Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Mali: la Minusma a rendu son rapport sur le massacre de Sobane Da

Cérémonie du souvenir et d'hommage aux victimes de Sobane Da: «Plus jamais ça au Mali» peut-on lire sur la banderole, monument de la Paix, Bamako, le 15 juin 2019.
© REUTERS/Annie Risemberg

Au Mali, la division des droits de l'homme de la Minusma, la mission de maintien de la paix des Nations unies, publie son rapport d'enquête sur le massacre de Sobane Da, dans le centre du Mali. C'était le 9 juin dernier, des hommes armés s'en prenaient à ce village du cercle de Bandiagara, tuant au moins 35 personnes dont 22 enfants de moins de 12 ans. D'après le rapport de la Minusma, le massacre de Sobane Da est le point d'orgue de mois de violences inter-communautaires dans la région.

C'est vers 17 heures, le 9 juin 2019 qu’une quarantaine d’hommes armés arrivent à Sobane Da. Armés de fusils automatiques, ils tirent à vue, puis entrent dans le village, incendient cases et greniers. La plupart des victimes meurent brûlées vives ou asphyxiées et près de 330 personnes fuient vers les villages voisins. Bien que l'armée malienne ait été prévenue le soir même, ce n'est que le lendemain que les militaires arriveront à Sobane Da.

D'après l'enquête des Nations unies, qui ont pu interroger des survivants, des témoins ou encore des autorités locales et coutumières, ce massacre s'inscrit dans une spirale de violences inter-communautaires. Les témoins ont pu identifier les auteurs comme étant des jeunes peuls d'un village avoisinant appartenant à un groupe d'auto-défense. Des jeunes dogons de Sobane Da, probablement membres d'une brigade de surveillance, ont quant eux essayé de répliquer. Dans les vestiges du village, les enquêteurs ont retrouvé deux armes collectives artisanales, sortes de fusils montés sur trépied, dont l'usage reste encore incertain.

Le mobile religieux exclu

Les enquêteurs des Nations unies n'ont pas établi d'affiliation des assaillants de Sobane Da à « un quelconque groupe armé extrémiste. » Ils excluent également un mobile religieux à cette attaque, bien que l'église du village et des maisons marquées d'une croix aient été épargnées.

« La violence armée entre communautés au centre du Mali continue de s'étendre », conclut l'enquête. D'après la Minusma, ces attaques ont fait plus de 440 morts depuis le début de l'année, soit déjà 30 de plus qu'en 2018.

Sobane Da reste sans doute l'attaque la plus grave, mais depuis 2018, 43 incidents de ce type ont été enregistrés par les Nations unies sur l'ensemble des villages de la commune de Madougou, dont dépend Sobane Da.

Quelques jours après l'attaque, le président Ibrahim Boubacar Keïta s'est rendu à Sobane Da, promettant justice et poursuite de ceux qui possèdent illégalement des armes. Le pôle judiciaire spécialisé a ouvert une enquête, qui n'a pas encore abouti à des arrestations.

 

Mali : accords de paix entre groupes armés peuls et dogons dans le centre

| Par Jeune Afrique avec AFP

Des accords « de cessation des hostilités » ont été signés par des groupes armés peuls et dogons qui se déchirent depuis des mois dans plusieurs localités du centre du Mali, en marge d'une visite du Premier ministre Boubou Cissé, a-t-on appris lundi de sources officielles.

Ces accords de paix ont été conclus dans les cercles de Macina, Djenné, San, Ténenkou et Niono (régions de Mopti et de Ségou) par une dizaine de groupes armés peuls et de chasseurs traditionnels dozos, composés notamment de membres de la communauté dogon, selon un document officiel consulté par l’AFP.

Depuis l’apparition en 2015 dans le centre du Mali du groupe jihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l’agriculture, qui ont créé des « groupes d’autodéfense ».

« Il faut que nos actes traduisent notre volonté »

Ces violences intercommunautaires ont fait des centaines de morts. Elles avaient culminé le 23 mars à Ogassagou, près de la frontière burkinabè, où quelque 160 Peuls avaient été tués par des chasseurs dogons présumés.

Les groupes « s’engagent à cesser immédiatement et définitivement les hostilités, à tout mettre en oeuvre pour favoriser la libre circulation des personnes, des biens et des agences humanitaires », selon le document signé en présence du Premier ministre, qui a « encouragé les parties à faire la paix », d’après ses services.

Ils se sont également engagés à « démasquer et dénoncer auprès des autorités les terroristes et au besoin à les combattre ».

« Il faut que nos actes traduisent notre volonté. Si nous voulons la paix, nos actes doivent le montrer », a lancé devant la presse Boubou Cissé, qui avait entamé sa tournée dans le centre le 1er août, la deuxième depuis juillet, alors que plusieurs accords de cessez-le-feu signés par le passé étaient restés lettre morte.

Les régions de Ségou et Mopti concentrent l’essentiel des déplacés dans le pays, dont le nombre est passé de 18 000 à 70 000 entre mai 2018 et mai 2019, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) des Nations unies, mais plusieurs centaines de personnes ont commencé à rentrer dans leurs villages ces dernières semaines.

 

[Tribune] Corruption : à qui la faute ?

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Par

Marc-Antoine Pérouse de Montclos est directeur de recherches à l’Institut de recherche pour le développement (IRD, France).

Les Africains sont-ils condamnés à être corrompus ? La corruption est-elle une habitude si bien ancrée qu’on ne pourra jamais l’extirper d’un continent irrémédiablement associé au mal-développement ?

Le cas du Nigeria est significatif à cet égard. Réputé compter parmi les pays les plus touchés par ce fléau au monde, il connaît en effet de vifs débats sur le sujet. Ses habitants évoquent notamment les spécificités d’un mystérieux Nigerian factor pour expliquer le népotisme, la violence politique ou le détournement de fonds publics.

Une première école de pensée entretient ainsi une vision très culturaliste du problème. La corruption serait un héritage de la tradition africaine du cadeau : le dash, en pidgin. À meilleure preuve, elle ne touche pas que les élites et répond pour beaucoup aux obligations de solidarité et de réciprocité de la famille élargie.

Le « dash », une tradition européeenne ?

La corruption à l’africaine implique de la redistribution. Elle n’est pas motivée que par le profit personnel et se manifeste souvent par des dépenses ostentatoires lors de cérémonies « traditionnelles » qui servent à démontrer tout à la fois la générosité et la puissance du chef.

Sans nier ces pesanteurs culturelles, d’autres courants de pensée voient cependant dans la corruption l’expression d’un déclin des valeurs morales des coutumes africaines, qui auraient en quelque sorte été perverties par la colonisation et l’introduction d’économies de marché. De façon significative, le terme « dash » – le fameux pot-de-vin nigérian – vient par exemple d’un mot d’origine hollandaise, « dasje », qui désigne une petite pièce de tissu autrefois utilisée pour troquer des esclaves contre des armes à feu et des babioles du temps de la traite.

La corruption serait en fait une tradition européenne, soutiennent ainsi de nombreux Nigérians. La conquête coloniale n’était pas légitime. Elle aurait donc donné lieu à une forme de résistance passive consistant à détourner les fonds publics.

La construction d’États modernes, notamment, est allée de pair avec l’introduction de taxes dont la collecte ouvrait la voie à la prévarication.Dans le cadre d’un système d’administration indirecte, les Britanniques se sont en effet appuyés sur des chefferies locales qui, en pratique, ont joué le rôle de percepteurs en étant rémunérés au prorata de leur capacité à lever l’impôt.

Les caisses de la colonie

Dans le nord du pays, à dominante musulmane, par exemple, les paysans du Borno devaient donner en nature 10 % de leurs récoltes à des chefs de village (bullama) qui se chargeaient ensuite d’en transmettre une partie à des chefs de canton (lawan) et de district (aja) pour rendre hommage au sultan de la région, le Shehu, chacun prélevant sa commission au passage.

Censé alimenter les caisses de la colonie, un tel procédé était assimilé à de l’extorsion, si bien que le terme « ngaji », qui désignait initialement un tribut traditionnel en kanouri, a changé de sens et a fini par évoquer un bakchich.

Développement étatique

Indéniablement, le développement d’administrations étatiques a bouleversé le rapport à la richesse. Les Britanniques considéraient comme des agents de la fonction publique les chefs de district, qu’ils avaient salariés. Mais les Haoussas et les Kanouris des sociétés féodales du nord du Nigeria ne le voyaient pas ainsi.

Pour eux, ces chefs étaient les héritiers des seigneurs d’autrefois. De façon clandestine, les musulmans haoussas et kanouris ont donc continué de verser des tributs et une dîme religieuse, la zakat, pour rendre hommage à leurs émirs en dépit des interdits britanniques, qui visaient à monopoliser la collecte des impôts entre les mains des agents des collectivités territoriales, les Native Authorities.

Entre tradition et modernité postcoloniale, le Nigeria de la rente pétrolière n’est pas vraiment sorti de ces dilemmes. Le débat n’est pas tranché et la question reste ouverte : finalement, la corruption n’est-elle pas un peu la responsabilité de tous ?

Escalade de la violence dans le Sahel au Burkina Faso :
Les méfaits d’une nouvelle milice très active dénommée « Souleb »

 

Image d’illustration

De sources concordantes, des habitants installés dans la région du Burkina Faso sont présumés avoir institué une milice d’obédience d’auto défense.

Appelée les « Souleb », la milice a des effectifs, des équipements militaires modernes et très sophistiqués. Les miliciens disposent aussi d’unités motorisées et de Pick Up.

Portant des treillis neufs, ils ont plusieurs fois été vus en train de s’organiser avant de se disperser en motos (plus de 40).

Bien qu’ils soient en turban, on arrive a dévisager certains. Une menace à prendre au sérieux.

Si nous ignorons pour l’instant le nom de leur chef, nous savons qu’ils ont intimé l’ordre aux paysans de ne pas cultiver cette saison.

Ils nous revient aussi qu’en coalition avec des terroristes, ils égorgent, règnent et traumatisent les populations des zones qu ils écument.

En outre, il semble que venger les massacres de Yirgou les animent. Ces miliciens fous traquent et recherchent les Kolgweogo comme du gibier. Arbinda, Tomgomayel et Gorgadji sont leur fief naturel. Sur des images, ils disposent de moyens d’action impressionnants.
Les autorités sont alors interpelles à prendre toutes les mesures contre ces Souleb.

D’après une source de Franck Adrien Ouedraogo
Essayiste Romancier

Auteur d’un livre sur le terrorisme dans le Sahel

 

Tchad: les autorités alertent sur une vaste escroquerie pyramidale

L’Agence nationale des investigations financières (Anif) a décidé d’attirer l’attention de la population tchadienne sur les pratiques de Qnet (image d'illustration).
© Xaume Olleros/Bloomberg via Getty Images

Les autorités en charge de la surveillance des finances annoncent avoir découvert un réseau d’arnaque actif depuis quatre ans au Tchad. Il s’agit d’une organisation qui opère par un système d’escroquerie pyramidale.

Après plusieurs années d’enquête, l’Agence nationale des investigations financières (Anif), assistée du procureur de la République, a décidé d’attirer l’attention de la population sur les pratiques de Qnet, une entreprise d’origine américaine qui joue avec les limites du droit.

« A la faveur de la crise économique que traversait alors le pays, une organisation criminelle internationale connue sous le nom de Qnet a réussi à toucher par ces pratiques beaucoup de nos concitoyens appâtés par le gain rapide et facile », a expliqué Souleyman Abdelkérim Chérif, directeur de l’Anif.

Le mode opératoire de Qnet est simple : « Dans un premier temps, a-t-il développé, l’adhérent débourse pas loin de 500 000 francs CFA pour l’acquisition d’un des produits. Ensuite, pour espérer toucher des primes importantes, le nouveau venu sera obligé de trouver, à son corps défendant, au minimum deux adhérents sous peine de voir son investissement tomber à l’eau. Le but de l’arnaque n’est pas la vente en tant que telle, mais plutôt l’adhésion de masse et c’est sur la masse que ces criminels réalisent des profits énormes. »

En quatre ans, plus de 91 millions de francs CFA (près de 140 000 euros) ont été dérobés à des citoyens et face au vide juridique, les autorités sont réduites à exhorter la population à la vigilance en attendant que des lois protectrices soient élaborées.