Témoignages

 

De Kumasi à New York, l’ascension du jeune Kofi Annan (1&2)

Le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies, Kofi Annan, au National Forum en Europe. Dublin Castle, 14 octobre 2004.
Le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies, Kofi Annan, au National Forum en Europe. Dublin Castle, 14 octobre 2004. Maxwells/Handout via REUTERS

En 1972, multi-diplômé, Kofi Annan débute une irrésistible ascension au sein des Nations unies.

En poste à la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, à Addis-Abeba en Éthiopie, puis à la Force d’urgence des Nations unies (FUNU II) à Ismaïlia en Égypte, au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à Genève en Suisse, il arrive au siège des Nations unies à New York, comme sous-secrétaire général à la gestion des ressources humaines et coordonnateur des Nations unies pour les questions de sécurité.

Marche après marche, le fonctionnaire grimpe les échelons administratifs du mont ONU avec discrétion, jusqu’à la guerre du Golfe de 1990 où il se retrouve en première ligne et révèle ses talents de fin négociateur.

Cliquer sur "Humour" ci-dessous, puis sur "La parlotte de Charlotte" et enfin sur la flèche rouge qui vous permettra d'entendre ce que cette femme veut dire !

Ce serait une valeur socioculturelle propre à l'Afrique, mais la solidarité africaine, qu’est-ce que c’est réellement ?

 

MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS  À L'OCCASION DE LA
1ère JOURNÉE MONDIALE DES GRANDS-PARENTS ET DES PERSONNES ÂGÉES

 

Chers grands-pères, Chères grands-mères !

Je suis avec toi tous les jours” (cf. Mt 28, 20) ! Telle est la promesse que le Seigneur a faite à ses disciples avant de monter au ciel et c’est la même promesse qu’il te répète aussi aujourd’hui, cher grand-père et chère grand-mère.À toi. “Je suis avec toi tous les jours” sont aussi les paroles qu’en tant qu’Evêque de Rome, et en tant que personne âgée comme toi, je voudrais t’adresser à l’occasion de cette première Journée Mondiale des Grands-parents et des Personnes âgées. Toute l’Eglise est proche de toi –disons-le mieux, elle nous est proche – : elle a souci de toi, elle t’aime et ne veut pas te laisser seul !

Je sais bien que ce message te parvient à un moment difficile : la pandémie a été une tempête inattendue et furieuse, une dure épreuve qui s’est abattue sur la vie de tout le monde, mais qui a réservé un traitement spécial, un traitement encore plus rude à nous, les personnes âgées. Beaucoup d’entre nous sont tombés malades ; nombreux ont perdu la vie ou ont vu mourir leur conjoint ou leurs proches ; d’autres encore ont été contraints à la solitude pendant une très longue période, isolés.

Le Seigneur connaît chacune de nos souffrances actuelles. Il est aux côtés de ceux qui font l’expérience douloureuse d’être mis à l’écart ; notre solitude – aggravée par la pandémie – ne lui est pas indifférente. Une tradition raconte que saint Joachim, le grand-père de Jésus, avait lui aussi été exclu de sa communauté parce qu’il n’avait pas d’enfants ; sa vie – tout comme celle de sa femme Anne – était considérée comme inutile. Mais le Seigneur lui envoya un ange pour le consoler. Alors qu’il se tenait tout triste aux portes de la ville, un envoyé du Seigneur lui apparut pour lui dire : « Joachim, Joachim ! Le Seigneur a exaucé ta prière insistante » . Giotto, dans l’une de ses célèbres fresques [2], semble situer l’épisode pendant la nuit, une de ces nombreuses nuits sans sommeil, pleines de souvenirs, de soucis et de désirs, auxquelles beaucoup d’entre nous sommes habitués.

Mais aussi lorsque tout semble obscur, comme pendant ces mois de pandémie, le Seigneur continue à envoyer des anges pour consoler notre solitude et nous répéter : “Je suis avec toi tous les jours”. Il te le dit, il me le dit, il le dit à nous tous ! Tel est le sens de cette Journée que j’ai voulu que l’on célèbre pour la première fois cette année, après une longue période d’isolement et une reprise encore lente de la vie sociale : que chaque grand-père, chaque grand-mère, chaque personne âgée – en particulier les plus isolés d’entre nous – reçoive la visite d’un ange !

Parfois, ils auront les traits de nos petits-enfants, d’autres fois, ceux des membres de notre famille, des amis de toujours ou que nous avons rencontrés pendant ces moments difficiles. Pendant cette période, nous avons appris l’importance des câlins et des visites pour chacun d’entre nous, et comme je suis attristé par le fait que dans certains lieux, ces gestes ne soient pas encore possibles !

Mais le Seigneur nous envoie aussi ses messagers à travers la Parole de Dieu, qu’il ne fait jamais manquer à notre vie. Lisons chaque jour une page de l’Évangile, prions les Psaumes, lisons les Prophètes ! Nous serons surpris par la fidélité du Seigneur. Les Écritures nous aideront également à comprendre ce que le Seigneur attend de notre vie aujourd’hui. En effet, il envoie les ouvriers à sa vigne à toutes les heures de la journée (cf. Mt 20, 1-16), à chaque saison de la vie. Je peux moi-même témoigner d’avoir reçu l’appel à devenir Évêque de Rome au moment où j’avais atteint, pour ainsi dire, l’âge de la retraite et je ne pensais plus pouvoir faire grand-chose de nouveau. Le Seigneur est toujours proche de nous, toujours, avec de nouvelles invitations, avec de nouvelles paroles, avec sa consolation. Il est toujours proche de nous. Vous savez que le Seigneur est éternel et ne prend jamais sa retraite, jamais.

Dans l’Évangile de Matthieu, Jésus dit aux Apôtres : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé » (28, 19-20). Ces paroles s’adressent aussi à nous aujourd’hui et nous aident à mieux comprendre que notre vocation est celle de conserver les racines, de transmettre la foi aux jeunes et de prendre soin des plus petits. Écoutez bien : quelle est notre vocation aujourd’hui, à notre âge ? Conserver les racines, transmettre la foi aux jeunes et prendre soin des plus petits. N’oubliez pas cela.

Peu importe ton âge, si tu travailles encore ou pas, si tu es resté seul ou si tu as encore une famille, si tu es devenu grand-mère ou grand-père très tôt ou plus tard, si tu es encore indépendant ou si tu as besoin d’assistance, car il n’y a pas un âge de retraite pour la mission d’annoncer l’Évangile, de transmettre les traditions aux petits-enfants. Il faut se mettre en chemin et, surtout, sortir de soi pour entreprendre quelque chose de nouveau.

Il y a donc une vocation renouvelée pour toi aussi à un moment crucial de l’histoire. Tu te demanderas : comment est-ce possible ? Mon énergie s’épuise petit à petit et je ne crois pas pouvoir faire grand-chose. Comment puis-je commencer à me comporter différemment lorsque l’habitude est devenue la règle de mon existence ? Comment puis-je me consacrer à ceux qui sont plus pauvres alors que j’ai déjà tant de soucis pour ma famille ? Comment puis-je élargir mes horizons quand je ne parviens même plus à quitter ma résidence ? Ma solitude n’est-elle pas un trop lourd fardeau ? Combien d’entre vous se posent cette question : ma solitude n’est-elle pas un trop lourd fardeau ? Nicodème a posé une question similaire à Jésus lui-même lorsqu’il lui a demandé : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? » (Jn 3, 4). Cela est possible, répond le Seigneur, en ouvrant son cœur à l’action de l’Esprit Saint qui souffle où il veut. L’Esprit Saint, en vertu de la liberté qu’il a, va partout et fait ce qu’il veut.

Comme je l’ai répété à maintes reprises, nous ne sortirons plus les mêmes de cette crise que le monde entier traverse : nous sortirons meilleurs ou pires. Et « Plaise au ciel que […] ce ne soit pas un autre épisode grave de l’histoire dont nous n’aurons pas su tirer leçon ! – nous avons la tête dure ! –. Plaise au ciel que nous n’oublions pas les personnes âgées décédées par manque de respirateurs ! […] Plaise au ciel que tant de souffrance ne soit pas inutile, que nous fassions un pas vers un nouveau mode de vie et découvrions définitivement que nous avons besoin les uns des autres et que nous avons des dettes les uns envers les autres, afin que l’humanité renaisse » (Enc. Fratelli tutti, n. 35). Personne ne se sauve tout seul. Nous sommes tous débiteurs, les uns des autres. Tous frères.

Dans cette perspective, je voudrais te dire qu’on a besoin de toi pour construire, dans la fraternité et dans l’amitié sociale, le monde de demain : celui dans lequel nous vivrons – nous avec nos enfants et nos petits-enfants – lorsque la tempête se sera apaisée. Nous devons tous être « parties prenantes de la réhabilitation et de l’aide aux sociétés blessées » (ibid., n. 77). Parmi les différents piliers qui devront soutenir cette nouvelle construction, il y en a trois que tu peux, mieux que quiconque, aider à placer. Trois piliers : les rêves, la mémoire et la prière. La proximité du Seigneur donnera la force d’entreprendre un nouveau chemin, même aux plus fragiles d’entre nous, par les routes du rêve, de la mémoire et de la prière.

Le prophète Joël fit autrefois cette promesse : « Vos anciens seront instruits par des songes, et vos jeunes gens par des visions » (3, 1). L’avenir du monde réside dans cette alliance entre les jeunes et les personnes âgées. Qui, mieux que les jeunes, peut prendre les rêves des personnes âgées et les mener à bien ? Mais pour cela il faut continuer à rêver : dans nos rêves de justice, de paix, de solidarité réside la possibilité que nos jeunes aient de nouvelles visions, et qu’ensemble nous puissions construire l’avenir. C’est important que tu témoignes toi aussi qu’il est possible de sortir renouvelé d’une expérience d’épreuve. Et je suis sûr que ce n’est pas l’unique épreuve, parce que dans ta vie, tu en as eu beaucoup d’autres et tu as réussi à t’en sortir. Apprend également de cette expérience à t’en sortir maintenant.

Les rêves sont pour cette raison intimement liés à la mémoire. Je pense à combien est précieux le souvenir douloureux de la guerre et à ce que les nouvelles générations peuvent en apprendre sur la valeur de la paix. Et il t’appartient de transmettre cela, toi qui as vécu la douleur de la guerre. Faire mémoire est une véritable mission pour toute personne âgée : la mémoire, et transmettre cette mémoire aux autres. Édith Bruck, qui a survécu au drame de la Shoah, affirme que « le fait d’éclairer ne serait-ce qu’une seule conscience vaut l’effort et la douleur de garder vivant le souvenir de ce qui s’est passé - et elle continue-. Pour moi, faire mémoire est synonyme de vivre » [3]. Je pense aussi à mes grands-parents et à ceux d’entre vous qui ont dû émigrer et savent combien il est difficile de quitter sa maison, comme beaucoup de personnes le font encore aujourd’hui en quête d’un avenir. Certains d’entre eux, nous les avons peut-être à côté de nous et ils prennent soin de nous. Cette mémoire peut aider à construire un monde plus humain et plus accueillant. Mais, sans la mémoire, on ne peut pas construire ; sans les fondations, tu ne construiras jamais une maison. Jamais! Et les fondations de la vie sont la mémoire.

Enfin, la prière. Comme l’a dit une fois mon prédécesseur, le Pape Benoît, le saint vieillard qui continue à prier et à travailler pour l’Église, : « La prière des personnes âgées peut protéger le monde, en l’aidant probablement de manière encore plus incisive que l’activisme de tant de personnes » [4]. Il a dit ça presqu’à la fin de son pontificat en 2012. Que c’est beau ! Ta prière est une ressource très précieuse : c’est un poumon dont ni l’Église ni le monde ne peuvent se priver (cf. Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n. 262). Surtout en ce temps si difficile pour l’humanité, alors que nous sommes en train de traverser, tous sur un même bateau, la mer houleuse de la pandémie, ton intercession pour le monde et pour l’Église n’est pas vaine, mais elle indique à tous la confiance sereine d’un port sûr.

Chère grand-mère, cher grand-père, au moment de conclure mon message, je voudrais t’indiquer aussi l’exemple du bienheureux – et bientôt saint – Charles de Foucauld. Il a vécu comme ermite en Algérie et dans ce contexte périphérique, il a témoigné de « son aspiration de sentir tout être humain comme un frère » (Enc. Fratelli tutti, n. 287). Son histoire montre comment il est possible, même dans la solitude du désert, d’intercéder pour les pauvres du monde entier et de devenir véritablement un frère ou une sœur universel.

Je demande au Seigneur que, suivant son exemple, chacun de nous puisse élargir son cœur, le rendre sensible aux souffrances des derniers, et capable d’intercéder pour eux. Que chacun de nous apprenne à répéter à tous, et aux plus jeunes en particulier, ces paroles de consolation qui nous ont été adressées aujourd’hui : “Je suis avec toi tous les jours” ! Allons de l’avant et courage ! Que le Seigneur vous bénisse.

 

Rome, Saint Jean de Latran, 31 mai 2021, Fête de la Visitation de la Vierge Marie.

 

François

 

PRIÈRE POUR LA PREMIÈRE JOURNÉE MONDIALE DES GRANDS-PARENTS ET DES PERSONNES ÂGÉES

Je te rends grâce, Seigneur,
Pour le réconfort de Ta présence :
Dans ma solitude,
Tu es mon espérance et ma confiance ;
Depuis ma jeunesse, tu es mon rocher et ma forteresse !
Merci pour la famille que tu m’as donnée
Et pour la bénédiction d’une longue vie.
Merci pour les moments de joie et pour les moments de difficulté.
Merci pour les rêves réalisés et pour ceux qui sont encore à venir.
Merci pour ce temps de fécondité renouvelée auquel tu m’appelles.
Augmente, ô Seigneur, ma foi,
Fais de moi un instrument de ta paix ;
Apprends-moi à accueillir ceux qui souffrent plus que moi,
Apprends-moi à ne jamais cesser de rêver
Et à raconter Tes merveilles aux jeunes générations.
Protège et guide le Pape François et l’Église,
Afin que la lumière de l’Évangile se répande

jusqu’aux extrémités de la terre.
Envoie ton Esprit, ô Seigneur, afin qu’il renouvelle la face du monde,
Apaise la tempête de la pandémie,
Réconforte les pauvres et mets fin à toute guerre.
Soutiens-moi dans ma faiblesse,
Et fais que je vive pleinement
Chaque instant que tu me donnes
Avec la certitude que tu es avec moi chaque jour
Jusqu’à la fin des temps.
Amen.

Transition politique au Tchad: «Notre démocratie n'a pas perdu de son dynamisme»

Le Premier ministre tchadien, Albert Pahimi Padacké, a été nommé à la tête du gouvernement de transition le 26 avril 2021 suite à la disparition du président Idriss Déby Itno.
Le Premier ministre tchadien, Albert Pahimi Padacké, a été nommé à la tête du gouvernement de transition le 26 avril 2021 suite à la disparition du président Idriss Déby Itno. © ISSOUF SANOGO / AFP

Il y a trois mois, le monde entier apprenait la disparition du président tchadien Idriss Déby Itno. Le chef de l'État tchadien, connu pour son courage physique, est mort des suites des blessures qu'il a reçues au combat contre un groupe rebelle venu de la Libye. Depuis, un conseil militaire de transition dirigé par un de ses fils, Mahamat Idriss Déby, dirige le pays avec un Premier ministre civil, Albert Pahimi Padacké. Ce dernier est chargé de conduire la transition vers des élections démocratiques devant aboutir au retour d'un pouvoir civil. Il évoque avec Madjiasra Nako le déroulement de la transition.

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RFI : Ce 20 juillet marque les trois mois de la disparition du maréchal Idriss Déby Itno. Où est-ce que vous étiez, comment vous avez appris la nouvelle ?

Albert Pahimi Padacké : J’étais à mon domicile, lorsque j’ai appris cette malheureuse nouvelle et j’ai craint la catastrophe. Je pense que nous ne remercierons jamais assez le bon Dieu d’avoir fait que le chaos redouté ne soit pas arrivé.

Quelques jours après, vous êtes désigné Premier ministre. Aujourd’hui, comment se passe la mission ?

La mission se passe avec plein de défis, comme prévu. Aujourd’hui, le contrôle du territoire sur le plan sécurité et défense nationale est total, la continuité des services publics est là, il y a beaucoup d’avancées sur le terrain de liberté… Comme vous le savez, aujourd’hui, les marches sont autorisées et sur le front du dialogue, nous avons mis en place un comité d’organisation. Nous avançons très bien.

Il y a une partie de la société qui trouve qu’on met la charrue avant les bœufs. Est-ce qu’il ne faudrait pas plutôt essayer d’obtenir le plus large consensus possible sur la manière de procéder, avant d’avancer ?

Il y a deux-trois jours, j’ai rassemblé dans un grand hôtel de la place, l’ensemble des forces vives de la nation, pour les inviter à s’organiser à désigner leurs membres au sein du comité d’organisation. C’est dans un esprit de consensus. Lorsque vous dites qu’il y a une partie de l’opinion qui ne partage pas totalement notre approche, c’est la preuve que notre démocratie n’a pas perdu de son dynamisme, en dépit de la situation que le pays traverse. Mais pour l’instant, il est clair que nous sommes sur la bonne voie et cette bonne voie est celle de faire en sorte que l’ensemble des forces vives se retrouvent dans la dynamique du dialogue et le consensus est en marche.

Tout de même, lorsqu’en préparant le dialogue parallèlement, on essaie d’avancer dans la mise en place du Conseil national de transition qui sera, à la fois, le Parlement provisoire et fera office de constituante, alors qu’à côté de cela on fait un dialogue ? Est-ce que vous ne pensez pas qu’il y a un problème de logique, ce faisant ?

Vous êtes témoin que tous les acteurs se réfèrent au rapport de l’Union africaine. Et le même rapport dit que le gouvernement et le Conseil militaire de transition doivent mettre en place très rapidement le Conseil national de transition. On ne peut pas reprocher au pouvoir de l’État d’avoir appliqué les préconisations de l’Union africaine.

Et où en êtes-vous dans les discussions avec les politico-militaires ? Est-ce qu’une organisation comme le Fact, qui a été indexé comme responsable de la mort du président Idriss Déby, par exemple, aura voix au chapitre ?

Au-delà d’une organisation spécifique que vous citez, nous pensons que la question des politico-militaires est une question vaste. Le Tchad va vers un dialogue inclusif pour tous ses enfants.

Avec les politico-militaires ?

Avec les politico-militaires… Maintenant, la question restera celle des modalités des participations des uns et des autres. Est-ce qu’il faut déposer les armes avant de venir au dialogue ? Est-ce que les Tchadiens accepteraient qu’une organisation armée vienne, armes aux épaules, au motif de participer à un dialogue ? Des modalités seront fixées en accord avec nos partenaires, avec l’ensemble des forces vives, pour que l’ensemble des Tchadiens puissent participer à ce dialogue.

Où est-ce que vous en êtes avec l’Union africaine, après le précédent lié à la nomination du haut représentant ?

Le commissaire de l’Union africaine est venu à Ndjamena et aujourd’hui l’Union africaine est en train de trouver les meilleures formules pour désigner son représentant spécial. Est-ce que ce sera le même, est-ce que ce sera un autre ? Nous sommes à l’écoute de l’Union africaine. Il y a eu incompréhension, il y a eu des explications de la part de l’Union africaine, qui a demandé un délai pour pouvoir revenir vers nous avec des propositions. Nous ne savons pas ce qu’elle fera.

Vous avez fait allusion au rapport de la mission de l’Union africaine, qui demandait aussi une enquête sur les circonstances de la mort du président Déby et la révision de la Charte de transition. Sur ces deux recommandations, où est-ce que vous en êtes ?

Concernant l’enquête sur les circonstances de la mort du maréchal Idriss Déby Itno, l’information judiciaire est ouverte et aujourd’hui les juges sont en train de mener l’enquête. Je ne suis pas dans le secret de l’enquête, mais je peux vous garantir que l’enquête est ouverte et elle se poursuit. Mais sur la révision de la Charte de transition, pour le moment nous sommes en train de nous poser des questions. Est-ce qu’il faut attendre que les assises du dialogue s’installent pour réviser ? Ou bien faut-il réviser ? aujourd’hui, en prenant le risque que les assises viennent encore demander une révision?

Mali – « Choguel Maïga n’a encore rien prouvé » : rencontre avec Cheick Oumar Sissoko, figure du M5

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Mis à jour le 16 juillet 2021 à 10h06
Cheick Oumar Sissoko a reçu à deux reprises l’Étalon de Yennenga au Fespaco pour « Guimba » et « La Genèse ».
Cheick Oumar Sissoko a reçu à deux reprises l’Étalon de Yennenga au Fespaco pour « Guimba » et « La Genèse ». © Sophie Garcia/hanslucas.com

Figure historique du cinéma africain, ancien ministre de la Culture et de l’Éducation nationale, Cheick Oumar Sissoko est l’un des membres emblématiques du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP). Il exprime sans fard ses doutes quant à l’avenir incertain de son pays.

Cheick Oumar Sissoko s’apprête-t-il à quitter le Mouvement du 5 Juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) ? La rumeur enflait à Bamako, ces dernières semaines, après la nomination à la primature de Choguel Maïga, qui dirigeait le comité stratégique du mouvement. Le réalisateur remet d’emblée les pendules à l’heure : Espoir Mali Kura (EMK), dont il est le coordinateur et qui est l’une des organisations de la troïka à l’origine du M5, ne quittera pas le navire.

Le 14 juin, quelques jours après l’annonce du nouvel attelage gouvernemental conduit par Choguel Maïga, EMK s’était pourtant fendu d’un communiqué au vitriol pour dénoncer qu’il n’a été « ni informé ni associé au processus de formation », participant à la litanie des réactions mitigées déroulée par une partie de la classe politique. « Je ne suis pas un radical. J’ai des convictions et des principes. Ils n’ont pas la même vision que moi. Je suis avec eux parce qu’ils ont montré leur bonne volonté », a-t-il laissé entendre.

« Je suis entré riche et sorti pauvre »

Adossé dans son fauteuil sur la terrasse de Kora film, sa société de production, Cheick Oumar Sissoko, boubou bleu, fait celui qui a l’air pensif et esquisse un large sourire lorsqu’il entend le sobriquet dont on l’a affublé : « le ministre piéton ». Dans sa cour, trône un Land Cruiser gris hors d’usage de 1994. Le seul lui ayant appartenu, qu’il avait donné au parti quand il est entré au gouvernement (2002-2007). « Je suis entré riche et sorti pauvre. Je n’ai pas les moyens de m’acheter une voiture. Je prends un taxi ou je marche ».

Et quand la question porte sur l’étiquette marxiste-léniniste qu’on lui accole, comme à son parti, il se redresse comme pour répondre : « C’est un honneur qu’on me fait, mais j’en suis loin. Cela suppose une connaissance philosophique, un comportement, des actions. Je suis près du peuple, c’est pourquoi je fais du cinéma pour participer à l’éveil de conscience du continent. »

Cheick Oumar Sissoko est né à San en 1945 mais a grandi à Bafoulabé, dans la région de Kayes. À Ségou, enfant, il se souvient des fous rires que son malinké déclenchait. Sa mère est la grande sœur du ministre des Affaires étrangères de Modibo Keïta, Ousmane Bâ, « dont les discours enflammaient les Nations unies ». Dans les années 1970, Cheick Oumar Sissoko est étudiant à Paris, d’abord à l’École des hautes études en sciences sociales puis à l’École nationale supérieure Louis-Lumière. « C’était la belle époque, se souvient-il. Il y avait un front de solidarité du peuple français contre les dictatures. » Les Français ? « Un peuple formidable formaté par des politiques imbéciles. »

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FAITES DES FILMS SUR LA CORRUPTION, PARCE QUE C’EST UN FLÉAU QUI VA MINER NOS ÉCONOMIES

Alors qu’il était destiné à des études scientifiques, il se tourne vers le cinéma parce que « rien qu’avec une image, on peut engager un dialogue avec l’autre ». Il voulait « dépeindre les façons de vivre des gens », influencé par Le Mandat de Sembène Ousmane, le néo-réalisme italien et le cinéma militant de Sergueï Eisenstein. En 1986, son film Nyamanton, la leçon des ordures est « superstar » – comme l’avait qualifié à l’époque le présentateur vedette du journal télévise de l’ORTM Lamine Coulibaly – au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, et lui vaudra de remporter huit prix. Mais, cette année-là, l’Étalon de Yennenga lui échappe.

À Ouaga, à Tunis, il y eut des batailles rangées pour accéder aux salles. Il est même invité à dîner par Thomas Sankara, alors président du Burkina Faso, qui a aimé le film et lui a demandé comment il a réussi un tel exploit dans une dictature (régime de Moussa Traoré). Sankara a insisté au cours des échanges : « Faites des films sur la corruption, parce que c’est un fléau qui va miner nos économies. »

Militant du renouveau

Depuis la mi-mai 2020, cette figure historique du cinéma africain, qui a dirigé pendant douze ans le parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (SADI), milite au sein du M5-RFP pour un renouveau. Celui-ci, selon lui, devait commencer par le départ d’Ibrahim Boubacar Keïta et de son régime. IBK est parti à la suite d’un coup de force militaire, le 18 août dernier, mais les rangs se sont desserrés au sein du M5-RFP, affaibli par des désertions.

De plus, certains détracteurs reprochent aux politiques qui animent le comité stratégique du mouvement de contestation de ne pouvoir incarner le renouveau, la plupart ayant été ministres d’IBK. « Il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent pas, rétorque Cheick Oumar Sissoko. Saisir au moment opportun le sens de l’histoire, c’était le plus important. On avait conscience qu’il y aurait des flottements, des trahisons. On avait l’équipe pour dégager IBK, pour la refondation je ne sais pas. La refondation n’est pas une mince affaire. » Pour lui, il faut passer par des concertations, comme en 1991, à la condition qu’elles soient souveraines et « rassemblent les Maliens pour discuter des problèmes qui constituent des blocages ».

Le 24 mai 2021, le Mali a connu son deuxième coup d’État en moins d’un an. Les militaires putschistes récidivistes ont tendu la main au M5-RFP – qu’ils avaient pourtant mené en bateau il y a neuf mois. Selon Cheick Oumar Sissoko, ils ne pouvaient faire autrement face à la communauté internationale, le M5-RFP leur facilitant une légitimité. À Kati, cette nuit-là, ce sont le colonel Sadio Camara et le lieutenant-colonel Abdoulaye Maïga qui reçoivent la délégation du M5-RFP. « Les militaires ont tout accepté, ils voulaient juste garder leurs quatre portefeuilles, confie Sissoko. De fil en aiguille, ça a changé avec un maximum de gens nommés par les militaires. Même en notre sein, des gens n’ont pas compris. »

Les dix points

Au sein du M5-RFP, la position d’EMK était d’organiser « une table ronde pour faire le bilan des neuf mois passés, conclure par un programme commun de gouvernance et un accord politique pour prendre le peuple à témoin ». « Rien n’a été fait, et le comité stratégique a fermé les yeux sur tout cela », déplore-t-il, craignant pour le M5-RFP de « se faire avoir et d’être à la merci des militaires ».

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IL EST À METTRE AU DISCRÉDIT DES ADULTES DE N’AVOIR PAS SU FAIRE LE RELAIS AVEC LES JEUNES

Sissoko attend de voir ce que vont devenir les dix points de revendication du M5-RFP, parmi lesquels la relecture de l’accord d’Alger et l’audit de la gestion passée du pays. « Depuis que Choguel Maïga est là, il n’a rien prouvé. À l’évidence, ce qu’on voit, c’est une formule bien huilée qui parle d’application intelligente de l’accord », dit-t-il. Puis, il ajoute : « Pour moi, la politique c’est la sincérité, la morale. »

Il n’en est pour autant pas déçu. Il dit comprendre ce qui se passe et n’est pas surpris : les hommes politiques dans ce pays ont des agendas personnels. Il poursuit : « Cela ne permet pas de réaliser de grands projets pour ce pays. Je m’y attendais, nous avons connu cela en 1991. Les échecs nous donnent des enseignements. Les jeunes auront tiré les leçons. J’ai toujours été optimiste. Il y aura de nouveaux rassemblements pour changer ce pays. Même si, regrette-t-il, il est à mettre au discrédit des adultes de n’avoir pas su faire le relais avec les jeunes ».

En 2013, Cheick Oumar Sissoko est nommé à la tête de la Fédération panafricaine des cinéastes. Si les activités politiques l’ont éloigné de la caméra, il a pourtant beaucoup de projets. Son rêve : adapter le roman L’étrange destin de Wangrin d’Amadou Hampâté Bâ.

En attendant, au Mali, les élections prévues en 2022 polarisent le débat politique. Elles doivent sonner la fin d’une transition tachée déjà d’un coup d’État. Cheick Oumar Sissoko pointe un doigt accusateur vers la communauté internationale, qui « pousse à aller à ces élections ». Pour lui, celles-ci « vont permettre à l’ancien régime de revenir au pouvoir », car « ils [ses membres] sont mieux organisés, riches et on va laisser le pays à leur portée ».

« La meilleure solution aurait été de faire des audits, pense Sissoko. Si on ne fait pas ça, on va laisser ces gens revenir au pouvoir. Les dossiers existent déjà, on ne comprend pas que depuis dix mois, rien n’ait été fait dans ce sens. Choguel Maïga peut le faire. C’est la meilleure façon pour ce pays de se préparer un avenir et d’aller vers un Mali Koura (nouveau Mali) ».

Sous-catégories

Les informations sur nos maisons de formation datent de quelques années, et nous avons demandé aux responsables de ces maisons de nous donner des nouvelles plus récentes.
La première réponse reçue vient de Samagan, le noviciat près de Bobo-Dioulasso (lire la suite)

 

La deuxième réponse nous a été donnée par la "Maison Lavigerie", notre maison de formation à la périphérie de Ouagadougou, où les candidats ont leurs trois premières années de formation (lire la suite)