Témoignages

 

Xénophobie, esclavage moderne, viol : Djaïli Amadou Amal, porte-voix insoumise

Figure incontournable de la littérature camerounaise et lauréate du Goncourt des lycéens 2020, l’autrice publie un nouveau roman courageux, « Cœur du Sahel », dans lequel elle se dresse contre les différences de castes au sein de son pays.

Mis à jour le 13 août 2022 à 17:41
 

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Djaïli Amadou Amal, à Paris le 2 juin 2022. © Bruno Lévy pour JA

 

 

En 2020, avec Les Impatientes, Djaïli Amadou Amal nous conduisait dans l’intimité d’un saaré où de jeunes femmes d’un milieu plutôt privilégié subissaient, du fond de leur prison dorée, les affres du mariage forcé et de la polygamie. Deux ans plus tard, avec Cœur du Sahel, l’autrice multiprimée agrandit l’espace et brosse le tableau d’une région sahélienne marquée par les conséquences désastreuses du terrorisme et du changement climatique.

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Nous plongeons ainsi dans le quotidien de femmes domestiques, des invisibles qui luttent pour leur survie dans une société nord-camerounaise régie par des clivages fondés sur les appartenances sociale, ethnique et religieuse. L’on suit les parcours de deux d’entre elles, Faydé et Bintou, qui tentent, chacune à sa manière, d’échapper à leur condition pour s’élever dans la hiérarchie sociale. Comme l’on ouvre une boîte de pandore, sans rien éluder, Djaïli Amadou Amal qui, petite fille, rêvait de vivre dans un monde enchanté, s’attaque de manière frontale à des sujets que d’aucuns voudraient maintenir tabous : la xénophobie, le mépris de classe, l’esclavage moderne, le viol érigé en tradition. Des thèmes âpres, qui n’enlèvent rien à la beauté de l’histoire d’amour entre Faydé et Boukar, deux êtres que tout semble séparer.

Dans Les Impatientes, vous évoquiez de manière allusive le viol d’une domestique. Dans Cœur du Sahel, vous donnez à cette dernière une identité.

Djaïli Amadou Amal : En terminant la rédaction des Impatientes, je savais déjà quel serait le thème de mon prochain livre. Alors que dans le premier, ce viol était un non-événement, un « simple troussage de domestique » qui n’avait ému personne, dans Cœur du Sahel, j’ai voulu attribuer une identité à la victime, explorer son ressenti, lui rendre la parole. Parce qu’elles sont invisibles, interdites d’éducation et soumises au bon vouloir des hommes qui les violentent, de nombreuses femmes en sont privées. Or ce qu’elles endurent mériterait d’être entendu. Je me fais volontiers leur porte-voix, passant aux yeux de certains pour une rebelle, une insoumise. Et l’insoumission est un tel affront !

L’ÉTAT APPARAÎT ASSEZ PERMISSIF : PAS PLUS LES RAPTS QUE LES VIOLS NE SONT PUNIS

Le viol est omniprésent dans votre littérature. Vous faites dire à l’un de vos personnages que c’est une « tradition » dans les sociétés sahéliennes.

Dans Cœur du Sahel, il est question de mariage par le rapt. Suivant une tradition qui perdure dans les montagnes du Nord-Cameroun, un homme qui désire une femme peut s’arroger le droit de l’enlever pour l’épouser. Pour s’assurer que rien ne viendra entraver son projet, il la viole parfois publiquement – ce qui en fait d’emblée son épouse –, en toute impunité, au vu et au su de tout le monde, sans que nul ne songe à s’en indigner. Même l’État apparaît assez permissif : pas plus les rapts que les viols ne sont punis. Le sujet reste tabou. De la même manière, les femmes domestiques sont souvent la proie de leurs employeurs et subissent parfois le viol de différents membres de la famille, sans jamais oser porter plainte. Honteuses d’être des victimes, elles se murent dans le silence, ce qui conforte leurs bourreaux dans l’idée que violer une domestique ne prête pas à conséquence.

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Les violences liées au genre s’ajoutent à celles de classe.

La violence de classe se manifeste par l’indifférence que nous témoignons à ces domestiques au travers du peu de considération que nous accordons à leur parcours. Personne ne s’intéresse à leur vie. Comment sont-elles arrivées là, pourquoi y sont-elles, quelles sont leurs aspirations ? Personne ne songe à le leur demander, alors qu’elles sont parfois présentes de génération en génération. Le roman pose ainsi le problème du mépris de classe. Nous avons eu des domestiques à domicile. Grâce à ma mère qui les a toujours considérées comme des membres à part entière de la famille, nous leur avons toujours témoigné le respect qu’elles méritent.

IL EST ÉVIDENT QU’IL FAUT SONGER À UN MEILLEUR ENCADREMENT DU TRAVAIL DOMESTIQUE, QUI PASSE PAR UN RESPECT MUTUEL

Le respect des droits des domestiques pourrait-il devenir à terme l’un de vos combats ?

Dans le cadre de l’association Femmes du Sahel, que j’ai créée en 2012, nous favorisons d’abord l’éducation de la petite fille en l’inscrivant à l’école sans tenir compte de son origine ethnique ou de sa religion. Mais nous avons également entrepris un travail de sensibilisation aux différentes formes de violence, notamment les viols, les rapts et les mariages forcés ou précoces. Il est évident qu’il faut songer à un meilleur encadrement du travail domestique, qui passe par un respect mutuel. Les employeurs doivent le savoir : ils ont affaire à des collaborateurs, et non à des esclaves. Quant aux employés, ils possèdent des droits et sont fondés à les exercer. Évidemment, ils apparaissent fragilisés, notamment par le changement climatique, qui les contraint à l’exode rural. Désemparés, sans structure d’accompagnement, ils acceptent de travailler dans la première maison venue.

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Une fois de plus, à vos yeux, l’éducation apparaît comme le sésame pour s’en sortir.

J’ai voulu terminer mon roman sur une note d’optimisme, en présentant l’éducation mais aussi l’amour comme deux ingrédients capables de sublimer la vie. Mariée une première fois de force à un homme de presque quarante ans plus âgé que moi, puis une deuxième fois à un homme violent, je me suis accrochée à l’éducation comme à une bouée de sauvetage. Il faut encourager les filles non seulement à aller à l’école, mais aussi, et surtout, à y rester le plus longtemps possible. Alors qu’elle n’appartient pas à l’ethnie dominante, pas plus qu’elle ne pratique la « bonne » religion, Faydé parvient à s’élever dans la hiérarchie sociale. Moralité : peu importe où nous nous trouvons, par l’éducation et la volonté, nous pouvons rompre avec les déterminismes sociaux. En tout cas, l’éducation nous donne le pouvoir de faire des choix.

Vous mêlez romance et peinture sociale, tout en accordant une large place aux faits d’actualité. Boko Haram est ainsi très présent, alors même que son activité semble baisser en intensité. Pourquoi ? 

Il y a certes une accalmie, notamment à la frontière entre le Cameroun et le Tchad. Pour autant, faut-il arrêter d’en parler ? Certainement pas. Car la secte islamiste poursuit ses incursions quotidiennes dans les villages, où elle tue, pille les récoltes, procède à des enlèvements, sème le désespoir. Comment vivre sereinement quand des jeunes filles risquent d’être kidnappées à tout moment ? Quand les enfants désertent l’école parce qu’ils sont trop effrayés ? Quand l’enrôlement de nouvelles recrues est une réalité ? La population vit dans la terreur, et il paraît important de le rappeler en replaçant le sujet au cœur de l’actualité. Évoquer Boko-Haram dans une fiction donne à chaque lecteur la possibilité de s’identifier aux citoyens qui pâtissent de ses exactions. Le sujet en devient alors davantage concret.

JE VEUX DONNER À VOIR LA DÉTRESSE ÉCONOMIQUE DES AGRICULTEURS FACE À LEURS TERRES RENDUES IMPRODUCTIVES PAR LA SÉCHERESSE

On pourrait en dire autant pour le changement climatique…

Nous ne nous rendons pas suffisamment compte de ses conséquences désastreuses sur la vie des populations, en particulier des plus défavorisées, tout comme les agriculteurs et les éleveurs, dont la survie dépend des terres et qui voient se succéder sécheresse et inondations meurtrières. Dans le livre, je décris longuement les paysages qui se modifient inexorablement du fait du changement climatique. Je veux donner à voir la détresse économique des agriculteurs face à leurs terres rendues improductives par la sécheresse – même si la notion de changement climatique reste abstraite –, avec l’insécurité alimentaire, l’exode rural, une lutte pour la survie qui oblige des milliers de jeunes à essayer d’aller survivre ailleurs.

Selon vous, ce changement climatique aggrave les inégalités et les divisions existantes au sein de la société.

Les familles bourgeoises – du moins celles de mon livre – disposent de forages. Elles gaspillent l’eau, qu’elles laissent couler à flot car, après tout, ce n’est que l’eau. Elles ont du mal à concevoir que, dans le voisinage, les puits sont asséchés dès décembre, soit deux mois à peine après la fin de la saison des pluies. L’eau devient alors une denrée rare et précieuse : les femmes parcourent chaque jour jusqu’à 20 km pour en ramener entre dix et quinze litres. Des enfants sont morts en creusant de plus en plus profondément les lits des rivières à la recherche de l’eau.

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Vous abordez un thème inattendu, celui des différences ethniques qui s’apparentent à des différences de castes au Cameroun avec, en filigrane, la xénophobie et le mépris des uns pour les autres. Avez-vous hésité à en parler ?

J’ai hésité à exposer les clivages consécutifs au complexe de supériorité et au mépris qu’éprouvent les Peuls musulmans pour leurs compatriotes issus d’autres tribus, qu’ils désignent par le terme péjoratif de kaado (ceux qui ne sont ni musulmans ni peuls). Me placer du côté des karaa pour dénoncer les outrages qui leur sont faits, c’est pointer un doigt accusateur en direction du groupe ethnique auquel j’appartiens moi-même. C’est un sujet sensible, qui nécessite que nous trouvions les mots justes, le bon ton, pour l’explorer sans faire naître des crispations, sans que ce groupe ethnique peul-musulman ne se sente jugé, attaqué.

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Avant la colonisation occidentale et chrétienne, les Peuls ont participé à la traite des esclaves et ont conquis toute la bande sahélienne par l’épée. Ils en ont retiré un sentiment de puissance qui les pousse à considérer inférieurs les autres peuples. Ma démarche consiste davantage en une plaidoirie en faveur de nouvelles pratiques qu’en une mise en accusation pour xénophobie.

Il y aurait pourtant beaucoup à condamner. Par exemple l’emploi de termes péjoratifs et méprisants pour désigner tous ceux qui ne sont pas peuls.

La question de notre rapport à l’altérité doit être débattue. Par exemple, le kaado-meere n’est rien. Non-Peul et de surcroît villageois, il n’est personne. Et nous pouvons monter d’un cran dans la déconsidération en accolant un deuxième qualificatif : kefero, pour dire mécréant. Qu’il soit chrétien importe peu : il est mécréant dès lors qu’il n’est pas musulman. Comme je l’écris dans le livre, le kaado est aussi un bilkiijo, un ignorant. Quand un kaado meurt, on dit « O waati ! », comme pour un animal, et non « O maayi ! », comme pour un être humain. Peut-on à ce point dénier aux autres leur humanité ? Nous sommes assis sur une poudrière qui peut exploser à tout moment. En tant qu’écrivaine, je voudrais nous obliger les uns et les autres à regarder en face toutes nos laideurs, nos lâchetés, nos turpitudes et tâcher d’en gommer quelques-unes.

Comment les vôtres ont-ils réagi à cette mise en cause de leurs pratiques ? À quoi vous exposez-vous ?

À la haine des uns et des autres. Comme à chaque fois que je publie un ouvrage dans lequel je m’attaque à un tabou, je suis vilipendée par les uns, applaudie par les autres. La xénophobie est un sujet tellement tabou chez nous que j’ai hésité à en parler. Puis mes multiples séjours à l’étranger, ainsi que mes discussions avec mon éditrice française, m’ont décidée. L’autocensure que je m’infligeais a sauté. Si seul 1 % parmi les miens comprend ma démarche et y adhère, ce sera déjà une grande victoire. J’exhorte simplement à la tolérance, à l’acceptation de l’autre. Peut-être verrons-nous bientôt une amorce de changement ?

Cœur du Sahel, de Djaïli Amadou Amal, Emmanuelle Colas, 360 pages, 19 euros.

Diffuser la culture partout

Écrire des livres, mais aussi améliorer leur diffusion sur le continent. C’est la mission que s’est fixée Djaïli Amadou Amal, qui vient d’inaugurer, dans un quartier populaire de Douala, une bibliothèque communautaire à son nom, la deuxième du genre au Cameroun. Une manière, dit-elle, de partager ce que le Goncourt des lycéens lui a apporté depuis deux ans. Fondatrice de l’association Femmes du Sahel, l’écrivaine est par ailleurs à l’origine de la mise sur orbite de trente-six mini-bibliothèques itinérantes. Elles sillonnent les villages les plus isolées, où il est arrivé que des enfants terminent leur primaire sans avoir jamais touché à un livre. Fervente militante pour l’éducation, lorsqu’elle publie en France, Djaïli Amadou Amal conserve ses droits pour l’Afrique afin que ses livres puissent y être vendus à des prix abordables. Les Impatientes et Coeur du Sahel ont ainsi été publiés en France, mais sont parus quasi simultanément au Cameroun, aux éditions Proximité, au prix d’environ 8 euros, contre 19 euros en Occident.
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L'hebdomadaire de la paroisse de Nioro du Sahel n°52 du vendredi 12 août 2022: Pourquoi trahir pour satisfaire les besoins temporels qui ne garantient pas la vie éternelle ?
(une réflexion du Père Vincent KIYE ,Mafr)
 
Textes du jour :
1ère lecture : 16, 1-15.60.63
Évangile :  Mt 19, 3-12
 
« Ta beauté était parfaite, grâce à ma splendeur dont je t’avais revêtue. Mais tu t’es prostituée » (Ez 16, 1-15.60.63)
 
Bien-aimés dans le Seigneur, nous avons voulu pour ce 52 ème numéro de notre hebdomadaire, nous pencher sur les lectures du vendredi 12 août, plus précisément partir de ce texte de l'ancien testament plutôt que de partir de l'évangile du jour. C’est en raison de la réalité de notre vie quotidienne et comme le dira Jésus aux pharisiens dans l'Évangile, parlant de la prescription de la loi de Moïse sur la répudiation des femmes. 
Frères et sœurs en Christ, ce texte déplore notre infidélité envers Dieu certes, mais aussi dans nos différents engagements qui traduisent effectivement notre infidélité envers Dieu.

En effet, s'il y a un mal qui ronge nos sociétés aujourd'hui figure bien celui de l'infidélité dans nos différents rapports les uns des autres. Des couples divorcent, des contrats de travail sont résiliés, des familles disloquées par manque de fidélité. Toutes ces ruptures sont le reflet de notre infidélité envers Dieu. Que se passent-il en réalité ? La réponse nous paraît simple ! Notre époque crée plus des besoins qu'elle ne crée les moyens pour satisfaire ces besoins. Ainsi, l'homme trahi facilement pour satisfaire ses besoins 
Nous sommes en train de perdre le sens même de l'humanité, mieux, ce qui fait l'homme au profit des intérêts temporels, au profit des satisfactions passagères. Si ce problème est aussi vieux que notre époque, en ces temps qui sont les derniers,  nous avons l'impression que cela devient grave au point que l'aujourd'hui de la question de l'infidélité dans nos différents rapports nous a conduits à comprendre un des facteurs majeurs: l'insatisfaction de l'homme. Dieu nous donne toujours ce qui est bon pour nous, ce qui doit nous permettre d'atteindre la fin pour laquelle nous avons été créées. Mais l'homme n'a aucun égard envers Dieu. Il croît toujours que ce que Dieu lui a donné est insignifiant. Aujourd’hui plus que hier, la modernité a créé plus des besoins qu'elle n'a créé des moyens pour satisfaire ces besoins. Et l'homme de notre temps cherche toujours à satisfaire ses besoins par tous les moyens.
La femme trouve que l'homme que le Seigneur lui a donné ne lui convient plus ou n'est plus à la hauteur, ne répond plus à ses attentes; que son travail, son salaire etc n'est pas le bon. Nous cherchons toujours à nous conformer à la volonté du monde plutôt qu'à la volonté de Dieu. Là,  nous passons de la beauté qui était parfaite, grâce à la splendeur dont Dieu nous avais revêtue à la beauté du monde qui n'est que d'un moment.  Ce que le prophète Ezechiel exprime en termes de prostitution. Mais que cherchons-nous en tout cela? Tu as une femme, pourquoi chercher une autre? Tu as un salaire, pourquoi chercher à voler l'entreprise ou ton patron pour avoir plus? Tu as signé un contrat avec tes ouvriers, pourquoi vouloir falsifier ce contrat pour les ruiner? Tout cela est l'expression de manque de foi. Nous ne savons plus faire confiance à celui qui crée et donne les moyens de faire face aux réalités de la vie.
Frères et sœurs, Dieu nous donne toujours ce qui est bon pour notre salut. Le reste conduit à la perdition. La recherche des satisfactions anarchiques est un boulevard qui conduit droit en enfer. Demandons la grâce de chercher  à nous conformer à la volonté de Dieu qu'à celle du monde qui nous detourne toujours de Dieu. Amen 
Le Seigneur soit avec vous !
✍🏽 Père KIYE Mizumi Vincent, Missionnaire d'Afrique 
Paroisse de Nioro du Sahel dans le diocèse de Kayes au Mali 
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Whatsapp : +22372657482

Guinée : Mohamed Béavogui reprendra-t-il son rôle de Premier ministre ?

Absent du pays depuis près d’un mois, le chef du gouvernement de transition est au centre des interrogations, alors qu’une partie de la classe politique guinéenne se demande s’il entend reprendre sa place de Premier ministre. Coulisses d’un séjour européen qui se prolonge.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 11 août 2022 à 12:20
 
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Le Premier ministre guinéen, Mohamed Béavogui

 

Échaudé par la conduite de la transition et ses relations parfois houleuses avec Mamadi Doumbouya, le Premier ministre Mohamed Béavogui s’apprête-t-il à jeter l’éponge ? Nommé le 6 octobre dernier à son poste, l’ancien sous-secrétaire général des Nations unies à la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation) est remplacé depuis le 16 juillet à son poste. L’homme fort de Conakry, Mamadi Doumbouya, a nommé l’actuel ministre du Commerce Bernard Goumou au poste de Premier ministre par intérim.

Officiellement en déplacement en Italie pour raisons médicales, Mohamed Béavogui n’a jusqu’à présent pas donné de date de retour. Ce séjour prolongé en Europe et la nomination d’un remplaçant à son poste alimentent les rumeurs à Conakry, où de nombreux observateurs doutent de son retour en Guinée. Avant de s’envoler pour Rome, le Premier ministre guinéen avait fait savoir à ses collaborateurs et proches que son absence ne durerait que sept jours.

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Contacté par Jeune Afrique, ce dernier assure que « la santé est nécessaire pour mener à bien la conduite du pays » et qu’il rentrera lorsque sa condition le lui permettra. En attendant, il séjourne en Italie, à Rome, où il tente de conserver le secret autour de son quotidien. Il n’est plus apparu en public depuis le 13 juillet, peu avant son départ de Guinée, alors qu’il participait à une cérémonie organisée par l’ambassade de France à Conakry.

Résidence italienne

Dans la capitale italienne, le Premier ministre a, selon nos informations, retrouvé un domicile qu’il connaît puisqu’il l’avait acquis alors qu’il occupait la fonction de directeur pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale du Fonds international du développement agricole, une agence onusienne basée à Rome. À l’époque, Mohamed Béavogui occupait cette maison avec sa famille, et le logement demeurait vide lorsque le futur locataire de la primature était en séjour à Conakry.

En dépit de l’argument médical avancé, plusieurs sources proches de l’intéressé assurent qu’il ne souffre d’aucune maladie grave justifiant un séjour prolongé hors de la Guinée. Ce qui ne fait qu’alimenter davantage les rumeurs. Depuis sa nomination, des frictions avec la junte au pouvoir avaient ainsi été révélées publiquement. Ses prises de position auprès de la Cedeao sur la durée de la transition avaient ainsi été désavouées par Mamadi Doumbouya, et un désaccord avait aussi émergé lorsque ce dernier avait décidé de donner à l’aéroport de Conakry le nom de Sékou Touré.

Ces conflits n’auraient officiellement pas entamé la volonté de l’ancien haut fonctionnaire international de mener à bien sa mission, assurait à l’époque un membre de son entourage.

Seize mois de captivité au Mali pour le journaliste français Olivier Dubois

 

Il vient de passer son deuxième anniversaire en captivité. Olivier Dubois a eu 48 ans le 6 août, et cela fait désormais 16 mois qu’il est otage au Mali. Le journaliste français a été enlevé le 8 avril 2021 à Gao alors qu’il était en reportage. Collaborateur de Jeune Afrique, du Point et de Libération, Olivier Dubois est depuis apparu dans deux vidéos dans lesquelles il explique être retenu par le Jnim, le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans dirigé par Iyad Ag Ghaly et lié à al-Qaïda. 

 

Le Mali et la France assurent être engagées pour sa libération, mais ne donnent toujours aucun détail sur les actions entreprises en ce sens. En attendant qu’il retrouve la liberté, RFI donne la parole à la famille d’Olivier Dubois tous les 8 du mois. Dans la dernière preuve de vie diffusée par ses ravisseurs, Olivier Dubois expliquait qu’il pouvait entendre ces messages, là où il se trouve, et qu’ils lui étaient évidemment d’un grand soutien.

Mon amour, j'espère que tu vas bien et que tu tiens. S'il te plaît, ne lâche rien, ni la vie ni l'espoir. J'ai confiance en toi. Tu es attendu et tellement aimé. Et cette distance ne change rien. Tes enfants ne cherchent qu'à te rendre fier. Angie a commencé des cours d’arabe et de théâtre, et Saël fait du yoga. Et moi, je t'aime tellement, tellement fort. Je sais mon amour, c'est dur, mais tu es là, bien en vie, j'en suis sûre, je te sens à chaque instant dans mon cœur. Tu ne me quittes jamais. Garde toujours ça en tête, tu n'es jamais seul. Je suis là. Nous vivons toujours à Bamako, et nous ne quitterons pas ici. Quelle que soit l'actualité, s'il te plaît, ne t'inquiète jamais pour nous. Quand on imagine quelque chose comme s'il était déjà arrivé, il arrivera. Alors imagine-toi rentrer à la maison, à chaque instant s'il te plaît. Je t'aime, joyeux anniversaire mon petit chou.

Déborah Al Hawi Al Masri, la compagne et la mère des enfants d'Olivier Dubois

Pour ton jour de commémoration, pas de trêve quant à notre mobilisation. D’Avignon à Marseille, de Briançon à l’Alpe d'Huez et jusque dans la capitale, désormais, ton nom, Olivier, a fait le tour de France. Via notre pétition “Libérons Olivier Dubois”, l’un des signataires nous a écrit que si demain, il était à ta place, il aimerait beaucoup que tout le monde se mobilise pour lui. Car ne pas oublier Olivier Dubois ne suffit pas. C’est pourquoi, depuis sept mois, frangin, plus de 110 000 personnes, à tes côtés et aux nôtres, souhaitent, demandent et réclament, tout comme nous, que ce silence qui t’entoure soit enfin brisé, et que tu sois enfin libéré, où que tu sois. Maman, Benjamin et moi t’adressons toutes nos pensées. - Rien à célébrer pour ton anniversaire, encore une fois. Seize mois et bientôt 500 jours que tu es privé de liberté et de contact avec nous. Avec ta sœur, nous continuons de faire avancer nos actions pour que tu ne tombes pas dans l’oubli. Festival d’Avignon, Tour de France, on en a encore sous le pied. Ne perd pas espoir, car personne ne peut t’en déposséder. À très bientôt.

Canèle Bernard, une des sœurs d’Olivier Dubois, et son compagnon Benjamin
Canèle Bernard, une des sœurs d’Olivier Dubois, et son compagnon Benjamin

Mon fils, tu viens d’avoir 48 ans. Mais quelle importance face à l’épreuve que tu vis chaque jour ? Tu as toujours été courageux, dès ton plus jeune âge. Je te demande encore une fois de l’être pour ce 16ème mois de captivité. Heureusement, Canèle est d’un grand soutien avec moi, avec Benjamin, elle entreprend de nombreuses choses pour que tu puisses de nouveau fêter ton anniversaire avec nous. Une fois encore cette année, nous devrons nous en passer. Sois confiant, je t’embrasse Olivier, ta mère qui t’aime.

La mère d'Olivier Dubois

Salut Olivier. C’est avec plaisir que je communique avec toi, en ce seul moyen possible, en espérant que mon message te trouvera en bonne santé. En ce mois de ton anniversaire, on commence une nouvelle année pour toi, je souhaite qu’elle favorise ta prochaine libération. Pense à toutes ces fêtes où tu avais pour mission d’ouvrir les magnums de champagne, cela te réconfortera. Toute la famille Dubois te fait de gros bisous. À très vite, ton père qui t’aime. - Je voulais te dire Olivier que j’ai toujours eu confiance en toi, pour ta liberté d’être, de réfléchir et de subvenir à tes besoins. Pour ce mois anniversaire, entrevois un horizon, une espérance, une force, un changement de situation tournera à ton avantage, c'est certain, il ne peut en être autrement. Sache aussi que toute une chaine de solidarité espère et n’abandonne pas. Sois-en sûr, tu es soutenu Olivier. Une force pour toi, tu me manques.

André-Georges, père d'Olivier Dubois, et Valérye Dubois, une de ses soeurs

« Libérons Olivier Dubois » : une carte postale à l'Elysée

La mère, la sœur et le beau-frère d'Olivier Dubois ont également demandé, vendredi 5 août, à ceux qui veulent le soutenir, de se procurer « une carte postale respectueuse de son destinataire » et d'y écrire ce message : « Bonjour M. le président, quand Olivier Dubois journaliste, rentrera-t-il en France ? 500 jours... Libérons Olivier Dubois. » Les participants sont ensuite conviés à envoyer cette carte postale à Emmanuel Macron à l'Élysée, à Paris. « Sans timbre, c'est gratuit », précise le communiqué de la famille, qui a également posté une vidéo sur YouTube pour promouvoir l'opération.

 

Mali : Choguel Maïga, seul contre tous ?

Ce mercredi 3 juillet, des figures du M5-RFP, dont est issu le Premier ministre, ont annoncé ne plus reconnaître l’autorité de celui-ci au sein de leur mouvement. Une déclaration qui isole un peu plus Choguel Kokalla Maïga, déjà très contesté par la classe politique.

Mis à jour le 5 août 2022 à 16:42
 

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Le Premier ministre malien, Choguel Kokalla Maïga, à Segou, Mali, le 4 février 2022. © Nicolas Remene/Le Pictorium/MAXPPP

 

Qu’elle semble loin, l’époque où, faisant taire leurs divergences idéologiques et politiques, les leaders du M5-RFP marchaient ensemble afin de réclamer le départ d’Ibrahim Boubacar Keïta. Konimba Sidibé, Modibo Sidibé, Sy Kadiatou Sow ou encore Cheikh Oumar Sissoko s’étaient alors unis à Choguel Kokalla Maïga et soulevaient la rue contre « l’incurie et la corruption » des années IBK.

Deux ans plus tard, et après l’accession à la primature de Choguel Maïga, l’unité du M5-RFP a volé en éclats. Ce mercredi 3 juillet, une large frange du mouvement a annoncé ne plus reconnaître « l’autorité du comité stratégique du M5-RFP dirigé par Choguel Kokalla Maïga ».

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« Il ne siégera plus dans nos rangs », a martelé l’ancien ministre de la Justice Mohamed Aly Bathily, chargé de lire la déclaration du nouveau directoire auto-proclamé.

Deux camps

À l’occasion d’une allocution véhémente à l’égard du Premier ministre, lue au nom, notamment, de l’ancien Premier ministre Modibo Sidibé, du cinéaste et figure de la gauche Cheikh Oumar Sissoko et des anciens ministres Sy Kadiatou Sow et Konimba Sidibé, Bathily a officialisé la naissance du comité stratégique du M5-RFP « Mali Kura » (comprendre « Mali nouveau » en bamanankan).

Celui-ci « sera le creuset de tous les espoirs attendus par notre peuple […] et il faudra apprendre à compter avec », a promis l’ancien garde des Sceaux. Derrière la création de cette branche dissidente, qui fera face au comité stratégique initial du mouvement toujours présidé par le Premier ministre, se cache une crise larvée entre les principales figures du mouvement et Choguel Kokalla Maïga.

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« On pouvait penser que [sa nomination] fournirait l’occasion d’amorcer les bases structurelles et fonctionnelles du nouveau Mali. Il n’en fut rien, car très vite, le président du comité stratégique du M5 devenu Premier ministre est apparu clairement et nettement plus soucieux de son pouvoir personnel que du changement », a fustigé Mohamed Aly Bathily, dénonçant le « culte de la personnalité » du chef du gouvernement.

« Ogres du pouvoir »

« Le comité stratégique doit être un organe de veille et de critique de l’action du gouvernement. Quand son président est aussi le Premier ministre, cela n’est pas possible. On ne peut pas être juge et partie », ajoute Konimba Sibibé, contacté par Jeune Afrique.

Pour ce membre fondateur du mouvement, qui a pris la présidence du nouveau comité stratégique, la démission des instances dirigeantes du mouvement de Choguel Maïga mais encore d’Ibrahim Ikassa Maïga, ministre de la Refondation, d’Oumarou Diarra, imam devenu ministre délégué chargé de l’Action humanitaire, de la Solidarité, des Réfugiés et des Déplacés et de Bakary Doumbia, ministre de l’Entrepreneuriat, est « indispensable pour conserver l’essence du M5-RFP ».

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Une demande de longue date. Dès le 7 janvier, une partie des ténors du M5 adressait un courrier aux membres du mouvement entrés au gouvernement, leur intimant de céder leur place. « [Ce sont] des ogres du pouvoir […] en rupture de ban avec les entités qu’ils étaient censés représenter », a tancé Mohamed Aly Bathily en conférence de presse, sous les vivats de l’assistance.

« On nous a opposé une fin de non recevoir, se souvient Konimba Sidibé. Une partie du comité stratégique a été achetée par Choguel Maïga par le biais de nominations au gouvernement. Il y a les ministres, mais aussi de nombreux chargés de mission. Choguel voulait un M5 dépourvu de son rôle critique qui applaudirait tout ce qu’il ferait. »

Forte contestation

La contestation de son propre mouvement peut-elle porter le coup de grâce à Choguel Kokalla Maïga ? De plus en plus contesté au sein de la classe politique, le Premier ministre fait en tout cas face à plusieurs fronts. Le 21 juillet, le cadre d’échange des partis politiques, coalition qui regroupe plusieurs formations, précédait le M5 et exigeait « la démission immédiate de ce Premier ministre clanique, agissant contre l’esprit de la transition », suite à une déclaration de Choguel Maïga, appelant les « forces du changement à se donner la main [pour gagner] les prochaines élections ».

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Des propos qui ont également « stupéfait » et « outré » l’Adema-PASJ, plus vieille formation politique du pays. « Suite à une telle déclaration malencontreuse, terreau de la division et de conflits pré ou post-électoraux, [le Premier ministre] n’est plus crédible [et] ne saurait être considéré comme l’interlocuteur idéal pour la suite du processus de transition », écrivait le chef du parti Marimantia Diarra le 22 juillet, appelant lui aussi à la démission du locataire de la primature.

Bilan critiqué

Au sein même des instances de la transition, l’action du Premier ministre divise. En avril dernier, le chef du gouvernement était exhorté à rendre des compte et à présenter son bilan devant le Conseil national de transition (CNT), l’organe législatif.

Présidée par le colonel Malick Diaw, la représentation nationale s’était alors montrée très critique envers le Premier ministre. « Sans surprise, vous n’avez réalisé que trente pour cent des actions promises. Soit trois sur dix. Une note de renvoi si nous sommes à l’école », avait par exemple lancé Nouhoum Sarr, membre du CNT, issu lui aussi des rangs du M5-RFP.

Depuis, le nom du locataire de la primature est au centre de toutes les supputations et la rumeur de son possible limogeage enfle. « Je ne donne pas un mois à Choguel Maïga pour être débarqué », confiait, fin juillet, à Jeune Afrique, une figure politique bien introduite.

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