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Comment Air France prépare son retour en Afrique

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Airbus A350 d'Air France, utilisé notamment pour les dessertes Paris-Dakar-Paris.

Malgré les restrictions imposées par l’UE, la compagnie a repris cette semaine ses vols vers Abidjan et poursuit les discussions avec d’autres capitales africaines.

« Une douche froide ». C’est ainsi que certains bons connaisseurs du ciel africain qualifient la publication le 1er juillet par l’Union européenne de la liste des pays dont les ressortissants sont autorisés à pénétrer dans l’espace Schengen.

« Concentrée sur son remaniement ministériel, la France n’a pas su défendre les pays africains » regrette une source proche des négociations, alors que l’Allemagne et la République tchèque ont bloqué l’extension de la liste aux pays subsahariens.

Un seul figure toutefois dans la liste : le Rwanda, qui ne fait pas partie des destinations desservies par le groupe Air France-KLM…

Reprise partielle des liaisons

Selon les informations de Jeune Afrique, Air France peut continuer « à titre exceptionnel » à desservir des destinations qui ne sont pas incluses dans la réglementation, avec l’accord du pays et à condition que les passagers concernés fassent valoir un motif particulier (statut de résident, liens familiaux…).

En vertu du principe de réciprocité, le Sénégal, le Gabon et l’Algérie ont fermé la porte aux citoyens européens, la Côte d’Ivoire et le Bénin ont eux ouvert leur espace aérien, sans appliquer de pareilles restrictions. La liste de l’UE devrait être réactualisée le 15 juillet.

Pour sa part, Air France a déjà repris ses liaisons vers Abidjan, Cotonou, Douala, Yaoundé, Libreville, en tenant compte des restrictions éventuelles concernant les passagers admissibles dans chaque pays. Elle se prépare toutefois activement en prévision d’un retour « à la normale » dans les capitales africaines.

Ses délégués régionaux mènent des discussions avec les ministres des Transports et les aviations civiles de chaque pays

D’abord, d’un point de vue opérationnel, en préparant la remise en route d’appareils qui n’ont pas volé pendant plusieurs mois.

Ensuite, au travers de ses délégués régionaux qui mènent des discussions avec les ministres des Transports et les aviations civiles de chaque pays, évaluant la situation épidémique, la capacité à remettre des vols aussitôt que les conditions sanitaires seront levées. Des échanges qui se poursuivent en parallèle au plus haut niveau avec les présidences.

Regagner la confiance des voyageurs

D’après nos informations, la compagnie a chargé son ancien directeur des relations extérieures pour l’Afrique, le consultant Guy Delbrel, depuis longtemps facilitateur des relations entre la compagnie et les pays africains, de mener à bien les contacts.

Il importe au transporteur de ne pas froisser les interlocuteurs

C’est ainsi qu’a été préparé le retour des vols commerciaux d’Air France le 6 juillet avec le ministre ivoirien des Transports Amadou Koné, les dirigeants de l’aviation civile et des proches du président Ouattara et que les échanges se sont aussi poursuivis avec l’entourage de son homologue sénégalais Macky Sall.

S’il s’agit de bien mettre au point les procédures sanitaires, il importe aussi, au transporteur français, de ne pas froisser les interlocuteurs. La diffusion en mai sur les réseaux sociaux d’un faux visuel concernant la reprise des vols d’Air France sur le continent avait suscité le courroux des autorités à Dakar, obligeant Air France à clarifier la situation.

Si les cabines sont encore loin d’être remplies, la compagnie devra aussi regagner la confiance des voyageurs, qui ne sont pas tous prêts à remonter dans un avion. Et les passagers devront se montrer patients devant les contrôles sanitaires prévus à l’arrivée, avec un temps d’attente particulièrement long dans plusieurs aéroports du continent. Très attendu, le retour d’Air France en Afrique ne s’annonce pas de tout repos.

Plus de 2 millions de personnes

menacées par la famine au Burkina Faso

Vatican News, 07 juillet 2020

Burkina

Dans un camp de déplacés internes à Kaja, Burkina Faso, le 22 janvier 2020

Caritas Internationalis lance un appel d'urgence pour aider les personnes déplacées au Burkina Faso à survivre à la grave crise alimentaire. Selon l’organisation catholique, si aucune aide n'est fournie, plus de 2,2 millions de burkinabè risquent de mourir de faim dans les mois à venir en raison des conflits en cours et des conditions climatiques extrêmes.

En cette année 2020, le nombre de personnes touchées par une très grave pénurie alimentaire est trois fois plus élevé que l'année dernière au Burkina Faso, constate Caritas Internationalis dans un communiqué publié le 1er juillet dernier.

Ce pays enclavé d'Afrique de l'Ouest est devenu l'épicentre d'un conflit régional dramatique qui a provoqué le déplacement de plus d'un million de personnes. Il n'y a pas si longtemps encore, la paix régnait au Burkina Faso, mais depuis maintenant quatre ans, des groupes armés opérant le long de la frontière nord et dans l'est du pays continuent de tuer et de terroriser les citoyens. Une grande instabilité en résulte, se traduisant par l'une des vagues de déplacement les plus rapides au monde, avec des centaines de milliers de personnes sans nourriture, eau ou abri.

«Le monde a oublié la crise du Sahel», regrette le directeur de Caritas Burkina Faso, le père Constatin Sere, selon qui «des pays comme le Burkina Faso sont confrontés à une série de défis et sans aide, les gens vont souffrir terriblement. Les personnes déplacées n'ont pas accès à la nourriture ni à l'eau, qui est essentielle à la fois pour la boisson et l'hygiène personnelle».

Le père Sere note également qu'à l'approche de la saison des pluies, les conditions des personnes déplacées deviennent encore plus critiques car la plupart d'entre elles n'ont pas d'abri adéquat pour faire face aux tempêtes, aux vents forts et aux inondations qui vont suivre dans les trois à cinq prochains mois.

Comme l’explique le prêtre, tous les Burkinabè et les personnes déplacées en particulier continuent d'espérer la paix et le retour à la normale. «Si vous demandez à une personne déplacée ce qu'elle souhaite le plus, elle vous répondra qu'elle veut retourner dans son village d'origine. Je crains que cela ne se produise pas de sitôt, car la violence ne diminue pas. Malgré l'engagement de l'État, les groupes armés de notre pays continuent à semer la terreur et à briser des vies», constate-t-il.

Un projet pour tenter de secourir la population

Le nombre de personnes menacées par la famine à court-terme est très élevé, représentant 11% de la population, «Entre juillet et août, 2,2 millions de personnes au Burkina Faso risquent de mourir de faim. L'avenir est inquiétant, mais nous continuons à mettre notre foi en Dieu et en l'amour de nos frères et sœurs dans le monde entier», ajoute le père Sere.

Caritas a donc lancé un projet de 600 000 euros pour fournir aux personnes déplacées et à leurs familles d'accueil une aide alimentaire et une contribution économique jusqu'à la fin octobre 2020. Le projet, qui vise à aider environ 50 000 personnes, sera principalement concentré dans les diocèses de Kaya, Fada N'Gourma, Nouna et Dédougou.

Les colis alimentaires offerts à environ 1 500 familles contiendront suffisamment de nourriture pour un mois et comprendront: 50 kg de riz, 50 kg de sorgho ou de millet, 25 kg de haricots, 5 litres d'huile, 2 kg de sel et 5 000 francs centrafricains que les gens pourront utiliser pour acheter des denrées périssables. Au nom de Caritas Burkina, le père Sere remercie tous ceux qui entendent aider la population locale.

es Sud-Soudanais attendant une aide du PAM, le Programme alimentaire mondial, le 4 février 2020. 

 

9 ans après son indépendance,

le Soudan du Sud est épuisé et affamé

 

Sousan

Vatican News,08 juillet 2020

Dans un rapport publié à la veille du neuvième anniversaire de l’indépendance sud-souda-naise, Caritas Italie dresse un triste état des lieux du plus jeune État du monde.

Une population épuisée par la guerre et affamée par la pandémie : c'est la photographie dramatique prise par Caritas Italiana au Soudan du Sud, à l'occasion du neuvième anniversaire de l'indépendance du pays, obtenue le 9 juillet 2011. Le constat de l'organisation est sans appel : «Une guerre civile qui a fait des centaines de milliers de morts ; une population épuisée et en fuite avec des millions de personnes déplacées et de réfugiés qui pèsent sur des pays voisins tout aussi fragiles ; un territoire dépourvu d'infrastructures importantes et de ressources naturelles riches qui ne parviennent pas à garantir la sécurité et la stabilité ; un processus de paix lent, entre la signature d'accords et de cessez-le-feu jamais respectés, sans cesse repoussés et conduisant toujours à de nouveaux affrontements dont les conséquences sont payées par tant de pauvres ; une crise parmi les plus oubliées».

Caritas rappelle par ailleurs les nombreux appels lancés par le Pape François et l'Église locale qui «ont élevé la voix, appelant au pardon et au dialogue pour surmonter les divisions ethniques et les intérêts de quelques-uns et pour revenir à l'unité nationale». Tout cela alors que «la pandémie de Covid-19 augmente la faim, plus qu'elle n'affecte les quelques hôpitaux».

Pour un avenir moins obscur, Caritas propose une réconciliation au niveau politique, militaire et communautaire, la transparence dans la gestion des ressources naturelles, la lutte contre la corruption et un plus grand investissement dans les infrastructures et les services primaires, en donnant la «priorité aux jeunes et aux femmes en tant qu’acteurs du changement». 

Les violences malgré un accord de paix 

Au Soudan du Sud, malgré les progrès vers l'application de l'accord de paix, les violences intercommunautaires se poursuivent dans ce pays regorgeant d'armes, où elles ont fait 658 morts et 452 blessés au premier trimestre 2020, selon les Nations unies.

Après des mois de négociations, les deux rivaux, Salva Kiir et Riek Machar, ont accepté en février dernier de former un gouvernement d'union nationale, afin d'en finir avec une guerre civile qui a fait en six ans plus de 380 000 morts et provoqué une crise humanitaire catastrophique. La formation d'un gouvernement d'union nationale était le point clé de l'accord de paix conclu en septembre 2018 à Addis Abeba. Depuis, la principale pomme de discorde était le contrôle des 10 États que compte le pays, en particulier ceux produisant du pétrole, principale source de richesse du pays. Mercredi 17 juin, le président et le vice-président ont conclu un accord pour le partage de ces zones. Ceux qui ont commis des violences devront rendre compte à Dieu, avertissait en juin dernier le Conseil des Églises du Soudan du Sud (Sscc). 

Lire aussi : Appel œcuménique contre les violences au Soudan du Sud

Mali: au moins quatre morts et des arrestations en marge de la manifestation contre IBK

Le mouvement M5, né début juin et composé d’une partie de la société civile, de l’opposition politique et de religieux, a organisé sa troisième manifestation ce vendredi 10 juillet pour réclamer la démission du chef de l’État Ibrahim Boubacar Keïta
Le mouvement M5, né début juin et composé d’une partie de la société civile, de l’opposition politique et de religieux, a organisé sa troisième manifestation ce vendredi 10 juillet pour réclamer la démission du chef de l’État Ibrahim Boubacar Keïta REUTERS/Matthiew Rosier
Texte par : RFI
4 min

Au Mali, le dernier bilan de la manifestation du vendredi 10 juillet fait état d'au moins quatre morts et 70 blessés. Le Premier ministre malien, Boubou Cissé, s’est rendu, dans l’après-midi de ce samedi 11 juillet, à l’hôpital Gabriel Touré, pour rendre visite aux personnes blessées dans les manifestations de vendredi, et a annoncé que le bilan s’élevait à quatre personnes tuées. Des bâtiments administratifs ont également été pris d'assaut, comme le siège de la Télévision nationale, l'ORTM, et l'Assemblée nationale. Plusieurs personnes ont été interpellées.

Avec nos correspondants à Bamako,

Le Premier ministre malien Boubou Cissé qui s’est rendu cet après-midi à l’hôpital Gabriel Touré pour rendre visite aux personnes blessées dans les manifestations de vendredi a annoncé que le bilan s’élevait désormais à quatre personnes tuées. Au lendemain d’un vendredi émaillé de violences, le chef du gouvernement a également déclaré à RFI que le président et lui-même restent ouverts au dialogue. « Très rapidement, je mettrai en place un exécutif avec l’intention d’ouverture pour faire face aux défis de l’heure », a-t-il affirmé.

Au lendemain de cette houleuse manisfestation à Bamako, selon les proches de Issa Kaou Djim, et de Clément Dembélé, deux des principales figures de la contestation, ils ont été interpelés. D’autres leaders de la contestation, à la mi-journée de ce samedi, ne répondaient pas au téléphone. Difficile de savoir ce qui se passe. Ajoutons que le siège du Mouvement du 5 juin (M5) serait assiégé par les forces de l’ordre, selon un responsable.

L’imam Mahmoud Dicko, a été arrêté vendredi soir, selon le Mouvement du 5 juin. Son organisation avait appelé à la désobéissance civile, une réponse aux propositions du chef de l’État, cette semaine, pour sortir de la crise politique. Ce vendredi 10 juillet, dans les rues, le M5 a renouvelé son appel à la démission du président IBK.

Clément Dembélé, de la Plateforme de lutte contre la corruption et le chômage (PCC), a lui été arrêté pour insurrection et tentative de déstabilisation du pays, avant d’être relâché, puis de nouveau arrêté cette nuit, selon un communiqué publié sur sa page Facebook.

Les réseaux sociaux, ce samedi matin, continuent à fonctionner au ralenti et la télévision nationale, elle, a repris sa diffusion. Vendredi, l’ORTM avait cessé d’émettre dans l'après-midi, après l’occupation de la cour et l’occupation du bâtiment par des manifestants.

Avant la mi-journée de ce samedi, des jeunes ont tenté à nouveau de prendre le contrôle d’un des trois ponts de Bamako. Il y a eu de gros embouteillages et puis finalement, tout est revenu à la normale. RFI a pu constater que les deux ponts occupés, vendredi, par les manifestants étaient ouverts à la circulation. Des restes de pneus étaient également visibles dans les rues que les services de la voirie ont commencé à nettoyer. Des voitures incendiées étaient également visibles.

Par ailleurs, au grand marché de la capitale Bamako, par mesure de précaution, des boutiques sont restées fermées. Ajoutons que devant l’Assemblée nationale, en partie saccagée, nous avons vu les Forces de l’ordre.

L'Assemblée nationale «saccagée»

Vendredi, l'Assemblée nationale a également été investie par la foule, du matériel a été emporté et des documents ont été détruits, avant l’arrivée des forces de l’ordre.

Joint par RFI, Moussa Timbiné, président de l’Assemblée nationale faisant partie des députés dont l'élection est contestée, déplore ce débordement.

Les dégâts sont énormes parce que l’édifice lui-même a été saccagé […] Il y a eu des pillages […] Naturellement je déplore cela. Tout ce qui vient d’être perdu n’appartient pas à un individu. Cela appartient au peuple malien.

Moussa Timbiné, président de l’Assemblée nationale malienne.

La police et la gendarmerie n’ont quasiment pas été aperçues dans le sud de la ville et au niveau des deux ponts bloqués par des barricades, au nord de la ville, des tirs ont été entendus. Ce samedi 11 juillet, le dernier bilan fait état d'au moins deux morts et 55 blessés. 

À lire aussi : La manifestation du M5 contre IBK dégénère à Bamako

Le Mouvement du 5 juin, à l'origine de cette nouvelle journée de protestation,  réclame la dissolution du Parlement, la formation d'un gouvernement de transition dont il désignerait le Premier ministre, ainsi que le remplacement des neuf membres de la Cour constitutionnelle, accusée de collusion avec le pouvoir.

Dans un communiqué diffusé vendredi soir, il a tenu le pouvoir pour responsable des violences et exhorté les forces de l'ordre à protéger « les manifestants aux mains nues qui ne défendent que les valeurs démocratiques, laïques et républicaines ».

bamako manif barricades
bamako manif barricades AP Photo/Baba Ahmed

Côte d’Ivoire : les dernières heures d’Amadou Gon Coulibaly

| Par Jeune Afrique
Le 2 juillet, le président Alassane Ouattara avait accueilli le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly (à gauche) à l'aéroport à son retour d'Abidjan après sa convalescence en France.

Décédé le 8 juillet, le Premier ministre ivoirien avait regagné la Côte d’Ivoire le 2 juillet. Voici le récit, jour par jour, de sa dernière semaine à Abidjan. 

Rentré à Abidjan le 2 juillet après deux mois de convalescence à Paris, Amadou Gon Coulibaly (AGC) a passé les 3 et 4 juillet en famille, tout en commençant à se replonger dans le travail. Il préparait en effet le lancement de la phase trois du Contrat de désendettement et de développement (C2D), le principal axe de coopération avec la France.

Par ailleurs, il devait conduire la délégation gouvernementale lors des obsèques du père du ministre de la Construction, Bruno Koné, décédé le 9 juin.

Le lendemain, le 5 juillet, il a déjeuné chez le président Alassane Ouattara avec les ministres Téné Birahima Ouattara (Affaires présidentielles) et Hamed Bakayoko (Défense), pour faire le point sur les principaux dossiers. Dans la soirée, il s’est entretenu une seconde fois avec le chef de l’État.

Le Premier ministre a officiellement repris ses activités le 6 juillet, par un entretien avec Gilles Huberson, l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire. Le 7 juillet, AGC a regagné ses bureaux, depuis lesquels il a présidé le conseil de gouvernement. Cette rencontre précède le conseil des ministres hebdomadaire, qui a lieu tous les mercredis à la présidence voisine.

Dans la nuit du 7 au 8 juillet, à minuit trente, il a eu une petite alerte qui n’a pas été jugée sévère. Le 8 juillet, Amadou Gon Coulibaly est arrivé au bureau, tout sourires. Il a demandé à son assistante principale de lui procurer les dossiers du conseil des ministres, avant de se rendre à la présidence, où les employés ont formé une haie d’honneur à son intention.

Il s’est ensuite entretenu avec Daniel Kablan Duncan, le vice-président, dans ses bureaux du premier étage. Le secrétaire général de la présidence, Patrick Achi, et Hamed Bakayoko se sont joints à cette séance de travail. Puis Gon Coulibaly a gagné la salle du conseil située au sous-sol en compagnie des deux hommes.

Malgré son malaise de la veille, le Premier ministre semble en forme. À son arrivée dans la salle, Alassane Ouattara plaisante. « Le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly va très bien, il monte et descend chaque jour des escaliers équivalant à trois étages. Il faudrait qu’on rajoute ce critère dans la Constitution ! » lance-t-il. En plus des collaborateurs du président et du chef de gouvernement, sont présents une quinzaine de ministres – en raison du Covid-19, les autres sont tenus de suivre les délibérations depuis leurs bureaux respectifs via Zoom.

Après l’intervention d’Amadou Gon Coulibaly, Alassane Ouattara prend la parole et évoque notamment un déconfinement du gouvernement pour le 22 juillet, lors d’un conseil des ministres qui se tiendra à Yamoussoukro en présence de tous. À ce moment précis, peu après 13 heures (locales), AGC tousse et semble faire un malaise. Hamed Bakayoko se penche vers le président et l’avertit discrètement. Ce dernier met fin à la séance, avant de demander à son Premier ministre de le rejoindre dans ses bureaux.

Amadou Gon Coulibaly exprime alors le besoin de se rendre dans la salle d’eau. La directrice de la communication, Masséré Touré, dont il est très proche, l’accompagne. Mais il met du temps à ressortir. Celle-ci alerte alors le président, dont les médecins, présents au palais, prennent en charge AGC. Alassane Ouattara ordonne que celui-ci soit discrètement transféré à la Polyclinique internationale Sainte-Anne-Marie (Pisam), située à quinze minutes de la présidence, où il a été rejoint par son médecin personnel, Raphaël Zogo.

Effondré, Alassane Ouattara peine à y croire

Amadou Gon Coulibaly décède peu après 15 heures. Effondré, peinant à y croire, Alassane Ouattara se rend en personne à la clinique. Il dépêche alors auprès de la famille leur ami commun, le général Abdoulaye Coulibaly (président du conseil d’administration d’Air Côte d’Ivoire et d’Aéria, gestionnaire de l’aéroport d’Abidjan). Puis il demande à Patrick Achi de rédiger un communiqué. Tous les ministres sont convoqués par e-mail à un conseil extraordinaire qui se tiendra le 13 juillet.

Les obsèques d’Amadou Gon Coulibaly seront célébrées la semaine prochaine. Le 14 juillet, un hommage national lui sera rendu au Palais, à Abidjan. Le Premier ministre sera inhumé dans les jours qui suivront à Korhogo.

Côte d’Ivoire : Toikeusse Mabri contesté au sein de son propre parti

| Par - à Abidjan
Albert Mabri Toikeusse, à Paris, en juillet 2015.

L’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI) d’Albert Toikeusse Mabri est en crise. Alors que ce dernier laisse planer le doute sur ses intentions à l’approche de la présidentielle d’octobre, certains cadres du parti ont déjà apporté leur soutien à la candidature d’Amadou Gon Coulibaly.

Depuis Zouan-Hounien, son fief de l’Ouest montagneux, Albert Toikeusse Mabri suit de près, ce samedi 5 juillet 2020, le conclave qui se tient à plusieurs centaines de kilomètres de là, à Yamoussoukro. Emmenés par Laurent Tchagba, son ex-bras droit par ailleurs ministre de l’Hydraulique, près de 150 cadres et responsables de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI) y sont réunis. À l’issue de la journée, le président de l’UDPCI n’a pas été destitué, comme cela a un temps été envisagé, mais les participants ont affiché un clair soutien au Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) et à son candidat à la prochaine élection présidentielle, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly. Alors quand on lui demande ce qu’il en pense, Toikeusse Mabri n’a qu’une réponse, énigmatique : « Dieu est au contrôle. »

De fait, depuis le 12 mars dernier, l’UDPCI est dans une position délicate. Ce jour-là, alors que le RHDP (auquel appartient l’UDPCI) faisait de Gon Coulibaly son candidat, Toikeusse Mabri avait clairement manifesté son désaccord. Un mois plus tard, il était limogé de son poste de ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique – portefeuille qui lui avait été confié en juillet 2018.

Depuis, le parti est divisé entre les partisans de la candidature de Gon Coulibaly et ceux qui soutiennent une probable candidature de Toikeusse Mabri. Ce dernier a depuis longtemps affirmé qu’il souhaitait briguer la magistrature suprême en octobre prochain. « Oui, je serai candidat, nous avait-il confié dès le mois de juillet 2017. L’UDPCI m’a demandé dès 2013 de me préparer pour l’élection présidentielle de 2020, et j’ai donné mon accord. » Il n’a depuis pas officialisé son ambition, mais il n’a pas non plus fait marche arrière.

Échec des négociations

Les négociations tentées tout début mai pour le ramener au sein de la famille RHDP ont par ailleurs échoué, en dépit de l’implication personnelle de l’imam Cheick Boikary Fofana, l’influent président du Conseil supérieur des imams, des mosquées et des affaires islamiques en Côte d’Ivoire (Cosim), décédé le 18 mai dernier. Malgré des tractations et des pressions, Albert Toikeusse Mabri a refusé de rentrer dans le rang, autrement dit d’apporter un franc soutien au candidat du RHDP et de mettre les activités de l’UDPCI en sommeil.

« Nous continuerons à tout mettre en œuvre pour le convaincre de prendre sa place de deuxième vice-président au sein du RHDP, auprès de son frère Amadou Gon Coulibaly pour qu’ils travaillent en équipe, comme le souhaite le président de la République, Alassane Ouattara », a malgré tout assuré Laurent Tchagba, le 5 juillet à Yamoussoukro.

Comme Laurent Tchagba, plusieurs cadres influents de l’UDPCI ont rallié la candidature du Premier ministre. C’est le cas de Clarisse Mahi, directrice générale adjointe de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), ou du député Kouadio Séraphin Yao, vice-président de l’Assemblée nationale.

Une poignée de fidèles

Mais Toikeusse Mabri peut toujours compter sur une poignée de fidèles. Parmi eux, la députée Évelyne Kpon Tally ou Jean Blé Guirao, l’ancien responsable de la jeunesse de l’UDPCI, formé à la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci) et rompu aux combats politiques. Ce dernier a été de tous les combats menés par le président du parti.

Car ce n’est pas la première fois que l’UDPCI, fondée en 2001 par le général Robert Gueï – tué en 2002, lors du coup d’État avorté – est menacé d’implosion. Sous Laurent Gbagbo déjà, plusieurs cadres avaient vainement tenté d’arracher le parti à Toikeusse Mabri après s’être rapprochés du Front populaire ivoirien (FPI, alors parti présidentiel).

Mais il ne faut pas s’y méprendre : l’UDPCI n’est pas le seul parti dont les divisions internes sont ainsi exposées. Plusieurs formations appartenant au RHDP font face à des dissidences. L’Union pour la Côte d’Ivoire (UPCI) est aujourd’hui scindé en deux. Les partisans de son président, Brahima Soro, s’opposent aux frondeurs emmenés par Yacou Sidibé.

Multiples dissidences

Le Mouvement des forces d’avenir (MFA) est, quant à lui, divisé en trois : Innocent Anaky Kobena, son fondateur, Anzoumana Moutayé et le secrétaire d’État Siaka Ouattara en revendiquent chacun la présidence.

Au sein de l’UDPCI, qui est bien implanté dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, Toikeusse Mabri semble pouvoir compter sur le soutien de sa base. Mais cela lui permettra-t-il de conserver encore longtemps la présidence du parti, et ce dernier peut-il éviter l’implosion ? Cela reste à prouver.