’immigrés. Peut-être les persécute-t-il avec autant de hargne parce qu’ils lui rappellent justement des origines qui déprécient sa condition de ‘vainqueur’. Comme une tache dans sa biographie.»

Le point de non-retour

La Repubblica y voit un tournant :

«Il est étonnant de constater que le président des Etats-Unis, démocratiquement élu, puisse recourir à des catégories de pensée fascistes et racistes. Pire encore, qu’il a aussi été élu parce qu’il tient des propos fascistes et racistes. … L’élection de cet individu à la Maison-Blanche est une date historique et un point de non-retour : elle représente la défaite de la culture démocratique occidentale. La défaite d’un certain lexique, d’une façon de penser, de se comporter, de discuter et même de se détester. Il est indéniable que la culture démocratique (sa politique économique, ses choix, ses hypocrisies) est également responsable de cette défaite. Mais cela ne change absolument rien à l’essence du problème.»

Source : Attaques racistes : Trump persiste et signe | eurotopics.net, 19.07.19.

Mauritanie: quand le clergé usurpe le pouvoir des tribunaux |RIM News

 
 

lun, 15/07/2019 – 16:10

Au regard de l’article 11 de l’Ordonnance n° 2007/012, du 8 février 2007: «La Cour suprême est la plus haute instance judiciaire du pays. A ce titre, elle statue sur les pourvois en cassation formés contre les jugements et arrêts rendus en dernier ressort par les autres juridictions.»

Clair, cristalline et sans ambiguïté, dites-vous! Hé bien, pas pour tous!

Pourtant, un système judiciaire hiérarchisé est non seulement le reflet de la modernité de l’État, mais aussi le cœur de son autorité et de sa cohésion institutionnelle.

Le problème, est qu’on a assisté ces derniers temps en Mauritanie à une sorte de «ping-pong judiciaire», sortie directement de la brume magique des ténèbres de certains «oulémas», au service, lesquels on fini par nous confondre à l’inconscience.

Le dossier en question relevait des termes de l’ancien article 306 du Code Pénal mauritanien (Ordonnance 162/83 du 9-7-1983), dont voici les termes:

« ART. 306 (…) Tout musulman coupable du crime d’apostasie, soit par parole, soit par action de façon apparente ou évidente, sera invité à se repentir dans un délai de trois jours. S’il ne se repent pas dans ce délai, il est condamné à mort en tant qu’apostat, et ses biens seront confisqués au profit du Trésor. S’il se repent avant l’exécution de cette sentence, le parquet saisira la Cour suprême, à l’effet de sa réhabilitation dans tous ses droits, sans préjudice d’une peine correctionnelle prévue au 1er paragraphe du présent article».

De fait, la Cour suprême a exercé sa compétence et a rendu sa décision finale au regard des faits et du droit.

À la surprise de tous, et après des mois de détention préventive, un conseil de «oulémas» fut convoqué pour décider à cet égard.

Or, un tel acte est manifestement ultra-vires puisqu’il donne une compétence à une entité ignoré par la loi dans le processus judiciaire.

Certes, avant la judiciarisation du dossier, le pouvoir peut demander des avis à qui bon lui semble, y compris aux oulémas et à la Cour suprême elle-même, mais pas après une décision finale de cette dernière dans le dossier.

En effet, à l’exception du Conseil constitutionnel, aucune autre loi effective en Mauritanie, ne donne compétence à une instance, autre que la Cour suprême, de décider, en tout ou en partie, en dernier ressort.

Alors, confronter ou pousser des institutions à se concurrencer, voire à se contredire, et ce, en fonction des brouhahas de la rue et de ses vampires assoiffés, est un précédent dangereux pour la stabilité et la crédibilité de l’État, y compris la rationalité législative.

Il est donc du devoir de la Mauritanie de prendre sa responsabilité: soit qu’elle se déclare un «pays musulman médiéval», à l’instar de l’Arabie-Saoudite, où la «CHARIA ISLAMIQUE» est la seule loi applicable à tous les délits, ce qui est défendable après tout, car, on est un peuple et un pays musulmans!

Soit que la Mauritanie se déclare un «État moderne», comme elle le prétend, et ce, en légiférant avec rationalité, objectivité, conformité et respect au principe du Droit, rien que le droit.

Mais vouloir faire plaisir à l’Occident et ses bailleurs de fonds, en miroitant un faux attachement aux valeurs universelles des droits de l’Homme, tout en occultant leur application le moment venu, est une aberration et une lâcheté manifestes.

Alors de grâce, sortez la Mauritanie de cette ambigüité juridique et institutionnelle.

Rester la tête au moyen âge, tout en cherchant, dans la confusion, à y mettre les pieds au vingtième siècle, est une posture que je refuse pour mon pays en 2019! 

Maître Takioullah Eidda, avocat

Bir-Oumgrein, Mauritanie

Source: COUP D’ÉTAT JUDICIAIRE :QUAND LE CLERGÉ USURPE LE POUVOIR DES TRIBUNAUX!, rimnews.info, 15.07.19

[Tribune] Côte d’Ivoire-Ghana : le cacao, ces fèves de la discorde

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Par

Doctorant en Histoire contemporaine à la faculté de droit et de sciences politiques de l'Université de Rennes 1. Spécialiste de l'histoire politique et économique de la Côte d'Ivoire.

La Côte d’Ivoire et le Ghana jouent gros dans leur politique de rétention des fèves de cacao. Les expériences passées n’ont pas produit les effets escomptés. Mais Accra et Abidjan ont tout à y gagner.

Le 11 juin, la Côte d’Ivoire et le Ghana ont décidé d’un commun accord de suspendre la vente de leur production de cacao sur le marché international. L’objectif ? Faire remonter les prix aux alentours de 2 600 dollars la tonne [2 300 euros]. Cette décision brusque et spectaculaire a fait couler beaucoup d’encre, d’autant que le pari est risqué et que les industriels vont être durs à convaincre. Pourtant, en ce qui concerne la Côte d’Ivoire, ce type d’ultimatum n’est pas inédit.

La première fois, c’était en 1979. Après deux décennies de croissance soutenue et de résultats agricoles plus que satisfaisants, les cours internationaux avaient commencé à flancher en 1977. Deux ans plus tard, la Côte d’Ivoire décidait donc de se retirer du marché. Il s’agissait là d’une expérimentation de la part de l’exécutif ivoirien qui, en cette fin des années 1970, connaissait ses premières difficultés économiques. Mais ce fut un échec, et l’ardoise avait été salée – les frais de stockage s’élèveront à 7 milliards de F CFA [soit 10,7 millions d’euros].

1988 : le pire fiasco

Malgré tout, en avril 1988, la Côte d’Ivoire retente l’expérience lors de l’un des temps forts de ce que l’on appellera la guerre du cacao. Acculées par une baisse drastique des cours sur le marché international et privées d’une partie de leurs revenus, les autorités commencent par suspendre le service de la dette du FMI et de la Banque mondiale, le 25 mai 1987 – c’est le premier acte. Mais la confrontation débute véritablement l’année suivante, lorsque le pays décide tout bonnement de geler ses ventes à l’international – c’est le deuxième acte. L’idée était de priver le marché de 40 % de la production mondiale de cacao pour en faire bondir les cours à la Bourse de Londres.

Les autres producteurs tels que le Ghana, le Nigeria ou le Cameroun ont refusé de faire cause commune

Or la mauvaise préparation de cette décision et la surproduction qui sévissait à l’époque – la barre des 2 millions de tonnes est atteinte en 1987 – en font un nouvel échec. D’autant que les autres producteurs tels que le Ghana, le Nigeria ou le Cameroun ont refusé de faire cause commune et de retenir leur production, condamnant la Côte d’Ivoire à assumer seule ses choix. Résultat : des années plus tard, l’épisode de 1988 apparaît toujours comme le pire fiasco qu’ait jamais connu le pays en matière de lutte pour une plus juste rémunération des planteurs.

Ghana et Côte d’Ivoire : 70% de la production mondiale

Dès lors, la décision prise au début de juin est-elle vraiment pertinente ? Pour répondre à cette question, il faut garder à l’esprit que le contexte est différent, que plusieurs voyants sont au vert et surtout que la Côte d’Ivoire a aujourd’hui un allié de taille : le Ghana. À eux deux, ils représentent près de 70 % de la production mondiale. C’est ce qui peut permettre à ces deux géants du cacao de faire pression sur le marché international.

Par ailleurs, on est loin de la surproduction de 1987. La sécheresse qui menace d’amoindrir la production ivoirienne et la maladie du cacaoyer, le swollen shoot, qui pèse sur la production ghanéenne renforcent même l’inquiétude des industriels, qui seront du coup plus enclins à être conciliants.

L’ombre des élections

Mais la Côte d’Ivoire et le Ghana jouent gros. Économiquement, bien sûr, et politiquement : de nombreux analystes ont fait le rapprochement entre l’entente qu’ils ont conclue et les élections présidentielles qui se tiendront à la fin de 2020 au Ghana comme en Côte d’Ivoire. Car si cette politique de rétention des fèves finit par être un succès, elle ne manquera pas d’avoir un écho auprès des électeurs, qui, de part et d’autre de la frontière, sont convoités par les grands partis.

Ils pourraient y voir un acte de bravoure de la part de leurs dirigeants et en tenir compte dans les urnes. Dans un pays qui, comme la Côte d’Ivoire, compte près de 800 000 planteurs, qui font vivre autant de familles, cela n’est pas rien.

Pour ne rien gâcher, cela permet à ces deux pays de réaffirmer leur amitié à l’international. Un lien qui avait été mis à mal par un fâcheux contentieux lié à leur frontière maritime – l’affaire a été tranchée en septembre 2017 en faveur du Ghana par un arbitrage international – et par l’épineuse question des réfugiés ivoiriens au Ghana (le sujet n’a cessé de crisper les relations des deux voisins depuis la crise post-électorale ivoirienne). Autrement dit, le pari est risqué. Les expériences passées n’ont pas produit les effets escomptés. Mais Accra et Abidjan ont tout à y gagner.