Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

[Tribune] Femmes au perchoir : l’arbre qui cache la forêt |

 
 
Par

Responsable de l'engagement parlementaire global au sein du Groupe de la Banque mondiale, diplômée de Harvard

Jeanine Mabunda, Présidente Assemblée Nationale congolaise, paris le 4 juillet 2019.

RDC, Gabon, Rwanda, Togo, Éthiopie… Les femmes n’ont jamais été si nombreuses à être à la tête du pouvoir législatif en Afrique. Ces bons résultats ne doivent toutefois pas faire oublier les disparités qui persistent à l’échelle du continent.

Jamais, depuis les décolonisations, autant de femmes n’avaient été à la tête du pouvoir législatif en Afrique. Sur un continent qui compte pas moins de 75 entités législatives, elles sont 16, selon l’Union interparlementaire, à occuper un perchoir en ce début de 2020 (en RDC, au Gabon, en Gambie, en Guinée équatoriale, en Eswatini, en Éthiopie, au Liberia, au Lesotho, à Madagascar, au Malawi, au Mozambique, en Ouganda, au Rwanda, en Afrique du Sud, au Togo et au Zimbabwe).

Sur ce terrain, l’Afrique fait ainsi presque jeu égal avec l’Europe, avec ses 17 présidentes pour 70 chambres, dépasse largement les pays asiatiques, où huit femmes occupent un tel poste, et surtout le monde arabe, qui ne compte que deux cheffes d’Assemblée, à Bahreïn et aux Émirats arabes unis.

La percée de ces femmes découle d’un changement de mentalité : elles sont en effet de plus en plus nombreuses à oser présenter leur candidature, malgré les difficultés à lever des fonds pour mener leurs campagnes et le climat parfois sexiste dans lequel celles-ci se déroulent.

Et les citoyens leur font enfin confiance : selon une enquête de l’Afrobaromètre, 66 % des Africains interrogés approuvent aujourd’hui l’idée que les femmes soient des dirigeantes politiques. Enfin, les députés semblent également prêts, une fois passées les législatives, à désigner une femme pour les diriger pour la législature à venir.

Une présidente d’Assemblée est davantage qu’un symbole : depuis le perchoir, elle pèse en effet sur la vie politique de son pays. En tant que speaker, elle définit l’ordre du jour et modère les débats, un rôle essentiel dans le processus d’élaboration des lois. Dans un certain nombre de cas, comme au Togo ou au Gabon, cette position fait même d’elle le dauphin constitutionnel du chef de l’État, amené à prendre sa succession par intérim en cas de décès.

Kigal à l’avant garde

Surtout, le fait que des femmes occupent ces postes à forte responsabilité a eu un impact sur la qualité des lois votées. Une étude menée auprès de 800 élues parlementaires en Afrique subsaharienne a révélé qu’elles avaient tendance à défendre les droits des femmes bien plus que les citoyennes elles-mêmes, se plaçant ainsi à l’avant-garde du changement.

Au sommet du classement mondial de la représentativité des femmes, avec pas moins de 61 % de députées au sein de son Assemblée nationale, le Rwanda a fait passer ces dernières décennies plusieurs textes clés. Il a ainsi établi l’égalité des droits fonciers entre les sexes ou encore la transmission à parts égales de l’héritage entre hommes et femmes.

Troisième pays d’Afrique dans ce domaine, avec 41,8 % de femmes au sein de son Parlement, le Sénégal a pour sa part fait passer une loi historique criminalisant le viol et la pédophilie en décembre dernier.

Si le continent a pu devenir le théâtre de ces changements, c’est en bonne partie grâce à des dispositifs innovants, mis en place principalement en Afrique australe et en Afrique orientale, où l’on retrouve aujourd’hui la plupart des présidentes de Parlement du continent.

Dans les années 1990, au sein de ces régions, un certain nombre d’Assemblées ont fait passer des lois réservant entre 20 % et 30 % des sièges parlementaires aux femmes. Ces hémicycles ont soit réservé des circonscriptions aux candidates de sexe féminin, soit accordé aux partis politiques un nombre de sièges à attribuer obligatoirement à des femmes, proportionnel à leur score lors des élections. Treize Parlements africains ont mis en place de tels mécanismes.

Les Parlements ouest-africains sont dans leur écrasante majorité présidés par des hommes

Le Kenya a également innové : il a imposé un plafond de deux tiers de membres du même sexe au sein d’une même institution. En Namibie, le parti au pouvoir, la Swapo, imitée par plusieurs formations de l’opposition, a de son côté instauré un « zebra system » imposant un colistier du sexe opposé à tout candidat à un scrutin.

Une bonne partie de ces mesures se sont même étendues au-delà des Parlements et s’appliquent également aux gouvernements, aux municipalités et à d’autres institutions. Et cela fonctionne : dès 2015, le continent africain a dépassé la moyenne mondiale d’élues au sein des hémicycles, avec 22,3 %, contre 9,8 % vingt ans plus tôt.

Pas de mission régalienne

Mais ces bons résultats enregistrés dans certains pays ne doivent pas faire oublier les disparités qui persistent à l’échelle du continent. Ainsi, les Parlements ouest-africains sont dans leur écrasante majorité présidés par des hommes et affichent parfois des scores très bas de représentativité des femmes.

Le Nigeria ne compte par exemple que 3 % de femmes au sein de sa Chambre basse, quand elles ne sont que 7 % dans celle du Bénin voisin et 9,5 % dans celle du Mali. La tendance est néanmoins à la hausse : sur les vingt dernières années, le pourcentage de députées est passé de 3,6 % à 17 % au sein de l’Assemblée du Niger et de 5 % à 16,5 % dans l’hémicycle togolais. Même sans l’instauration de quotas, les femmes progressent.

Pour les soutenir, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a adopté un plan d’action quinquennal (2017-2022) visant à offrir aux candidates en campagne un encadrement dans les domaines du leadership, de l’engagement politique et des techniques de communication. Elle met également à leur disposition des financements spéciaux pour garantir l’égalité avec leurs concurrents sur ce terrain.

Mais la présence de femmes à la tête des Assemblées ne doit pas être l’arbre cachant la forêt de défis qui attend « l’autre moitié de l’humanité ». Si elles peuvent aujourd’hui espérer accéder au perchoir, les femmes doivent en revanche redoubler d’efforts pour prendre la présidence, tout aussi stratégique, des commissions parlementaires.

Aux élues de demander des comptes aux ministres sur leur action en faveur de l’égalité des sexes

Les élues sont souvent écartées des commissions considérées comme régaliennes, prestigieuses et influentes, comme celles qui touchent aux finances ou à la défense. Elles ont encore tendance à être reléguées à des commissions perçues comme étant de second plan, comme celles liées aux affaires sociales, à la famille ou encore à l’éducation.

Les nominations sont en effet toujours l’apanage des partis politiques et des groupes parlementaires, qui n’ont pas systématiquement mis en place de politiques en matière d’égalité des genres en leur sein. Une femme speaker ne garantit pas nécessairement un Parlement féministe.

Préséance de l’exécutif

Enfin, le poids réel qu’auront ces élues est intrinsèquement lié à celui des Parlements dans les débats publics africains. Les institutions législatives demeurent souvent dans l’ombre de l’exécutif, dont les pouvoirs se sont accrus dans un certain nombre de pays à la faveur de révisions constitutionnelles contestées ou contestables.

Malgré certaines exceptions notables – l’Afrique du Sud a par exemple nommé son premier gouvernement totalement paritaire en mai 2019 –, ces exécutifs, et principalement les ministères régaliens, restent largement dominés par les hommes.

En attendant que les gouvernements se décident à puiser dans le vivier formé par le nombre croissant de femmes parlementaires lors des remaniements ministériels, des actions concrètes peuvent être entreprises. Et c’est ici que les femmes qui siègent déjà dans les Parlements ont un rôle à jouer : dans toute démocratie, le pouvoir législatif a pour mission fondamentale de contrôler l’action du gouvernement.

Quand une femme règne, les cours d’eau montent

Aux élues d’auditionner les ministres et de leur demander des comptes sur leur action en faveur de l’égalité des sexes. À elles de proposer des lois – encore trop souvent soumises par l’exécutif dans la plupart des pays africains – améliorant leur représentativité et leurs conditions de vie dans toutes les sphères de la société.

Aux femmes, enfin, de s’unir entre elles mais aussi avec tous les hommes de bonne volonté afin qu’elles soient de plus en plus nombreuses à se présenter aux élections. Les sociétés en sortiront grandies. Car, comme le dit le proverbe éthiopien : « Quand une femme règne, les cours d’eau montent. »

Burkina-France : le décret d’extradition de François Compaoré a été signé

| Par Jeune Afrique
François Compaoré, à Paris le 12 septembre 2017.

Le Premier ministre français Édouard Philippe a signé le décret d’extradition de François Compaoré, a annoncé le ministère burkinabè de la Justice. Le frère de l’ancien président Blaise Compaoré est sous le coup d’un mandat d’arrêt international dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du journaliste d’investigation Norbert Zongo en 1998.

Emmanuel Macron l’avait affirmé lors de sa visite à Ouagadougou, en novembre 2017 : « Je ne doute pas que la réponse à la demande d’extradition sera favorable ». Trois ans plus tard, ce long feuilleton politico-judiciaire touche bientôt à sa fin. Le Premier ministre français, Édouard Philippe, a signé le décret d’extradition de François Compaoré.

Le décret – qui n’a pour l’heure pas été publié au Journal Officiel – précise que l’extradition est accordée en raison des « assurances diplomatiques complémentaires fournies par le ministre de la Justice de la République du Burkina Faso le 16 décembre 2019 ».

Conditions

Il estime également que les faits qui sont reprochés à François Compaoré « n’ont pas un caractère politique et qu’il n’apparaît pas que la demande d’extradition motivée par une infraction de droit commun ait été présentée aux fins de poursuivre ou de punir l’intéressé pour des considérations de race, de religion, de nationalité ou d’opinion politiques ou que sa situation risque d’être aggravée pour l’une ou l’autre de ces raisons ».

Les autorités françaises posent cependant certaines conditions. Le frère de l’ancien président burkinabè devra être jugé « publiquement, contradictoirement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial ».

Ouagadougou « prend acte »

Et, dans le cas d’une éventuelle condamnation, il devra avoir la possibilité d’effectuer une demande d’aménagement de peine s’il est condamné à vie, le droit d’accéder à un service médical adapté tout au long de sa détention ou encore de rencontrer son avocat.

Ouagadougou a « pris acte » du décret, et attend encore de recevoir une copie physique du document, précise à Jeune Afrique une source gouvernementale burkinabè. « C’est une autre étape importante de franchie et nous nous réjouissons que cela se passe dans le bon sens et selon les accords qui existent entre les deux pays », a pour sa part réagi Guy Zongo, le fils aîné de Norbert Zongo, cité par l’AFP.

François Compaoré avait été interpellé en octobre 2017 à l’aéroport Charles-de-Gaulle. Le frère de l’ancien président Blaise Compaoré est sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par les autorités burkinabè qui souhaitent l’entendre dans l’affaire de l’assassinat de Norbert Zongo et de ses trois compagnons.

Trois ans de procédures

Le journaliste d’investigation a été assassiné en décembre 1998, alors qu’il enquêtait sur les circonstances du meurtre du chauffeur de François Compaoré. Le frère cadet de Blaise Compaoré, renversé en octobre 2014 par une insurrection populaire, a toujours nié être mêlé à ces assassinats et a dénoncé un acharnement politique des nouveaux dirigeants.

En juin 2019, la Cour de cassation avait rejeté son pourvoi à l’encontre d’une décision de la Cour d’Appel de Paris en faveur de sa remise au Burkina.

Contacté par Jeune Afrique, l’avocat de François Compaoré, Me Pierre-Olivier Sûr n’a pas souhaité commenter. Quelques semaines plus tôt, il avait confié que dans l’éventualité où le décret venait à être signé, son client formulerait un ultime recours devant le Conseil d’État. Toute chose qui retarderait encore un éventuel départ de François Compaoré vers Ouagadougou.

Comment les jeunes pousses bousculent les grands groupes en Afrique

| Par
CasbahTech à Alger

Plus réactives et au fait des attentes du marché, les start-up du continent ont beaucoup à apprendre aux structures établies.

«Les grands groupes ont les moyens, les start-up ont les idées. » Quand il s’agit de booster la motivation des start-upper sénégalais qu’il accompagne, Amadou Fall sait trouver les mots. Bien qu’installé depuis trente ans aux États-Unis, le patron de Helix, un cabinet de conseil en stratégie numérique, reste attaché au Sénégal.

Il a implanté un bureau dans son pays natal et distille des formations aux entrepreneurs. L’une d’elles est consacrée à la relation que les jeunes pousses peuvent nouer avec les grands groupes. Selon lui, approcher un mastodonte nécessite de l’opportunisme et de la diplomatie : « Le projet doit être en phase avec l’actualité et la stratégie de l’entreprise démarchée. Il faut venir au bon moment. »

les start-up sont fondées par des jeunes qui connaissent les envies des consommateurs de leur âge ainsi que certains contextes

Décrocher le financement qui couvrira ses ambitions de développement ou nouer le partenariat stratégique qui dynamisera sensiblement ses affaires, c’est le rêve de toute jeune pousse. Et elles sont de plus en plus nombreuses à y parvenir sur le continent puisqu’elles ont capté plus de 2 milliards de dollars (près de 1,8 milliard d’euros) d’investissements en 2019, d’après le fonds d’investissement Partech.

Fonds d’investissement d’entreprise ou département innovation

« Les start-up sont fondées par des jeunes qui connaissent les envies des consommateurs de leur âge ainsi que certains contextes. Elles perçoivent mieux le marché que les grands groupes parce qu’elles en sont plus proches », analyse Amadou Fall. Une force qui a incité ces derniers à modifier leur anatomie en développant de nouvelles branches consacrées uniquement à l’identification ou au développement de telles pousses.

C’est le cas des fonds d’investissement d’entreprise, ou corporate ventures. L’opérateur de télécoms Orange en possède un, Orange Digital Ventures, piloté en Afrique par Marième Ndeye Diop. Il a investi 2 millions de dollars avec le fonds Partech dans Gebeya, une start-up éthiopienne qui forme et place des développeurs web. De son côté, l’assureur panafricain Sanlam a pris en 2018 le contrôle d’Indie, spécialisé dans les produits d’assurance pour les jeunes et devenu Sanlam Indie.

D’autres groupes choisissent d’injecter un soupçon d’esprit entrepreneurial au sein même de leurs locaux. Au Maroc, Hicham Badreddine est à la tête de l’innovation du groupe Saham Assurances, dont il dirige notamment la Digital Factory (« usine numérique »).

casba

CasbahTech à Alger © CasbahTech

 

Créée en 2018, l’entité a coûté plus de 9 millions d’euros et applique des méthodes de travail directement inspirées des bonnes pratiques des jeunes pousses, comme les méthodes de gestion de projet Scrum ou Agile : « La Digital Factory est un service de R&D [recherche et développement] interne à Saham Assurances qui planche sur les sujets liés à la data [aux données] et à la transformation numérique.

Son agilité nous rend capables de lancer rapidement un dispositif concurrentiel sur de nouveaux segments de marché », affirme le dirigeant. À peine un an après sa création, la Digital Factory a développé My Auto, un service qui facilite la souscription et la gestion d’une assurance automobile.

Court-circuiter tous les processus internes

Plus radicalement, la start-up algérienne baptisée, elle, Factory Digitale, que Nasreddine Daifallah a fondée en 2018, se propose d’externaliser ce type d’activité en bousculant l’organisation interne des entreprises. Elle s’est ainsi implantée dans les locaux de la fondation CasbahTech, un espace de 800 m2 qui héberge à Alger plusieurs start-up de la place, comme TemTem ou iMadrassa, et crée des synergies entre elles.

« Nous organisons des compétitions et des formations internes au sein des grandes structures pour faire éclore des idées et les développer par la suite, explique Kamel Haddar, un ancien consultant de Bearing Point qui dirige CasbahTech. Nous sommes capables de livrer un projet commercialisable en six semaines pour un budget compris entre 20 000 et 30 000 euros. »

Factory Digitale intervient dans des secteurs tels que la banque, l’industrie pharmaceutique ou les services aéroportuaires, comme Swissport. Son travail donne parfois naissance à de nouvelles sociétés : « On court-circuite tous les stades de développement et de processus internes », se réjouit Kamel Haddar. Et le modèle semble fonctionner puisque la start-up s’internationalise et compte désormais des clients français.

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Africa CEO Forum 2019, à Kigali, le 26 mars 2019.

L’armée nigérienne au cœur d’un scandale
sur des soupçons de surfacturations et de détournements

| Par
Des soldats nigériens lors d'un exercice de libération d'otages, en mars 2015.

Alors qu’un audit est en cours au ministère nigérien de la Défense, des soupçons de surfacturation et de non-livraison de matériel militaire fragilisent l’armée nigérienne. L’affaire pourrait se terminer devant les tribunaux.

Les termes sont policés, dans la bouche du porte-parole du gouvernement, Zakaria Abdourhamane. « C’est dans le but d’améliorer l’efficacité de la dépense publique que le président a demandé à l’inspection générale des armées de mener un audit de la gestion des marchés au ministère de la Défense », a déclaré ce dernier le 26 février.

Cet audit, mené depuis la fin de l’année 2019, « a relevé des insuffisances dans les procédures d’attribution des marchés ainsi que dans le suivi de leurs exécutions », a ajouté Zakaria Abdourhamane.

Menaces de poursuites et sanctions

Le gouvernement assure vouloir « faire rembourser les montants indûment perçus » et transmettre « aux tribunaux les dossiers des fournisseurs qui refuseraient de s’exécuter ». Des « sanctions administratives appropriées » seront prises à l’encontre des agents publics incriminés, a conclu le porte-parole.

Mais de qui parle-t-on ? L’audit mené par l’actuel ministre de la Défense, Issoufou Katambé, en poste depuis septembre 2019 porterait, selon nos informations, sur l’ensemble de la période 2011-2019 et concernerait la gestion du portefeuille par deux ex-ministres : Mahamadou Karidjo et Kalla Moutari.

Plusieurs cas de surfacturation et de fausses factures, en lien avec des entreprises russes, ukrainiennes, chinoises ou israéliennes

Des implications politiques ?

Mahamadou Karidjo est aujourd’hui ministre des Transports, tandis que Kalla Moutari, qui avait rejoint le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement en septembre 2019, a quitté le gouvernement le 7 février dernier. Un autre « ex » de la Défense, Hassoumi Massaoudou, semble moins inquiété : il conserve son poste de ministre d’État auprès de la présidence.

Tous trois sont des cadres du parti au pouvoir, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS). Selon nos informations, Kalla Moutari n’a pour le moment pas été entendu par les enquêteurs en charge de l’audit. Autre limogé : le général Wally Karingama, remplacé par le général Didilli Amadou au poste de secrétaire général du ministère de la Défense.

L’audit, qui n’a pas encore été rendu public, doit être transmis au chef de l’État, Mahamadou Issoufou. Il a mis à jour plusieurs cas de surfacturation et de fausses factures, en lien avec des entreprises russes, ukrainiennes, chinoises ou israéliennes.

Une équipe d’enquêteurs s’est rendue à plusieurs reprises en Europe et en Asie afin de collecter des informations, le ministre Issoufou Katambé effectuant le voyage en Russie à la fin du mois de janvier.

« Politiquement explosif »

Un des montages dévoilés par l’audit concerne des soupçons portant sur une commande de camions et de moteurs d’avions à la société ukrainienne Motor Sich, pour la somme totale de 10,5 milliards de francs CFA. Cette dernière a récemment affirmé qu’elle n’avait jamais signé de contrat avec le ministère de la Défense nigérien et que « tout document en ce sens » serait « un faux ». Le montant total des malversations mis au jour par l’audit serait de plusieurs centaines de milliards de francs CFA.

L’affaire peut-elle se terminer devant les tribunaux ? Dans un document sonore enregistré à son insu au ministère de la Défense, Issoufou Katambé s’est engagé récemment à « faire payer » les responsables. L’opposition exige quant à elle « la transmission sans délai du rapport d’inspection aux juridictions compétentes », selon un communiqué du 29 février.

Enfin, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), organe public composé de représentants du gouvernement, du parlement, d’ONG, de syndicats et de juristes, « encourage » elle aussi « le chef de l’État à donner une suite judiciaire » à l’affaire.

« Politiquement, c’est explosif puisque les ministres cités sont des cadres du PNDS », confie un diplomate en poste à Niamey. « Si elle est avérée, ce serait la plus grande prédation de l’histoire du Niger », conclut-il.

Guinée: le report des deux scrutins pose beaucoup de questions

Une affiche électorale en faveur du «oui» au référendum à Conakry, le 24 février 2020.
Une affiche électorale en faveur du «oui» au référendum à Conakry, le 24 février 2020. Carole Valade/RFI

Beaucoup d'incertitudes en Guinée sur l'organisation des législatives et du référendum sur le projet de nouvelle Constitution. Le président, Alpha Condé, a annoncé vendredi dernier le report du double scrutin. Un report suscite de nombreuses interrogations.

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Avec notre correspondant à Conakry, Carol Valade

En Guinée, la balle est désormais dans le camp de la Céni, la Commission électorale qui doit, en collaboration avec la Cour Constitutionnelle, proposer une nouvelle date au chef de l’État. Il convoquera ensuite de nouveau le corps électoral. Et c’est là que se pose la question des délais légaux puisque pour le référendum, le corps électoral doit être convoqué quinze jours avant le vote. Mais pour les législatives, ce délai passe à 70 jours. On s’achemine donc vers un report certainement plus important que les deux semaines annoncées.

L’objectif de ce report, c’est avant tout de faire revenir l’Union africaine et la Cédéao, l’organisation ouest-africaine, dans le processus. Conakry attend donc l’arrivée imminente de leurs équipes. Leur mission sera de vérifier que le logiciel de la Céni permet d’effacer les doublons, les personnes décédées, les mineurs et de résoudre « conformément au Code électoral » la question des deux millions et demi d’électeurs douteux, évoquée par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) pour expliquer son retrait.

Problème majeur : le président de la Céni déclarait la semaine dernière être bien conscient des failles dans le fichier, mais qu’il n’avait simplement pas les moyens légaux de les radier. Le second problème, c’est l’aspect inclusif du vote réclamé par les institutions internationales. Puisque ce report ne concerne que les partis politiques déjà en lice. Le président Alpha Condé l’a bien précisé. Les poids lourds de l’opposition qui ont déjà décidé de boycotter sont maintenus hors du jeu électoral. Ce qui fait dire au président de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo, que ce report n’apaisera pas les tensions.