Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Mali – Tiébilé Dramé : « Exercer la souveraineté de l’État sur Kidal
n’est pas une question négociable »

| Par

Le ministre des Affaires étrangères, Tiébilé Dramé, répond à la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), qui l'accuse de noircir la situation qui prévaut à Kidal, ce bastion touareg du Nord-Mali.

Moussa Ag Attaher, porte-parole de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), ne décolère pas contre Tiébilé Dramé, le ministre malien des Affaires étrangères. Le 25 septembre dans une interview accordée à Jeune Afrique, ce dernier reprochait au ministre de « se focaliser exclusivement sur Kidal, pour en parler négativement… Nous avons des preuves qu’à Kidal, il est le principal artisan de l’échec du comité de suivi de l’accord de paix. »

À la mi-septembre, la CMA, un des principaux signataires de l’accord pour la paix et la réconciliation d’Alger de 2015, annonçait également son retrait du comité de suivi de cet accord et du dialogue national, censé aboutir aux réformes politiques et institutionnelles nécessaires à l’application de certaines mesures du texte. Une annonce consécutive à l’annulation, à la demande de Bamako, la veille de la rencontre, du 38e Comité de suivi de l’accord (CSA), qui devait se tenir le 17 septembre à Kidal.

Pour relancer le processus d’Alger, Tiébilé Dramé devrait prochainement rencontrer son homologue algérien, Sabri Boukadoum. Cette rencontre aura également pour objet de préciser le statut de la ville de Kidal. En attendant cette entrevue, Tiébilé Dramé, présent à New York pour la 74e Assemblée générale des Nations unies, appelle la CMA au calme.

Jeune Afrique : Vous avez toujours été critique de l’accord de paix. Pensez-vous, comme le président Ibrahim Boubacar Keïta, que certaines dispositions de ce texte peuvent être rediscutées ?

Tiébilé Dramé : Avant la signature de l’accord en 2015, j’ai dit qu’il s’agissait d’une étape importante dans la quête de paix et de stabilité au Mali et qu’il fallait ensuite procéder à sa malléabilisation et à son appropriation dans le cadre d’un dialogue inter-malien. Je n’ai pas changé d’avis. Cette appropriation, nous aurons l’occasion de l’aborder dans quelques semaines, lors du dialogue national.

C’est aussi ce qu’a voulu dire le président dans son message du 22 septembre. Son propos n’était pas de remettre en cause les fondamentaux de l’accord. Bien au contraire. Il a dit son attachement, quitte à en discuter quelques dispositions. Le report de la dernière session du Comité de suivi de l’accord qui devait se tenir le 17 septembre à Kidal a suscité l’émoi. Je veux rassurer tous les partenaires : cela n’est pas synonyme d’un déraillement du processus, ni de l’implosion de l’accord de paix.

Depuis sa signature il y a quatre ans, l’accord peine à être mis en œuvre. Quelles sont les dispositions qui, selon vous, posent problème ?

Vous comprendrez que je ne veuille pas insister sur les difficultés, mais plutôt sur les avancées. L’Assemblée nationale a voté la loi créant la zone de développement du Nord, conformément à l’accord. Le dialogue national inclusif abordera entre autres des réformes politiques et institutionnelles.

Depuis sa signature, l’état de belligérance a pris fin entre les forces maliennes et les combattants de groupes séparatistes. Enfin, le 2 septembre dernier, les premières unités de l’armée nationale reconstituée ont terminé leur formation et sont sur le point d’être déployées par l’état-major,  ce qui est l’une des principales recommandations de l’accord d’Alger.

J’invite la CMA à revenir sur sa décision et à participer activement au dialogue aux côtés des Maliens.

Donner plus de pouvoir à la région dans un contexte où des groupes armés existent encore, n’est-ce pas justement ouvrir la porte au fédéralisme, comme le craignent certains opposants ?

À la fin du processus de mise en œuvre de l’accord, les groupes armés cesseront d’exister et seront intégrés aux forces nationales. Presque tout le monde est d’accord pour placer la région au cœur de l’architecture institutionnelle du Mali dans le cadre de l’approfondissement de la décentralisation.

L’actuel gouvernement a notamment été mis en place pour favoriser un dialogue politique national. Que pensez-vous du retrait des discussions de certains membres de l’opposition et de la CMA ?

Le dialogue national est le premier point de la feuille de route du gouvernement. Le président et le gouvernement ont tout mis en œuvre pour qu’il ait lieu : nomination de facilitateurs, mise en place d’un comité, discussions autour des termes de référence…

Nous sommes à la veille du lancement du processus de dialogue, et de ce point de vue, l’accord politique de gouvernement tient toutes ses promesses. Ce dialogue national est une première depuis 1991. Les Maliens vont s’y retrouver pour parler des problèmes du pays. J’invite la CMA à revenir sur sa décision et à participer activement au dialogue aux côtés des Maliens.

Exercer la souveraineté de l’État sur Kidal n’est pas une question négociable.

Quels sont vos rapports avec le président nigérien Mahamadou Issoufou, qui a déclaré que Kidal était une « menace » pour la sécurité du Sahel, et contre qui une manifestation a eu lieu jeudi dans la ville du Nord ? Comment jugez-vous ses propos ?

Comment pouvez-vous demander à un ministre quelles sont ses relations avec un chef d’État ? Je ne souhaite pas répondre à cette question.

Je dirai simplement que tous ceux qui sont engagés dans la mise en œuvre de l’accord, comme le Niger, visent la restauration de la stabilité au Mali et dans la sous-région.

La CMA vous reproche d’être à l’origine de la mise au ban de Kidal… Que répondez-vous ?

Inviter les Maliens, y compris les habitants de Kidal, à respecter le drapeau national et l’hymne du Mali, ce n’est pas ndiaboliser Kidal. Exiger que la radio régionale repasse dans le giron de la radio nationale, ce n’est pas ostraciser cette région non plus. Exercer la souveraineté de l’État sur Kidal n’est pas une question négociable.

Enfin, je ne saurais participer à une entreprise de diabolisation de Kidal, une région dans laquelle je me suis rendu pour la première fois en 1980 et avec laquelle j’ai établi des relations que rien ne saurait altérer.

Je lance aux dirigeants de la CMA et à mes frères et sœurs de Kidal un appel au calme, au sens des responsabilités, pour qu’ensemble nous œuvrions à tourner la page de cette crise.

Burkina Faso : la Banque mondiale approuve un prêt
de 200 millions de dollars pour l’agriculture

| Par - à Ouagadougou

Les fonds doivent renforcer la résilience et la compétitivité de l'agriculture burkinabè. C'est le deuxième projet d'envergure financé par la Banque mondiale au Burkina Faso.

L’accord, signé le 24 septembre par Lassané Kaboré, le ministre burkinabè de l’Économie, des finances et du développement, et Soukeyna Kane, la directrice des opérations de la Banque mondiale (BM), prévoit de financer le Projet de résilience et de compétitivité agricole (PReCA) à hauteur de 200 millions de dollars (183 000 euros).

C’est une bouffée d’oxygène pour le secteur de l’agriculture, qui pèse autour de 35 à 40 % dans le Produit intérieur brut (PIB), et en emploie environ 80 % des actifs ruraux.

L’objectif est triple, pour la directrice des opérations de la Banque mondiale au Burkina Faso : il s’agit de peser à la fois sur « le déficit en infrastructures, sur les services publics de l’agriculture et sur le financement du secteur ». Et ainsi transformer les structures même de l’agriculture burkinabè.

Les petits producteurs et PME principaux bénéficiaires

Le Projet de résilience et de compétitivité agricole (PReCA) dans son ensemble représente quant à lui un coût global d’environ 262 millions de dollars, dont 15,4 sont apportés par l’État burkinabè lui-même – près de 30 millions par les bénéficiaires eux-mêmes, et 17 autres millions par diverses autres organisations internationales. Ce projet s’étale sur six ans, et s’achèvera le 30 novembre 2025.

Les bénéficiaires annoncés du PReCA sont les petits producteurs et les petites et moyennes entreprises agroalimentaires dans les filières riz, oignon, tomate, arboriculture fruitière, maïs et karité des régions de la Boucle du Mouhoun, des Cascades, des Hauts-Bassins et du Nord (dans l’ouest du pays).

carte

Carte du projet PReCA. © Crédit : Banque mondiale

Salifou Ouédraogo, le ministre burkinabè de l’Agriculture et des aménagements hydro-agricoles, précise que ce financement va permettre d’aménager 5 497 hectares, de construire 14 comptoirs d’achat et 90 magasins, de financer 2 445 sous-projets (notamment de transformation des produits agricoles). Enfin, il sera aménagé 344 km de pistes rurales dans les bassins de production agricole.

C’est le deuxième projet d’envergure financé par la Banque mondiale au Burkina, après le pôle de croissance de Bagré (115 millions de dollars).

VADE-MECUM

à l’intention des participants au
DÉBAT PARLEMENTAIRE SUR LA POLITIQUE MIGRATOIRE
du 30 septembre et du 2 octobre 2019

Le 30 septembre et le 2 octobre se tiendra à l’Assemblée nationale puis au Sénat le premier débat parlementaire annuel sur la politique migratoire. Nous nous permettons de vous adresser ce vade-mecum rappelant des données factuelles pour rétablir certaines vérités, et quelques réflexions afin d’alimenter positivement, nous l’espérons, vos débats. Nous ne sommes que quelques-uns parmi des milliers de citoyens qui accompagnent des étrangers dans la défense de leurs droits fondamentaux, ou plus simplement qui les accueillons chez nous.

La France est-elle humaniste, voire laxiste ?

C’est ce qui a été sous-entendu il y a quelques jours par le chef de l’État. Nous entendons régulièrement, d’une part, que la France serait « le deuxième pays européen en termes de demandes d’asile » et d’autre part que notre pays serait l’un des seuls à avoir une croissance des demandes, alors qu’à l’échelle européenne la tendance est à la baisse. Il nous semble utile de rappeler la réalité des chiffres. D’une part, la France est certes en deuxième position en termes de demandes « brutes », mais il est impératif de rapporter ce chiffre à la population de chaque pays. Le seul indicateur valable est le nombre de demandeurs par millions d’habitants, et cette fois nous redescendons au… 9e rang européen ! La Suède, l’Allemagne, l’Islande, le Luxembourg, le Liechtenstein, Malte, la Grèce et Chypre accueillent proportionnellement largement plus de demandeurs d’asile que la France. D’autre part, sommes-nous le seul pays à voir le nombre de demandes continuer à croître ? Non plus… Entre 2017 et 2018, il y a eu +20% de demandes d'asile en France. Mais il y a 8 pays qui ont une croissance plus élevée. Le Portugal (+22%), la Slovénie (+95%), les Pays-Bas (+27%), Malte (+26%), Chypre (+70%), l'Irlande (+26%), la Belgique (+29%), ou encore l'Espagne (+70%). Quant à notre taux d’obtention de l’asile en première instance (28%), il nous place au… 25e rang européen (sources Eurostat et Eurostat). Ces chiffres démontrent, de manière factuelle, que loin d’être « laxiste », c’est-à-dire ouverte, par rapport aux autres pays européens, la France ne reçoit pas tant de demandes d’asile, mais elle en rejette plus que les autres.

Le droit d’asile est-il dévoyé ?

Oui, il est dévoyé par la France, par l’Europe, qui refusent d’ouvrir des voies légales d’immigration, qui bafouent les principes d’égalité des droits de l’Homme. En tant que Français, je peux accéder à cent quatre-vingt huit pays sans même avoir besoin d’un visa. Ne fuyant ni la guerre ni la misère, toute installation dans un autre pays ne serait rien d’autre qu’une émigration économique, ou « de confort ». Un Afghan, lui, ne peut se rendre que dans une trentaine de pays sans visa, et aucun de ces pays n’est européen. Idem pour un Soudanais. Ceci démontre le paradoxe suivant : nous « condamnons » l’émigration économique, mais nous sommes les premiers à la pratiquer. Et plus l’émigration est vitale, plus nous l’entravons. En 1951, la France et beaucoup d’autres pays ont signé la convention de Genève relative au statut de réfugié, nous nous sommes engagés à accueillir et accorder une protection aux personnes qui fuient les persécutions. Aujourd’hui, l’Europe ne respecte plus ses engagements. Une étude du centre de recherche de l’Union Européenne indique que 90% des personnes qui obtiennent le statut de réfugié sont entrés de manière irrégulière en Europe. Ce n’est pas par choix, c’est la conséquence de l’incapacité des États membres à proposer des voies légales d’immigration. Qui peut croire un seul instant que ces hommes femmes et enfants ne préféreraient pas venir avec un visa, en payant un billet d’avion ou un bateau régulier, en toute sécurité ? Le droit d’asile ou celui d’être reconnu mineur sont les deux seules fenêtres, étroites, que nous avons laissées entrouvertes, coupant toute possibilité d'immigration simple avec un visa. C’est la France, c’est l’Europe, qui font le jeu des passeurs en continuant de refuser d’ouvrir des voies légales d’immigration, qui poussent les jeunes à partir de plus en plus tôt pour échapper à nos règlements injustes. C’est nous qui créons les conditions obligeant les personnes à entrer de manière irrégulière. C’est nous qui fermons nos frontières et laissons mourir à nos portes des milliers d’hommes, femmes et enfants. Pour ceux qui arrivent à échapper à l’enfer Libyen, à la prison et à l’esclavage, puis à survivre à la traversée de la Méditerranée, quand ils débarquent enfin en Europe nous les enfermons dans la torture administrative du règlement Dublin, qui les force à déposer une demande d’asile dans un pays qu’ils n’ont pas choisi, ou ils ont potentiellement moins de chances d’obtenir une protection ou de s’intégrer. Ce règlement injuste, irrationnel, qui déséquilibre l’Europe, est en passe d’être réformé. Mais ce qui est prévu est sans doute pire : les demandeurs d’asile seront contraints d’aller dans les pays les moins accueillants d’Europe. Toutefois, ces derniers pourront les refuser, moyennant une « compensation financière » à l’Union Européenne. L’Europe s’apprête donc à monnayer, à 50 ou 100 000 euros par tête, des hommes, femmes et enfants qui, après avoir été, pour certains, victimes de l’esclavage en Libye, lui demandent une protection. Il existe pourtant une option pragmatique et respectueuse du droit : le libre choix du pays d’asile.

Faut-il absolument renvoyer les déboutés du droit d’asile ?

Autre argument pernicieux, ce serait « pour leur bien », donc par vocation humaniste qu’il faudrait intensifier les expulsions des personnes qui n’ont pas pu obtenir un titre de séjour en France. Mais qui sont ces « déboutés du droit d’asile », ces « sans-papiers » ? Nous les côtoyons, nous les accompagnons, nous pouvons témoigner que ce sont des hommes, femmes et enfants qui n’ont qu’une seule aspiration : vivre sereinement parmi nous. Être « débouté du droit d’asile » ne veut pas forcément dire que sa situation ne relève pas du statut de réfugié, mais juste qu’il n’a pas été possible de le prouver. Être un sans-papier, ne pas avoir de titre de séjour, veut juste dire qu’il n’a pas été possible de rentrer dans une des « cases », très restrictives, que la France exige pour avoir le droit de rester sur son sol. Nous les côtoyons, nous les accompagnons, ces familles qui ont parfois plusieurs enfants scolarisés, nés en France, ces familles parfaitement intégrées, qui parfois ont travaillé, ont payé des impôts pendant plusieurs années et qui, du jour au lendemain, se voient refuser un renouvellement de titre de séjour et deviennent « indésirables » aux yeux de l’administration. Nous les suivons, nous les hébergeons, ces jeunes qui ont traversé plusieurs pays et la Méditerranée, au péril de leur vie, et qui, une fois arrivés, voient leur minorité contestée en vertu d’évaluations hasardeuses, de tests osseux ineptes et humiliants, et qui se retrouvent du jour au lendemain en « zone grise » : majeurs pour ceux qui accueillent les mineurs, mineurs pour ceux qui prennent en charge les majeurs… donc à la rue, sans aucune aide pendant le temps que demande leur recours devant le tribunal. Nous les entendons, ces responsables d’établissement scolaires, ces petits patrons, qui ne comprennent pas que l’administration les prive de ces élèves ou apprentis volontaires motivés. Seule une petite partie des déboutés retournent dans leur pays, c’est un fait, malgré les nombreuses aides au retour, malgré la dureté du statut de sans-papiers en France. Au lieu de les stigmatiser, de les précariser encore plus, il est temps de prendre conscience que s’ils font le choix, difficile, d’une vie en France sans statut, c’est qu’une vie dans leur pays serait encore plus invivable.

« Les Français en ont assez de l’immigration »

Nous craignons déjà d’entendre ces mots lors des débats, tellement nous les avons entendus lors de certaines prises de parole. L’immigration est un sujet européen, et aux dernières élections européennes les 2 partis arrivés en tête ne représentent ensemble qu’un peu plus de 11% du corps électoral, et 9% des français de plus de 15 ans. Quand vous vous exprimerez le 30 septembre et le 2 octobre, gardez en tête qu’au mieux vous ne pouvez parler qu’au nom d’un dixième des français. Personne n’est légitime à parler au nom de tous les Français. Nous qui vous interpellons par ce courrier, nous ne sommes qu’une poignée de citoyens, nous ne représentons que nous-même, mais nous vous demandons de ne pas oublier qu’il y a aussi une France qui accueille, qui héberge, que ce soit en ville ou dans les zones rurales. Une France qui regrette profondément de devoir pallier les carences de l’État. Il existe une France qui accompagne les étrangers dans les préfectures, qui constate que celles-ci, souvent, ne respectent même pas les lois, pourtant déjà très restrictives en ce qui concerne les étrangers. Une France qui refuse d’être définie par le Président de la République comme bourgeoise, et qui refuse qu’on renvoie la xénophobie aux classes populaires, mais une France citoyenne, active, qui s’engage et donne de son temps pour aider TOUTES les personnes en difficulté, et qui refuse d’opposer les Français et ceux qui ne le sont pas. Nous tenons à votre disposition des cas exemplaires de quartiers et de villages qui accueillent de nombreux réfugiés. Nous ne le faisons pas par idéologie, mais par pragmatisme. Nous sommes convaincus qu’il est dans l’intérêt commun d’œuvrer, à notre modeste échelle, à l’accueil et à l’intégration des personnes qui souhaitent venir dans notre pays. Nous n’affirmons pas être une majorité à penser ainsi, mais nous pouvons au moins affirmer que nous sommes nombreux, toutes tendances politiques confondues, et nous constatons chaque jour que cet engagement porte ses fruits. Nous avons l’intime conviction que beaucoup de nos concitoyens qui sont actuellement opposés à l’accueil des étrangers changeraient de point de vue s’ils avaient l’occasion de se forger leur opinion par eux-mêmes, s’ils fréquentaient les personnes en attente de refuge, s’ils n’étaient pas aveuglés par les discours opportunistes et mensongers de ceux qui n’ont d’autres objectifs que d’accéder ou de se maintenir au pouvoir, y compris en faisant de l’étranger un bouc-émissaire.

Un débat sur l’immigration… sans les immigrés ?

En même temps, nous constatons amèrement que, sauf erreur, les débats vont se tenir sans qu’à aucun moment la parole ne soit donnée aux principaux concernés, à savoir les immigrés. Ce manque nous semble symptomatique de la déconnexion de nombreux parlementaires avec la réalité du terrain de l’immigration, celle que nous vivons au quotidien. Certes, certains d’entre vous vont parfois à la rencontre des demandeurs d’asile, des mineurs isolés, des sans-papiers, nous n’en doutons pas, mais est-ce le cas pour la majorité d’entre vous ? Vous vous apprêtez à débattre d’un sujet qui touche des milliers d’hommes, femmes et enfants, vous allez discuter de leurs perspectives d’avenir, de leurs parcours, des raisons qui les ont poussés à quitter leur pays, des raisons qui les ont fait choisir la France, de pourquoi elles restent et des droits auxquels elles ont droit. Donc nous vous invitons, députés, sénateurs, à aller discuter, hors caméra, dans un simple échange humain, ne serait-ce qu’une heure avec ceux que l’on nomme migrants, réfugiés, exilés, sans-papiers, mais qui sont avant tout des hommes, femmes et enfants.
 

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Togo: l'ONU demande une révision de la nouvelle loi
sur les manifestations

Le Parlement du Togo, à Lomé.
© Wolfgang Kaehler/LightRocket via Getty Images

Le 7 août dernier au Togo, l’Assemblée nationale a modifié à la surprise générale la loi sur les manifestations en vigueur dans le pays. Plus d’un mois après cette modification, les rapporteurs des droits de l’homme de l’organisation des Nations unies demandent au gouvernement une relecture de la loi.

Dans une longue lettre adressée au gouvernement togolais, les rapporteurs du conseil des droits de l’homme de l’ONU indiquent leurs inquiétudes sur la nouvelle loi adoptée le 7 août 2019 par l’Assemblée nationale.

Les dispositions de cette loi, écrivent les rapporteurs, pourraient « restreindre considérablement la jouissance des droits à la liberté de réunion pacifique et d’association, et à la liberté d’expression ». Par conséquent, ils demandent au gouvernement une nouvelle délibération de la loi ou de certains articles.

Les ONG vent debout

« Le Togo ne peut pas vivre en vase clos, s’est exclamé André Afanou du Centre de documentation et de formation sur les droits de l’Homme. C’est bien que les rapporteurs soient intervenus pour rappeler qu’une telle loi est en marge des standards internationaux ».

Pour sa part, le président de la Ligue togolaise des droits de l’Homme, Célestin Agbogan, indique qu'il s'agit d'une très bonne nouvelle et ajoute : « Le gouvernement aurait pu éviter ce camouflet s’il avait écouté les organisations de défense des droits de l’Homme ».

►À lire aussi : Togo: l'Assemblée nationale vote une loi qui restreint le droit de manifester

Israël : mais où est donc passé le camp de la paix? |The Conversation

 

Rarement une campagne électorale en Israël aura été aussi agressive, comme en témoigne la récente décision du gouvernement israélien qui a donné le feu vert ce dimanche à la légalisation d’une colonie sauvage en Cisjordanie occupée. Devant une telle brutalité, les observateurs s’interrogent: existe-t-il encore un camp de la paix en Israël ?

Samy Cohen, Sciences Po – USPC

Dans cette question qui revient comme une antienne se lit la nostalgie d’une époque où un mouvement comme La Paix maintenant mobilisait des centaines de milliers de personnes. De là à annoncer la disparition de ce camp, il n’y a qu’un pas trop vite franchi. Même s’il est à la peine, même s’il a connu des périodes de creux, le camp de la paix n’a jamais cessé d’exister. Les colombes israéliennes ne se sont jamais avouées vaincues. Les choses sont plus compliquées.

Une myriade d’ONG

Ce « camp » s’est métamorphosé avec le temps. Aux grandes mobilisations en faveur de la paix avec l’Égypte, en 1979, ou contre la guerre du Liban, en 1982, s’est substitué un militantisme porteur d’actions concrètes et au quotidien. Au fil des ans, il s’est créé une myriade d’organisations non-gouvernementales (ONG) qui œuvre pour la paix et les droits de l’homme. Le Forum israélien des ONG pour la paix compte plus de 150 ONG israéliennes ou israélo-palestiniennes. Ces petites associations font preuve d’une vitalité insoupçonnée et s’activent souvent dans l’ignorance de la majorité de leurs compatriotes. Elles constituent un angle mort pour les opinions publiques occidentales.

De cet ensemble hétéroclite se détachent quatre mouvances principales. Une des plus significatives est celle des ONG vouées à la réconciliation, qui tentent de rapprocher les sociétés des deux camps – l’israélien et le palestinien – en luttant contre les stéréotypes et les préjugés négatifs que les uns ont des autres. Parmi les plus emblématiques de ces associations on trouve Le Forum des parents endeuillés pour la paix israélo-palestinienne et Les Combattants pour la paix.

Autre mouvance, celle des ONG de droits de l’homme. Bien que leur activité première ne soit pas de « penser la paix », leur travail de terrain dans les territoires occupés, au plus proche des zones de friction entre l’armée et la population palestinienne, comporte un message implicite de paix : on ne peut pas préserver l’avenir et les chances d’une réconciliation entre les deux peuples sans un respect mutuel. Elles irritent et suscitent des attaques incessantes de la part de la droite et de l’extrême droite.

Cette mouvance comprend des organisations très diverses comme B’tselem, Mahsom Watch (Mahsom veut dire « barrière » en hébreu), les Médecins pour les droits de l’homme, Les Rabbins pour les droits de l’homme, Yesh Din (Il y a une justice), le Comité public contre la torture en Israël, ou encore Brisons le silence, une association de soldats qui recueillent des témoignages sur les abus de l’armée contre les civils palestiniens.

Think-tanks et électrons libres

Une autre catégorie tout aussi significative est le « camp de la paix des experts ». Celle-ci verse plutôt dans le « peace-building par le haut », le plus souvent à l’initiative d’anciens dirigeants politiques, hauts gradés de l’armée ou des services secrets, et d’universitaires. Il fonctionne à la manière des think-tanks, proposant des solutions concrètes au conflit (tracé des frontières, barrière de séparation, Initiative de paix saoudienne, modalités d’évacuation des colons de Cisjordanie, etc.). Dans cette catégorie s’inscrivent le Conseil pour la paix et la sécurité, l’Initiative de Genève, Blue White future, l’Israeli Peace Initiative, les Commandants pour la sécurité d’Israël.

Il faut enfin compter avec un camp de la paix informel, fait d’individus qui ne veulent appartenir à aucune structure établie et ont choisi de s’investir en solo pour la paix. C’est le camp des « électrons libres ». On y rencontre des artistes, des écrivains, des chanteurs, des musiciens, des cinéastes qui, forts de leur notoriété, apportent leur soutien à la cause de la paix (entre autres la chanteuse Ahinoam Nini ou Noa, les écrivains Amos Oz et David Grossman). Mais on y croise aussi des gens ordinaires qui se dévouent sans chercher à attirer vers eux les feux des médias, sans tenter de mobiliser des soutiens, juste pour satisfaire leur conscience.

La solution des deux États

La nostalgie pour l’« âge d’or », celle des grandes manifestations de soutien à la paix avec l’Égypte ou contre la guerre du Liban, a masqué un phénomène important et trop méconnu : à l’époque, ces mobilisations de masse portaient sur des enjeux populaires. La question palestinienne, très impopulaire, n’était abordée que par une petite avant-garde de personnalités courageuses et bien isolées.

Aujourd’hui, les pacifistes israéliens militent tous pour la solution à deux États. Comparaison n’est donc pas raison. Notons que ces organisations peuvent faire descendre dans la rue entre quelques dizaines et plusieurs milliers de manifestants. En octobre 2016, Les Femmes œuvrent pour la paix ont mobilisé quelque 20 000 personnes dans une grande marche pour la paix. On est certes loin des 100 000 personnes de la fin des années 1970–début des années 1980, mais dans le contexte actuel de défiance réciproque ce n’est pas négligeable.

En quête d’un « faucon éclairé »

Le camp de la paix représente un miroir grossissant de cette société polarisée entre deux camps, l’un favorable au compromis et l’autre partisan du statu quo. Une des conséquences majeures de cette polarisation est la fracture désormais profonde entre la majorité des Israéliens et les mouvements de paix. L’opinion publique ne fait plus confiance à ses pacifistes et aime encore moins les organisations de droits de l’homme. Le camp de la paix est perçu comme dangereux, inutile et menaçant d’éroder le récit sioniste du droit sur la terre d’Israël, selon lequel il n’y a qu’une seule victime à ce conflit.

Inversement, ces militants n’attendent plus aucun soutien, ni de leurs compatriotes, ni de leurs dirigeants. Les colombes israéliennes ne comptent plus que sur les pressions internationales pour faire fléchir les dirigeants de droite et les amener à la table de négociation. Nombre d’entre elles d’ailleurs se disent prêtes à se rallier à l’idée d’un État bi-national, ne croyant plus à la possibilité de défaire ce que les différents gouvernements, de droite comme de gauche, ont fait en matière de colonisation. La lassitude, voire le défaitisme, tendent parfois à l’emporter.

Surtout, la gauche colombe n’a aucun leader digne de ce nom et nombreux sont ceux qui pensent que seul un homme de droite pourrait faire sortir le pays de l’impasse. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les colombes israéliennes sont en quête d’un « faucon » éclairé.


Samy Cohen vient de publier « Israël et ses colombes : enquête sur le camp de la paix » (Gallimard, 2016).

Samy Cohen, Directeur de recherche émérite (CERI), Sciences Po – USPC

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