Sénégal: la nouvelle garde à vue d'un journaliste inquiète les défenseurs des libertés

 

Au Sénégal, c’est une nouvelle garde à vue de journaliste qui inquiète. Le chroniqueur judiciaire Pape Ndiaye de Walf TV a été convoqué, puis placé en garde à vue, vendredi 3 mars dans l'après-midi.

Avec notre correspondante à Dakar, Juliette Dubois

Pape Ndiaye est poursuivi pour « diffusion de fausses nouvelles » et « outrage à magistrat ». Dans une émission, il avait affirmé que les dix-neuf substituts du procureur s’étaient opposés au renvoi du politicien Ousmane Sonko devant la Chambre criminelle, dans l'affaire très sensible qui l'oppose à l'ancienne masseuse Adji Sarr. En début d’année, le journaliste Pape Alé Niang avait déjà passé deux mois en prison, lui aussi pour diffusion de fausses nouvelles. Ibrahima Lissa Faye, de la Coordination des associations de presse était avec Pape Ndiaye lors de son audition. Cette garde à vue l’inquiète et il craint pour la liberté de la presse dans le pays.

« Il y a d’autres voies et moyens »

« Je ne comprends pas, dit Ibrahima Lissa Faye. C’est vrai que les magistrats pouvaient être outrés, ou peuvent se sentir offensés. Mais quand même, il y a des mécanismes, il y a d’autres voies et moyens qui permettent de régler ce genre de problèmes quand il y en a. Un démenti ou une mise en demeure auraient suffi, ou bien même une saisie du Cored [Conseil pour l'Observation des règles d'éthique et de déontologie dans les médias]. Et le Cored dispose d’un tribunal de pairs pour trancher ce genre de litige. » 

« Vous mettez la peur dans le camp des journalistes »

« C’est cette judiciarisation à outrance des dossiers qui pose problème et qui quand même, poursuit le président de la Coordination des associations de presse, donne l’impression qu’il y a une tentative de musèlement, et également aussi d’intimidation des journalistes. Parce que là, pour un cas qui demande - au plus - un démenti ou une mise en demeure, vous prenez l’option de la prison. En fait, vous mettez la peur dans le camp des journalistes, une haute censure, qui risquent de se dire : moi, si je dis ceci, je risque la prison. On est dans un contexte où les journalistes doivent faire très attention ».

Si elle n’est pas prolongée, la garde à vue de Pape Ndiaye durera jusqu’à ce soir, dimanche 5 mars. Le journaliste devrait être déféré devant le parquet demain lundi matin.

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