Témoignages

 

Saleh Kebzabo: «Il faut dénoncer les dérapages du gouvernement mais on ne peut pas tout lui imputer»

 

Comment sortir du bras de fer au Tchad ? Depuis la marche du 14 mai et les violences auxquelles elle a donné lieu, 6 responsables de l'opposition ont été inculpés et transférés dans la prison de Moussoro, à 300 km au nord-ouest de Ndjamena. Le principal syndicat du pays a lancé une « grève illimitée » pour demander leur « libération immédiate et sans condition ». Saleh Kebzabo, ancien chef de file de l’opposition tchadienne, est l'actuel vice-président du Comité d’organisation du dialogue national inclusif. Sur Twitter, l'homme politique a appelé les deux parties à se parler éventuellement avec l'aide de médiateurs. Qu'envisage-t-il précisément ? Il s'en explique sur RFI.

Dans le Tweet que vous avez publié ce jeudi matin, vous indiquez que des erreurs et des fautes ont été commises dans la gestion de la dernière manifestation. Quelles sont ces erreurs et ces fautes ?

Saleh Kebzabo : Du côté des pouvoirs publics par exemple, la procédure suivie n’a pas respecté les règles juridiques, tout comme l’interpellation de certaines personnes ne me semble pas f ondée. Cela donne l’impression d’un certain acharnement, alors que sur le fond, je pense que le gouvernement est fondé à faire respecter la loi et à faire respecter l’État de droit. En face, dans le camp des manifestants, j’ai comme l’impression que, parfois, on prend les choses à la légère. Demander à manifester suppose qu’on a la maîtrise des manifestants soi-même. Ils doivent donc se prémunir contre tout dérapage qui pourrait intervenir d’une façon ou d’une autre.

Et ce qui s’est passé lors de la dernière marche dite pacifique, c’est que personne n’avait le contrôle de quelque manifestant que ce soit. Donc, les dérapages qu’on a vus, il fallait s’y attendre, forcément. Mais je crois que les initiateurs de la march e se sont laissés débordés par d’autres qui sont venus s’ajouter à eux, qui ont amené une forme de violence qui n’était pas dans les options premières de Wakit Tama [coalition d’opposition]. Il y a quand même eu une certaine conjonction d’intérêts divergents, voire contradictoires, qui ont amené une manifestation monstre. Et ça, à l’extérieur, les gens ne le comprennent peut-être pas. C’est pour cela que je crois que de part et d’autre, il y a des dérapages, il y a plus que des dérapages qui parfois ont été commis, et qu’il faut mettre un peu d’eau dans le vin pour ne pas connaître une radicalisation extrême qui ne profiterait à personne. 

Vous dites qu’on a assisté à une certaine « conjonction d’intérêts contradictoires, voire divergents » lors de cette marche du 14 mai. À quoi pensez-vous quand vous dites cela ?

Aujourd’hui, je ne pense pas que le thème anti-Français par exemple soit vraiment un thème très mobilisateur au Tchad. Ce n’est pas vrai. Quand on ausculte très bien notre politique depuis l’indépendance, il y a certains activistes, des hommes politiques tchadiens qui, déjà à l’époque, étaient anti-Français ou francophobes et qui, aujourd’hui, ont vu leurs rangs se grossir dans certaines régions du pays.Et malheureusement une certaine arabophonie, liée à un islamisme qui ne dit pas son nom, constitue ce lot commun pour certains Tchadiens de demander le départ de la France. Je ne pense pas que cette idée-là soit majoritairement partagée par les Tchadiens. Je crois qu’il y a une amplification comme ça se fait outre mesure, mais je ne pense que ça puisse être aujourd’hui, un problème fondamental que puissent diviser le s Tchadiens.

Vous dites justement qu’il faut sortir de l’imbroglio et sauver le Tchad dans la tolérance. Vous êtes inquiet ?

Je suis mesurément inquiet. J’entends par là que les revendications de toutes ces organisations sont les mêmes que tous les autres Tchadiens portent. Moi-même qui vous parle, je ne suis pas ici en défenseur du gouvernement. Il y a des dérapages commis par le gouvernement qu’il faut en effet dénoncer. Il y  a un comportement de la part du gouvernement qu’on ne peut pas, qu’on ne doit pas soutenir, mais ce n’est pas une raison non plus pour se liguer comme ce gouvernement et vouloir lui impliquer toutes les fautes que nous vivons en voulant engager une insurrection pour le renverser. Dans le même temps, il y a beaucoup de choses qui se passent dans le pays et à l’extérieur du pays, sous des formes tout à fait négatives. Des affrontements dits intercommunautaires, pour être terre-à-terre ce sont des affrontements intertribaux, qui ne devraient pas être de mise en plein 21è siècle où on est aujourd’hui. Tout comme aujourd’hui, on constate que les conflits dans certains pays voisins, principalement au Soudan, risquent de s’exporter dans notre pays comme ce qui s’est passé il y a quelques jours à Kouri-Bougoudi [plusieurs dizaines de morts dans des affrontements entre orpailleurs dans l’extrême nord du pays, près de la frontière libyenne le 25 mai]. Les Tchadiens doivent donc s’interroger sur tout ça avant de poser tout acte irrémédiable, tout acte qui peut porter atteinte à notre propre unité.

Vous appelez à la désignation de médiateurs. Quel pourrait être le rôle de ces médiateurs ?

Il pourrait avoir aujourd’hui des hommes de bonne volonté individuellement ou collectivement qui peuvent se dire  ‘attention c’est l’avenir de notre pays qui est en jeu de cette façon-là’. Peut-être que tout le monde n’en a pas conscience, y compris au gouvernement. Et dans ce cas-là, certains seraient bien fondés à offrir leurs bons offices parce que vous avez là,  des antagonistes qui peuvent vouloir se défendre jusqu’au bout.

À titre personnel, que préconisez-vous au sujet des 6 responsables de l’opposition qui sont inculpés, dont Max Loalngar, le porte-parole de Wakit Tama, suite à cette manifestation et qui sont actuellement détenus à la prison de Moussoro ?

Je dis qu’il faut engager des discussions. Il faut qu’on s’entende avec eux. Nul n’a le droit de porter atteinte aux biens publics ou privés. Là-dessus, nous sommes tous d’accord. Maintenant  que cela est fait, que doit-on faire ? Qui va indemniser les entreprises qui en ont été victimes ? Est-ce que vous allons faire jouer le droit à fond jusqu’au bout ? Je crois qu’on est en politique et que, en politique, toute solution pacifique est toujours la bienvenue. Et que je ne pense pas que c’est en les maintenant en prison ou en les condamnant qu’on aura réglé au fond le problème.

Ce confrère canadien revenu il y a peu  au Burkina a célébré ses 50 ans de sacredoce

dans la paroisse Jean XXIII à Ouagadougou

 

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L'hebdomadaire de la paroisse de Nioro du  n°40 du vendredi 20 mai 2022: l'amour dans la vérité libère les énergies vitales au grand bénéfice du prochain (Une réflexion du Père Vincent KIYE,  Mafr)
Textes du jour :
1ère lecture : Ac 15, 22-31
Évangile : Jn 15, 12-17
« Voici ce que je vous commande : c'est de vous aimer les uns les autres » (Jn 15, 12-17)
Bien-aimésdansleSeigneur, depuis le dimanche dernier ce thème de l'amour du prochain revient avec insistance. Qu'est-ce que Jésus veut nous dire de plus par rapport à l'amour, nous qui nous croyonsdéjàdesdocteurs, mieuxdes experts dans ce domaine? Quelle est la portée sémantique de cet amour ?
 
Pour en saisir les enjeux, revenons sur la première lecture de ce jour. 
En effet,  dans la première lecture de ce vendredi, les apôtres se sont retrouvés devant un traitement injuste vis-à-vis des frères issus des nations païennes c'est-à-dire des nouveaux convertis. Un incident qui plongea ceux-ci dans le désarroi comme le reprennent les apôtres en ces termes: "Attendu que certains des nôtres, comme nous l’avons appris,sont allés, sans aucun mandat de notre part,tenir des propos qui ont jeté chez vous le trouble et le désarroi...". Ils envoyèrent alors Barnabé et Paul pour s'enquérir de la situation afin d'y tenter une réparation. Mais pourquoi une telle exigence ou un tel traitement vis-à-vis des nouveaux convertis ?
 
Cela ne peut être que la conséquence du manque d'amour de l'autre, comme cette force intérieure qui pousse à agir favorablement pour la promotion de l'autre, écartant par ce fait, toute marque d'injustice et tout comportement inhumain. L'ayant perçu, et  dans le souci de réparer ces injustices, les apôtres s'engageront à poser des bases à une nouvelle humanité qui voit dans l'autre, malgré sa différence, un fils de Dieu digne d'un traitement humain, lorsqu'ils diront: "L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidéde ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci, qui s’imposent :vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles,du sang,des viandes non saignées et des unions illégitimes."
Oui chers frères et sœurs en Christ,  le manque d'amour est un danger qui ressemble à un monstre à plusieurs têtes. Car il peut pousser l'homme à se servir de la loi, des constitutions, des règlements et même de la parole de Dieu pour nuire à l'autre. Cette formule employée par les apôtres pour défendre ces nouveaux convertis dans la première ne nous est certes, pas nouvelle. Posons-nous la question à quel prix et dans quelle circonstances l'employons-nous? Est-ce pour garantir la dignité et la promotion de l'autre ou pour détruire l'autre? Oui,  quand nous avons l'amour dans nos cœurs, la loi et même la parole de Dieu devient un instrument pour la promotion humaine. Le manque d'amour à cet effet devient du poison.
Demandons la grâce d'un amour dans la vérité qui libère des énergies vitales pour la construction d'un monde plus humain et plus fraternel ; un monde sans armes ni larme. Amen.
Le Seigneur soit avec vous !
✍🏾 père KIYE M.  Vincent,  Missionnaire d'Afrique 
Paroisse de Nioro du Sahel dans le diocèse de kayes 
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Whatsapp : +22372657482
 
 
L'hebdomadaire de la paroisse de Nioro du Sahel n°41 du dimanche 22 mai 2022: l'amour véritable est cette lumière dont notre monde a tant besoin aujourd'hui (Une réflexion du Père Vincent KIYE, Mafr)
Textes du jour :
1ère lecture :  Ac 15, 1-2.22-29
Deuxième lecture : Ap 21, 10-14.22-23
Évangile : Jn 14, 23-29
Bien-aimés dans le Seigneur,  recevez nos salutations fraternelles depuis la paroisse de Nioro du Sahel dans le diocèse de kayes au Mali. 
« Moi, Jean, j’ai vu un ange. En esprit, il m’emporta ...(et) me montra la Ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel d'après de Dieu. » (Ap 21, 10-14.22-23)
Que peut-on retenir de cette vision de Saint Jean ? A quelle condition tout cela est-il possible ? Ladite ville, precise Saint Jean, n’a pas besoin du soleil ni de la lune pour l’éclairer,car la gloire de Dieu l’illumine : son luminaire, c’est l’Agneau. Oh Seigneur ! Qu'est-ce que tu veux nous dire encore par là?
Bien-aimés dans le  Seigneur, la liturgie de ce sixième dimanche de pâques qui est une continuité de ce que nous avions  célébré le dimanche dernier nous invite à comprendre combien notre monde, nos villes et villages, nos différents groupes et associations voire nos cœurs sont dans le noir et pour ce fait,  nous avons besoin de la lumière du Seigneur pour les éclairer. Et cette lumière qui dépasse toutes les lumières c'est bien l'amour. Celui de Dieu avant tout, de soi-même, du prochain et du monde créé. Il ne fait jamais sombre là où on s'aime véritablement. Tout l'enseignement du Christ en ce monde, se résume en ce seul vocable: l'amour; de Dieu, de soi-même et du 
Prochain.  Voilà pourquoi Jésus précise que 
« L’Esprit Saint vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 23-29)
Un amour  pleinement vécu dissipe les ténèbres de l'ignorance d'autant plus qu'on ne cache plus rien à l'autre, on l'aide à connaître afin de devenir meilleur.  Un amour vécu pleinement détruit les murs de la haine, de la jalousie, de la violence, de la xénophobie, du tribalisme, du régionalisme, des différences qui deviennent sources des tensions et de division, pour faire de l'humanité un seul peuple de Dieu. L'amour authentique véritable fait oublier dans la mémoire du peuple, des expressions comme, meurtre, trahison, infidélité, divorce, insulte, bagarre, mensonge, etc. L'amour véritable voit en l'autre,  un partenaire existentiel, celui avec qui je m'engage pour la transformation de monde, peu importe sa race, sa religion et son origine. L'amour véritable détruit les murs des injustices faisant subir aux autres ce que nous ne pouvons pas supporter nous mêmes. L'amour authentique instaure le droit et la justice comme le firent les apôtres lorsqu'ils dirent : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci qui s’imposent » (Ac 15, 1-2.22-29). Il ne se sert pas des lois  pour nuire ou faire souffrir les autres. Il travaille à la promotion d'une nouvelle humanité. C'est à cette seule condition, c'est en semant l'amour en nous et autour de nous que cette vision de Saint Jean s'accomplir dans  l'aujourd'hui de notre histoire; que notre monde, que nos villes et villages, que nos groupes et associations etc, deviendront  des lieux suffisamment éclairés par la lumière qui vient d'auprès de Dieu. Amen. 
Le Seigneur soit avec vous !
✍🏾 Père KIYE M.  Vincent, Missionnaire d'Afrique 
Paroisse de Nioro du Sahel dans le diocèse de kayes
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Kemi Seba, du Mali au Burkina Faso : à la gloire des putschistes

Le militant panafricaniste radical, récemment en tournée au Mali et au Burkina Faso dirigés par de jeunes colonels, a expulsé de son meeting

une journaliste de TV5 Monde.

Mis à jour le 18 mai 2022 à 12:02
 

 

Kemi Seba, le président de l’ONG Urgences panafricanistes.. © DR

 

« Si vous êtes de Jeune Afrique, dehors ! Si vous êtes de RFI, dehors ! Si vous êtes de France 24, dehors ! Si vous êtes de TV5 Monde, dehors ! Si vous êtes du torchon Le Monde, dehors ! Si vous êtes de Libération, dehors ! »

Au pays de Norbert Zongo, journaliste burkinabè assassiné en décembre 1998, le militant panafricaniste Kemi Seba affiche d’entrée la couleur, dans une vidéo postée sur sa page Facebook. Les journalistes, dehors ! Une posture beaucoup plus rigide que face, par exemple, aux médias russes SputnikNews et Russia Today, avec lesquels il n’éprouve, en revanche, pas de pudeur à parler.

Lorsqu’il officiait sur la chaîne sénégalaise 2STV, Kemi Seba se définissait comme « polémiste ». Mais désormais, l’homme évite tout entretien contradictoire. En guise de discussion, il vous renverra à l’ADN de votre média, et s’il y trouve une touche d’Hexagone, votre compte est bon. Une fatwa sur Facebook, adressée à son million et quelque deux cent mille « fans », et vous pourrez raser les murs le temps que les choses se calment.

Expulsion

Ce 13 mai, à la Maison du peuple de Ouagadougou, où il venait tenir un meeting, le président de l’ONG Urgences panafricanistes a fait expulser par le service d’ordre, dès l’entame de son propos, notre consœur Fanny Noaro-Kabré, journaliste à TV5.

Encadrée par des gros bras aux tee-shirts oranges, sa caméra à l’épaule et un sourire ironique aux lèvres, malgré les quolibets et gestes d’hostilité lancés par quelques militants chauffés à blanc, Fanny Noaro-Kabré a donc rebroussé chemin et quitté la salle sous la contrainte et les huées.

Officiellement, cette sortie musclée n’est pas liée à la couleur de sa peau. Franco-burkinabè, Fanny Noaro-Kabré a la peau blanche mais elle est surtout journaliste à TV5 Monde. Selon Kemi Seba, c’est uniquement ce CV, jugé problématique, qui expliquerait qu’il l’a jugée persona non grata, au point de la faire expulser manu militari de la réunion. Et pourtant, comme JA en a rendu compte depuis plusieurs années, Kemi Seba s’y connaît en expulsions arbitraires – du Sénégal au Faso, en passant par la RDC… Au point de les infliger à son tour à une journaliste venue exercer son métier dans une réunion publique ?

Fanny Noaro-Kabré n’est pourtant pas une reporter hostile venue de Paris pour dénigrer le conférencier. Elle n’est pas davantage entrée dans ce meeting par effraction. Correspondante au Burkina-Faso depuis plus de sept ans, elle a notamment couvert les activités de la Coalition des patriotes africanistes (Copa-BF), engagée dans l’événement. À la veille du meeting, elle s’est d’ailleurs accréditée en bonne et due forme sans que ses interlocuteurs ne lui indiquent qu’elle serait indésirable pour le simple fait de collaborer à TV5. Ce jour-là, c’est donc tout naturellement qu’elle a pris place dans la salle. Personne ne lui a signifié qu’elle n’y était pas la bienvenue.

Du moins jusqu’à l’entrée en scène de Kemi Seba ; et à ce happening qui allait conduire à son expulsion – sous protection et sans violence. Fanny Noaro-Kabré n’a pas souhaité réagir aux questions de JA afin de ne pas envenimer les choses.

« VOUS CROYEZ QUE NOUS SOMMES VENUS POUR JOUER ? NOUS NE SOMMES PAS VENUS POUR JOUER ! », LANCE-T-IL DANS SA VIDÉO

Contacté, Kemi Seba, lui non plus, n’a pas désiré revenir sur l’événement, préférant nous renvoyer à une vidéo récente sur sa page Facebook. Entre le président d’Urgences panafricanistes et Jeune Afrique – qui le sollicite, sans succès, à chaque article le mentionnant -, la relation est devenue compliquée. À la fin de 2013, nous l’avions pourtant rencontré longuement à Dakar, alors qu’il intervenait chaque semaine dans une émission de la 2STV. Depuis, nous avons rendu compte régulièrement de ses activités militantes, et en particulier des expulsions à répétition dont il a fait l’objet dans différents pays du continent.

Mais chez Kemi Seba, le respect est sélectif : s’il vomit un média, il s’agit d’un combat panafricain ; si un média l’égratigne un jour, ou contredit ses convictions, il le jette aussitôt en pâture à ses nombreux partisans, comme s’il s’agissait d’un crime de lèse-majesté.

« Vous croyez que nous sommes venus pour jouer ? Nous ne sommes pas venus pour jouer ! », lance-t-il dans sa vidéo, en empruntant les accents de prédicateur qu’il affectionne.

Diabolisation

Ses relations avec la Russie ou avec l’Iran, son tropisme récent, totalement assumé, en faveur des putschistes ouest-africains du Mali et du Burkina peuvent-ils faire l’objet de questions, voire d’observations critiques ? Sa réponse est invariable : Kemi Seba s’érige en héritier de Thomas Sankara et fustige quiconque ne souscrirait pas à son storytelling. Et gare à vous en cas d’entorse à la légende qu’il propage auprès de ses nombreux fidèles.

La lecture des commentaires qui font suite à chacun de ses posts sur Facebook pourrait sembler lui donner raison. Kemi Seba, en effet, ne manque pas d’adeptes inconditionnels. Le 17 mai 2022, pas moins d’1,2 million de fans étaient recensés sur sa page.

Kemi Seba ne mâche pas ses mots et ses discours convoquent nombre de grandes figures de l’Afrique post-indépendance, tout en mettant au goût du jour la lutte anti-Françafrique, que lui-même a rejointe sur le tard. « Extraordinaire Mali ! », lance-t-il en évoquant, des trémolos dans la voix, les militaires putschistes qui ont poussé vers la sortie IBK, président élu démocratiquement, avant de louer le régime tchadien…

Adepte de la diabolisation des médias internationaux francophones couvrant l’actualité du continent, l’intéressé estime que ces derniers « sont en train de se comporter comme des vassaux du néocolonialisme, et nous on boit notre gingembre avec délice ».

DES PAYS AFRICAINS EN TRAIN DE JAPPER, COMME DES ANIMAUX DE COMPAGNIE QUI ATTENDENT LEUR OS À RONGER

Pour Kemi Seba, le Mali d’Assimi Goïta serait ainsi « devenu la patrie des hommes et des femmes intègres au XXIe siècle ». Après s’être félicité de la censure subie dans ce pays par RFI et France 24, il poursuit : « Assimi Goïta : force à toi, mon cher frère ! Le Mali est en train de donner une orientation », il incarne « la résistance », contrairement aux pays africains qui seraient, selon lui, « en train de japper, comme des animaux de compagnie qui attendent leur os à ronger ». Le Mali de 2022 serait donc devenu le Cuba africain des temps modernes, l’Eden des « damnés de la terre ». « Être panafricain, aujourd’hui, c’est être malien », assure-t-il dans cette vidéo récente. « Nous sommes une génération qui ne se couchera pas », ajoute-t-il.

Fâché de longue date avec les journalistes, Kemi Seba stigmatise en outre « les médias du système néocolonial ». Et de dénigrer en bloc certains de nos confrères du Burkina Faso, « qui vous soumettez comme des caniches au néocolonialisme français » ou « le torchon néocolonial Jeune Afrique » – l’une de ses cibles privilégiées.

« Jamais, sur leur plateau, ils ne nous laissent nous exprimer », ajoute, sans rire, celui qui refuse obstinément, depuis des années, d’être cité dans nos colonnes lorsque nous lui tendons le micro, afin de ne pas contrarier sa base militante.

Adepte des formules choc, Kemi Seba enchaîne, dans sa vidéo, les tournures dont son auditoire raffole : « Ils sont dans des circonvolutions de l’anus, ils claquent des fesses » ; « Je ne juge pas les gens sur leur couleur de peau, je juge les gens sur leur honneur » ; « Ce sont des gens de la prostitution médiatique. Des ‘presse-titués’. Et je ne les respecte pas, qu’ils soient noirs, violets, blancs ou autre »…

« Nouvelle race d’Africains »

Dieu merci, sa négritude n’est pas qu’agressive puisque, il l’assure, les Africains – qu’il prétendrait presque représenter à lui tout seul – seraient « le peuple le plus empathique de l’histoire de l’humanité ». À l’écouter, on aurait pu en douter.

Kemi Seba se revendique « de la nouvelle race d’Africains ». « Certains ont persécuté nos ancêtres : nous sommes la facture de nos ancêtres. » Une facture que Fanny Noaro-Kabré a payée au prix fort. Mais, assure l’intéressé, « cette jeune femme [a été] expulsée avec délicatesse ».

Quant à ceux qui oseraient le critiquer, ou émettre quelque bémol sur sa rhétorique contestable, ils sont renvoyés aussitôt dans les cordes du ring qui fait office d’espace de débat pour l’intéressé : « Vous êtes des frustrés, des ratés, vous avez raté vos vies… Vos réactions sont le symbole de nos victoires, constantes. »

D’ailleurs, « depuis trois jours, les seuls qui parlent, ce sont des journalistes corrompus du Faso. Ou des militants corrompus payés par le système français qui se sont excités ». CQFD.

« Nous ne sommes pas des Africains complexés, comme bon nombre d’entre vous au sein des médias », clame Kemi Seba, apparemment aveuglé par le nombre de ses abonnés sur Facebook. Et oubliant un peu vite que l’Afrique compte 1,4 milliard d’habitants, parmi lesquels une immense majorité qui n’ont jamais entendu parler de lui et une autre, non négligeable, qui regarde sa posture avec un dédain non dissimulé.

Le diocèse de Lyon se prépare à célébrer Pauline Jaricot

En attendant la béatification de Pauline Jaricot, ce dimanche 22 mai, de nombreux membres de l’Église lyonnaise travaillent à diffuser son héritage et sa spiritualité.

  • Eve Guyot, 

 

Le diocèse de Lyon se prépare à célébrer Pauline Jaricot
 
Portrait de Pauline Jaricot.CC/ŒUVRES PONTIFICALES MISSIONNAIRES DE FRANCE/WIKIMEDIA COMMONS
Le diocèse de Lyon se prépare à célébrer Pauline Jaricot


Lyon (Rhône)

De notre correspondante régionale

Une cathédrale éphémère de 140 000 m2, une vingtaine d’évêques rassemblés, une jauge fixée à 13 000 personnes… Annoncée l’année dernière par le pape François et célébrée ce dimanche 22 mai dans le diocèse de Lyon, la béatification de Pauline Jaricot est l’aboutissement de longues années de « prière et de travail ». « Il ne s’agissait pas de préparer une messe de souvenir ou une fête diocésaine : il fallait surtout penser à la suite en donnant au Seigneur l’occasion d’agir », résume le père Matthieu Thouvenot, vicaire général en charge du programme. La journée de célébration de cette laïque lyonnaise, qui bouleversa le catholicisme du XIXe siècle, se déroulera à Chassieu, dans le sud-est de la métropole.

L’immense parc Eurexpo ouvrira ses portes dès midi, pour que les fidèles puissent partager une effusion de l’Esprit Saint « pour l’élan missionnaire de l’Église » et un moment de prière avec le chapelet. Présidée par le cardinal Luis Antonio Tagle, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, la célébration démarrera à 15 heures. Plusieurs milliers d’étrangers, venus de territoires où l’héritage de Pauline a particulièrement porté ses fruits – comme la Pologne par exemple –, sont attendus. « Mais le diocèse espère bien attirer des fidèles Français, et surtout, plus de 3 000 Lyonnais », souligne Philippine de Fressanges, chargée d’une impressionnante logistique.

Pour faire découvrir ou redécouvrir cette figure missionnaire restée méconnue en France, le travail mené depuis une quinzaine d’années s’est intensifié ces derniers mois : des circuits retraçant son histoire dans la ville, des livrets et intentions de prière, et même une veillée sous la forme d’une interview fictive et artistique ont été imaginés par l’association Les amis de Pauline Jaricot, mais aussi les Œuvres pontificales missionnaires, le mouvement des Équipes du Rosaire, divers acteurs diocésains ou encore les paroisses elles-mêmes. À Saint-Nizier, qui fût un repère dans l’histoire de la jeune femme et dont l’église conserve aujourd’hui les restes, le curé Charles Rochas a même rassemblé 150 paroissiens pour imaginer un spectacle qui sera donné au mois de novembre : « Cela permet à la fois de rendre hommage à une figure modèle et de renouveler la paroisse dans tous les aspects de sa spiritualité », souligne-t-il. Le parcours multi-facettes de Pauline Jaricot, de l’ardeur missionnaire à l’œuvre sociale en passant par la force de sa dévotion, implique que « tous les gens, dans leur diversité, puissent s’identifier et se sentir touchés », espère l’archevêque de Lyon, Mgr Olivier de Germay, pour qui « cette béatification est aussi l’occasion d’une grande communion pour le diocèse après deux années de crise sanitaire ».

Les Équipes du Rosaire travaillent, depuis quelques mois, à rejoindre Pauline « tant sur le plan spirituel que sur celui de l’évangélisation ou de la charité », raconte leur responsable régionale, Catherine Bureau, qui a installé un portrait de la Lyonnaise dans son salon depuis la semaine sainte. Le matin du 22 mai, plusieurs centaines de membres se rassembleront dans une église de Bron pour « se préparer intérieurement » au moment de la béatification. Il s’agit, pour beaucoup, de se rappeler que son intuition créative naissait avant tout dans la parole de Dieu. « Aujourd’hui aussi, nous devons nous rendre pleinement disponibles pour l’écoute du Seigneur », estime le père Matthieu Thouvenot, comme Marie et les apôtres au Cénacle, quinze jours avant la Pentecôte. Depuis ce lundi et jusqu’au 23 mai, la ville de Lyon accueille aussi l’assemblée générale du réseau international des Œuvres pontificales missionnaires (OPM), qui ont porté une grande partie du processus de béatification. « De quoi assurer une présence forte et symbolique de l’Église universelle ! », rappelle Gaëtan Boucharlat de Chazotte, leur secrétaire général. Dans les mois à venir, la diffusion de l’héritage de Pauline sera favorisée par l’ouverture de l’année jubilaire – jusqu’en mai 2023 – par le pape François, qui accorde l’indulgence plénière aux pèlerins des lieux symboliques comme la maison de Lorette, l’église Saint-Nizier ou l’église Saint-Polycarpe.

Dès ce vendredi 20 mai, l’institution présentera au Musée de Fourvière, une exposition spécialement consacrée à Pauline Jaricot.

  

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Les informations sur nos maisons de formation datent de quelques années, et nous avons demandé aux responsables de ces maisons de nous donner des nouvelles plus récentes.
La première réponse reçue vient de Samagan, le noviciat près de Bobo-Dioulasso (lire la suite)

 

La deuxième réponse nous a été donnée par la "Maison Lavigerie", notre maison de formation à la périphérie de Ouagadougou, où les candidats ont leurs trois premières années de formation (lire la suite)