Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Sahel: le chef de Barkhane alerte sur le recrutement d'enfants soldats par les jihadistes

Soldats français dans l'opération Barkhane au Mali (image d'illustration)
Soldats français dans l'opération Barkhane au Mali (image d'illustration) Reuters
Texte par : RFI
2 min

Le général Pascal Facon, chef de la force Barkhane, va d'ici la fin du mois de juillet rendre son mandat. Avant son prochain départ, le général Facon, ce jeudi lors d'une visioconférence, a souhaité faire le bilan des activités militaires au Sahel. Si la multiplication des offensives de Barkhane et de ses partenaires du G5 a permis ces derniers mois d'affaiblir les groupes armés terroristes, ces derniers ont désormais recours aux enfants soldats pour compenser les pertes, s'inquiète le général Facon.

Une meilleure synchronisation sur le terrain de tous les acteurs et une lutte efficace contre l'influence terroriste auprès des populations ont permis de saper les capacités matérielles et humaines des terroristes.

Ces derniers mois, la France a augmenté les effectifs de Barkhane de 500 militaires pour les porter à 5 100. Elle et ses partenaires du G5 ont multiplié les offensives dans la zone des trois frontières, revendiquant la « neutralisation » de centaines de jihadistes.

Le récent sommet de Nouakchott a ainsi permis d'acter les progrès réalisés dans le combat mené notamment contre l'Etat islamique au grand Sahara. Il y a pourtant une ombre au tableau, l'attrition des groupes terroristes a aussi pour effet de favoriser le recrutement d'enfants soldats, dénonce le général Facon.

« Ce que j’ai pu observer au cours de ce mandat, c’est que l’ennemi s’est durci. Il n’hésite plus à recourir à des enfants soldats. Ces derniers sont endoctrinés et entraînés au maniement des armes. Il s’agit d’une préoccupation très important pour la France et cette exploitation abjecte nous met en difficulté dans le cadre de nos opérations. Bien évidemment, la robustesse de nos procédures d’engagement nous permet de nous prémunir quasi-systématiquement de dommages collatéraux. Pour autant, il arrive que l’on constate lors des opérations de neutralisation la présence de mineurs. »

Pour la plupart ce sont des adolescents peuls, et même si ces situations demeurent extrêmement rares, « il faut en avoir conscience », martèle le général Facon, assurant qu’il a toujours fait du respect du droit international sa ligne directrice.

Quand les Peuls, stigmatisés, font entendre leur voix

| Par
Une femme peule et son enfant, dans la région du Lac Tchad, au Tchad, en 2015.

Lobbying, manifestations, rapports… Des associations peules dénoncent, en Afrique comme en France, la discrimination et les amalgames dont leur communauté fait l’objet.

Qu’elles soient locales, nationales ou internationales, de plus en plus d’associations peules dénoncent la stigmatisation et les violences dont leur communauté fait l’objet au nom de la lutte contre le jihadisme dans le Sahel. Elles publient des rapports, organisent des manifestations et font du lobbying, notamment auprès de la France, présente dans la région avec la force Barkhane et fer de lance du partenariat européen avec les pays du G5 Sahel.

« Devant le silence assourdissant des autorités face aux graves violations des droits humains, il devenait nécessaire d’en parler et d’attirer l’attention sur les violences commises envers notre communauté », confie Abou Sow, président de Tabital Pulaaku Mali.

Créée dans les années 1990, cette association de promotion de la culture peule dispose d’un vaste réseau sur le continent africain, en Europe et aux États-Unis. Elle participe aux initiatives locales de médiation pour résoudre les conflits intercommunautaires dans le centre du Mali. Et peut compter sur le soutien de l’Association malienne des droits de l’homme, qui saisit les autorités chaque fois que des massacres ou des exécutions extrajudiciaires ont lieu.

Au début de juin, Abou Sow a dressé devant la presse une liste de civils, tués dans le Centre, selon lui en raison de leur appartenance ethnique.

Signalements

L’Observatoire Kisal pour la protection des droits humains au Sahel s’est, lui, fait remarquer grâce à la présence active des membres de son bureau de Paris dans les médias internationaux. Représentée au Mali, au Burkina, au Bénin et au Niger, l’organisation projette de créer un bureau au Togo et en Guinée.

Nous interpellons également les autorités françaises à propos de ce qui se passe dans le Sahel. »

« Des équipes nous font remonter les informations du terrain. Nos signalements et rapports ont toujours été corroborés par d’autres organisations. Cela nous confère une certaine crédibilité et nous ouvre des portes lorsque nous voulons aborder le sujet des exactions avec des institutions internationales, explique Binta Sidibé-Gascon, vice-présidente de Kisal. Nous interpellons également les autorités françaises à propos de ce qui se passe dans le Sahel. Nous sommes, par exemple, en contact avec la députée La République en marche Sira Sylla et avons échangé en janvier avec le diplomate Jean-Marc Châtaigner. »

Au Burkina, la lutte est menée par le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (Cisc), qui regroupe plus d’une trentaine d’associations culturelles et d’ONG. Pour Daouda Diallo, son secrétaire général, « le massacre de Yirgou, en janvier 2019, a été un choc dans la conscience collective. Mais il ne faut pas en faire une question uniquement peule. Cela concerne tout le monde, et tout le monde doit s’engager dans la lutte ».

Sénégal : l’opposition a-t-elle rendu les armes ?

| Par - à Dakar
De g. à dr. : Idrissa Seck, Ousmane Sonko, Khalifa Sall et Macky Sall, au palais de la République, le 24 mars 2020.

Plus d’un an après la réélection de Macky Sall, tous ses rivaux semblent anesthésiés. Si certains peinent à rebondir, d’autres s’activent déjà en coulisses pour préparer les élections locales.

Ce mardi 24 mars, alors que Macky Sall vient d’instaurer l’état d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19, un cortège inédit d’opposants défile sous les ors du palais de la République. Des adversaires rassemblés dans un esprit d’« union sacrée » face à la crise sanitaire que le président sénégalais fait poser devant l’objectif de la télévision nationale, alors même qu’on ne les avait quasiment pas vus ni entendus depuis le scrutin de février 2019

Pour nombre d’entre eux, « l’heure est à la réorganisation », plaide Déthié Fall, bras droit d’Idrissa Seck. Le candidat malheureux à la dernière présidentielle s’est muré dans le silence depuis la publication d’un livre blanc postélectoral. Même lors du lancement du dialogue national, en mars 2019, il a laissé à ses lieutenants le soin de le représenter.

« Nous avons fait le choix du dialogue »

Chargé de coordonner l’opposition au sein du dialogue politique, Déthié Fall refuse de parler de léthargie pour décrire l’année écoulée : « Nous avons fait le choix du dialogue. Nous aurions pu choisir la rue, le combat, mais cela aurait créé un risque d’instabilité », justifie-t-il.

« L’opposition est passée des revendications sous les gaz lacrymogènes aux revendications sous la clim », ironise une figure politique sénégalaise au regard de la soixantaine de concertations menées depuis un an. Des rendez-vous à l’issue desquels la majorité a accepté de reporter les élections locales – qui se tiendront avant mars 2021– et concédé l’audit du fichier électoral, sujet qui empoisonne le débat politique à chaque scrutin. « La discussion dans la sérénité est certes moins visible, mais elle est plus efficace », revendique Déthié Fall.

Apathie du PDS

Refusant de participer au dialogue national après plusieurs revirements, le Parti démocratique sénégalais (PDS) s’attèle à sortir de la zone de turbulences dans laquelle l’a plongé le rejet par le Conseil constitutionnel de la candidature de Karim Wade en 2019. Maintes fois annoncé, le retour du fils de l’ancien président, en exil au Qatar depuis quatre ans, n’a toujours pas eu lieu, laissant une partie des ténors libéraux amers.

Oumar Sarr, coordonnateur du parti pendant sept ans, Amadou Sall ou encore Babacar Gaye, accusant publiquement Karim Wade de manipuler son père, sont en rupture de ban avec le parti pour lequel ils ont tant milité. « Il ne faut pas se faire d’illusions, l’apathie du PDS est bien antérieure à l’immobilisme entraîné par le coronavirus. Depuis plus d’un an, le parti n’a pas mené la moindre activité, organisé la moindre réunion », dénonce Amadou Sall, qui fut le garde des Sceaux d’Abdoulaye Wade et qui appartient aujourd’hui au mouvement dissident Suqqali Sopi.

S’il admet avoir perdu quelques militants dans la bataille, le PDS assure que « le soutien indéfectible » du parti à son candidat a permis d’engranger davantage de recrues. « L’image du PDS en est sortie renforcée, le parti va bien ! » soutient Doudou Wade, l’un des onze secrétaires généraux adjoints nommés en remplacement d’Oumar Sarr.

Le parti, dont le groupe parlementaire est le premier de l’opposition, se concentre sur « un combat politique qui a débuté avec la décision rendue par la Crei [la Cour de répression de l’enrichissement illicite a condamné Karim Wade en 2015] », explique le député dakarois. Cette bataille se joue devant les cours internationales de justice, de Monaco à Abuja, où les démêlés judiciaires qui opposent l’ex-ministre à l’État sénégalais continuent d’être jugés. « Ce n’est pas notre seul combat, rassure-t-il, nous avons aussi un objectif de remobilisation et de recrutement. »

Khalifa Sall vise 2024

Même ambition pour Khalifa Sall, qui reste toutefois extrêmement discret depuis qu’il a été libéré, en septembre 2019, après avoir passé plus de deux ans et demi en prison pour détournement de fonds publics. « Il reprendra ses activités politiques sous peu », promet l’un de ses proches collaborateurs.

« Il souhaitait d’abord remercier les familles religieuses et les partisans qui l’ont soutenu », justifie son conseiller politique Moussa Taye. L’ancien maire de Dakar préparait une tournée nationale pour le début de mars quand la pandémie s’est propagée dans le pays. Tournée qui sera programmée « dès que la situation sanitaire sera réglée », confie un proche.

L’objectif, pour Khalifa Sall, c’est l’élection présidentielle de 2024. »

Même si son entourage affirme qu’il ne se présentera pas aux prochaines élections locales et départementales, l’ancien maire de Dakar (2009-2018) participera à la campagne avec son mouvement, Taxawu Sénégal. « L’objectif, pour Khalifa Sall, c’est l’élection présidentielle de 2024. »

Et peu importe pour l’heure qu’il ne soit pas éligible du fait de sa condamnation : « Nous avons quatre ans pour régler cette question. Ce qui compte aujourd’hui, c’est de dérouler notre programme auprès des Sénégalais et d’occuper le terrain », indique l’un de ses collaborateurs.

Khalifa Sall à son domicile, trois jours après sa sortie de prison. Dakar, le 2 octobre 2019.

Force est de constater que peu de ténors de l’opposition sont descendus ces derniers mois dans l’arène pour se frotter au gouvernement. « Un parti ne se limite pas à son président, Rewmi reste présent dans le débat. Quant à Idrissa Seck, il a trente-et-un ans d’expérience politique, et, jusque dans les hameaux les plus reculés du pays, les Sénégalais savent qui il est. Il a suffisamment d’expérience pour savoir quand le moment se prête à parler ou pas », justifie Déthié Fall.

Loin d’être inactif, l’ancien Premier ministre d’Abdoulaye Wade se démène en coulisses. Depuis plus d’un an, Idrissa Seck noue des alliances en vue des municipales et des départementales. Déjà, il peut compter sur le soutien de Malick Gakou (Grand Parti), de Madické Niang (ex-PDS), de l’ancien premier ministre Cheikh Hadjibou Soumaré et de l’ex-maire de Dakar Pape Diop.

Sonko gonflé à bloc

Ousmane Sonko, président des Patriotes du Sénégal (Pastef), gonflé à bloc par son score à la présidentielle de 2019 (15,6 % des voix pour sa première participation), devrait, lui, faire cavalier seul. La nouvelle figure de l’opposition est le seul à maintenir une pression permanente sur la majorité.

Le Sénégalais Ousmane Sonko, candidat aux présidentielles pour le PASTEF, salue ses supporters à son arrivée pour son meeting au Stade Alassane-Djigo à Pikine, le 21 février 2019.

Après l’annonce, le 11 mai, de l’allègement des mesures sanitaires pour faire face au Covid-19, il a dénoncé l’« abandon de responsabilité » d’un gouvernement « démissionnaire et incompétent ». Cette posture d’agitateur emporte l’adhésion des jeunes.

De quoi lui ouvrir la voie pour les prochaines élections ? « Ce serait une erreur de penser que la présence médiatique est synonyme de densité électorale, met en garde un opposant. Macky Sall en est la preuve : en 2011, il était l’un des opposants les plus discrets. En 2012, il était au Palais. »

Pourquoi le choix des pays africains autorisés dans l’espace Schengen pose question

| Par
Un Boeing 787-8 Dreamliner de la flotte de la Royal Air Maroc (RAM).

La polémique enfle sur les critères retenus par l’Union européenne pour élaborer sa liste de pays autorisés à entrer dans l’espace Schengen à compter du 1er juillet. En Afrique, seuls l’Algérie, le Maroc, le Rwanda et la Tunisie sont concernés.

Moins de 24 heures après sa publication par l’Union européenne (UE), la liste des pays (*voir en fin d’article) dont les ressortissants sont autorisés à entrer dans l’espace Schengen à compter du 1er juillet n’en finit pas de créer la polémique.

Sa définition elle-même semble avoir été un véritable casse-tête pour Bruxelles. Le 19 juin, Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État français aux Affaires étrangères, déclarait confiant aux médias français « qu’une première liste d’une cinquantaine de pays serait rapidement finalisée ». Huit jours plus tard, le Comité des représentants permanents (Coreper), qui réunit les ambassadeurs des pays membres de l’Union, tombait d’accord sur quatorze pays, dont quatre africains : le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et le Rwanda.

Cette liste restreinte sera finalement confirmée le 30 juin, après de longues tractations « qui ont duré jusqu’au dernier moment », confirme un des témoins des multiples passes d’armes entre les différents pays membres. Pressée d’en finir avant de quitter la présidence tournante de l’Union le 1er juillet, la Croatie a dû taper du poing sur la table, « en obligeant les États européens à se prononcer sans délai supplémentaire, comme certains pays le souhaitaient encore mardi midi », reprend notre observateur.

Questions sur les critères de sélection

Au final, cette liste de consensus, adoptée par une majorité qualifiée, soit 55 % des États représentant au moins 65 % de la population européenne, pose davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses. À commencer par l’utilisation de certains critères retenus par Bruxelles pour faire sa sélection, comme le taux d’incidence [nombre de nouvelles infections pour 100 000 personnes]. Les responsables européens assurent avoir privilégié les visiteurs des pays dont la situation épidémiologique est semblable à celle de l’UE, voire meilleure si la pandémie a reculé. L’incidence ne doit donc pas excéder la moyenne européenne, actuellement établie à 16 cas pour 100 000 habitants sur les 14 derniers jours.

Cet indicateur a permis d’exclure certains pays de la liste comme les États-Unis, la Russie, le Brésil ou encore l’Inde, sévèrement impactés par la pandémie. En Afrique, et d’après nos calculs établis à partir des statistiques officielles de chaque pays, l’Afrique du Sud, le Gabon, et dans une moindre mesure l’Égypte, présentent eux-aussi des taux d’incidence supérieurs à la moyenne européenne.

Le reste du continent, dans sa grande majorité, n’est pas dans ce cas. De nombreux pays, comme le Bénin, le Sénégal, la RDC ou le Nigeria affichent mêmes des taux inférieurs à ceux de l’Algérie ou du Maroc, pourtant retenus par Bruxelles, alors que ces deux pays connaissent une accélération des infections ces deux dernières semaines. « Malgré ses différences, le Maghreb a été traité comme un package, notamment pour permettre aux diasporas de pouvoir reprendre ses allers et retours », croit savoir une docteure marocaine.

La prise en compte « de données épidémiologiques objectives », avancée par Jean-Baptiste Lemoyne mi-juin, semble donc devoir être battue en brèche aujourd’hui au sein même de l’Union. Car si le travail de collecte a bien été « coordonné entre Européens », comme l’annonçait alors le secrétaire d’État français, l’analyse des données semble avoir davantage répondu aux agendas politiques propres à chaque pays membres.

« Arbitraire et absurde »

Entre le 5 et le 27 juin, « Bruxelles a collecté l’ensemble des chiffres pays par pays, envoyés par ses différentes ambassades », confirme l’un des représentants européens en Afrique. Avant qu’à l’heure du choix, la Commission et ses différents services ne soient appelés à s’effacer. « Nous n’avons découvert la liste qu’une fois rendue publique », tempête un diplomate du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), les Affaires étrangères de la Commission.

Paul Kagame a fait un lobbying très efficace auprès de certains pays membres

Jugeant cette sélection « aussi arbitraire qu’absurde », plusieurs responsables du SEAE ont déjà demandé qu’une enquête soit lancée en interne afin de savoir pourquoi le service a été mis sur la touche au moment où la liste était finalisée. « Nous devons absolument être impliqué dans le processus de sélection », estime notre diplomate à Bruxelles, qui espère que cela sera le cas lors de la prochaine réactualisation de cette liste dans deux semaines, ne serait-ce que pour éviter certains choix paradoxaux, à l’instar du Rwanda, autorisé à faire voyager ses ressortissants en Europe, contrairement à l’Ouganda voisin, qui n’a pourtant enregistré aucun décès au 1er juillet. 

« Paul Kagame a fait un lobbying très efficace auprès de certains pays membres », confirme un fin connaisseur des arcanes européens. Et c’est bien ce que semble attendre une grande partie des Africains. « Nos leaders doivent se manifester, réagir, faire jouer le principe de réciprocité, sinon, l’Afrique ne sera jamais prise en compte comme il se doit », s’agace la biologiste congolaise Francine Ntoumi. De réciprocité, il n’y en aura pas avec l’Algérie, qui a annoncé le 28 juin que ses frontières resteraient fermées jusqu’à nouvel ordre. Mêmes aux Européens.

Cette liste de 14 pays, revue et corrigée chaque quinzaine, n’est de toute façon qu’une recommandation, juridiquement non contraignante. Chaque pays membre s’est engagé à ne pas accepter les ressortissants d’autres États, mais reste souverain sur le contrôle de ses frontières. Ce que se sont dépêchés de rappeler la Grèce, qui depuis le 15 juin accueille déjà des ressortissants en provenance de Chine, de Corée du Sud et de Nouvelle-Zélande, et plus dernièrement l’Allemagne, qui a décidé le 1er juillet, de retirer de manière unilatérale le Maroc, l’Algérie, le Rwanda et la Serbie de la liste européenne promulguée la veille.

Et comme toutes les frontières intra-communautaires n’ont pas encore été rouvertes, comme entre la Finlande et la Suède, et que les pays africains eux-mêmes ont mis en place leur propre liste, comme la Tunisie qui exclut la Suède, la Grèce, la Belgique mais pas la France, tout retour à une situation identique à l’avant-Covid s’annonce aussi long que difficile. Surtout si les préoccupations particulières continuent de prendre le pas sur l’intérêt communautaire. En Europe comme en Afrique.

(*) Algérie, Maroc, Tunisie, Géorgie, Monténégro, Serbie, Canada, Uruguay, Rwanda, Australie, Nouvelle-Zélande, Corée du Sud, Japon, Thaïlande + Chine sous condition de réciprocité

Algérie : le président Tebboune à la conquête de la diaspora

| Par
Aéroport Houari-Boumédiène, à Alger, le 27 mai.

Martelé par Abdelmadjid Tebboune dès le début de sa campagne électorale, le discours en faveur de l’implication de la diaspora se concrétise aujourd’hui par une opération séduction des élites expatriées. Objectif : les encourager à revenir et à mettre leurs compétences au service du pays.

Elias Zerhouni, médecin algéro-américain, spécialiste de la radiologie, est l’une des compétences algériennes les plus reconnues à l’étranger. Cet ancien directeur du National Institute of Health américain, nommé sous la présidence de George W. Bush, est, depuis le 13 juin, conseiller spécial de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), fraîchement créée par le président Abdelmadjid Tebboune.

Cette nomination s’inscrit dans le cadre de l’opération de charme menée par le nouvel exécutif pour conquérir le cœur des membres les plus compétents de la diaspora. Ces derniers, longtemps exclus du développement du pays, via des règlements, voire un amendement de la Constitution, représentent désormais un enjeu, aussi bien politique qu’économique, pour la nouvelle mandature.

La présidence de l’agence sanitaire a, elle, été confiée à un autre expatrié, le Dr Kamel Sanhadji, chercheur de renom dans la lutte contre le sida, directeur du service de recherche à l’hôpital Édouard-Herriot, à Lyon, en France, et qui, selon le communiqué d’El Mouradia, fera office de « conseiller scientifique » du président en matière de santé.

Opération de charme

Mais l’opération séduction ne vise pas que les médecins. Les élites algériennes établies à l’étranger se comptent par milliers – 25 000, à en croire les chiffres officiels – et travaillent dans tous les domaines, ou presque. Pour que l’Algérie puisse profiter de leur expérience, le chef de l’État a promis de déblayer le terrain. À commencer par la Constitution.

En 2016, un amendement de la Loi fondamentale avait en effet introduit une mesure qui avait exaspéré une diaspora qui se sentait déjà marginalisée par des décennies de mauvaise gestion. L’article 63 dudit texte disposait que la « nationalité algérienne exclusive » était une condition sine qua non pour briguer tout poste politique ou à haute responsabilité, excluant de facto les binationaux de la gestion des affaires publiques. Le projet de révision de la Constitution promis par Abdelmadjid Tebboune, dont un brouillon a été rendu public en mai, a supprimé cette restriction.

C’est une première, l’Algérie compte désormais un secrétariat d’État chargé des compétences à l’étranger

Parallèlement, et c’est une première, l’Algérie compte désormais un secrétariat d’État chargé des compétences à l’étranger, dirigé jusqu’au 23 juin par l’ancien secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, Rachid Beladehane, remplacé depuis par le populaire Samir Chaâbna. C’est dire l’importance que le pouvoir accorde à ce dossier.

Apport humain et financier

« Cette réorientation est dictée par une conjoncture économique extrêmement difficile, qui nécessite l’apport humain et financier de la diaspora, explique le docteur en sciences politiques Adel Ourabah, chercheur indépendant à Alger. Il fallait, dès le début du mandat, envoyer des signaux politiques forts à l’adresse de cette communauté pour minimiser l’impact dévastateur de l’article 63 adopté du temps de Bouteflika. »

Au début de juin, Rachid Beladehane a présenté les grandes lignes de son plan d’action, qui comprend notamment la création d’un portail en ligne, conçu comme un espace de communication entre des institutions algériennes, dont les universités, et les élites installées à l’étranger. La prise de contact a pour objectif de permettre à ces dernières « de servir leur pays », a expliqué l’ex-secrétaire d’État devant le Parlement.

L’idée de faire appel aux ressortissants expatriés a récemment connu une première concrétisation avec le lancement par le gouvernement, en mars, d’une cagnotte de solidarité destinée à soutenir la lutte contre le Covid-19 et ouverte à tous les Algériens, y compris ceux résidant à l’étranger. En mai, le porte-parole de la présidence, Belaïd Mohand Oussaïd, a annoncé que les contributions en devises s’élevaient à quelque 2 millions d’euros.

Un premier chiffre encourageant à l’heure où, sous l’effet de l’effondrement des cours des hydrocarbures, les réserves de change fondent comme neige au soleil, approchant dangereusement la barre des 50 milliards de dollars, contre 179 milliards de dollars à la fin de 2014.

Les rentrées en devises en provenance de la communauté algérienne à l’étranger seront cruciales dans les années à venir

Les rentrées du pays en devises dépendant essentiellement des exportations de gaz et de pétrole, l’apport de la communauté algérienne à l’étranger, bien inférieur à celui des diasporas des pays voisins, sera crucial dans les années à venir.

Pour un retour des cerveaux

Plus important encore que les transferts d’argent, le retour des cerveaux. Une enquête menée en 2015 par le Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (Cread) révélait que 70 % des expatriés revenus au pays travaillaient dans les technologies de l’information et de la communication (TIC), et que 60 % des entreprises qu’ils dirigeaient étaient exportatrices.

Autant d’éléments qui démontrent « ce que l’Algérie perd économiquement en tournant le dos à ses enfants établis à l’étranger, insiste Adel Ourabah. Le nombre de membres de la diaspora qui reviennent pour investir en Algérie est insignifiant, et cela est lié à la superstructure politique, marquée par la corruption et les entraves bureaucratiques. » Les lourdeurs administratives et l’absence d’autonomie de l’université font partie des obstacles le plus souvent cités comme freins à l’installation.

La diaspora a toujours voulu aider le pays, mais elle a trouvé porte close

« Le contrôle de l’université est un enjeu politique majeur pour le pouvoir, qui ne conçoit pas celle-ci comme un lieu de production de savoir et d’élites, mais comme un lieu de reproduction du système à travers les pratiques de corruption et le clientélisme qui la gangrènent », affirme le Dr Ourabah. Selon lui, il ne faut pas « se bercer d’illusions » sur la libération de l’université comme levier d’attractivité.

Le discours en faveur de l’implication de la diaspora avait été martelé par Abdelmadjid Tebboune dès le début de sa campagne électorale. Sur le terrain, cette réorientation a trouvé des relais à travers des initiatives de la société civile, qui tente depuis longtemps de sensibiliser les pouvoirs publics à cette question. Des associations comme le Forum des compétences algériennes représentent des espaces de rencontres et d’échanges entre les élites nationales et celles établies à l’étranger.

« La diaspora a toujours voulu aider le pays, mais elle a trouvé porte close. La communauté à l’étranger a été marginalisée pendant vingt ans », explique Adel Ghebouli, médecin-chirurgien et président du forum. Avec vingt-cinq antennes à l’étranger, l’association, créée en mars 2019, a déjà organisé deux rencontres internationales à Alger. Plus de 60 expatriés, établis dans 20 pays, du Japon aux États-Unis, y ont assisté et ont émis des pistes de réflexion et des propositions pour que la diaspora s’engage davantage.

« Il reste des chantiers, il faut tenir des assises, être attentif aux propositions de la diaspora et engager les réformes, plaide le Dr Ghebouli. Je veux lancer un message d’espoir. Il est de notre devoir, en tant qu’élite, que ce soit en Algérie ou à l’étranger, de s’impliquer davantage dans le développement du pays. » L’amendement éventuel de l’article 63 est une bonne chose, selon le Dr Ghebouli : « Cela traduit une volonté politique forte de signifier aux membres de la diaspora qu’ils sont algériens à part entière. »