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Au Liberia, George Weah candidat à un second mandat

Arrivé au pouvoir en 2017, le chef de l’État a annoncé qu’il se présente à l’élection présidentielle d’octobre prochain.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 31 janvier 2023 à 10:37
 
 

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L’opposition libérienne reproche à George Weah (ici en novembre 2021 à Paris) de n’avoir tenu que très peu de ses promesses de campagne. © Photo by Ludovic MARIN / AFP.

 

Il a promis un second « mandat riche d’opportunités, un mandat pour la transformation, un mandat pour le développement », mais aussi pour « la consolidation » des acquis. Le président du Liberia George Weah a annoncé le 30 janvier qu’il briguerait un deuxième mandat consécutif à la tête du pays lors de l’élection prévue en octobre.

« Mes chers concitoyens, je viendrai sous peu vers vous pour vous demander de renouveler […] pour la deuxième fois le mandat que vous m’avez accordé il y a six ans », a déclaré l’ancienne gloire du football dans un grand tumulte approbateur à la fin du discours annuel et solennel sur la situation du pays.

Très peu de promesses tenues

Dans ce discours qu’il est tenu par la Constitution de délivrer chaque année devant les chambres du Parlement, Weah, 56 ans, a défendu son bilan. « Permettez-moi de vous assurer que notre nation est forte, notre nation est stable, notre nation est pleine de vie […] notre nation est en paix et en sécurité, et nous entendons qu’elle le reste », a-t-il dit.

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Seul Ballon d’or africain à ce jour et reconverti en politique après la fin de sa carrière sportive, Weah a été élu au second tour de la présidentielle de décembre 2017 et a pris ses fonctions en janvier de l’année suivante. L’ancienne star du foot du Milan AC et du PSG a accédé à la présidence en promettant de créer des emplois et d’investir dans l’éducation. De nombreux pauvres adulaient l’ancien gamin des bidonvilles devenu vedette planétaire, puis chef d’État.

Ses détracteurs lui reprochent de n’avoir tenu que très peu de ses promesses. Ils l’accusent d’être déconnecté des réalités de ses concitoyens qui se débattent entre hausse des prix et pénurie de produits comme le carburant et de services de première nécessité.

Absence prolongée pendant la Coupe du monde

George Weah reste en butte au soupçon de n’être pas à sa place à la tête de l’État. Dernièrement, il a été attaqué pour son absence prolongée en dehors du pays, une quarantaine de jours passés de conférences en sommets, mais aussi à la Coupe du monde de foot au Qatar où son fils défendait les couleurs des États-Unis.

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La présidence a invoqué le bien-fondé de ces déplacements dans l’intérêt national. Elle évoque aussi communément la lourdeur de l’héritage reçu par Weah. L’opposition impute à ce dernier la persistance d’une corruption réputée endémique qu’il s’était engagé à combattre. Il est à cet égard sous la pression du grand allié américain : Washington a sanctionné cinq hauts responsables libériens pour corruption présumée en trois ans. Les appels régulièrement lancés en faveur de la création d’un tribunal des crimes de guerre au Liberia sont jusqu’ici restés lettre morte.

(avec AFP)

Le départ de Sabre, un pas de plus vers la rupture entre le Burkina Faso et la France

Les autorités burkinabè demandent le départ des soldats français de leur pays. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Ibrahim Traoré, les relations entre Ouagadougou et Paris n’ont cessé de se détériorer.

Mis à jour le 23 janvier 2023 à 18:06
 

 

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Manifestation contre la présence française au Burkina Faso, à Ouagadougou, le 20 janvier 2023. © OLYMPIA DE MAISMONT/AFP

 

Les relations franco-burkinabè n’en finissent plus de se tendre depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré. Après les attaques contre l’ambassade de France et l’Institut français pendant son coup d’État, fin septembre, les manifestations antifrançaises à répétition à Ouagadougou, ou encore la demande de départ de l’ambassadeur de France, Luc Hallade, début janvier, c’est aux forces spéciales françaises du dispositif Sabre d’être poussées vers la sortie.

Samedi 21 janvier, l’Agence d’information du Burkina (AIB) a indiqué que le gouvernement burkinabè demandait le départ des troupes françaises de son sol dans un délai d’un mois. Très vite, un document non authentifié censé émaner du ministère burkinabè des Affaires étrangères circule sur les réseaux sociaux et est repris par des médias locaux. Celui-ci « dénonce et met fin dans son entièreté à l’accord » passé entre la France et le Burkina Faso, le 17 décembre 2018, « relatif au statut des forces armées françaises » sur le territoire burkinabè.

« Il ne s’agit pas de la fin de nos relations diplomatiques »

Il faut encore attendre près de 48 heures pour que, ce lundi 23 janvier, le porte-parole du gouvernement confirme officiellement le souhait des autorités de transition burkinabè de voir les troupes françaises quitter leur pays. « Ce que nous dénonçons c’est l’accord qui permet aux forces françaises d’être présentes au Burkina Faso. Il ne s’agit pas de la fin des relations diplomatiques entre le Burkina Faso et la France », a précisé Jean-Emmanuel Ouedraogo, dans une interview sur la Radio-télévision du Burkina (RTB).

Jusqu’à cette déclaration, plusieurs sources militaires et diplomatiques françaises affirmaient n’avoir reçu aucune notification officielle de la part des autorités burkinabè. « Nous avons appris leur décision dans la presse. C’est tout de même une drôle de manière de faire pour revenir sur un traité international… », souffle une source au ministère des Armées. Dimanche 22 janvier, Emmanuel Macron avait même évoqué une « grande confusion » dans cette affaire et déclaré attendre des « clarifications » d’Ibrahim Traoré.

Nouveau revers

Pourtant, à Paris, personne n’a vraiment été surpris par cette décision. Voilà même plusieurs semaines que les autorités politiques et militaires françaises se préparent à un tel scénario. Depuis l’arrivée au pouvoir de Traoré par un coup d’État, le 2 octobre, plusieurs mouvements de la société civile le soutenant réclament le départ des quelque 300 membres des forces spéciales françaises qui composent le dispositif Sabre, basé à Kamboinsin, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Ouagadougou. « Nous allons continuer à discuter avec nos partenaires burkinabè pour voir comment mettre en œuvre ce retrait, indique une source élyséenne. Mais comme nous l’avons toujours dit, nos troupes ne resteront jamais contre la volonté des autorités locales. »

Selon nos informations, le départ du dispositif Sabre du Burkina Faso est acté pour le 22 février. Depuis le retrait de ses soldats du Mali, en août 2022, la France a mis fin à l’opération Barkhane et est engagée dans une vaste réorganisation de son dispositif militaire en Afrique de l’Ouest. Des discussions sont actuellement en cours entre Paris et plusieurs capitales, à commencer par Niamey, intéressées par la perspective d’accueillir un nouveau détachement de forces spéciales françaises sur leur sol.

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Pour la France, le coup n’en reste pas moins dur à encaisser. Après avoir été chassés du Mali par le colonel Assimi Goïta, les militaires français le sont désormais du Burkina Faso par le capitaine Ibrahim Traoré. Une nouvelle claque symbolique au Sahel, où le sentiment anti-français ne cesse de prospérer. Après Bamako, beaucoup, à Paris, redoutent que Ouagadougou bascule dans l’escarcelle russe. Et pour cause : depuis le mois de novembre, le régime de Traoré a entamé un rapprochement avec Moscou, avec l’appui des autorités maliennes. Des discussions ont même eu lieu entre des responsables burkinabè et la société militaire privée russe Wagner – lesquelles n’ont, pour l’instant, pas abouti.

Mission française

Le 10 janvier, Chrysoula Zacharopoulou, la secrétaire d’État française chargée du Développement, de la Francophonie et des Partenariats internationaux avait été dépêchée par Emmanuel Macron à Ouagadougou pour tenter d’arrondir les angles avec les autorités de transition burkinabè. Elle s’était longuement entretenue avec Ibrahim Traoré sur l’avenir des militaires français dans son pays ainsi que sur le rappel de l’ambassadeur Luc Hallade. D’après des sources burkinabè, le président de transition lui avait alors présenté une nouvelle mouture de l’accord de coopération et de défense qui prévoyait la fin de l’opération Sabre.

« La demande de départ de Sabre est une révision totale de l’action militaire burkinabè, basée sur le constat que ce qui a été fait n’a pas marché, analyse Rinaldo Depagne, directeur du projet Afrique de l’Ouest chez International Crisis Group (ICG). Les autorités de transition, qui sont confrontées à une situation dramatique, doivent apporter une réponse et ont choisi de réarticuler leur appareil sécuritaire pour combattre les groupes terroristes. Ils demandent donc aux Français de partir pour forger de nouveaux partenariats, notamment avec la Russie ou l’Iran. »

Manque de transparence

Au sein de l’état-major burkinabè, plusieurs officiers ne cachaient pas leur mécontentement à l’égard de Sabre. Leur principal grief concernait des vols non déclarés et le non-respect des plans de vols quand ils étaient fournis. Ils n’appréciaient pas le survol de zones d’opération par des aéronefs inconnus sur leur propre territoire, soupçonnant même leurs homologues français de jouer un double jeu. « Nous avons observé un manque de transparence lors de certaines opérations ou l’indisponibilité de Sabre pendant certaines phases tactiques cruciales », dénonce un gradé burkinabè. Ces problèmes ont conduit le capitaine Traoré et ses hommes à clouer au sol les aéronefs des forces spéciales françaises juste après leur arrivée au pouvoir, début octobre. En cause, notamment : des rumeurs persistantes sur l’existence d’une piste d’atterrissage secrète qui avait suscité un tollé et amené le gouvernement à annoncer l’ouverture d’une enquête.

Depuis plusieurs années, les responsables sécuritaires burkinabè s’insurgent régulièrement contre le survol de leur territoire par des aéronefs non identifiés. En 2019, à la suite de nouveaux survols de positions de l’armée, le général Moïse Minoungou, alors chef d’état-major général des armées, s’était vu obliger de mettre en garde les partenaires du Burkina Faso susceptibles de survoler les troupes déployées sur le front contre les groupes jihadistes. « Des aéronefs non identifiés survolent nos bases et zones d’opération (…) Des instructions ont été données aux unités déployées pour qu’ils soient considérés comme des ennemis et traités comme tels », avait écrit l’officier général dans une correspondance adressée à l’attaché de défense de l’ambassade de France.

Autre sujet de crispation entre les responsables des deux pays : le sort réservé aux prisonniers faits par Sabre dans le cadre de la lutte contre les groupes jihadistes. « Sabre interpellait des citoyens burkinabè et les auditionnaient avant même de les remettre à nos autorités », conclut une source militaire à Ouagadougou.

Au Burkina Faso, qui sont les leaders du mouvement anti-français ?

Depuis plusieurs mois, certains membres de la société civile burkinabè se mobilisent contre la présence française dans leur pays. Passage en revue des plus actifs.

Par  - à Ouagadougou
Mis à jour le 22 janvier 2023 à 11:27
 

 

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BURKINA-FRANCE-RUSSIA-POLITICS-DEMONSTRATION © Une manifestation de soutien au capitaine Ibrahim Traoré, et réclamant le départ des Français du Burkina, à Ouagadougou, le 20 janvier 2023.

 

Ils étaient plusieurs centaines à converger, vendredi 20 janvier, sur la place de la Nation, à Ouagadougou. À l’appel de plusieurs mouvements regroupés au sein du Collectif des leaders panafricains (CLP), ces manifestants s’étaient rassemblés pour réclamer le départ « immédiat » de l’ambassadeur de France, Luc Hallade, et plus largement la fin de la présence française au Burkina Faso.

Dans la foule, ils étaient nombreux à scander des slogans hostiles à la France, à agiter des drapeaux russes, mais aussi à brandir des portraits du patron du Kremlin, Vladimir Poutine, du président de transition malien, le colonel Assimi Goïta, et de son homologue guinéen, le colonel Mamadi Doumbouya, ou encore du nouvel homme fort du pays, le capitaine Ibrahim Traoré.

Arrivé au pouvoir par un coup d’État, le 2 octobre, le jeune président burkinabè de 34 ans est soutenu par plusieurs mouvements anti-français et pro-russes, qui se montrent particulièrement actifs ces dernières semaines. Qui sont ces femmes et ces hommes qui réclament le départ de la France du Burkina Faso ? JA fait le point.

Mohamed Sinon

Beaucoup le pensait en exil au Togo ou au Mali depuis quelques semaines. Le 20 janvier, c’est donc en invité surprise – et largement applaudi – que Mohamed Sinon a fait son apparition sur la place de la Nation, à Ouagadougou.

Ce retour sur le devant de la scène lui a coûté cher : quelques heures plus tard, l’activiste était arrêté pour avoir, au début de novembre 2022, appelé au meurtre de l’ancien journaliste et ex-président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Newton Ahmed Barry, lequel avait critiqué la décision du gouvernement de suspendre l’émission de Radio France international (RFI). À l’époque, les partisans de Sinon avaient empêché la police de l’arrêter, ainsi que l’avait instruit la justice burkinabè.

Chargé de communication du Mouvement Africa révolutionnaire, Mohamed Sinon est un fervent soutien du capitaine Ibrahim Traoré. Sur ses réseaux sociaux, où il s’exprime exclusivement en mooré, il n’hésite pas à s’en prendre à ceux qui se montrent critiques envers le président de transition ou qui défendent un partenariat avec la France. Originaire du Passoré, Mohamed Sinon vivait dans la ville de Gaoua, dans le sud-ouest du pays, avant de venir s’installer à Ouagadougou.

Monique Yeli Kam

Ancienne candidate à l’élection présidentielle de 2020, Monique Yeli Kam est la coordonnatrice du mouvement M30 Naaba Wobgo. Ce mouvement, lancé le 30 juillet 2022, s’est fixé pour objectif principal de « conscientiser » les populations sur « l’inefficacité » de la coopération militaire et économique avec la France.

Avant de devenir une égérie de la lutte anti-française dans son pays, Monique Yeli Kam a milité, au début des années 2010, au sein du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) de l’ancien président Blaise Compaoré, qui était alors considéré par beaucoup comme l’homme de la France dans la région. Elle avait ensuite rallié le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) de Roch Marc Christian Kaboré, autre ex-chef de l’État, avant de finalement en claquer la porte pour jouer sa propre partition.

Ces dernières semaines, son leadership au sein du mouvement M30 Naaba Wobgo est de plus en plus contesté par certains de ses camarades, qui estiment qu’elle les utilisent pour satisfaire ses ambitions politiques et promouvoir ses affaires personnelles.

Nestor Podassé

« Nous ne sommes pas contre la présence française en Afrique. Nous sommes contre la présence de l’armée d’occupation terroriste française en Afrique ». Ainsi s’exprime Nestor Podassé, surnommé « Mandela 1er » par ses partisans et responsable du mouvement Planète des jeunes panafricains. Considéré comme l’un des « durs » du mouvement anti-français au Burkina Faso, il s’est donné pour mission de lutter pour la « vraie souveraineté » burkinabè.

Proche du régime d’Ibrahim Traoré, ce naturopathe de formation ne cesse de demander le départ de la force d’intervention Sabre, un détachement d’environ 300 membres des forces spéciales françaises basé à Kamboinsin, à la périphérie nord-ouest de Ouagadougou. Podassé milite aussi ouvertement pour l’arrivée de la société militaire privée russe Wagner au Burkina Faso. « Nous validons la proposition de Moscou pour la venue de centaines de mercenaires de Wagner qui arrivent très prochainement au Faso. Ces forces de libération et d’émancipation viennent remplacer les forces impérialistes actuelles », avait-il ainsi écrit dans une déclaration, le 5 janvier.

Boris Guissou

Pingdwendé Boris Guissou est le coordonnateur burkinabè d’Urgences panafricanistes, l’organisation non gouvernementale fondée par le Franco-Béninois Kemi Seba, grand pourfendeur de la France sur le continent.

Malgré les liens qu’entretient son patron avec la Russie, cet entrepreneur, qui milite ardemment contre la présence militaire française au Burkina Faso et sur le continent, refuse de se définir comme un « pro-russe ». Contrairement à certains de ses camarades panafricanistes, Guissou affirme ne pas vouloir de troupes russes sur le sol burkinabè mais seulement un appui en matière d’armement et de renseignement de la part de Moscou.

Lassané Sawadogo

Lassané Sawadogo est le coordonnateur du Front de défense de la patrie (FDP), initiateur du slogan « La France doit partir » repris largement dans les manifestations et sur les réseaux sociaux. Membre du mouvement M30 Naaba Woobgo de Monique Yeli Kam, il fait partie de ceux qui appelaient, dès août 2022, à l’expulsion de l’ambassadeur de France, Luc Hallade, du Burkina Faso.

Assimi Goïta va-t-il repousser le référendum sur la révision de la Constitution ?

Au Mali, lors de concertations avec la classe politique et la société civile, Abdoulaye Maïga, ministre de l’Administration territoriale, a ouvert la porte à un report. Explications.

Mis à jour le 20 janvier 2023 à 16:00
 
 
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Le colonel Assimi Goïta, à Bamako, le 7 juin 2021. © Habib Kouyate/AFP

 

« L’équilibre doit toujours être trouvé entre l’objectif d’avoir un texte consensuel et la nécessité de respecter le délai de la transition. » À deux mois, presque jour pour jour, du référendum sur la nouvelle Constitution, qui doit se tenir le 19 mars, le gouvernement malien prépare l’opinion à un possible report.

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Lors des concertations menées avec des représentants de la classe politique et de la société civile cette semaine, le colonel Abdoulaye Maïga, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, s’est pourtant voulu rassurant. « Le gouvernement n’a pas pour mission de surseoir au référendum », a-t-il insisté. Reste que la mise en œuvre de plusieurs préalables au scrutin, précisés dans le calendrier électoral, a pris du retard.

Amendements

Après avoir installé l’Autorité indépendante de gestion des élections (Aige), en août 2022, avec un mois de retard, le gouvernement doit encore régler plusieurs points. Qui portent sur le fond du texte de la loi électorale, notamment.

« Une commission de finalisation, censée prendre en compte les amendements proposés par la société civile, la classe politique et la diaspora, doit encore être mise en place », cite en exemple Brema Ely Dicko, sociologue qui a participé à la rédaction de la nouvelle Constitution.

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Plusieurs propositions ont en effet été mises sur la table, dont celle d’accorder à l’Assemblée nationale la possibilité de voter une motion de censure contre le gouvernement. Mais cette disposition ne figure pas dans l’actuelle mouture constitutionnelle, remise au président de la transition, Assimi Goïta, en octobre dernier.

« Le gouvernement travaille à obtenir un consensus autour de la nouvelle loi fondamentale, car la Constitution engage l’ensemble du peuple malien », met en garde Brema Ely Dicko en référence aux multiples crises politiques qui ont émaillé l’histoire du pays.

Qui pour gérer le scrutin ?

Autre enjeu majeur : la mise en place de l’Aige, qui sera notamment chargée de la proclamation des résultats provisoires. « L’appel à candidatures doit être lancé pour le dépôt des dossiers au niveau régional. S’ensuivra tout un processus pour nommer, installer et former les membres de l’autorité au sein des structures locales. Tout cela pourrait encore prendre plusieurs mois », détaille Brema Ely Dicko. En outre, l’Aige ne dispose toujours pas de structures dans l’ensemble des régions du Mali.

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Si elle n’était pas prête, et si le référendum était tout de même maintenu à la date prévue, le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, jusqu’ici en charge d’organiser les élections, pourrait prendre le relais, au moins partiellement. Mais depuis le début des années 2000, son rôle cristallise les débats, certains regrettant qu’une entité gouvernementale ait autant d’emprise sur le processus électoral.

Modifier la loi électorale

Autre solution évoquée à demi-mot par le gouvernement : modifier légèrement la loi électorale, afin de faire correspondre les délais légaux pour la mise en place des structures nécessaires au référendum avec le temps imparti pour son organisation. Mais « la loi électorale ne peut pas être modifiée dans les six mois qui précèdent une élection, sauf consensus avec l’ensemble des acteurs », insiste Brema Ely Dicko.

Qu’il décide de reporter le scrutin ou de contourner légèrement la loi électorale, le gouvernement ne peut donc manœuvrer sans le soutien d’une partie de la classe politique et de la société civile.

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Pour le premier vote organisé depuis le début de la transition en août 2020, lequel devra être suivi d’élections locales et législatives en juin et octobre, puis d’une présidentielle en 2024, le gouvernement semble en tout cas faire le pari du dialogue.

Les colonels au pouvoir n’ont pas oublié que s’ils ont pu facilement renverser le président Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020, c’est parce qu’il était fragilisé par des mois de contestation populaire. Une colère provoquée notamment par les résultats des législatives de 2020, largement rejetés par les Maliens, qui criaient à la fraude.