Témoignages

 

[Exclusif] Mauritanie – Mohamed Ould Ghazouani : « Je ne suis pas juge pour dire si Mohamed Ould Abdelaziz est coupable ou non »

| Par - envoyée spéciale à Nouakchott
Mohamed Ould Ghazouani, lors de l’entretien avec Jeune Afrique, le 23 juillet à Nouakchott.
Mohamed Ould Ghazouani, lors de l'entretien avec Jeune Afrique, le 23 juillet à Nouakchott. © Watt Abdel Jelil

« L’affaire Aziz », le coup d’État au Mali, la disparition d’Idriss Déby Itno, la prochaine visite de Mohammed VI, le retrait de Barkhane, la gestion de la Snim… Sur toutes ces questions, le président mauritanien s’exprime pour la première fois.

S’il est vrai que le pouvoir change un homme, il a en tout cas révélé Mohamed Ould Ghazouani. La personnalité de cet ancien chef d’état-major des armées qui avait jusqu’ici préféré vivre à l’ombre des casernes était nimbée de mystère.

Certes, il était très respecté, son défunt père, Cheikh Mohamed Ahmed Ould El Ghazouani, ayant été le chef d’une grande et influente confrérie soufie de l’est de la Mauritanie. Mais ses intentions comme son caractère demeuraient indéchiffrables. Au point que lorsque sa candidature a été soutenue, en mars 2019, par son proche ami, le président Mohamed Ould Abdelaziz, beaucoup ont pensé qu’ils dirigeraient ensemble le pays, voire que le nouveau venu en politique recevrait directement des ordres de son mentor.

Pourtant, ce général à la retraite, élu trois mois plus tard, s’est vite imposé. Il a apaisé les tensions avec l’opposition, a fait revenir au pays Mohamed Ould Bouamatou et Moustapha Chafi, les ennemis jurés de son prédécesseur, et, surtout, a laissé une Commission d’enquête parlementaire faire un audit des deux mandats d’Aziz.

Aujourd’hui, l’ancien tout-puissant chef de l’État est poursuivi pour, entre autres, corruption et blanchiment d’argent. En résidence surveillée depuis août 2020, il a été placé en détention préventive en juin dernier dans une villa sécurisée située au sein de l’École de police de Nouakchott. Il ne baisse pas les bras pour autant et continue de clamer son innocence.

Mohamed Ould Ghazouani devra limiter les conséquences politiques de cet épineux dossier – en cours d’instruction – sur son premier mandat. Et concrétiser rapidement ses promesses de changement car, confrontés à une crise économique amplifiée par la pandémie de Covid-19, les Mauritaniens s’impatientent.

Ce 23 juillet, le chef de l’État nous a reçus dans son vaste bureau, situé au troisième étage du Palais présidentiel, où il a longuement répondu à nos questions. Entretien.

Jeune Afrique : Le 9 juillet dernier, Mohamed Bazoum, le président nigérien, a critiqué la prise du pouvoir au Mali par les militaires. Le colonel Assimi Goïta est-il légitime ?

Mohamed Ould Ghazouani : Le président Bazoum a explicité sa déclaration, je n’ai rien à ajouter à ce sujet. Le Mali se trouve dans une situation exceptionnelle, qui résulte d’un coup d’État. La légitimité du colonel Goïta ne devait être évaluée que par les Maliens : l’institution chargée de donner son avis a considéré qu’il devait assurer la présidence de la transition. Cette dernière doit déboucher sur un retour à l’ordre constitutionnel. J’ai confiance en l’intelligence des Maliens pour que ce processus se déroule dans les délais impartis.

Assimi Goïta vous a-t-il donné des garanties ?

Oui, nous avons d’ailleurs échangé plusieurs fois par téléphone.

Emmanuel Macron a-t-il eu raison de mettre fin, en juillet, à l’opération Barkhane et de procéder au redéploiement de la présence militaire française au Sahel ?

De l’opération Serval (2013-2014) jusqu’à l’opération Barkhane, la France a beaucoup accompagné le Sahel. Elle a été très présente sur le plan sécuritaire et a contribué à mobiliser des financements en faveur du développement du G5 Sahel. En redéployant son dispositif, elle cherche avant tout à l’adapter à la nature changeante de la menace terroriste. La France ne ménagera pas ses efforts pour continuer à nous épauler, je n’en doute pas.

Justement, face à cette nouvelle menace le G5 Sahel est-il encore efficace ?

Oui. Je ne vois pas en quoi il ne le serait pas. N’oublions pas que c’est une organisation assez récente dans la sous-région.

Il y a des maillons faibles…

Il y en a dans tout dispositif. L’essentiel est que nous ayons tous la volonté d’aller de l’avant, et c’est ce que nous faisons.

Vous avez annoncé un renforcement de l’engagement de la Mauritanie au sein du G5 Sahel, par le biais d’opérations conjointes avec le Mali. Ont-elles commencé, et vos forces se déploieront-elles en territoire malien, ce que votre prédécesseur avait toujours refusé ?

La Mauritanie fait partie du fuseau-ouest, qui inclut le Mali. Des opérations ont été effectivement planifiées et exécutées. Je ne souhaite pas donner davantage de détails, pour des raisons que vous comprendrez aisément.

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APRÈS LA DISPARITION D’IDRISS DÉBY ITNO, IL A FALLU COMBLER LE VIDE LE PLUS VITE POSSIBLE. »

En avril, vous avez mené des consultations au Tchad, après le décès d’Idriss Déby Itno. L’arrivée au pouvoir de Mahamat Idriss Déby s’est-elle fait dans des conditions démocratiques ? 

Le président Déby a disparu soudainement, et cette disparition ne pouvait pas rester sans conséquences sur le G5 Sahel, pour lequel il s’est tant investi. Une fois passée la consternation, les Tchadiens ont mis en place un dispositif de transition. Je suis de ceux qui pensent qu’il fallait combler le vide le plus vite possible. Nous souhaitons désormais que cette transition mène à des élections, d’ici à dix-huit mois, comme cela a été convenu.

Mohamed Ould Ghazouani et Emmanuel Macron, lors du sommet sur le financement des économies africaines,
le 18 mai à Paris. © Ludovic MARIN / POOL / AFP

Venons-en à la Mauritanie. On vous reproche de travailler avec les équipes de vos prédécesseurs. Pourquoi continuez-vous à gouverner avec cette classe politique ?

Cette catégorisation est assez artificielle et pas très pertinente. Alors que nous recherchons la compétence et l’expérience, nous nous priverions d’au moins 80% des cadres mauritaniens si nous étions dans cette logique. Ce ne serait dans l’intérêt de personne, et surtout pas du pays. On n’exclut pas des hommes et des femmes au seul motif qu’ils ont, à moment donné, travaillé avec un de nos anciens régimes. Cela n’empêche pas d’introduire de nouveaux visages, ce que nous continuons à faire.

Lors de votre campagne, vous aviez promis aux Mauritaniens de faire de la justice sociale et de l’éducation vos priorités. Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de ne pas agir assez vite ?

Je ne pense pas que rien n’a été fait jusqu’à présent, au contraire ! Nos efforts sont permanents. Nous avons réalisé beaucoup de choses importantes en dépit du contexte particulièrement difficile dû à la pandémie de Covid-19 et à ses conséquences sociales, sanitaires et économiques désastreuses. Nous sommes conscients qu’il faut réduire les disparités sociales, qui subsistent. C’est pourquoi nous avons créé la Délégation générale Taazour, qui a déjà mis en place des programmes de solidarité très ambitieux.

Quant à l’éducation, nous en avons fait un vaste chantier dès notre arrivée. Plusieurs réformes, dont la dernière remonte à 1999, n’avaient jamais été mises en œuvre correctement. Un Conseil national de l’éducation a été créé et une loi doit être votée d’ici à la fin de l’année.

Quand nous sommes arrivés, nous manquions cruellement d’effectifs ; nous avons recruté 6 000 enseignants en deux ans. Nous manquions également de 5 000 salles de classe ; 2 000 sont en cours de construction. Le budget alloué à l’éducation, en termes de masse salariale, est passé de 48 milliards d’anciens ouguiyas [112 millions d’euros] à 63 milliards.

Répondrez-vous à la demande de l’opposition, qui réclame l’organisation d’un dialogue national ?

Lorsque l’on parle de dialogue national, on a aussitôt tendance à croire que l’on se trouve face à une situation de crise. Or, ce n’est pas le cas en Mauritanie. Nous avons déjà fait une ouverture en direction de l’opposition et de la société civile.

Il est possible d’avoir des visions et des programmes différents, et de se retrouver pour s’écouter les uns les autres. Plutôt qu’un dialogue, nous devons organiser des échanges et souhaiter qu’ils débouchent sur des conclusions positives, que nous n’aurons aucun complexe à mettre en œuvre.

Pourquoi avoir autorisé le retour, à Nouakchott, de l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou et de Moustapha Chafi, l’ancien conseiller de Blaise Compaoré ?

Dès l’instant où la justice a abandonné les poursuites à leur encontre, il est devenu tout à fait naturel qu’ils rentrent au pays. Ils vivent ici en tant que citoyens libres de leurs mouvements.

Comment solder « le passif humanitaire », né des disparitions et des expulsions de Mauritaniens noirs entre 1989 et 1991 ?

Ce que l’on appelle chez nous le passif humanitaire découle d’une situation que tous les Mauritaniens déplorent. On ne peut pas toujours remettre ce dossier sur la table en disant que rien n’a été fait. Il y a eu des indemnisations. Nous sommes néanmoins disposés, s’il y a encore des manquements, à faire davantage.

Maaouiya Ould Taya, qui était président à cette époque, vit toujours en exil au Qatar. Son retour est-il envisageable, et confirmez-vous lui avoir parlé après votre investiture ?

C’est inexact, nous ne nous sommes pas parlé. Son retour n’a jamais été envisagé, ni par lui, ni par moi. Le fait que Maaouiya Ould Taya ne soit pas en Mauritanie aujourd’hui résulte de sa propre volonté. Le jour où il décidera de revenir, il reviendra certainement.

En mai dernier, vous avez nommé au poste de ministre de l’Enseignement supérieur Amal Sidi Cheikh Abdallahi, la fille de l’ex-président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, que vous aviez contribué à renverser en 2008. Est-ce un signe d’apaisement envoyé à sa famille ?

Il faut plutôt y voir un message envoyé à la femme, voire à la jeunesse. On ne nomme pas une personne parce que son père est un ancien président, mais parce qu’on estime qu’elle a les qualités requises.

Aviez-vous rétabli le dialogue avec son père, avant son décès en novembre 2020 ?

Je n’aime pas parler des gens qui ne sont plus parmi nous… Même si, à un moment donné, nous avons eu des divergences concernant la gestion du pays, celles-ci ne m’ont jamais empêché d’avoir du respect et de la considération pour sa personne.

Votre début de mandat est en partie perturbé par ce qui est devenu « l’affaire Aziz ». Votre prédécesseur, Mohamed Ould Abdelaziz, clame son innocence et demande à ce qu’on lui fournisse des preuves de ses malversations. De quels éléments concrets dispose la justice ?

Vraiment, je ne sais pas. Je m’interdis en effet, depuis mon accession au pouvoir, de m’intéresser aux dossiers qui se trouvent entre les mains de la justice. Le rapport de la Commission d’enquête parlementaire a été transmis à la justice. L’indépendance du pouvoir judiciaire ne m’autorise pas à parler de ce dossier.

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SI J’AVAIS DÛ LAISSER QUELQU’UN EXISTER, ÇA AURAIT ÉTÉ L’ANCIEN PRÉSIDENT OULD ABDELAZIZ. »

Êtes-vous personnellement convaincu de sa culpabilité ? 

Je ne suis pas juge, pour dire s’il est coupable ou non.

Ould Abdelaziz ne cesse de dénoncer un règlement de comptes politique et vous accuse d’être à la manœuvre. La Commission d’enquête aurait été, selon lui, créée par des députés qui vous sont proches, dont votre beau-fils.

Depuis mon arrivée au pouvoir il n’y a pas eu d’élections législatives, les dernières remontent à 2018. Donc on ne peut pas dire que ces députés m’étaient particulièrement proches, même si je me réjouis aujourd’hui de ma majorité. Les Mauritaniens savent très bien dans quelles conditions la Commission d’enquête parlementaire a vu le jour. Je ne pense pas que l’on puisse me reprocher d’avoir interféré ni dans sa création, ni dans la conduite de ses enquêtes.

Alors qu’Ould Abdelaziz a quitté ses fonctions à l’issue de son second mandat, conformément à la Constitution, de nombreux observateurs estiment que ses ennuis judiciaires pourraient pousser certains présidents à s’accrocher au pouvoir…

Je ne connais aucun président qui demande une immunité éternelle. Le fait d’avoir peur de la justice ou de rendre des comptes n’est pas le meilleur moyen de développer et d’approfondir la démocratie dans nos pays.

Vous avez été très proche de votre prédécesseur pendant près de quarante ans. À quel moment cette amitié s’est-elle fissurée ?

Je préfère ne pas parler de mes sentiments. Cela reste personnel.

Une fois élu, auriez-vous été prêt à travailler avec lui ?

Même si, là encore, cette question est d’ordre personnel, je vous réponds. Si j’avais dû laisser quelqu’un exister, ça aurait été lui. Je pense qu’un ancien chef d’État doit conserver un grand prestige et jouir de la considération de tous, dans son pays comme à l’étranger. Et le président en exercice est le premier à devoir lui témoigner ces égards.


Lors de l’entretien avec Jeune Afrique, le 23 juillet. © Watt Abdel Jelil

Mohamed Ould Abdelaziz était proche du Polisario. Vous-même continuez à recevoir ses émissaires, comme Bachir Mustapha Sayed, le ministre conseiller des Affaires politiques, en mars. La Mauritanie entend-elle rester neutre ?

C’est la position que la Mauritanie a adoptée depuis qu’elle est sortie du conflit. Elle a souhaité entretenir de bonnes relations avec toutes les parties. Cette « neutralité positive » doit être mise à profit pour tenter de rapprocher les points de vue et de trouver une solution.

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MOHAMMED VI A ÉTÉ CONVIÉ À SE RENDRE CHEZ NOUS ET IL A ACCEPTÉ. »

Après cette visite, votre ministre des Affaires étrangères n’a pas été reçu par le roi Mohammed VI. Des tensions ont-elles ressurgi avec le Maroc ?

Nos relations avec le royaume sont exemplaires. Mes échanges avec Sa Majesté le roi sont multiples, aussi bien par correspondance que par téléphone. Il m’a même invité à me rendre au Maroc, ce que j’ai accepté. Lui aussi a été convié à se rendre chez nous et il a également accepté. Nous avons chargé un service diplomatique de coordonner l’organisation de ces visites.

Vous êtes réputé proche des milieux militaires algériens et étiez notamment ami avec le chef d’État-major Ahmed Gaïd Salah [décédé en décembre 2019]. Vos relations ne sont-elles pas plus fluides avec Alger qu’avec Rabat ?

Certes, lorsque j’étais chef d’État-major de l’armée mauritanienne, je me rendais assez souvent en Algérie, et notamment à Tamanrasset, pour assister à des réunions du Comité d’état-major opérationnel conjoint (Cemoc), chargé de lutter contre le terrorisme. Cela dit, nos relations sont aussi fluides avec le Maroc qu’avec l’Algérie.

Vous avez rétabli vos relations diplomatiques avec le Qatar. Sur quels points précis ont porté les négociations ?

Nous avons décidé d’un commun accord de rétablir nos relations bilatérales et nous l’avons fait. C’était plus simple que vous ne le pensez.

Un rapprochement avec Israël est-il envisageable ?

Nous sommes tenus de prendre en considération la volonté du peuple mauritanien, très attaché à la question palestinienne. Il considère qu’il n’y a pas de solution sans État palestinien, avec comme capitale Jérusalem-Est. Le peuple palestinien doit recouvrer ses droits à l’indépendance et à la création d’un État souverain. C’est une question de justice.

Aujourd’hui, le cours du fer est au plus haut, et les résultats de la Société nationale industrielle et minière (Snim) sont excellents. Sa gouvernance et son management sont-ils pour autant meilleurs qu’hier ?   

La Snim est une entreprise importante pour notre pays. Elle connaît des problèmes, il y a des goulots d’étranglement au niveau de sa production. La conjoncture est bonne, mais le prix du fer n’est pas le seul paramètre pour juger de ses performances.

Elle peine en effet à améliorer sa production, qui stagne autour de 11 millions de tonnes depuis sa nationalisation, en 1973… 

Non, celle-ci augmente. En 2019, elle a atteint 12 millions de tonnes et, en 2020, 12,5 millions. Cette année, nous visons 13 millions. La tendance est bonne, mais je ne vous cache pas que les conditions sont difficiles. L’usine de Guelb II, à Zouérate, qui aurait dû produire 4 millions de tonnes de minerai, n’en fournissait à notre arrivée que 1 million. Aujourd’hui, elle en produit 2,5 millions.

Nous sommes également confrontés à un problème de ressources humaines, la relève n’ayant pas été préparée. Nous essayons, par ailleurs, de mettre à profit la conjoncture pour anticiper le paiement de la dette de la Snim. Celle-ci est prête à payer ses créanciers à l’avance. Enfin, son outil de production est assez vétuste et nous voulons le moderniser.

Alors que votre pays pourrait vivre quasi-exclusivement de la pêche, ce secteur est encore peu valorisé. Pourquoi ? 

Effectivement, la Mauritanie dispose d’importantes ressources halieutiques, tant en quantité qu’en qualité. La nouvelle stratégie adoptée en 2015 est bonne, mais son application n’est pas exempte de défauts, par exemple en matière de surveillance du domaine maritime.

Par ailleurs, nos ressources sont vendues et exportées à l’état brut, ce qui ne va pas dans le bon sens. Pour améliorer la transformation et le stockage, nous essayons d’attirer les investisseurs, nationaux comme étrangers.

L’exploitation, conjointe avec le Sénégal, du champ gazier de Grand Tortue-Ahmeyim doit débuter en 2023. Comment pouvez-vous rassurer les Mauritaniens sur la bonne gestion de ces nouvelles ressources ?   

Le président Macky Sall et moi-même tenons à ce que tout se passe en totale concertation. Il s’agit d’un projet stratégique pour nos deux pays. Tout sera mis en œuvre pour que l’accompagnement de nos administrations ne fasse pas défaut, que nos partenaires, BP et Kosmos, soient rassurés, et que ces revenus puissent profiter au développement de nos pays respectifs.


Le président sénégalais Macky Sall et son homologue mauritanien Mohamed Ould Ghazouani, à Nouakchott, le 17 février. © Présidence du Sénégal

La pandémie de Covid-19 a-t-elle modifié la manière dont vous abordez les défis économiques et sociaux de votre pays ?  

Naturellement. Elle nous a beaucoup affecté, mais aussi beaucoup appris. Nous étions de ceux qui étaient les moins outillés pour y faire face. Notre système de santé n’était pas du tout préparé en raison du manque d’investissements. Au début de la pandémie, nos hôpitaux ne pouvaient guère accueillir plus de 12 patients en réanimation ; aujourd’hui, nous disposons de 348 places. Nous estimons avoir bien réagi, aussi bien par la sensibilisation des populations que par la création de structures telles que le Fonds de solidarité, géré par une commission impliquant l’État et la société civile.

Nous avons essayé de soutenir la frange la plus fragile de la société en distribuant des cash-transferts et en mettant à sa disposition des denrées alimentaires. Face à la troisième vague, un hôpital où ne seront traités que des patients atteints du Covid va ouvrir ses portes et, dans toutes les structures médicales, des salles leur seront réservées.

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NOS PARTENAIRES DU G5 SAHEL DOIVENT NOUS AIDER À COMBLER LE DÉFICIT ENGENDRÉ PAR NOTRE EFFORT DE GUERRE. »

Continuez-vous de plaider en faveur d’une annulation de la dette des pays du G5 Sahel ?

Ces pays font face à un double défi : la menace sécuritaire et le développement. Or, notre engagement en matière de lutte antiterroriste s’est fait aux dépens de secteurs vitaux tels que la santé ou l’éducation. Nous ne demandons pas à nos partenaires de financer notre effort de guerre mais de nous aider à combler le déficit qu’il engendre.

Notre endettement est devenu insupportable. C’est pourquoi nous plaidons pour l’effacement de la dette. Nous sommes reconnaissants au G20 de nous avoir accordé un moratoire pour les années 2020 et 2021, mais ce n’est pas suffisant.

Briguerez-vous un nouveau mandat, en 2024 ?

C’est encore loin ! La priorité est mon mandat actuel. Si j’annonçais ma candidature, cela créerait un climat de campagne, et non de travail.

Vous êtes un militaire de carrière. Depuis quand nourrissiez-vous l’ambition d’être président ?

Je ne l’avais jamais planifié.

Une opportunité s’est donc présentée à vous ?

On peut dire cela, même s’il est difficile de réduire une élection présidentielle à une simple opportunité.

Allez-vous prendre des vacances ?

En août, nous essaierons de nous organiser, au gouvernement, afin que ceux qui n’ont pas pris de congés depuis deux ans puissent partir en vacances. Les nouveaux venus patienteront. Pour ma part, si je dois m’absenter, ce ne sera pas long.

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Ses funérailles ont eu lieu le 3 août 2021

tout près de la maison dans laquelle il résidait

Spike Lee : les racines de l’hypocrisie

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Par  Georges Dougueli

Journaliste spécialisé sur l'Afrique subsaharienne, il s’occupe particulièrement de l’Afrique centrale, de l’Union africaine et de la diversité en France. Il se passionne notamment pour les grands reportages et les coulisses de la politique.

(@GDougueli)

Le président du jury Spike Lee pose pour les photographes à son arrivée à la première du film ‘Benedetta’ lors du 74e festival international du film, à Cannes, dans le sud de la France, vendredi 9 juillet 2021.

Le président du jury Spike Lee pose pour les photographes à son arrivée à la première du film 'Benedetta'
lors du 74e festival international du film, à Cannes, dans le sud de la France, vendredi 9 juillet 2021. © Vadim Ghirda/AP/SIPA

D’ascendance camerounaise selon les résultats de tests ADN, le cinéaste américain Spike Lee se rendra dans le pays de ses ancêtres en janvier.

Tout a commencé par un peu de salive dans une éprouvette adressée à un laboratoire spécialisé. Les scientifiques ont pu extraire l’ADN du demandeur, puis l’ont fait « parler » en le comparant à d’autres échantillons dans une base de données pour en retracer l’histoire. Et voilà Shelton Jackson Lee, dit Spike Lee, né en Georgie en 1957, qui a grandi à Brooklyn, dans le quartier de Fort Greene, parti à la recherche de cette contrée africaine d’où ses ancêtres furent arrachés pour être déportés en Amérique.

Voyage initiatique

Comme pour l’ex-secrétaire d’État Condoleezza Rice, qui a effectué la démarche  avant lui, le résultat indique le golfe de Guinée, à l’emplacement du Cameroun actuel. Ne restait plus qu’à entreprendre le voyage initiatique. Mis au parfum, Yaoundé l’a invité, le 2 juillet, à l’ambassade du Cameroun à Paris, alors qu’il était en route pour la Croisette, où il devait présider le Festival de Cannes.

Reçu avec les honneurs, il a dégusté des plats nationaux et dansé sur du Manu Dibango… Et ce n’était qu’un début. La présence du réalisateur est « annoncée au Cameroun en janvier 2022 », a exulté Cameroon Tribune, le quotidien gouvernemental du pays qui organise à cette même période la Coupe d’Afrique des nations de football (CAN).

Et c’est là que le retour aux sources emprunte des chemins tortueux.

Refus de la différence

D’abord, la plupart de ces visiteurs n’en demandent pas tant. Les Africains-Américains en quête d’identité ont besoin de se reconnecter au continent dans l’intimité, dans le recueillement et la dignité du silence. On leur doit bien ça.

Les descendants d’esclaves sont marqués du sceau d’une ignominie qui transcende les générations et résiste à l’épreuve du temps. Que des laboratoires et des voyagistes se servent de cette quête pour faire du profit est aussi critiquable que peut l’être le capitalisme. Mais que ces voyages soient transformés en opérations marketing pour hommes et femmes politiques en mal de visibilité internationale est, pour dire le moins, de très mauvais goût.

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DANS CE PAYS QU’IL VEUT FAIRE SIEN, SPIKE LEE SERAIT CLASSÉ COMME ANGLOPHONE

Les intéressés ne sont pas dupes. Mais combien de temps encore vont-ils devoir fermer les yeux sur les maux qui minent le continent de leurs ancêtres ? Combien de temps Spike Lee va-t-il s’interdire de voir que, dans ce pays qui se propose de l’accueillir dans sa citoyenneté, la loi interdit d’en posséder une deuxième, et que le gouvernement maintient cette loi – quitte à devoir lui-même la violer – pour mieux « tenir » sa diaspora ?

Dans ce pays qu’il veut faire sien, Spike Lee serait classé comme anglophone et, de ce fait, se retrouverait concerné par les affaires de cette communauté, qui, se disant discriminée, a pris les armes pour faire sécession.

Combien de temps encore vont-ils tous devoir ne rien dire, comme le héraut guadeloupéen de l’antiracisme français, Lilian Thuram, accueilli sans test ADN par les Douala de la côte camerounaise et qui a réussi à boucler son séjour sans se prononcer sur le fait que racisme et tribalisme puisent leur énergie à la source du refus de la différence.

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CE CINÉASTE ENGAGÉ DEVRA REGARDER EN FACE LE CONTINENT DE SES ANCÊTRES SANS RIEN CONCÉDER

Ce qui explique pourquoi un Igbo du Nigeria peut voter à Lagos mais se heurte aux préjugés s’il prétend à une charge publique, Lagos étant considérée comme une terre yoruba qui a vocation à n’être représentée que par des Yoruba… Ou qu’un Barack Obama, descendant de la minorité luo du Kenya, puisse être élu président des États-Unis alors que Raila Odinga échoue à conquérir la présidence du Kenya parce qu’il est lui-même… luo.

Communauté de valeurs

Spike Lee sait qu’il ne suffit pas de traverser l’Atlantique dans le sens du retour pour se retrouver « chez soi ». Pas plus que de partager un pourcentage de patrimoine génétique. Encore faut-il pouvoir construire auprès des cousins d’Afrique une communauté de valeurs. Il le sait, lui qui a un ADN de cinéaste militant avec un passé antisystème jalonné d’œuvres aussi iconoclastes que Do the Right ThingJungle Fever ou Malcolm X, produits à l’écart de Hollywood.

Il s’est même déjà pris les pieds dans le tapis rouge des pouvoir africains :  en 2013, sous la pression de la société civile gabonaise, il dut renoncer à une invitation au New York Forum Africa qui se tenait à Libreville sous l’égide de la présidence.

Cinéaste et documentariste engagé, authentique militant des droits humains, Spike Lee devra regarder en face le continent de ses ancêtres sans rien concéder à la vérité. L’Afrique des peuples mérite la sincérité.

Quelques photos prises lors d'une visite aux personnes déplacées du Sahel

à cause du terrorisme

dans les faubourgs de Ouagadougou

 

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Mali : Abdoulaye Diop, le diplomate au cœur du dispositif d’Assimi Goïta

| Par 
Abdoulaye Diop, le ministre malien des Affaires étrangères à l’ONU, en 2016.

Abdoulaye Diop, le ministre malien des Affaires étrangères à l'ONU, en 2016. © Luiz Rampelotto/EuropaNewswire/SIPA

Le ministre malien des Affaires étrangères est l’un des acteurs de premier plan de cette dernière phase de transition. Et le chef de l’État, Assimi Goïta, espère bien bénéficier du carnet d’adresses de ce diplomate chevronné pour redorer son image sur la scène internationale.

Il était sur le point d’être nommé secrétaire exécutif du G5 Sahel quand son téléphone a sonné. Au bout du fil, une proposition pour le poste de ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale. Pour la seconde fois de sa carrière, Abdoulaye Diop accepte ce poste, malgré le contexte si particulier de crise politique et institutionnelle mettant en cause la légitimité d’Assimi Goïta et de son Premier ministre Choguel Maïga sur la scène internationale.

Dès sa prise de fonction, ce diplomate qui d’ordinaire prend soin d’arrondir les angles pour ne pas contrarier ses interlocuteurs, n’a laissé aucune place aux potentielles polémiques relatives à sa nomination. Et fait savoir qu’il n’avait pas accepté le prestigieux maroquin pour faire de la politique, mais pour répondre à la mission qui lui a été confiée. « La diplomatie ne peut que vendre ce qui se fait dans le pays, a-t-il déclaré le 16 juin, à la sortie de la première session extraordinaire des ministres pilotée par le chef du gouvernement. Nous comptons très humblement nous insérer au sein de cette équipe gouvernementale, adopter ses objectifs et rassurer la communauté internationale ».

VRP

Se positionnant dès sa prise de fonction comme le VRP du président Assimi Goïta, Abdoulaye Diop est allé à la rencontre du corps diplomatique installé à Bamako. Lors de ces entretiens, le nouveau MAE a demandé aux ambassadeurs de faire preuve de plus d’indulgence à l’égard du pays. « Le Mali demande la compréhension de la communauté internationale et une lecture plus réaliste et pragmatique des évènements du 25 mai 2021 ».

Cette démarche le mène assez rapidement au-delà des frontières maliennes. Ainsi, au début du mois de juillet, Diop multiplie des voyages très stratégiques sur le plan diplomatique. À Accra, où il a rencontré le Ghanéen Nana Akufo-Addo, président en exercice de la Cedeao ; à Kigali, où il s’est entretenu avec le Rwandais Paul Kagame, un homme dont il « apprécie les méthodes » et pour lequel il a beaucoup « d’admiration » ; ou encore à Kinshasa, à la rencontre du Congolais Félix Tshisekedi, président en exercice de l‘Union africaine. Tel un missionnaire prêchant la bonne parole, à chacun de ses déplacements, Diop prend soin de rappeler qu’il est venu « porter le message du président Assimi Goïta ».

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NOUS VOULONS QUE NOS PARTENAIRES SOIENT À NOS CÔTÉS DANS CES MOMENTS DIFFICILES

« J’ai été dans ces pays pour porter le message de paix du président de la transition, confie à Jeune Afrique Abdoulaye Diop. Nous devons continuer à parler à nos amis, car on ne peut pas se mettre au ban des tractations politiques. J’ai donc demandé aux chefs d’État que j’ai rencontrés de prêter une oreille attentive à notre situation. Le président de la transition s’est engagé à tenir les échéances, ce temps est compté et nous voulons que nos partenaires ne reviennent pas une fois la crise passée mais qu’ils soient à nos côtés dans ces moments difficiles. »

Redorer le blason de la transition

« La deuxième phase de la transition a besoin de redorer son blason pour aller vers une normalisation. Pour cela, elle doit asseoir une certaine légitimité aux yeux de la communauté internationale et avoir le soutien indéfectible des pays africains, analyse Boubacar Salif Traoré directeur d’Afriglob, un cabinet de conseil en sécurité et développement. Tout cela passe in fine par la reconnaissance d’Assimi Goïta comme chef d’État à part entière par la communauté internationale. C’est en cela que le choix de Diop est intéressant et important. Il a une longue carrière diplomatique derrière lui, et s’est doté d’un important réseau sur lequel Goïta veut s’appuyer. »

Ce rôle essentiel le mène sur tous les fronts. Lorsqu’une délégation de la mission du Conseil paix et sécurité de l’Union africaine, conduite par le Nigérien Victor Adekunle Adeleke, rencontre le président Goïta à Bamako, Abdoulaye Diop, qui était jusqu’en mars 2021 le directeur de cabinet du président de la Commission de l’UA Moussa Faki Mahamat, est aux premières loges.

Lors de cette rencontre, le tandem Goïta-Diop a pris soin de rassurer l’UA, notamment sur le calendrier que le Mali compte tenir pour organiser les élections à date. Objectif : convaincre l’UA de lever les sanctions imposées au pays. Une première victoire se profile peut-être pour le chef de la diplomatie malienne : au sein de la sphère diplomatique bamakoise, ils sont nombreux à croire à une prochaine levée des sanctions de l’UA.

Diplomate chevronné

Né en 1965 à Brazzaville, Abdoulaye Diop passe les cinq premières années de sa vie au Congo, où ses parents avaient posé leurs valises quelques années plus tôt. De ces années, il garde néanmoins peu de souvenirs. Abdoulaye Diop regagne très jeune le Mali pour faire son éducation auprès de sa grand-mère.

À 20 ans, il obtient une bourse d’étude pour intégrer l’École nationale d’Administration (ENA) d’Alger. Il en ressortira en 1989 avec une maîtrise en diplomatie. Son intérêt pour la matière dominera tout son cursus universitaire. En 1994, il obtient une maitrise en relations internationales à l’Institut international de l’Administration publique (IIAP) à Paris et une autre en Diplomatie et gestion des organisations internationales à l’Université Paris XI.

« De par mon histoire, j’avais une connexion naturelle qui allait au-delà du Mali et s’étendait à l’international. Je suis d’origine malienne, j’ai un nom de famille qui est sénégalais. Et je suis né au Congo, où une partie de ma famille a longtemps vécu. C’est donc tout naturellement que la diplomatie s’est présentée à moi », explique-t-il.

Diop fait ses premiers pas dans la sphère diplomatique à partir de 1990. Il est promu chargé de programme à la direction de la coopération internationale auprès du ministère des Affaires étrangères au Mali. C’est le début d’une longue carrière diplomatique qui le conduira à l’ambassade du Mali à Bruxelles en tant que conseiller en charge des relations avec le groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Il deviendra successivement conseiller diplomatique des présidents Alpha Oumar Konaré (2001) et Amadou Toumani Touré (2003).

Bien que proche des ministères et des présidents, Abdoulaye Diop n’a jamais porté les couleurs d’un parti politique. En 2003, ATT le propulse à Washington, où il est nommé ambassadeur du Mali pendant six ans. Durant toute sa carrière, il mettra un point d’honneur « à mettre d’accord les acteurs, peu importent leurs divergences », assure-t-il. Un trait de caractère tiré de sa mère, « qui était une médiatrice née », confie-t-il.

Homme de dossiers et fin connaisseur des rouages de la diplomatie, le président Ibrahim Boubacar Keïta fait appel à lui en 2014 pour conduire l’un des accords les plus importants de ces dernières années au Mali.

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LE PRÉSIDENT IBK ET MOI CHERCHIONS UN HOMME RIGOUREUX QUI POUVAIT CONDUIRE LES NÉGOCIATIONS RELATIVES AU PROCESSUS DE L’ACCORD DE PAIX

« C’est sous le gouvernement que j’ai dirigé qu’il a été nommé pour la première fois ministre des Affaires étrangères. À l’époque, le président IBK et moi cherchions un homme rigoureux qui pouvait conduire les négociations relatives au processus de l’accord de paix, se souvient l’ancien Premier ministre Moussa Mara. Par son professionnalisme et sa faculté à trouver des compromis, nous avions jugé qu’il était celui qui pouvait conduire ce rapport de force au niveau international. » En occupant le ministère des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop devient l’artisan de l’accord de paix et le négociateur en chef du gouvernement.

Architecte de l’Accord de paix

Six ans après, l’accord divise profondément les Maliens. Certains réclament sa relecture quand d’autres veulent son application stricte. Abdoulaye Diop, qui juge que cet accord pose « un cadre qui nous permet d’aller vers la paix durable dans la zone », reconnaît tout de même quelques failles.

«  Il y a eu beaucoup de retard dans sa mise en exécution, regrette-t-il. Cette faute n’incombe pas à une seule personne mais à tous les acteurs qui l’ont soutenu et signé. Le gouvernement malien a sa part de responsabilité notamment concernant la mise en place de l’armée reconstituée connue sous l’acronyme DDR (désarmement, démobilisation et réinsertion). Ce point central de l’accord de paix devait intervenir 60 jours après sa signature, mais nous avons été loin du compte », déplore-t-il.

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S’IL Y A RELECTURE DE L’ACCORD DE PAIX, IL FAUT LA FAIRE EN INCLUANT TOUTES LES PARTIES PRENANTES »

Alors que l’accord de paix a fait l’objet d’intenses débats entre les membres du Conseil national de transition (CNT) – l’organe législatif -, le chef de la diplomatie malienne assure ne pas s’opposer aux personnes qui prennent quelques distances avec celui-ci. « En revanche, il ne faut pas déconnecter l’accord de son contexte d’alors et des rapports de forces qui existaient au moment de sa signature. La remise en cause d’un simple volet ne peut pas remettre en cause tout l’accord », dénonce-t-il.

« La donne a fondamentalement changé sur le terrain. En 2015, cet accord permettait de faire face aux groupes armés. Aujourd’hui, il s’agit davantage d’une problématique liée aux groupes terroristes et aux conflits inter-communautaires. S’il y a relecture de l’accord de paix, il faut la faire de manière intelligente, en incluant toutes les parties prenantes. Les Maliens doivent sentir que cet accord leur appartient. »

Ligne brouillée entre Paris et Bamako

Alors que le président français Emmanuel Macron détaillait, le 9 juillet dernier, la suite que prendra l’opération Barkhane au Sahel, Abdoulaye Diop, qui a toujours manifesté sa « gratitude » envers le début des opérations françaises au Mali, déplore le manque de dialogue de Paris.

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NOUS AVONS REGRETTÉ AVOIR APPRIS LE RETRAIT DE BARKHANE LORS DE CONFÉRENCES DE PRESSE »

« Le retrait de Barkhane est une décision souveraine de la France et qui s’inscrit au regard de la politique en France. Nous pouvons la comprendre. Mais alors que l’État malien est directement concerné par cette opération, nous avons regretté avoir appris ces décisions lors de conférences de presse, déplore-t-il. Il est impératif que le retrait de Barkhane se fasse dans le cadre d’un dialogue entre Paris et Bamako. Cette discussion doit se tenir entre nos homologues politiques, militaires, puisqu’un traité de défense nous lie avec la France. »

Selon Abdoulaye Diop, « des dispositifs solides » doivent être définis pour minimiser l’impact de cette baisse d’effectifs dans la sous-région. « Il ne faut pas oublier que cette guerre est régionale, prévient-il. Par effet de ricochet, un pays qui va mal va contaminer ses alliés. »

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La deuxième réponse nous a été donnée par la "Maison Lavigerie", notre maison de formation à la périphérie de Ouagadougou, où les candidats ont leurs trois premières années de formation (lire la suite)