Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Au Mali, une Cour suprême sous influence ?

Chargée de poursuivre plusieurs personnalités du régime d’Ibrahim Boubacar Keïta, la Cour suprême est critiquée par certains magistrats et avocats qui dénoncent une juridiction « caporalisée », aux ordres de la transition d’Assimi Goïta.

Mis à jour le 16 mars 2023 à 18:36
 
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Le colonel Assimi Goïta au milieu de juges de la Cour suprême, lors de sa cérémonie de prestation de serment, le 7 juin 2021, à Bamako. © ANNIE RISEMBERG/AFP

Le ton tranche radicalement avec le devoir de réserve qu’observent généralement les magistrats. Désormais coordinateur des organisations de l’Appel du 20 février, plateforme de l’opposition initiée par Issa Kaou N’Djim, Cheick Mohamed Chérif Koné enchaîne les déclarations au vitriol contre la transition.

Il n’y a pas si longtemps, cette robe noire était pourtant le premier avocat général de la Cour suprême du Mali, poste duquel il a été révoqué en septembre 2021 après le « coup dans le coup » d’Assimi Goïta et de son quarteron de colonels.

À LIREMali : ce que la justice reproche à Soumeylou Boubeye Maïga

Le voilà désormais qui multiplie les attaques en règle contre les autorités de la transition. Revenant récemment sur l’affaire qui a mené l’ex-Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga (SBM) en prison, le magistrat s’en est pris aux tenants de l’exécutif et de l’autorité judiciaire. « [Boubèye] a exprimé son souhait de voir la transition prendre fin à date. Il a été ciblé. Les tenants de la transition […] voulaient une transition sans fin », a déclaré Chérif Koné au sujet de la mort du « Tigre » en détention, en mars 2022.

L’affaire Boubèye, une machination ?

Pour comprendre comment cet ancien cadre de la Cour suprême est devenu un fervent opposant, il faut remonter au mois d’août 2021. Amorcée trois mois plus tôt, la « deuxième phase de la transition » malienne s’est ouverte sur une kyrielle d’arrestations de figures de l’ancien régime. « La fin de l’impunité », promettent alors les nouveaux hommes forts de Bamako.

Tête d’affiche des personnalités poursuivies, Soumeylou Boubèye Maïga est placé sous mandat de dépôt le 26 août 2021. L’ancien Premier ministre est soupçonné de « faux, usage de faux », « d’escroquerie » et de « favoritisme » dans le cadre de l’achat d’un avion présidentiel en 2014, alors qu’il était ministre de la Défense.

À LIREMali : la mort de Soumeylou Boubeye Maïga, un « assassinat » politique ?

À l’époque, c’est la Cour suprême malienne qui place l’homme politique sous mandat de dépôt. Et c’est bien là que le bât blesse. Car selon la Constitution malienne, les procédures visant les hautes personnalités de l’État, ministres inclus, relèvent de la Haute Cour de Justice et non de la Cour suprême.

Or, cette juridiction d’exception est une composante de l’Assemblée nationale, laquelle a été dissoute lors du coup d’État d’août 2020. « Faute d’une Haute Cour de Justice, la Cour suprême s’est auto-saisie des dossiers concernant d’anciens ministres, bien que cela ne relève pas de sa compétence », estime un avocat malien. Présidée par Wafi Ougadeye, qui deviendra en mars 2022 le conseiller spécial d’Assimi Goïta, la Cour suprême, elle, se défend en invoquant une jurisprudence qui lui permettrait de juger les grands commis de l’État.

Pressions politiques et lutte contre la corruption

Mais tout le monde ne l’entend pas de cette oreille. « Lorsque la Cour suprême a relancé le dossier Boubèye Maïga, tout le monde a pensé à une collusion entre la justice et les tenants de la transition. D’autant que le dossier avait déjà été classé par le parquet économique et financier », dénonce un juge malien.

« Les pressions ont commencé avant le deuxième coup d’État, du temps où Mahamadou Kassogué [qui deviendra ministre de la Justice] était procureur de la République  », assure Cheick Mohamed Chérif Koné. « Les autorités voulaient des résultats dans la lutte contre la corruption et ont fait pression au plus haut niveau de la Cour suprême. Je me suis contenté de rappeler que la Cour suprême n’était pas un organe de la transition », ajoute l’intéressé.

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Chérif Koné engage alors un bras de fer avec Wafi Ougadeye et Mahamadou Timbo, respectivement président et procureur général de la Cour suprême. Ces derniers auront la tête du premier, accusé d’avoir « violé son obligation de réserve ». Une sanction qui marquera la fin du premier épisode de la lutte d’influence au sein de la plus haute juridiction du pays.

Les dessous d’une grève

Le second acte interviendra un an plus tard, en novembre 2022. À l’époque, l’actualité fait la part belle à la visite au Mali du capitaine putschiste burkinabè Ibrahim Traoré pour son premier déplacement officiel, aux manifestations monstres contre le blasphème ou encore à la détention des 46 soldats ivoiriens à Bamako. Au point que la grève, entamée au même moment par les magistrats, passe relativement inaperçue.

Officiellement, leurs syndicats protestent contre un projet de loi repoussant l’âge de départ à la retraite des magistrats de la Cour suprême. Mais à huis clos, un autre match se joue, certains étant convaincus que le report « visait à maintenir à leur poste des magistrats favorables à la transition », affirme un juge.

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Résultat, « la Cour suprême est désormais totalement caporalisée », dénonce un cacique du barreau malien. « La lutte est déjà perdue en interne, souffle notre avocat. Le ministère de la Justice a la main sur certains syndicats, et les hauts responsables de la Cour suprême ont décidé de se ranger du côté de la transition. »

Reste le terrain politique, sur lequel s’est engagé Cheick Mohamed Chérif Koné. « Je ne suis pas du côté des politiques, rétorque l’intéressé. Les magistrats ont, comme les autres, si ce n’est davantage, le droit de se dresser contre les violations de la loi lorsqu’il en va de l’intérêt général. »

Les sorties du magistrat ont en tout cas été remarquées par le procureur général de la Cour suprême qui a réagi par voie de communiqué, ce jeudi 16 mars. Ce dernier promet des « poursuites légales » contre des magistrats « en mal d’inspirations conformes aux bonnes mœurs », qui portent « de graves accusations à l’endroit des magistrats en charge » des dossiers d’instruction de la Cour suprême. Des mots qui visent notamment, sans le citer, Cheick Mohamed Chérif Koné.

Au Mali, l’activité d’Orange et de Malitel en péril après une lourde sanction judiciaire

La Cour suprême du Mali a confirmé la condamnation d’Orange Mali et de Malitel, filiale locale de Maroc Telecom, à indemniser une association de consommateurs à hauteur de 175 milliards de francs CFA (plus de 266 millions d’euros).

Mis à jour le 15 mars 2023 à 18:17

 

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Implantation d’une boutique Orange à Tombouctou, Mali. © Daniel Riffet/Photononstop/AFP

 

C’est une décision qui pourrait tout simplement mettre en péril les activités des deux principaux opérateurs télécoms du Mali. Le 13 mars, la Cour suprême du Mali a confirmé une décision formulée par la cour d’appel de Bamako en novembre 2021, condamnant Orange Mali –  contrôlé à 70 % par le sénégalais Sonatel et le groupe français Orange – et Malitel – filiale à 51 % de Maroc Telecom – à payer environ 175 milliards de francs CFA (soit plus de 266 millions d’euros) d’indemnités au Réseau malien des consommateurs de téléphonie mobile (Remacotem), qui accusait les deux opérateurs de facturer les minutes d’appel sur répondeur.

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« C’est une action en réparation du préjudice subi, explique Me Mangara Tidiane, l’avocat du Remacotem, joint par Jeune Afrique. Sur les 193 pays membres de l’Union internationale des télécoms, il n’y a qu’au Mali que cette pratique se faisait encore », s’alarme-t-il, tout en s’étonnant que le caractère contraignant – parce qu’exécutoire – de la décision de la cour d’appel n’ait pas été respecté. Selon des informations publiques communiquées par Maroc Telecom, au cours de l’année 2022, la Cour suprême a annulé les procès-verbaux des arrêts en appel et a accordé un délai de grâce aux opérateurs.

Délai de grâce

Cette fois-ci, un second délai de grâce de deux mois a été donné aux opérateurs « pour réfléchir à la suite à donner à cette décision », indique pour sa part à Jeune Afrique une porte-parole d’Orange. En d’autres termes, les opérateurs concernés, qui se partagent environ 23 millions d’abonnés, étudieraient l’opportunité d’un ultime recours auprès d’un autre juridiction dont la nature n’a pas été précisée. Orange s’estime néanmoins « choqué » par cette décision qui, si elle doit être appliquée, « met en difficulté tous les opérateurs », reconnaît sa porte-parole.

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Premier opérateur du pays avec 12,4 millions d’abonnés au troisième trimestre de 2022, Orange a réalisé un chiffre d’affaires de 695 millions d’euros en 2021. Ses résultats au cours des trois premiers trimestres de 2022 ont oscillé entre 175 millions et 176 millions d’euros. Pour sa part, Malitel, qui compte près de 9 millions d’abonnés sur le mobile, ne communique pas le détail des résultats pour ses filiales.

Protestation des syndicats

Ce litige relatif à la facturation abusive de la boîte vocale court depuis 2011. Il a été classé sans suite une première fois au civil par le tribunal de grande instance de la commune III de Bamako, puis au pénal sept ans plus tard par le tribunal de grande instance de la commune IV de la capitale malienne. Cette même année 2018 voit un nouveau procès en appel engagé au civil, lors duquel les plaignants réclament 400 milliards de F CFA à Orange et 160 milliards de F CFA à Malitel. Ce dernier procès débouche sur la décision de novembre 2021.

À LIREMali, Burkina : comment les opérateurs télécoms font-ils face à la menace sécuritaire ?

Des questions demeurent quant à la façon dont l’argent sera redistribué aux consommateurs. « Remacotem est une association de droit malien bien structurée avec ses adhérents, disposant d’une adresse et d’un président. Il revient au réseau d’organiser comme il le souhaite la répartition des indemnités », indique sans plus de détail Me Mangara Tidiane.

À ceux qui accusent le Remacotem de mettre en péril le secteurs malien des télécoms – en premier lieu les syndicats des opérateurs, qui ont respecté une grève de cinq jours en février 2022 en signe de protestation –, l’avocat de l’association formule une réponse musclée : « Ce sont des sociétés prédatrices. Si cette décision les met en péril, d’autres opérateurs prendront le relai. »


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Bonjour,

En lien avec la Fondation de recherche Omega, nous avons mené un travail de recherche sur les 5 dernières années. Sur les 30 pays couverts, nous avons constaté une utilisation abusive de projectiles à impact cinétique par les forces de l'ordre. Ce travail se base sur des preuves visuelles vérifiées, des témoignages, des rapports médicaux, des décisions judiciaires et administratives et des rapports d’ONG locales, des Nations unies et des Etats.

Nous en avons tiré un rapport « Mon Œil a explosé », que nous avons publié hier. Il documente l’usage abusif des armes à létalité réduite, notamment des projectiles à impact cinétique, par les forces de l’ordre notamment au Chili, en Colombie, en France, en Israël, au Liban, en Espagne et aux Etats-Unis.

Partout dans le monde, l’utilisation abusive et illégale de ces armes est à l’origine de milliers de blessures graves et irréversibles dont des mutilations, et de dizaines de décès... Il y a quelques jours, nous vous parlions justement de Zineb Redouane, 80 ans, tuée par une grenade lacrymogène à Marseille en 2018. Cette tendance mondiale alarmante souligne la nécessité d’agir pour mettre en place un encadrement de ces armes à létalité réduite en manifestation !

EN SAVOIR PLUS

L’arsenal d’armes à létalité réduite est de plus en plus varié et accessible aux forces de sécurité. Leur utilisation indiscriminée et disproportionnée pose la question du manque d'encadrement de leur production, de leur usage et de leur commerce. Avec 30 autres organisations de la société civile, nous demandons l'adoption d’un traité international contre le commerce des instruments de torture . L’objectif ? Interdire la production d’équipements de maintien de l’ordre dont le seul but est d’infliger la souffrance, et contrôler ceux qui peuvent avoir un objectif légitime mais qui sont susceptibles d’être utilisés par des autorités pour réprimer des manifestations pacifiques.

Aidez-nous à demander aux autorités françaises l’adoption de ce Traité international pour que ces armes ne puissent plus être utilisées comme outils de répression !

JE SIGNE LA PÉTITI
ON

 
Merci pour votre mobilisation,
 
Quitterie Berchon
Chargée de campagne "Libertés"
chez Amnesty International France

Le Tchad face aux conséquences agricoles désastreuses des inondations de 2022

 

Après des inondations sans précédent en 2022, le Tchad risque désormais d’être confronté à des pénuries alimentaires. Selon un rapport de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 30% des terres cultivées ont été totalement détruites.

18 des 23 provinces du pays ont ainsi été inondées, provoquant des déplacements de population, mais également d’importants dégâts aux maisons, aux infrastructures et aux terres agricoles.

Selon la FAO, aux 30 % des terres cultivées du pays qui ont été totalement détruites est venu s’ajouter un autre tiers des terres gravement endommagées par les inondations, avec d’importantes pertes de récoltes allant jusqu’à 80 %, rapporte l’organisation onusienne, notamment parmi les récoltes de sorgho, de riz et de sésame.

Risque d'insécurité alimentaire

Des dégâts considérables dans le secteur de l’élevage se sont aussi fait sentir. Ainsi, plus de 170 000 têtes de bétail et près de 300 000 volailles sont mortes en raison des inondations, souvent par noyade. 

La FAO s'inquiète par ailleurs des conséquences à venir. Certains ménages ont perdu la totalité de leur stock alimentaire et les producteurs – qui ont perdu leur moyen de subsistance – risquent de se retrouver en insécurité alimentaire.

Les consommateurs risquent aussi, à leur tour, d'être affectés par ces inondations avec, entre autres, une hausse des prix de certains aliments devenus plus rares.

L'organisation onusienne recommande de soutenir la contre saison maraichère – les cultures qui sont menées en dehors de la saison habituelle des pluies – et de préparer la prochaine campagne avec notamment des semences améliorées, plus adaptées aux zones climatiques.

►À lire aussi Le Tchad fait face cette année aux pires inondations de son histoire

Il y a 12 ans, Fukushima

La romancière et artiste ivoirienne Véronique Tadjo donnait une conférence à l’université de Tokyo, à l’occasion de la publication de son ouvrage, « L’ombre d’Imana », en japonais. Elle s’est rendue à Fukushima. Voici son regard, 12 ans après la catastrophe.

Mis à jour le 11 mars 2023 à 16:06

 
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Par Véronique Tadjo

Écrivaine et peintre franco-ivoirienne, auteure de l'ouvrage « En compagnie des hommes » sur l'épidémie d'Ebola de 2014.

 

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Des moines bouddhistes récitent un sutra pour les victimes du tremblement de terre et du tsunami sur la plage de Shinchi, préfecture de Fukushima, le 10 mars 2023. © Kentaro Tominaga/Yomiuri Shimbun via AFP

 

Le 11 mars 2011 à 14h46 au Japon, un tremblement de terre de magnitude 9,1 dont l’épicentre se trouvait dans les profondeurs de l’océan Pacifique, s’est produit à 72 km au large des côtes du nord-est du pays. Ce séisme a duré environ six minutes. Il été ressenti jusqu’à Pékin.

Tsunami et explosion

Quelques minutes après, le tremblement de terre a causé un tsunami dont les vagues se sont abattues jusqu’à 10 km à l’intérieur des terres, détruisant partiellement ou totalement de nombreuses villes et zones portuaires. Ce tsunami est à l’origine de plus de 90 % des morts et disparus (environ 20 000), ainsi que de l’essentiel des dégâts matériels survenus durant cette journée.

Le 13 mars, une explosion du bâtiment externe du réacteur 1 a lieu dans la première centrale de la région, celle de Fukushima Daiichi, suivie d’une autre, le 14 mars au matin, au niveau du toit du réacteur 3, puis une nouvelle, le 15 mars cette fois-ci concernant la structure externe du réacteur 2.

Outre la centrale de Fukushima Daiichi qui a subi le plus de dommages, une autre centrale, Fukushima Daini, située à quelques dizaines de kilomètres de distance a aussi été touchée. Mais les dégâts ont pu être contrôlés. Par ailleurs, deux autres centrales nucléaires ont été exposées, celles d’Onagawa et de Tokai. En tout, ce sont quatorze réacteurs, les plus proches de l’épicentre, qui ont été exposés au tremblement de terre et au tsunami.

Accident nucléaire

L’accident nucléaire a nécessité l’évacuation immédiate des habitants de la zone à cause des émissions radioactives de la centrale endommagée, où les cœurs de trois réacteurs avaient fondu. Cette évacuation s’est faite dans un périmètre de 20 kilomètres autour de la centrale. Près de 110 000 habitants ont été évacués par les autorités, ainsi que 30 000 autres situés à 10 km autour de la centrale de Daini. La zone d’évacuation autour de la première centrale est devenue une zone interdite à la population.

SEUL UN TRÈS PETIT NOMBRE D’ANCIENS RÉSIDENTS ONT SOUHAITÉ REVENIR

Aujourd’hui, douze ans plus tard, dans la préfecture de Fukushima, certaines parties des zones interdites d’habitation vont être rouvertes. Les restrictions d’entrée ont été assouplies, et certains habitants ont commencé à retourner vivre dans leurs maisons au titre d’ « hébergement préparatoire ».

Néanmoins, la réalité est que seul un très petit nombre d’anciens résidents ont déclaré souhaiter revenir. En effet, l’archipel du Japon se trouve dans une zone sismique et volcanique très active. Il est situé sur la ceinture de feu du Pacifique à la jonction de trois plaques tectoniques. Le pays est régulièrement touché par des tremblements de terre et soumis à de strictes normes de construction parasismiques afin que les bâtiments soient capables de résister à de fortes secousses. Les anciens habitants se demandent si une autre catastrophe pourrait se reproduire. Pas plus tard que le 16 mars 2022, un tremblement de terre important a eu lieu au large de la préfecture de Fukushima.

Eau radioactive

Depuis l’accident nucléaire, le démantèlement et la décontamination du site se poursuivent et devraient durer entre 30 à 40 ans.

Il est maintenant question de rejeter en mer des eaux traitées issues de la centrale nucléaire, une fois débarrassées de la plupart des substances radioactives. Car les eaux utilisées tous les jours pour refroidir le combustible fondu, ainsi que l’eau de sources souterraines ou de pluie s’accumulent. Cette eau contaminée est traitée et ensuite stockée dans un millier de cuves. Problème : elles atteignent leur capacité maximale. Il n’y a maintenant plus de place et dans quelques mois, le Japon va opérer des rejets dans la mer.

LES ANTINUCLÉAIRES ESTIMENT QUE PAR LEUR STRUCTURE MÊME, LES CENTRALES ÉCHAPPENT AU CONTRÔLE HUMAIN

Malgré le traitement, il y demeure une substance radioactive en petite quantité, le tritium, inséparable de l’eau. Dans un laboratoire au sein de la centrale, 90 000 échantillons d’eau traitée sont analysés chaque année, pour préparer la dilution dans la mer. Après un deuxième traitement, l’eau sera rejetée par un tunnel d’1 km de long, construit à 16 m de profondeur. Le rejet prendra alors au moins 30 ans. Juste avant de rejoindre le Pacifique, l’eau sera diluée une dernière fois dans de grandes piscines d’eau de mer.

Impact sur la vie marine

L‘inquiétude est grande dans une partie de la population. Notamment chez les pêcheurs de Fukushima, dans le port d’Onahama, à 60 km de la centrale. Ils ont déjà vu leur production passer de 25 000 tonnes de poissons par an avant 2011, à environ 5 000 tonnes. Tout est surveillé : après la pêche quotidienne, un poisson de chaque espèce est analysé dans un laboratoire du port. Les autorités affirment que la dose de tritium rejetée ne sera pas dangereuse. Les écologistes sont également préoccupés par l’impact sur la vie marine.

À LIREBiodiversité : il faut protéger au moins 30 % de la planète d’ici à 2030

Selon les scientifiques favorables à l’énergie nucléaire, son grand avantage est que la production électrique est faiblement émettrice de gaz à effet de serre. La fermeture des centrales nucléaires opérationnelles serait un frein à la limitation à 2°C du réchauffement climatique. Certains experts estiment d’ailleurs qu’il n’y a pas de preuves scientifiques que l’énergie nucléaire serait plus dommageable pour la santé ou l’environnement que d’autres technologies de production d’électricité. Le stockage des déchets radioactifs dans la terre à de grandes profondeurs, est considéré comme une méthode sûre. Cependant, même quand une centrale nucléaire est mise à l’arrêt, il faut toujours maintenir le refroidissement. Une quantité considérable de chaleur (puissance résiduelle) est dégagée par les résidus du combustible nucléaire et il faut éviter à tout prix sa fusion.

Mouvement antinucléaire

Longtemps un des leaders mondiaux du nucléaire civil, le Japon connait depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima un fort mouvement antinucléaire. Le mouvement antinucléaire militaire japonais est né en 1945, après les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki. Pour les antinucléaires, ces bombardements, qui ont surtout tué des civils n’auraient pas dû avoir lieu. Ils luttent contre la guerre et les armes atomiques à travers le monde.

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En ce qui concerne le mouvement contre l’industrie nucléaire civile au Japon, il a vraiment commencé dans les années 1970 après l’accident nucléaire de Tchernobyl (Ukraine, 1986) puis avec le développement de l’industrie nucléaire dans le pays. Pour les antinucléaires, la réalité est que de nombreuses personnes souffrent encore des effets du désastre de Fukushima et que cela va se prolonger encore pendant des décennies. La probabilité que des catastrophes surviennent de nouveau ne peut être exclue. Et, pour eux, cette éventualité rend leur existence inacceptable. Ils estiment que par leur structure même, les centrales échappent au contrôle humain.

Problèmes insolvables

Tous les ans, le 11 mars, dans la préfecture de Fukushima, des cérémonies de commémoration se tiennent au niveau collectif et personnel. D’une manière générale, il y a un manque d’information au Japon et dans le reste du monde sur les défis auxquels la région de Fukushima continue à faire face car cela dépasse l’entendement. Les résidents ont l’impression qu’il reste des problèmes insolvables et se sentent impuissants face aux décisions prises en haut lieu. Que vont-ils laisser en héritage à leurs enfants ?

Quand les habitants de la ville de Tomioka, située dans le périmètre interdit, ont été évacués, ils ont dû tout abandonner : habits, objets personnels, mobilier, jouets. Leurs maisons, les boutiques, les bureaux sont restés en l’état. À travers les vitres, on peut voir aujourd’hui encore des habits qui pendent sur les cintres dans les chambres, des vélos et des trottinettes rouillés dans les cours, des hautes herbes qui ressemblent à de la paille recouvrant les parkings, des supermarchés avec leurs marchandises restées sur les rayons. Une ville fantôme.

Beaucoup d’animaux domestiques ont été abandonnés sur place dans l’urgence et le manque de place. Certains maîtres ont pensé à enlever leur chaîne et à les libérer mais d’autres ne l’ont pas fait. Les bêtes sont mortes de faim dans la ville déserte ou ont attrapé des cancers.

Des pertes estimées à 210 milliards de dollars

Depuis l’accident nucléaire, Il y a beaucoup de travaux de décontamination. Des travailleurs-techniciens sont venus pour s’occuper de la centrale. À une époque, chaque jour, des milliers de camions circulaient pour ramasser la terre contaminée dans de grands sacs noirs qui étaient ensuite déposés sur un vaste terrain préparé à cet effet. Les travailleurs sont bien payés. Certains sont venus pour l’argent, d’autres pour aider.

AVEC LA GUERRE EN UKRAINE, POUR LA PREMIÈRE FOIS DEPUIS LONGTEMPS, NOUS REPENSONS À LA MENACE NUCLÉAIRE

La catastrophe est vue par les gens de la région comme une injustice, alors que le reste du pays fonctionne normalement. La vie a du mal à reprendre. Il n’y a plus de joie. Ils sont hantés par 2011. La reconstruction nécessitera encore plusieurs décennies et son coût en fait déjà la catastrophe la plus onéreuse de tous les temps. On estime les pertes économiques à 210 milliards de dollars.

Vulnérabilité des centrales et guerre en Ukraine

Avec la guerre en Ukraine, pour la première fois depuis longtemps, nous repensons à la menace nucléaire. En cas d’intensification du conflit qui entre dans sa deuxième année, la vulnérabilité des centrales est un danger majeur. En effet, en situation de conflit, les centrales nucléaires sont particulièrement vulnérables à des attaques.

Nous sommes tous concernés. Nous avons l’impression d’être impuissants face à la menace d’une troisième guerre mondiale. Dans ce sens-là, la catastrophe de Fukushima nous apprend beaucoup sur les choix que nous pouvons faire pour l’avenir.