Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

L’appel de l’ONU à déposer les armes entendu – Vatican News

 

Le Pape a appelé ce dimanche à un cessez-le-feu global à cause de la pandémie de Covid-19, se joignant à l’appel lancé lundi en ce sens par le secrétaire général de l’ONU. La menace que représente le virus a poussé plusieurs belligérants à travers le monde à faire une pause dans leurs combats pour affronter ce défi commun à toute l’humanité.

Lundi 23 mars, Antonio Guterres avait appelé à déposer les armes pour éviter que la pandémie de Covid-19 ne se transforme en catastrophe mondiale. La priorité est bien selon lui de se préparer au choc que provoquera ce virus et non la poursuite d’intérêts politiques et militaires. Depuis le début de la semaine, des cessez-le-feu ont été évoqués aux Philippines, au Cameroun, au Yémen et en Syrie.

Lire la suite : L’appel de l’ONU à déposer les armes entendu – Vatican News, Xavier Sartre, 29.03.20.

 
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Deux ouvrages indispensables pour décortiquer le racisme

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Deux livres forts qui affinent grandement le débat sur le racisme et précisent tous les notions qui s'y rattachent.

Deux ouvrages parus à quelques mois d’intervalle explorent en profondeur la question du racisme, toujours aussi virulent dans nos sociétés contemporaines.

Prendre le temps de réfléchir sur des questions essentielles : voilà ce à quoi nous invitent deux ouvrages parus à quelques mois d’intervalle. Deux ouvrages qui creusent en profondeur la question du racisme, toujours à l’œuvre dans nos sociétés contemporaines, en dissèquent les mécanismes et les expressions cachées, en exposent les conséquences.

Les lire, c’est prendre conscience d’un fléau qui touche tout le monde et qui mérite d’être combattu au quotidien. Dans la sphère publique, en militant, peut-être, mais aussi dans le secret de l’intime, car qui peut se dire immunisé contre toute réaction raciste ? Pas grand monde en réalité.

• Des mots pour combattre le racisme

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Ce livre « remue-méninges » se présente sous la forme d’un abécédaire qui commence avec « affirmative action » et se termine avec « Zoos humains », offrant pour chaque mot un court texte pédagogique, des renvois à d’autres termes et des titres de films ou de livres en rapport direct avec le sujet.

« Au-delà de la définition des termes, de l’apport des statistiques ou de l’Histoire pour mettre en perspective le racisme, cet ouvrage se veut avant tout un outil de lutte : lutte contre les stéréotypes en aidant à les débusquer partout ; lutte contre les discriminations en rappelant la loi et les moyens qui existent pour la faire appliquer ; lutte contre l’intolérance par la découverte des autres cultures et de leurs différences ; lutte contre la violence en développant l’esprit critique et le dialogue », écrivent les auteurs dans leur introduction.

Ensuite, à chacun de piocher selon ses interrogations. Ainsi, au mot « Haine », on pourra lire : « Si la peur et la haine sont des sentiments naturels communs à l’espèce humaine, le racisme en revanche n’est pas inné. On ne naît pas raciste. On le devient. Mais le racisme se construit bel et bien autour de la haine : haine de la différence, haine de l’Autre, haine de l’“étranger”, qui n’est pas comme nous. »

Martin Luther King, Mandela, Gandhi…

Au fil des pages, le lecteur navigue entre personnages célèbres (Martin Luther King, Mandela, Gandhi…) et notions plus génériques (langue, immigration…), chaque terme étant traité sur deux ou quatre pages en toute simplicité, mais sans simplification excessive. Attentifs aux polémiques de notre temps, les auteurs n’hésitent pas à signaler les divergences de points de vue sur des questions aussi complexes que la laïcité, le métissage, l’affirmative action… Ainsi peut-on lire : « Si la notion de métissage est très largement répandue dans les sociétés actuelles, elle n’en demeure pas moins controversée puisqu’elle part du principe qu’il existe différentes “races” au sein de l’espèce humaine. » Ou encore : « En France, contrairement aux États-Unis, la discrimination positive de type ethnique n’existe pas, car elle est considérée comme un concept d’inspiration raciste. »

Entre « Anthropométrie » et « Antisémitisme », l’« Antiracisme » est expliqué avec clarté, mais les auteurs se permettent de préciser que tout n’est pas toujours rose entre les différents antiracismes. Et rappellent qu’en France, notamment, les tenants de deux courants différents s’opposent, parfois assez violemment. « Ces deux approches s’opposent parfois, écrivent-ils, la première s’appuyant sur le concept d’universalisme républicain (tous égaux, donc sans différence), la seconde sur celui de multiculturalisme (toutes les cultures et donc toutes les différences doivent pouvoir s’exprimer et se revendiquer). » Pour aller plus loin sur ce sujet brûlant, le livre de Jean-Loup Amselle offre une excellente analyse en profondeur, aussi pertinente qu’iconoclaste.

Des mots pour combattre le racisme, de Jessie Magana et Alexandre Messager, Syros, 194 pages, 12 euros.

• L’Universalité du racisme

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Avec cet essai, l’anthropologue Jean-Loup Amselle, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), à Paris, revient dans le détail sur la création proprement humaine, et somme toute récente, qu’est le racisme. Dès son introduction, il précise ainsi : « Qu’il s’agisse de l’Occident, de la France ou du Mali, le racisme ou les racismes ne sont pas des phénomènes anciennement apparus dans l’histoire de l’humanité, mais tout au contraire des productions relativement récentes que l’on peut faire remonter en gros au XIXe siècle. »

Selon lui, le « racisme antisémite » comme le « racisme intercommunautaire » procèdent « de l’anthropologie physique appliquée aussi bien aux Juifs qu’aux Arabes, aux Roms qu’aux Africains ». Plus précisément, il ancre la naissance du racisme dans les premières mesures de crânes et d’os effectuées par l’Allemand Eugen Fischer parmi les Hereros et les Namas de Namibie, qui furent comme on le sait les victimes du premier génocide du XXe siècle. Il pointe aussi du doigt les travaux de Louis Faidherbe sur les populations « blanches », « rouges » et « noires » d’Afrique subsaharienne, parfois encore opérants aujourd’hui. Ce qui lui permet de conclure que « les guerres tribales, dans la forme qu’on leur connaît actuellement, loin d’être une invention africaine, sont au contraire le produit d’une technologie en grande partie importée d’Occident ».

« L’antisémitisme est un racisme comme les autres »

La première partie de l’essai d’Amselle en irritera plus d’un, puisqu’elle entend démontrer que « l’antisémitisme est un racisme comme les autres ». Il ne s’agit évidemment pas de minimiser les dégâts produits par l’antisémitisme au cours de l’Histoire comme actuellement, mais d’appréhender les racismes dans leur ensemble.

Au passage, l’auteur fait preuve de quelques fulgurances utiles à la réflexion. Ainsi, il écrit : « Le racisme, ce n’est pas tant ou pas seulement détester un groupe quelconque, c’est également l’aimer dans son entièreté, en étant incapable d’y distinguer les individus qui le constituent. » Ou encore : « La race n’existe pas, nous disent les généticiens, même si l’ADN et la carte géographique de la répartition des gènes à la surface de la Terre sont censés permettre aux individus de savoir d’où ils viennent, et donc de reproduire d’une autre façon l’idée même de race. En cela, les biologistes font rentrer la race par la fenêtre alors qu’ils l’ont chassée par la porte. »

Nous vivons désormais dans un monde globalisé dont la temporalité est uniforme

Bon connaisseur du Mali et des questions décoloniales, Amselle conclut ainsi son essai : « Nous vivons désormais dans un monde globalisé dont la temporalité est uniforme parce qu’elle résulte des effets de la mise en place, au XIXe siècle, d’une matrice de savoir et de pouvoir conjoignant anthropologie physique, raciologie et domination coloniale, matrice dont nous ne sommes pas encore sortis et qui continue d’informer les différentes formes de racisme qui sévissent un peu partout. »

Cependant, sa conclusion la plus percutante sans doute se trouve en amont, quand il évoque ce qu’il nomme le « racisme de classe ». « En réalité, écrit-il, le racisme contemporain est la résultante de la domination qu’une élite, un groupe ou une classe dominante exerce sur des groupes ou des classes dominées et, à ce titre, il peut concerner une race, une ethnie, une religion, un genre, sans que ces différentes catégories soient radicalement étanches les unes par rapport aux autres. »

L’Universalité du racisme, de Jean-Loup Amselle, éditions Lignes, 128 pages, 12,90 euros

 
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[Tribune] Héritières de Schéhérazade

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Présidente de la Jeune Chambre de commerce de Mauritanie

Des femmes manifestent à Alger, le 9 avril 2019.

Dans son récent rapport sur l’évolution du droit des femmes en Afrique, le McKinsey Global Institute montre notamment que l’Afrique du Nord se classe en queue de peloton en ce qui concerne l’inclusion économique des femmes. Mais le vent de révolte amène toutes les « Schéhérazades » de notre siècle à se manifester…

«Il n’est de ruse que la ruse des hommes, puisqu’elle surpasse la ruse des femmes. » Dans l’un des contes des Mille et Une Nuits, l’héroïne se donne pour mission de changer cette phrase inscrite au frontispice d’une habitation.

Telle est la philosophie de Schéhérazade, la conteuse qui a su dompter le roi Shahryar, lequel avait décidé, pour se venger d’une humiliation, d’épouser chaque jour une jeune fille qu’il tuerait après la nuit de noces.

Pour échapper à ce sort, Schéhérazade lui narre une histoire chaque soir, le temps de l’amadouer et de lui faire renoncer à son génocide d’honneur. En mille et une nuits, grâce à sa finesse d’esprit et à son courage, elle met fin à la spirale de féminicides.

Après l’enseignement théorique, la pratique ?

Le conte, reflet fantasmé de la civilisation arabo-musulmane du IXe siècle, remet en question notre lecture du combat pour les droits des femmes. Des siècles après Schéhérazade, et vingt-cinq ans après l’adoption de la Déclaration et du Programme d’action de Pékin – l’un des plans les plus progressistes pour les droits des femmes –, les concernées attendent toujours les actes. Si les textes existent, leur application reste compliquée, surtout en milieu rural. Au fil des ans, le fossé se creuse entre le législateur et la réalité.

Seules 9 % des femmes accèdent à des postes de responsabilité, quand elles sont 53 % à suivre des études supérieures

Selon le récent rapport du McKinsey Global Institute sur l’évolution du droit des femmes sur le continent, l’Afrique du Nord se classe en queue de peloton en ce qui concerne leur inclusion économique : seules 9 % des femmes accèdent à des postes de responsabilité, quand elles sont 53 % à suivre des études supérieures.

Le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Mauritanie, eux, figurent dans le groupe des « peut mieux faire ». Mais la région rejoint la moyenne mondiale en ce qui concerne l’accès aux soins et atteint quasiment la parité dans l’accès à l’éducation.

Des différences d’un pays à l’autre

D’un pays à l’autre, les actions en faveur de l’intégration socio-économique et culturelle des femmes divergent. En janvier 2017, après consultation du Conseil supérieur des Oulémas, le roi Mohammed VI autorise les Marocaines à exercer le métier d’adoul (notaire de droit musulman). En Mauritanie, la même année, le Parlement rejette le projet de loi pénalisant les violences fondées sur le genre. Bis repetita l’année suivante.

Le protocole de Maputo [protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes], en vigueur depuis 2005, fait état de la préoccupation des États membres face au statu quo quant aux « pratiques néfastes et discriminations à l’égard des femmes », et ce en dépit de « l’engagement solennel pris par ces États d’éliminer toutes les formes de discrimination ». Le chemin est pavé de bonnes intentions, mais les attitudes et les mentalités peinent à changer.

Des textes religieux instrumentalisés ?

L’islam est souvent considéré comme un frein aux libertés individuelles des femmes maghrébines. Ici ou là, les textes religieux sont instrumentalisés pour faire taire la voix des femmes, ou comme argument par les défenseurs d’un féminisme universaliste qui s’arrogent l’exclusivité d’un combat mené avec un œil occidental.

Il nous faut penser et agir par nous-mêmes et pour nous-mêmes, en nous appuyant sur les vertus africaines

Il n’y a ni formule magique ni norme. Les spécificités culturelles et religieuses font partie de l’équation. Senghor écrivait dans sa Relecture africaine de Marx et d’Engels : « Si nous voulons être efficaces pour avancer en bâtissant progressivement notre avenir, il nous faut penser et agir par nous-mêmes et pour nous-mêmes, en nous appuyant sur les vertus africaines. »

Il faut ainsi miser sur des actions simples mais à fort impact. Des initiatives telles que les campagnes de sensibilisation favorisent les changements d’attitudes. L’inclusion des leaders traditionnels et religieux dans ces opérations est essentielle : des porte-étendards masculins auraient un impact sur les messages délivrés. Le label #HeforShe de l’ONU Femmes en est un bel exemple.

Une révolte timide 

Si l’on veut voir le verre à moitié plein, notons que le vent – encore timide – du changement s’est levé le long de la côte méditerranéenne. Les femmes maghrébines sont de plus en plus sensibles à l’importance de leur rôle dans la société.

La forte implication des Algériennes dans le mouvement du 22 février l’illustre. Chez le voisin tunisien, la députée et avocate Bochra Belhaj Hmida est parvenue après une quinzaine d’années de bataille à faire passer la loi contre les violences faites aux femmes.

Avancée majeure pour ce pays, où les femmes ont été en première ligne dans la révolution du jasmin. La Tunisie fait d’ailleurs partie des dix pays ayant le plus progressé à ce niveau, selon la Banque mondiale.

Révolution tranquille. Un peu à l’image de Schéhérazade, une féministe de son époque dont l’acte de sororité force le respect. Nous avons toutes un peu de Schéhérazade en nous.

 
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En Période de Pandémie |PCI

Réflexion offerte par Mgr Marc Stenger, Co-Président de PCI

Nous pouvons le constater, le pandémie liée à la propagation du Coronavirus a un fort impact sur de nombreux aspects de la coexistence entre les hommes et à ce titre elle concerne aussi Pax Christi et la Doctrine Sociale de l’Eglise. Aujourd’hui beaucoup pensent à l’après – pandémie, comme à un temps où tout redeviendra comme avant, où on réalisera ce qu’on a reporté, et cela est bien compréhensible. Mais il est probable que rien ne sera plus comme avant – il faut en tout cas l’espérer -, après cette dure expérience et nous devons tous réfléchir sur l’après-coronavirus et ne pas penser simplement à reproduire nos discours et nos pratiques.

L’épidémie n’est pas seulement une urgence sanitaire. Elle touche et bouleverse toutes les structures sociales et met en lumière les nombreuses faiblesses de notre mode de vie. Le dévouement à l’extrême des personnels de santé ne parvient pas à masquer que nous n’étions pas prêts à affronter une tempête aussi lourde. Nous pouvons mesurer les insuffisances de notre système économique reposant de manière absolue sur la recherche du profit quitte à déséquilibrer tous les échanges, alors qu’en ce moment ils auraient dû au contraire être fluides et solidaires. Un seul exemple : l’enrayement de la production et de la fourniture de masques chez nous que la Chine vient heureusement compenser. On constate la validité de la critique de « Laudato Si » contre une société et un système qui font avec le choix de la délocalisation prévaloir les intérêts particuliers sur le bien commun.

De graves questions sont à poser sur le rapport entre l’homme et la nature. Une forme de « naturalisme » nous a fait oublier que « tout est lié », qu’il ne faut pas seulement se préoccuper de la nature mais aussi de l’homme, qu’on ne sauvera pas l’un sans l’autre, qu’il faut aussi sauver la vie de l’homme et ne pas nous laisser aller à des pratiques qui ne manifestent pas un regard responsable sur la valeur de la vie humaine. Si cette crise ne nous conduit pas à un examen de conscience approfondi sur le respect les uns des autres, sur la mise en œuvre de relations à tous niveaux, fondées non pas sur la force, mais sur le dialogue et la non-violence, elle ne nous poussera pas à quelque chose de nouveau. A cet égard nous devons nous interroger sur une mondialisation libérale bénéfique aux puissants, dont on mesure l’injustice pour les faible, et aussi sur les choix de violence qu’on fait sous le fallacieux prétexte de sécurité. Nous assistons à la mise en cause des modèles universels qui prétendent se tenir à l’écart des nations. Il nous faut enfin revisiter la place donné à la spiritualité, face à la prétention de l’homme à l’« autoréférentialité », comme dit le pape François.

Le 20 mars est le 7e anniversaire de son pontificat. Pendant ces sept années ses paroles fortes et l’humilité de sa posture ont été un signe vivant de l’Evangile en acte. Dans la crise que nous vivons il est une voix qui croit, qui espère, qui est pleine d’amour et de consolation pour tous, en particulier pour les plus faibles. Il plaide pour la justice, pour le respect des cultures, pour la reconnaissance de la valeur de chaque homme. Et il nous offre ce monument de « Laudato Si » qui pourrait devenir de plus en plus notre Charte au temps de l’après-coronavirus.

Source: Life in a time of a global pandemic crisis, Mgr Marc Stenger, Pax Christi International, 23.03.2

 
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Les Européens s’isolent | eurotopics.net

Du jour au lendemain, des millions d’Européens doivent s’adapter à un nouvel impératif : rester chez soi. La France est le dernier pays en date à avoir décrété un confinement général. Même dans les pays où la liberté de déplacement n’est pas encore soumise à des restrictions, beaucoup de citoyens restent chez eux pour freiner la progression de la pandémie de coronavirus. Les journalistes encouragent leurs lecteurs à tirer le meilleur parti de cette situation.

Un moment de contemplation dans un monde trépidant

Dans un post Facebook relayé par newsru.com, le chroniqueur Alexander Chmelev envisage l’épidémie comme une invitation à observer une pause dans un monde moderne que beaucoup trouvent infernal :

«De plus en plus de gens voudraient arrêter le cours du temps, cesser de courir comme des hamsters dans leur roue, sentir la terre ferme sous leurs pieds. … Le coronavirus nous accorde ce répit. Car la planète entière se trouve provisoirement en stand-by. La possibilité de mettre fin à une course interminable pour se réfugier dans un isolement méditatif. Les jours se suivent et se ressemblent, vous ne sortez nulle part, ne parlez à personne et avez tout loisir de réfléchir en toute quiétude aux questions fondamentales (par exemple à la vie et à la mort – une épidémie stimule la réflexion sur ces sujets), lire des gros livres et autres activités du même type. On ignore encore comment cette histoire finira, mais l’expérience sociale est extrêmement intéressante.»

Alexander Shmelev   —Accéder à l’article original

Nos objectifs éclatent comme des bulles de savon

Le coronavirus anéantit tous les petits objectifs que l’on se fixe et il faudra s’en accommoder, fait valoir la philosophe Barbara Bleisch dans Tages-Anzeiger :

«Car notre existence est truffée de choses que la professeure de philosophie au MIT de Boston, Kieran Setiya, qualifie de ‘téliques’ : des activités axées sur une finalité (en grec ‘telos’) qui entraînera leur accomplissement et donc leur conclusion. … Le coronavirus va nous faire passer cette marotte. Car beaucoup de nos objectifs se trouvent reportés à plus tard – quand ils ne sont pas tout bonnement annulés. Et il est difficile de se donner de nouveaux objectifs, car qui sait de quoi la semaine prochaine, le mois prochain seront faits ? Nous allons devoir apprendre à apprécier à leur juste valeur les activités moins orientées vers un but.»

Barbara Bleisch  —  Accéder à l’article original

Une soif d’infos inassouvissable

A suivre à la seconde près les dernières annonces, on risque aussi de tomber malade, met en garde The Times :

«Nous sommes assoiffés de nouvelles, et l’on espère que celles-ci nous apportent des réponses, et que ces réponses nous soient d’un secours. Nous croyons que nous armer d’informations nous donnera un sentiment de contrôle ; l’information, c’est le pouvoir, nous a-t-on toujours ressassé. Mais se gargariser d’informations n’apaisera en rien nos angoisses. … C’est aussi efficace que boire de l’eau salée pour étancher notre soif : si l’on en conçoit un réconfort initial, à terme, la soif est encore plus lancinante. … Nombreux sont ceux qui s’isolent des autres pour préserver leur santé physique ; pour notre santé mentale, nous serions bien inspirés d’installer un cordon sanitaire entre nous et l’information diffusée 24 heures sur 24.»

 
 

Lire, mais sans passer par Amazon

L’isolement imposé ouvre un boulevard aux assoiffés de lecture, se réjouit le blogueur et éditeur François Gèze sur Mediapart, qui conseille toutefois aux lecteurs d’observer quelques règles :

«Les librairies sont fermées. … Alors même que, sans les librairies de création, dont les responsables jouent un rôle essentiel pour faire connaître les idées neuves comme les innovations littéraires, de tels livres ne peuvent avoir ni visibilité ni audience. Avec la crise actuelle, il faut donc acheter en ligne les livres qui vous intéressent. Je vous invite à ne surtout pas les acheter chez Amazon (bouh !), mais sur les sites de vente en ligne des libraires indépendants. … Merci de faire largement circuler cette information. Ce sera aussi un important geste de soutien à ces librairies dont l’existence même est gravement menacée par la crise actuelle.»

L’art via Internet comme vecteur d’entraide

Grâce à Internet et aux réseaux sociaux, nous n’allons pas dépérir culturellement, souligne Milliyet, en nous appelant à honorer cette offre :

«Les livres, les téléfilms et les séries sont nos meilleurs amis du moment. Les réseaux sociaux vivent actuellement leur heure la plus efficace et la plus utile. Car ils permettent à l’art de nous toucher de sa grâce et de nous dire : ‘Nous ne sommes pas seuls, nous sommes encore et toujours unis par un lien’. … Et pourquoi ne verrait-on pas émerger des manifestations payantes avec des billets ? … On pourrait alors parler de solidarité mutuelle, car il va de soi que ces gens qui ont dû annuler leurs concerts et leurs pièces de théâtre se trouvent privés de leurs revenus.»

Source : Les Européens s’isolent | eurotopics.net, 17.03.20.

 
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