Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Il faut réformer la Fifa, malade de sa richesse

Les scandales de corruption au sein de la Fifa ne font plus les gros titres. Pourtant, la gestion opaque de la fédération alimente toujours la suspicion. La solution pour y couper court ? Permettre aux États désargentés, croissance mondiale en berne oblige, de tirer profit de ses bénéfices record.

Mis à jour le 9 février 2023 à 11:54
 
magaye gaye
 

Magaye Gaye est un économiste sénégalais,
professeur à l'Institut Supérieur de Gestion de Paris.

 

 FIFA

 

Les drapeaux en berne d’associations membres de la Fifa, en hommage à Pelé, le 29 décembre 2022, au siège de la Fifa, à Zurich, Suisse. © Chine Nouvelle/SIPA

 

Le football est un sport populaire, de notoriété mondiale, qui génère d’énormes flux financiers. Grâce aux impôts et aux différentes taxes qu’ils prélèvent, les États participent à l’essor de cette discipline par la construction de stades, le soutien aux équipes nationales, l’encadrement de petites formations…

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L’organisation chargée de gérer et de développer le football au niveau international est connue : c’est la Fédération internationale de football association (Fifa). Bien qu’elle soit officiellement une association à but non lucratif, cette organisation brasse des sommes astronomiques. Elle a été érigée en une structure internationale indépendante des gouvernements, un peu à l’image des banques centrales, même si les missions de ces dernières sont sans commune mesure avec celles de la Fifa.  L’organisation en charge du football gère une activité ludique tandis que les banques centrales veillent sur un bien commun essentiel : la monnaie.

Narguer les dirigeants

La Fifa avait annoncé s’attendre à des revenus de 7,25 milliards d’euros (4 756 milliards de F CFA) sur les quatre dernières années et après la Coupe du monde au Qatar. Le bénéfice net atteindrait ainsi 967 millions d’euros (634 milliards de F CFA). Sur ce montant, quelque 290 millions d’euros (190 milliards de F CFA) seraient destinés à soutenir financièrement les fédérations après la pandémie de coronavirus. Rappelons qu’en 2015, une enquête lancée par le département de la Justice des États-Unis pour des faits de corruption avait donné lieu à un grand scandale, lequel avait précipité le départ d’une partie des dirigeants de la Fifa.

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L’on ne saurait non plus oublier les problèmes de gouvernance identifiés au sein des confédérations continentales et des associations nationales. La Fifa, de même que ses démembrements, semble narguer les gouvernements représentatifs des peuples qui, apparemment, se laissent dépasser par les enjeux. Au regard du contexte international, qui se caractérise par une croissance mondiale en berne et une pauvreté de plus en plus accentuée, il n’est plus acceptable qu’un petit groupe de personnes gère les énormes deniers du football mondial et se croie tout permis.

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Les réformes que nous préconisons sont de plusieurs ordres. D’abord, il faut remettre les États en selle. Ce qui implique de leur redonner du pouvoir face à la Fifa, notamment en redéfinissant des périmètres dans lesquels ils exercent un contrôle démocratique sur la fédération ainsi que sur ses différents satellites. Il faut donc au préalable s’interroger sur la légitimité ou pas de la Fifa, association à but non lucratif, à réaliser des bénéfices.

États actionnaires

Créée il y a plus d’une centaine d’années dans un contexte totalement différent marqué par la complexité des problèmes contemporains, la Fifa devrait faire évoluer son statut juridique, de même que ses procédures et règles d’intervention. Passer du statut d’association à celui d’établissement public international doté d’une personnalité morale ne serait pas une hérésie.

LES PRIMES GAGNÉES À L’INTERNATIONAL, POUR DES RAISONS D’ÉQUITÉ, GAGNERAIENT À ÊTRE REVERSÉES DANS LES BUDGETS NATIONAUX

Cette mutation permettrait ainsi de lui fixer un capital social et d’amener les différents États membres de la Fifa à en devenir les actionnaires tout en participant à la bonne marche des organes sociaux. Ces derniers pourraient être structurés en un Conseil d’administration – qui se tiendrait trimestriellement – composé de hauts experts nationaux du football, et en un Conseil des gouverneurs – semestriel – représenté par  les ministres en charge des Sports. Un peu à l’image des organismes de Bretton Woods : Banque mondiale et FMI.

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Réformer la Fifa requiert également une certaine transparence de la part des fédérations nationales. Dans des pays où une grande partie de la population vit avec moins d’un dollar par jour, il est normal que l’État s’érige en garant de la probité des équipes dirigeantes nommées au sein des fédérations nationales. Il revient évidemment à ces États de définir les politiques sportives, de gérer les budgets afférents, notamment ceux qui concernent leur participation aux compétitions internationales. En revanche, les primes gagnées à l’international, pour des raisons d’équité, gagneraient à être reversées dans les budgets nationaux afin de garantir leur bonne utilisation et une meilleure répartition de cette richesse au sein de la population.

Charte éthique et volonté politique

Professionnaliser la gouvernance de l’institution constitue également l’une des mesures à envisager dans le cadre de la réforme que nous préconisons. Cela pourrait passer par la limitation du mandat du président de la Fifa et de ses principaux collaborateurs à cinq ans, renouvelable une fois. Il faudrait alors nommer de véritables gestionnaires plutôt que de privilégier le « cooptage » d’anciens footballeurs sans compétences managériales.

Il conviendrait aussi de rendre publics les émoluments des dirigeants, d’assurer un double contrôle des activités de l’organisation au travers d’au moins deux cabinets internationaux choisis par les Nations unies. Il est important que les États membres arrivent à imposer à la Fifa une charte éthique et un système de reporting régulier afin de leur permettre de mieux suivre l’évolution des activités de l’organisation.

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Cette réforme serait incomplète si elle ne prévoyait pas un volet social. Il s’agirait, par exemple, pour la Fifa, d’allonger la liste des bénéficiaires des retombées de l’activité footballistique. On peut très bien imaginer que la Fifa consacre 20 % de ses bénéfices au soutien de la cause des enfants et des handicapés.

Pour que ces réformes puissent voir le jour, il faut une volonté politique, dans la mesure où la Fifa semble être a priori un « mammouth » difficilement manœuvrable qui a toujours vécu dans le confort et qui cristallise aujourd’hui les intérêts de grandes firmes multinationales. Réputés pour ne pas transiger avec les règles de bonne gouvernance, les États-Unis pourraient se poser en maître d’ouvrage de ce gigantesque chantier.

Immigration : comment l’UE veut accélérer les expulsions de migrants

Analyse 

Le sujet de l’immigration est à l’ordre du jour du Conseil européen extraordinaire des jeudi 9 et vendredi 10 février. Objectif, contraindre les pays d’origine à réadmettre leurs ressortissants.

  • Jean-Baptiste François, 
Immigration : comment l’UE veut accélérer les expulsions de migrants
 
Gunnar Strommer (à droite), ministre suédois de la justice, et Didier Reynders, commissaire européen de la justice, en conférence de presse à Stockholm le 27 janvier. Tous deux participaient à une rencontre entre ministres européens pour parler de l’immigration, en vue de préparer le Conseil européen qui se tiendra les 9 et 10 février.JESSICA GOW/TT/AFP

Non, l’UE ne paiera pas pour barricader les frontières extérieures. La Commission a tenu cette position le 26 janvier à Stockholm, où les ministres de l’intérieur ont préparé le Conseil européen des 9 et 10 février. Peu importe le nombre grandissant d’États membres désireux d’envoyer la facture des barrières à Bruxelles. En revanche, les 27 pourront compter sur l’exécutif européen pour expulser plus efficacement les personnes qui se maintiennent dans l’UE sans droit de séjour.

Une coalition sécuritaire sédimente dans le paysage européen, encouragée par la Suède, à la présidence tournante de l’UE depuis janvier, pour durcir la politique aux frontières extérieures. Nommé en octobre, le premier ministre Ulf Kristersson, qui a besoin du soutien de l’extrême droite pour gouverner, en fait une priorité. Il a pour cela l’appui de l’Italie de Giorgia Meloni, arrivée elle aussi aux responsabilités à l’automne.

Des expulsions en augmentation début 2022

Voilà quinze jours, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a envoyé une lettre aux leaders européens pour leur demander d’utiliser « tous les instruments et tous les outils pertinents de l’UE » (développement, commerce, visas, possibilités de migration légale…) afin de « garantir des retours effectifs ». Objectif, endiguer l’envolée des arrivées irrégulières dans l’UE (330 000 en 2022, + 64 % par rapport à 2021).

Car dans les faits, les décisions d’éloignement sont peu exécutées. Sur 340 500 ressortissants de pays tiers qui ont reçu l’ordre de quitter l’UE en 2021, seuls 70 500 (21 %) ont été renvoyés, selon Eurostat. Mais le vent commence à tourner : au premier semestre 2022, les expulsions ont augmenté de 20 % par rapport au premier semestre 2021, et les États membres comptent bien garder ce cap en 2023.

Le jeudi 2 février 2023, la cheffe de l’exécutif européen a appelé à utiliser « drones, radars et autres moyens de surveillance » pour contrôler la frontière bulgaro-turque. Le premier ministre hongrois Viktor Orban s’est empressé d’ironiser sur cette récente conversion à la manière forte. « Bienvenue au club »a twitté le trublion de l’Europe, qui se targue d’avoir dix ans d’avance en la matière.

La Suède, aux côtés de l’Italie mais aussi de la France dont la loi immigration vise elle aussi un renforcement des expulsions, défend l’enclenchement de l’article 25-A du code des visas, clause intégrée en 2020. Les pays tiers qui rechignent à reprendre leurs ressortissants s’exposent en représailles à des complications pour accéder aux titres de séjour. Soit par une augmentation du prix des visas, soit par des procédures qui traînent en longueur.

« Le risque est d’entrer dans une spirale de chantages croisés »

L’Italien Ferruccio Pastore, directeur du Forum de la recherche internationale et européenne sur l’immigration (Fieri), est sceptique. « La peur peut engendrer des résultats à court terme. Mais je doute que cela soit tenable. Par cette forme de chantage, on oblige les leaders des pays d’origine à prendre des mesures terriblement impopulaires qui pourraient déstabiliser les sociétés et donner des impulsions aux départs. »

Pour l’heure, seule la Gambie s’est attiré les foudres de cet article 25-A, pour « manque de coopération ». Sous la menace, le Bangladesh a fini par obtempérer en 2021. La Commission a déjà brandi cette mesure contre l’Irak ou le Sénégal, et entend reproduire ce schéma avec le Pakistan, l’Égypte, le Maroc, la Tunisie ou le Nigeria. « Avec ce registre antagonique, le risque est d’entrer dans une spirale de chantages croisés », ajoute Ferruccio Pastore, qui rappelle le relâchement des contrôles déjà intervenus dans des pays comme le Maroc ou la Turquie, dès que les désaccords resurgissent.

Plutôt que de recourir aux leviers européens, l’Allemagne préfère nouer elle-même ses accords. Berlin vient ainsi de nommer un « Monsieur retour ». La logique n’est pas si différente. Au poste de « représentant spécial », Joachim Stamp devra lui aussi négocier avec les États peu enclins à réadmettre les déboutés du droit d’asile, mettant dans la balance l’immigration choisie. L’Allemagne, en pénurie de main-d’œuvre, se fixe l’objectif d’attirer 400 000 travailleurs, afin d’enrayer son déclin démographique. « La coopération est la clé, mais elle ne pourra fonctionner que sur la base d’incitations positives », conclut Ferruccio Pastore.

Adoption internationale : des historiens confirment la « récurrence » de pratiques illicites

Analyse 

Durant un an, deux chercheurs de l’université d’Angers ont épluché des milliers d’archives sur l’adoption internationale en France. Leur étude, publiée le 3 février, lève le voile sur des pratiques illicites surtout opérées dans les années 1980-1990.

  • Florence Pagneux, correspondante à Angers (Maine-et-Loire), 
Adoption internationale : des historiens confirment la « récurrence » de pratiques illicites
 
Alors que Marie Marre (à gauche) avait été adoptée, l’association Rayon de soleil de l’enfant étranger envoyait à sa mère, Fatoumata Ba Cisse (à droite), des photos afin de maintenir le lien et continuer de lui faire croire que sa fille reviendrait au Mali à la fin de sa scolarité.NICOLAS REMENE/LE PICTORIUM/MAXPPP

Après avoir ouvert 250 cartons d’archives et étudié 50 000 documents, les historiens Yves Denéchère et Fabio Macedo constatent que les pratiques illicites dans l’adoption internationale étaient non seulement « nombreuses », mais aussi « largement connues » de ses acteurs, des familles adoptantes aux services de l’État en passant par les associations et intermédiaires.

Alors que le gouvernement a lancé une mission d’inspection sur les pratiques illicites dans l’adoption internationale en novembre dernier, cette étude historique de l’université d’Angers publiée le 3 février lève le voile sur la zone grise qui a longtemps entouré les adoptions d’enfants étrangers en France, de la fin de la Seconde Guerre mondiale au début des années 2000. Au total, les chercheurs recensent plus de 120 000 adoptions pendant cette période.

Falsification de pièces, corruption, abus de confiance…

Cette enquête, financée par le ministère des affaires étrangères – qui n’a eu aucun droit de regard sur son contenu –, dresse une longue liste de pratiques illicites : falsification de pièces, corruption d’agents, absence de consentement de la mère biologique ou abus de confiance, fausses déclarations de naissance, de paternité ou maternité, faux abandons, fraudes aux règles de sortie et d’entrée dans les pays concernés.

Les crimes les plus graves ? Kidnappings, vol ou vente d’enfants opérés par des membres de la famille, des intermédiaires véreux ou des réseaux organisés. « Après 1945, la nouveauté du phénomène de l’adoption internationale et l’absence d’une réglementation spécifique ont été propices au développement de pratiques illicites », écrivent les chercheurs.

Des signalements « nombreux et très fréquents »

Dans les années 1980, avec son expansion, « les intermédiaires et les filières se sont multipliés, et il est devenu impossible de maîtriser, ou simplement de connaître, toutes les pratiques ayant cours en Asie et en Amérique du Sud, puis en Afrique ». Cette réalité, « parfaitement saisie par la diplomatie française dès les années 1960 et 1970 », fera l’objet de signalements « très nombreux et très fréquents » à partir des années 1980, poursuit l’étude, qui s’appuie pour une grande part sur les archives du ministère des affaires étrangères. «Leur récurrence, voire leur répétition, montre que le phénomène est demeuré considérable dans certains pays, au moins jusque dans les années 2000», ajoutent les auteurs, évoquant aussi bien les alertes des diplomates que celles des acteurs de l’adoption.

« Les pratiques illicites qui reviennent le plus sont les fraudes à l’état civil et la question du consentement forcé ou non éclairé des familles biologiques », décrit Fabio Macedo, post-doctorant en histoire contemporaine à l’université d’Angers. Les pays particulièrement concernés sont le Brésil, le Vietnam, le Népal, le Pérou, le Guatemala, le Salvador, le Sri Lanka, la Roumanie, le Mali ou l’Éthiopie, principalement dans les années 1980 et 1990.

Ces méthodes restent marginales

« Pour ceux qui ont travaillé pendant des années dans ce secteur, cette étude n’apporte pas de scoop, réagit Marie-Christine Le Boursicot, conseillère honoraire à la Cour de cassation. L’effet de loupe peut donner l’impression que l’adoption internationale génère automatiquement des dérives, ce qui n’est pas le cas. » Ces méthodes restent marginales à l’échelle globale, reconnaît Fabio Macedo, « mais à certaines époques et dans certains pays, ces pratiques illicites pouvaient être très importantes ».

Les historiens, qui n’ont pas eu accès aux archives sur la période récente, estiment que des pratiques illégales peuvent perdurer. « Mais elles sont certainement plus faciles à contrôler depuis la baisse drastique des adoptions internationales », note Yves Denéchère, professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Angers, qui n’en dénombrait plus que 232 l’an dernier en France, contre plus de 4 000 en 2005. Les deux chercheurs vont désormais mesurer dans quelle proportion les enfants adoptés à l’étranger ont découvert, au cours de la quête de leurs origines, que leur adoption avait fait l’objet de pratiques illicites.

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« Ces pratiques ont détruit des familles et des vies »

Marie Marre

35 ans, fondatrice du collectif des adoptés français du Mali.

« Adoptée au Mali à 19 mois, j’ai grandi dans une famille aimante en Normandie. À la naissance de ma fille, je suis partie en quête de mes origines. Or, mon dossier d’adoption était plein de ratures et d’incohérences. J’ai découvert après quatre ans d’enquête que ma mère biologique n’avait jamais voulu m’abandonner. On lui avait fait croire que j’allais partir en France pour ma scolarité et revenir à 18 ans auprès d’elle. J’ai réussi à la retrouver et j’apprends le bambara pour renouer avec celle qui m’a toujours attendue. J’ai porté plainte, avec 8 autres enfants adoptés du Mali, contre notre organisme autorisé pour l’adoption (OAA). L’enquête est en cours. Cette étude historique apporte une preuve à ce qui est dénoncé par beaucoup d’adoptés depuis des années. J’espère que la France va avancer dans sa reconnaissance des victimes de ces pratiques qui ont détruit des familles et des vies. »

Assimi Goïta pousse un peu plus la Minusma vers la sortie

Le gouvernement malien d’Assimi Goïta a sommé Guillaume Ngefa-Atondoko Andali, le chef de la division des droits de l’homme de la Minusma, de quitter le territoire. Un nouveau départ forcé qui pose la question de l’avenir de la mission onusienne.

Mis à jour le 6 février 2023 à 17:20
 

 goita

 

     Le président de la transition malienne, le colonel Assimi Goïta, le 27 janvier 2023. Le Président de la Transition, SE le Colonel Assimi GOÏTA, Chef de l’État, a présidé, dans la salle des banquets de Koulouba, la cérémonie de présentation des vœux du Nouvel An du personnel de la Présidence, ce vendredi.. Le 27 janv. 2023. © Présidence Mali

Le courrier offre comme une impression de déjà-vu. Un peu plus de six mois après l’expulsion d’Olivier Salgado, porte-parole de la mission de l’ONU pour la stabilisation au Mali, c’est au tour de Guillaume Ngefa-Atondoko Andali, à la tête de la Division des droits de l’homme et de la protection (DDHP) de la Minusma d’être sommé, par les autorités maliennes, de quitter le pays dans les plus brefs délais.

À LIREMali : entre Abdoulaye Diop et El-Ghassim Wane, bras de fer autour de la Minusma

Ce dimanche 5 février, le colonel Abdoulaye Maïga, ministre d’État et porte-parole du gouvernement a donné, par voie de communiqué, quarante-huit heures à l’intéressé pour plier bagages. Une décision motivée par les « agissements déstabilisateurs et subversifs de M. Andali, en violation flagrante des principes et des obligations que doivent observer les fonctionnaires des Nations unies et tout diplomate accrédité au Mali ».

Déclaration contestée à l’ONU

Dénonçant une « conspiration », le gouvernement pointe la sélection d’« usurpateurs s’arrogeant le titre de représentants de la société civile maliennes » mise en place à l’occasion de sessions du Conseil de sécurité de l’ONU.

Sans la citer nommément, Bamako s’indigne de l’intervention d’Aminata Dicko à New York le 27 janvier dernier. Au nom de la société civile malienne, la vice-présidente de l’observatoire Kisal – une structure de protection des droits de l’homme au Sahel –, avait dénoncé « la présence des partenaires russes aux côtés des Forces armées maliennes [Fama] », responsables de ce « qui pourrait constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ».

À LIREAminata Dicko dénonce Wagner, Assimi Goïta voit rouge

Une déclaration qui a valu à Aminata Dicko de devenir la cible d’une violente campagne de dénigrement sur les réseaux sociaux. Ulcérées elles-aussi par les propos de la défenseuse des droits de l’homme, les autorités de Bamako, qui nient toujours formellement la présence des mercenaires de Wagner dans le pays, ont vivement répliqué.

Présent à New York le 27 janvier, le ministre des Affaires étrangères du Mali, Abdoulaye Diop, s’est immédiatement dit « surpris » de la présence d’une déléguée malienne à cette réunion. « Nous ne connaissons pas cette personne. […] Naturellement nous doutons de sa représentativité et de sa crédibilité », avait alors fait savoir le chef de la diplomatie malienne.

Bouc émissaire

Guillaume Ngefa-Atondoko Andali fait-il office de bouc émissaire, alors que le travail de la division des droits de l’homme de la Minusma est déjà largement entravé par les autorités ? Selon nos informations, l’intéressé ne serait pas responsable de l’intervention d’Aminata Dicko. Celle-ci ayant été proposée par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) puis validée par le Japon, qui préside actuellement le Conseil de sécurité de l’ONU.

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Guillaume Ngefa-Atondoko Andali vient étoffer davantage la liste des personnalités expulsées par les colonels, au motif du respect de la souveraineté du Mali. Il y a un an, Assimi Goïta exigeait le départ de l’ambassadeur de France, Joël Meyer. Trois mois plus tôt, le représentant spécial de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) Hamidou Boly, a été enjoint de quitter le territoire pour des « agissements » jugés « incompatibles » avec son statut.

La fin de la Minusma ?

Sous couvert d’anonymat, plusieurs employés onusiens se disent aujourd’hui inquiets quant à leur capacité à remplir leur mission dans un contexte de plus en plus difficile, notamment pour les équipes en charge d’enquêter sur les exactions supposées de l’armée malienne et de ses supplétifs russes.

À LIREMali : la Minusma peut-elle encore faire son travail d’enquête ?

Plusieurs pays contributeurs ont également annoncé leur intention de ne plus fournir de troupes à la Minusma, déplorant un manque de coopération des autorités maliennes. Si, officiellement, le chef de la Minusma, El-Ghassim Wane, privilégie le dialogue, l’expulsion de Guillaume Ngefa-Atondoko Andali semble obscurcir un peu plus l’avenir de la mission onusienne.

Le rétrécissement de son champ d’action et la multiplication des critiques à son égard offrent, là-encore, une impression de déjà-vu. Avant leurs départs en août 2022, les soldats de l’opération Barkhane avaient été la cible de vives critiques de la part des autorités maliennes. Ils avaient alors été poussés vers la sortie, sur fond de pourrissement des relations entre Bamako et Paris.

Quand des jihadistes sahéliens sont dans le viseur de la justice américaine

Fawaz Ould Ahmed et Mimi Ould Baba sont accusés d’avoir perpétré des attentats au Mali, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire entre 2015 et 2017. Le premier a été discrètement extradé par Bamako vers les États-Unis, début décembre. Le second pourrait suivre dans les semaines à venir.

Par  - à Abidjan
Mis à jour le 4 février 2023 à 17:37
 

 

 fawaz

 


Le Mauritanien Fawaz Ould Ahmed, alias Ibrahim 10, au Mali, en 2016. © AFP

 

Le 9 décembre 2022, un avion en provenance du Mali atterrit à l’aéroport John-F.-Kennedy, à New York. À son bord, un personnage dont le nom a fait frémir l’Afrique de l’Ouest pendant près d’une décennie : Fawaz Ould Ahmed, alias Ibrahim 10. Ce Mauritanien, âgé de 44 ans, était un membre influent du groupe jihadiste Al-Mourabitoun et l’homme de confiance de son fondateur, le célèbre jihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar. Il avait été arrêté par les services de renseignement maliens le 21 avril 2016, à Bamako, lors d’une vague d’interpellations liées à l’enquête sur l’attentat de Grand-Bassam, un mois plus tôt.

À LIREAu Mali, les attaques jihadistes se rapprochent de Bamako

Fils de commerçant mauritanien marié à une Ivoirienne, Ibrahim 10 a été l’un des planificateurs des nombreux attentats meurtriers qui ont endeuillé le Mali, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire entre 2015 et 2017. L’un de ses premiers faits d’armes remonte au 7 mars 2015. Ce jour-là, peu après minuit, il se rend au restaurant La Terrasse, à Bamako après y avoir fait des repérages. Armé d’une Kalachnikov et d’un pistolet, il tire sur les clients et vise des Occidentaux. Cinq personnes sont tuées dans cette attaque. Il expliquera plus tard avoir déclenché ces représailles suite aux caricatures du Prophète publiées dans le journal français Charlie Hebdo.

Six chefs d’accusation

Dans les mois qui suivent, Fawaz Ould Ahmed participe à plusieurs autres attentats : le 7 août 2015 contre l’hôtel Byblos, à Sévaré, dans le centre du Mali, au cours duquel 13 personnes – dont cinq employés des Nations unies – ont été tuées ; puis le 20 novembre 2015, contre l’hôtel Radisson Blu, à Bamako, dans lequel 20 autres individus perdent la vie. Parmi les victimes du Radisson Blu, une Américaine, Anita Ashok Datar. C’est son assassinat qui a valu à Ibrahim 10 d’être extradé vers les États-Unis, où une procédure judiciaire a été ouverte contre lui.

LES ÉTATS-UNIS SONT RÉSOLUS À TRADUIRE EN JUSTICE CEUX QUI COMMETTENT DES ACTES DE TERRORISME BARBARES VISANT DES INNOCENTS

Dès le lendemain de son arrivée sur le sol américain, le 10 décembre, Fawaz Ould Ahmed a comparu devant le tribunal fédéral de Brooklyn où il est inculpé pour six chefs d’accusation. Ceux-ci vont du « meurtre » d’Anita Ashok Datar à « la fourniture et tentative de fourniture d’un soutien matériel à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et Al-Mourabitoun » en passant par « l’utilisation illégale d’explosifs ».

Le juge a décidé de son maintien en détention en attendant son procès, dont la date n’a pas encore été annoncée. « Aujourd’hui, nous avons clairement démontré que les États-Unis sont résolus à tenir leur engagement de traduire en justice ceux qui commettent des actes de terrorisme barbares visant des innocents, y compris, comme dans ce cas, une travailleuse humanitaire américaine qui a été tuée à plus de 6 000 kilomètres de sa maison dans le Maryland », a déclaré le procureur Breon Peace.

Aucun remords

Avant d’être poursuivi par la justice américaine, Fawaz Ould Ahmed avait déjà fait face à la justice malienne. Le 28 octobre 2020, elle l’avait reconnu coupable d’appartenance à un groupe jihadiste, d’homicides en lien avec une entreprise terroriste et de financement du terrorisme. Après avoir détaillé froidement le déroulement de l’attentat de La Terrasse et de la planification de celui du Radisson Blu, sans montrer de remords, il avait été condamné à la peine de mort, même si celle-ci n’est plus appliquée au Mali depuis 1980. Sa présence à son procès avait créé la surprise car Ibrahim 10 avait été annoncé comme faisant partie du lot des 200 jihadistes échangés par Bamako contre les otages Soumaïla Cissé et Sophie Pétronin, le 8 octobre 2020.

À LIREMali : dans le secret des négociations qui ont permis la libération de Soumaïla Cissé et Sophie Pétronin

Le groupe Al-Mourabitoun, dont il a reconnu être membre, avait fait du business des otages une de ses sources de revenus. Comme il l’a confié aux enquêteurs lors de ses auditions, Ibrahim 10 avait lui-même parfois pris part à des négociations pour leur libération.

Au tour de Mimi Ould Baba ?

Dans un communiqué publié sur son site après la première audience, le département de la justice américaine a « remercié le gouvernement du Mali pour son soutien et son assistance continus tout au long de cette enquête ». Cette extradition en toute discrétion d’un jihadiste sahélien vers les États-Unis est une première. Mais elle pourrait bientôt être suivie de celle d’un autre de ses « frères » d’armes bien connus : le Malien Mimi Ould Baba.

Détenu à Bamako depuis son arrestation, en 2017, par des soldats français de l’opération Barkhane, Mimi Ould Baba, 35 ans, a en effet été inculpé par la justice américaine, qui lui reproche d’avoir aidé à la préparation de l’attaque du 15 janvier 2016 contre le restaurant Capuccino et l’hôtel Splendid de Ouagadougou. Cet attentat avait fait 30 morts, dont l’Américain Michael Riddering, qui dirigeait un orphelinat et un centre d’aide pour femmes au Burkina Faso.

Condamné par la justice ivoirienne

Le nom d’Ould Baba revient souvent dans un autre dossier : celui de l’attentat de Grand-Bassam, le 13 mars 2016, en Côte d’Ivoire. Selon la justice ivoirienne, il en était même l’un des principaux organisateurs. Et pourtant, il était absent du procès qui s’est tenu à Abidjan, en décembre dernier, où seuls quatre accusés sur dix-huit étaient présents – des seconds couteaux, que leurs avocats ont présenté comme des « boucs émissaires », « condamnés pour donner l’exemple ».

D’après le témoignage de l’un des accusés détenu au Mali recueilli par les enquêteurs ivoiriens, un certain Oumar Ould Sidy, acheteur de bétail pour les jihadistes d’Al-Qaïda dans le nord du Mali, aurait recruté Mimi Ould Baba pour mettre en place l’attentat de Grand-Bassam. Ould Sidy serait donc le commanditaire et Ould Baba l’exécutant. Mais ni l’un ni l’autre n’ont comparu à leur procès.

Lors de son réquisitoire, Richard Adou, le procureur de la République de Côte d’Ivoire, avait justifié l’absence d’Ould Baba par l’imminence de son extradition vers les États-Unis par Bamako. Mais selon nos informations, Ould Baba – finalement condamné à la prison à perpétuité par contumace par la justice ivoirienne, le 28 décembre – n’a toujours pas été extradé vers les États-Unis.