Histoire

Au Biafra, Odumegwu Emeka Ojukwu dans l’impasse (5&6)

 biafra

La situation au Biafra tourne au désastre. La stratégie de l’étouffement adoptée par Lagos fonctionne. Des millions de Biafrais perdent la vie, et pourtant Ojukwu refuse toujours de négocier. Comment espère-t-il encore sortir vainqueur de cette guerre contre le géant nigérian ?

National Geographic à la recherche des trésors de l’Égypte antique

Mis à jour le 11 janvier 2022 à 12:28
 

 

Dans un épisode dédié à Cléopâtre, on suit l’archéologue Kathleen Martinez dans le temple de Taposiris Magna © Windfall Films

 

La chaîne diffuse depuis dimanche la troisième saison de sa série de documentaires « Les trésors perdus de la vallée des rois ». Au plus près du travail des archéologues sur le terrain.

Il est encore loin le temps où tous les mystères de l’Égypte antique auront été percés à jour. Enfouis dans le sable, cachés sous des tonnes de roches, protégés par plus de 5000 ans de poussière, ils attendent encore les pillards les plus malins ou les archéologues les plus aguerris qui parviendront à les dénicher. Si les premiers ne cherchent que des trésors sonnants et trébuchants, les seconds s’attellent à faire avancer le savoir sur l’une des civilisations les plus fascinantes de l’histoire humaine.

C’est à eux que s’intéresse Les trésors perdus de la vallée des rois, troisième saison, proposée par la chaîne National Geographic. Il s’agit d’une série documentaire de huit épisodes qui suit au plus près les travaux actuels de différents archéologues sur différents sites égyptiens. Ainsi peut on accompagner Mohamed Megahed quand il pénètre, à Saqqara, dans la grande pyramide de la reine Setibhor et parvient à atteindre la chambre funéraire – ce que personne n’avait fait depuis sa construction il y a plus de 4 000 ans !

Et si c’était la tombe de Cléopâtre ?

Dans un épisode spécialement dédié à Cléopâtre, compagne de César puis de Marc-Antoine avant d’être défaite par les armées d’Octave, c’est l’archéologue Kathleen Martinez que l’on suit, participant à ses recherches dans le temple de Taposiris Magna. Elle y explore pour la première fois un réseau de tunnels secrets situés sous le temple et y trouve une porte cachée qui pourrait la conduire à la tombe perdue du dernier pharaon d’Égypte…

LES HUIT ÉPISODES S’INTÉRESSENT À L’ACCESSION DE RAMSÈS AU POUVOIR, AUX REINES ÉGYPTIENNES OU AUX PILLEURS DE TOMBES

Au cœur du pays, non loin de Philadelphie, près de l’Oasis du Fayoum, l’équipe de Basem Gehad travaille, elle, dans le vent et la poussière, fouillant d’anciennes tombes pour essayer d’en savoir plus sur l’Égypte hellénistique et cette période où les civilisations s’imprègnent et se mélangent…

Les huit épisodes de cette troisième saison s’intéressent à de nombreux sujets comme l’évolution de la momification, la tombe perdue de Cléopâtre, l’accession de Ramsès au pouvoir, les reines égyptiennes, les pilleurs de tombes… mais surtout à la manière dont les hommes d’aujourd’hui exhument leur passé. Chaque épisode suit plusieurs archéologues sur différents sites répartis à travers toute l’Égypte en ménageant – parfois de manière très artificielle – le suspense. Que va-t-on trouver derrière cette minuscule ouverture souterraine ? Que va nous révéler cette radiographie du corps de la momie ? Qu’abrite donc ce sarcophage encore intact ?

Conditions extrêmes

Claire et pédagogique, la série entend – selon le communiqué de presse qui l’accompagne – montrer des hommes et des femmes « utilisant tous les outils de pointe de la technologie moderne pour leurs fouilles ». Les films montrent en réalité exactement le contraire : contraints par des permis de courte durée, les archéologues travaillent dans des conditions extrêmes, le plus vite possible, sans toujours disposer de moyens techniques vraiment modernes. S’ils peuvent obtenir des photos satellitaires ou des relevés numériques précis, les archéologues doivent la plupart du temps se contenter de pioches, de truelles, de vielles cordes, de brouettes et d’échafaudages branlants pour tenter d’exploiter leurs découvertes.

CETTE SÉRIE PASSIONNANTE MONTRE AUSSI LE CRUEL MANQUE DE MOYENS DE LA RECHERCHE ARCHÉOLOGIQUE ÉGYPTIENNE

L’épisode sur la momification montre ainsi des hommes portant une momie comme un vieux sac de jute et l’extirpant de sa tombe millénaire entre quatre planches soulevées à la verticale. Les zones de fouilles sont déblayées de manière approximative et les archéologues eux-mêmes prennent des risques pour leur vie en descendant dans de profondes cavités avec des équipements rudimentaires. En creux, cette série passionnante montre aussi le cruel manque de moyens de la recherche archéologique égyptienne. Alors qu’il y a encore tant à découvrir !

La paléontologie, un cas de colonialisme scientifique

Analyse

Développée lors des expéditions coloniales au XIXe siècle, la paléontologie ne s’est pas délestée de ses tares coloniales, révèle une étude parue dans la revue scientifique Nature Ecology and Evolution. La collecte inégale de fossiles sur la planète fausse la compréhension de l’évolution passée de la biodiversité.

  • Marie Verdier, 
La paléontologie, un cas de colonialisme scientifique
 
Les chercheurs des pays à revenus élevés ont fourni au cours des trente dernières années 97 % des données fossiles répertoriées dans la base de données de paléobiologie (PBDB).GULSHAN KHAN/AFP
    •  En anglais, on l’appelle « parachute science », la science parachute. À savoir celle pratiquée par des chercheurs des pays développés du Nord qui mènent leurs travaux dans des pays du Sud, y collectent données, échantillons ou fossiles qu’ils embarquent dans leurs laboratoires, sans nullement impliquer les scientifiques des pays concernés. C’était le mode de fonctionnement des expéditions scientifiques des XVIIIe et XIXe siècles, à l’origine de fabuleuses découvertes et de constitutions d’inestimables collections dans les muséums d’histoire naturelle.

Cette pratique est loin d’avoir disparu. Ainsi la paléontologie, dont la recherche dépend de la collecte d’archives fossiles, repose encore beaucoup sur une démarche néocoloniale, non sans de multiples effets délétères, comme l’analyse une équipe internationale dans son étude « L’histoire coloniale et l’économie mondiale déforment notre compréhension de la biodiversité des temps anciens », parue dans la revue scientifique Nature Ecology and Evolution, le 30 décembre 2021.

Un indice de parachutisme

Ainsi, les chercheurs des pays à revenus élevés détiennent un monopole de la production de la connaissance. Au cours des trente dernières années, ils ont fourni 97 % des données fossiles répertoriées dans la base de données de paléobiologie (PBDB). Les États-Unis, à eux seuls, en ont fourni plus d’un tiers. Ils sont suivis par l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France, chacun y contribuant pour plus de 10 %, pour des recherches menées majoritairement à l’étranger.

Or, près de la moitié de ces dernières n’implique aucun chercheur local. C’est encore sans compter les recherches menées dans les territoires d’outre-mer anciennement colonisés, comme la Polynésie française, où la population autochtone contribue rarement, si ce n’est jamais, aux travaux scientifiques.

Les auteurs de l’étude, allemands, britanniques, sud-africains, brésiliens et indiens, ont développé un « indice de parachutisme ». Sans surprise, de nombreux pays africains sont des cibles de la science parachute. Et le lien est clair avec l’histoire coloniale. Ainsi, les Français affectionnent le Maroc, la Tunisie et l’Algérie où ils totalisent un quart des recherches, les Allemands se tournent vers la Tanzanie (17 % des recherches), les Britanniques vers l’Égypte et l’Afrique du Sud (10 % des recherches).

La pratique a dépassé les frontières des anciens territoires coloniaux pour se mondialiser. Quelques pays sont particulièrement prisés, le Myanmar (Birmanie) et la République dominicaine, notamment pour les inclusions fossiles dans l’ambre, le Maroc, la Mongolie et le Kazakhstan pour les fossiles de vertébrés.

Des centres régionaux de connaissances paléontologiques ont émergé

Certains centres régionaux de connaissances paléontologiques ont toutefois émergé, notamment en Chine, en Inde, en Argentine, au Brésil ou au Mexique. Ces pays se dotent de législation pour enrayer les exportations de fossiles et faire participer leurs scientifiques aux recherches internationales. Les contributions de ces derniers ont augmenté ces trente dernières années.

Le colonialisme scientifique en paléontologie reste toutefois prégnant, estiment les auteurs. Il accentue le biais d’échantillonnage qui déforme la représentation de la biodiversité passée en privilégiant certaines zones de recherche. Un biais qui s’ajoute aux facteurs géologiques ou taphonomiques (science de l’enfouissement menant à la fossilisation), qui font que les restes fossiles sont incomplets et inégalement répartis sur la planète. Or, il s’agit là d’un important facteur de distorsion des interprétations de la dynamique de la biodiversité mondiale au cours du Phanérozoïque (ces derniers 541 millions d’années pendant lesquelles s’est développée la vie animale).

D’autres disciplines concernées

Enfin, la dimension coloniale persiste, tout d’abord parce que les collections sont conservées dans les pays du Nord et que celles-ci demeurent une source précieuse pour les recherches actuelles, mais guère accessibles aux chercheurs du Sud. Et aussi parce qu’elle entrave le développement d’une recherche propre dans ces pays.

La paléontologie n’est toutefois pas l’apanage du colonialisme scientifique. En février 2021, la revue Current biology s’inquiétait du même travers dans le domaine de la science marine. Elle constatait que, depuis cinquante ans, 40 % des publications sur les récifs coralliens, parmi les points chauds de biodiversité de la planète, au large des Philippines ou de l’Indonésie, n’incluaient pas de chercheurs locaux.

 

Tirailleurs naufragés : qu’ils soient déclarés morts pour la France !

Mis à jour le 4 janvier 2022 à 14:50
 
Karfa Diallo
 

Par Karfa Diallo

Conseiller régional Nouvelle-Aquitaine, fondateur-directeur de l'association Mémoires et Partages.

 

Dans la campagne française, en Champagne, une vendangeuse offre du raisin à un tirailleur sénégalais blessé (carte postale envoyée en 1914). © Gusman/Leemage (Photo by leemage / Leemage via AFP)

 

 

Le paquebot Afrique, qui a fait naufrage le 12 janvier 1920, transportait à son bord 192 tirailleurs sénégalais. Lettre ouverte au chef de l’État français et aux candidats à l’élection présidentielle de 2022 sur ce drame oublié.

Il y a tout juste cent deux ans, le paquebot Afrique coulait au large de Bordeaux. Parmi les quelque 600 passagers, 192 tirailleurs sénégalais, qui rentraient chez eux après avoir servi la France durant le premier conflit mondial. Une tragédie dont les tirailleurs naufragés ont été oubliés, parmi les oubliés.

Il faut se souvenir du 12 janvier 1920. Il faut, cent ans plus tard, honorer la mémoire de ces 192 tirailleurs sénégalais qui espéraient rentrer chez eux après avoir mené une guerre qui n’était pas la leur. Il faut les déclarer « morts pour la France ». Documentée, cette histoire est pourtant gommée de la mémoire d’un pays qui aime se raconter.

Front de Salonique

C’est de Bordeaux, le 9 janvier 1920, sur le quai des Chartrons, que partit l‘Afrique, de la Compagnie des Chargeurs réunis. À son bord, 602 passagers (dont 132 membres d’équipage), sans compter les compagnies de tirailleurs entassées sur l’entrepont, des fonctionnaires de l’administration coloniale, des hommes d’affaires, des commerçants, leurs femmes et enfants.

Ces 192 tirailleurs africains, qui n’étaient Sénégalais que de nom (en réalité, seuls trente-quatre d’entre eux avaient pour destination Dakar), devaient débarquer à Conakry ou au warf de Grand-Bassam, devant Abidjan. Combattants sur le front de Salonique et à Gallipoli, ces soldats, redoutables nettoyeurs de tranchées et rescapés des tueries d’Argonne, d’Artois, de Verdun ou des Flandres, avaient été démobilisés plus tardivement que leurs camarades ayant combattu sur le sol français.

Quand le bateau sombra, au large de la Nouvelle-Aquitaine, trois jours après son départ de Bordeaux, seuls trente-quatre rescapés furent retrouvés, dont Mamadou Ndiaye, l’un des treize tirailleurs secourus, qui décéda d’ailleurs peu après.

IGNORÉS DE TOUS, CES RESCAPÉS DES TUERIES DE VERDUN OU DES FLANDRES GISENT AU FOND DE L’OCÉAN.

La plus grande catastrophe maritime civile française en temps de paix donnera lieu à de violentes controverses judiciaires, techniques et politiques sans que l’on ait accordé aux cent soixante-dix-huit soldats indigènes disparus en mer dans l’exercice de leur devoir l’hommage et la reconnaissance pour service rendu à la France.

Morts pour la France, ignorés de tous, ces tirailleurs gisent au fond de l’océan comme les millions d’autres jetés par-dessus bord pendant le commerce des esclaves au XVIIIe siècle et les milliers de jeunes immigrants africains dont les pirogues coulent encore.

Ingrate, la France a oublié les passagers de l’Afrique, et le sacrifice imposé à ses soldats « indigènes » en particulier.

Un timbre, des livres, une fresque

 

Timbre édité par la Côte d’Ivoire en 1990

 

Timbre édité par la Côte d’Ivoire en 1990 © DR

 

En mémoire du drame, la Côte d’Ivoire a émis un timbre, en 1990. L’ancien capitaine Roland Mornet lui a consacré un ouvrage (La tragédie du paquebot Afrique, Geste Éditions ) et le journaliste Nicolas Michel, un roman (Le Chant noir des baleines, Talents Hauts). L’association Mémoires & Partages a réalisé une exposition en 2018 et a commémoré, dans l’indifférence institutionnelle, le centenaire du naufrage en 2020. Une fresque en hommage aux tirailleurs naufragés orne depuis les quais de Bordeaux.

LA FRANCE, PAR LA VOIX DE SON PRÉSIDENT, DOIT PRONONCER LEUR NOM À HAUTE ET INTELLIGIBLE VOIX.

Est-ce suffisant ? Non. Le destin de ces tirailleurs sénégalais soulève un pan complexe de l’histoire de France, puissance coloniale qui s’accapara les richesses et la chair d’un continent. Les héros africains qui disparurent en cette nuit de janvier 1920, tout comme les rares qui survécurent, ont des noms : Lai Sako, Gore N’Diaye, Birame Sassoune, Amadou Diop… et nous n’écrirons pas « etc ».

Nous attendons que la France, par la voix de son président, prononce officiellement leur nom, à haute et intelligible voix, et les déclare « morts pour la France ». Nous avons une dette envers eux.

Interpellé en 2016 par l’association Mémoires & Partages, qui a lancé un « plaidoyer pour réhabiliter les tirailleurs naufragés », le président François Hollande avait transmis le dossier à Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État chargé des Anciens combattants et de la Mémoire.

Depuis, le silence est pesant. Le vivre-ensemble n’est pourtant possible qu’en retrouvant la mémoire de certains moments de notre passé et en faisant justice à ceux que nos guerres ont sacrifié jusque dans la mort.

L’occasion se présente aujourd’hui, cent deux ans plus tard, pour le président actuel ou à venir. La France a, en ce sens, une obligation. En attendant, une cérémonie et un hommage seront rendus à ces hommes, ce 12 janvier à Bordeaux.

Guerre d'Algérie: l'ouverture anticipée des archives actée en France

 

L'État français n'a pas traîné. Annoncée le 11 décembre dernier, l'ouverture anticipée des archives judiciaires en lien avec la guerre d'Algérie est officielle. Le décret a été publié ce jeudi 23 décembre au Journal Officiel. Si les historiens se félicitent, cette décision prise au sommet de l'État français est avant tout un geste diplomatique d'apaisement envers Alger.

« Regarder la vérité en face », déclarait il y a deux semaines la ministre française de la Culture, Roselyne Bachelot, alors que les tensions entre Paris et Alger ne faisaient que s'accentuer, et deux jours après la visite officielle de Jean-Yves Le Drian à Alger.

►À relire : Ouverture des archives sur la guerre d'Algérie, un geste d'apaisement de Paris

À quelques mois de l'élection présidentielle en France, il apparaît compliqué pour les autorités françaises d'avancer sur le dossier des visas ou de progresser sur le dossier mémoriel.

Ouvrir ces archives, qui concernent toutes les enquêtes de police et de gendarmerie menées des deux côtés de la Méditerranée entre le début de la guerre en 1954 et jusqu'à 1966, quatre ans après la signature des accords d'Évian, semblait donc le meilleur moyen pour Paris d'envoyer un message fort aux autorités algériennes.

Remis à Emmanuel Macron en janvier dernier, le rapport sur la réconciliation franco-algérienne de l'historien Benjamin Stora préconisait d'ailleurs un meilleur accès à ces archives, dont le délai de publication était de 75 ans. Elles sont donc accessibles avec quinze ans d'avance sur la date prévue.

L'ouverture de ces archives liées à la guerre d'Algérie est saluée par la plupart des historiens et des chercheurs travaillant sur le sujet. C'est notamment le cas de Pierre Mansat, membre du collectif « Accès aux archives publics », joint par RFI.

C'est une avancée importante, puisqu'elle permet d'accéder aux archives judiciaires et policières de la guerre d'Algérie, la guerre d'indépendance algérienne, et ça va jusqu'en 1966, donc ça intègre des sujets qui, aujourd'hui, étaient difficilement accessibles, comme les crimes de l'OAS, les procès des terroristes de l'OAS. Et que tous les ministères soient concernés - Armées, Affaire étrangères, Intérieur, les archives de la gendarmerie, les archives de la police judiciaire -, c'est un acte très important, puisqu'il permet l'accès à tout le monde

Pierre Mansat, membre du collectif «Accès aux archives publics»


►Écouter aussi : L'éditorialiste Akram Belkaïddécrypte la crise franco-algérienne