Vu au Sud - Vu du Sud

Surpêche en Afrique de l’Ouest : la véritable ampleur du pillage des Européens et des Asiatiques

| Par 
Mis à jour le 11 juin 2021 à 17h29
Photomontage : JA Crédits : Rex/Shutterstock
© Photomontage : JA Crédits : Rex/Shutterstock

Piller les ressources de poissons sauvages pour nourrir les poissons d’élevage : tel est le paradoxe dont est victime l’Afrique de l’Ouest, dont les richesses halieutiques sont surexploitées par les Européens et les Asiatiques. Quelle est l’ampleur de cette prédation ? Réponse en infographies.

La surconsommation des pays du Nord provoque souvent des situations paradoxales. Après avoir pillé leurs propres ressources halieutiques, les Européens et les Asiatiques sont d’abord allés pêcher un peu plus loin, puis jusqu’à l’autre bout du monde. Puis ils se sont tournés vers l’aquaculture et la pisciculture, l’élevage industriel de poissons et de crustacés. Sauf que ce mode de production, qui domine désormais le marché mondial, est très souvent critiqué pour la pollution qu’il engendre. Créé pour pallier l’épuisement des ressources induit par la surpêche, il est en outre paradoxalement particulièrement vorace et participe à vider les océans des petits poissons sauvages. Pêchés en masse, ceux-ci sont transformés en farine et en huile, qui servent de base à l’alimentation d’animaux d’élevage et de compagnie…

Il faut « nourrir le monstre », pour reprendre le titre du rapport de Greenpeace et Changing Markets Foundation publié le 1er juin, quitte à déséquilibrer les écosystèmes locaux et à fragiliser la sécurité alimentaire des populations ouest-africaines. Chaque année, un demi-million de tonnes de petits poissons frais – des sardinelles et des bongas qui auraient pu nourrir 33 millions de personnes – sont ainsi pêchés au large des côtes de l’Afrique de l’Ouest pour être transformés en nourriture destinée aux saumons de Norvège, aux truites de Chine ou aux cochons de France.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

UN BUSINESS FLORISSANT, MAIS DESTRUCTEUR ET OPAQUE

Réputées jusqu’à présent très poissonneuses, et peu surveillées, les eaux du Sénégal, de la Gambie et de la Mauritanie sont devenues les nouveaux « hubs » du marché mondial de farine et d’huile de poisson. En moins de dix ans, une trentaine d’usines de transformation ont ouvert leurs portes dans les trois pays. Au-delà du désastre écologique que cela représente pour la région, ce business prive surtout les populations côtières de leurs sources de revenus et de leurs ressources en protéines animales principales.

Un business florissant, mais destructeur et opaque, dont Jeune Afrique vous propose de comprendre les rouages et de mesurer l’ampleur en infographies.

align: middle; display: block; 

Sénégal, Côte d’Ivoire : qui est Wave, la fintech qui bouscule le mobile money ?

| Par 
Mis à jour le 10 juin 2021 à 17h59
En Côte Ivoire, le litige Wave/Orange est suivi de près.
En Côte Ivoire, le litige Wave/Orange est suivi de près. © Facebook Wave Cote d'Ivoire

Créée par deux Américains pour baisser les frais des transactions en mobile money, la start-up est sous le feu des projecteurs depuis qu’Orange tente de freiner son développement au Sénégal.

Les yeux rivés sur Free, Orange Sénégal ne semble pas avoir vu venir la menace Wave sur le segment du mobile money. Pris de court par l’offre ultra concurrentielle que propose depuis mai 2020 cette start-up américaine spécialisée dans les transactions à bas coûts, le leader des télécoms a décidé début juin de lui bloquer la possibilité de distribuer du crédit téléphonique via son application mobile et par code USSD.

Désaccord commercial

« Après plusieurs échanges avec l’opérateur téléphonique, un accord nous permettant de vendre du crédit directement ou par l’intermédiaire d’un grossiste agréé n’a toujours pas été conclu », a ainsi confirmé Wave dans un communiqué publié le 5 juin, annonçant aussi que l’Autorité de régulation des télécoms et des postes (ARTP) a été saisie pour « qu’une décision équitable puisse être prise ».

« Wave a dû demander de pouvoir avoir la même commission que le circuit normal de distribution d’Orange et ce dernier a refusé », analyse un bon connaisseur des télécoms sénégalaises.

Quelques heures après la missive de Wave, Orange s’est à son tour fendu d’un communiqué assurant que l’opérateur a fait des propositions « conformes à celles offertes à [ses] autres prestataires ». Le groupe de télécoms estime que Wave réclame un traitement particulier.

Frais de 1 %

Créé en 2011 par Drew Durbin et Lincoln Quirk, deux Américains installés à New York, et enregistré en 2016 à Dakar, Wave applique des frais fixes de transaction à hauteur de 1 % entre particuliers et épargne à ses utilisateurs des frais supplémentaires sur les paiements de factures en les reportant sur les entreprises – au contraire de son concurrent qui fait payer cette charge à ses clients.

Avec ce modèle, la start-up dirigée à Dakar par Coura Sène – une ancienne d’InTouch – a convaincu d’importants investisseurs d’entrer à son capital. Le français Partech et le prestigieux incubateur américain Y Combinator font ainsi partie de son tour de table, tout comme Founders Fund et Serena Ventures, deux sociétés californiennes de capital-risque. Au total, le service qui s’est lié aux banques UBA et Ecobank pour exercer au Sénégal a levé 13,8 millions de dollars depuis sa création.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

LES USAGERS SE SENTENT INSULTÉS CAR ILS PENSENT QUE PENDANT LONGTEMPS ORANGE LEUR A IMPOSÉ DES FRAIS ABUSIFS

Afin de s’aligner sur cette concurrence, Orange a décidé depuis le 1er juin de baisser ses frais de paiement de factures à 1 % et, pour compenser, de prélever à son tour un pourcentage sur les transactions entre particuliers, selon un principe de paliers calculé en fonction du montant envoyé (certaines transactions peuvent être ainsi taxées à hauteur de 10 %).

Cette baisse rapide et soudaine des prix ne passe pas à Dakar : « Les usagers se sentent insultés car ils pensent que pendant longtemps, Orange leur a imposé des frais abusifs », témoigne un entrepreneur dakarois.

Un litige qui va durer

Le litige entre Wave et Orange est désormais dans les mains du régulateur des télécoms. Cela ne veut pas dire que la question sera rapidement réglée : « En principe, cette affaire concerne un contrat commercial de distribution de gré à gré qui n’est pas régulé, [donc la démarche de Wave] est étonnante », confie à Jeune Afrique Fabrice André, directeur général adjoint de Sonatel.

Pour Sonatel, l’objectif est donc de miser sur l’absence de régulation du secteur du mobile money au Sénégal.

« L’ARTP pourrait bien se déclarer incompétente, car le marché qui est impacté par le comportement d’Orange GSM n’est pas le marché des télécommunications, mais celui du mobile money, confirme un spécialiste sénégalais de la régulation des télécoms, également dirigeant d’un opérateur panafricain. En soi, la discrimination n’est pas une pratique proscrite lorsqu’on arrive à démontrer que les deux entités discriminées n’appartiennent pas la même famille », poursuit-il.

Mais si le régulateur télécoms se déclarait incompétent, cette affaire complexe pourrait remonter au niveau de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), ou encore retomber dans le droit commun au niveau de l’Autorité de la concurrence.

« La seule certitude que j’ai, c’est qu’Orange Money a été sérieusement bousculé par Wave et est en train de recevoir un coup de main de Orange GSM pour essayer de contenir la vague bleue [de l’identité commerciale de Wave] », estime notre expert de la régulation.

Même concurrence en Côte d’Ivoire ?

En Côte d’Ivoire, où Wave s’est lancé en avril 2021, le litige sénégalais est surveillé de près. « Chaque pays à son propre modèle de distribution. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, nous pratiquons le zonage via quatorze distributeurs exclusifs avec lesquels nous travaillons depuis près de quinze ans. Les contrats ont été renouvelés en octobre 2020 et Wave n’a pas soumissionné », indique Mamadou Bamba, directeur général d’Orange Côte d’Ivoire.

Service encore récent dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, Wave est en pleine opération de communication pour se faire connaître. Le 25 mai, l’application a organisé un panel à Abidjan autour du rôle des fintech dans l’inclusion financière.

Aux côtés de Daniel Ahouassa, cofondateur du groupe de media en ligne Weblogy, le cofondateur de Wave Drew Durbin ainsi que Coura Sène et Bruno Belinga, directeur des opérations de la fintech, en ont profité pour promouvoir leur modèle.

À Adetikope, le Togo s’imagine un futur industriel

| Par - Envoyé spécial à Lomé
Mis à jour le 07 juin 2021 à 20h44
Faure Gnassingbè lors de l’inauguration de  la plateforme industrielle d’Adetikope, le 6 juin 2021.
Faure Gnassingbè lors de l'inauguration de la plateforme industrielle d’Adetikope, le 6 juin 2021. © Emmanuel Pita/ROT

Forte de son emplacement stratégique sur l’axe Lomé-Ouagadougou, la plateforme sortie de terre en moins d’un an doit désormais convaincre une masse critique d’entrepreneurs et industriels.

Pour rejoindre le canton d’Adetikope (prononcer « adétikôpè »), où le président Faure Gnassingbè a inauguré le 6 juin la « première plateforme industrielle du Togo », il faut d’abord réussir à s’extirper de la capitale, de ses trapézistes de la route à moto et de ses feux tricolores à l’ivoirienne, c’est-à-dire optionnels.

Prendre ensuite la direction nord, sur la route nationale 1 dite Lomé-Cinkassé (près des frontières du Burkina et du Ghana), passer l’université nationale, puis l’ambassade des États-Unis et son drapeau bleu, blanc cassé et ocre, la retranchée délégation de l’Union européenne, enfin les austères enclos de l’État-major général des armées et continuer encore une bonne dizaine de kilomètres.

Plus de 300 invités ont fait le déplacement pour cette rencontre – « un événement historique » selon la formule du ministre du Commerce, de l’Industrie et de la Consommation locale, Kodjo Adedze – qui s’est achevée sur un spectacle de drones aux couleurs du Togo.

Harouna Kaboré, le ministre burkinabè du Commerce représentant le président Roch Marc Christian Kaboré, Ade Ayeyemi, DG du groupe bancaire panafricain Ecobank, ou encore Thierry Déau, patron du fonds d’investissement Meridiam et partenaire de la branche terminaux portuaires d’Arise, étaient ainsi de la partie.

Un bref moment de gloire

Adetikope, village fondé au XIXe siècle par un chef local, Assimadi Wodenou, et dont un descendant (Togbi Assimadi Yawovi Wodenou II) était encore en décembre dernier chef du canton qui en tire son nom, apparaît dans les archives coloniales en 1951, lorsque les rapporteurs français notent avec dépit qu’un puits foré dans le secteur n’a fourni qu’une eau « très saumâtre ».

En termes d’industrie, le canton connaît un bref moment de gloire au début des années 1990 quand Cerekem Exotic Togo, filiale d’un groupe danois spécialiste des plantes aromatiques, y implante un complexe agro-industriel de 45 hectares employant 400 personnes.

Les prix aux producteurs (100 F CFA le kg de basilic, 380 F celui de ciboulette, 180 F pour l’aneth en 1999) suffisent un temps à encourager les paysans à se détourner des cultures maraîchères locales, mais l’aventure tourne court. En 2006, le repreneur français de ces activités, Darôme, propriétaire de la marque Daregal, jette l’éponge, pointant la faiblesse des rendements, le coût des intrants, la défaillance dans la chaîne de transport

Faire d’un bout de rêve une réalité

C’est là pourtant qu’en moins d’un an a été érigée la Plateforme industrielle d’Adetikope (PIA), au coût estimé entre 150 et 200 millions d’euros, sur un espace de 400 hectares, selon les promoteurs du projet : l’État du Togo (35 %) et Arise IIP (65 %), dirigé par Gagan Gupta.

Pour ce dernier, qui a fait ses armes au sein du géant singapourien de l’agro-industrie Olam, au Gabon notamment, avant de développer les « verticales » du groupe Arise (ports et logistiques, services aux infrastructures, plateformes industrielles intégrées -IIP), « peu de pays ont réussi à faire d’un bout de rêve, une réalité ».

Si PIA, le jour de son inauguration ne compte qu’une vingtaine de conteneurs épars et des centaines d’espaces de parking vides, pour ses promoteurs, il s’agit surtout d’un premier pas décisif sur un chemin des plus ambitieux, accompli qui plus est dans le difficile contexte de la crise du Covid-19.

Le site table une capacité d’accueil de 12 500 conteneurs, un parking de 700 camions, des entrepôts de stockage, ainsi qu’un guichet unique de formalités administratives et nombre de facilités accordées par l’État pour la réussite de la plateforme.

« Ces deux-trois derniers mois, ce sont près de 700 ouvriers, contre 200 auparavant, qui ont œuvré jour et nuit pour s’assurer que le site serait prêt à temps », explique un des promoteurs du projet.

Rompre un cycle vieux de plus d’un siècle

Sur cette plateforme à une vingtaine de kilomètres de Lomé, Arise IIP et le gouvernement du président Faure Gnassingbè entendent rompre un cycle vieux de plus d’un siècle : l’exportation à l’état brut des ressources naturelles du pays : coton, soja, noix de cajou, bois, calcaire (marbre).

Le pays exporte environ 60 000 tonnes de coton, pour 75 millions de dollars de revenus, a regretté Gagan Gupta qui, pour l’occasion a tenu à faire son discours en français. « J’espère que vous aimerez mon accent », a glissé l’entrepreneur d’origine indienne. Grâce à PIA, le Togo espère multiplier par 12 d’ici au milieu de la décennie la valeur des exportations de produits textiles du pays, à environ 1 milliard de dollars. Une performance « jamais observée en Afrique en aussi peu de temps ».


Gagan Gupta, directeur général d’Olam Gabon, lors de l’Africa CEO Forum 2016 à Abidjan. © Eric Larrayadieu/ACF/JA

Les promoteurs du projet ciblent également la construction d’une usine de transformation de soja d’une capacité de 500 tonnes par jour, ainsi que des sites de transformation de bois et de marbre.

Paintball et montée en gamme

« Avant même l’inauguration, sept contrats ont été conclus pour le développement d’installation de transformation de coton, de marbre, de noix de cajou ainsi que dans l’industrie pharmaceutique et la logistique », avance l’Américain Jesse Damsky, directeur général de PIA, sans toutefois indiquer les entreprises concernées. Selon nos informations, il s’agirait entre autres d’opérateurs indiens et togolais.

Le choix d’Adetikope pour l’implantation de la plateforme découle en partie de son positionnement clé sur l’axe Lomé-Ouagadougou (son marché est l’un des principaux centres d’approvisionnements au Togo en bovins venus des pays sahéliens) et prolonge l’expansion qu’a connue le canton ces dernières années.

La bourgade, bénéficiant de l’expansion de la ville de Lomé, a connu une croissance exponentielle, passant de moins de 15 000 habitants à environ 250 000, entre 2005 et 2015. À cause notamment de la spéculation, le prix du mètre carré y a triplé, passant de moins de 2 700 F CFA à plus de 8 300 F CFA entre 2010 et 2015, selon une étude d’Iléri Dandonougbo, de l’Université de Lomé.

Selon ce chercheur, le canton comptait plus de 30 magasins en 2015 (6 en 2000), pour 65 boutiques, contre 13 quinze ans plus tôt. L’ancien bourg paisible au nord de Lomé accueille même désormais l’Adrénaline Paintball Club Togo, où pour 3 500 F CFA par personne (40 000 F CFA pour un groupe de 8), les jeunes de Lomé sont invités à crapahuter en uniforme et à « dégommer [leurs] adversaires avec des billes de peinture »…

L’expérience gabonaise

D’ici quatre ans, les promoteurs de PIA tablent sur la création de 30 000 emplois directs à partir de PIA. « Évidemment, il y a déjà eu tellement d’éléphants blancs en Afrique, que le scepticisme existe face à de telles ambitions », reconnaît un spécialiste de la logistique industrielle.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

LA MISE EN ŒUVRE [DE CETTE AMBITION] PEUT ÊTRE DIFFICILE, CAR NOUS NE COPIONS PERSONNE

Pour autant, avance notre source, le groupe estime avoir déjà fait ses preuves, à Nkok notamment, près de Libreville. Selon ses estimations, aujourd’hui 40 % des recettes non-pétrolières du pays sont tirées de la Zone économique spéciale du Gabon (GSEZ).

Il est à noter qu’en dix ans d’exercice, la zone de Nkok revendique 16 000 emplois créés. « Il faut se rappeler qu’au démarrage de Nkok, près de 1 500 expatriés ont été mobilisés pour former les populations locales et qu’au bout de d’un à deux ans, il a été possible de remplacer les expats », rappelle un dirigeant impliqué dans le développement de la plateforme, pour qui l’expérience gabonaise peut permettre des avancées encore plus rapides au Togo.

Pour sa part, Victoire Tomegah Dogbé, Première ministre du Togo, a salué « l’expertise et la diligence » d’Arise, ainsi que le savoir-faire et l’approche « holistique » de la productivité industrielle du partenaire de Lomé dans ce projet.

La cheffe du gouvernement togolais a indiqué anticiper d’ici 2030, à Adetikope, une zone d’une superficie de 1 000 hectares, pour un investissement global supérieur à 1 milliard de dollars, et affirmer par ailleurs la « disponibilité du gouvernement à entretenir cette future collaboration ».

Un calendrier accéléré

Ces garanties suffiront-elles à attirer la masse critique d’investisseurs nécessaire pour la réussite à long terme de PIA ? Il va sans dire que la stratégie multiforme d’Arise, entre gestion de terminaux portuaires, plateformes industrielles et développement d’infrastructures (Arise IS participera à la modernisation de la voie Lomé-Cinkassé), en agace plus d’un et laisse perplexes plusieurs spécialistes de la logistique africaine.

Les ambitions affichées à PIA autant que le calendrier accéléré de son développement comme de son « inauguration », en amont du démarrage concret des sites industriels, ont engendré leur lot de sceptiques dans les milieux d’affaires subsahariens. À Lomé, les plus anciens se souviennent également des grandes ambitions du temps de Cerekm et de Daregal…

« Cette inauguration est le premier pas, des dizaines d’autres sont à venir », assure un responsable d’Arise IIP. Mais le promoteur se veut pragmatique. « La mise en œuvre [de cette ambition] peut être difficile, car nous ne copions personne. Et si nous faisons des erreurs, dites-le nous, afin que nous puissions les corriger », a affirmé Gagan Gupta, sur le site d’Adetikopè. Nul doute que sa requête sera entendue.

Attaque de Solhan: «L’utilisation des Volontaires pour la défense de la patrie expose les civils»

L'armée burkinabè forme des civils volontaires à la défense face aux terroristes, le 23 janvier 2020. (Photo d'illustration)
L'armée burkinabè forme des civils volontaires à la défense face aux terroristes, le 23 janvier 2020. (Photo d'illustration) © ISSOUF SANOGO / AFP

Le nord-est du Burkina Faso a été frappé, dans la nuit de vendredi à samedi, par deux attaques dont l'une a fait au moins 138 morts, la plus meurtrière dans ce pays depuis le début des violences jihadistes en 2015. Comment les terroristes ont-ils pu faire autant de victimes et de dégâts ? RFI s’est entretenue avec Mahamadou Sawadogo, ancien gendarme et spécialiste des sujets de sécurité au Burkina Faso.

RFI: Comment réagissiez-vous face à cette attaque d’une extrême violence 

Mahamadou Sawadogo : D’abord, j’aimerais présenter mes condoléances au peuple éploré du Burkina et aussi lui dire que je suis affligé et presque sans mot face à ce drame lâche commis par des groupes armés terroristes. Et à l’heure actuelle, je suis convaincu que tous les Burkinabè sont meurtris dans leur âme face à un tel drame.

Maintenant, comment un tel drame a pu survenir ? Je pense que c’est lié à une succession d’évènements et à une succession d’alertes pour lesquels les autorités n‘ont pas pris leurs marques, parce que Solhan et la zone du Mansila ont longtemps été abandonnés et étaient carrément sous le contrôle de ces groupes armés terroristes depuis déjà quelques mois, depuis le début de l’année 2021. Donc, ces derniers n’ont fait qu’agir en toute liberté, sans trop de compromis.

Pourtant à la mi-mai, le ministre burkinabè de la Défense, Chériff Sy, s’était rendu à Sebba, à une dizaine de kilomètres de Solhan, et à l’époque il avait estimé que la situation était revenue à la normale dans la région. Il faut croire que non ?

Oui, il faut croire que non. Parce que vue la proportion des personnes déplacées internes qui ont continué d’affluer de Solhan vers Dori depuis plus de trois mois, et vu aussi le nombre d’incidents qui continuent à avoir lieu dans ces zones, il est clair que la situation n’était pas sous contrôle.

Faut-il voir avec cette attaque une réponse adressée au gouvernement qui justement parlait de « retour à la normale » ?

Je ne dirais pas une « réponse ». Mais cela fait partie tout simplement de leur stratégie, de la stratégie des groupes armés terroristes, de frapper là où ils peuvent le faire.

Cela fait partie [de leur stratégie] de frapper en cette période, parce que c’est la saison des pluies. Le début de la saison des pluies coïncide avec une montée de la violence, parce qu’après, ils [les groupes armés] n’arriveront plus à se mouvoir comme il se doit. Donc le niveau de la violence monte, avant de baisser lors de la saison des pluies.

Un autre facteur qu’il faut prendre en compte, c’est le changement à la tête de l’Etat islamique. Cela peut aussi être un message du nouveau leader qui veut montrer qu’effectivement il a les mains solides et la poigne pour diriger ce nouveau groupe.

Selon nos informations en tout cas, les assaillants ont d’abord pris pour cible le poste des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) avant de s’en prendre au reste de la population. Est-ce que c’est un message adressé au gouvernement sur son « utilisation civile » dans la politique sécuritaire ?

Oui, on avait prévenu que l’utilisation des VDP allait exacerber la violence et aller orienter la violence vers les populations civiles. Donc effectivement, c’est l’une des conséquences. Et [le poste] des Volontaires pour la défense de la patrie est un des postes armés qui restait encore dans cette ville. Du coup, il suffisait tout simplement de déstructurer ce poste et la ville était à eux.

C’est aussi un message pour empêcher les populations d’adhérer massivement à cette dynamique-là qui a porté ses fruits, c’est vrai, dans certaines régions, mais qui dans d’autres, est en train d’exposer au maximum les populations civiles.

Concernant les faits : les premiers groupes armés sont aperçus aux alentours de Solhan vers 21 heures le vendredi et pour des premières confrontations pendant la nuit, vers 2 heures du matin. Est-ce qu’il n’y a pas un problème dans le temps d’intervention des forces de sécurité ?

Il faut remarquer que Solhan est à quelques encablures du Niger, dans une zone assez isolée et d’accès difficile, en tout cas pour les troupes à pied. Il ne restait plus à l’armée burkinabè que les aéronefs. Je ne suis pas dans le secret des dieux pour savoir de quels aéronefs dispose l’armée burkinabè, mais à mon avis, il y a peut-être un problème d’équipements, de logistique qui fait que l’armée n’arrive pas à intervenir à temps.

Mais par le sol, ça allait être difficile, au minimum il faut, pour les troupes, 4 heures de temps pour atteindre cette localité. Sans oublier qu’il y a des mines que ces groupes armés posent pour arrêter la progression des forces de défense et de sécurité. Apparemment, ils ont mis en place une stratégie imparable qui a permis de réussir leur coup.

À lire aussi : Burkina: dans la région du Sahel, des forces de police fatiguées et inquiètes

[Tribune] Mauritanie – « Il n’y a pire ennemi du développement que la mauvaise gouvernance »

|
Mis à jour le 03 juin 2021 à 11h29
 
 

Par  Isselmou Ould Mohamed Taleb

Expert en développement et ancien ministre

Le siège de la Banque nationale de Mauritanie, à Nouakchott.


Le siège de la Banque nationale de Mauritanie, à Nouakchott. © Eric Leblond pour JA

Malgré les grandes richesses du pays, le réseautage, ancré dans les mœurs et de tradition tribale, empêche de construire une administration solide au service de l’État et de l’intérêt général, selon l’expert en développement Isselmou Ould Mohamed Taleb.

Peuplée de 4,5 millions d’habitants et dotée de ressources naturelles considérables, la Mauritanie est pourtant classée parmi les pays les moins avancés, avec la persistance de la pauvreté et un faible développement humain. Pourquoi un tel paradoxe ? Sur le plan culturel, le nomadisme, même s’il est devenu ultra minoritaire imprègne encore les esprits d’une majorité de mes concitoyens.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

L’AVERSION POUR LES PRATIQUES ADMINISTRATIVES SANS NÉGOCIATION NI MARCHANDAGE PERSISTE

C’est une quête incessante des origines, de l’appartenance tribale, de la mobilité et du changement des modalités de fonctionnement. Il en résulte une prédisposition aux frondes sociales, à la remise en cause de l’ordre établi qui aboutissent à une instabilité politique et institutionnelle. C’est aussi une aversion pour la rigidité des principes et pour les pratiques administratives sans négociation ni marchandage.

Rejet de la communication écrite

Sur les plans politique et économique, les conséquences sont très négatives, qu’il s’agisse des choix d’investissements, de la gestion des finances publiques, de l’indépendance de la justice ou de la répartition des richesses. Et ce, en dépit d’un meilleur accès à l’endettement public et de l’exploitation de nouvelles ressources naturelles.

Ce contrôle social et politique hérité du passé a donné naissance à une administration qui repose sur le parrainage. La plupart des cadres font plus confiance à un mentor qu’à leurs efforts pour leur promotion. L’hommage du vice à la vertu a atteint un point tel que le zèle dans le travail est ridiculisé ou considéré comme le reflet d’une certaine faiblesse de caractère ou d’un manque de personnalité.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

IL EXISTE SUFFISAMMENT DE COMPÉTENCES CAPABLES D’ACCOMPAGNER CETTE REMISE À PLAT INSTITUTIONNELLE

Le réseautage trouve son fondement dans des considérations raciales, tribales et politiciennes. Il explique pour une large part le cloisonnement entre les secteurs et les structures publiques, et le manque de liaison en leur sein. En conséquence, l’administration est fragmentée, incompatible avec le respect de l’autorité de l’État et la coordination des interventions publiques. En découle aussi un rejet de la communication écrite.

© GLEZ pour JA © © GLEZ pour JA
La réforme de l’administration en vue d’en faire un instrument au service de la cohésion nationale et du développement apparaît comme incontournable. Contrairement à une opinion répandue, il existe dans le pays, ou dans la diaspora, suffisamment de compétences capables d’accompagner cette remise à plat institutionnelle, une fois la volonté politique acquise.
 

Générations futures

Ce travail indispensable permettra de rétablir la crédibilité de l’État et des institutions, d’assurer une séparation effective et intelligente entre les pouvoirs – plus de transparence dans les processus de prise de décision et de nomination –, d’organiser un système de contrôle efficace et enfin d’appliquer avec célérité, fermeté et visibilité, sanctions et récompenses.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

LE RÔLE DES ÉLITES ÉCONOMIQUES ET POLITIQUES EST ESSENTIEL

Quatre décennies après les efforts louables du père de la Nation – le président Moktar Ould Daddah –, la viabilité de l’État, la légitimité démocratique et la pérennité des institutions restent à reconstruire et à consolider. Le rôle des élites économiques et politiques est essentiel. Celles-ci sont redevables de ces progrès envers elles-mêmes et les générations futures.

Il n’y a pire ennemi du développement que la mauvaise gouvernance. Tout le reste n’est que diversion. Tant que celle-ci trouvera écho auprès de la majorité, la transformation des richesses naturelles en croissance accélérée et en prospérité partagée attendra.