Histoire

1918

Des « race pictures » à Black Panther, un siècle de cinéma noir

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Image du film « Do the right thing » de Spike Lee

Entre la sortie du premier long métrage réalisé par un Africain-Américain et le succès planétaire de « Black Panther », un siècle s’est écoulé. Retour sur l’épopée de ces réalisateurs afrodescendants qui se sont battus pour exister, même quand Hollywood les ignorait.

C’était il y a exactement cent ans, en 1920, très longtemps avant le succès mondial de Black Panther. Le pionnier américain du cinéma noir, Oscar Micheaux, signait Within Our Gates, le plus ancien long-métrage réalisé par un cinéaste de la diaspora africaine aux États-Unis que l’on ait pu retrouver. Ce film apparaissait à son humble échelle comme une œuvre critique du célèbre Naissance d’une nation (D. W. Griffith, 1915) et de ses stéréotypes raciaux.

Within Our Gates avait disparu, croyait-on, à jamais quand, dans les années 1970, on en a découvert l’unique copie qui existait encore, en Espagne, où elle avait été baptisée La Negra, après son étonnante exportation vers l’Europe dès les années 1920.

« Within Our Gates » de Oscar Micheaux (1920)

Il a donc fallu retraduire en anglais les intertitres de la version espagnole pour que ce film du temps du muet puisse être à nouveau visible dans son pays d’origine ! Et pour que l’on puisse aujourd’hui célébrer le centenaire du cinéma noir, comme cela a déjà été le cas avec un peu d’avance au festival de Locarno (Suisse), à l’été 2019. Le chercheur Greg De Cuir Jr y avait organisé une rétrospective intitulée Black Light, dont le livre collectif qui vient de paraître sous ce même titre, presque exclusivement consacré au cinéma noir américain et dont nous rendons compte ici, est une émanation.

Ségrégation sur grand écran

La rencontre entre les Noirs des États-Unis et le cinéma est cependant bien antérieure à la sortie de Within Our Gates. Dès le tournant du XXe siècle, alors que le septième art est dans sa prime enfance, les Noirs, qui ont amorcé depuis la fin de la guerre de Sécession leur exode des campagnes vers les petites villes du Sud et de l’Ouest puis vers les grandes cités du Nord, découvrent le cinéma presque en même temps que les Blancs grâce à des projectionnistes itinérants, qui montrent des films issus de la culture blanche dominante aux migrants dans des lieux communautaires – églises, associations, etc.

Mais la sédentarisation de l’industrie cinématographique après 1906, avec la création de petits cinémas de quartier, les « nickelodéons » – car l’entrée coûte 1 nickel –, puis celle de véritables salles « modernes » dans tout le pays, ira de pair avec le développement d’une politique de ségrégation officielle (dans le Sud) ou officieuse (dans le Nord) qui durera longtemps. Autour de 1910, il y a ainsi plus de 200 « colored theaters » aux États-Unis, et pas moins de 425 en 1925, dont la moitié seulement appartient à des Noirs.

Les cinéma « colored » proposent peu à peu des drames, des comédies musicales et des westerns destinés aux Noirs.

Si ces salles « colored » programment en général les mêmes films que les « theaters » des Blancs, elles proposent peu à peu des longs-métrages de fiction destinés uniquement aux Noirs et dans lesquels jouent des acteurs issus de la communauté africaine-américaine.

« Cow-boys sépia »

Bientôt, parmi ces « race pictures », comme on les surnomme, elles présentent des œuvres de réalisateurs noirs, dont le plus célèbre sera précisément Oscar Micheaux. Il tournera de façon artisanale et avec des moyens dérisoires (des budgets inférieurs à 10 000 dollars par long-métrage) une cinquantaine de films jusqu’en 1948.

Parmi les « race pictures » des années 1920, 1930 et 1940, beaucoup de drames ou de mélodrames sociaux – comme Within Our Gates – mais aussi des films de genre : histoires de gangsters noirs (Dark Manhattan, de Harry L. Fraser), comédies musicales (Tall, Tan and Terrific, de Bud Pollard) et même westerns noirs (Harlem on the Prairie, de Sam Newfield, avec des « cow-boys sépia »).

À partir de la fin des années 1950, la suppression de la ségrégation raciale permit aux Noirs de fréquenter les cinémas jusque-là réservés aux Blancs sans pour autant que les productions africaines-américaines en bénéficient. Les colored theaters subsistants projettent d’ailleurs eux-mêmes essentiellement, comme toutes les salles, des films hollywoodiens grand public.

Mais, à cette époque, des stars noires (Dorothy Dandridge, Sidney Poitier, Harry Belafonte…) apparaissent sur les écrans. Des acteurs, assez peu nombreux, « à la fois suffisamment typés – classe moyenne, asexués et banlieusards – et suffisamment charismatiques pour être tolérés » par le système hollywoodien et le public blanc, explique l’universitaire Adrienne Boutang, qui, dans l’ouvrage Black Light, explore la préhistoire du cinéma noir américain. Jusqu’à ce que la situation évolue, à partir des années 1970.

En lutte contre le modèle hollywoodien

Alors que les militants des droits civiques ou du black power revendiquent avec une fierté grandissante leur culture africaine-américaine, deux courants artistiques marquent la réapparition durable d’un cinéma noir doté d’une ambition esthétique et du souci d’affirmer sa singularité.

D’abord, un mouvement radical et engagé, parfois élitiste, celui de la Los Angeles School, ou L.A. Rebellion, qui veut mettre le cinéma au service des minorités et lutter contre le modèle hollywoodien. Il a pour épicentre l’Ucla (University of California, Los Angeles), d’où son nom. Toute une série de réalisateurs émergent, qui mènent, aux États-Unis et dans le reste du monde, un combat militant préfigurant d’une certaine façon celui du courant postcolonial.

« Daughters of the Dust » de Julie Dash (1991)

S’en détachent quatre figures de proue. D’abord, Charles Burnett, que beaucoup de critiques considèrent comme l’un des plus grands réalisateurs américains. Dans Killer of Sheep (1973), qui s’inscrit pourtant dans la veine du néoréalisme, il livre le portrait poétique d’un travailleur des abattoirs de South Central, à L.A.

Ensuite, Julie Dash, remarquée grâce à Illusions (1982), qui dénonce la discrimination raciale et sexuelle à Hollywood, et, en 1991, grâce au très beau et étonnant Daughters of the Dust, qui évoque la migration d’une famille noire de Géorgie quelques années après la fin de l’esclavage.

Puis, Jamaa Fanaka, qui, dans Welcome Home Brother Charles (1975), montre comment un super-héros peut devenir un antihéros. Enfin, Hailé Gerima, le grand cinéaste éthiopien, en exil depuis 1968 en Californie, que le Fespaco couronnera sur le tard pour Teza, en 2009.

L’ère de la Blaxploitation

Le second courant du cinéma noir, dominant à partir du début des années 1970, est celui de la Blaxploitation, plus commercial et, donc, populaire. Les deux films qui l’ont lancé, jusqu’au niveau international, et restent des jalons importants dans l’histoire cinématographique américaine sont Sweet Sweetback’s Baadasssss Song, de Melvin Van Peebles, et, à un moindre degré, Shaft, de Gordon Parks.

« Sweet Sweetback’s Baadasssss Song », de Melvin Van Peebles (1971)

Ces œuvres puissantes, qui mettent en valeur des héros black virils évoluant au son de musiques afroaméricaines pleines d’énergie dans des décors urbains, connaissent un immense succès. Elles obligent Hollywood, alors dans le creux de la vague, à s’apercevoir de l’importance du public noir pour assurer l’avenir du septième art.

En l’espace de trois ou quatre ans, une soixantaine de films revalorisant l’image des Noirs, le plus souvent sans craindre les stéréotypes, seront ainsi réalisés avant que le mouvement de la Blaxploitation décline rapidement.

Trois films oscarisés

On ne distingue plus, depuis les années 1980, de véritable courant important dans la cinématographie noire américaine. Pourtant, avec des hauts et des bas, les réalisateurs issus de la communauté n’ont plus jamais cessé de fournir en quantité – on parle de 200 longs-métrages, rien que depuis 2007 – des films plus ou moins réussis. Jusqu’à ce que, ces dernières années, une série d’œuvres de premier plan donnent l’impression d’une véritable renaissance.

« Black Panther » de Ryan Coogler (2018)

Avant même le triomphe planétaire des aventures de super-héros noirs (Black Panther, de Ryan Coogler, en 2018), qui n’a entendu parler, pour ne citer que ceux-là, du drame 12 Years a Slave, de Steve McQueen, de Moonlight, de Barry Jenkins (le portrait d’un dealer black gay), ou du thriller antiraciste Get Out, de Jordan Peele, oscarisés respectivement en 2014, 2016 et 2017 ?

Sans oublier les sorties à intervalles réguliers, depuis le milieu des années 1980, des nombreux films de qualité inégale, certes, mais toujours marquants du remuant Spike Lee, le porte-drapeau d’un cinéma noir américain plus que jamais vivant. Et qui compte !

Attentat du 6 avril 1994 : retour sur l’enquête de la discorde entre la France et le Rwanda

Le 6 avril 1994, l’attentat contre le président rwandais Juvénal Habyarimana donnait le signal de départ au génocide contre les Tutsi. Retrouvez tous nos articles sur ce dossier qui empoisonne depuis vingt ans les relations entre Paris et Kigali.

France

Génocide des Tutsi : la justice française referme le dossier sur l’attentat contre l'avion de Juvénal Habyarimana

La carcasse de l'avion du président Juvénal Habyarimana, abattu le 6 avril 1994 alors qu'il se préparait à atterrir à l'aéroport de Kigali.

La cour d'appel de Paris a confirmé le non-lieu dans l'instruction sur l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion du président Juvénal Habyarimana. Ce dossier empoisonnait les relations franco-rwandaises depuis plus de vingt ans.

Paul Kagame : « Au Jugement dernier, j’obtiendrai de bien meilleures notes que ceux qui osent nous condamner »

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Colonisation du Congo belge: les «profonds regrets» du roi Philippe de Belgique

Le nouveau drapeau de la République du Congo, le 1er juillet 1960, jour où le Congo a officiellement reçu son indépendance de la Belgique.
Le nouveau drapeau de la République du Congo, le 1er juillet 1960, jour où le Congo a officiellement reçu son indépendance de la Belgique. Bettmann / Getty Images

Le roi des Belges Philippe a présenté pour la première fois dans l'histoire du pays « ses plus profonds regrets pour les blessures » infligées lors de la période coloniale belge au Congo ce mardi, à l'occasion du 60e anniversaire de l'indépendance.

Avec notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet

C’est dans une lettre adressée au président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, que le roi Philippe -qui règne depuis 2013- a fait part de ses regrets. « Il faut pouvoir se parler de notre longue histoire commune en toute vérité et en toute sérénité » a écrit ce mardi matin le roi des Belges à Félix Tshisekedi. Dans sa lettre au président congolais, il évoque une histoire faite de « réalisations communes », mais qui a aussi connu « des épisodes douloureux ».

Le roi des Belges parle de deux périodes, d’abord celle de l’État indépendant du Congo : 1885-1908. Une époque pendant laquelle son arrière-arrière-grand-père, le roi Léopold II était souverain de cette colonie qu’il détenait à titre personnel. Et pour cette époque, le roi Philippe va jusqu’à évoquer des violences et des cruautés.

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La lettre évoque ensuite la période coloniale après 1908 lorsque le gouvernement belge a forcé Léopold II à céder le Congo à l’État après les accusations d’exactions. Pour cette période-là, le roi Philippe évoque des souffrances et des humiliations.

Le roi Philippe écrit ses plus profonds regrets à la première personne, un « je » qui renvoie évidemment à sa lignée familiale, mais surtout au fait qu’il prend en partie une responsabilité personnelle en tant que chef de l’État. Cette lettre a été écrite de concert avec le gouvernement. Car selon la Constitution le roi des Belges n’est pas souverain et n’a pas le droit de s’exprimer sans l’aval du gouvernement. Il tenait cependant à le faire après le déboulonnage des statues de Léopold II largement attaqué suite au mouvement mondial suite à la mort de George Floyd.

Dans ce contexte, le roi Philippe affirme son engagement à « combattre toutes les formes de racisme ». « J'encourage la réflexion qui est entamée par notre parlement afin que notre mémoire soit définitivement pacifiée », poursuit le souverain belge dans sa lettre.

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La Première ministre belge, qui inaugurait ce matin une plaque commémorant l’indépendance du Congo, a salué le message du roi Philippe. « L’heure est venue pour la Belgique d’entamer un parcours de vérité à propos de son passé colonial au Congo », explique-t-elle. Une commission parlementaire devrait voir le jour prochainement en Belgique pour examiner le passé colonial belge.

Une statue de Léopold II recouverte de peinture rouge à Anvers, en Belgique, le 4 juin 2020.
Une statue de Léopold II recouverte de peinture rouge à Anvers, en Belgique, le 4 juin 2020. JONAS ROOSENS / BELGA / AFP

Hergé et Tintin au Congo «J'étais colonialiste comme tout le monde à l'époque»

 
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Chasselay, le jour où l'armée allemande a massacré des tirailleurs africains

Le «Tata» de Chasselay qui abrite une nécropole de 196 stèles, au nord de Lyon.
Le «Tata» de Chasselay qui abrite une nécropole de 196 stèles, au nord de Lyon. Wikimedia Commons / Taguelmoust

Alors que la France commémore en ce moment les événements de juin 1940, lors de la débâcle du début de la Seconde Guerre mondiale, à Chasselay, au nord de Lyon, c'est à des tirailleurs africains que l'on pense. Les 19 et 20 juin, près de 200 d'entre eux furent froidement assassinés par les Allemands. C'est l'un des plus importants massacres de soldats noirs commis alors quasi systématiquement.

Pour beaucoup de militaires allemands, ils n'étaient pas des soldats, ni même des hommes, mais plutôt des « Affen », des singes. La preuve de la dégénérescence de la France et de son armée, selon la propagande nazie. C'est gorgé de cette haine, de cette peur, qu'ils déchaînent leur violence contre les troupes coloniales tandis que la France s'écroule.

Le 17 juin, le maréchal Pétain appelle à cesser le combat. Au nord de Lyon, les 19 et 20 juin, le 25e régiment de tirailleurs sénégalais résiste, suit l'ordre de l'état-major de freiner la descente allemande vers le Rhône. Les combats sont inégaux et les tirailleurs contraints à la reddition. Les militaires noirs fait prisonniers sont séparés des blancs et abattus par les mitrailleuses des panzers. D'autres sont également assassinés lors d'une véritable chasse aux tirailleurs engagée dans les environs.

Une nécropole de 196 stèles

Aujourd'hui, 196 stèles peuplent la nécropole nationale de Chasselay, entourées de quatre pyramides bardées de pieux, ocres elles aussi, et gardées par des masques traditionnels. Le « Tata » (« enceinte sacrée » en wolof), construit dès 1942 à l'initiative d'un ancien combattant, Jean Marchiani, qui a lui-même acheté le terrain, garde vive la mémoire de ces hommes morts pour la France en région lyonnaise.

Une cérémonie officielle d'hommage aura lieu dimanche 21 juin à Chasselay en présence de Geneviève Darrieussecq, la secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées.

Pour la première fois, des photos de ces événements sont publiées dans le livre de l'historien Julien Fargettas, spécialiste des troupes coloniales, dans Juin 1940 : Combats et massacres en Lyonnais, qui vient de paraître.

Au musée de la Libération: «1940, les Parisiens dans l'exode»

 
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