Dialogue interreligieux

« Lorsque nous travaillons pour les âmes, nous ne pouvons user que de persuasion et d'amour... Nous ne pouvons rien faire tant que nous n'avons pas persuadé les gens autour de nous qu'ils sont aimés... » (Cardinal Lavigerie, 1885)

« Nous croyons qu'en toute religion il y a une secrète présence de Dieu, des semences du Verbe qui reflètent un rayon de sa lumière... » (Chapitre 1967)

« Nous célébrons et partageons cette vie avec Dieu lorsque nous allons à la rencontre des cultures et des religions... nous réjouissant de la foi vivante de ces croyants et les rejoignant dans leur quête de la Vérité, cette Vérité qui nous rend tous libres. » (Chapitre 1998)

Missionnaires, nous sommes appelés à faire les premiers pas pour rencontrer les personnes, qu'elles que soient leurs convictions, leur religion.

Au Burkina Faso, cette réalité se traduit surtout dans la rencontre respectueuse et évangélique avec les adeptes des religions traditionnelles et avec les musulmans.

Dans cette rubrique, nous étudierons divers aspects de ces religions, particulièrement de l'islam.

Burkini : « Celles qui sont forcées et celles qui ne peuvent pas le porter »

  • Louise GalloriniTraductrice et docteure en littérature arabe classique

Pour cette intellectuelle musulmane spécialiste d’arabe classique, le débat sur le burkini charrie de multiples problématiques qui n’ont rien à voir ni avec l’islam ni avec l’oppression des femmes.

  • Louise Gallorini, 
Burkini : « Celles qui sont forcées et celles qui ne peuvent pas le porter »
 
L’Australo-Libanaise Aheda Zanetti devant les burkinis qu’elle vend à Sydney, en Australie, le 19 août 2016.SAEED KHAN/AFP

La pièce la moins utilisée de ma garde-robe est celle qui fait décidément le plus parler d’elle : le burkini. Dans un pays historiquement passionné par la mode, il n’est peut-être guère remarquable que ce nouveau type d’habillement venu de l’autre bout du monde passionne les foules.

→ LE CONTEXTE. La justice suspend la décision du maire de Grenoble d’autoriser le burkini

Je suis musulmane, et j’avais acheté un burkini non pas pour des raisons religieuses, mais pour des raisons de santé : ma peau ne supporte pas le soleil très longtemps, et cet habit m’a d’abord paru une bonne alternative (et écolo) aux tartinades régulières de crèmes chères (et nocives pour les océans). Je ne suis pas surprise qu’il ait été inventé en Australie, où les vêtements de surfeur, variés, m’avaient plu pour cette exacte raison : ils recouvrent le corps et règlent le problème des coups de soleil – surtout pour les Australiens, très conscients du danger du trou dans la couche d’ozone au-dessus de leurs têtes. Et puis, par rapport aux vêtements de surfeur, le burkini avait aussi la fantaisie d’ajouter une jupette, ce qui me plaisait…

Celles qui sont forcées de le porter, celles qui aimeraient le porter

Plus largement, le voile relève pour moi de la même problématique en France, placé à l’intersection de plusieurs débats et perceptions. Autant de voiles, autant d’histoires qui se placent sur un large spectre situé entre deux limites : celles qui sont forcées de le porter (en France, par pressions familiales ou sociales) et celles qui aimeraient le porter mais ne peuvent pas (pressions similaires mais inverses).

Le premier exemple est connu, et c’est la raison pour laquelle beaucoup partent en guerre contre le burkini… Le deuxième l’est beaucoup moins. C’est ce qui rend pour moi le voile ou le burkini comme un exemple trop peu fiable d’un symptôme d’oppression de la femme, surtout en France. D’une part, qui fréquente les milieux musulmans réalise très vite qu’un « vrai » islamiste ne laisserait de toute façon pas sortir une femme à la plage ou à la piscine, même recouverte d’un burkini. Ne parlons même pas d’une piscine municipale mixte et qui autorise également les seins nus.

→ À LIRE. Le burkini vu d’islam, entre indifférence et perplexité

D’autre part, l’oppression de la femme peut être parfaitement invisible : il me vient en tête au moins un exemple d’une amie française d’origine maghrébine qui, voulant mettre le voile par conviction religieuse personnelle, s’est vu essuyer un refus catégorique de la part de ses parents, qui voulaient lui éviter tout problème. Elle n’a pu qu’obtempérer. De l’extérieur, elle paraît donc parfaitement intégrée à la société française, modèle de la femme libérée… Et pourtant non, son cas relève tout autant de ce « droit de regard » sur le corps des femmes que l’on dénonce à juste titre. Au nom de sa libération, on lui dicte encore comment s’habiller.

Une pression qui n’est pas unique aux musulmans

D’autres comme moi ne rencontrent heureusement aucune interdiction familiale, mais la société me limite plus : ne considérant pas le voile comme une obligation religieuse, je préfère m’épargner les soucis qui viennent avec le fait de le porter. Même si je souhaite pouvoir le mettre pour des raisons plutôt triviales (appréciation de la sensation du tissu qui m’enveloppe), trouver un logement et un travail facilement me paraît plus important que de pouvoir utiliser toute la gamme de ma collection de voiles, rangés eux aussi dans mon placard (ne pas se faire insulter dans la rue est aussi très agréable !).

→ À LIRE. Le burkini scandalise à droite et divise à gauche

J’accepte donc cette contrainte sans trop de problèmes, considérant que tout membre d’une société est contraint d’une manière ou d’une autre, que c’est ainsi qu’on peut faire société : devoir reléguer le burkini et les voiles au placard n’est pour moi qu’une contrainte mineure.

Ce débat vient aussi à l’intersection du débat sur la laïcité, souvent mal comprise : si je parle ici du cas des signes religieux islamiques, grands favoris des débats télé mais qu’un citoyen musulman doit pouvoir théoriquement porter dans l’espace public, cette pression n’est pas unique aux musulmans. Je pourrais ainsi parler du cas d’une femme de culture chrétienne de mon entourage, qui vit dans un quartier lambda dans une ville de province et qui n’ose plus porter de colliers avec des grosses croix trop visibles, non pas à cause de voisins musulmans ou athées qui verraient cela d’un mauvais œil, mais tout simplement parce qu’elle pense que la loi interdit effectivement le port de signes religieux dans l’espace public… !

Un débat qui devrait rester théologique

Quant à savoir si le voile ou le burkini est nécessaire à la pratique religieuse, cette question relève du théologique, et la réponse est variable d’une époque à une autre, d’un pays à l’autre, d’une culture à l’autre, et tient plus de la considération personnelle et de sa propre relation au divin et aux textes (surtout en islam sunnite, sans système clérical). Je considère personnellement le voilement comme une des expressions possibles du devoir de modestie coranique, injonction qui peut se traduire de diverses manières selon le temps et le lieu, et qui s’applique aux deux sexes (fait parfois ignoré à la fois par les pro-voile et les anti-voile).

→ À RELIRE. Éric Piolle : « Interdire le burkini dans une piscine municipale est une discrimination »

Si cette interprétation me rend la vie plus facile – un jean et un tee-shirt suffisent à passer pour modeste en France –, je peux en revanche compatir avec le cas des musulmanes françaises qui considèrent que le voile est une partie non négociable de leur pratique, et pour qui l’espace public en devient beaucoup plus difficile d’accès, ce que je déplore. Il faudrait pouvoir laisser ce débat de (dé) voilement, en France laïque, là où il est pertinent : débat théologique intra-islamique.

« Les fractures politiques recoupent les divisions du monde catholique »

 
tribune
  • Guillaume Houdan Diacre, chargé de mission auprès du monde politique et des élus dans le diocèse de Rouen

Guillaume Houdan est aux premières loges pour constater les fractures entre catholiques puisqu’il est diacre et chargé de mission auprès du monde politique et des élus. Il évoque un clivage bien réel, et les conditions qui permettent de le dépasser : l’écoute réciproque, le dialogue patient.

  • Guillaume Houdan, 
« Les fractures politiques recoupent les divisions du monde catholique »
 
19 avril 2019 : Vendredi saint. Assemblée lors de la célébration de la messe de la passion du Christ en l'église Saint Eubert à Vendeville (59), France.GUILLAUME POLI/CIRIC

La récente élection présidentielle a mis à nu les fractures de notre société française : fracture géographique (entre les métropoles et les espaces périurbains), fracture sociale (suivant les revenus et les niveaux d’études), fracture générationnelle (plus discrète mais réelle)…

→ TRIBUNE. Emmanuel Macron contre Marine Le Pen : la fracture du « anywhere » face au « somewhere »

Ces fractures ont été particulièrement visibles dans le positionnement vis-à-vis d’Emmanuel Macron : s’il l’emporte largement auprès des populations dites des « gagnants » de la mondialisation, les populations se sentant exclues ou en insécurité l’ont massivement rejeté. Ces fractures inquiètent parce qu’elles s’accompagnent de difficultés de plus en plus grandes à dialoguer, à débattre. Comme si nous ne parvenions plus à nous comprendre.

Bousculer les peurs

Des fractures existent aussi au sein de l’Église catholique. Il est troublant de constater qu’elles se manifestent également dans les intentions de vote exprimées par les « pratiquants ». Comme si la méditation régulière de l’Évangile ne parvenait pas à bousculer les peurs et les certitudes.

→ TRIBUNE. « Préserver une communion dans l’Église n’ira jamais de soi »

Alors que nos communautés devraient être le lieu d’échanges fraternels, il a été plus que jamais difficile cette année de discuter entre nous de notre vote. Dans mon diocèse de Rouen, avec l’évêque, Mgr Lebrun, nous avons incité les paroisses à susciter des rencontres au cours desquelles nous serions capables de dialoguer, sans anathème et en toute confiance, à propos de nos choix politiques et de notre vote. Nous avons accompagné cette suggestion de trois propositions concrètes… Très peu de paroisses ont organisé des réunions cette année. Aucune, à ma connaissance, n’a osé ouvrir un dialogue direct sur le vote.

Fermer les frontières

En revanche, sur les parvis, au cours des repas, dans les mails ou à travers les réseaux sociaux, j’ai vu s’exprimer des sentiments forts d’incompréhension entre catholiques. Soutenir un candidat qui veut fermer les frontières est chrétiennement inadmissible pour les uns. Voter pour un autre qui ne suit pas nos convictions bioéthiques relève de l’anathème pour d’autres. Pourtant, les catholiques pratiquants, comme les autres, ont dû faire des choix et voter. Pourquoi avons-nous si peur d’en discuter entre nous ? Peut-être parce que cette fracture politique recoupe des fractures actuelles de notre monde catholique…

→ TRIBUNE. « L’identitarisme chrétien de Zemmour est essentiellement une idolâtrie »

De fait, peut-on aujourd’hui imaginer un dialogue entre les personnes qui ont organisé une messe « inclusive » à Saint-Pierre de Montrouge et celles qui ont marché 1 500 km pour demander au pape d’assouplir les restrictions sur la messe en latin ? Peut-on faire vivre ensemble des baptisés en attente de repères clairs et traditionnels et d’autres en attente d’une gouvernance collégiale et de nouveaux ministères dans nos communautés ? Le clivage est réel entre des catholiques qui incitent l’Église à l’ouverture au monde et d’autres qui l’appellent à servir le monde par des repères stables.

Tendances explicites

Il n’y a pas besoin d’être plus explicite pour imaginer la tendance politique des uns ou des autres, tant elle s’est manifestée clairement au cours de cette campagne. Pourtant, nous sommes de la même Église et nous devons admettre que, si nous avons tous des conversions à vivre, il y a chez chacun une authentique recherche spirituelle.

Toutes ces fractures, de notre société ou de notre Église, nous inquiètent. Et nous ne pouvons nous y résoudre. Comment les réduire ? Dans le monde politique, le vote, pour choisir un élu ou faire passer une loi, est censé mettre fin au débat, la minorité acceptant le choix de la majorité. Dans notre Église, il ne peut en être ainsi. Toutes les assemblées dans l’histoire, depuis celle de Jérusalem jusqu’à aujourd’hui, recherchent et tendent vers l’unanimité. Cela ne s’est jamais fait sans douleur ni ressentiments. Mais doit primer la recherche de la voie qui permet la communion.

Recherche de la communion

Cette recherche de la communion dans l’Église a quelque chose à dire à notre société. De fait, nous voyons bien que le vote ne suffit plus à faire vivre notre démocratie. Le mouvement des gilets jaunes a montré que des frustrations s’étaient accumulées sans que les élections et les lois votées par la majorité les réduisent. Les minorités acceptent de moins en moins que les vues d’une majorité s’imposent.

En juin prochain, les 14 et 15, à Lyon, au cours d’une assemblée extraordinaire des évêques, l’Église catholique de France vivra pour la première fois une assemblée synodale à l’échelle du pays. Évêques et invités se mettront à l’écoute des joies et des espoirs, des tristesses et des angoisses, collectés auprès de quelque 150 000 baptisés. Ces derniers se sont exprimés au sein de tous les diocèses de France depuis l’ouverture du Synode universel en octobre dernier par le pape. Ce rassemblement marquera une étape vers l’assemblée qui aura lieu à Rome fin 2023.

Les synthèses diocésaines déjà lisibles montrent, pour la plupart d’entre elles, un vrai dialogue et une volonté sincère de s’écouter. Des attentes fortes s’expriment. L’enjeu à Lyon sera de poursuivre ce dialogue patient, cette écoute réciproque, pour continuer à marcher ensemble. Si nous parvenons à ne rien cacher de nos différences mais à les vivre dans une authentique communion, l’Église de France sera naturellement porteuse d’une Bonne Nouvelle à notre société.

→ ÉDITO. Après les élections, comment réparer les fractures entre catholiques ?

Quand l’étude des textes juifs se conjugue au féminin 

Analyse 

Des représentantes de divers courants du judaïsme sont rassemblées jusqu’au lundi 23 mai à Rouen, à l’occasion de la 2e édition du congrès Les Filles de Rachi. Avec l’idée de montrer que « les femmes, comme les hommes, peuvent étudier » et enseigner les textes juifs.

  • Benoît Fauchet, 

Lecture en 3 min.

Quand l’étude des textes juifs se conjugue au féminin
 
« L’évolution est lente, mais j’ai l’impression que cela peut s’accélérer dans les années qui viennent », veut croire la rabbine Iris FerreiraCÉDRIC JOUBERT/DNA/MAXPPP

En juin 2019, un premier congrès s’était tenu à Troyes, la ville de Rachi, rabbin, exégète et poète de la seconde moitié du XIe siècle, commentateur de la Torah et du Talmud alors célèbre dans toute l’Europe ashkénaze. Trois ans et une parenthèse due à la crise sanitaire plus tard, c’est à Rouen que la 2e édition de cette assemblée est organisée sur deux jours, dimanche 22 et lundi 23 mai. Non loin de la Maison sublime, considérée comme le plus ancien monument juif de France, qui a peut-être été une yeshiva (école talmudique) vers l’an 1100, quand Rachi rendait son dernier souffle.

« Élevées comme des sages »

C’est évidemment en pensant au maître de Troyes que Manon Brissaud-Frenk a lancé son événement, baptisé Les Filles de Rachi. Ou plutôt à ses filles, justement, Myriam, Rachel et Yokheved, dont « on dit qu’elles étaient élevées comme des sages, rappelle l’organisatrice. Dans son siddour, son livre de prières, Rachi disait des femmes souhaitant étudier : “Si elles le désirent, rien ne saurait les en empêcher” ». Un moderne avant l’heure, en somme.

→ DOCUMENTAIRE. « Dieu existe, son nom est Petrunya » : une réflexion féministe sur la foi, sur Arte

Près d’un millénaire plus tard, le rôle actif des femmes dans l’étude et la transmission des Écritures n’est pourtant pas pleinement acquis. Dans les courants les plus orthodoxes du judaïsme, confier le rabbinat à des femmes, ou même les autoriser à « monter à la Torah » pour lire la Bible hébraïque à la synagogue, a fortiori en présence d’hommes, n’est pas considéré comme conforme à la halakha, la loi juive. La simple étude féminine des textes sacrés n’est pas admise par tous.

« Sphère de l’intime »

« Dans les traditions religieuses, et ce n’est pas propre au judaïsme, la place de la femme est souvent cantonnée à la sphère de l’intime, au foyer. Quand elles s’emparent du savoir, immédiatement c’est subversif », analyse Delphine Horvilleur, rabbin depuis 2008 et figure du mouvement libéral.

Face aux résistances conservatrices, les quelques dizaines de participantes aux Filles de Rachi n’affichent pas de revendication particulière mais une conviction commune, objet d’un échange de vues entre représentantes de différentes sensibilités, des libéraux aux « orthodoxes modernes » en passant par les massorti, courant du judaïsme réformé soucieux de préserver une partie de la traditionCette conviction, c’est que « les femmes, comme les hommes, peuvent étudier », résume Iris Ferreira, première femme à avoir reçu la semikha (transmission d’autorité d’un rabbin à un autre) en France, en 2021, et qui exerce son ministère rabbinique depuis septembre dernier auprès d’une communauté libérale de Strasbourg.

« Ce qui nous rassemble, c’est l’amour des textes », abonde Manon Brissaud-Frenk, elle-même élève rabbin, une des premières à pouvoir se former en France, au sein d’une école rabbinique libérale qui n’a ouvert ses portes qu’en 2019 – auparavant, il fallait faire l’intégralité de son cursus aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Israël…

« Cela peut s’accélérer »

« L’évolution est lente, mais j’ai l’impression que cela peut s’accélérer dans les années qui viennent », veut croire Iris Ferreira. Depuis l’ordination de la pionnière Pauline Bebe en 1990, quatre autres femmes rabbins guident des communautés libérales en France. D’autres Françaises se préparent au rabbinat dans le courant massorti mais aussi, en la personne de Myriam Ackermann-Sommer, chez les orthodoxes modernes.

« Dans mon bureau de rabbin, beaucoup de jeunes filles disent qu’elles envisagent cette voie. Cela devient une possibilité que moi je n’avais pas pu verbaliser », reconnaît Delphine Horvilleur. Toutefois la rabbin parisienne n’oublie pas qu’en matière de droits des femmes, la prudence s’impose. « Je crois qu’à la 250e réunion des Filles de Rachi, on constatera encore que rien n’est acquis… Ce qui ne va pas nous empêcher de rester actives ! »

En République islamique de Mauritanie, une communauté chrétienne fragile 

Reportage 

Il y a cinq ans, le 13 mai 2017, le Saint-Siège nommait pour la première fois un nonce apostolique en Mauritanie alors que les deux États officialisaient l’établissement de relations diplomatiques. Très minoritaire dans la République islamique de Mauritanie, l’Église catholique est respectée par les autorités et la population grâce à son implication auprès des plus démunis.

  • Clémence Cluzel, à Nouakchott (Mauritanie), 
En République islamique de Mauritanie, une communauté chrétienne fragile
 
L’église de Nouakchott, en Mauritanie, prise en photo le 31 mars 2019.CARMEN ABD ALI/AFP

Semblable depuis l’extérieur à une tente, la cathédrale Saint-Joseph de Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, accueille chaque dimanche entre 400 et 600 fidèles catholiques. Après la messe, en français, certains, vêtus de tissu wax à l’effigie de saints, s’attardent dans la cour.

« Des personnes de tous continents et de toute condition sociale se retrouvent. Cela donne une vivacité à notre Église que l’on ne retrouve pas ailleurs », se réjouit Mgr Martin Happe, évêque de Nouakchott. L’occasion aussi pour ces chrétiens, tous non mauritaniens, de se réunir, alors que beaucoup vivent dans une grande précarité. « L’Église est aussi un moyen de nous rassembler entre chrétiens et étrangers », souligne Laurent, originaire de la Guinée-Bissau et responsable des enfants de chœur de la paroisse de la cathédrale.

Une minuscule minorité

 

L’unique diocèse de Mauritanie, érigé en 1965, regroupe les principales paroisses de Nouakchott et Nouadhibou, deuxième ville du pays, auxquelles s’ajoutent les missions d’Atar, Rosso, Kaedi et Zouérate sans qu’elles aient de fidèles pour autant. Car, au sein de la République islamique de Mauritanie, la présence chrétienne reste infime. L’islam est religion d’État, et tous les Mauritaniens sont musulmans. Les 4 000 catholiques du pays sont tous étrangers et originaires d’une quarantaine de pays, majoritairement africains.

« Un tiers de la paroisse de Nouakchott se renouvelle annuellement car beaucoup sont de passage : c’est un défi. Mais cela nous empêche de nous endormir ! », sourit Mgr Martin Happe, évêque depuis 1995 après vingt-deux ans comme administrateur apostolique au Mali. Ce « père blanc » de 77 ans, originaire d’Allemagne, compte une dizaine de prêtres sous sa responsabilité, la plupart missionnaires, ainsi qu’une trentaine de religieuses de diverses congrégations.

Dialogue interculturel

« À l’aéroport de Nouakchott, un Mauritanien remarquait, amusé, que je portais une croix dans une République islamique sans que cela pose problème, alors qu’en Europe cela fait débat !, pointe Mgr Happe. Je n’ai jamais ressenti d’hostilité en vingt-sept ans. » Il prône inlassablement le dialogue interculturel : « La seule façon de changer les idées est de se fréquenter plutôt que de se laisser enfermer derrière des murs. Je note surtout une grande méconnaissance et des idées erronées sur notre religion. »

→ ENTRETIEN. « La Mauritanie est le seul pays du Sahel à avoir su chasser les terroristes »

Preuve du respect des autorités mauritaniennes envers l’Église catholique, depuis le 9 décembre 2016, la Mauritanie et le Saint-Siège entretiennent des relations diplomatiques. En mai 2017 était nommé le premier nonce apostolique pour le pays, le même que pour le Sénégal, le Cap-Vert et la Guinée-Bissau.

« L’idée que les chrétiens rasent les murs est fausse », balaye l’évêque de Nouakchott. La population demeure cependant très susceptible sur le prosélytisme, formellement interdit. « Il n’est pas question de convertir », insiste Mgr Happe. D’après l’article 306 du code pénal, l’hérésie, l’apostasie, l’athéisme ou encore le blasphème sont passibles de peine de mort. Cinq Mauritaniens ont été condamnés en octobre 2020 à de la prison ferme pour outrage aux mœurs islamiques.

Un engagement social fort

La mission de l’Église se concentre ainsi essentiellement sur les actions sociales alors qu’environ 30 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Aide aux grands brûlés, soutien aux prisonniers, aux enfants handicapés, lutte contre la malnutrition mais aussi scolarisation et formation professionnelle, assistance aux migrants, bibliothèques… Les nombreux projets sont pilotés par le bureau du diocèse et souvent menés avec Caritas Mauritanie, seule ONG confessionnelle non musulmane reconnue par les autorités.

À Nouakchott, Caritas appuie notamment deux projets. L’un dans le quartier populaire de Dar Naïm, avec le centre de formation et d’insertion professionnelle qui offre des formations aux jeunes déscolarisés ou analphabètes. Et l’autre à Dar El Barka, via un centre de formation qui combine formation professionnelle et cours d’alphabétisation pour les femmes avec un jardin d’enfants.

Pression islamiste

Toutefois, si la minorité chrétienne vit en paix, la pression de l’islam fondamentaliste, financé par l’Arabie saoudite, se fait sentir depuis quelques années. «Les premières victimes de ce durcissement sont les Mauritaniens, rapporte Mgr Martin Happe. C’est l’islam des confréries qui est visé car, pour les wahhabites, il s’agit de syncrétisme. »

Avec Taizé, des jeunes aux « sources de l’espérance » en Terre sainte 

Les faits 

Jusqu’au 15 mai, la communauté de Taizé réunit plusieurs centaines de jeunes en Terre sainte pour une semaine de pèlerinage « vers les sources d’espérance ». Une dizaine de frères de la communauté animent cette rencontre internationale.

  • Alice Clavier, 

Lecture en 1 min.

Avec Taizé, des jeunes aux « sources de l’espérance » en Terre sainte
 
Les mélodies des chants de Taizé résonneront dans les églises de Jérusalem, de Bethléem et de Nazareth, du 8 au 15 mai.KYRYLO GLIVIN/KIRILL4MULA - STOCK.ADOBE.COM
       

Les mélodies des chants de Taizé résonneront dans les églises de Jérusalem, de Bethléem et de Nazareth, du 8 au 15 mai. Trois cents jeunes âgés de 18 à 35 ans sont arrivés de toute l’Europe en Israël pour un pèlerinage placé sous le double signe de la rencontre et de l’espérance.

→ À LIRE. Syrie : à Homs, 800 jeunes pour une rencontre de Taizé inédite

Cette rencontre internationale s’inscrit dans le cadre des « pèlerinages de confiance » lancés il y a plus de trente ans par le fondateur de la communauté de Taizé, le frère Roger, et par le frère Alois, prieur de la communauté depuis 2005. Il animera ce pèlerinage avec d’autres frères, répondant à sa mission : « Stimuler la marche en avant de la communauté et susciter l’unité et la communion entre les frères », peut-on lire sur le site de Taizé.

Un pèlerinage à la rencontre des chrétiens du Proche-Orient

Organisée en collaboration avec les Églises de Terre sainte et l’Institut œcuménique de Tantur, cette rencontre est le fruit de quarante soirées préparatoires de prière et de réflexion au cours desquelles grecs-orthodoxes, arméniens orthodoxes, catholiques de divers rites, luthériens et anglicans installés en Israël ont préparé l’accueil des jeunes.

→ À LIRE. Aux origines de l’« aventure Taizé »

Les pèlerins seront logés à plusieurs reprises chez l’habitant, en particulier à Bethléem, où est né le Christ. Ce pèlerinage qui les mènera jusqu’au mont Tabor, lieu de la Transfiguration, est l’occasion de leur faire découvrir les divers visages du christianisme au Proche-Orient. Des rencontres avec des jeunes de Terre sainte, des professeurs de l’École biblique de Jérusalem ou encore avec des patriarches, aussi bien grec-orthodoxe que latin, sont prévus.

Un thème : l’espérance

Pendant la semaine, les jeunes seront invités à approfondir le thème suivant : « Cheminer ensemble vers les sources d’espérance. » Au cours d’échanges, d’ateliers et de visites des lieux bibliques, ils réfléchiront à la vertu théologale de l’espérance, ce « moteur qui pousse à agir, en particulier là où sévissent les injustices ».