Témoignages

 

Notice biographique de Pierre Du Suau de la Croix

Voici la notice biographique provisoire du Père Pierre Du Suau de la Croix. La notice définitive sera publiée plus tard dans le Petit Echo.

Le 4 mars 1923, Pierre est né dans une famille de médecin à ‘le Houga d’Armagnac’ dans le Gers. Il était le quatrième d’une famille de 7 enfants. Il y vécut une enfance et une adolescence heureuses où, dans un contexte très chrétien, se développa, aidé par le scoutisme, une forte personnalité. Dès cette époque, se précise sa vocation artistique. Sa famille lui fait suivre des cours de peinture à Auch où il résidait alors.

L’appel missionnaire retentit très tôt. Il mûrit au séminaire d’Auch qui l’accompagna jusqu’à la philosophie incluse. Il se rendit alors au noviciat des Pères Blancs à Maison Carrée (1941-1942).

Ce fut ensuite la formation Père Blanc classique, interrompue cependant par la guerre, ce qui l’a amené à participer à 3 débarquements : la Corse en septembre 1943, l’Italie en janvier 1944 et la Provence en septembre de la même année. Suivit la campagne d’Alsace qui le conduisit jusqu’à l’été 1945 date à laquelle il fut démobilisé. Il s’adonne alors durant quatre ans à la théologie en Tunisie. Il Fut ordonné prêtre en 1949 et fut nommé en Haute-Volta Burkina Faso où il se rendit en 1950, affecté au diocèse de Nouna.

Le Sourou fut son premier poste, transféré dès 1952 à Zaba, paroisse qu’il fonda. Il y apprit trois langues. L’apostolat, avec ses différents aspects : culte, catéchèse, …. etc. l’absorba totalement, et il a gardé un bon souvenir de ces treize ans de pastorale rurale, y compris le temps passé à Tansilla. Il revint en congé en 1957 et en 1963, mais le climat très chaud qui l’affaiblissait lui fit comprendre qu’un changement de pays s’imposait. Ce fut le Rwanda qui l’accueillit.

Il y vécut 25 ans, pays qu’il a beaucoup aimé. Le paysage certes, mais surtout la population dont il apprit la difficile langue. Cela lui permit d’être un pasteur actif à Rwaza dans la région des volcans. Il y déploya une activité pastorale débordante. Mais en 1990 on lui demanda de mettre en sourdine l’apostolat paroissial pour s’occuper à temps plein de la décoration  des églises : mosaïques, vitraux et peintures. Avant d’installer son atelier à Kigali d’où il rayonnait sur tout le Rwanda, il travailla chez un maître-verrier à Paris qui l’initia à la technique du vitrail. Il aurait aimé continuer ce travail qui lui plaisait et que bien des visiteurs admiraient, mais les événements de 1994 le forcèrent à accepter l’invitation du régional à profiter des évacuations des ressortissants étrangers par les soldats Français. En avril 1994, on le retrouve donc à Paris.

 

 

Il avait alors 72 ans et se sentait en forme. Aussi, après un bon temps de repos, il accepta la proposition que le provincial lui transmit, proposition émanant du P. Louis Blondel en Afrique du Sud : « Faut que tu viennes me rejoindre car j’ai un centre de formation et on veut y créer un atelier d’Art ». C’est ainsi qu’en juin 1995 il atterrit à Johannesburg, et se dirigea vers Orange­Farm à 80 km de là. Il se mit courageusement à l’anglais, et très vite, les commandes affluèrent si bien qu’il était souvent absent de sa communauté ( 2 français, 1 irlandais et 1 canadien) et il dut abandonner le projet d’atelier d’Art. Sa voiture l’emmenait alors pour plusieurs semaines au Transvaal, au Lesotho, au Swaziland, … Une œuvre  qui lui tint particulièrement à cœur fut un chemin de croix avec 15 stations et un chemin de lumière avec également 15 stations. Cela lui prit quatre mois. Hélas ! « monter sur des échafaudages à parfois plusieurs mètres de haut, pour peindre fresques et mosaïques commencèrent à devenir problématique à 80 ans ». En juin 2005, la décision fut prise d’un retour en France. Pierre avait passé 9 ans en Afrique du Sud et ce lui fut pénible de s’en arracher.

En septembre 2005, Pierre est à Billère. Ce sera difficile pour lui de devenir sédentaire après des années de vie indépendante en différents pays. Mais l’atelier qui lui fut réservé lui permit de continuer son travail artistique : mosaïques à l’entrée de la maison, peintures diverses, entre autres, Notre-Dame d’Afrique. Il écrit alors : « l’aide fraternelle de la communauté, la prière et l’eucharistie quotidienne sont une source d’optimisme et de joie ». Et de fait, les témoignages concernant cette époque nous parlent d’un Pierre avec un certain entrain, commentant la télé, toujours amateur de courses automobiles et de football.

Mais, les infirmités, la vieillesse, amenèrent une dépendance que Pierre vécu difficilement, rendant sa vie pénible pour lui et pour son entourage pourtant très prévenant.

Cependant, il garde à travers sa souffrance une sérénité que sous-tend un de ces derniers écrits : « pour moi, la vieillesse n’est pas un naufrage comme disait le Général de Gaulle. C’est plutôt la vue prochaine du port après une traversée pleine d’écueils dont j’ai été protégé par le Seigneur. Aussi, ma prière est un magnificat, celle du P. de Foucault : ‘Seigneur, je m’abandonne à toi. Fais de moi ce qui te plaira. Quoique tu fasses de moi, je te remercie »

Merci Pierre. Tu nous laisses le souvenir d’un confrère dont les œuvres  continuent à faire l’admiration des visiteurs, tant à l’entrée de la maison (mosaïque) qu’à la chapelle (Notre-Dame d’Afrique), souvenir d’un confrère zélé pour l’apostolat, plein d’une ardeur artistique qui lui a permis d’embellir notre vie.

Jean-Marie Vasseur, M.Afr.

HOMELIE 27 DÉCEMBRE 2019

NOS BIENHEUREUX ALAIN, JEAN, CHARLES ET CHRISTIAN.

Bien chers amis.

Nous célébrons aujourd’hui la mémoire de nos quatre compagnons,Pères Blancs martyrs,Alain, Jean, Charles et Christian assassinés voici 25 ans à Tizi Ouzou en Algérie. C’était, comme on l’appelle, la période des années noires. Et ces années l’étaient pour tous en ces temps tourmentés de guerre civile, musulmans et chrétiens confondus. Même si les victimes se comptaient déjà par centaines en ces temps, leur mort a fortement impressionné la population de cette ville. Alain parcourait la Kabylie au volant de sa vielle 4L poussive pour visiter des personnes isolées. Jean tenait un secrétariat social pour aider des personnes perdues dans les dédales de l’administration. Charles (Charlie comme on l’appelait), tenait une permanence à Notre-Dame d’Afrique d’Alger visitée par de nombreux musulmans et musulmanes. Christian tenait une bibliothèque pour les étudiants et projetait de leur construire des locaux plus adaptés à leurs recherches. Des vies sans histoires, banales si l’on peut dire, simples, partagées avec les gens du pays.

Mais ils avaient refusé de se mettre en sécurité dans leurs pays d’origine malgré parfois la demande de leurs proches. C’était «les Pères» comme on les appelait dans cette localité comme dans beaucoup d’autres. Et bien sûr aucun d’entre eux n’aspirait au martyre! Ilsne demandaient qu’à vivre même dans la tourmente partagée par la population. Pourtant, leur mort a fait comme s’ils émergeaient de l’ombre. Une foule de plusieurs centaines de personnes s’est rassemblée pour leur inhumation afin de rendre un dernier hommage à ces vies données d’avance. Je les connaissais assez bien tous les quatre, surtout Jean et Christian, le plus jeune. Je vous avoue que leur béatification m’a fait sérieusement poser la question: «Mais, c’est quoi donc la sainteté?» Au fond, dans leur vie courante, telle qu’elle pouvait se laisser percevoir, étaient-ils si «extraordinaires»? Non. Chacun menait simplement une vie en fidélité à ses engagements de missionnaire, avec ce que l’on sait des joies et difficultés de la vie communautaire et de la vie de chacun.

Comme beaucoup d’autres l’avaient fait, le faisaient et le font encore. Comme beaucoup d’autres, peut-être pourraient le «mériter» davantage, ou au moins autant! Dans la même période, plusieurs de nos compagnons Pères Blancs ont été assassinés dans le centre de l’Afrique et n’ont pas été déclarés bienheureux! Alors, pourquoi eux? Je ne suis pas le seul à me poser la question et je n’ai pas la prétention de la résoudre. Il est vrai qu’ils sont inséparables des 15 autres victimes chrétiennes du terrorisme de cette période, elles aussi béatifiées le 8 décembre de l’année dernière. Mais cela ne résous pas la question.

Pourquoi eux? Et les victimes innocentes de cette population qui vivait dans la peur et l’angoisse? Dans la vie tout court, comme dans la vie chrétienne, il y a des «figures symboles» qui émergent, que l’on fait sortir de l’ombre, non parce qu’elles sont uniques, mais témoins, représentatifs d’une certaine façondu vivre l’Evangile et de donner sa vie pour Jésus et l’humanité où elles se trouvent plongées. Ce n’était pas des héros, c’est d’un autre ordre. S’ils étaient des héros, ils seraient inimitables. Mais des hommes ordinaires qui se sont contentés de vivre jusqu’au bout la grande Aventure de l’Amour. Ils savaient qu’ils étaient menacés, ils sont restés non par héroïsme, mais par Amour, par Amour pour ce peuple en souffrance, par Amour pour ce Jésus qu’ils avaient décidé de suivre. S’ils sont exposés à nos regards, ce n’est pas pour les honorer, les admirer, s’extasier devant leurs vertus. Cela ne coûte à personne, ne demande aucun effort de le faire. S’ils sont exposés à nos regard, déclarés «Bienheureux», c’est pour rappeler notre propre vocation: vivre l’Evangile à la suite du Christ comme ils l’ont fait dans les circonstances qui étaient les leurs à ce moment-là.

Nous vivons dans des conditions qui ne sont pas celles où ils vivaient, mais la sainteté est à notre portée. Elle n’est pas à conquérir mais à recevoir.Ce n’est pas de faire des choses extraordinaires et éclatantes. La vie de nos frères martyrs nous le dit.C’est de mettre nos pas dans les pas de Jésus, d’essayer d’être là où nous sommes des témoins de cet Amour: dans ma famille ou dans ma communauté, dans ce monde tellement tourmenté en ce moment. Refuser la haine, l’exclusion, vivre dans la solidarité, surtout avec ceux qui sont les plus touchés par la souffrance et la pauvreté, le racisme, la discrimination. Ne jamais se lasser d’aimer. Jamais. Et si nous tombons, nous relever et marcher encore, continuer la route, continuer à aimer, sans jamais abdiquer, sans jamais se laisser prendre au piège de la haine et de l’égoïsme, voire même du découragement.Au fond la sainteté, le bonheur, c’est cela, bien au-delà des fioritures qui en jettent en ce temps de Noël. Humblement, simplement, aujourd’hui et demain encore.

Jusqu’au jour où ce Dieu qui nous aime nous fera signe, sans nous préoccuper si oui ou non nous serons inscrits sur les registres des Bienheureux ou des Saints.

 

Amen.

 

+ Claude Rault Père Blanc
évêque émérite de Ghardaïa.

Mon regard sur la mission en France

Henry Moses ARIHO, Jeune ougandais de trente-trois ans,

Henry Moses Ariho M.Afr., qui a été en stage à notre communauté de Marseille de 2017 à 2019,
est actuellement étudiant en théologie à Abidjan.
Cet article est dans la revue Spiritus N° 237 de décembre 2019 pp 438à 444.

 

Moses Ariho est en formation chez les Missionnaires d'Afrique (Pères Blancs). Après trois années d'études de philosophie, suivies de l'année spirituelle (noviciat), il a été envoyé à Marseille pour deux ans de stage dans la communauté des Missionnaires d'Afrique en charge de la paroisse Saint-Antoine et Notre-Dame Limite, dans le XVèmearrondissement de la ville.

 

Je suis né au sud-ouest de l'Ouganda où plus de 85 % des habitants sont chrétiens pratiquants. L'Église y est vivante ; la foi est grande et, partout, la vie quotidienne est toujours influencée par la religion. Je suis arrivé en Europe à l'automne 2017. Je me suis rendu en Pologne, en Espagne, en Allemagne et en Suisse. J'ai vécu une belle expérience que je me propose de partager ici. Pour faire mon stage apostolique, j'ai été envoyé par mes responsables en province d'Europe, plus précisément en France, dans un des quartiers populaires du nord de la ville de Marseille où j'ai vécu pendant presque tout mon séjour.DécouverteJ'avais des attentes très liées à mon expérience en Afrique de l'Est dans les domaines de la politique, de l'économie et de la religion. Mais, à Marseille, sauf l'humanité qui est semblable partout, tout est différent. On y voit de belles églises construites depuis très longtemps. Je me suis dit que la foi y a été forte et que ces églises étaient bien fréquentées il y a cinquante ans. Ce n'est plus tout à fait le cas aujourd'hui. Évidemment, certaines églises accueillent de nombreux fidèles le dimanche ; mais, le plus souvent, d'après ce que je vois, les églises sont quasiment vides, ou alors fréquentées seulement par des personnes âgées et quelques migrants africains, asiatiques ou d'ailleurs. Je suis persuadé que les gens croient en quelque chose et en Dieu, mais ils ne pratiquent pas comme jesuis habitué à le voir chez moi. Leur spiritualité est différente : ils aident les pauvres, accueillent des migrants ; ils emplissent les stades de football, de rugby, de tennis ; ils font du sport, dansent, s'abonnent au théâtre, au cinéma ; ils manifestent dans les rues en chantant ou en criant des slogans ; pour les vacances, ils partent avec leur famille et leurs proches.J'ai eu aussi la chance de participer, à Paris, à une « Session Welcome », où j'ai découvert certains aspects de la culture française. Cette session est arrivée au bon moment pour moi. Elle m'a introduit aux détails de l'histoire du pays dans les domaines religieux, culturel, politique et un peu économique. Nous avons aussi parlé de la laïcité et des raisons pour lesquelles les églises sont quasiment vides. Comme nous étions nombreux à venirpour la mission en France, j'en ai profité pour écouter l'expérience de ceux qui avaient déjà plus de deux ans de présence.Le pèlerinage en Pologne des aumôneries de jeunes de Marseille a été une belle expérience. J'étais avec cent quarante pèlerins du diocèse. C'était la première fois de ma vie que j'étais au milieu de tant d'Européens : j'ai appris beaucoup à propos de leur culture et de leur mode de vie. J'ai eu aussi la chance de prier dans des lieux saints : au village de Jean-Paul II, à Notre-Daine de la Miséricorde divine, chez Maximilien Kolbe ; et je me suis laissé interpeller par la philosophie de Nicolas Copernic à l'université de Cracovie.

Mes réactionsface à l'entourage, à la langue, à la cultureJ'ai suivi un cours de français à l'Alliance française. L'entourage m'a aidé à bien saisir la langue. J'ai fait aussi la connaissance d'étudiants de plus de quinze nationalités. Quelques-uns m'ont rendu visite dans la communauté et d'autres, surtout des non-croyants et des musulmans, m'ont invité chez eux pour partager nos expériences. Ces visites m'ont donné l'occasion de pratiquer la langue dont la connaissance m'était indispensable.Culturellement, je trouve le lieu de mon stage plutôt diversifié : il n'y a quasiment pas de culture unique ; ce qui constitue la culturede Marseille c'est un mélange d'origines et d'accents différents, de repas mixtes. Cela m'a appris à respecter chaque personne pour ce qu'elle est, à comprendre ces différences et cette diversité urbaine. La mixité culturelle m'a beaucoup plu et m'a mis à l'aise. Bien évidemment, je n'oublie pas un des traits de la culture française : l'importance du repas où l'on se retrouve pour prendre l'apéritif et manger tout en échangeant. Beaucoup de discussions ont lieu au cours du repas. Je n'ai pas fait le compte de tous les morceaux de fromage et des cafés qui m'ont enraciné dans la culture française... Et si quelqu'un veut saisir cette culture en faisant l'impasse sur le fromage et la tasse de café, sa compréhension en sera différente. Il me semble que c'est au cours du repas ou du café que j'ai le plus appris sur la culture française. Ilest évident que la culture se dit à travers la langue française ; en parlant cette langue, on entre donc dans sa culture, et c'est formidable.Mission de présence, de témoignage, de rencontreEn France, on peut évangéliser, mais pas avec la Bible en main comme autrefois. Ilfaut d'abord méditer l'Évangile, puis en vivre avec les gens. La façon d'en vivre diffère selon le lieu où l'on se trouve.: en prison, à l'hôpital, au collège, dans une cité, à l'accueil des SDF (Sans domicile fixe), avec des gens d'autres religions ou des non-croyants... L'important, c'est d'essayer d'être un témoin, proche des gens, et d'apprendre à les écouter. Et si une occasion se présente d'évangéliser en paroles, alorson peut le faire.Marseille est multiculturelle et multi-religieuse. Il y a des églises catholiques, orthodoxes, arméniennes ; des temples évangéliques, protestants et ceux des Témoins de Jéhovah ; des synagogues et de nombreuses mosquées. Il faut aussi comprendre que la vie spirituelle a été affectée par la séparation des Églises et de l'État depuis 1905. L'Église a souffert depuis la Révolution française de 1789, et aussi à cause du bouleversement de la société qui a suivi les événements de mai 1968 enFrance. De plus, la déclaration de la laïcité de l'État français a beaucoup marqué la vie ecclésiale dans le pays. De ce fait, des Églises existent bien, mais la chute de la pratique religieuse a affecté la jeune génération : on voit davantage de personnes âgées que de jeunes fréquenter les églises, et cela cheztoutes les confessions. En revanche, les jeunes qui participent à la vie de l'Église me semblent très motivés.

Divers types de communautés

Mes premières rencontres ont été celles de notre communauté composée de quatre confrères. Ceux-d ont eu à mon égard une attitude positive, tous prêts à m'indiquer le chemin à suivre. Ils ont été patients avec moi alors que je ne parlais pas bien le français et avais du mal à me faire comprendre. J'ai eu le sentiment d'être des leurs. Ils m'ont bien guidé dans toutes les directions. Cette communauté de vie m'a ouvert à d'autres communautés à l'extérieur : celle des paroissiens et celle des associations où ils font leur apostolat. Toutes ces communautés m'ont accordé leur soutien pour que mon stage se déroule bien. Les gens ont toujours été prêts à m'aider, à travailler avec moi. Je me suis senti accepté dans mes engagements et je leur en suis reconnaissant. Ils le faisaient simplement, par exemple lors d'une invitation pour un café : cela nous donnait l'occasion de planifier des activités ensemble. Grâce aux transports en commun, j'ai appris aussi à connaître une autre communauté : dans le bus, on se salue, on se parle, on fait connaissance. Cette communauté-là m'a enseigné l'importance du dialogue. Je rends gloire à Dieu pour ces communautés qui m'ont aidé à découvrir presque tous les côtés de la mission à Marseille.Pendant mon stage, j'ai également rencontré des gens qui ne croient pas et qui ne partagent pas la même religion ni les mêmes convictions que moi. J'y ai fait des rencontres et j'ai dialogué avec tant de personnes, surtout des musulmans. Nous avons un local qui se trouve dans une cité où les musulmans sont majoritaires. Je fréquentais cette cité au moins deux fois par semaine pour y faire des rencontres que j'ai trouvé intéressantes. Je participais aussi à d'autres rencontres organisées par les imams et les prêtres de Marseille. Je suis intéresséà en connaitre davantage sur cet aspect de la mission. J'aime aussi travailler pour la justice, la paix et l'intégrité de la création. Je m'intéresse à l'écologie en vue de protéger et de conserver notre terre ; j'ai eu l'occasion de m'y engager en particulier avec les jeunes de notre aumônerie : nous avonsparticipé à une conférence donnée par une écologiste et à des actions de tri des déchets.Rencontres simplement humainesDepuis l'été 2018, je me rends dans l'une des cités qu'on appelle « La Solidarité ». Nous y avons un local soutenu par une association des amis d'Étienne Renaud. Ce local a pour but de garder le contact avec les gens, surtout les musulmans qui vivent là. Pour bien entrer dans ce monde, j'ai commencé à jouer au basket sur le terrain de cette cité. Au départ, je jouais tout seul ; et après deux ou trois fois, trois garçons-m'ont rejoint. Nous avons joué ensemble sans nous parler ; c'était un peu froid parce qu'on ne se connaissait pas. Cela m'a encouragé à provoquer d'autres rencontres avec quelques jeunes de la cité 'et on s'est donné rendez-vous pour jouer ensemble le lendemain. Les jours suivants, on a continué à jouer... Ils ont invité leurs amis ; je leur ai alors demandé leur nom et je me suis présenté. Ce qui est merveilleux, c'est qu'en entendant mon prénom, ils étaient tous contents et prêts à le traduire en « Moussa » ; du coup, ils m'ont appelé « Tonton Moussa ». Ils m'ont aussi posé plusieurs questions, du genre : « Es-tu musulman ? » Mon but, c'était de rencontrer les gens de la cité.Je suis particulièrement attiré par ce qui touche à l'humanité des gens. Cela m'a rendu proche de gens de toutes origines et m'a appris ce qu'est la vie humaine, la souffrance dans notre monde. Pour décrire ce type d'apostolat, je peux prendre l'exemple duSecours Catholique de Marseille. Il a créé des lieux d'accueil pour les SDF : ce sont des gens du pays, mais aussi d'autres qui arrivent de loin. Un de ces centres, appelé Maison Béthanie, ouvre quatre jours par semaine : des gens y viennent pour se doucher, pour voir le médecin, le podologue ou la psychologue, pour boire un café ; mais aussi pour savoir où aller manger ou être hébergé, pour recevoir leur courrier, apprendre le français et rédiger des documents administratifs. Nous avons aussi un groupe de jeunes auxquels sont proposées des activités pour les occuper, puisqu'ils n'ont rien à faire. Nous jouons au foot, nous préparons à manger, nous organisons des sorties et nous allons au cinéma ou au théâtre ; nous échangeons sur des sujets qui les concernent. J'étais chargé des inscriptions, puis d'accompagner les jeunes au stade, toujours ému en les écoutant parler de leurs rêves.

L'impact qu'a eu sur moi le stage

L'Église est à la fois universelle et particulière. La façon dont j'envisageais la vie de l'Église en Ouganda était vraiment très différente de celle de la France. L'apostolat, là-bas, c'est surtout l'évangélisation, la vie sacramentelle en paroisse avec une foule de chrétiens qui remplissent les églises. Mais, après ce temps de stage en France, je reconnais que j'ai accédé à une nouvelle vision de l'Église, où l'on fait plus de travail social et moins de tâches strictement liturgiques. Je me sens maintenant davantage porté à m'impliquer dans la vie sociale et à comprendre ce que des gens vivent au quotidien plutôt qu'à ne m'engager quedans la pastorale sacramentelle. Mon stage m'a appris que la mission est ouverte à tous les aspects de la vie humaine et je suis invité à y participer franchement.J'ai appris à vivre dans des lieux où la mission est plutôt une présence auprès des gens. J'ai perdu l'habitude de trouver sur place des groupes de jeunes déjà formés, attendant l'arrivée des séminaristes, d'avoir affaire à des adultes hommes et femmes déjà formés eux aussi, d'avoir des églises pleines de monde tous les dimanches. J'ai découvert un autre visage de la mission. La façon de voir que j'avais reçue dans mon pays a changé.Notre mission à Marseille est plutôt orientée vers la rencontre. Je trouve cela bon. J'ai bien aimé les moments où j'ai parlé avec d'autres personnes : c'est tellement impressionnant de dialoguer avec des gens que je ne connaissais pas auparavant. Leur vie est différente mais tout aussi pleine de valeur. J'ai été touché par ces gens me disant n'avoir personne à qui confier leurs expériences, comme par exemple ceux qui se lançaient dans des discussions avec moi dans le bus. Je rends grâce à Dieu pour ces surprises de la mission.J'ai aussi appris à vivre loin de ma famille, de mes amis et de mon confort. J'ai commencé presque à zéro, car tout était nouveau pourmoi : le mode de vie, la culture, les saisons, la langue... Hors de ma culture, de mon climat habituel, j'ai appris à être ouvert à la nouveauté et à m'y adapter.Les difficultés rencontréesAu début, j'ai eu du mal à gérer le temps, à la fois le temps qui passe et le temps qu'il fait. En France, le temps (la météo) change avec les saisons, ainsi que les températures : pendant l'automne, je portais des habits d'hiver ou d'été. À cause d'une mauvaise appréciation du temps qui passe, j'étais tantôt en avance pour des rendez-vous, et tantôt en retard. Par ailleurs, la vie quotidienne est exigeante à cause de l'automatisation : carte de transport à valider à chaque montée dans le bus, le tramway ou le métro ; en plus il faut demander l'arrêt, sinon le bus continue vers la station suivante. Il faut s'accoutumer à la carte bancaire pour faire ses achats, aux ascenseurs, au mot de passe ou au code pour entrer dans certains lieux, à la machine à laver la vaisselle... Il m'a fallu du temps et beaucoup d'efforts pour m'habituer à tout cela.Un nouveau regard sur la missionPour conclure, disons que mon expérience en Europe était tout à fait nouvelle et pleine de multiples découvertes : la langue, les coutumes, la diversité, le développement des infrastructures, la croyance, l'accueil, la technologie moderne, l'art...j'ai apprécié tout cela. Je me suis franchement plongé dans ce monde où j'ai vécu et j'ai acquis un nouveau regard sur la mission. Je rendsgrâce à Dieu qui m'a soutenu jusqu'à la fin de mon stage.

Oumy Ndour, une vie de foi et de lutte pour les droits des femmes | La Croix Africa

Journaliste à la radiotélévision publique sénégalaise, Oumy Ndour, se distingue par son voile qui ne « l’enferme » pas mais surtout son combat pour la défense des femmes et des enfants.

Au Sénégal, les téléspectateurs sont habitués aux belles tenues colorées d’Oumy Ndour, journaliste dont le voile est toujours parfaitement assorti aux habits. Considérée comme une « icône du voile », elle balaie cette appellation d’un revers de main. « Je ne me considère pas comme telle, explique-t-elle. Le port du voile est une décision personnelle, une manière de vivre ma foi. Que je veux vivre le plus librement possible dans la paix et la tranquillité. »

Et de fait, ces derniers mois, cette jeune musulmane s’est surtout distinguée pour son combat pour la défense des droits des femmes et des enfants. Car pour elle, « la foi doit guider les actions ».[…]

Lire la suite: Oumy Ndour, une vie de foi et de lutte pour les droits des femmes – La Croix Africa, Charles Senghor, 10.12.19.

Kiye2019
L'hebdomadaire de l’aumônerie des jeunes de la paroisse de Dyou : spécial fin d'année 2019. Rendez-vous du Père Vincent KIYE avec les jeunes de la paroisse, n°45 du 30/12/2019
"Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu." (Jn 1, 1-18)
Bien-aimés dans le Seigneur, 
Recevez nos Salutations fraternelles depuis la paroisse de Dyou-Kadiolo au Mali.
Après spécial Noël de la semaine passée, recevez spécial fin d'année 2019, 24 heures avant l'entrée en 2020. Une nouvelle année que nous souhaitons heureuse pour tous. Une année de paix, de succès, une année au cours de laquelle nous déployons nos paroles pour rendre plus humains nos frères et soeurs; une année au cours de laquelle nous prenons conscience que si la Parole qui était auprès de Dieu s'est faite chair et est venue habiller habiter parmi nous c'est pour nous inspirer les vertus de la parole afin que lorsque nous nous engageons à parler, que nous disions des paroles bienveillantes, constructives et humanisantes. 
Une année au cours de laquelle nous prenons conscience que la Parole s'est faite chair et elle a habité parmi nous pour nous révéler le vrai visage du Père, visage d'amour, de paix, de pardon, de réconciliation des hommes avec lui et du respect de la dignité humaine.  
Chers frères et soeurs, si nous avons voulu revenir sur l'Évangile du 25 décembre dernier, c'est pour mettre en relief le lien qui puisse exister entre ce prologue de Saint Jean et notre réalité quotidienne.
Lorsque nous reprenons ce prologue de Saint Jean, nous savons directement qu'il s'agit de Jésus-Christ Christ, le Verbe de Dieu-fait-Homme. Nous ne pensons certainement pas que nous pouvons établir un lien avec 
 nos propres paroles, qui doivent elles aussi être créatrices, qui doivent elles aussi devenir homme c'est-à-dire humaniser nos frères et soeurs à qui nous parlons. Si celle du Père s'est faite chair jusqu'à habiter parmi nous, nous comprenons par-là que Dieu a voulu léguer le même pouvoir créatrice de la parole à l'homme qui est son image parfaite. Nous avons nous aussi reçu cette grâce de la parole. Nous parlons. Mais que disons-nous lorsque nous parlons ? Sommes-nous cependant conscients que lorsque nous parlons nous devons nous aussi faire en sorte que nos paroles humanisent nos frères et soeurs, qu'elles les rendent plus humains? Que nos paroles qui sortent de nos bouches deviennent la *lumière* pour nos frères et soeurs comme celle du Père qui en venant au monde a été la lumière qui éclaire tout homme.
Puisse l'année 2020 qui s'ouvre devant nous, soit une année au cours de laquelle nos paroles rendent ceux et celles qui nous écoutent, heureux et heureuses. Une année au cours de laquelle chacun de nous fait de sa parole la lumière qui éclaire tout homme qui l'écoute. Amen.
Le Seigneur soit avec vous!
 ✍🏾 Père KIYE M. Vincent, Mafr, aumônier des jeunes de la paroisse de Dyou/Mali
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L'hebdomadaire de l’aumônerie des jeunes de la paroisse de Dyou :  Rendez-vous du Père Vincent KIYE avec les jeunes de la paroisse, n°46 du 06/01/2020
"...examinez les esprits
pour voir s’ils sont de Dieu." (1 Jn 3, 22 – 4, 6)
Bien aimés dans le Seigneur, 
Bonjour depuis Kadiolo au Mali.
Conformément à notre texte de méditation de cette semaine, nous dirons qu'il est bon et important de savoir que notre être est un carrefour de plusieurs inspirations. Mais le plus  important est de savoir laquelle de toutes ces inspirations qui traversent notre esprit vient vraiment de Dieu et comment le savoir ?
La réponse à cette double interrogation se trouve dans la première partie de cette épître de Saint Jean: voir si notre inspiration augmente en nous le degré d'amour pour les autres, qu'il résume en terme de "mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres." Car l'amour de Dieu et des autres, authentifie la source d'inspiration de nos sentiments.
Et le vrai amour c'est de ne pas se croire le centre du monde, le meilleur de tous etc, mais être habité par la compassion, la considération et le respect des autres. 
Sans lesquels, nos bonnes actions perdent de consistance et deviennent des marques de fabrique de notre propre gloire.
Nous cherchons à devenir des petits dieux sous la forme de : "sans moi, vous ne pouvez rien faire." Erreur!
Par manque d'amour et de considération pour les autres, beaucoup ont fait leur cette thèse machiavélique qui stipule qu' : "après moi c'est le déluge " Non! Voilà autant d'inspirations qui viennent non pas de Dieu mais de notre orgueil de nous croire le meilleur, le maître absolu et cela fausse tout. 
Et cela est perceptible par nos attitudes, nos paroles et gestes, creusant ainsi l'écart entre nous et la gloire de Dieu appelée à se manifester en nous, à travers notre engagement.
Parce que nous avons manqué l'amour. Rappelons ici que le véritable amour est source de reconnaissance, de respect et de compassion envers autres.
Oui, chers frères et soeurs, il arrive que nous soyons apprécié par tous, que nous soyons doués pour ceci ou cela. Ce sont des dons de Dieu. L'attitude à adopter face à ces dons de Dieu  est celui du Christ Jésus: la compassion, la considération et le respect  des autres, comme nous le dira Jésus dans l'Évangile de demain "Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu'ils étaient comme des brebis sans berger" (Mc 6,34-44).
Et nous, qu'est-ce qui accompagne nos sentiments de chaque jour? La compassion, la considération et le respect des autres ou bien la recherche de notre propre gloire? Voir surtout si ce qui nous habite comme sentiment conduit-il vraiment à la promotion humaine de l'autre. Si non c'est une inspiration qui vient de notre nature corruptible.
Le Seigneur soit avec vous!
 ✍🏾 Père KIYE M. Vincent, Mafr, aumônier des jeunes de la paroisse de Dyou/Mali
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Les informations sur nos maisons de formation datent de quelques années, et nous avons demandé aux responsables de ces maisons de nous donner des nouvelles plus récentes.
La première réponse reçue vient de Samagan, le noviciat près de Bobo-Dioulasso (lire la suite)

 

La deuxième réponse nous a été donnée par la "Maison Lavigerie", notre maison de formation à la périphérie de Ouagadougou, où les candidats ont leurs trois premières années de formation (lire la suite)