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Problèmes en Afrique subsaharienne

Entre la démission d'Ibrahim Boubakar Keïta, la candidature du Guinéen Alpha Condé pour un troisième mandat et le peu de réaction qu'a suscité le texte de l'Internationale socialiste en soutien à IBK juste après le putsch qui a frappé le Mali cet été, les membres de l'Internationale socialiste s'interrogent sur l'action de leur institution : peut-elle encore défendre les valeurs qui la fondent ? Sait-elle encore influencer la politique menée par ses membres ? Je vous invite à observer comment le rôle joué par l'Internationale socialiste a évolué ces dernières années en Afrique.  

 
AFRIQUE SUBSAHARIENNE
Internationale socialiste en Afrique : c’est la chute finale…
Par Mathieu Olivier

Avec la démission du Malien Ibrahim Boubacar Keïta, l’organisation fondée en 1951 a perdu l’un de ses illustres représentants en Afrique francophone. Le symbole d’un déclin qui semble inexorable.

L’or. Le marbre. Le millier de lustres en cristal. Tout, au cœur de l’Emirates Palace d’Abou Dhabi, est fait pour couper le souffle et écraser le visiteur sous le poids de la magnificence. L’endroit est orgueilleux, à l’image des Émirats arabes unis. Sous la coupole d’une quarantaine de mètres de diamètre qui surplombe le grand hall se croisent touristes, princes et hommes d’affaires. Quelques déracinés aussi.

En ce mois de septembre, un ancien roi d’Espagne y occupe une suite de luxe de 280 mètres carrés, avec jacuzzi et majordome. Juan Carlos Ier a abdiqué en 2014 et s’ennuie ferme, mais il a préféré quitter son royaume, où un scandale de 200 millions de dollars le poursuit. À 82 ans, l’ex-monarque est visé par une enquête judiciaire pour corruption. Il n’en rêve pas moins de rentrer chez lui.

Non loin, un autre client du palace, de sept ans son cadet, prend son mal en patience. Rien ne les rapproche, hormis une chose : lui aussi a abdiqué – c’était le 18 août dernier. Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) se repose désormais, tout en suivant un protocole de soins. Entouré de ses proches, l’ancien président malien a momentanément laissé derrière lui son pays et les militaires qui ont obtenu sa chute.

IBK l’a affirmé à la télévision publique : s’il a rendu les armes, c’est pour « qu’aucun sang ne soit versé ». Le regard plongé dans les immensités marines du Golfe, pense-t-il également à ceux qui l’ont trahi ? En privé, il regrette d’avoir été abandonné par le président français, Emmanuel Macron. Ses mots sont plus durs envers l’ancien socialiste Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères. Quant à ses pairs africains, ils n’ont eu aucun mal à accepter son sort et il en est conscient.

Certes, ses voisins de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ont entamé un bras-de-fer avec les putschistes, poussant à l’instauration d’une transition présidée par un civil. La Cedeao a même obtenu sa libération et son évacuation sanitaire vers ce palace du Golfe. Mais ne fallait-il pas attendre davantage des « camarades » Alpha Condé, Mahamadou Issoufou et Roch Marc Christian Kaboré ? Au lendemain du putsch du 18 août, ces trois présidents, membres comme lui de l’Internationale socialiste (IS), n’auraient-ils pas pu faire plus ?

Le 19 août, l’organisation a bien publié un communiqué réclamant le retour au pouvoir du camarade IBK : « Il est impératif que les dirigeants démocratiquement élus puissent reprendre leurs fonctions. » L’Internationale y affirmait que son secrétaire général, le Chilien Luis Ayala, et le président de son comité Afrique, le Malien Bokary Treta, suivaient de près la situation et n’accepteraient « jamais le renversement par la force des résultats du scrutin démocratique ». Mais le texte est passé inaperçu. « L’IS a fait le minimum syndical », déplore l'un de ses anciens hauts dirigeants africains.

"Impuissance générale"

« Qui a lu ce communiqué ? Si l’Internationale avait pu avoir une quelconque influence sur la situation au Mali et sur l’action d’IBK depuis des années, cela se saurait », glisse un ancien vice-président de l’organisation. À l’en croire, l’impuissance est générale. « En Guinée, le fait qu’Alpha Condé brigue un troisième mandat est contraire à nos valeurs. Mais, en dehors de l’initiative personnelle du président Issoufou, qui a pris position contre les troisièmes mandats, qu’a fait l’IS ? »

Un autre dirigeant s’interroge : « Nous ne sommes pas capables de nous faire entendre quand un de nos membres, en l’occurrence IBK, est renversé. Nous ne sommes pas davantage capables d’influencer un camarade, notamment Alpha Condé. Donc à quoi servons-nous ? » À cette question, notre premier interlocuteur répond : « À rien. L’Internationale n’existe plus, faute d’avoir su se renouveler. »

« Le passé est glorieux, se souvient le socialiste tchadien Saleh Kebzabo. Mais il n’y a pas eu les changements et les débats idéologiques nécessaires, et les grosses pointures ont disparu. » « Chez les Africains francophones, l’influence de l’Internationale ne fait que diminuer. Kaboré, au Burkina, a peu ou prou le même bilan qu’IBK. Il ne reste que Mahamadou Issoufou et Mohamed Bazoum au Niger qui pourraient peut-être porter le flambeau », analyse un ancien vice-président. Symbole de cette lente disparition : le comité Afrique de l’Internationale, censé tenir une rencontre annuelle, ne s’est pas réuni depuis décembre 2017. À l’époque, la Guinée avait annoncé vouloir recevoir la prochaine réunion. Alpha Condé n’a plus donné suite.

Tout a-t-il basculé en 2012 ?

Pour l’Internationale, déjà affaiblie par les Printemps arabes (lire encadré) et par la crise ivoirienne (le cas de Laurent Gbagbo l’a profondément divisée), tout a-t-il basculé en 2012 ? Cette année-là, à la fin du mois d’août, le monde socialiste a pourtant de quoi se réjouir. François Hollande et le Parti socialiste viennent de conquérir le pouvoir à Paris. Les camarades africains se réjouissent, espérant profiter des faveurs d’un « ami » à l’Élysée. Pour ceux qui ont fait leurs classes d’opposants en France, comme Alpha Condé et IBK, il y a de quoi avoir le sourire. Toutes ces années passées à fréquenter les réseaux du parti de la Rose n’auront pas été vaines.

Le socialiste centrafricain Martin Ziguélé se souvient de ses fréquents voyages à Paris. Dès les premières heures du quinquennat Hollande, plusieurs camarades ont particulièrement la cote : Thomas Mélonio, conseiller Afrique du président et ex-Monsieur Afrique du PS (après l’incontournable Guy Labertit, lire encadré), Harlem Désir et son directeur de cabinet, Maurice Braud, Jean-Yves Le Drian et ses collaborateurs, Cédric Lewandowski et Franck Paris. « Il y avait un réseau, mais on est restés sur notre faim », se remémore Martin Ziguélé. « On a vu la Françafrique, mais pas l’Internationale », tranche un ancien vice-président.

« Hollande s’est servi des réseaux socialistes comme d’un carnet d’adresses, mais l’Internationale, en tant qu’institution, n’a pas bénéficié de son élection. Elle a même explosé », ajoute cette dernière source. Le 30 août 2012, alors que s’ouvre le congrès de l’IS au Cap, en Afrique du Sud, Ségolène Royal, vice-présidente de l’organisation, représente le PS français. « Ségo » est un animal politique blessé. Elle vient d’être battue aux législatives dans son fief de Charente-Maritime, par un dissident du PS, Olivier Falorni. C’est au Cap qu’elle espère se relancer. Mais rien ne se passe comme prévu.

Les vrais patrons

À l’IS, les vrais patrons de l’organisation se nomment Geórgios Papandréou, ancien Premier ministre grec, président de l’IS depuis 2005 (il a succédé à António Guterres, actuel patron de l’ONU), et Luis Ayala, socialiste chilien et secrétaire général depuis 1989. Ce dernier a eu tout le temps d’assurer ses contacts – et ses réélections – en s’appuyant sur les partis socialistes d’Amérique du Sud, qui sont grâce à lui les plus nombreux à avoir adhéré à l’organisation.

Il dispose également de bons réseaux au Ghana, grâce au Congrès démocratique national de John Dramani Mahama, et au sein des partis de libération du Mozambique et d’Angola des présidents Filipe Nyusi et João Lourenço. « Avec l’Afrique australe et les Sud-Américains, Luis Ayala est quasiment imbattable », calcule un camarade africain. « Il s’est assuré une sorte de présidence à vie », dénonce un autre. Alors que se clôt le congrès de l’IS le 1er septembre 2012 au Cap, le Chilien triomphe une nouvelle fois. « Ségo » et les Européens, pourtant locomotives historiques de l’organisation, ont échoué à le mettre en minorité.

Excédés, les socio-démocrates allemands prennent une décision : ne plus participer activement – et diminuer leur contribution financière – à l’Internationale socialiste de Luis Ayala, qu’ils considèrent comme une mascarade. Le 22 mai 2013, ils fondent l’Alliance progressiste (AP), un « réseau mondial des partis progressistes ». Officiellement complémentaire de l’IS, l’AP, dont le siège est installé à Berlin, apparaît comme une concurrente directe. Papandréou et Ayala en boudent la cérémonie de lancement, regrettant « que la direction des membres allemands veuille diviser le mouvement mondial des forces progressistes au lieu de les unifier et de les renforcer ».

Nouvelle version allemande

Depuis, l’AP a pris de l’ampleur. La plupart des partis de l’Internationale, sans pour autant déserter la vieille maison, ont adhéré à la nouvelle version allemande. Le Front social démocratique (SDF) camerounais divise ainsi ses forces : son vice-président, Joshua Osih, se rend aux réunions de l’Alliance, tandis que Chantal Kambiwa s’active au sein de l’IS comme vice-présidente. Le PS sénégalais avait quant à lui réussi à placer Ousmane Tanor Dieng (décédé en juillet 2019) à la vice-présidence de l’IS et au bureau de l’AP dès la fondation de cette dernière.

Le Parti pour la démocratie et le progrès (PDP, du Burkina Faso), le NDC ghanéen, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), l’Union socialiste des forces populaires (USFP, Maroc), le Rassemblement des forces démocratiques (RFD, Mauritanie), le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS), le Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC), l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) en RD Congo, l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR, Tchad) ou Ettakatol en Tunisie… Tous ont adhéré à l’AP sans quitter l’IS, du moins pour le moment.

« Les Allemands et leurs alliés suédois mettent le paquet », explique un Africain qui a choisi Berlin. Billets d’avion, hébergement, voire per diem… « Ils veulent tuer l’Internationale socialiste de Luis Ayala », ajoute notre source. Mais le Chilien s’accroche. À Carthagène, en Colombie, lors du dernier congrès de l’IS en 2017, une pétition a circulé à l’initiative de partis européens appelant à sortir de l’impasse et à se rapprocher des progressistes. « Cela a mis Ayala hors de lui », se souvient un participant.

Mais à Carthagène, le Chilien a une nouvelle fois été réélu, son seul challenger, le Sud-Africain Welile Nhlapo, s’étant retiré à la dernière minute. « La candidature était mal ficelée et l’Afrique n’a pas un leadership assez fort pour faire gagner un candidat », déplore Saleh Kebzabo. « On manque de poids lourds. L’Angola ou le Mozambique sont derrière Ayala et l’Afrique du Sud et l’Algérie sont de plus en plus effacées », détaille un ancien vice-président. Le Front de libération nationale (FLN) algérien a en effet déserté l’IS avant de s’en faire exclure à la fin de l’année 2019.

Traversée du désert

« L’IS vit une traversée du désert, y compris sur le plan idéologique. Luis Ayala ne cherche qu’à se maintenir et à profiter de l’agacement des Européens et de l’affaiblissement de la France, qui n’a pas été en mesure de rapprocher les deux camps », résume un cadre africain. « L’affaiblissement de l’IS, c’est d’abord un problème de gouvernance, explique Martin Ziguélé. Tant que Luis Ayala ne prendra pas sa retraite, les progressistes ne reviendront pas. Se maintenir aussi longtemps, c’est une honte pour un socialiste. »

L’Afrique francophone peut-elle jouer un rôle ? « Il est temps de remettre les idées au cœur du mouvement. Et c’est aux Africains de le faire, en sortant d’un socialisme européanocentré. Où peut-on mieux lutter contre les inégalités et pour un meilleur rapport entre l’homme et son environnement que sur le continent, là où le capitalisme effréné fait le plus de mal ? » insiste un socialiste d’Afrique centrale. « Nous voulons être plus présents et nous pouvons sans doute profiter de la tendance multilatérale de l’IS », affirme encore Ziguélé.

Un nom revient régulièrement : celui du Nigérien Mahamadou Issoufou, lequel quittera le pouvoir en février 2021. « Il est déjà président honoraire et peut aspirer à prendre la présidence ou le secrétariat général, estime Saleh Kebzabo. C’est notre dernière carte si l’on veut faire survivre le mouvement et réunir les courants autour de nos idées. »

Mais Zaki [« le lion », en haoussa] souhaitera-t-il plonger dans le panier de crabes et scander, poing levé comme au temps de la splendeur du mouvement ouvrier, « Travailleurs, groupons-nous enfin ? »

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Une nouvelle ère pour la finance africaine

Fragilisé par la pandémie, le secteur financier accélère sa transition numérique. mais doit aussi composer avec la nouvelle concurrence des acteurs des TIC.

 

Confinement et distanciation obligent, les clients des banques ont dû changer leurs habitudes en quelques semaines à peine :

l’agence physique, si elle n’appartient pas encore au passé, se voit désormais délaissée au profit de l’application mobile. © Getty Images 

Siège de la filiale sénégalaise de BMCE Bank of Africa, Dakar. © Arleta CHOJNACKA/CIT’images
 
 

Côte d’Ivoire : à douze jours du scrutin, la présidentielle dans l’impasse

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Mis à jour le 20 octobre 2020 à 11h58
Dans le quartier d'Anono, à Abidjan, des manifestants ont dressé des barricades avec des pneus brûlés, le 19 octobre 2020.

Dans le quartier d'Anono, à Abidjan, des manifestants ont dressé des barricades avec des pneus brûlés, le 19 octobre 2020. © Vincent Duhem

Alors que des incidents ont eu lieu lundi à Abidjan et dans quelques villes ivoiriennes, la Cedeao invite les opposants Henri Konan Bédié et Pascal Affi Nguessan à « reconsidérer leur mot d’ordre de désobéissance civile ».

Comme ses camarades du groupe scolaire André Malraux, dans le centre d’Abidjan, Jean* n’ira pas en classe ce lundi 19 octobre. Avec son uniforme beige et son petit sac à dos, il longe l’échangeur de la Riviera 2 à la recherche d’un woro-woro (taxi collectif) ou d’un gbaka (mini-car) pour rejoindre sa mère qui travaille au CHU de Cocody. Sur le rond-point, dominé par une grande affiche de campagne d’Alassane Ouattara, un bus de la Sotra, la compagnie publique de transport, finit de se consumer. Une petite dizaine de jeunes l’ont incendié.

« Ils étaient neufs. Ils ont bloqué le bus, demandé aux passagers de sortir et en ont racketté certains », raconte un vendeur. Une voiture portant une plaque gouvernementale a aussi payé le prix de leur colère. Un peu plus loin, vers le village d’Anono, des barricades faites de tables et de pneus brûlés ont été érigées. « Alassane Ouattara, c’est fini », lance l’un des manifestants qui, tout au long de la journée, joueront au chat et à la souris avec la police.

Sur le rond-point de l'échangeur de la Riviera 2, à Cocody, un bus de la Sotra a été incendié par les manifestants.
Sur le rond-point de l'échangeur de la Riviera 2, à Cocody, un bus de la Sotra a été brûlé par les manifestants. © Vincent Duhem

Haute tension

À moins de deux semaines de l’élection présidentielle, la tension est montée d’un cran dans certaines localités du pays comme Bonoua, Divo, Dabou ou Kotobi (près de Bongouanou), où la gendarmerie a été saccagée. Plusieurs établissements scolaires d’Abidjan ont fermé leurs portes dans la confusion. La Fédération étudiante et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci) avait préalablement lancé un préavis de grève de 72 heures, avant finalement de suspendre son mot d’ordre.

Circonscrits à quelques quartiers, les heurts d’Abidjan n’ont pas fait de victimes. À Bonoua, en revanche, un jeune homme a perdu la vie, touché par une balle. Des affrontements ont opposé des manifestants qui avaient barré la route principale et les forces de l’ordre.

Samedi, trois personnes sont mortes dans des violences intercommunautaires à Bongouanou, fief de Pascal Affi N’Guessan, situé à 200 km au nord d’Abidjan. Un couvre-feu a été instauré et des médiations ont été organisées, permettant un retour relatif au calme. Toutefois, lundi, certains accès à la ville restaient bloqués par des barrages. « La situation est encore très tendue. Si rien n’est fait, il sera difficile d’organiser une élection ici. À chaque fois qu’il y a des tensions politiques au plan national, elles se transforment sur le plan local en conflits entre communautés », confie un élu. La contestation contre le troisième mandat d’Alassane Ouattara a déjà fait une vingtaine de morts. La distribution des cartes d’électeurs par la Commission électorale indépendante (CEI) a été perturbée dans 16 localités, forçant les autorités à la délocaliser dans l’enceinte de la gendarmerie.

L’opposition désavouée par la Cedeao

Ces événements sont intervenus alors qu’une nouvelle délégation de la Cedeao, conduite par la ministre ghanéenne des Affaires étrangères, Shirley Ayorkor Botchway, achevait sa mission. Après avoir rencontré le chef de l’État ivoirien, le Premier ministre, le ministre de la Sécurité, ainsi que les autres candidats à la présidentielle – Henri Konan Bédié, Affi N’Guessan et Kouadio Konan Bertin –, la Cedeao a publié un communiqué dans lequel elle dit avoir « constaté la méfiance persistante des candidats et acteurs politiques » et « la persistance des points de divergence relatifs au processus électoral ».

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LA MISSION DE LA CEDEAO EXHORTE LE PDCI ET LE FPI À RECONSIDÉRER LA DÉCISION DE BOYCOTTER L’ÉLECTION

La mission a également « exhorté les candidats du PDCI [Parti démocratique de Côte d’Ivoire] et du FPI [Front populaire ivoirien] à reconsidérer sérieusement la décision de boycotter l’élection et l’appel à leurs partisans à se lancer dans la désobéissance civile pour protester contre le processus électoral » et les a encouragés à plutôt « œuvrer de façon sérieuse pour parvenir à un consensus puisqu’ils pourraient ne pas être en mesure de contrôler les excès qui résulteraient de leur appel ».

À la sortie de sa rencontre avec le Premier ministre, Hamed Bakayoko, la cheffe de la diplomatie ghanéenne a également appelé les militants de l’opposition à ne pas se laisser utiliser « pour perpétrer des actes de violence, comme le blocage des routes ». « Ce sont des activités criminelles. En démocratie, si le peuple doit pouvoir s’exprimer, c’est à travers le vote », a-t-elle poursuivi, écartant l’hypothèse d’un report du scrutin.

Des déclarations qui sonnent comme une forme de désaveu pour l’opposition, dont les principaux leaders doivent se réunir de nouveau. Dimanche, Bédié avait sollicité « l’implication personnelle » du secrétaire général des Nations unies, António Guterres, « dans la résolution de la grave crise politique qui secoue encore [le] pays », accusant Alassane Ouattara de ne vouloir « écouter personne » et de refuser « tout dialogue ».

« L’opposition est prise à son propre piège. Elle incite indirectement à la violence et à des modes d’action illégaux. Et pour tout le monde, le recours à la violence est une ligne rouge », estime un diplomate en poste à Abidjan.

Ouattara à l’offensive

Conforté dans sa position par la diplomatie ouest-africaine, le président ivoirien poursuit sa campagne. S’il n’effectuera au total que deux meetings, il a rencontré dimanche la chefferie traditionnelle à Man. Comme à Bouaké deux jours plus tôt, le chef de l’État a alors tancé ses adversaires.

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LES CHANCES DE VOIR LES POSITIONS DE BÉDIÉ ET DE OUATTARA SE RAPPROCHER S’AMENUISENT

« Nous sommes quatre candidats, mais il y en a deux qui hésitent encore. On me dit qu’ils n’ont pas assez d’argent pour la campagne. On va demander au ministre des Finances de leur faire crédit. Ils parlent de dialogue, hier le Premier ministre les a conviés au dialogue, mais tous ne sont pas venus […]. Ils savent que s’ils viennent aux élections, ils seront largement battus. Ils seront humiliés et c’est ça qu’ils essaient d’éviter », a-t-il lancé.

Une preuve supplémentaire que si le contact indirect avec Bédié n’est pas rompu, les chances de voir les positions se rapprocher s’amenuisent de jour en jour. À douze jours de l’élection, le temps du dialogue est-il révolu ?

Mali: les habitants de Farabougou toujours cloîtrés chez eux par crainte des jihadistes

Image satellite du village de Farabougou, dans le centre du Mali.
Image satellite du village de Farabougou, dans le centre du Mali. Google Map
Texte par :RFISuivre
2 mn

Depuis plus d’une semaine, le village de Farabougou, dans la région de Ségou, est coupé du monde, encerclé par des hommes armés qui en interdisent l’entrée. Des tentatives de médiation ont été entreprises avec des notabilités locales, mais les habitants restent toujours cloîtrés chez eux.

« L’armée est déjà parvenue à un hameau, à environ dix kilomètres de notre village. Ils vont venir. » Cet habitant de Farabougou, qui communique avec l’extérieur grâce à son téléphone, se veut confiant, mais il n’ose toujours pas sortir du village. Il craint la présence des « jihadistes » – c’est ainsi qu’il désigne les hommes armés qui ont attaqué Farabougou il y a plus d’une semaine et empêchent depuis ses habitants d’en sortir. Les villageois joints au téléphone font état d’au moins six personnes tuées et neuf enlevées la semaine dernière.

Selon la primature, l’armée malienne a pourtant effectué des battues ces derniers jours, et mis en place une surveillance aérienne. « C’est désert », affirme cette source, qui explique que c’est l’impraticabilité des routes, à cause des pluies, qui constitue aujourd’hui la plus grande difficulté pour accéder à Farabougou. Un convoi a été préparé pour apporter de la nourriture et de l’argent aux habitants.

Chasseurs dozos

En attendant, les notables de la zone – maires, chefs de village, responsables communautaires et religieux – tentent de trouver ensemble une issue pacifique à la situation. Des chasseurs dozos seraient en effet tentés de prendre les armes, selon un chef traditionnel local.

Plusieurs notables de la zone expliquent enfin que la peur incite de nombreuses familles des villages alentours à se réfugier dans des communes plus éloignées.

Togo: après huit mois de silence, l’ANC appelle à la remobilisation

Jean-Pierre Fabre, candidat de l’ANC, lors du vote pour la présidentielle du 22 février 2020.
Jean-Pierre Fabre, candidat de l’ANC, lors du vote pour la présidentielle du 22 février 2020. RFI/Pierre Firtion
Texte par :RFISuivre
2 mn

Plus de huit mois de silence après la débâcle du 22 février, l’Alliance nationale pour le changement au Togo appelle à la remobilisation. Lors de son conseil national, les dirigeants du parti ont appelé, mercredi 14 octobre, à reprendre la lutte, ayant comme objectif l’alternance et le changement.

Avec notre correspondant à Lomé,  Peter Sassou Dogbé

En faisant le bilan de dix ans d’existence et huit mois de silence, après la débâcle de la présidentielle du 22 février, l’Alliance nationale pour le changement (ANC) redresse la barre.

Selon Jean-Pierre Fabre, reconduit à la tête du parti, il faut remobiliser les troupes. « Nous avons payé cher la solidarité de groupe, il faut désormais savoir trouver les partenaires sérieux, au sein de l’opposition, sur des actions unitaires », a-t-il souligné.

« Je crois que nous ne disons pas suffisamment assez que nous faisons face à une dictature militaire à façade civile. Je veux changer le système qui régente ce pays depuis des lustres », a ajouté Jean-Pierre Fabre.

« Rien ne permet de dire qui est le vainqueur de la présidentielle du 22 février. Les conditions dans lesquelles cette élection s’est déroulée n’étaient pas bonnes », a affirmé le président de l’ANC.

Le combat reste donc entier face au pouvoir : rester disponible à toute discussion sur le cadre de vie des Togolais et l’amélioration du cadre électoral.

« Nous devons nous battre pour avoir des institutions impliquées dans les élections qui soient à même de dire la vérité des urnes. Plus que jamais, l’ANC va être présente dans la lutte, sur tous les plans, dans le but de faire bouger les choses », a de son côté déclaré Patrick Lawson, Premier vice-président du parti.

Plus réaliste et plus soudée est la nouvelle donne, alors que les petites libertés dans le pays sont en train d’être restreintes par le pouvoir.