Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Mali: premières réactions politiques aux propos du président français

Juin 2021, soldats français de la force Barkhane au Mali

Juin 2021, soldats français de la force Barkhane au Mali 
AP - Jerome Delay

Au Mali, les réactions aux propos peu amènes du président Macron, jeudi, à l'encontre des autorités de transition et notamment du Premier ministre Choguel Maïga. Les partis M5-RFP et le parti Yelema réagissent sur RFI mais du côté des autorités de Bamako, silence radio alors que sur le terrain, la coopération avec Paris se poursuit.

Au Mali, les propos virulents et peu diplomatiques d'Emmanuel Macron font réagir. Après les accusations, samedi dernier à la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU, du Premier ministre de transition Choguel Maïga d'un « abandon en plein vol » de son pays par la France, le président français a notamment parlé jeudi soir « d'une honte, qui déshonore ce qui n’est même pas un gouvernement », dénonçant un gouvernement peu légitime issu de deux coups d'Etat...

Jeamille Bittar pour le M5-RPF

Pour Jeamille Bittar, le porte-parole du mouvement M5-RFP qui soutient les dirigeants de la transition joint par François Mazet, cette sortie est une « déception » et les Français sont désormais des « ennemis voilés » qui doivent quitter le Mali.

« C’est le néo-colonialisme qui continue. Les Maliens n’ont pas, aujourd’hui, de visibilité par rapport à cette présence militaire française en République du Mali. Il y a beaucoup de non-dits. Comme la France avait déjà décidé de changer de méthodologie et de changer de stratégie -sans concertation préalable- nous préférons avoir aujourd’hui des mercenaires, que d’avoir des ennemis voilés en amis ».

RFI : Pour vous, on en est là ? Les Français sont devenus des ennemis voilés ?

« Oui, des ennemis voilés. Je ne dis pas le peuple français, les gens français… je parle de la politique française à l’heure actuelle ; nous disons non et nous allons nous assumer jusqu’au bout ! C’est à nous, maintenant, de décider de qui peut rester, qui ne peut pas rester ! Les Français doivent partir. Ils nous ont abandonnés… Nous, nous disons que ce n’est plus à eux de nous dire qu’ils vont partir. Le peuple va demander simplement à ce qu’ils partent ».

Hamidou Doumbia pour Yelema

De son côté le parti Yelema critique le ton « paternaliste » du président français et considère de manière générale que cette « guerre diplomatique » ne fait que renforcer les jihadistes. Gaëlle Laleix a joint Hamidou Doumbia, secrétaire politique et porte parole du parti Yelema

« Le ton du président Macron est un peu paternaliste. Il aurait dû retenir les leçons de ce qui s’est passé à Pau. Les populations africaines n’étaient pas du tout contentes du fait qu’on ait convoqué, d’une certaine manière leurs responsables. Le président Macron aurait pu utiliser un ton beaucoup plus diplomate, aurait dû adopter une autre démarche qui aurait pu permettre d’apaiser les tensions… Nous avons un peuple qui souffre depuis plus de dix ans de terrorisme ! Que les populations entendent cette guerre diplomatique qui ne dit pas son nom, ça renforce encore les jihadistes. Les deux États doivent se comprendre, discuter d’un partenariat gagnant-gagnant. Et il faut que les deux États tirent les leçons nécessaires de ce qui s’est passé. S’il y a exaspération, c’est que les populations ont du mal à voir l’efficacité de l’intervention des forces étrangères sur le territoire malien ».

Sur le terrain, la coopération se poursuit

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A Bamako, officiellement, un peu comme si pour le moment on refusait l’escalade, il n’y a pas de réaction après la sortie du président français, rapporte notre correspondant, Serge Daniel.

Et sur le terrain, c’est main dans la main que les troupes françaises et maliennes travaillent. Ainsi, selon des informations fournies par la force française Barkhane et confirmées de source militaire malienne, les militaires des deux pays ont encore traqué ensemble, ces derniers jours, des terroristes dans le nord du Mali.

C’est le cas dans la région de Gossi, où le Groupement tactique désert de Barkhane et une campagne des forces armées maliennes ont neutralisé des groupes terroristes. Dans la même région, ce sont les militaires maliens, avec le soutien aérien de Barkhane, qui ont mené des opérations de reconnaissance dans un secteur qu’ils fréquentaient peu.

Mais le Mali prouve qu’il entend approfondir sa coopération militaire avec un autre pays, la Russie. Tôt, ce vendredi, le ministre malien de la Défense, le colonel Sadio Camara, s’est rendu à l’aéroport de Bamako pour réceptionner quatre hélicoptères vendus à son pays par la Russie. 

► À lire aussi la CMA dénonce à son tour les discussions entre Bamako et le groupe russe Wagner

Campagnes françaises et immigration: un peu plus de 4 % des habitants ont des origines de plus en plus variées|The Conversation

Que représente aujourd’hui l’immigration dans les campagnes françaises ? Comment se répartit-elle sur le territoire national et quelles sont ses caractéristiques ? Exploitant les recensements de population, nous examinons ici comment la population immigrée a évolué dans les campagnes françaises depuis les années 1970, à la fois en nombre, en part de la population, et dans ses origines.

Julie FromentinInstitut National d’Études Démographiques (INED) and Pierre PistreUniversité de Paris

En France métropolitaine, les habitants immigrés ou étrangers représentent une faible part (respectivement 4,3 % et 2,5 %) mais constante de la population des campagnes depuis les années 1970. S’ils résident principalement dans les régions frontalières, dans l’ouest de la France ou à proximité des grandes et moyennes agglomérations, leur répartition spatiale est de plus en plus homogène et concerne l’ensemble des campagnes.

Les immigrés d’Europe du Sud, d’Europe de l’ouest et du nord, et du Maghreb, sont les plus nombreux ; ils se différencient notamment par la taille des ménages dans lesquels ils vivent, plus petits pour les Européens. Mais d’autres groupes ont vu leurs effectifs augmenter et participent à la lente croissance des effectifs des immigrés et des étrangers, et à une diversification de leurs origines géographiques depuis au moins les années 1990.

La population des campagnes françaises évolue principalement sous l’effet des mobilités résidentielles]. Depuis les années 1970-1980, les arrivées compensent majoritairement les départs – ainsi que le déficit naturel lié à ce que les décès restent un peu plus nombreux que les naissances. Elles contribuent à l’évolution de la composition sociale et des origines géographiques. Les arrivées concernent principalement des Français de naissance mais aussi des immigrés ; par exemple des retraités venus de pays du nord de l’Europe attirés par les conditions de vie agréables et le faible coût de l’immobilier, des actifs en particulier européens venus travailler dans l’agriculture ou dans le bâtiment, plus récemment des exilés du Proche et du Moyen-Orient, d’Asie et d’Afrique.

Un poids actuel comparable à celui des années 1970

Les campagnes françaises comptaient environ 714000 immigrés (personnes nées étrangères à l’étranger) en 2015, soit 4,3 % de leur population. Cette proportion est moindre que celle pour l’ensemble de la population de la France (9,3 %) et que celle dans les autres espaces à dominante urbaine (11,1 %). Autre constat, la population immigrée des campagnes a connu une double tendance depuis les années 1960 (figure 1).

Figure reprise de Julie Fromentin et Pierre Pistre, 2021, L’immigration dans les campagnes françaises : des effectifs limités mais des origines qui ne cessent de se diversifier. Population et Sociétés n° 591, p. 1-4, Fourni par l’auteur

Dans une majorité de territoires, elle est aujourd’hui à peu près équivalente en volume et en proportion à celle du milieu des années 1970, période principale de l’immigration de travail dans l’industrie, y compris rurale, et dans l’agriculture.

Dans les autres territoires, peu concernés par cette immigration de la fin des Trente Glorieuses, une progression mesurée est enregistrée seulement à partir des années 1990. Cette deuxième tendance a pour conséquence que la population immigrée des campagnes françaises est répartie de manière plus homogène aujourd’hui que dans les années 1970.

C’est également le cas pour les personnes de nationalité étrangère. Elles représentaient 487000 habitants des campagnes en 2015 – soit 2,5 % de leur population (contre 7,8 % dans les autres espaces à dominante urbaine) –, et leur distribution dans les intercommunalités (EPCI, établissements publics de coopération intercommunale) apparaît également plus homogène que dans les années 1970 (figure 1).

Une inégale répartition dans les campagnes françaises

Aujourd’hui la proportion d’immigrés dans les campagnes est plus élevée dans certaines régions (figure 2), d’abord dans celles proches des frontières belge, allemande, suisse, et dans une moindre mesure italienne et espagnole, en raison surtout des mobilités domicile-travail facilitées entre pays membres de l’Espace Schengen.

Figure reprise de Julie Fromentin et Pierre Pistre, 2021, L’immigration dans les campagnes françaises : des effectifs limités mais des origines qui ne cessent de se diversifier. Population et Sociétés n° 591, p. 1-4, Fourni par l’auteur

Elle est également plus élevée dans les campagnes proches des grandes agglomérations – notamment Paris, Lyon ou Toulouse – et participe ainsi à la poursuite des dynamiques de périurbanisation. Un troisième espace d’implantation correspond aux arrière-pays du sud et de l’ouest du territoire national, à la façade méditerranéenne et au Sud-Ouest, où se trouvent surtout des immigrés originaires de pays de la péninsule ibérique, et aussi du nord et de l’ouest de l’Europe.

En outre, ces logiques de répartition spatiale se doublent de différences selon la nationalité des immigrés (figure 3).

Figure reprise de Julie Fromentin et Pierre Pistre, 2021, L’immigration dans les campagnes françaises : des effectifs limités mais des origines qui ne cessent de se diversifier. Population et Sociétés n° 591, p. 1-4, Fourni par l’auteur

Dans les campagnes à proximité des grandes et moyennes agglomérations, surtout dans la moitié nord du pays, les immigrés qui ont acquis la nationalité française sont surreprésentés par rapport à la moyenne nationale (40 % des immigrés) ; il s’agit souvent d’immigrés ayant effectué des migrations internes en France où ils résident depuis longtemps. À l’inverse, les immigrés de nationalité étrangère sont surreprésentés dans les zones frontalières du Nord et de l’Est, en Corse, au cœur de la Bretagne et dans le centre-ouest. Ces régions sont souvent des terres d’immigration plus récente, de retraités ou de travailleurs européens principalement.

Des populations aux origines géographiques variées

Les pays de naissance des immigrés sont très variés (tableau). Les Européens du Sud représentent plus de 30 % des immigrés dans les campagnes françaises – contre 18 % dans les espaces à dominante urbaine. Connaissant une baisse régulière de leurs effectifs depuis les années 1970, ils vivent le plus souvent aujourd’hui dans de petits ménages d’une ou deux personnes (respectivement 15 % et 44 % des individus immigrés), une proportion équivalente à celle du reste du territoire national (57 %). Ils sont par ailleurs surreprésentés dans le sud du pays où se sont installés de nombreux Espagnols, Portugais et Italiens dès le début du XXᵉ siècle, pour des motifs aussi bien politiques qu’économiques.

Tableau repris de Julie Fromentin et Pierre Pistre, 2021, L’immigration dans les campagnes françaises : des effectifs limités mais des origines qui ne cessent de se diversifier. Population et Sociétés n° 591, p. 1-4, Fourni par l’auteur

Environ un quart des immigrés sont originaires d’Europe du Nord et de l’Ouest, et ils partagent avec ceux du Sud le fait de vivre majoritairement dans de petits ménages (64 %). Les Britanniques représentent à eux seuls 11 % des immigrés des campagnes et sont surtout installés dans la France de l’Ouest ; leurs effectifs ont fortement augmenté dans les années 1990 et 2000, puis se sont tassés après la crise économique de 2007-2008. Les immigrés originaires du Benelux sont également bien représentés (8 % des immigrés) et en progression depuis les années 1970. https://www.youtube.com/embed/X_6eWAhplCM?wmode=transparent&start=0 Des Anglais installés en Vendée sont interviewés dans le contexte du Brexit (YouTube, 2020).

Même s’ils sont proportionnellement deux fois moins nombreux que dans les espaces à dominante urbaine (16 % contre 32 %), les immigrés originaires du Maghreb constituent aussi une part importante. Environ deux tiers d’entre eux vivent dans des ménages de trois personnes ou plus. Ils sont localisés en premier lieu à proximité des grandes et moyennes agglomérations, et leurs effectifs dans les campagnes progressent de manière régulière depuis les années 1970.

Enfin, plus du quart des immigrés des campagnes (27 %) sont originaires d’autres pays. Les Européens de l’Est représentent notamment 6 % des immigrés et sont en croissance depuis la décennie 2000, dans le contexte de migrations de travail (bâtiment, agriculture…) facilitées par l’élargissement de l’Union européenne. Les personnes originaires du Proche et du Moyen-Orient comptent pour 5 % des immigrés, et leurs effectifs progressent depuis les années 1970. Nés dans d’autres pays d’Afrique, en Amérique ou encore en Asie, les immigrés restants sont moins nombreux mais contribuent à la diversification des origines nationales dans les campagnes depuis au moins les années 1990 (figure 4).

Figure reprise de Julie Fromentin et Pierre Pistre, 2021, L’immigration dans les campagnes françaises : des effectifs limités mais des origines qui ne cessent de se diversifier. Population et Sociétés n° 591, p. 1-4, Fourni par l’auteur

Des origines qui ne cessent de se diversifier

La croissance des populations immigrées et étrangères récemment dans les EPCI des campagnes (figure 1 et tableau) s’est accompagnée d’une augmentation du nombre d’origines nationales différentes (figure 4). Par exemple, le nombre médian de pays de naissance différents par EPCI est passé de 42 à 62 entre les recensements de 1999 et 2015 ; la tendance est la même pour les nationalités (de 26 à 41) et concerne aussi bien les territoires d’immigration ancienne que récente. Seul un EPCI sur dix des campagnes (inférieur ou égal au 1er décile – D1) compte désormais moins de 40 pays de naissance et moins de 25 nationalités.

Ces chiffres restent logiquement inférieurs à ceux enregistrés dans les espaces à dominante urbaine (médiane par EPCI : 100 pays de naissance et 77 nationalités en 2015), du fait d’un nombre d’immigrés et d’étrangers bien plus important. Mais les écarts ont tendance à se réduire et le nombre d’origines nationales plafonne aujourd’hui à environ 140 pays de naissance et 120 nationalités dans les EPCI urbains les plus internationalisés (supérieur ou égal au 9e décile – D9). Les campagnes françaises n’échappent pas à la mondialisation dans ses dimensions démographiques et migratoires.


Cet article s’appuie sur les résultats du projet de recherche CAMIGRI et est adapté d’un article publié par les auteurs dans « L’immigration dans les campagnes françaises. Des effectifs limités mais des origines qui ne cessent de se diversifier », Population et Sociétés n° 591.

Julie Fromentin, Docteure en géographie, Institut National d’Études Démographiques (INED) and Pierre Pistre, Maître de conférences en géographie, Université de Paris

This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article.

« Faut-il désespérer des pays les moins avancés ? »

Mis à jour le 29 septembre 2021 à 11:51


Orpaillage illégal. Dans le désert mauritanien, des milliers d’orpailleurs ont décidé de tenter leur chance à la recherche d’or alluvial et d’or minéralisé. Les risques considérables encourus sont, selon eux, à la mesure de l’enjeu: sortir de la pauvreté. © Ahmed LEMINE / Naturimages

Selon un rapport publié le 27 septembre par la Conférence des Nations unies, la plupart des 46 pays (1) les plus pauvres (PMA) n’ont aucune chance d’accéder au développement en l’état actuel de leurs moyens économiques, financiers et humains.

Ce constat s’explique par le fait que leur revenu national par habitant oscille entre 1 018 dollars et 1 222 dollars par an, et que leur mortalité maternelle et infantile bat des records tout comme leur taux d’analphabétisme : les pays les plus pauvres auront beaucoup de mal à réaliser les Objectifs de développement durable (ODD) fixés par l’ONU.

Schéma totalement irréaliste

« Pour atteindre en 2030 les trois cibles nécessaires pour ces ODD, les PMA auraient besoin d’une extraordinaire augmentation de leurs ressources, explique Rolf Traeger, chef de la section PMA de la Cnuced. À savoir une croissance de 7 % par an, ce qui suppose que ces pays investissent 462 milliards de dollars par an pendant dix ans ; une abolition de la pauvreté, qui suppose une croissance de 9 % par an et un investissement de 485 milliards de dollars ; le doublement de l’industrie manufacturière dans leur produit intérieur brut (PIB), ce qui implique d’investir 1 051 milliards de dollars par an et d’atteindre une croissance annuelle de 20 % ».

DANS CE SOMBRE TABLEAU, LE SÉNÉGAL FAIT FIGURE D’EXCEPTION

Un schéma totalement irréaliste quand on sait que la croissance des PMA augmentera cette année de seulement 2,1 % et que leur taux de vaccination contre le Covid avoisine les 2 % quand les autres pays en développement sont à 21 %. Il leur faudra cinq ans pour retrouver leur revenu de 2019.

« Pour éduquer et soigner leurs populations, poursuit Rolf Traeger, il leur faudrait dépenser l’équivalent de 41 % de leur PIB ; mais aujourd’hui, ils dépensent pour cela moins de 10 % de leur PIB ».

Des chiffres en berne

Le passé non plus n’invite pas à l’optimisme. Depuis cinquante ans que la catégorie des pays les moins avancés a été créée par l’ONU, seulement sept d’entre eux – dont curieusement le Mali et le Lesotho – ont constamment dépassé la croissance moyenne mondiale du PIB de plus de 1 % et ont ainsi convergé vers les niveaux de vie des pays à revenu plus élevé.

LA SEULE SOLUTION POUR LES PMA EST DE CRÉER UN TISSU ENTREPRENEURIAL

Cela ne les place pas en bonne position pour transformer leur économie, valoriser leurs productions, accroître la productivité de leur main-d’œuvre et créer de bons emplois. Dans ce sombre tableau, le Sénégal semble être l’une des exceptions puisque le rapport le cite comme étant « parvenu à bâtir une économie diversifiée qui repose autant sur l’agriculture que sur l’industrie et les services ».

Où trouver l’argent pour leur permettre de réussir ces mutations et d’accélérer fortement leur développement ? Les transferts de cash pratiqués par exemple par l’État au Brésil ou au Mexique ? « Ces transferts sont indispensables pour permettre aux populations défavorisées de survivre, mais ce sont des mesures sociales et pas des politiques de long terme parce que les PMA n’ont pas de moyens budgétaires suffisants. La seule solution est qu’ils créent un tissu entrepreneurial pour accroître les revenus de leur population », répond Ralf Traeger.

Appel à la générosité des pays riches

L’augmentation des droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI ? « Sur les 650 milliards de dollars annoncés, les PMA n’auront droit qu’à 2,3 %, soit moins de 5 milliards de dollars, précise-t-il. Il faudrait mettre en place des mécanismes pour qu’ils reçoivent des DTS complémentaires de la part des pays qui n’en ont pas besoin ».

SERONT-ILS CAPABLES DE DONNER AUTRE CHOSE QUE QUELQUES MIETTES ?

C’est donc à un vibrant appel à la générosité des pays riches et des institutions multilatérales que la Cnuced aboutit afin de doter les PMA des infrastructures, de la formation et de l’industrie sans lesquels ils ne sortiront pas de l’ornière.

Les pays développés, qui ont tiré de nulle part des milliers de milliards de dollars pour éviter que la pandémie ravage leurs économies, seront-ils capables de donner autre chose que quelques miettes à ces PMA (qui pèsent un tout petit pour cent dans la richesse produite par la planète), de leur transférer leur technologie et de les dispenser des rigueurs de la compétition mondiale ?

(1) 33 des pays les moins avancés sont africains : Angola, Bénin, Burkina Faso, Burundi, Comores, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Lesotho, Liberia, Madagascar, Malawi, Mali, Mauritanie, Mozambique, Niger, Ouganda, République centrafricaine, RD Congo, Rwanda, Sao Tomé-et-Principe, Sénégal, Sierra Leone, Somalie, Soudan du sud, Soudan, Tanzanie, Tchad, Togo et Zambie.

Parcs africains : les Diakité réveillent la faune ivoirienne

Mis à jour le 26 septembre 2021 à 10:55


Les lodges de la réserve naturelle volontaire du Nzi.

Non loin de Bouaké, le fondateur du groupe télécom Alink et sa famille ont créé la première réserve naturelle privée d’Afrique de l’Ouest en conjuguant projet de conservation et écotourisme.

À l’origine, la réserve de Louis Diakité, située à 45 kilomètres de Bouaké, devait aussi accueillir des parties de chasse entre amis. Sortir au petit matin, pister le gibier, le plus souvent à pied, pendant des heures… Mais l’entrepreneur spécialiste des télécoms a dû se rendre à l’évidence lorsqu’il a acheté ces terres à la fin des années 1990 : la plupart des animaux avaient déserté la brousse ivoirienne. On n’y trouve plus aujourd’hui que quelques cobes de Buffon (des antilopes dont les adultes peuvent peser jusqu’à 80 kilos), des perdrix et des pigeons verts.

Poussé par ses enfants, convaincu par ses voyages en Afrique du Sud et au Botswana, il abandonne son fusil en 2002 pour se consacrer à un grand projet de préservation de la faune sauvage. Deux décennies plus tard, malgré les années de crise, le résultat redonnerait presque foi en la capacité de l’homme à protéger la nature.

Cobes et hippotragues

Les cobes de Buffon ont été rejoints par de nombreuses autres antilopes : des cobes defassa, des céphalophes, des guibs harnachés. L’an dernier, la petite quinzaine de rangers, composée en partie d’anciens chasseurs dozos convertis à la protection des animaux, ont même observé quelques hippotragues.

QUELQUES ÉLÉPHANTS ET DES BUBALES DE COKE DESCENDUS DU PARC DE LA COMOÉ ONT PU ÊTRE OBSERVÉS

On rencontre aussi des groupes de vervets, toujours prêts à s’enfuir dans les arbres pour échapper aux léopards, et des patas, des singes sprinteurs dont les pointes de vitesse leur permettent de distancer bien des prédateurs, comme les chacals et les hyènes, eux aussi de retour. Quelques éléphants et des bubales de coke descendus du parc de la Comoé, situé le long de la frontière avec le Burkina, ont également pu être observés.

Si la famille Diakité a acquis 3 600 hectares, elle veille aujourd’hui – avec l’accord de la Sodefor, société chargée de gérer le domaine forestier public – sur plus de 40 000 hectares. « Les autorités y voient l’opportunité de protéger et de valoriser des forêts classées qui sont menacées parce qu’on y plante sans autorisation du café, du cacao ou des hévéas », explique l’initiateur du projet. « Mais on ne peut pas sécuriser l’ensemble, alors on se concentre sur 8 000 hectares, qui forment le cœur du sanctuaire », précise Karl, son fils cadet.

CERTAINS BRACONNIERS N’HÉSITENT PAS À TIRER SUR LES RANGERS

Une clôture de 2,4 mètres de haut de type big five (en référence aux grands mammifères africains), financée par la Banque mondiale, est en cours d’installation sur 100 kilomètres et entourera la moitié de ce périmètre. « Nous faisons aussi appel aux hommes de l’Office ivoirien des parcs et réserves, qui viennent tous les deux mois patrouiller dans le parc pendant huit à dix jours », détaille Louis Diakité.

Pour faire fuir les braconniers, venus parfois du Burkina ou du Mali, il suffit la plupart du temps d’assurer une présence. Mais il arrive que certains soient particulièrement dangereux et n’hésitent pas à tirer sur les rangers.

Apiculture et écotourisme

Karl Diakité est chargé des activités touristiques quand son père, Louis, dirige le volet conservation.


Jihane Zorkot

Au-delà de la sécurisation du parc, les Diakité ont initié des projets générateurs de revenus en faveur des populations riveraines afin de les convaincre de contribuer aux efforts de protection de la faune. « Nous venons de former près de 100 personnes à l’apiculture et nous développons en parallèle une miellerie pour acheter leur production. L’investissement a été financé à hauteur de 200 000 euros par la coopération allemande et j’ai moi-même apporté 250 000 euros », détaille le patron d’Alink. Avant cela, certains habitants de villages voisins de la réserve avaient déjà profité d’initiatives semblables dans le domaine du maraîchage bio.

QUAND NOUS AVONS REÇU DE PLUS EN PLUS DE DEMANDES POUR SÉJOURNER DANS NOTRE VILLA FAMILIALE, NOUS NOUS SOMMES LANCÉS

Financée sur fonds propres pendant plus d’une quinzaine d’années (plus d’un milliard de francs CFA ont été investis), la réserve est maintenant adossée à un projet d’écotourisme afin de couvrir les frais de fonctionnement, d’environ 100 000 euros par an, et les investissements nécessaires à son développement.

« Dès le début, nous voulions nous inspirer des parcs d’Afrique australe et d’Afrique de l’Est. Quand nous avons reçu de plus en plus de demandes pour séjourner dans notre villa familiale, nous nous sommes lancés », raconte Karl, chargé des activités touristiques, quand son père, Louis, a gardé la direction du volet conservation.

En 2018, les Diakité rénovent leur maison, située au bord de la rivière Nzi, pour la louer. L’année suivante, ils ouvrent un campement, actuellement en cours de rénovation. Puis ils inaugurent fin 2020 des bungalows sur pilotis construits au milieu d’une galerie de fromagers : huit lodges classiques et une suite alimentés en eau grâce à un réservoir de 10 000 litres et en électricité au moyen d’une petite ferme solaire. « Pas de climatisation, rien d’énergivore pour rester cohérent avec notre volonté de protéger l’environnement », justifie le jeune homme.

Complet presque tous les week-ends

En neuf mois, le clan a pu valider son projet. « Malgré le Covid et des mois de juin, juillet et août un peu moins demandés en raison des pluies, nous avons affiché complet presque tous les week-ends. Nous pourrons équilibrer les comptes dès cette année », se réjouit-il. Fermée au public depuis quelques jours, la réserve ouvrira de nouveau en décembre, quand l’observation des animaux redeviendra plus aisée.

KARL DIAKITÉ VOIT LES PARCS COMME DES REMPARTS CONTRE LA PROGRESSION DES TERRORISTES

« Cette année, nos visiteurs venaient principalement d’Abidjan. Nous avons aussi accueilli quelques Sénégalais et Nigérians, ainsi que des touristes français et allemands venus visiter le pays. Mais nous ne pourrons jamais rivaliser seuls avec les grands parcs africains », reconnaît, lucide, celui qui a travaillé comme ranger en Afrique du Sud, au Botswana et au Congo, où il a géré les Odzala Discovery Camps.

Pour attirer plus de public, Karl Diakité – qui, au travers de sa société Living The Wild, gère également les Taï Forest Lodges dans le parc national de Taï, situé dans l’ouest du pays – plaide pour la création d’un réseau des parcs naturels de Côte d’Ivoire, du Bénin et de Centrafrique. Si les groupes terroristes font planer un risque sur leur activité, le trentenaire voit aussi ces parcs comme des remparts contre leur progression.

En attendant l’union des réserves de la région, Louis Diakité a créé cette année la Nzi Wild Conservation Foundation afin de séparer le projet de protection de la faune des activités touristiques dans l’espoir d’attirer de nouveaux bienfaiteurs et de mieux protéger ainsi les animaux qui repeuplent la première réserve privée d’Afrique de l’Ouest. 

Mali : le Premier ministre Choguel Maïga accuse la France d’« abandon »

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 26 septembre 2021 à 10:28


Fer de lance de l’opposition au Conseil national de transition, Choguel Kokalla Maïga a été nommé Premier ministre le 7 juin.

Le Premier ministre malien a accusé samedi 25 septembre la France d’un « abandon en plein vol » avec sa décision de retrait de la force Barkhane. La Russie a confirmé que Bamako avait approché « des sociétés privées russes ».

« La nouvelle situation née de la fin de Barkhane, plaçant le Mali devant le fait accompli et l’exposant à une espèce d’abandon en plein vol, nous conduit à explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome avec d’autres partenaires », a affirmé Choguel Kokalla Maïga à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Il s’agit de « combler le vide que ne manquera pas de créer la fermeture de certaines emprises de Barkhane dans le nord du Mali », a précisé le Premier ministre, déplorant un « manque de concertation » et une annonce « unilatérale » sans coordination tripartite avec l’ONU et le gouvernement malien.

Dans un contexte de menace jihadiste accrue, « l’opération française Barkhane annonce subitement son retrait en vue, dit-on, d’une transformation en coalition internationale dont tous les contours ne sont pas encore connus« , a aussi dit Choguel Kokalla Maïga. Et d’ajouter : « en tout cas, pas de mon pays, pas de notre peuple ». « L’annonce unilatérale du retrait de Barkhane et sa transformation n’ont pas tenu compte du lien tripartite qui nous lie », l’ONU, le Mali et la France. « Le Mali regrette que le principe de consultation et de concertation, qui doit être la règle entre partenaires privilégiés, n’ait pas été observé en amont de la décision », a poursuivi le Premier ministre malien.

Choguel Kokalla Maïga a réclamé qu’au vu de l’évolution à venir, la mission de paix Minusma de l’ONU et ses 15 000 Casques bleus aient « une posture plus offensive sur le terrain ». Il a enfin assuré qu’il n’y avait « pas de sentiment anti-Minusma au Mali, pas plus qu’un sentiment antifrançais ».

Contacts confirmés avec Wagner

Lors d’une conférence de presse à l’ONU peu avant, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, avait confirmé que Bamako avait approché « des sociétés privées russes », assurant que cette démarche ne concernait en rien le gouvernement de la Fédération de Russie.

LES TERRORISTES CONTINUENT DE RÉGNER », A AJOUTÉ SERGUEÏ LAVROV, CAUSTIQUE À L’ÉGARD DE BARKHANE

La France et l’Union européenne se sont inquiétées de ces contacts entre le Mali et la Russie au cours d’échanges à New York. « Les autorités maliennes se sont tournées vers une société militaire privée russe parce que, si je comprends bien, la France veut réduire significativement ses forces militaires qui devaient combattre les terroristes à Kidal », a avancé le ministre russe. Les Français « n’y sont pas arrivés et les terroristes continuent de régner dans cette région », a-t-il ajouté, caustique à l’égard de Barkhane.

« Tout cela se fait sur une base légitime », entre un « gouvernement légitime, reconnu par tous » et des entités qui « fournissent des services à travers des spécialistes étrangers », a-t-il fait valoir. « Nous n’avons rien à voir avec cela », a encore assuré Sergueï Lavrov. La Russie dément systématiquement que des sociétés paramilitaires privées russes lui soient subordonnées.

Inquiétudes

Treize pays européens, impliqués pour certains dans la coalition de forces spéciales « Takuba » au Mali, ont jugé inacceptable une éventuelle implication du groupe Wagner dans ce pays. La France, l’Allemagne et l’Estonie sont allées plus loin, avertissant qu’elles réexamineraient leur présence militaire au Mali si un accord était conclu.

« DIRE “J’ÉTAIS LÀ EN PREMIER, DÉGAGEZ !”, C’EST INSULTANT

Outre l’ONU, l’Union européenne (UE), qui assure la formation de soldats maliens par l’intermédiaire de sa mission EUTM Mali, composée de 700 soldats de 25 pays européens, a averti qu’une implication de cette société russe affecterait « sérieusement » ses relations avec Bamako.

« Dire “j’étais là en premier, dégagez !”, c’est insultant, en premier lieu pour le gouvernement à Bamako qui a invité des partenaires étrangers », a rétorqué Sergueï Lavrov.