Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Tchad: les autorités alertent sur une vaste escroquerie pyramidale

L’Agence nationale des investigations financières (Anif) a décidé d’attirer l’attention de la population tchadienne sur les pratiques de Qnet (image d'illustration).
© Xaume Olleros/Bloomberg via Getty Images

Les autorités en charge de la surveillance des finances annoncent avoir découvert un réseau d’arnaque actif depuis quatre ans au Tchad. Il s’agit d’une organisation qui opère par un système d’escroquerie pyramidale.

Après plusieurs années d’enquête, l’Agence nationale des investigations financières (Anif), assistée du procureur de la République, a décidé d’attirer l’attention de la population sur les pratiques de Qnet, une entreprise d’origine américaine qui joue avec les limites du droit.

« A la faveur de la crise économique que traversait alors le pays, une organisation criminelle internationale connue sous le nom de Qnet a réussi à toucher par ces pratiques beaucoup de nos concitoyens appâtés par le gain rapide et facile », a expliqué Souleyman Abdelkérim Chérif, directeur de l’Anif.

Le mode opératoire de Qnet est simple : « Dans un premier temps, a-t-il développé, l’adhérent débourse pas loin de 500 000 francs CFA pour l’acquisition d’un des produits. Ensuite, pour espérer toucher des primes importantes, le nouveau venu sera obligé de trouver, à son corps défendant, au minimum deux adhérents sous peine de voir son investissement tomber à l’eau. Le but de l’arnaque n’est pas la vente en tant que telle, mais plutôt l’adhésion de masse et c’est sur la masse que ces criminels réalisent des profits énormes. »

En quatre ans, plus de 91 millions de francs CFA (près de 140 000 euros) ont été dérobés à des citoyens et face au vide juridique, les autorités sont réduites à exhorter la population à la vigilance en attendant que des lois protectrices soient élaborées.

[Tribune] France-Afrique : l’heure du rééquilibrage

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Yann Gwet est un essayiste camerounais. Diplômé de Sciences Po Paris, il vit et travaille au Rwanda.

L'affaiblissement de l’influence de la France en Afrique permet de mieux se focaliser sur le véritable enjeu : comment s’approprier les manettes politiques de nos pays afin de les relever, et ainsi mieux profiter des opportunités qu’offre un monde en profonde mutation.

Le 11 juillet dernier, Emmanuel Macron recevait à l’Élysée des membres « des diasporas africaines de France » pour un « grand débat ». Comme cela était prévisible, cette initiative a été fortement critiquée par de nombreux internautes, activistes et intellectuels africains. Emblématique du tollé suscité par cette rencontre, la réaction de l’intellectuel Achille Mbembe qui, dans un texte à charge sur sa page Facebook, a dénoncé un « bal des cyniques ».

Les critiques formulées à l’encontre de cette rencontre étaient souvent fondées. Mais elles trahissaient aussi chez beaucoup une incompréhension des évolutions du monde et des conséquences de celles-ci sur la relation entre la France et l’Afrique. Pour beaucoup, manifestement, la France reste, en Afrique, l’hyperpuissance qu’elle a été par le passé. Rien n’est plus discutable.

Hyperpuissance

Dans son livre Modern Times, l’historien britannique Paul Johnson rappelle que déjà en 1957, François Mitterrand déclarait : « sans l’Afrique, la France n’aura pas d’histoire au XXIe siècle ». De son côté, dans un remarquable livre consacré à la diplomatie franco-britannique au Cameroun au milieu du XXe siècle, l’historienne Mélanie Torrent confirme que « les relations avec l’ex-Afrique française faisaient partie intégrante de “la grandeur française” telle que conçue par de Gaulle ». Mais on peut remonter jusqu’aux conseils prodigués par Charles Gravier de Vergennes, diplomate et homme politique français, à Louis XVI, pour apercevoir les racines d’une politique de puissance française reposant essentiellement sur l’embrigadement d’une coalition d’États vassaux (africains) à son service.

Plus que jamais la France dépend de sa « clientèle tiers-mondiste » pour exister dans le monde qui vient

Emmanuel Macron, qui est l’héritier de cette histoire, ne peut pas ne pas avoir compris que plus que jamais la France dépend de sa « clientèle tiers-mondiste » pour exister dans le monde qui vient. Car le monde a bien changé depuis de Gaulle. La globalisation, la révolution des technologies de l’information et l’émergence de nouvelles puissances ont davantage, et considérablement, diminué l’influence de la France en Afrique.

Des ruptures en cours

Certes, trop bien insérés dans les éternels réseaux françafricains, peu de représentants de l’élite francophone ont pris la mesure des ruptures en cours. Et pourtant : là où par le passé les Africains francophones accédaient au monde par le filtre de RFI, aujourd’hui c’est ma belle-mère qui m’envoie la dernière vidéo virale anti-franc CFA via WhatsApp. Le Bénin, en compagnie du Rwanda et de Djibouti, vient de rejoindre la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures. Les cours de mandarin prolifèrent dans les écoles primaires du continent.

La partie de l’Afrique qui se lève tôt et celle des salles de classe préparent la sécession d’avec le monde d’hier

La controverse sur « la diplomatie de la dette » ne s’estompera pas, mais elle masque l’autre pan de la réalité : la présence massive d’entrepreneurs individuels chinois sur le continent qui, ainsi que le montre la chercheuse Irene Yuan Sun dans son livre, The Next Factory of the World, investissent sur le long terme, embauchent essentiellement de la main-d’œuvre locale, sont une majorité à proposer des stages professionnels et même à embaucher des managers locaux. Et donc si une partie de l’Afrique d’en haut reste désespérément françafricaine, celle qui se lève tôt et celle des salles de classe préparent la sécession d’avec le monde d’hier. Mais il n’y a pas que la Chine, loin de là.

L’Afrique est le continent où s’ouvrent le plus d’ambassades dans le monde (320 entre 2010 et 2016, selon The Economist) ; des panneaux publicitaires écrits en russe émergent dans les rues de Bangui. Résultat de tous ces bouleversements, alors qu’en 2006 la France était encore le 3e partenaire commercial de l’Afrique, en 2018 elle occupait le 7e rang. Même sa présence militaire, qui reste importante et continue d’entretenir son influence politique, cache mal son affaiblissement : plusieurs rapports américains font en effet état de la dépendance française à la logistique américaine sur les théâtres d’opération africains. Fin juin, Le Figaro rapportait les propos d’un ancien haut-responsable du ministère français de la Défense, selon lequel la France « n’a plus les capacités d’endiguer la crise » dans le Sahel.

La France reste puissante en partie parce que l’élite francophone a décidé qu’elle le soit

Nouvelle donne

Est-ce à dire que la France est finie ? Non. Son armée parvient encore, au Tchad par exemple, à servir sa politique de grandeur. Son poids politique, dont le F CFA est un des instruments, reste considérable. Mais c’est son influence psychologique qui est aujourd’hui la plus forte. La France reste puissante en partie parce que l’élite francophone a décidé qu’elle le soit. Elle a capitulé. Pourtant l’opportunité d’un rééquilibrage des relations n’a jamais été aussi grande. Il faut donc se libérer de l’emprise psychologique que la France continue d’exercer pour mieux se focaliser sur le véritable enjeu : comment s’approprier les manettes politiques de nos pays afin de les relever, et ainsi mieux profiter des opportunités qu’offre un monde en profonde mutation ? Un monde dans lequel plus que jamais la France n’aura que le pouvoir que nous lui donnerons.

[Tribune] Travail forcé et exploitation sexuelle : face à la traite humaine,
unissons nos moyens

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Directeur exécutif de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC)

Un crime presque parfait. Pour les trafiquants, la traite des êtres humains signifie de gros bénéfices et peu de risques d’être pris. Elle exploite la vulnérabilité des victimes, qui sont privées de leur voix, de leurs droits et d’accès à la justice. Comment pouvons-nous accepter que la traite des personnes existe encore au XXIe siècle ?

Le 30 juillet, déclaré en 2013 par l’ONU Journée mondiale de la lutte contre la traite des êtres humains, braque les projecteurs sur ce fléau, très difficile à évaluer. Le chiffre de 225 000 victimes recensées entre 2003 et 2016 serait en réalité sous-évalué. Il est cependant établi que près des trois quarts d’entre elles sont des femmes et des filles, et que l’exploitation sexuelle est la plus grande motivation de ce trafic, suivie de près par le travail forcé.

Travail forcé et traite des migrants

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En Afrique subsaharienne, il peut s’agir d’esclavagisme moderne – travail forcé dans l’agriculture, la pêche ou sur les marchés –, de la traite par des réseaux organisés, et enfin de celle qui prend pour cible des migrants en route vers l’Europe.

Les enfants – 55 % – y constituent la majorité des victimes. Surtout, contrairement à ce que l’on imagine parfois en Europe, les flux de la traite y sont pour la plupart internes aux pays ou intrarégionaux.

Face à de tels défis, comment la communauté internationale peut-elle agir pour que les trafiquants soient traduits en justice et les victimes identifiées, protégées, soutenues ? L’instrument de droit international visant la traite humaine est le Protocole additionnel à la Convention de Palerme, qui entend prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants. Depuis son entrée en vigueur il y a quinze ans, des progrès sont à relever.

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Un migrant subsaharien dans une geôle libyenne, en 2013. © Manu Brabo/AP/SIPA

Si le nombre de victimes enregistrées a grimpé de 40 % entre 2011 et 2016, c’est aussi parce que les autorités nationales ont amélioré leur aptitude à les identifier. Disposer de données par âge, sexe et forme d’exploitation permet de les sortir de l’ombre, comme aux Pays-Bas, qui ont découvert que les victimes les plus dissimulées dans le pays étaient des mineures de nationalité néerlandaise, exploitées sexuellement. Cela a ouvert un débat sur la nécessité de politiques de prévention ciblant cette population, à travers des campagnes de sensibilisation dans les écoles.

Il existe une corrélation indiscutable entre l’ancienneté d’une législation visant à lutter contre ce crime, les capacités nationales à le détecter et le nombre de condamnations en justice. Les pays qui ne signalent aucune condamnation pour traite humaine sont de moins en moins nombreux.

En Afrique subsaharienne, les tribunaux de ceux qui se sont récemment dotés d’une législation ont prononcé leurs premières condamnations au cours des quatre dernières années.

Les défis communs requièrent des solutions communes

L’existence d’une coopération internationale permet de faire la différence. Des formations pour procureurs, juges et officiers de police judiciaire de pays ouest-africains, dispensées par l’ONUDC, permettent de sensibiliser aux outils de la coopération en matière criminelle et de partager les bonnes pratiques dans leur mise en œuvre.

Un récent exemple de coopération judiciaire transcontinentale est l’implantation de juges nigérians en Espagne et en Italie visant à faire le lien entre pays d’origine et pays de destination de traite humaine à des fins d’exploitation sexuelle, à démanteler les réseaux et à mieux soutenir les victimes.

Les défis communs requièrent des solutions communes. La communauté internationale – pays d’origine, de transit, de destination – doit serrer les rangs dans la lutte contre ce fléau. En cette Journée mondiale de la lutte contre la traite d’êtres humains, nous devons appeler nos gouvernements à agir, à accélérer les progrès dans la mise en place du Protocole et à renforcer la coopération à travers les frontières et entre les services compétents. Il en va de notre responsabilité de permettre aux victimes d’être identifiées et d’avoir accès aux services et à la protection dont elles ont besoin.

[Tribune] Regardons l’histoire de l’Afrique en face

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Écrivain ivoirien, auteur de L'Afrique à désintoxiquer (éd. Dualpha).

En 1962, en pleine euphorie des indépendances, René Dumont affirmait « l’Afrique noire est mal partie », déclenchant l’ire et la censure des élites politiques et intellectuelles d’Afrique francophone. Pourtant, près de soixante ans plus tard, le constat ne contredit pas l’agronome français : l’Afrique noire n’arrive pas à produire un bien-être durable pour ses populations.

Crises politiques, économiques, sociales et sanitaires rythment la vie des Subsahariens, causant un grand malheur pour des populations désespérées, comme en témoigne le vaste mouvement de migration vers l’Europe.

Les causes essentielles de ces crises, dont l’absence de sens de l’intérêt général des gouvernants, sont minimisées par la majorité des intellectuels africains jouissant d’une notoriété médiatique internationale. Ces derniers préfèrent la voie de l’accusation.

L’Occident serait responsable de toutes les misères du monde noir, pour ses méfaits de traite négrière, de colonisation, de néocolonialisme, d’égoïsme capitaliste, d’ingérence ou d’impérialisme arrogant. Mais ils oublient de s’intéresser aux raisons de la misère dans laquelle est plongé le continent : corruption globalisée, absence d’État de droit, manipulations ethniques et manque de cohésion nationale, non-respect de la dignité humaine, etc.

Cette élite intellectuelle souscrit ainsi à un discours dans lequel l’Afrique n’est pas maîtresse de son destin et est donc infantilisée et déresponsabilisée. En plus d’être en grande partie basé sur des mensonges, celui-ci n’est pas propice au développement. Il installe les Subsahariens dans un complexe d’infériorité qui les empêche de prendre conscience de leurs forces. Ainsi, les masses africaines ont-elles besoin d’être désintoxiquées de la fausse histoire qui leur est servie depuis la décennie 1940.

Conscience noire

Désintoxiquer signifie avant tout donner les clés historiques qui permettent d’accéder à une connaissance dépassionnée du passé. C’est en se réappropriant leur histoire, en acceptant leurs responsabilités dans le commerce avec l’Occident, que les Africains pourront s’extraire de la léthargie intellectuelle. L’adage veut que « ceux qui ne se souviennent pas du passé [soient] condamnés à le revivre ».

Depuis plus de soixante-dix ans, les peuples africain et européen ont été abreuvés de contre-­vérités professées par les stratèges du communisme international triomphant d’après-guerre, au point d’être finalement coupés des réalités politiques africaines du XVe siècle à nos jours. Les partisans de Staline ont distillé les « mencomafnoire40 » (mensonges communistes sur l’Afrique noire dans les années 1940), avec pour seul objectif de discréditer les grandes puissances et de prendre leur place. Ainsi, l’expérience coloniale qui unissait Européens et Africains depuis seulement quelques décennies s’est soudain retrouvée qualifiée d’exploitation avide de faibles Africains incapables de se défendre. Cruel destin, qui a voulu que le continent subisse ce que personne d’autre n’a affronté ! Pourtant, l’Afrique n’est pas condamnée au statut de spectatrice impuissante de sa propre histoire.

Le récit qui n’attribue à l’Europe qu’un rôle néfaste, nous coupe de la réalité de son passé

Il est nécessaire qu’émerge une « conscience noire » débarrassée de ces mensonges inoculés. Connaître son histoire, c’est savoir autant apprécier ses belles épopées que condamner ses heures sombres. C’est être en mesure de célébrer ses héros et de condamner ses rois fainéants, ses barons pillards ou ses élites trompeuses. Le récit univoque, où l’Europe doit être constamment présente dans le rôle néfaste, coupe l’Afrique de la réalité de son passé.

Oui, l’Afrique a été et est toujours l’objet de convoitises. Oui, ses peuples ont été méprisés et réduits en esclavage. Oui, le continent a dû faire face aux appétits aiguisés des puissances européennes. Mais non, l’Afrique n’a pas été la seule à affronter ces « attaques ». Non, les Européens n’ont pas l’unique et l’entière responsabilité des crimes esclavagistes et du commerce d’êtres humains.

Non, les peuples du continent ne sont pas ignorants en matière de conquête territoriale, de lutte acharnée pour le contrôle de terres et de richesses, de vassalisation ou d’exploitation coloniale, qui n’ont pas que des effets néfastes. L’histoire passionnante des grandes entités politiques comme le Ghana, le Manding, le Songhaï, le Kongo ou le Zoulou en témoigne largement.

Effet pervers

Les récits qui font des Africains précoloniaux des oies blanches subjuguées par l’envahisseur tout-puissant ont un double effet pervers. Ils placent ces peuples hors de l’histoire de l’humanité en niant leur souveraineté longtemps conservée et leur capacité à concevoir puis à défendre leurs intérêts particuliers. Et ils les privent d’une grille de lecture sociétale et géopolitique des événements passés. Les Africains doivent retrouver la réalité qui inscrit leur histoire dans la grande chronologie universelle en vue de comprendre qu’ils n’ont pas l’exclusivité de la souffrance, et qui met à nu les parallèles évidents avec celles d’autres peuples. La vision de l’universalité des épreuves traversées par les uns ou les autres aidera le monde noir à « sortir » de l’émotion suscitée par l’empathie naturelle qu’il a pour les souffrances des siens.

Le lien est évident entre l’apprentissage d’une vision dépassionnée de l’histoire et le pragmatisme dont nous devons faire preuve aujourd’hui. Mais prenons garde aux fables enjolivées des historiens militants « afrocentristes », présentées comme l’histoire cachée que l’Africain doit se réapproprier.

Des chefs d’Etat africains pleurent Notre-Dame mais restent
insensibles aux malheurs de leur pays

Cameroun, Sénégal, Mali, Mozambique : des citoyens se sont agacés de la compassion de leurs dirigeants
alors que le continent ne manque pas de drames humains.

Par , , , , et Lilia Blaise
Publié le 18 avril 2019 à 11h27 - Mis à jour le 18 avril 2019 à 20h52


Notre-Dame de Paris au matin du 17 avril 2019, après le terrible incendie qui a ravagé la cathédrale dans la nuit du 15 avril.
Notre-Dame de Paris au matin du 17 avril 2019, après le terrible incendie qui a ravagé la cathédrale
dans la nuit du 15 avril. Philippe Wojazer/REUTERS

Les images ont franchi les mers. Celle d’une flèche qui tombe sous les flammes, celle des nuages de fumées qui flottent au-dessus d’un édifice huit fois centenaire. L’incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris, lundi 15 avril, continue de créer une onde de choc, en Afrique aussi.

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Au Mali, ce sujet est même arrivé en première position dans le discours à la nation, prononcé mardi soir par le président Ibrahim Bouboucar Keïta (IBK). « Avant d’aller plus en avant, j’aimerais inviter tous nos compatriotes à se joindre à la douleur de la communauté chrétienne qui pleure Notre-Dame de Paris », a déclaré le chef de l’Etat de ce pays où plus 95 % de la population est musulmane. « Le joyau ravagé par le feu avait su traverser le temps, ouvrir les bras au monde entier. Aujourd’hui, il n’appartient plus à une confession. Il est un trésor mondial, un patrimoine de l’humanité et l’humanité saura le restaurer, comme elle le fit hier avec les monuments de Tombouctou, démolis dans un passé récent par la folie destructrice de ceux-là qui ne rendirent pas ce faisant un quelconque service à notre islam vénéré », a-t-il précisé. Et ses mots forts font écho à d’autres, ailleurs, en Afrique francophone.

« Génie créateur »

Au Burkina Faso, le président Roch Marc Christian Kaboré s’était vite déclaré « de tout cœur avec Emmanuel Macron, Anne Hidalgo et la population parisienne ». Comme le président Macky Sall qui a lui aussi rapidement fait entendre sa voix dans le concert des condoléances sur Twitter. « Au nom du Sénégal, j’exprime toute notre solidarité à la France et à toute la communauté chrétienne à travers le monde », avait-il observé dans un premier temps avant d’enchaîner avec un message au président Macron et un communiqué exprimant « au peuple français et à l’ensemble de la communauté catholique ses sentiments de sympathie et de solidarité ». Le tout additionné de « la conviction que le peuple français trouvera dans son génie créateur les moyens de restaurer cette grandiose œuvre spirituelle et architecturale. » Ce qui a suscité la réaction de nombreux internautes regrettant que leur président ne soit pas aussi prompt à l’hommage et à la solidarité lorsqu’il s’agit d’un drame africain.

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Au Cameroun, les mêmes mots ont produit les mêmes effets. L’opinion publique camerounaise s’est même largement agacée sur les réseaux sociaux que son président, Paul Biya, soit davantage attendri par l’incendie de Notre-Dame de Paris que par les malheurs auxquels la population du pays est confrontée. « Je ne suis pas la cathédrale Notre-Dame ! Je suis NOSO [Nord-Ouest et Sud-Ouest, régions anglophones]. Des milliers de villages brûlés. Des enfants qui naissent et meurent en brousse. La jeunesse non scolarisée. Ceci vaut mille fois plus que cet incendie », assure Mireille, sur Twitter. Nchare, sur Twitter aussi, préfère, lui, faire quelques recommandations et conseille de dire « à ce Monsieur qu’il ne doit pas se contenter de la courtoisie diplomatique. Nous attendons aussi des actes de compassion officielle de sa part quand le Cameroun subit des drames. Il y a aussi des incendies et le sang qui coule au NOSO ». Dans ce pays miné par une grave crise dans les zones anglophones, le message est clair.

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Comme en Afrique du Sud, où certains se sont étonnés que l’on prête plus d’attention à cette perte matérielle qu’aux pertes humaines provoquées par le cyclone Idai qui a ravagé l’Afrique australe mi-mars, faisant plus de 1 000 morts. « Si les Européens arrivent à se rassembler et à se regrouper pour la cathédrale Notre-Dame, je me demande, pourquoi, nous les Africains ne sommes-nous pas capables d’aider les Mozambicains. Les Européens s’unissent dès que l’un d’eux à un problème. Pourquoi les nations africaines n’en sont-elles pas capables ? », a déclaré ce mercredi Gustaf, un auditeur, sur la radio 702, l’une des plus écoutées d’Afrique du Sud. « Il semblerait que les gens se préoccupent plus d’un bâtiment que d’êtres humains », a renchéri Chad, un autre auditeur. Pour rappel, les Nations unies ont lancé un appel pour lever près de 300 millions de dollars (266,6 millions d’euros) afin de porter assistance aux victimes du cyclone Idai. Pour l’instant, un quart de la somme seulement, soit 70 millions de dollars, a été récolté.

« Parabole de la reconstruction »

Par-delà ces polémiques, la communauté religieuse s’est elle aussi saisie du sujet et a multiplié les réactions. Un hommage a été rendu, mercredi 17 avril, lors de la messe chrismale à la cathédrale Saint-Vincent-de-Paul de Tunis. « Nous avons tous été sous le choc en voyant ces images, a déclaré le père Silvio Moreno, le vicaire de la cathédrale de Tunis. Moi-même je suis allé à plusieurs messes dans Notre-Dame, elle représente beaucoup. Espérons que sa reconstruction matérielle soit aussi une parabole pour la reconstruction de la foi chrétienne en France », a-t-il ajouté.

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Au Sénégal, où les catholiques représentent moins de 5 % de la population du pays, l’abbé Jacques Seck a rappelé au micro d’iRadio que « cette nouvelle a fait mal à tous les chrétiens. Parce que l’Eglise est une. C’est un malheur, pour moi qui adore, que la maison de Dieu soit brûlée, à Hongkong, Djakarta ou Paris. Même si c’est une chapelle qui brûle, ça me fait mal ».

D’autres ont décidé, à l’instar du roi de Krindjabo, capitale du royaume du Sanwi, dans le sud-est de la Côte d’Ivoire, de faire un don pour la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris, où avait été baptisé par Bossuet dans les années 1700, Louis Aniaba, un prince du royaume.

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