Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Mali : la France cible-t-elle plus le GSIM que l’État islamique ?

| Par - à Bamako
Vue depuis un hélicoptère français de l'opération Barkhane, en mai 2017 au dessus de Gao, dans le nord du Mali.Que

En quelques semaines, la France a annoncé avoir neutralisé plusieurs des chefs du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Choix stratégique ou tactique conjoncturelle ?

Il y a près d’un an, lors du sommet de Pau, le président français Emmanuel Macron et les chefs d’État du G5 Sahel décidaient de concentrer leurs efforts contre l’État islamique au grand Sahara (EIGS), qui opère au Sahel et qui s’était illustré, quelques mois auparavant, dans une série d’attaques causant la mort de plus de 200 personnes au Mali et au Niger.

Durant dix mois, sur le terrain, les opérations aéroterrestres conjointes se sont multipliées, avec pour objectif d’asphyxier l’EIGS : « Deux opérations emblématiques, l’opération Monclar, dénombrant près de 5 000 militaires français et sahéliens, et l’opération Bourrasque, comptant plus de 3 000 militaires, ont été menées et se sont focalisées contre l’EIGS, avec des succès tactiques notables », détaille à Jeune Afrique le colonel Frédéric Barbry, porte-parole de l’état-major des armées (EMA) français.

Capacités de nuisance intactes ?

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À l’en croire, l’EIGS sortirait largement affaibli de ces dix mois de campagne. Ses capacités et sa liberté d’action seraient « considérablement restreintes ». Le groupe ne pourrait plus mener d’attaques complexes, et ne pourrait plus accéder à ses ressources et à ses filières de recrutement.

Pourtant, le 11 novembre, l’EIGS revendiquait une embuscade contre un convoi militaire dans le nord du Burkina Faso. Cette attaque, l’une des plus meurtrières ayant frappé les forces de sécurité burkinabè, s’est soldée par la mort de 14 soldats. Ce qui a démontré que les capacités de nuisance de l’EIGS restaient effectives. « L’EIGS a subi de nombreuses pertes, mais n’a pas été mis à genoux. Il est toujours là et il frappe toujours, car il a une capacité d’absorption des pertes qui lui permet de se reconstituer et de continuer, analyse le professeur Djallil Lounnas, spécialiste de la mouvance jihadiste, et notamment auteur de « Le djihadisme au Sahel après la chute de Daech », un article publié dans la revue de l’Institut français des relations internationales en 2019.

« Il faut dézoomer. Regarder ce que l’on a connu avant le sommet de Pau, et la situation actuelle. Ces groupes sont-ils capables de mener des attaques complexes d’envergure ? Va-t-on en rester à quelques raids sporadiques ? » s’interroge le colonel Barbry. Et le militaire français d’insister : « Il faudra en juger dans un délai un peu plus long, mais, depuis un an, on constate une nette amélioration et un travail particulier réalisé sur l’EIGS. »

Mais dans le Gourma malien, la lutte contre l’EIGS n’a, pour le moment, pas permis d’en neutraliser des chefs importants, alors que sur un autre front, face au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), les annonces se succèdent.

Le GSIM, principale cible ?

Abdelmalek Droukdel, tué le 3 juin 2020.
Abdelmalek Droukdel, tué le 3 juin 2020. © AP/SIPA

 

En l’espace de cinq mois, le groupe né de la fusion d’Ansar Eddine et d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a perdu deux de ses principaux leaders : l’Algérien Abdlemalek Droukdel, chef d’Aqmi tué en juin dernier par les forces armées françaises et depuis remplacé par Abou Oubaïda Youssef al-Annabi, un Algérien lui aussi, et Ba Ag Moussa, chef militaire du GSIM, tué le 10 novembre dans la région de Ménaka.

« Dans l’EIGS, à part les grands chefs, il n’y a aucune figure majeure. Lors de ses opérations, Barkhane tue 20, 30, ou 40 membres de l’EIGS, et si un chef de groupe est tué, il n’est généralement pas connu », estime Djallil Lounnas.

Conséquence, « les gens pensent que la France est là uniquement pour le GSIM et qu’elle intensifie ses attaques contre ce groupe, et pas contre l’État islamique, car le GSIM a décidé de négocier avec Bamako et que Paris ne veut pas de ces négociations », explique un travailleur humanitaire de la région.

« Les chefs du GSIM sont visés parce qu’ils font beaucoup d’actions contre la France et le Mali. Mais du côté de l’EIGS, à part Adnan Abou Walid Al Sahraoui et Abdul Hakim, je ne vois pas de chefs connus », remarque pour sa part un habitant de N’Tillit, dans le cercle de Gao, qui entretient des liens avec certains des membres des groupes présents dans la région.

L’intensification des actions militaires contre le GSIM intervient dans un contexte particulier : celui de  la remise en liberté, en octobre dernier, de quelque 200 prisonniers incarcérés pour des faits de terrorisme en échange de la libération de l’opposant malien Soumaïla Cissé et de la Française Sophie Pétronin, retenus en otage par le GSIM. Son leader, Iyad Ag Ghaly, qui affirmait en mars dernier être prêt à négocier avec Bamako à condition que la France et l’ONU retirent leurs troupes, en est sorti renforcé.

Mais depuis, les opérations se sont intensifiées. Plus d’une quarantaine de membres du GSIM ont été neutralisés dans des opérations menées par la force française depuis la vague massive de libérations d’octobre.

« Il y a deux lectures à cette intensification des attaques contre le GSIM : la première serait en effet une réponse aux libérations de prisonniers et une volonté de frapper fort pour enrayer le processus de négociation, mais je ne partage pas trop cette idée, parce que Bamako et Paris ont des liens diplomatiques trop forts pour que le Mali puisse se permettre d’aller trop loin sur un sujet pareil sans l’aval de Paris, avance Djallil Lounas. Je pense plutôt que la France frappe fort pour affaiblir le GSIM afin d’être en position de force dans les négociations. »

Une « mauvaise lecture stratégique »

C’est une « mauvaise lecture de la stratégie de ciblage des têtes de l’organigramme de ces groupes », estime le porte-parole de l’état-major français, qui réfute que le GSIM soit soumis à une plus grande pression que l’EIGS. « À partir du moment où des renseignements arrivent, vous n’appliquez pas un pseudo-filtre politique pour savoir s’il faut agir ou non. C’est une frappe d’opportunité », insiste le militaire.

Il en veut d’ailleurs pour preuve que, si les « neutralisations » de Ba Ag Moussa et de Droukdel ont rencontré un large écho, « dans la même période, a également été capturé Mohamed El Mrabat, un cadre important de l’EIGS, un vétéran du jihad sahélien ».

Le militaire français l’assure : « Qu’il s’agisse de Daech ou d’Al-Qaïda, il n’y a pas de changement de paradigme ou de ligne stratégique. On continue l’action et on combat les groupes armés terroristes dès lors qu’ils s’en prennent aux populations civiles et qu’ils ne renoncent pas à leur idéologie. »

chemin laudato

« En chemin pour la sauvegarde de la maison commune. 5 ans après Laudato Si’ »

Groupe de Travail interdicastériel du Saint-Siège sur l'écologie intégrale.

Libreri Editrice Vaticana, 2020

237 pages

Le monde est secoué par la crise provoquée par la pandémie de Covid-19, qui fait des dizaines de milliers de victimes et qui modifie nos modes de vie. En cette période difficile, qui changera profondément et durablement les sociétés dans lesquelles nous vivons, nous sommes appelés à prendre soin les uns des autres, à ne pas nous enfermer dans l'égoïsme. La crise que nous traversons rend encore plus évidente la valeur de la Lettre encyclique Laudato si' (cinq ans après sa publication) consacrée par le Pape François à la sauvegarde de la maison commune, qui nous enseigne combien tout est lié dans une optique d'écologie intégrale. Pour s'attaquer sérieusement aux causes de celle crise, il faut donc un véritable changement, basé sur la conscience que tout est intimement lié, ainsi qu'une conversion spirituelle qui conduise à une nouvelle prise de conscience de la relation de l'être humain avec lui-même, avec l'autre, avec la société, avec la création et avec Dieu. Motivé par ces réflexions, le Groupe de Travail interdicastériel du Saint-Siège sur l'écologie intégrale a voulu présenter diverses propositions opérationnelles1 issues d'une lecture attentive de Laudato si', dans le but d'inspirer l'action des institutions de l'Église, des fidèles et de toutes les personnes de bonne volonté.

Une introduction et une conclusion encadrent 25 courts chapitres (dont le dernier consacré à l’engagement de l’Etat du Vatican dans la conversion écologique). Chacun d’eux présente un extrait de l’encyclique, un brève commentaire, des références du magistère récent sur ce sujet, une série d’exemples des initiatives qui ont déjà été mise en places dans les différentes Eglises du monde (à mon avis la partie la plus inspirante !) et, à la fin, une série de suggestions pour donner envie d’appliquer ce qui a été présenté dans le chapitre. De lecture très agréable et motivante, cet ouvrage existe aussi en version électronique2, ce qui permettra de sauver quelques arbres !

José M. Cantal pb

1 Presque toutes ont une adresse web qui permet de s’en inspirer facilement et largement dans des nombreuses langues.

2 https://www.devp.org/sites/www.devp.org/files/documents/materials/en_chemin_pour_la_sauvegarde_de_la_maison_commune.pdf

Union africaine : une enquête interne lancée pour corruption, népotisme et menaces

| Par Jeune Afrique
Le siège de l'Union africaine, à Addis-Abeba.

 Le siège de l'Union africaine, à Addis-Abeba. © Tiksa Negeri/REUTERS

 

Le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs de l’UA est au cœur d’une enquête interne. Certains employés ont engagé un bras de fer avec leurs dirigeants, accusés, entre autres, de népotisme, de favoritisme ou de corruption. « Jeune Afrique » en livre les dessous en exclusivité.

C’est un document de 26 pages, que Jeune Afrique a pu consulter, qui a mis le feu aux poudres. Rédigé en juillet par des salariés du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), une structure qui dépend de l’Union africaine (UA), il détaille des allégations de « mauvaise gouvernance, corruption, népotisme, favoritisme […], menaces, chantage, intimidation et renvois arbitraires », au sein de l’organisation basée à Johannesburg, en Afrique du Sud.

« Le MAEP devrait être à la pointe de la promotion des valeurs de l’Union africaine [UA] comme le respect, la loyauté, l’intégrité, l’impartialité, la transparence, la responsabilité, l’efficacité et le professionnalisme. Pourtant, son secrétariat continental semble aller dans la direction tout à fait opposée », peut-on y lire.

Un million de dollars disparu ?

Selon nos informations, le document a été transmis aux principaux responsables de l’UA, dont Cyril Ramaphosa, le chef de l’État sud-africain, qui en occupe actuellement la présidence. Plusieurs accusations y sont détaillées, qui mettent notamment en cause le directeur général du secrétariat, le Sud-Africain Edward Maloka, et sa compatriote Mamathimolane Makara, directrice des services corporatifs.

« Le processus de recrutement et de licenciement du secrétariat continental du MAEP est le plus cacophonique et non objectif que vous trouverez jamais dans les organes de l’Union africaine », écrivent les lanceurs d’alertes. Ceux-ci détaillent, employé par employé, des présumés « conflits d’intérêts », situations de « favoritisme » (notamment via une « distribution de bonus ») ou renvois arbitraires.

Plusieurs autres situations précises sont évoquées dans cette note qui reprend en partie les conclusions d’un audit déjà effectué en interne en 2018. Selon les auteurs, qui réclament sur ce point une enquête indépendante, une donation de l’État nigérian de 1 million de dollars datant de 2018 aurait ainsi « disparu » du compte bancaire du MAEP.

Le Mécanisme aurait également, selon ses employés à l’origine du document, engagé la société sud-africaine Valerie M Travel Services « sans aucun appel d’offres approprié ». Dans le contrat liant cette entreprise au MAEP, un accord disposerait en outre que « la carte de crédit » de ce dernier « serait conservée par Valerie M Travel Services ». Cette compagnie, précise le document, est détenue par « un ami » de Mamathimolane Makara.

Commission d’enquête

Le document résume en outre plusieurs incongruités de fonctionnement : l’impression, sur son compte du MAEP, de t-shirts destinés à l’église personnelle de Liziwe Masilela, directrice de la communication ; l’utilisation d’un bus du Mécanisme pour acheminer les invités au quarantième anniversaire de Mamathimolane Makara à Bloemfontein, à 400 kilomètres de Johannesburg.

Le 6 août dernier, le directeur du personnel du MAEP, Ferdinand Katendeko, a émis une circulaire engageant tous les salariés à « rester calmes » et à « ne pas être distraits » par le « document anonyme en circulation ». « La direction prend le sujet au sérieux […] et ira au fond des choses », précise Katendeko dans ce courrier que Jeune Afrique a consulté.

Selon nos sources, l’UA a mis en place une commission d’enquête pour enquêter sur ces allégations. Celle-ci a notamment commencé à interroger certains salariés du Mécanisme concernés.

[Tribune] Face au terrorisme, la survie du Sahel dépend du courage politique de ses dirigeants

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Par  Ibrahim Yacouba

Ancien ministre nigérien des Affaires étrangères.

Des soldats mauritaniens, près de la frontière avec le Mali, en novembre 2018.

Des soldats mauritaniens, près de la frontière avec le Mali, en novembre 2018. © THOMAS SAMSON/AFP

 

Pour Ibrahim Yacouba, ancien ministre nigérien des Affaires étrangères, l’échec de la lutte contre le terrorisme tient à l’absence d’une stratégie claire et ferme visant à en combattre les causes.

La libération au Mali des otages Soumaïla Cissé, Sophie Pétronin, Nicola Chiacchio et le père Pier Luigi Maccalli par Aqmi le 8 octobre 2020 a mobilisé l’attention de l’opinion publique au Sahel et dans le monde.

Malgré les moyens et les actions régulièrement annoncés par le Mali et ses pays amis, la situation du nord du Mali reste encore préoccupante et constitue plus que jamais un facteur supplémentaire d’amplification de l’insécurité de toute la sous-région, qui reste toujours sous la pression exercée par les différentes organisations terroristes qui écument la région.

Si les montants des dépenses militaires font l’objet de la plus grande discrétion ou de spéculations selon les sources, l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm estime qu’en 2019 les dépenses militaires du Burkina Faso s’élevaient à 358 millions de dollars américains, celles du Mali à 474 millions, celles de la Mauritanie à 162 millions, celles du Niger à 178 millions et celles du Tchad à 235 millions.

Cet effort de guerre considérable représente jusqu’à 14 % du budget national (cas du Tchad). Le président du Niger a quant à lui très souvent déclaré qu’il « [consacrait] plus de 19 % des ressources budgétaires à la sécurité ».

Coopération et coordination

Au-delà des ressources mobilisées au niveau national, les États du Sahel ont entamé une démarche de coopération et de coordination avec la création du G5 Sahel, en 2014, qui regroupe les cinq pays cités. Dans cette guerre qui nous est imposée, le G5 Sahel entend répondre sur deux plans complémentaires.

Le premier concerne le développement durable, notamment les aspects relatifs à la résilience et au développement humain, aux infrastructures et à la gouvernance. Un Programme d’investissement prioritaire couvrant ces volets a été conçu et chiffré à 14,8 milliards de dollars.

Le second plan qui fait l’objet de l’attention du G5 Sahel est bien évidemment le plan militaire. Lancée en février 2017 par les chefs d’État du G5 Sahel, la Force conjointe du G5 Sahel (FCG5S) se veut la clé de voute de la coopération militaire entre les cinq pays.

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EN DÉPIT DES EFFORTS, LES GROUPES TERRORISTES, GAGNENT DU TERRAIN

Mais, pour lui permettre de fonctionner correctement, cette force militaire prévue pour compter entre 5 000 et 10 000 soldats a besoin de disposer de moyens considérables estimés à 400 millions d’euros, qui peinent toujours à être mobilisés.

Malgré tous les efforts et la bonne volonté affichée, les attaques terroristes, sous la forme d’embuscades, d’assassinats ciblés et d’enlèvements, se font de plus en plus fréquentes et téméraires, notamment au Burkina Faso, au Mali et au Niger.

La situation sécuritaire se dégrade, et la raison principale est que toutes les mesures qui ont été mises en place contre les groupes terroristes ne parviennent pas à les ébranler structurellement. Au contraire, ils « gagnent du terrain », pour utiliser les termes employés par le secrétaire général des Nations unies en février 2020.

Liens entre terrorisme et trafics de drogue

Pour faire la guerre et la tenir sur une période plus ou moins longue, une organisation a principalement besoin de combattants et de ressources financières.

Or la faillite de certains États à assurer les services sociaux de base, voire la démission pure et simple dans certains territoires, combinée au chômage et à au manque de perspectives d’avenir, offre aux groupes terroristes un vivier presque inépuisable de jeunes hommes et même de jeunes femmes en quête d’un cadre structurant, d’idéal, mais surtout de meilleures conditions de vie.

L’accès aux ressources financières est quant à lui assuré par les trafics en tout genre, dont le trafic de drogue. Le 7 août 2020, le Groupe d’experts créé en application de la résolution 2374 (2017) sur le Mali a adressé une lettre au Président du Conseil de sécurité des Nations unies détaillant différents aspects de la criminalité organisée sévissant au Sahel.

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LE MANDAT DE CERTAINES FORCES N’INTÈGRE PAS LE COMBAT CONTRE LE TRAFIC INTERNATIONAL DE STUPÉFIANTS

Cette lettre démontre que la région est devenue une plaque tournante du trafic international de drogue. Cela est désormais bien compris par les opinions publiques. Le lien qu’il reste à établir très clairement, et cela relève de la responsabilité des États du Sahel, c’est celui entre ces trafiquants et le terrorisme.

Dans la plupart des cas, les réseaux de trafiquants se superposent, voire se confondent, avec les groupes terroristes. Il n’y aura aucune victoire pérenne contre le terrorisme au Sahel si ces deux luttes (contre le terrorisme et contre les trafics) ne sont pas menées en synergie.

Malheureusement, et aussi curieux que cela puisse paraître, le mandat de certaines forces multinationales opérant dans cet espace n’intègre pas clairement ce combat contre le trafic international de stupéfiants.

Écart entre les discours et la volonté politique

L’autre combat qu’il faut absolument remporter, c’est celui contre le désespoir de notre jeunesse. Au Niger, par exemple, le taux brut de scolarisation pour l’enseignement primaire, qui n’a jamais atteint les 75 %, a régressé à 66,42% en 2019. Le chômage, mais surtout le sous-emploi, qui y touche plus du tiers de la population, ont un effet délétère voire dévastateur sur la jeunesse, qui voit ses perspectives d’avenir considérablement réduites.

Ces faits sont connus des décideurs politiques et même de tout observateur ou observatrice du Sahel. Pourquoi alors cet écart entre les discours et la volonté politique mise en œuvre pour apporter les réponses idoines ? Pourquoi cette tolérance envers la mauvaise gouvernance et le mauvais usage fait des modestes ressources qui devraient nous permettre de mettre les solutions en œuvres ?

Le moyen le plus pérenne d’assurer le financement de la FCG5S aurait été de la placer sous mandat offensif dans le cadre du chapitre VII de la Charte des Nations unies et d’y rattacher les contributions obligatoires conséquentes. Cette demande a été réitérée de manière régulière par les chefs d’État du G5 Sahel. Pourquoi la question semble-t-elle avoir subitement disparu de l’agenda diplomatique nigérien, alors même que le pays siège au Conseil de sécurité pour la période 2020-2021 ?

Pourquoi, si le Niger investit réellement « entre 19 % et 22 % » de son budget national à l’éducation, les indicateurs se dégradent-ils ? Pourquoi l’affaire des 76 milliards de F CFA détournés au ministère de la Défense entre 2014 et 2019 n’est-elle pas traitée avec la fermeté requise ?

Ces éléments concourent à miner la confiance entre les citoyen(ne)s et leurs dirigeant(e)s, faisant un lit de plus en plus confortable à la propagande extrémiste.

Les pays du Sahel n’ont pas choisi de mener cette guerre. Mais ils peuvent choisir de la gagner. Face au danger encouru par nos Républiques, à ce péril stratégique qui met en jeu la viabilité ou l’existence de certains États, il est indispensable d’avoir le courage politique de considérer la situation dans son ensemble et de concevoir une stratégie claire et ferme visant à combattre les causes du terrorisme.

Il est également crucial d’évaluer les résultats de l’internationalisation de ces conflits et d’en tirer les meilleures leçons.

Cela demande une volonté politique qui place l’intérêt des États au-dessus des calculs personnels et politiciens. La survie du Sahel en dépend.

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Les 21 et 22 novembre prochains, l’Arabie saoudite présidera le G20. Ne laissons pas les intérêts financiers primer sur les droits humains !

L’Arabie saoudite dépense des millions pour redorer son image, notamment en communicant sur les récentes réformes en faveur des droits des femmes dans le Royaume. En réalité les militantes saoudiennes qui ont tant œuvré pour ces réformes sont harcelées, en exil ou tout simplement en prison. C’est le cas de Samar Badawi, Loujain al-Hathloul, Nassima al-Sada. Emprisonnées depuis 2 ans et demi, elles sont exposées à la torture, aux violences sexuelles et à d’autres formes de mauvais traitements.

M. Macron déclarait il y a peu que la France devait porter sa voix « féministe et humaniste » sur la scène internationale. Demandez-lui de passer de la parole aux actes lors du G20 !

JE SIGNE LA PÉTITION
Nous avons lancé une campagne internationale pour demander aux dirigeants - présents au G20 - de ne pas être dupes, et de privilégier les droits humains sur les intérêts financiers lors du sommet. À défaut, leur silence ou leur passivité seraient interprétées par les autorités saoudiennes comme un consentement tacite. Ils ont une occasion unique de faire pression sur les autorités saoudiennes.

L'ambassadeur saoudien en Grande Bretagne déclarait récemment que les autorités saoudiennes réfléchissaient actuellement à la libération des femmes défenseures. La pression commence à agir, maintenons-la, nous avons encore 7 jours pour nous faire entendre !

Merci pour votre soutien,
Audrey Boursicot
Chargée de campagne "Libertés"
chez Amnesty International France