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Côte d’Ivoire-TNT : les coulisses du lancement de 7 infos 

| Par Jeune Afrique
Mis à jour le 20 septembre 2021 à 15h16
Lancement de la TNT le 8 février 2019, à Abobo, près d’Abidjan

Lancement de la TNT le 8 février 2019, à Abobo, près d'Abidjan © ISSOUF SANOGO/AFP

 

La libéralisation du secteur audiovisuel se poursuit avec la dernière des quatre chaînes privées autorisées à émettre sur la TNT dès 2019. Son lancement est imminent.

Selon nos informations, 7 infos, la quatrième chaîne privée de la Télévision numérique terrestre (TNT) de Côte d’Ivoire sera lancée le 30 septembre. Jean-Philippe Kaboré, fils d’Henriette Diabaté et directeur du groupe Optimum Média, éditeur de la chaîne, a réussi à convaincre NSIA Vie Assurances d’entrer dans le capital.

Nouveaux actionnaires

Cela a permis de sauver 7 infos, en difficulté financière après le décès de Noum Antoine Diallo. Le fils d’Abdoulaye Diallo, personnalité influente dans plusieurs secteurs dont l’immobilier, représentait sa famille au sein du conseil d’administration, lequel est toujours en cours de restructuration.

La première chaîne ivoirienne d’information en continu débutera avec un programme d’une heure et un journal programmé toutes les demi-heures, des reportages, des entretiens d’actualité et des infos service sur la circulation, la météo et la bourse. 7 infos projette par ailleurs de créer, début 2022, une tranche d’information en direct chaque soir, avec un débat d’actualité. Une trentaine de personnes sont actuellement employées par le média, qui possède également un site d’informations en ligne.

Bras de fer

En 2019, quatre chaînes privées avaient été autorisées à émettre sur la TNT, suite à la libéralisation du paysage audiovisuel. Mais jusqu’ici, seules trois d’entre elles avaient lancé leurs programmes : Life TV de Fabrice Sawegnon, le fondateur du groupe Voodoo ; A+ Ivoire du groupe Canal + et enfin, la Nouvelle chaîne ivoirienne (NCI) éditée par la Société des grands médias – et lancée par Cheick Yvhane, le directeur général de Radio Nostalgie, dont Loïc Folloroux, le fils de la Première dame Dominique Ouattara, est actionnaire.

Le lancement de 7 infos intervient alors que le bras de fer se poursuit entre les éditeurs privés et les chaîne du service public, RTI 1, 2 et 3, pour la redistribution de la redevance audiovisuelle. Les télévisions privées se plaignent de difficultés financières liées notamment, selon elles, au monopole de la publicité détenu par la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI).

Guinée: les putschistes rassurent les acteurs économiques

Un membre des forces de sécurité guinéennes dans le palais du Peuple où se tiennent les concertations à Conakry (image d'illustration).

Un membre des forces de sécurité guinéennes dans le palais du Peuple où se tiennent les concertations à Conakry (image d'illustration).
 AFP - JOHN WESSELS.00000000000..000..0

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La série de concertations entre les auteurs du putsch qui a renversé le président Alpha Condé le 5 septembre et les acteurs de la société guinéenne se terminent ce vendredi au palais du Peuple à Conakry.

Les concertations nationales initiées par la junte qui a pris le pouvoir le 5 septembre se poursuivent en Guinée. Après les partis politiques, la société civile, les coordinations régionales, les chefs religieux et les diplomates, jeudi 16 septembre, les militaires du Comité national de rassemblement et du développement (CNRD) avaient convié les acteurs économiques. Parmi les priorités exprimées : la lutte contre la corruption.

Lutte contre la corruption

Interrogée par notre envoyée spéciale à Conakry, Charlotte Idrac, Delphine Rebecca Kolamou dirige une société dans le secteur des BTP depuis cinq ans. Elle a plusieurs fois failli céder au découragement. « C’est plein d’obstacles parce que pour l’obtention du marché, il faut être dans un réseau bien défini et du côté de l’État aussi, raconte-t-elle. Et vous arrivez à avoir le marché auprès d’eux, l’État est un mauvais payeur. Nous sommes endettés. L’État nous doit. Nos fournisseurs sont fatigués et ils n’ont pas confiance. »

►À lire aussi : Guinée: la Cédéao sanctionne les auteurs du putsch et veut une transition rapide

Un mauvais climat des affaires et de mauvaises habitudes qui doivent changer, selon Cherif Mohamed Abdallah Aïdara, président du Groupe organisé des hommes d’affaires (Goha) et chef d’entreprise. Opposant au troisième mandat d’Alpha Condé, il avait quitté la Guinée début janvier 2020. « Les principaux problèmes sont un problème de sécurité, de copinage, de marchés de gré à gré. Ces dix dernières années, on n’a même pas pu obtenir de marché tellement il y a de favoritisme. Tant que vous n’êtes pas dans leur parti politique, ils ne vont pas vous accorder certains avantages. »

Le pays regorge de ressources minières, mais les infrastructures publiques ne suivent pas, notamment le réseau routier. « Compte tenu de l’état de dégradation de nos routes, nous voulons leur demander de continuer les travaux des routes. Parce que c’est un projet qui traîne »pointe Frébory Donzo, président de l’Union nationale des transporteurs routiers de Guinée (UNTRG).

D’après le dernier indice de perception de la corruption de Transparency International en 2020, la Guinée est classée à la 137ᵉ place sur 180.

Le secteur minier satisfait

Les opérateurs miniers ont justement également rencontré le colonel Mamady Doumbouya, le nouvel homme fort de la Guinée, jeudi. Tous arboraient le sourire à l'issue de cette rencontre. Le chef de la junte a donné des réponses appropriées aux préoccupations du secteur minier, a déclaré le président de la Chambre des mines de Guinée, Ismaël Diakité, très satisfait de la rencontre avec le colonel Mamady Doumbouya. « Vous savez, le secteur minier a beaucoup de préoccupations, parce que c’est un secteur qui est à la fois complexe, mais aussi un secteur qui est très dynamique avec une pluralité d’investisseurs de différentes origines, avec différentes exigences, a-t-il détaillé au micro de Mouctar Bah. Donc chacun est venu en fonction du domaine où il travaille, chacun a posé ses préoccupations. »

►À lire aussi : Alioune Tine: «En Afrique, les coups d'État militaires, symptômes du dysfonctionnement démocratique»

De la bauxite, de l’or, du fer ou encore des diamants, un secteur complexe et varié. Les opérateurs miniers ont-ils peur d’une éventuelle révision des contrats miniers par les nouvelles autorités guinéennes ? « Aucune crainte, selon Ismaël Diakité. Depuis les premières heures, je crois que les décisions étaient en faveur du secteur minier, qu’il s’agisse du couvre-feu ou de la stabilisation des conventions. Il y a des déclarations qui nous ont rassurés. »

Depuis le coup d’État en Guinée, le cours de l’aluminium a augmenté sur le marché mondial allant de 2 400 à 3 000 dollars la tonne (2 000 euros à 2 500 euros environ). « Depuis 13 ans, ce n’était pas arrivé à ce niveau-là, souligne le président de la Chambre des mines de Guinée. Il faut comprendre que la Guinée joue un rôle important dans l’approvisionnement de toute la chaîne de valeurs de la bauxite jusqu’à l’aluminium. »

Entamées mardi dernier, ces journées de concertation à l’initiative des nouveaux maîtres de Conakry, emmenés par le colonel Mamady Doumbouya, doivent prendre fin ce vendredi avec les directeurs de banques et les centrales syndicales.

Mauritanie : conditions de détention, bataille judiciaire… Où en est l’affaire Aziz ?

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L’ancien président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, à Nouakchott en avril 2021.

L'ancien président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, à Nouakchott en avril 2021. © Béchir Maloum pour JA

Tandis que l’ancien président Mohamed Ould Abdelaziz fait face à de lourdes accusations, sa défense assure ne pas avoir accès à son dossier… ce que dément le camp adverse. JA fait le point.

Les mois s’étirent et Mohamed Ould Abdelaziz demeure privé de liberté. Arrêté le 22 juin pour non-respect des mesures de son contrôle judiciaire et trouble à l’ordre public, l’ancien président se trouve toujours en détention préventive dans une maison aménagée au sein de l’École de police de Nouakchott.

« À l’offensive », Aziz garderait un « moral d’acier ». Privé d’accès aux médias depuis le premier jour, il passe ses journées à lire des livres et à prendre des notes pour préparer sa défense. Il a obtenu l’installation de son vélo d’appartement, mais il n’aurait pas le droit à la promenade, selon ses avocats Mes Mohameden Ould Ichidou et Taleb Khiyar Ould Mohamed Maouloud, qui dénoncent un « enfermement total ».

Première confrontation

Ces derniers viennent le voir chaque semaine dans des conditions strictement encadrées. Sa fille Asma peut lui apporter ses repas (il refuse de manger la nourriture servie par l’administration pénitentiaire), son épouse Tekber Mint Melainine Ould Ahmed a également pu lui rendre visite plus occasionnellement, mais ses autres proches disent avoir vu leurs demandes rejetées.

L’ex-chef de l’État mauritanien est inculpé depuis mars pour, entre autres, corruption, blanchiment d’argent, enrichissement illicite, dilapidation de biens publics, octroi d’avantages indus et obstruction au déroulement de la justice. Ce dernier étant désormais écroué, le juge est tenu d’accélérer la procédure de l’instruction.

Le 7 septembre, il a auditionné l’ancien président, pour la première fois depuis son arrestation, afin de le confronter à un témoin. « Non seulement nous n’avons pas été convoqués dans les délais légaux, mais nous n’avions aucune idée de la déposition de ce témoin, s’insurge Me Taleb Khiyar Ould Mohamed Maouloud. Nous avons expliqué au juge que, tant que nous n’avons pas connaissance du dossier, nous estimons ne pas en être partie. On doit nous donner les moyens d’apporter les preuves à décharge, c’est le minimum pour que notre client ait droit à un procès équitable. Il est victime de discrimination judiciaire ! »

Retournement de situation

Voici où se situe aujourd’hui l’enjeu de cette affaire complexe : la défense de Mohamed Ould Abdelaziz tente d’obtenir depuis six mois la communication de l’intégralité du dossier n°001/2021 qui vise leur client, mais aussi treize autres prévenus – ils n’auraient eu accès, selon Me Ould Ichidou, qu’à 500 des quelque 5 000 pages.

En mars, les avocats d’Aziz ont adressé une première requête en ce sens. Mais elle a été rejetée par la Chambre d’instruction de la Cour d’appel, puis par la Cour suprême en août dernier, qui a également refusé leur demande de libération provisoire.

Le 7 septembre, retournement de situation. Le juge d’instruction prend finalement une ordonnance leur accordant l’accès au dossier. Mais, le 10, le Parquet de Nouakchott-ouest crée la confusion en publiant un communiqué pour justifier sa décision initiale de ne pas leur transmettre. Ce document précise que les pièces concernant leur client ont bien été remises aux avocats à la veille de chaque interrogatoire, conformément au Code de procédure pénale, mais que « le dossier comprend des documents et références en rapport avec d’autres prévenus, et qu’il porte atteinte à leur vie privée et aux droits de leur défense, et auxquels un collectif de défense d’un autre prévenu n’a pas le droit d’accéder. »

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MOHAMED OULD GHAZOUANI S’EST TOUJOURS DÉFENDU DE LA MOINDRE INTERVENTION DANS CETTE AFFAIRE

En clair, la défense d’Aziz ne peut, selon le Parquet, consulter que les pages concernant expressément celui-ci. Une disposition rejetée en bloc par les conseils de l’ex-président, qui la jugent contraire au droit. « Des attestations du greffe viennent confirmer les dates auxquelles ces communications ont eu lieu, balaie de son côté Me Brahim Ould Ebety, chef du pôle des avocats de l’État constitués pour cette affaire. Les règles de procédure ont toujours été parfaitement respectées, il faut vraiment mettre fin à cette polémique qui n’a pas lieu d’être. »

Quant au chef de l’État, Mohamed Ould Ghazouani, il s’est toujours défendu de la moindre intervention dans cette affaire. « Il a d’abord refusé de s’immiscer dans l’enquête de la Commission parlementaire et il refuse désormais de scruter au quotidien la gestion de ce dossier par la justice, affirme un proche. Même si c’est respectueux de l’autorité judiciaire, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne chose. »

Les conseils d’Aziz, dont le Français Me David Rajjou, ont déposé plainte devant les Nations unies pour, entre autres, « détention arbitraire ».

À la Une: vie chère et pauvreté au Sénégal

Une femme prépare un plat de riz et de poisson dans un restaurant de rue de Dakar (image d'illustration).

Une femme prépare un plat de riz et de poisson dans un restaurant de rue de Dakar (image d'illustration).
 AFP - GEORGES GOBET

« La marche contre la vie chère tuée dans l’œuf, s’exclame le quotidien SudLa marche qu’avait prévu des activistes et autres membres de la société civile, des politiques et mouvements citoyens avant-hier dimanche [12 septembre], à Guédiawaye, contre la vie chère, a été interrompue par la police. La police, qui a très tôt quadrillé la zone, a procédé à l’arrestation musclée des organisateurs. L’activiste Guy Marius Sagna et quelques-uns de ses camarades du mouvement Frapp/France Dégage et des mouvements et organisations citoyennes ont été arrêtés. »

Une interdiction contre-productive ?

« Absurde, lance EnquêteLes phobies du pouvoir ont contaminé la raison préfectorale et étouffé l’intelligence publique. Il eût été plus simple de laisser courir cette manifestation et de la canaliser […]. Il eût été plus utile à l’apaisement public, même si cela peut paraitre paradoxal, de laisser marcher ces hommes et ces femmes pour dénoncer une cherté de la vie, au demeurant préjudiciable au pouvoir lui-même. Il eût été plus pensé de s’allier à ces protestations par leur autorisation, pour dénoncer les excès de certains complexes agroalimentaires, de certains lobbies immobiliers et de quelques citoyens avides de profit et entreprendre concomitamment des actions hardies de neutralisation de l’ignoble bête du profit sans scrupule. »

Macky Sall a-t-il peur ?

Le Pays au Burkina Faso renchérit : « On se demande de quoi a peur Macky Sall. Au lieu d’apporter des réponses aux populations dont certaines tirent le diable par la queue, il a plutôt préféré les réprimer. Macky Sall voudrait-il cacher le soleil avec son doigt ? On le sait, pointe le quotidien ouagalais, le panier de la ménagère se réduit comme peau de chagrin au Sénégal, du fait de la flambée des prix des denrées de première nécessité. Et à défaut de prendre des mesures idoines pour contrer cette situation, le pouvoir de Macky aurait dû instaurer un dialogue avec la société civile. Il est évident que la répression ne saurait constituer une réponse à la vie chère. »

La pauvreté s’aggrave…

Cette marche contre la vie chère a donc été étouffée dans l’œuf alors qu’au même moment paraît une étude de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie sur la pauvreté dans le pays. « Alors que le gouvernement s’enorgueillit d’un "Sénégal émergent", relève WalfQuotidiencette étude montre que le nombre de pauvres a augmenté au Sénégal (6 millions en 2018, contre un peu plus de 5 millions en 2011). Pire, 50,9% des Sénégalais se considèrent comme pauvres. » Qui plus est, « cette étude bat en brèche les propos du pouvoir à propos des productions agricoles. En effet, ses résultats montrent que "l’insécurité alimentaire reste toujours une réalité" au Sénégal. Elle affecte en majorité les milieux ruraux dans les régions de Kolda, Kédougou, Sédhiou, Tambacounda et Matam. » Et encore, remarque Enquête, cette étude a été réalisée en 2018 et 2019, soit avant l’arrivée du Covid-19, « qui a durement touché l’économie et les ménages sénégalais. » La situation a donc dû s’aggraver.

Alpha Condé : « Plutôt être tué que signer ma démission »

À la Une également, ces révélations de Jeune Afrique sur les conditions de détention et l’état d’esprit d’Alpha Condé. « L’ancien président guinéen est détenu dans l’antenne des forces spéciales installée dans une aile du Palais du peuple, à l’entrée de Kaloum, et plus précisément dans la suite où vivait précédemment le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya. C’est d’ailleurs dans cette même pièce (et non au palais de Sékhoutouréya) que la désormais célèbre photo d’Alpha Condé, assis sur un canapé et encerclé par des militaires, a été prise peu après son arrestation. […] Alpha Condé dispose d’une chambre, d’un salon et d’une salle de bain, mais n’a accès ni à ses téléphones, ni à la radio. La télévision, qu’il a un temps pu regarder, lui a été retirée car, selon ses gardiens, "il s’énerve chaque fois qu’il voit le lieutenant-colonel Doumbouya à l’écran et cela affecte son état de santé". »

Par ailleurs, toujours selon Jeune Afrique, Alpha Condé refuserait toute démission : « Plutôt être tué que signer », aurait-il dit. Enfin, relate encore le site panafricain, l’ex-président « peine encore parfois à réaliser qu’il n’est plus à la tête du pays. Il réclame qu’on lui restitue son ordinateur de travail dans lequel se trouvent stockés "une centaine de documents" qu’il devait signer pour conclure des accords entre la Guinée, le FMI et la Banque mondiale. Il rappelle aussi qu’il était attendu à l’Assemblée générale de l’ONU le 23 septembre pour prendre la parole au nom de la Guinée et il s’inquiète de savoir qui ira à sa place. »

Côte d’Ivoire, Sénégal, Kenya : « Une véritable révolution agricole pointe à l’horizon »

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Drone dans une plantation de palmiers à huile, à Tiassale, en Côte d’Ivoire. Les drones pulvérisateurs permettent de traiter 1 hectare douze fois plus vite qu’un travailleur manuel.

Drone dans une plantation de palmiers à huile, à Tiassale, en Côte d'Ivoire.
Les drones pulvérisateurs permettent de traiter 1 hectare douze fois plus vite qu'un travailleur manuel. © Luc Gnago/REUTERS

 

Malgré les difficultés d’approvisionnement liées à la pandémie de Covid-19 et à la flambée des prix, l’analyste et ancien diplomate Pierre Jacquemot affirme que le continent a les moyens de reconquérir son autonomie alimentaire.

Malgré la situation critique – avec plus de 200 millions d’Africains sous-alimentés soit environ 20%  de la population –, il parie sur une issue positive : tous les facteurs sont réunis pour que l’agriculture africaine amorce un tournant permettant enfin au continent d’assurer son autonomie alimentaire.

Telle est la conviction de Pierre Jacquemot, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et ancien ambassadeur de France au Kenya, au Ghana et en RDC.

Après avoir analysé l’an dernier les difficultés de la démocratie africaine, dénonçant les troisièmes mandants et les oligarchies qui s’accrochent au pouvoir (1), l’ex-diplomate s’attèle cette année, alors que la pandémie de Covid-19 a bousculé les canaux de distribution agricoles, à un thème tout aussi sensible, la souveraineté alimentaire.

Dans un rapport publié le 13 septembre par la Fondation Jean-Jaurès (2), il liste les défis à relever pour dynamiser l’agriculture et en faire un moteur de croissance et de développement.

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L’AGRICULTURE EST LA GRANDE SACRIFIÉE DES POLITIQUES NATIONALES ET INTERNATIONALES

Outre la hausse de la productivité et la structuration en filière, il met l’accent sur l’accès au crédit, l’autonomisation des femmes et le rôle des États pour enclencher aux niveaux local et régional des cercles vertueux. Le plus dur reste toutefois à faire.

Jeune Afrique : Cela fait des années que l’on annonce la révolution agricole africaine. En réalité, l’agriculture, largement sous-développée, demeure le parent pauvre des investissements. Pourquoi, selon-vous, nous trouvons-nous véritablement à un tournant ?

Pierre Jacquemot : Il y a en effet un décalage entre le discours et la pratique. Tous les dix ans environ, les chefs d’État se réunissent et affirment vouloir faire de la politique agricole une priorité, promettant de consacrer au moins 10 % de leur budget à l’agriculture.

L’engagement, pris lors du sommet de l’Union africaine de 2003 à Maputo, a été réaffirmé en 2014 lors du sommet de Malabo. Or, dans les faits, l’agriculture est la grande sacrifiée des politiques nationales comme des programmes d’aide multilatérale et bilatérale.

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LES FEMMES VONT S’AUTONOMISER VIA LA CONSTITUTION DE COOPÉRATIVES

L’explication est simple : une action dans le domaine agricole ne produit de résultats, au mieux, qu’à moyen terme quand le retour sur investissement dans d’autres secteurs est beaucoup plus rapide.

Malgré ce constat, il existe actuellement une combinaison de facteurs positifs qui va enclencher le nécessaire changement de modèle de l’agriculture africaine. Outre l’électrification rurale, les innovations technologiques et l’essor du microcrédit, trois autres phénomènes clés vont s’accentuer.

Il s’agit de l’autonomisation des femmes via la constitution de coopératives, du retour de jeunes urbains en milieu rural pour y développer des projets, et de l’émergence d’agri-entrepreneurs investissant et produisant pour les marchés urbains dans une logique de chaîne de valeur.

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AU CAMEROUN, UNE START-UP A DÉVELOPPÉ UNE PLATEFORME QUI UTILISE L’IA POUR AMÉLIORER LES RENDEMENTS DES CULTIVATEURS

Tout cela va dans le sens d’une plus grande maîtrise de l’agriculture et de l’alimentation, synonyme d’autonomie retrouvée pour le continent.

Ancien ambassadeur de France en RDC, Pierre Jacquemot, également chercheur à l’Iris et enseignant à l’IEP de Paris,
affiche un optimisme certain quant au futur proche du continent.o;" />

Concrètement, quels pays montrent l’exemple ?

Le Sénégal favorise depuis longtemps l’organisation de groupements de femmes, qui ont développé le maraîchage et la transformation en périphérie de Dakar. Il y a aussi depuis une vingtaine d’années une belle dynamique féminine au Ghana et au Kenya.

Les agri-entrepreneurs émergent évidemment à Nairobi, Abidjan et Dakar, entre autres, quand d’autres développent la culture du soja et sa transformation au Bénin et au Togo, par exemple.

Au Cameroun, la start-up Promagric a développé une plateforme, ClinicPlant, qui utilise l’intelligence artificielle pour diagnostiquer les plantes et améliorer les rendements des cultivateurs, facilitant ainsi leur accès au crédit. Elle étend désormais ses services à la Côte d’Ivoire, au Mali et au Sénégal.

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LE CONTEXTE OBLIGE LES GOUVERNEMENTS À PRENDRE CES MESURES DE COURT TERME

La multiplication et la convergence de ces initiatives, soutenues d’un côté par les États et, de l’autre, par les consommateurs, vont engendrer de vraies révolutions dans les domaines agricole et alimentaire, notamment au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Kenya. Une véritable révolution agricole point à l’horizon.

Pour faire advenir ce changement, l’appui des États est crucial. En ce moment, ces derniers mettent surtout en place des mesures d’urgence, comme des suspensions de taxes douanières ou de TVA, afin de juguler la hausse des prix alimentaires. Est-ce à la hauteur de l’enjeu ?

En limitant la mobilité des individus et en compliquant les importations et exportations, la pandémie de Covid-19 a fortement perturbé l’économie agricole africaine.

Ce contexte, couplé à des cours mondiaux de matières premières globalement à la hausse, oblige les gouvernements, pour assurer une sortie de crise, à prendre ces mesures de court terme.

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CONSTRUIRE DES CIRCUITS COURTS FONDÉS SUR LES AVANTAGES COMPARATIFS DE CHACUN ET CONNECTÉS AUX CENTRES URBAINS

Mais cela ne doit pas les empêcher de conduire une politique de moyen terme et de résister aux réflexes nationalistes, ce que n’a pas su faire le Nigeria, par exemple, lorsqu’il a fermé ses frontières terrestres avec le Bénin, le Niger, le Tchad et le Cameroun entre 2019 et 2020.

Les États peuvent faire la différence en fluidifiant au maximum les échanges nationaux et transfrontaliers. Cela suppose d’investir dans les infrastructures de transport mais aussi de payer correctement ses services douaniers pour éviter les prélèvements indus.

C’est fondamental pour construire des circuits courts locaux et régionaux fondés sur les avantages comparatifs de chacun, connectés aux centres urbains et créateurs de valeur ajoutée.

(1)   De l’élection à la démocratie en Afrique, éditions de la Fondation Jean-Jaurès, mai 2020.

(2)    La Reconquête de la souveraineté alimentaire en Afrique – État des lieux et propositions, éditions de la Fondation Jean-Jaurès, septembre 2021.