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Guinée : Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo,
bras de fer autour d’une réforme constitutionnelle

| Par - à Conakry

Depuis dix ans, le président guinéen et son principal opposant s'accusent mutuellement de mettre en péril la stabilité du pays. Et le débat sur la modification constitutionnelle, qui a relancé celui sur l'éventualité d'une candidature d'Alpha Condé à un troisième mandat, a encore fait monter d'un cran l'inimitié entre les deux hommes.

C’est peu dire qu’Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo ne se ressemblent pas et s’apprécient peu. Le premier est aussi direct et tranchant que le second est réservé et distant. Le président guinéen et son principal opposant se connaissent depuis longtemps. Le premier a combattu le régime de Lansana Conté, auquel le second a appartenu pendant une décennie, et voilà bientôt dix ans qu’ils s’affrontent dans les urnes – « Alpha » s’est imposé face à « Cellou » lors des présidentielles de 2010 et 2015. Dix ans qu’ils s’accusent du pire, chacun reprochant à l’autre de mettre en péril la stabilité de la Guinée.

Cette fois-ci, c’est autour de la modification de la Constitution, qui dans sa version actuelle ne permet pas à Alpha Condé de briguer un troisième mandat en 2020, qu’ils s’affrontent. Pendant des mois, le pouvoir a entretenu le flou mais, à l’issue du Conseil des ministres du 27 juin, le doute n’est plus permis. « Le président de la République a pris acte de la volonté librement exprimée par la totalité des membres du gouvernement de s’inscrire résolument dans la dynamique du référendum pour une nouvelle Constitution », a précisé le compte rendu du gouvernement.

Note confidentielle

Une semaine plus tôt, Mamadi Touré, le ministre des Affaires étrangères, avait adressé aux 42 ambassades et représentations diplomatiques du pays une note argumentant en faveur d’une nouvelle Constitution. Il y invitait les diplomates à en tirer des « éléments de langage ».

Anticipant le projet présidentiel, les adversaires d’Alpha Condé avaient multiplié, ces derniers mois, les initiatives pour lui barrer la route d’ un troisième mandat, rejoints par une partie de la société civile. À la tête de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo s’active lui aussi. Le chef de file de l’opposition est parti à la rencontre de la diaspora guinéenne en Europe et aux États-Unis. Le 7 juillet, il a animé un meeting à Birmingham (Royaume-Uni), au cours duquel il n’a pas fait mystère de son ambition.

« L’UFDG est la seule alternative crédible. Nous sommes prêts pour diriger le pays en 2020 », a-t-il lancé. Avant d’ajouter : « Il n’est pas question d’aller à un troisième mandat. Vous devez militer au sein du FNDC [Front national pour la défense de la Constitution] ! » L’ancien Premier ministre de Lansana Conté a également prévu de tenir des meetings à New York et à Washington. Ses proches assurent aussi qu’il aura des entretiens au Quai d’Orsay, au secrétariat d’État américain, à l’ONU et au National Democratic Institute (NDI).

alpha cellou

 Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo, le 6 novembre 2010 à Conakry. © Jerome Delay/AP/SIPA

Au sein de l’opposition, chacun veut croire en ses chances d’accéder à la magistrature suprême, mais ses leaders s’accordent pour le moment sur la nécessité de rester soudés pour empêcher toute modification de la Constitution. Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, le chef de l’Union des forces républicaines (UFR, troisième force politique), font bloc sur le sujet. Ils sont notamment soutenus par Faya Millimouno, le président du Bloc libéral (BL), et par Abdoul Kabèlé Camara, ancien ministre de la Sécurité.

Pour autant, Alpha Condé n’est pas isolé. Il peut compter sur l’appui d’ex-opposants devenus ministres, dont Aboubacar Sylla, nommé porte-parole du gouvernement ; Mouctar Diallo, un ancien soutien de « Cellou » désormais chargé de la Jeunesse ; ou encore Papa Koly Kourouma, ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, qui fut proche de l’ex-chef de la junte Moussa Dadis Camara.

Tollé après les tweets racistes de Donald Trump|Euro Topics

Sur Twitter, Donald Trump a appelé quatre députées démocrates à “retourner dans les pays d’où elles venaient et d’y résoudre les problèmes de ceux-ci plutôt que de donner des conseils aux Etats-Unis”. Si le président américain n’a pas nommé les personnes concernées, ses tweets visaient clairement les quatre députées progressistes. Les éditorialistes font part de leur consternation devant ce racisme éhonté.

bandeau eurotopics

Trump cherche à faire monter la pression

La stratégie de Trump fait peu de cas des torts qu’elle peut causer, explique Der Standard :

«Le président se soucie comme d’une queue de cerise que la plupart des élues démocrates qu’il a récemment taxées d’être des étrangères soient nées aux Etats-Unis. Et peu lui chaut que les déportations massives annoncées de manière tonitruante aient réellement lieu ou non. Trump ne cherche en aucune manière à résoudre les problèmes qui découlent de l’immigration clandestine – bien au contraire. Plus les choses escaladent, plus il attise la peur, mieux cela vaut pour lui. Les Américains n’en ont pas fini d’entendre les déclarations ahurissantes que la campagne des élections de 2020 engendrera – nous non plus, du reste.»

Florian Niederndorfer – Accéder à l’article original

Du racisme pur et dur

Qualifier les propos de Trump de “stratégiques” revient à les minimiser, estime Irish Examiner :

«Si certains nourrissaient encore des doutes quant au racisme et au sectarisme du président, ceux-ci auront été définitivement balayés par les tweets rédigés dimanche à l’encontre de la ‘Brigade’ [surnom du groupe des quatre députés progressistes concernés]. … Les tweets rappellent que le président a choisi de diviser et d’exploiter le pays plutôt que de le diriger. La leçon que l’on peut en tirer, c’est que Trump et ses partisans les plus radicaux considèrent que les notions réconfortantes que les Etats-Unis pouvaient avoir en matière de progrès des droits civiques et de lutte contre le racisme n’ont plus cours dans le pays.»

Timothy O’Brien – Accéder à l’article original

Une biographie gênante

La Vanguardia rappelle que Trump est lui-même le descendant d’immigrés:

«Le paradoxe dans tout ça, c’est que la mère de Trump a émigré d’Ecosse avec 50 dollars en poche pour se construire une nouvelle vie à New York. Son grand-père paternel était un Allemand qui a émigré à l’âge de 16 ans pour participer à la ruée vers l’or avant de finir par créer une chaîne de maisons closes en Alaska. Sans parler de sa femme, Melania, qui est slovène. L’univers personnel de Trump est rempli d’immigrés. Peut-être les persécute-t-il avec autant de hargne parce qu’ils lui rappellent justement des origines qui déprécient sa condition de ‘vainqueur’. Comme une tache dans sa biographie.»

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Le point de non-retour

La Repubblica y voit un tournant :

«Il est étonnant de constater que le président des Etats-Unis, démocratiquement élu, puisse recourir à des catégories de pensée fascistes et racistes. Pire encore, qu’il a aussi été élu parce qu’il tient des propos fascistes et racistes. … L’élection de cet individu à la Maison-Blanche est une date historique et un point de non-retour : elle représente la défaite de la culture démocratique occidentale. La défaite d’un certain lexique, d’une façon de penser, de se comporter, de discuter et même de se détester. Il est indéniable que la culture démocratique (sa politique économique, ses choix, ses hypocrisies) est également responsable de cette défaite. Mais cela ne change absolument rien à l’essence du problème.»

Niger: mise en sommeil de la base militaire française
de Madama dans le Nord

Soldats français au fort de Madama au Niger.
© RFI/Olivier Fourt

L'armée française quitte sa base de Madama, dans l'extrême nord du Niger.  Une base qui comporte des installations et une piste en latérite. Elle a été officiellement « mise en sommeil », selon les termes employés par l'état-major à Paris. Cette base perdue aux confins du Niger, de la Libye et du Tchad était sortie de terre à partir de 2014, pour mieux contrôler les flux de ravitaillements des groupes terroristes. Une base difficile à ravitailler et à entretenir.

Le retrait de Madama confirme le changement de stratégie de Barkhane. Il n'est plus possible d'être partout à la fois et de faire de temps en temps des opérations coup de poing. L'objectif à présent est de concentrer les forces conventionnelles dans la durée sur quelques régions pour obtenir des résultats visibles, en alliant sécurité et développement.

Si Madama était parfaitement placée pour conduire des opérations spéciales dans la région, et pour surveiller les passes de Tummo et de Salvador, par où transitent les trafiquants venant de Libye, c'était une base extrêmement isolée. Elle était ravitaillée par convois depuis le Tchad ou le Niger, ou par avion-cargo militaire, de 5 à 10 jours de piste en plein désert.

Des travaux de forage avaient été lancés en 2015, afin de fournir l'eau sanitaire destinée au camp. Les dernières opérations majeures de Barkhane au départ de Madama remontaient à 2015 (Opérations Kunama 1 à 4).

L'avion-cargo militaire A400M y avait été testé dès 2016 lors d'une campagne d'essais sur terrain sommaire. Un hélicoptère Gazelle y avait été perdu par accident à la même époque.

Les conditions climatiques sont sévères sur place :  température et vents de sable avaient poussé l'armée française à installer des structures temporaires de métal et de textile afin de pouvoir stocker et entretenir le matériel dans des conditions acceptables. Des équipements ont désormais été démontés. Aucun pays européen ne s'est montré intéressé pour partager la base et donc la facture avec les Français.

Si depuis 2017 le maître mot est « d'alléger l'opération Barkhane », avec un volume constant de l'ordre de 4 500 hommes, c'est la technique des vases communicants qui s'applique. L'état-major précise que « compte tenu de l'évolution de la situation, il a été jugé nécessaire de récupérer les moyens disponibles à Madama pour les engager dans le Liptako-Gourma. »

Le dernier convoi est parti hier [lundi] à ma connaissance. Ce n’est pas une fermeture. Ça permet de conserver une capacité de remontée en puissance.

Général Patrik Steiger, porte-parole de l’état-major de l’armée française
09-07-2019 - Par Olivier Fourt

Municipales au Togo: le parti au pouvoir en tête
selon des résultats provisoires

Vue de la ville de Lomé, au Togo, en octobre 2017.
© AFP/Yannick Folly

Selon les résultats provisoires des élections municipales du 30 juin dernier, le parti au pouvoir, l’Union pour la république (Unir), possède une avance écrasante. Le taux de participation nationale atteint 52,46%.

Sur les 1 490 sièges provisoirement pourvus, l’Union pour la république au pourvoir rafle 895. En deuxième position, l’alliance nationale pour le changement en obtient 134 et la coalition de l’opposition 131. Viennent ensuite les autres partis et les indépendants.

« Cela a permis de révéler les partis politiques qui n'ont pas d'assise nationales, analyse Ouro Bossi Tchakondo, expert en décentralisation. Parce qu'aujourd'hui, d'une manière générale, en voyant comment le parti au pouvoir a écrasé les autres, le débat politique doit revenir pratiquement à la base. »

C’est un scrutin qui met fin à la longue gouvernance par délégation dans les communes et qui interpelle tous les acteurs politiques, selon Kokou Amaglo, membre de la coalition de l’opposition dirigée par Brigitte kafui Adjamagbo-Johnson.

« D'abord, je crois que le chef de l'État doit être interpellé, affirme Kokou Amaglo. Ce n'est pas le seul qui est interpellé. L'opposition aussi est interpellée. Ce que je viens de suivre des partis qui se sont détachés du lot, des indépendants qui constituent une stratégie, ce n'est pas la bonne solution. Ni pour l'opposition, ni pour celui qui est en train de diriger le pays. »

Trois communes n’ont pas encore voté, Avé 2 et Bassar 4 pour des raisons techniques, Oti Sud à cause des affrontements inter-communautaires à la veille des élections.

Les partis ont 48 heures après la proclamation des résultats pour déposer leurs recours devant la Cour suprême. C’est elle qui se chargera de proclamer les résultats définitifs.

Mauritanie : le président Ghazouani saura-t-il se démarquer
de Mohamed Ould Abdelaziz ?

| Par - envoyée spéciale à Nouakchott

Très discret et peu familier des joutes politiques, le nouveau président doit maintenant, s’il veut imprimer sa marque, s’affranchir de la tutelle de son prédécesseur et mentor.

Au creux de sa main se nichent de petites fiches blanches. Des notes que Mohamed Ould Ghazouani n’a cessé de consulter lors de ses discours de campagne. Seul face à ses concitoyens, l’ancien chef d’état-major des armées, qui préfère de loin le calme des casernes au tumulte de la foule, est sans repère.

« Il faut lui laisser le temps », tempère un ami. Cet homme de 62 ans aux fines lunettes ne s’était jamais exprimé publiquement. Lui qui a toujours fui la presse, et dont l’entourage préfère s’exprimer sous le couvert de l’anonymat, sait qu’il sera désormais scruté, sondé, voire contesté. Élu président de la Mauritanie le 22 juin, sa place n’est déjà plus dans l’ombre mais en première ligne.

Priorités : économie et justice sociale

Les Mauritaniens en savent aussi peu sur lui que sur ses intentions. Il leur a promis de faire de l’économie – la dette publique représente 92,3 % du PIB – et de la justice sociale ses priorités, deux chantiers délaissés, selon certains, par son prédécesseur, Mohamed Ould Abdelaziz, durant son second mandat. Coartisan, avec ce dernier, de la lutte antiterroriste, le général retraité n’a pour le moment eu à gérer que des questions sécuritaires.

Il va préserver les acquis d’Aziz, consolider l’État et œuvrer au recul des inégalités, assure son directeur adjoint de campagne, Sid’Ahmed Ould Raïss

« Il n’a que peu d’expérience politique », estime Lo Gourmo, premier vice-président de l’Union des forces de progrès (UFP, opposition). À son actif, de nombreuses fonctions militaires – patron du bataillon blindé, des renseignements militaires… – et un seul éphémère poste de ministre de la Défense, d’octobre 2018 à mars dernier.

« Il va préserver les acquis d’Aziz, consolider l’État et œuvrer au recul des inégalités », assure son directeur adjoint de campagne, Sid’Ahmed Ould Raïss. Outre le lancement de l’exploitation du gisement gazier de Grand Tortue, au large de la Mauritanie et du Sénégal, il devra gérer plusieurs dossiers sensibles à plus court terme, liés aux grèves à Nouadhibou des employés de la Société nationale industrielle et minière de Mauritanie (SNIM) ou encore à celles des pêcheurs artisanaux dans la même ville du Nord.

À la tête d’un pays divisé

Bien qu’il n’ait pas fait référence à l’esclavage lors de son discours de candidature à la présidentielle, il a assuré à plusieurs reprises qu’il s’efforcerait de renforcer l’unité nationale dans un pays encore profondément divisé. Le vote a pour la première fois été communautaire : les Maures et les Haratines (descendants d’esclaves) ont voté pour Ghazouani, et les Haalpulaar (Peuls et Toucouleurs) pour Biram Dah Abeid et Kane Hamidou Baba.

Si Ghazouani veut inscrire son action, comme il l’affirme, dans la continuité de celle d’Aziz, dont il est très proche, il devra aussi imprimer sa marque. Une fois investi, le 1er août, il sera appelé à trouver un nouvel équilibre. « Il restera ferme sur les questions de sécurité, prévient un proche. Mais il n’acceptera pas de baisser les bras sur l’éducation, très importante pour lui. Aziz et lui sont très différents. »

Ce dernier point est le leitmotiv de son entourage : Ghazouani doit exister par lui-même, en dehors du joug de l’ex-président. Après avoir décidé qu’il ne modifierait pas la Constitution pour briguer un troisième mandat, Aziz l’avait choisi parmi plusieurs dauphins potentiels – dont le ministre des Finances, Moctar Ould Diaye, le président de ­l’Assemblée nationale, Cheikh Ould Baya, ou encore l’ex-Premier ministre Yahya Ould Hademine.

« Pas de casseroles »

Réputé affable et très à l’écoute, apprécié au sein des états-majors des pays voisins ainsi qu’en France, Ghazouani jouit d’une estime certaine au sein de l’armée mauritanienne, un atout de poids dans ce régime militaire. Ce fils d’un chef spirituel de la tribu maraboutique des Ideiboussat, des Berbères à qui l’on prête des pouvoirs mystiques, a grandi dans l’Adrar (Est), où il a conservé de solides connexions. Il n’avait en revanche jamais fait montre d’ambitions personnelles.

En 2012, lorsque Aziz a été hospitalisé à Paris après avoir été blessé par balle, il aurait pu prendre le pouvoir. Mais il s’est efforcé de gérer le pays et de « tenir la maison », prémunissant le « patron » contre un éventuel putsch. Celui qui n’exclut pas de revenir en 2024 l’aurait-il poussé contre son gré à lui succéder ? « On ne peut pas présenter sa candidature si cela ne relève pas d’une décision personnelle, rapporte un proche ami de Ghazouani. Mais les plus ambitieux taisent précisément leurs ambitions.

La campagne n’a pas été bonne. Les équipes étaient désorganisées car partagées entre les soutiens d’Aziz et ceux de Ghazouani

Après l’annonce de la candidature de son dauphin, Aziz a été omniprésent, profitant du fort intérêt médiatique pour défendre son bilan, dont Ghazouani est également comptable. « La campagne n’a pas été bonne, juge un membre du premier cercle présidentiel. Les équipes étaient désorganisées car partagées entre les soutiens d’Aziz et les siens. Ceux qui n’ont pas été choisis ont laminé ceux qui l’avaient été. » En témoigne la soirée électorale. Une partie de l’entourage aurait souhaité qu’elle se tienne à huis clos et que Ghazouani ne s’autoproclame pas vainqueur du scrutin devant la presse.

Rétablir le dialogue avec l’opposition

Le nouveau président devra également surmonter les clivages qui ont miné la majorité d’Aziz, lequel a par ailleurs concentré les critiques des autres candidats, à savoir le patron de l’UFP, Mohamed Ould Maouloud, celui d’IRA-Sawab, Biram Dah Abeid, l’ex-Premier ministre Sidi Mohamed Ould Boubacar et Kane Hamidou Baba, à la tête de la coalition Vivre ensemble. C’est l’autre défi de Ghazouani : rétablir le dialogue avec une classe politique divisée. L’opposition traditionnelle n’a jamais cessé d’exiger le départ d’Aziz depuis qu’il a renversé le premier président démocratiquement élu, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, en 2008. Elle reconnaît cependant que Ghazouani « ne traîne pas de casseroles ».

Élu avec 52,01 % des voix, l’ancien général sait qu’il prend les rênes d’un pays dont la moitié des électeurs ont voté pour ses adversaires, qui ont par ailleurs contesté les résultats du scrutin devant le Conseil ­constitutionnel. Des résultats, martèle Sidi Mohamed Ould Boubacar, qui ne « reflètent pas du tout la volonté du peuple mauritanien ». « Un duo de généraux a accaparé le ­pouvoir à l’issue d’un processus électoral conduit unilatéralement par la majorité », s’est indigné Biram Dah Abeid, arrivé en deuxième position (18,58 %) et devenu le leader symbolique de l’opposition.

« Le mauvais élève dit ­toujours que c’est le maître qui a mal distribué les points », ironise ­l’entourage de Ghazouani, qui ajoute qu’il sera « le président de l’ouverture et des ­compromis utiles. Il écoutera l’opposition responsable, à qui il reconnaîtra le droit de ­s’opposer ». Vent debout contre ce qu’elle estime être un « coup d’État électoral », celle-ci reste sceptique. « L’un est plus poli que l’autre, certes, mais les deux se complètent… », glisse Kane Hamidou Baba.

Six premiers mois déterminants

Les intentions de Mohamed Ould Abdelaziz sont la grande inconnue de la passation des pouvoirs. Traditionnellement, les anciens présidents mauritaniens se retirent, comme Sidi Ould Cheikh Abdallahi dans son fief à Lemden, Maaouiya Ould Taya à Doha (Qatar), ou Mohamed Khouna Ould Haidalla dans sa résidence de Nouakchott. Moktar Ould Daddah avait, quant à lui, séjourné en France après sa chute en 1978. Seul Ely Ould Mohamed Vall était devenu un opposant très actif d’Aziz.

Lors d’une conférence de presse, le 20 juin, ce dernier a déclaré qu’il ne serait ni Premier ministre ni président du parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR), comme beaucoup le ­prédisaient. Une chose est sûre, l’ex-président restera très proche du nouveau pouvoir. « Les six premiers mois vont déterminer la relation de Ghazouani avec son mentor, estime un membre du premier cercle présidentiel. Aziz attendra qu’il soit rodé, puis il ira prendre un peu de repos dans le désert, probablement dans la région de Tiris Zemmour. »

Mauritanie

L'élection du 22 juin devra désigner le successeur du président Aziz, qui a déjà annoncé qu'il ne serait pas candidat
à un troisième mandat. © Bilal Hussein/AP/SIPA

Le chef de l’État sera Mohamed Ould Ghazouani, et sa relation avec Aziz perdurera, assure un ami

Le duo peut-il s’affronter ? Une partie de l’entourage de Ghazouani le ­souhaite, comme une frange de l’opposition, qu’elle l’ait rejoint ou non. « Je suis ­persuadé que le couple va bien fonctionner, affirme un proche, ceux qui espèrent le contraire sont trop faibles pour faire quoi que ce soit. » Tous deux n’ont cessé de montrer, que ce soit durant la campagne ou lors de la soirée ­électorale passée côte à côte, que leur complicité est très forte. Mais rien ne garantit que Ghazouani ne souhaitera pas un jour s’affranchir de cette tutelle.

« Ce sont des sentimentaux qui le disent ! Il est déjà émancipé, assure un ami. Le chef de l’État sera Mohamed Ould Ghazouani, et leur relation perdurera. » En août, le nouveau chef de l’État s’installera au palais présidentiel, qui dispose d’une résidence, tandis qu’Aziz restera à Nouakchott avec son épouse et leurs enfants. Les proches de Ghazouani lui ont conseillé de prendre « du repos » avant sa prise de fonctions, mais il a réservé sa réponse. Un calme provisoirement retrouvé, loin de l’agitation du monde.


Garde rapprochée

Si Mohamed Ould Ghazouani partage son premier cercle avec Mohamed Ould Abdelaziz, il dispose de son propre entourage, qui devrait peser lors du prochain mandat. Son directeur de campagne, Niang Djibril Hamady, tient la corde pour devenir Premier ministre, même s’il est possible que l’actuel titulaire du portefeuille,Mohamed Salem Ould Béchir, soit reconduit.

Patron du port de Nouakchott, « Niang » fut candidat malheureux à Kaédi, aux municipales de septembre 2018. Le directeur de campagne adjoint, Sid’Ahmed Ould Raïss, qui fut notamment gouverneur de la Banque centrale, est pressenti pour devenir ministre de l’Économie et des Finances.

Le nouveau président s’appuie aussi sur son conseiller politique, Mohamed Salem Ould Merzoug. Cet ex-commissaire de l’OMVS (Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal), qui fut plusieurs fois ministre sous Maaouiya Ould Taya (Justice, Hydraulique…), officiait déjà en tant que conseiller à la présidence. Ghazouani est aussi très proche de son directeur de cabinet, Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, son cousin par alliance, qui pourrait conserver ses fonctions.