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Guinée : dix choses à savoir sur Ousmane Gaoual Diallo, opposant à Alpha Condé devenu ministre de Mamadi Doumbouya

Mis à jour le 11 novembre 2021 à 12:23

 

Ousmane Gaoual Diallo© DR © Ousmane Gaoual Diallo © DR

Il fait partie des rares ministres « politiques » au sein du gouvernement de Mohamed Béavogui. Retour sur le parcours hors norme de ce cadre de l’UFDG en guerre ouverte contre Cellou Dalein Diallo.

1. Un ex-opposant parmi les militaires

Ousmane Gaoual Diallo, membre de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), a rejoint un exécutif composé de technocrates et de quelques militaires fidèles à Mamadi Doumbouya. Avec Ibrahima Abé Sylla, le leader de la Nouvelle génération pour la république (NGR), et Alpha Soumah, membre de l’Union des forces républicaines (UFR, de Sidya Touré), il compte parmi les rares « politiques » désignés parmi les anciens opposants à Alpha Condé pour rejoindre l’équipe gouvernementale dirigée par Mohamed Béavogui.

2. Proche du CNRD

S’il s’employait à entretenir le mystère autour de ses relations avec les putschistes conduits par Mamadi Doumbouya, Ousmane Gaoual Diallo s’est très rapidement trouvé plongé au cœur du dispositif mis en place par le Comité national de rassemblement pour le développement (CNRD), le nom que s’est donné la junte militaire. Il a notamment travaillé au sein d’une commission d’évaluation des marchés publics de l’État mise en place par le nouvel homme fort de Conakry.

AVANT MÊME LA NOMINATION DE MOHAMED BÉAVOGUI, IL RENCONTRAIT RÉGULIÈREMENT MAMADI DOUMBOUYA

Tout comme le général Aboubacar Sidiki Camara – dit Idi Amin –, Ousmane Gaoual Diallo avait installé son bureau dans la Cité des Nations, non loin du palais Sékhoutouréya et du palais Mohamed V, où a été transférée la présidence. Une position privilégiée, qui lui a permis, avant même la nomination de Mohamed Béavogui, de rencontrer régulièrement Mamadi Doumbouya.

Malgré cette proximité avec le président du CNRD, Gaoual Diallo a dû attendre la toute dernière salve de nominations au sein du gouvernement, le jeudi 4 novembre, pour qu’il n’hérite par décret du ministère de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire.

3. Champion de lutte

Ancien lutteur de haut niveau, il affirme que cette discipline a fortement influencé sa tumultueuse carrière politique, en lui inculquant « la maîtrise de soi et la gestion de la pression ».  Il a défendu les couleurs de la Guinée lors de plusieurs compétitions africaines et mondiales de lutte gréco-romaine. En 1985, alors âgé de 17 ans, il a ainsi été sélectionné au sein de l’équipe nationale junior de Conakry. L’année suivante, il bénéficie d’une bourse de formation en ex-URSS d’un an et demi, attribuée par le Comité international de la solidarité olympique.

Médaillé de bronze au championnat d’Afrique en 1987 à Tunis, il se qualifie pour le championnat du monde de lutte qui se tient la même année en France, à Clermont-Ferrand. Il combattra également sous les couleurs de la Guinée lors des Jeux africains de Nairobi, où il manque de peu la médaille de bronze, terminant quatrième. L’année suivante, il se rendra à Séoul, pour les Jeux Olympique 1988.

4. Opposant à Lansana Conté

Né en 1968 à Labé, dans le nord de la Guinée, Gaoual a commencé à militer dès le lycée. Mais c’est son passage sur les bancs de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry, où il multiplie les grèves et manifestations, qui sera déterminant.  Farouche opposant à Lansana Conté, il prend à cette époque sa carte au Parti guinéen du peuple (PGP), d’Alpha Abdoulaye Diallo – dit « Portos ». Il y rejoint notamment un autre étudiant de sa génération, Abdoulaye Yéro Baldé, qui deviendra, en 2016, ministre de l’Enseignement supérieur.

5. Siradiou Diallo pour modèle

À l’époque, il prend pour modèle ses aînés guinéens, les opposants Alpha Condé, feu Siradiou Diallo, ou encore Bah Oury. L’étudiant d’alors s’intéresse aussi à ce qu’il se passe au sein de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) ou au Sénégal, où Abdoulaye Wade mène la contestation.

6. Long exil

Son activisme contre Lansana Conté lui vaut, comme plusieurs autres étudiants remuants, d’être exclu de l’université. En 1992, Ousmane Gaoual Diallo s’enfuit pour la France, où il poursuit ses études entre Paris et Lyon, avant de partir pour Montréal. Devenu ingénieur en informatique, il mènera une grande partie de sa carrière en France, où il a travaillé dans le secteur bancaire – à la Société générale et à BNP Paribas – et dans l’automobile, chez Renault.

7. « Gorko soussaye »

De retour en Guinée en 2009, après la mort de Lansana Conté, Ousmane Gaoual Diallo se remet très vite en selle, au sein de l’UFDG, où il acquiert le surnom de « Gorko soussaye » (« l’homme doit oser » en peul), qu’il doit tout autant à sa posture radicale qu’à ses coups d’éclat.

En mars 2011, lors d’une des toutes premières visites officielles d’Alpha Condé en France, Ousmane Gaoual Diallo joue les trouble-fêtes lors d’une rencontre entre le chef de l’État récemment élu et les représentants du Medef. Interpellé ce jour-là, il revient cependant à la charge le lendemain et le surlendemain, parvenant même à empêcher une rencontre prévue entre Alpha Condé et la diaspora… en jetant des grenades lacrymogènes dans la salle où devait se tenir l’évènement.

AU LENDEMAIN DE LA PRÉSIDENTIELLE DE 2020, IL EST ARRÊTÉ POUR « FABRICATION ET DÉTENTION D’ARMES DE GUERRE »

8. Trois incarcérations

De retour en Guinée, il multipliera les sorties tonitruantes à l’encontre d’Alpha Condé. La virulence de ses propos lui vaut d’être écarté par une partie de la presse, qui rechigne à relayer ses attaques verbales extrêmement offensives. Elle lui vaut aussi des ennemis : en 2014, sa villa de Gbessia est brûlée. Il accuse alors « des militants du RPG », le Rassemblement du peuple de Guinée d’Alpha Condé.

Entre 2015 et 2020, Ousmane Gaoual a été incarcéré trois fois. La première fois, en 2015, il passe quelques jours en détention préventive à la prison de Conakry dans le cadre de poursuites pour « coups et blessures » après une bagarre avec un homme d’affaires adjudicateur du marché de fourniture de véhicules à l’Assemblée nationale. Il sera condamné à dix-huit mois de prison avec sursis. Un an plus tard, il est condamné à deux ans de prison pour « outrage au chef de l’État » après avoir traité Alpha Condé de « criminel ». Au lendemain de la présidentielle de 2020, comme plusieurs autres cadres de l’opposition, il sera à nouveau arrêté et incarcéré, cette fois pour « fabrication et détention d’armes de guerre ». Il passera neuf mois en détention préventive.

9. Remise en liberté

Ousmane Gaoual Diallo a acquis la nationalité française lors de son long exil. En janvier 2021, interrogé sur l’incarcération de ce Franco-Guinéen lors d’une séance au Sénat, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a annoncé avoir demandé à ce que l’opposant bénéficie de la protection consulaire, s’est inquiété de son état de santé et a affirmé avoir réclamé aux autorités guinéennes de « prendre les initiatives nécessaires ».

SA NOMINATION AU GOUVERNEMENT EST UN COUP SUPPLÉMENTAIRE POUR CELLOU DALEIN DIALLO

Il faudra cependant attendre le mois de juillet suivant pour qu’il bénéficie d’une remise en liberté pour raisons de santé, négociée directement avec la présidence. Il quittera alors la Guinée pour se faire soigner en France, où il se trouvait lorsqu’il a appris la chute d’Alpha Condé, le 5 septembre 2021.

10.  Un ambitieux face à Cellou

Dès son élection comme député de Gaoual, en 2013, Ousmane Gaoual Diallo ne cache pas ses ambitions politiques, aux premiers rangs desquelles celle de prendre la suite de Cellou Dalein Diallo à la tête de l’UFDG. Il accuse ce dernier de concentrer tous les pouvoirs entre ses mains et de bloquer l’ascension des éventuels concurrents. S’il l’a accusé d’être trop « mou » face à Alpha Condé, il a changé de position lors de son incarcération, reprochant à Cellou son isolement et se montrant cette fois favorable à l’ouverture d’un dialogue avec Alpha Condé.

Le patron de l’UFDG a affirmé avoir appris la nomination de Gaoual au gouvernement qu’une fois celle-ci entérinée, assure n’avoir été ni consulté, ni informé. Il a cependant souhaité « bonne chance » – du bout des lèvres – au nouveau ministre issu des rangs de son parti.

Si les deux hommes assurent aujourd’hui entretenir de « bonnes relations », la nomination au gouvernement de ce remuant cadre, en guerre ouverte avec lui au sein de son propre parti, est un revers pour Cellou Dalein Diallo.

Côte d’Ivoire – Issa Diabaté : « Nous devons revaloriser une approche architecturale locale »

Par  - à Abidjan
Mis à jour le 7 novembre 2021 à 10:18
 


La tour Postel 2001, gratte-ciel de 26 étages, et l’immeuble Caistab (104 m.). Bâtis tous deux dans les années 1980, ces buildings emblématiques de la ville ont longtemps abrité ministères et grandes administrations. © Nabil Zorcot

Moins imprégnée de l’héritage colonial que d’autres villes d’Afrique de l’Ouest, Abidjan abrite quelques monuments ayant su marier les exigences de la modernisation avec les contraintes locales, notamment climatiques. Mais pour l’architecte Issa Diabaté, il manque aujourd’hui un projet clair, mêlant urbanisme et politique de développement.

Issa Diabaté, associé du cabinet d’architecture Koffi & Diabaté Group, est un amoureux de la ville d’Abidjan. Il partage sa passion lors de visites guidées dans des communes de la capitale économique ivoirienne. Dans ses locaux à Cocody, qui allient modernité et économie d’énergie à travers des ouvertures laissant entrer la lumière naturelle dans les pièces, il a accordé une interview à Jeune Afrique. L’occasion pour lui d’évoquer la conservation du patrimoine et la nécessité de revenir à des techniques anciennes plus durables.

Jeune Afrique : Que reste-t-il de l’héritage architectural colonial dans la ville d’Abidjan ?

Issa Diabaté : C’est principalement le choix même du site. Abidjan est un héritage de l’administration coloniale qui a décidé de venir s’y installer après l’épidémie de fièvre jaune à Grand-Bassam. La ville a certainement été sélectionnée à cause de son élévation et de sa ventilation. Le Plateau, où l’administration était installée, a une situation géographique qui permettait de garder un œil sur les indigènes qui, eux, habitaient à Treichville. Il y avait un système de pont-levis au nord du Plateau qui permettait d’éviter une insurrection. C’est à partir de là que se déploie le plan directeur d’Abidjan.

Dans les années 1960, Félix Houphouët-Boigny a voulu tourner la page de l’époque coloniale dans le bâtiment et a remplacé de nombreux édifices coloniaux par ce qui devait projeter l’ensemble du pays dans la modernité à l’époque. Nous avons moins de patrimoine architectural colonial qu’une ville comme Dakar, par exemple. L’image de la construction du palais de la présidence est assez intéressante. On y voit le palais du gouverneur en train d’être démantelé et la présidence en cours de construction sur les ruines de l’ancien bâtiment. C’est le même gabarit, la même taille, le même site, mais l’architecture est complètement différente. Cela illustre bien pour moi la volonté d’effacer l’époque coloniale afin d’entrer dans une époque qui nous est propre.

La Pyramide du Plateau, construite par l’architecte Rinaldo Olivieri, est de nouveau la propriété du gouvernement ivoirien, après un bras de fer judiciaire. Si elle fait partie de l’image de la ville, son avenir est pourtant en danger. Comment la sauver ?

La Pyramide, de par sa forme et sa typologie architecturale, c’est-à-dire brutaliste des années 1970, est vraiment emblématique de la skyline du Plateau. Lorsque l’on regarde les cartes postales de l’époque, c’est elle qui permet de savoir que l’on est à Abidjan. Au-delà de la Côte d’Ivoire, c’est un bâtiment dont on parle dans plusieurs ouvrages architecturaux, car elle reflète l’esprit de cette période.

Mais ce bâtiment ne correspond pas à une logique contemporaine où l’on doit tout valoriser financièrement. Il y a très peu d’espace à l’intérieur et il n’y a donc pas une très forte rentabilité par rapport au foncier sur lequel il se trouve. Pour moi, ce bâtiment doit rentrer dans le patrimoine de l’État afin d’être conservé. Pour cela, il faudrait y amener des fonctions d’intérêt public de type musée ou galerie, pour continuer à l’occuper, l’entretenir et le préserver.

Malheureusement au cours des dernières années, à part quelques actions de l’Unesco à Grand-Bassam et sur les mosquées, on ne voit pas beaucoup d’actions de l’État vis-à-vis du patrimoine architectural. Si l’État n’a pas de vision sur son patrimoine, il est tout à fait capable d’imaginer que c’est un site à valoriser en termes de foncier, comme cela fut le cas pour beaucoup d’autres sites. Il pourrait donc être détruit pour reconstruire quelque chose de plus rentable à la place. Ce qui, pour moi, serait une catastrophe, car l’identité d’Abidjan est très marquée par la Pyramide.

 

Diabate

 

Portrait de Issa Diabaté© JOANA CHOUMALI © Issa Diabaté. © JOANA CHOUMALI

 

Pour vous, l’approche bioclimatique et la durabilité doivent être au centre des préoccupations des architectes dans la conception d’un bâtiment…

Prenons l’exemple de l’immeuble Caistab (Caisse de stabilisation et de soutien des prix des productions agricoles). Il date de la fin des années 1960, du début des années 1970, et est l’une des premières tours du paysage abidjanais. Il est aussi l’une des rares tours avec une approche bioclimatique. C’est un bâtiment avec des bardages en aluminium qui permettent de briser le soleil et d’éviter l’ensoleillement direct à l’intérieur des espaces vitrés. Ce sont des principes basiques d’architecture bioclimatiques qui permettent en même temps d’avoir une vue maximale sur la ville. Pour moi, c’est quelque chose qui résonne encore aujourd’hui par rapport à notre intérêt grandissant pour la revalorisation de systèmes simples qui font partie du vocabulaire architectural local.

Lorsque l’on regarde nos espaces traditionnels et la façon dont on construit dans toutes les parties d’Afrique, on remarque que les typologies architecturales sont liées de façon étroite à l’environnement climatique. Au sud de la Côte d’Ivoire, on voit beaucoup de bâtiments avec des lattes en bois, ce qu’on appelle le bambou de raphia, tout simplement parce qu’ils ne sont pas étanches et permettent une ventilation traversante. On n’accumule donc pas l’humidité à l’intérieur des maisons, contrairement aux constructions en béton en ville. Quand on remonte vers des territoires un peu plus secs, on constate l’utilisation de la terre pour l’isolation thermique. Il est très important pour nous d’avoir une approche architecturale qui épouse ces techniques, même si visuellement le résultat ressemble à des choses contemporaines.

ABIDJAN EST EN PLEINE EXPLOSION DÉMOGRAPHIQUE. ET IL Y A UN ÉNORME DÉFICIT DE LOGEMENTS DANS LA VILLE

Mais on a le sentiment, à vous entendre, que ces principes étaient mieux respectés il y a quelques décennies ?

Ce qu’on remarque concernant l’immeuble Caistab, c’est que ce sont des matériaux très durables qui ne se dégradent que très peu. À travers l’utilisation de petites pierres au sol et de petits carreaux fabriqués localement, il y avait une démarche d’expérimentation et de création avec des matériaux dont on dispose. Beaucoup d’éléments, comme les luminaires et les boiseries, ont été spécialement conçus pour le bâtiment. Aujourd’hui, lorsqu’on crée un bâtiment, on pense surtout à optimiser les coûts et on s’oriente vers des matériaux industriels. Il y a aussi une forme de paresse intellectuelle de la part des architectes, dans le sens où il est plus facile d’acheter du carrelage dans un catalogue plutôt que d’essayer de faire revivre une technique ancestrale qui demande beaucoup de recherche et d’expérimentation.

Face à la multiplication des effondrements d’immeubles ces derniers mois, provoquant parfois des morts, le gouvernement a décidé qu’un cabinet d’architecte et un cabinet de contrôle devaient être associés à tous les chantiers. Qu’en pensez-vous ?

Cela ne va pas changer grand-chose dans la problématique. Abidjan est une ville en pleine explosion démographique et il y a un énorme déficit de logements dans la ville. La ville se construit beaucoup plus rapidement qu’il y a quelques années et l’État n’a pas les moyens de se déployer pour la maîtriser. Si 5 % des bâtiments qui se construisent passent par la case « permis de construire », ce sera déjà beaucoup.

Nous subissons encore les conséquences des programmes d’ajustement structurels des années 1980-1990, lorsque l’État a dû se désengager de grands projets de logements. Des quartiers comme la cité des Arts, le lycée technique, la Riviera 1, le Riviera golf, Koumassi, Port-Bouët, etc., qui avaient été initiés avant cela, structurent encore la ville. Il y avait une vraie vision de l’État. Après le désengagement, c’est le privé, motivé par le profit avant tout, qui a pris le relais. La croissance démographique que nous connaissons ces dernières années n’a fait qu’accroître le phénomène.

 

À quel niveau se situe le problème ? Est-il technique ? Urbanistique ?

Pour moi, l’urbanisme que l’on déploie aujourd’hui dans nos villes n’est pas adapté aux situations que nous vivons. On voit apparaître également des quartiers plus ou moins précaires qui vivent en autogestion, où il y a des problèmes d’assainissement, d’inondation, d’effondrement, d’électrification… Il y a toute cette énergie de développement qui existe, mais qui n’est pas canalisée par une vision.

Dans notre démarche en tant qu’architecte, et aussi de plus en plus chez la jeune génération, il y a le besoin de revenir à des échelles humaines. Cela passe aussi par l’apprentissage de l’urbanisme en revisitant le village. Dans un village, la centralité n’est jamais loin. Le chef connaît tous ses habitants et ceux-ci le connaissent également. La gouvernance est plus directe.

L’IDÉE, C’EST DE CRÉER DES CITÉS DANS LESQUELLES ON PUISSE FAIRE L’ESSENTIEL DE NOS ACTIVITÉS À PIED ET À VÉLO SUR UN RAYON DE 3 KILOMÈTRES.

Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez actuellement ?

Notre cabinet travaille en ce moment sur divers projets avec le gouvernement béninois. Il s’agit notamment d’une cité administrative, d’une cité ministérielle, d’un bâtiment pour le port et d’un programme de 20 000 logements sociaux et économiques. Les logements sont sur un modèle de location-vente sur dix-sept ans, avec des prix abordables. L’État apporte le foncier et crée les voiries primaires, le reste est supporté par l’opération.

Plus on avance dans notre carrière d’architecte, plus on est intéressé par l’urbanisme. Avec l’urbanisme, on est nourri par d’autres disciplines comme la sociologie, la culture, le développement durable, la mobilité, etc. L’idée, c’est de créer des cités dans lesquelles on puisse faire l’essentiel de nos activités à pied et à vélo sur un rayon de 3 kilomètres. On peut aussi intégrer la création d’énergie à échelle humaine. Pourquoi ne pas créer des champs solaires ou d’autres alternatives uniquement pour cet environnement ? Il est aussi possible de réfléchir à des solutions pour l’agriculture urbaine, la santé, l’éducation, etc. Et après, rien n’empêche de déployer ce modèle à l’infini.

Arnaud Ngatcha : « Il n’y a pas une façon unique d’être noir en France »

Mis à jour le 6 novembre 2021 à 10:09


Arnaud Ngatcha (France) adjoint à la mairie de Paris, en charge des relations internationales et de la francophonie. © Vincent Fournier pour JA

 


L’ACTU VUE PAR… Chaque samedi « Jeune Afrique » invite une personnalité à décrypter un sujet d’actualité. Adjoint à la maire de Paris en charge des relations internationales et né d’un père camerounais, Arnaud Ngatcha s’attache à incarner une « diplomatie municipale » puissante, bien distincte de celle de l’Élysée.

Élu conseiller de Paris lors du scrutin municipal de 2020, Arnaud Ngatcha a été nommé adjoint en charge des relations internationales et de la francophonie par la maire de la capitale française, Anne Hidalgo. Une nouvelle étape dans la carrière de ce journaliste, documentariste et producteur né à Tourcoing dans les années 1970 d’une mère française et d’un père camerounais.

Passé par Canal+M6 et le groupe France Télévisions, au sein duquel il a été en charge de la représentation de la diversité, il a aussi rejoint le cabinet de l’ancienne championne olympique d’escrime Laura Flessel comme conseiller lorsque celle-ci a été appelée à entrer au gouvernement d’Édouard Philippe, en 2017.

Une première expérience politique pour Arnaud Ngatcha, qui souligne toutefois qu’il n’est encarté nulle part et se considère comme un pur représentant de la société civile engagé, à Paris, dans un mandat local. Porteur de la « diplomatie municipale » de la capitale française, il promeut des sujets qui lui tiennent à cœur : défense des droits de l’homme, féminisme, protection des minorités, aide au développement, défense de l’environnement, lutte contre le racisme et l’exclusion. En octobre, il organisait à Paris la première conférence internationale sur les forêts d’Afrique centrale. Et en ce début du mois de novembre, il a planché sur le déplacement d’Anne Hidalgo à Glasgow, pour la COP26.

Jeune Afrique : Le 4 novembre, vous étiez à Namur, en Belgique, pour représenter Paris à un sommet de l’Association internationale des maires francophones (AIMF) tandis que la maire de Paris était à la COP26. Quel rôle peut jouer une ville dans de tels événements et face aux enjeux climatiques qui sont, par définition, planétaires ?

Arnaud Ngatcha : Il existe une diplomatie des villes, je sais que certains ont du mal à le comprendre, mais c’est une réalité. La maire de Paris est aussi la présidente de l’Association international des maires francophones et la plupart des grands pays du monde veulent avoir des relations avec Paris, qui est la ville dont le budget consacré à l’aide au développement est le plus élevé au monde, à hauteur de 60 millions d’euros. Nous avons de très nombreux mécanismes d’aide sur la gestion de l’eau et des déchets, l’aménagement urbain… Nous avons signé récemment un accord avec Douala, nos travaillons avec Yaoundé, nous sommes en discussion avec Nouakchott et Niamey.

Comment cette diplomatie « municipale » s’articule-t-elle avec celle de la France ?

Il y a clairement eu un réengagement de l’État auprès de l’Afrique ces dernières années, à travers la vision d’Emmanuel Macron. Une vision qu’on peut partager ou pas, ce n’est pas la question. Mais les actions menées par Paris sont complètement distinctes, nous avons notre petite musique. Nous sommes dans la « coopération décentralisée », notre action est très encadrée légalement et elle est forcément très différente de ce qui peut se passer dans le cadre de relations d’État à État, lesquelles impliquent une dimension de défense et de protection qui, bien sûr, n’entre pas du tout en compte dans notre cas.

Il y a donc une politique africaine de la ville de Paris ?

La relation entre Paris et l’Afrique est très importante. Paris est la première ville de la diaspora africaine en dehors du continent et je crois que, comme toutes les grandes villes, elle est un peu en décalage avec le reste du pays. Paris est métissée, elle est ouverte, c’est un lieu de brassage. Je pense que ce n’est pas pour rien si le Rassemblement national n’a jamais réussi à y percer. Nous avons la possibilité d’avoir notre propre approche avec nos partenaires du continent, et d’éviter certains écueils.

LA FRANCE EST ENCORE TROP SOUVENT CONDESCENDANTE ET MORALISATRICE

Lesquels ?

Je crois que nous ratons beaucoup d’opportunités – par « nous » j’entends la France – à cause de notre attitude encore trop souvent condescendante et moralisatrice. Certains décideurs africains sont fatigués de ce discours et préfèrent passer à autre chose, se tourner vers d’autres partenaires. L’heure est venue de réfléchir à la recomposition de la géopolitique mondiale. Pour revenir aux questions d’environnement et à la COP, par exemple, comment peut-on continuer à dire aux pays en développement, dont la population est en forte croissance, qu’ils doivent restreindre leurs émissions alors que c’est nous, les pays riches, qui avons le plus pollué et continuons à le faire ? Il y a un autre discours, une autre approche à mettre en œuvre.

Anne Hidalgo n’est pas seulement maire de Paris, elle est aussi la candidate socialiste à la prochaine élection présidentielle française. Serez-vous aussi à ses côtés pour ce combat-là ?

Je ne suis pas engagé dans cette campagne. J’ai un mandat local, un portefeuille à gérer, nous avons un rapport de confiance avec Anne Hidalgo, mais pour le moment, je ne suis pas sur cette forme d’engagement. Je ne suis membre d’aucun parti et je n’en ai pas l’envie. Déjà, lorsque j’ai dû décider de me présenter ou non aux municipales, j’avais hésité. Je savais que cela allait me marquer, que j’allais me fâcher avec certaines personnes. C’est en pensant à mon père que j’ai fini par accepter.

Votre identité franco-camerounaise est un sujet important pour vous, vous avez même réalisé un documentaire sur ce que cela signifie d’être noir en France. Vous reconnaissez-vous dans les revendications exprimées ces dernières années par certaines organisations militantes ?

Mon père était un homme noir marié à une Française et occupant un poste à responsabilités, puisqu’il était directeur d’hôpital. Ce n’était pas facile, même si la France n’est pas un pays raciste. Et même aujourd’hui, les personnes venues d’Afrique subsaharienne ou du Maghreb et occupant des postes importants restent peu nombreux. C’est ce qui m’a amené à m’interroger sur ce que signifiait être noir en France. À me demander pourquoi tant de membres de cette communauté étaient en colère.

Partagez-vous cette colère ?

Je ne la partage pas forcément, mais je comprends d’où elle vient. Je connais les difficultés que rencontrent les noirs en France, je m’y suis heurté aussi. Cette impression que quoi que vous fassiez, quels que soient vos mérites, vous n’arriverez pas à vivre la vie que vous souhaiteriez. Par contre je refuse l’exagération, le communautarisme, une certaine « haine inversée ». Je prône un modèle plus universaliste, ce qui m’a d’ailleurs valu d’être critiqué, parfois insulté. Mais ce que j’ai trouvé intéressant en travaillant sur ce sujet, c’est de constater que certaines personnes se mobilisent sur des questions, en l’occurrence je pense à l’esclavage, qui ne font pas partie de leur histoire.

QUAND VOUS VOUS TROUVEZ FACE À UN RACISTE, PEU LUI IMPORTE D’OÙ VOUS VENEZ. VOUS ÊTES JUSTE NOIR

Que voulez-vous dire ?

Il n’y a pas une façon unique d’être noir en France. Pour simplifier, soit vous êtes issu d’Afrique subsaharienne et votre histoire est liée à la colonisation, soit vous venez des territoires d’Outre-Mer, des Antilles, et vos racines ont à voir avec l’esclavage. Ce qui est intéressant, c’est que tout le monde se mobilise autour de cette question de l’esclavage, y compris des gens dont ce n’est pas l’histoire. Mais en fait c’est facile à comprendre : quand vous vous trouvez face à un raciste, peu lui importe d’où vous venez. Vous êtes juste noir.

Sous-catégories

Les informations sur nos maisons de formation datent de quelques années, et nous avons demandé aux responsables de ces maisons de nous donner des nouvelles plus récentes.
La première réponse reçue vient de Samagan, le noviciat près de Bobo-Dioulasso (lire la suite)

 

La deuxième réponse nous a été donnée par la "Maison Lavigerie", notre maison de formation à la périphérie de Ouagadougou, où les candidats ont leurs trois premières années de formation (lire la suite)