Dialogue interreligieux

« Lorsque nous travaillons pour les âmes, nous ne pouvons user que de persuasion et d'amour... Nous ne pouvons rien faire tant que nous n'avons pas persuadé les gens autour de nous qu'ils sont aimés... » (Cardinal Lavigerie, 1885)

« Nous croyons qu'en toute religion il y a une secrète présence de Dieu, des semences du Verbe qui reflètent un rayon de sa lumière... » (Chapitre 1967)

« Nous célébrons et partageons cette vie avec Dieu lorsque nous allons à la rencontre des cultures et des religions... nous réjouissant de la foi vivante de ces croyants et les rejoignant dans leur quête de la Vérité, cette Vérité qui nous rend tous libres. » (Chapitre 1998)

Missionnaires, nous sommes appelés à faire les premiers pas pour rencontrer les personnes, qu'elles que soient leurs convictions, leur religion.

Au Burkina Faso, cette réalité se traduit surtout dans la rencontre respectueuse et évangélique avec les adeptes des religions traditionnelles et avec les musulmans.

Dans cette rubrique, nous étudierons divers aspects de ces religions, particulièrement de l'islam.

[Tribune] Précis d’érudition islamique en Afrique de l’Ouest

 
 
 
Par

Philosophe sénégalais, professeur de langue française et directeur de l'Institut d'études africaines à l'Université Columbia, New York

Islam et histoire intellectuelle de l’Afrique - Souleymane Bachir Diagne.

En ces temps où l’on ne parle de l’islam dans l’Ouest africain qu’en évoquant les questions, certes importantes, de terrorisme et de sécurité, il est bon de rappeler aussi ce que la religion musulmane a signifié pour l’histoire intellectuelle de la région.

Le Sahara a toujours été un espace de passage et d’échange. C’est le discours colonial sur l’Afrique qui a fabriqué une séparation entre deux mondes de part et d’autre de ce désert, un Nord relevant de la science « orientaliste », et un Sud que l’ethnologie, science des « sociétés sans écriture », était chargée d’expliquer.

Ce discours prolongeait le propos d’une philosophie hégélienne de l’Histoire qui avait posé que le continent africain devait être divisé en trois. Premièrement, une Égypte appartenant au monde asiatique, deuxièmement, une Afrique du Nord ayant vocation à prolonger l’Europe de l’autre côté de la Méditerranée, mais en tant que colonie, et, troisièmement, ce qu’il appela alors « l’Afrique proprement dite », celle située au sud du Sahara.

Circulation des savoirs

C’est contre cette construction que doit se comprendre la signification de l’islamisation de l’Afrique et se penser véritablement l’histoire intellectuelle du continent, faite aussi d’érudition écrite. Il faut comprendre déjà que l’histoire intellectuelle dans le monde de l’islam fut aussi celle d’un développement des sciences de l’antiquité grecque et romaine, et que le devenir africain de cette histoire s’est construit également sur cet héritage.

Le transfert des connaissances n’est pas ce trajet unilinéaire simple qui a conduit d’Athènes à Rome et de Rome à l’empire d’Occident

La fameuse expression latine translatio studiorum (transfert des connaissances), utilisée durant le Moyen Âge européen pour parler de la transmission des sciences du monde grec à la chrétienté latine d’Occident, n’est pas ce trajet unilinéaire simple qui a conduit d’Athènes à Rome et de Rome à l’empire d’Occident. C’est aussi le chemin qui a mené d’Athènes à Bagdad, Cordoue, Fès, Tombouctou…

Recherches prometteuses

Ainsi, l’histoire de la philosophie en Afrique sera-t-elle faussée si elle ne prend pas en compte la tradition d’étude de la logique d’Aristote ou celle de réflexion sur la philosophie néoplatonicienne dans la métaphysique du mysticisme telles qu’on les rencontre en Afrique de l’Ouest, dans les centres intellectuels comme Tombouctou, ou en Afrique de l’Est, dans le monde swahili.

L’étude de la tradition d’érudition en Afrique subsaharienne musulmane, dont témoignent les manuscrits de Tombouctou, connaît aujourd’hui un développement important. Les écrits de ceux qu’Ousmane Kane a appelés les intellectuels africains « non europhones » font l’objet de recherches prometteuses. On citera ainsi le récent ouvrage de cet auteur, traduit en français sous le titre Au-delà de Tombouctou : Érudition islamique et histoire intellectuelle en Afrique occidentale.

Tradition intellectuelle et spirituelle

De manière générale, il est important de prendre toute la mesure de la signification de l’islamisation du continent comme facteur de développement d’une tradition intellectuelle qui reste largement à (re)découvrir.

Cette tradition intellectuelle et spirituelle est le fruit du patient travail d’oulémas (savants musulmans) qui ont fait le choix de gagner les cœurs et les esprits à l’islam par l’éducation plutôt que par la contrainte. Ils ont ainsi cultivé une philosophie pacifiste dans la conviction que la fureur des jihads fera toujours infiniment moins que la patience des éducateurs.

La conviction des Jakhanke était que le vrai combat devait être celui de l’éducation

Ainsi, il faut souligner le rôle décisif joué par les Jakhanke, ce groupe ethnique qui s’est fait une spécialité de produire des oulémas missionnaires, lesquels, durant des siècles, ont créé à travers la région des centres d’enseignement islamique. Cette tradition éducative des Jakhanke a fait l’objet d’une étude par Lamin Sanneh, dans un ouvrage au titre éloquent : Beyond Jihad : The Pacifist Tradition in West African Islam.

La tradition pacifiste qui a ainsi été établie en Afrique de l’Ouest porte le nom de l’ancêtre fondateur que se reconnaissent les Jakhanke, Al Hajj Salim Suware, qui vécut au XIIIe siècle. C’est en réaffirmant cette tradition que les Jakhanke ont répondu à l’épreuve de la colonisation elle-même en se démarquant des oulémas parmi eux qui s’étaient lancés dans l’aventure du jihad. Leur conviction, partagée en général par les guides des confréries soufies, était que le vrai combat devait être celui de l’éducation. Cela demeure vrai, plus que jamais.

Rencontre avec Jacqueline Chabbi |Les cahiers de l’islam

 

Dans cette Rencontre avec Les Cahiers de l’islamJacqueline Chabbi, historienne et agrégée d’arabe, envoie dos à dos les discours islamiques idéalisant un passé mythique et les approches académiques habitées par ce qu’elle appelle une « obsession biblique » ou « salafisme biblique » (dans laquelle le Coran n’est plus lu qu’à travers les sources judéochrétiennes). Les tenants de cette approche, dit-elle avec force, « traitent par le mépris toutes les sources qui n’appartiennent pas à une mouvance biblique ». Par la même occasion, J. Chabbi nous expose son opinion quant à la publication récente du Coran des historiens, présenté comme une « révolution » dans les études coraniques. Elle est loin de partager cet avis. Nous sommes, dit-elle, « face à un rouleau compresseur. Nul n’est plus convaincu que celui qui s’est convaincu lui-même ».

Lire la suite: Rencontre avec Jacqueline Chabbi, Les cahiers de l’islam, 06.12.19.

Dialogue interreligieux : «Servir l’humanité blessée :
vers une solidarité interreligieuse» |ZENIT – Français

 

Une réunion pour réfléchir et lancer le projet commun «Servir l’humanité blessée : vers une solidarité interreligieuse » a été tenue par le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux (CPDI) et par le Bureau pour le dialogue interreligieux et la coopération (IRDC) du Conseil œcuménique des Églises (COE) le 10 décembre 2019, indique un communiqué du CPDI ce mercredi 11 décembre.

Des experts et des professionnels catholiques et protestants, ainsi que des représentants de certains des dicastères du Saint-Siège et des universités pontificales, du corps diplomatique, des missionnaires religieux et des œuvres caritatives chrétiennes ont été invités à la réunion.

Cette « réunion de réflexion », lit-on dans un communiqué, « est un premier pas vers une réflexion plus approfondie qui inclura nécessairement la participation d’experts d’autres traditions religieuses ».

Le CPDI et l’IRDC du COE entretiennent une amitié et une collaboration de longue date, et ont ensemble publié des documents sur les thèmes : le mariage interreligieux (1994-1997), la prière interreligieuse (1997-1998), la religiosité africaine (2000-2004), le témoignage chrétien dans un monde multireligieux (2006-2011) et l’éducation pour la paix (2017-2019).

Source : Dialogue interreligieux : «Servir l’humanité blessée : vers une solidarité interreligieuse» – ZENIT – Francais, Marina Droujinina, 11.12.19.

Calendrier interreligieux: Janvier 2020

 

Mer. 1 Oshogatsu (du 1er au 3 janvier)

Nouvel An japonais, fait de réjouissances et de visites aux sanctuaires shintôs et aux temples bouddhiques.

Nouvel An 2020 du calendrier grégorien basé sur la naissance de Jésus (~4 ans d’erreur). Inauguration de la nouvelle année civile annoncée par les réjouissances du réveillon pendant la nuit du 31 décembre au 1er janvier .

La date et la pratique du Nouvel An varient selon les régions, les traditions et les religions. En témoignent la fête juive de Roch ha-Chanah, le 1er Moharram musulman ou encore le Nouvel An chinois.
En Occident, le 1er janvier est progressivement devenu le début de l’année civile après l’instauration, en 1582, du calendrier grégorien. La célébration de l’an nouveau au 1er janvier s’est répandue avec l’internationalisation du calendrier grégorien (XIXe – XXe siècles).
Aujourd’hui, il est d’usage de se retrouver en famille ou entre amis autour d’un banquet la veille, le soir de la Saint-Sylvestre, et d’attendre minuit et le changement d’année pour s’embrasser et échanger les vœux; des animations, des spectacles et des fêtes sont organisés un peu partout.
En Suisse, le lendemain du Nouvel An a lieu la Saint-Berchtold (2 janvier). Ce jour est férié ou chômé dans treize cantons.


Dim. 5  Naissance (parkash) de Guru Gobind Singh. Né en 1666, Gobind Singh est le 10e et dernier gourou historique des sikhs.

Dimanche de l’Épiphanie – Fête catholique de l’adoration de l’enfant Jésus par les mages, précurseurs de toute l’humanité.


Lun. 6  Épiphanie / Théophanie orthodoxe (6 janvier: cal. grégorien; 19 janvier: cal. julien)

En Occident: fête des Rois en souvenir des mages venus adorer l’enfant Jésus.
En Orient: révélation de Jésus comme fils de Dieu lors de son baptême.
Cette fête commémore la manifestation de Dieu aux hommes, en la personne de Jésus. C’est, pour les Églises d’Occident, celle de l’Épiphanie, d’un mot grec signifiant «manifestation», et, pour les Églises d’Orient, celle de la Théophanie, d’un mot grec signifiant plus précisément «manifestation de Dieu».D’une manière générale, pour les chrétiens, cette fête se rattache à trois épisodes de la vie de Jésus rapportés dans les évangiles: la visite des mages à sa naissance, son baptême et son premier miracle. Toutefois, sa signification est sensiblement différente dans les Églises d’Occident et d’Orient.
Dans les Églises d’Occident, l’accent est mis sur l’adoration de l’enfant Jésus par les mages, nom donné aux prêtres de la Perse dont la religion n’était pas celle de la Bible. La fête de l’Épiphanie est ainsi centrée sur un événement qui souligne la portée universelle du message chrétien, tout en y associant les textes relatant le baptême de Jésus et le miracle des noces de Cana.
Dans les Églises orientales, l’épisode de l’adoration des mages fait partie des textes lus lors des offices de Noël. Pour la Théophanie, les rites orientaux soulignent la filiation divine de Jésus en mettant en valeur l’épisode de son baptême dans les eaux du Jourdain ainsi sanctifiées. De là vient la tradition que le prêtre bénisse, le jour de la Théophanie, l’eau des fontaines, du fleuve ou de la mer. Aujourd’hui encore, ces rites donnent parfois lieu à d’importantes processions.
Fixée, par la tradition, au 6 janvier, l’Épiphanie est en général célébrée, par les Églises occidentales, le deuxième dimanche après Noël, toujours situé entre le 2 et le 8 janvier. Dans les Églises orientales, cette date diffère selon qu’elles ont adopté ou non le calendrier grégorien. L’Église grecque célèbre ainsi la Théophanie le 6 janvier alors que les Églises russe, serbe, arménienne, copte et éthiopienne, qui se réfèrent au calendrier julien, la fêtent le 19 janvier.


Mar. 7  Noël (25 décembre: cal. grégorien; 7 janvier: cal. julien)

Grande fête de la naissance de Jésus dans une étable à Bethléem. En Éthiopie, le 7 janvier coïncide avec la fête de saint Lalibela, le grand roi (XIIIe siècle) qui fit construire, en ce lieu qui porte depuis son nom, un ensemble monumental de onze églises, haut lieu de pèlerinage.


Mar. 14  Makara Samkranti / Pongal – Célébration du solstice d’hiver hindou. En Inde du Sud, cette fête est célébrée sous le nom de Pongal, littéralement «ébullition».


Sam. 18  Semaine de prière pour l’unité chrétienne (du 18 au 25 janvier) – Prière œcuménique sur l’initiative de l’abbé Couturier en 1935.


Dim. 19  Théophanie orthodoxe (6 janvier: cal. grégorien; 19 janvier: cal. julien)

Révélation de Jésus comme fils de Dieu lors de son baptême.

Cette fête commémore la manifestation de Dieu aux hommes, en la personne de Jésus. C’est, pour les Églises d’Occident, celle de l’Épiphanie, d’un mot grec signifiant «manifestation», et, pour les Églises d’Orient, celle de la Théophanie, d’un mot grec signifiant plus précisément «manifestation de Dieu». D’une manière générale, pour les chrétiens, cette fête se rattache à trois épisodes de la vie de Jésus rapportés dans les Évangiles: la visite des mages à sa naissance, son baptême et son premier miracle. Toutefois, sa signification est sensiblement différente dans les Églises d’Occident et d’Orient.
Dans les Églises d’Occident, l’accent est mis sur l’adoration de l’enfant Jésus par les mages, nom donné aux prêtres de la Perse dont la religion n’était pas celle de la Bible. La fête de l’Épiphanie est ainsi centrée sur un événement qui souligne la portée universelle du message chrétien, tout en y associant les textes relatant le baptême de Jésus et le miracle des noces de Cana.
Dans les Églises orientales, l’épisode de l’adoration des mages fait partie des textes lus lors des offices de Noël. Pour la Théophanie, les rites orientaux soulignent la filiation divine de Jésus en mettant en valeur l’épisode de son baptême dans les eaux du Jourdain ainsi sanctifiées. De là vient la tradition que le prêtre bénisse, le jour de la Théophanie, l’eau des fontaines, du fleuve ou de la mer. Aujourd’hui encore, ces rites donnent parfois lieu à d’importantes processions.
Fixée, par la tradition, au 6 janvier, l’Épiphanie est en général célébrée, par les Églises occidentales, le deuxième dimanche après Noël, toujours situé entre le 2 et le 8 janvier. Dans les Églises orientales, cette date diffère selon qu’elles ont adopté ou non le calendrier grégorien. L’Église grecque célèbre ainsi la Théophanie le 6 janvier alors que les Églises russe, serbe, arménienne, copte et éthiopienne, qui se réfèrent au calendrier julien, la fêtent le 19 janvier.


Sam. 25  Nouvel An chinois – Chunjie (année du Rat 4718)

Fête du printemps célébrée par des danses, des feux d’artifice, des fleurs et des cadeaux.

Lors du Nouvel An chinois, appelé aussi «fête du printemps» (Chunjie), on célèbre la première lunaison du calendrier traditionnel. À la fois populaire et religieuse, cette fête donne lieu à un jour férié et, pour bien des Chinois, à une période de congés annuels. Le Nouvel An est également célébré dans nombre de grandes villes du monde, à l’initiative des Chinois d’Outre-mer mais aussi des municipalités qui, lorsqu’il tombe en semaine, vont jusqu’à le décaler au week-end suivant, voire à une date ultérieure pour permettre la fréquentation d’un large public.
C’est une fête de renouveau, tant sur le plan individuel que communautaire. Elle est l’occasion de faire un grand nettoyage, de renouveler les calligraphies porte-bonheur sur papier rouge encadrant les portes au seuil des maisons, et d’acheter des vêtements neufs. La famille se réunit, traditionnellement chez les grands-parents paternels, pour réveillonner. Dans le nord de la Chine, on mange des raviolis (jiaozi) dont la forme rappelle celle des lingots anciens, symboles de prospérité. Le lendemain, après des rites de culte aux ancêtres, les proches échangent des vœux et distribuent des étrennes aux enfants dans des enveloppes rouges. Ils saluent également amis et voisins et raniment ainsi les liens sociaux.
À cette occasion, ils vont souvent au temple (taoïste ou bouddhique), où ils rendent un culte aux divinités, leur font des offrandes et leur expriment des requêtes pour l’année à venir. Dans les temples taoïstes, les festivités durent quinze jours, jusqu’à la fête des lanternes (Yuanxiao / Shangyuan), le 15e jour du 1er mois lunaire. Les fidèles viennent nombreux faire le rite des prosternations et demander des rituels pour le bonheur et pour la paix. Dans les villes ou les villages, on peut assister à des défilés de danses de lions ou de dragons, à des parades de chars, des représentations de théâtre rituel et des spectacles de rue en tous genres: échasses, chants populaires, danses collectives rituelles, démonstrations d’arts martiaux… On allume des pétards pour effrayer les mauvais esprits et on lance des feux d’artifice.
Chaque année est placée sous le signe d’un animal: rat, bœuf, tigre, lièvre, dragon, serpent, cheval, mouton / chèvre, singe, coq, chien et cochon (attention: le signe de l’animal ne «commence» pas avec le Nouvel An chinois mais avec la période solaire «Commencement du printemps», autour du 4 février). Ces douze signes marquent des périodes de la vie. Ainsi, tous les douze ans, lorsqu’un animal «revient», pour celles et ceux dont c’est le signe astrologique, le début de l’année consacre à la fois la fin d’un cycle et le début d’un autre, il inaugure ce que l’on appelle «l’année de son propre destin» (benmingnian), qui peut être celle de tous les bonheurs comme de tous les malheurs.


Jeu. 30  Vasanta Panchami / Sarasvati Puja – Fête de Sarasvati, déesse de l’éducation et des arts.

© Éditions Agora | impressum et droits d’auteur

Face aux discriminations, les musulmans et les minorités
demandent l’égalité|The Conversation

 

Emmanuel Macron se rendra-t-il à Montfermeil comme le souhaite Ladj Ly, réalisateur primé à Cannes pour Les Misérables ? Ce film lui permettra-t-il – à lui comme à l’ensemble des Français·es – de considérer enfin les discriminations dont sont victimes une part non négligeable de nos concitoyen·ne·s ? Il serait temps.

Julien Talpin, Université de Lille; Anaïk Purenne, ENTPE; Guillaume Roux, Université Grenoble Alpes; Hélène Balazard, ENTPE; Marion Carrel, Université de Lille; Samir Hadj Belgacem, Université Jean Monnet, Saint-Étienne, and Sümbül kaya, Institut français d’études anatoliennes

Le climat de racisme ambiant et la libération de la parole xénophobe a encouragé une série d’humiliations et d’attaques visant directement des personnes de confession musulmane.

Attentat contre une mosquée à Bayonne, humiliation d’une mère portant un foulard et accompagnatrice d’une sortie scolaire à Dijon, propos comparant les femmes voilées à des « sorcières d’Halloween » par un sénateur … La liste est longue.

Ces séquences éprouvantes laissent des traces profondes, sociales, psychologiques, individuelles comme collectives, ainsi que le révèle une enquête que nous conduisons depuis 2015.

Plus de 90 % des enquêtés ont subi ou été témoins de discrimination

Les débats concernant la place des religions dans la société française ne sont pas illégitimes. Ils se mènent cependant le plus souvent sans ceux/celles qui sont le plus directement concerné·es, beaucoup s’autorisant à décider à leur place ce que signifie telle ou telle pratique ou évoquant la menace d’un supposé « agenda caché ». Ici, l’enquête sociologique permet de rappeler certains faits.

La recherche que nous conduisons depuis 2015 dans les quartiers populaires révèle en effet l’ampleur des discriminations et de la stigmatisation dont sont victimes les citoyen·ne·s perçu·es comme descendant·es de l’immigration ou musulman·es.

Nous avons conduit 165 entretiens biographiques dans plusieurs agglomérations de France (Grenoble, Bordeaux, Lyon, Roubaix et en Seine-Saint-Denis Villepinte et Le Blanc-Mesnil). Plus de 90 % des personnes rencontrées déclarent avoir fait au moins une fois directement, ou comme témoin, l’expérience d’une discrimination ou d’un acte stigmatisant.

Un impact sur l’ensemble de la société

À côté des propos racistes, des insultes et remarques stigmatisantes, la discrimination désigne une différence de traitement en raison de critères illégitimes et illégaux.

Beaucoup se sont vus refuser un emploi ou une progression de carrière, un logement alors que leur dossier correspond aux attentes, n’ont pas pu accéder à certains magasins ou loisirs. On pense par exemple à ces femmes portant un voile empêchées de participer à une brocante. D’autres, ne portant pas forcément de signes religieux mais perçu·es comme noir·es, arabes, musulman·es, roms, jeunes de quartiers, subissent des contrôles d’identités routiniers, humiliants voire violents… Souvent minimisée, il s’agit d’une réalité massive et incontestable, démontrée par de nombreuses études de sciences sociales.

Notre enquête, qui donnera lieu à un ouvrage collectif en 2020, renseigne sur l’étendue de la violence sociale subie par ces personnes et son impact sur l’ensemble de notre société.

Démotivation, dépression, suicides

Ces traitements inégalitaires constituent un traumatisme profond pour les individus. Nombre de nos enquêté·es ont comparé ces expériences à « une gifle », « un coup de poignard ». Elles suscitent colère et tristesse. Elles entraînent des interrogations et des doutes, construisent des identités meurtries.

Les expériences stigmatisantes ont également des conséquences pratiques. Démotivation, dépression, suicide : leurs effets sur la santé ont été abondamment documentés dans plusieurs pays, et commencent à l’être en France, comme l’atteste par exemple la surmortalité des descendant·e·s d’immigré·es de deuxième génération.

Quitter la France pour fuir le racisme

Dans ce contexte, un nombre croissant de Français, membres de groupes minorisés, spécialement les musulman·e·s, envisagent de quitter le pays ou l’ont déjà fait pour se prémunir de cette atmosphère étouffante. Nous avons interviewé de nombreux Français·es installé·es au Canada, en Angleterre ou aux États-Unis qui expriment à quel point, même si le racisme y existe aussi, leur vie y est malgré tout plus simple, le quotidien moins oppressant.

C’est le cas par exemple de Mourad, d’origine algérienne, titulaire d’un doctorat en sociologie de l’Université Paris 8, qui gérait une librairie à Colombes. Il a décidé avec sa femme de migrer à Montréal explicitement à cause du racisme en France :

« C’était trop dur, toujours ces regards, je ne voulais pas que mes enfants grandissent là. »

C’est également le cas de Slimane, travailleur social d’origine franco-tunisienne, qui a vécu en Tunisie jusqu’à l’âge de 19 ans et est arrivé en France pour faire des études de sociologie. Après avoir travaillé une dizaine d’années comme animateur dans un centre social à Strasbourg, il fait le choix d’émigrer au Québec, fatigué par le regard suspicieux porté sur les immigrés originaires du Maghreb :

« Je voulais partir, je ne voulais plus rester en France. J’en avais marre de devoir toujours, toujours me justifier. Et puis on parlait souvent du Maghreb, des arabes… J’ai joué le jeu pendant 10 ans en me disant “OK, on va faire de la pédagogie”, mais à un moment donné, voilà, j’en avais marre. »

La France ne les aime pas, donc ils la quittent. Ce phénomène, qui n’est pas qu’anecdotique parmi nos enquêtés, devrait nous interroger : certains de nos compatriotes quittent leur pays pour vivre une vie décente et digne.

En s’attaquant à leur identité, les propos et traitements inégalitaires déstabilisent l’image de soi des individus. Certain·es peuvent dire que ce n’est pas leur problème ou que celui-ci est secondaire au regard d’autres sujets d’actualité. On peut aussi considérer que la souffrance sociale et les manières d’y répondre sont des questionnements d’intérêt collectif, qui concernent et affectent la nation tout entière.

« Vous n’avez qu’à retirer votre voile »

« Si vous voulez accompagner les sorties scolaires, vous n’avez qu’à retirer votre voile. »

On a beaucoup entendu sur les plateaux de télévision comme chez les élu·e·s de tous bords cette injonction à se dévoiler faite aux femmes musulmanes.

Comme si, pour continuer à exister sans discrimination ou stigmatisation il fallait s’effacer, « se faire discret » (comme le proposait un ancien ministre de l’intérieur). En d’autres termes : s’invisibiliser. Il s’agit de faire porter aux individus discriminés eux-mêmes la responsabilité du traitement injuste dont ils et elles font l’objet.

Autre propos fréquemment entendu : « Mais vos mères ne se voilaient pas, elles ! C’était différent dans les années 1980 ». Constat en partie exact, mais qui fait généralement l’économie d’une analyse pourtant établie par de nombreux travaux de sciences sociales. Ce mouvement de retour du religieux touche toutes les confessions, pas seulement l’islam et ce dans le monde entier.

Pourquoi l’offre religieuse trouve-t-elle son public ?

Le développement d’un islam plus rigoriste est le fruit de la mobilisation de certains courants théologiques au Moyen-Orient, qui ont été pour partie importés en France depuis la fin des années 1980.

Mais il convient de se demander pourquoi cette offre religieuse a fonctionné et a conquis une partie de la jeunesse française. On sait ainsi que les jeunes de 18 à 25 ans se déclarant musulmans indiquent une religiosité supérieure de 10 points aux croyants de plus de 35 ans.

On ne peut comprendre la pratique religieuse plus intensive – à ne pas confondre avec la radicalisation – des musulman·e·s depuis plusieurs décennies (port du voile et de la barbe, pratique du ramadan et consommation halal par exemple) indépendamment des expériences de discrimination et de stigmatisation que subissent les minorités issues de l’immigration post-coloniale.

L’islam comme refuge

Le chômage de masse – on sait que le taux de chômage des immigrés et de leurs descendants s’avère au moins cinq points supérieur à la moyenne – est en partie lié aux discriminations à l’embauche ou lors de l’orientation scolaire. Il constitue également un facteur qui pousse à chercher d’autres sphères de socialisation que celles du travail.

Né·es Français·es de parents étrangers, traité comme des « Français·es de seconde zone », pour reprendre une expression fréquemment entendue au cours de nos entretiens, elles et ils cherchent des clefs, des réponses, une forme de réconfort identitaire dans des traditions familiales et culturelles refoulées, parfois imaginées ou réinventées.

L’islam peut alors constituer un refuge. Si bien que paradoxalement plus le débat public se durcit, plus « la République se montre ferme » à coup de lois et de dispositifs d’exception, plus ces « Français de seconde zone », en particulier les musulman·e·s, se sentent ciblé·e·s et tendent à se retrancher vers des espaces et des ressources collectives de réassurance.

On ne peut pas à la fois provoquer le repli communautaire et le dénoncer. On n’émancipe pas non plus les gens malgré eux.

Quant à ce reproche de « communautarisme », de nombreuses recherches montrent qu’il est davantage l’apanage des plus aisés, les « ghettos de riches » et autres « clubs » marqués par des formes d’entre-soi communautaire discrètes mais efficaces, que des minorités.

Ces résultats pourtant attestés n’empêchent pas les éditorialistes et nombre de nos représentant·e·s de mobiliser sans relâche ce terme pour (dis)qualifier les mobilisations politiques des minorités, comme lors des récentes manifestations contre l’islamophobie.

Une seule revendication : l’égalité

Nous avons rencontré au cours de notre enquête des dizaines de militants et bénévoles actifs au sein des quartiers populaires. Ils et elles ne demandent pas de droits spécifiques. Ils ne sont pas les « chevaux de Troie d’un islam politique » qui ne dit pas son nom, comme l’avance une rhétorique complotiste connaissant un succès grandissant ces derniers temps.

Ces militants ne réclament qu’une chose : l’égalité. Pouvoir bénéficier des mêmes droits et des mêmes opportunités que tous les autres citoyens de notre pays. Mettre en place, enfin, des politiques publiques reconnaissant le caractère systémique des discriminations et prenant à bras le corps ce problème qui mine la cohésion nationale : inspecteurs du travail dédiés, testings généralisés, sanctions réelles contre les entreprises et les institutions discriminantes (y compris les institutions publiques et d’État), attribution anonyme des logements sociaux, réforme des contrôles d’identité par la police, respect égalitaire de la loi de 1905…

Il n’existe pas de solution miracle, mais tant que l’ampleur du problème n’aura pas été reconnue et constituée en priorité nationale, il perdurera. Les femmes qui portent le voile savent parler, il est urgent de les entendre dans leur diversité.

Constituer des groupes en « ennemis de l’intérieur » plutôt qu’en égaux avec qui on peut dialoguer amène inévitablement à une logique antagonique qui creuse encore le fossé démocratique et disloque la République au lieu de la rassembler.


Les auteurs sont membres du collectif DREAM ([discriminations, racismes, engagements et mobilisations).

Julien Talpin, Chargé de recherche en science politique au CNRS, Université de Lille; Anaïk Purenne, sociologue, chargée de recherche à l’Université de Lyon., ENTPE; Guillaume Roux, Chercheur, sciences politiques, FNSP, laboratoire PACTE, Université Grenoble Alpes; Hélène Balazard, Chercheure en science politique à l’Université de Lyon, ENTPE; Marion Carrel, Maîtresse de conférence en sociologie, Habilitée à diriger des recherches, Université de Lille; Samir Hadj Belgacem, Maître de Conférence en sociologie à l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne, Université Jean Monnet, Saint-Étienne, and Sümbül kaya, Chercheure, Responsable des Études contemporaines IFEA, Institut français d’études anatoliennes

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