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Le Burkina Faso entièrement déconseillé aux voyageurs, selon le Quai d’Orsay

| Par Jeune Afrique avec AFP
Le Burkina Faso est désormais entièrement déconseillé aux voyageurs, selon le ministère français des affaires étrangères.

Le ministère français des Affaires étrangères a classé tout le pays en zone rouge et orange à la faveur de la dernière actualisation de sa carte de conseils aux voyageurs.

Le Burkina Faso, jadis très prisé par les touristes occidentaux est désormais entièrement « déconseillé sauf raison impérative » ou « formellement déconseillé » par le ministère français des Affaires étrangères.

Le Quai d’Orsay a actualisé sa carte de conseils aux voyageurs sur le Burkina Faso et a étendu la « zone rouge » – formellement déconseillée – qui couvre désormais tout le Nord, l’Est et les régions frontalières de l’Ouest, alors que le reste du pays est désormais classé en « zone orange » – déconseillé sauf raison impérative. Jusqu’à récemment le centre du pays et la capitale étaient encore en jaune – vigilance renforcée.

Pour l’instant, les autorités burkinabè n’ont pas encore officiellement réagi à cette mise à jour. Les attaques attribuées aux groupes jihadistes, certains affiliés à Al-Qaïda, d’autres au mouvement État islamique, ont fait près de 700 morts depuis début 2015, selon un comptage de l’AFP, et environ 500 000 déplacés internes et réfugiés, selon l’ONU.

Les deux pays ont annoncé début novembre, à l’occasion de la visite dans le Sahel de la ministre française des Armées, Florence Parly, le lancement de l’opération Bourgou IV pour lutter contre les groupes armés terroristes.

Dans un communiqué diffusé le 18 novembre, Barkhane dresse un bilan de l’opération « menée simultanément au Mali et au Burkina Faso en coopération avec les forces partenaires et la force conjointe G5 Sahel » du 1er au 17 novembre. Elle aurait permis au total « de mettre hors de combat 24 individus, ainsi que la saisie de 64 véhicules, d’une centaine de téléphones et de munitions ».

Afrique subsaharienne : une solution économique viable pour étendre la connectivité de l’Internet via le mobile aux régions non connectées.

Bien des gens prennent pour acquis l’accès à Internet. Des devoirs de maison au démarrage d’une activité en ligne ou même pour consulter les prévisions météorologiques, l’internet fait désormais partie intégrante de nos vies quotidiennes – il est devenu aujourd’hui le moyen par excellence pour avoir accès aux informations, le truchement par lequel nous communiquons dans la société en générale. Les bienfaits de l’accès à l’internet ont été largement prouvés. Il améliore la productivité, les conditions sanitaires, la qualité de l’éducation, la facilité d’accès aux ressources didactiques et favorise le progrès social.

 
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Pour des millions de personnes à travers le monde, la couverture mobile à haut débit (par exemple la 3G et la 4G LTE, communément appelé l’internet mobile) est souvent le seul et l’unique moyen de se connecter à Internet. Ceux qui vivent dans des zones rurales où le haut débit fixe (à la différence de la  plupart des personnes qui ont accès à l’internet haut débit fixe que ce soit dans des foyers et au niveau des entreprises dans les zones urbaines et péri-urbaines) n’est pas disponible, et ils ont en fait accès à l’internet via des réseaux cellulaires, des téléphones intelligents compatibles, tels que les smartphones.

Dans de nombreuses régions du monde, des millions de personnes vivent sans accès à l’Internet mobile, et donc sans accès aux avantages de la connexion à l’Internet. Cet écart en matière de connectivité, également appelé fracture numérique, est particulièrement creusé en Afrique subsaharienne, où environ 300 millions de personnes vivent encore dans des endroits non desservis et sans accès à l’internet  mobile, selon un rapport récent de la GSMA qui fait un état des lieux sur La Situation Actuelle de la connectivité Internet via le mobile.

Selon le rapport, ce sont 470 millions de personnes en Afrique subsaharienne qui vivent aujourd’hui dans des zones avec un accès à la couverture mobile à haut débit (la 3G ou la 4G) mais qui n’arrivent pas à profiter d’internet du fait de certaines barrières comme le manque criard de compétences numériques, d’accès à l’alphabétisation et les moyens financiers qui ne sont pas toujours évidents. Ces défis doivent certainement être résolus si nous voulons que les avantages liés à la connectivité Internet profitent à tous. Mais pour les 300 millions de personnes vivant dans des zones sans accès, le premier problème à résoudre consiste à mettre en place l’infrastructure de réseau nécessaire pour fournir une couverture mobile à haut débit. Ce qui ne se fait pas assez aisément.

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La plupart des Africains subsahariens qui n’ont pas accès à l’Internet mobile vivent dans des régions rurales et souvent isolées, ce qui rend l’extension de la couverture haut débit mobile extrêmement coûteuse et souvent impossible en raison de barrières topographiques. La plupart des opérateurs de réseaux mobiles utilisent la fibre optique et les micro-ondes pour relier les sites cellulaires ruraux et éloignés de leurs réseaux centraux. Toutefois, le coût d’utilisation de la fibre ou des micro-ondes sur plusieurs sites distants sur de longues distances est dispendieux, en particulier si l’on tient compte du faible nombre de populations à desservir et en considération des moyens limités dont disposent de nombreuses personnes dans ces zones pour s’offrir le coût plus élevé du service de données. En d’autres termes, pour les opérateurs de téléphonie mobile, il n’est tout simplement pas pratique, sur le plan économique, de fournir un service mobile haut débit dans ces zones rurales et isolées en utilisant des approches de services de liaisons traditionnelles telles que la fibre optique et les micro-ondes.

Grâce aux progrès récents des technologies de communication par satellite, l’utilisation des services de liaisons satellite pour les réseaux mobiles haut débits est rapidement devenue une solution économiquement viable pour fournir rapidement un accès à l’internet mobile pour des millions de personnes en Afrique subsaharienne.

Avec un réseau de satellites géostationnaires couvrant 99% des zones habitées du monde, des sites à large bande mobiles peuvent être rapidement déployés n’importe où, y compris dans les régions les plus reculées de l’Afrique subsaharienne. Les dernières avancées en matière de technologies satellitaires permettent de repartir de manière dynamique un même ensemble de bande passante à des dizaines, des centaines, voire des milliers de sites cellulaire 3G ou 4G en fonction de la demande prévisionnelle, en optimisant l’utilisation de la capacité et en optimisant les coûts.

L’accès à l’Internet mobile est la clé pour créer un avenir meilleur pour 300 millions de personnes en Afrique subsaharienne – un avenir caractérisé par une augmentation de la productivité et un développement économique sans précédent, une amélioration de la santé et de l’éducation et un progrès social. Et, grâce aux dernières avancées technologiques en matière de technologie spatiale et de solutions d’infrastructure mobile, les ORM opérant même dans les régions les plus éloignées peuvent desservir de manière rentable ces populations défavorisées. Ce n’est qu’en intégrant les liaisons par satellite dans la solution de connectivité globale que cette vision pourra se concrétiser.

Forum international de Dakar 2019 sur la paix et la sécurité: contexte et enjeux

Conférence de presse présentant les orientations thématiques du Forum de Dakar 2019.
© Forum international de Dakar

Les défis actuels du multilatéralisme sont le thème de l’édition 2019 du Forum international de Dakar qui se tiendra les 18 et 19 novembre dans la capitale sénégalaise. Le président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani est l’invité d’honneur du Forum cette année. Le Premier ministre français Edouard Philippe est également attendu pour cet événement.

De notre envoyé spécial,

Dakar sera le haut lieu de paix et sécurité en Afrique, les 18 et 19 novembre. Rassemblés dans la capitale sénégalaise, tout ce que le continent compte de spécialistes et experts sur les questions sécuritaires débattront deux jours durant des stratégies mises en oeuvre par les Etats africains pour faire face aux attaques terroristes. Celles-ci se sont intensifiées au cours des dernières années, plus particulièrement dans les pays sahéliens.

C’est dans ce contexte de nouvelle flambée et d’hybridation de violences terroristes que s’ouvre la nouvelle édition du Forum de Dakar. « Compte tenu de la dégradation de l’environnement sécuritaire dans le Sahel, il ne faudrait pas s’étonner que cette région soit au cœur des débats cette année, tout comme le seront sans doute les questions que chacun se pose sur l’efficacité des dispositifs mis en place pour faire face à la violence  », déclare Hugo Sada, ancien journaliste et conseiller Afrique à la Compagnie européenne de l’intelligence stratégique (CEIS) qui est l’opérateur logistique du Forum international de Dakar.

Dakar, capitale de la pensée stratégique africaine

Ce forum, organisé par le ministère des Affaires étrangères du Sénégal, est une initiative franco-sénégalaise dont l’idée est née lors du Sommet de l’Elysée en 2013, dans la foulée de l’opération Serval, intervention militaire française au Mali qui s’est déroulée en janvier de la même année. « L’objectif des initiateurs était de mettre en place de manière régulière une grande réunion, avec pour thème la défense et la sécurité en Afrique, à l’instar du Shangri-La Dialogue en Asie ou la réunion d’Abou Dhabi pour les pays musulmans », rappelle Hugo Sada.

« A l’Elysée, c’est Macky Sall qui a relevé le défi, soucieux de créer à Dakar un forum permettant d’approfondir l’analyse et la réflexion sur l’évolution stratégique du continent, les nouvelles menaces, les grands enjeux sécuritaires et les nouvelles perspectives de coopération internationale, notamment face au terrorisme et l’extrémisme violents, la criminalité transnationale et l’insécurité maritime », ajoute pour sa part Amadou Ba, le ministre sénégalais des Affaires étrangères.

La première édition de ce forum stratégique africain s’est tenue en décembre 2014, à Dakar. Il en est à sa sixième édition. D’année en année, cette rencontre a vu sa participation s’amplifier, imposant Dakar comme la capitale de la pensée stratégique africaine. Pour le fondateur du think-tank sénégalais Wathi, qui participe à ce forum depuis ses débuts, « le principal mérite des organisateurs est d’avoir su faire évoluer cette rencontre, dominée dans ses premières années par des militaires, notamment français, vers un pluralisme tout à fait appréciable, avec la présence grandissante de la société civile et des spécialistes qui présentent une diversité de points de vue sur des thèmes sécuritaires ».

La crise du multilatéralisme

 
Forum International de Dakar 2018 en chiffres © Forum de Dakar

Après « les enjeux de stabilité et développement durable » qui étaient au coeur des débats à la précédente édition du forum, les spécialistes invités à prendre la parole cette année plancheront sur le thème des «  défis actuels du multilatéralisme ». Les débats se répartiront en trois plénières et neuf ateliers. Les travaux dans les ateliers porteront sur des sous-thèmes aussi divers que les mécanismes de prévention des conflits, le rôle des populations et de la société civile dans la sécurité, l’extrémisme violent, la sécurité numérique ou encore la place de l’entreprise dans les processus de paix.

« Si le multilatéralisme s’est imposé comme le fil rouge de cette édition 2019, explique Hugo Sada, c’est parce que son affaiblissement et les menaces que cela fait poser sur les opérations de maintien de la paix, notamment en Afrique, est un enjeu majeur aujourd’hui. L’Afrique est la principale victime de cet affaiblissement, comme en témoignent les fortes pressions exercées aux Nations unies en vue de réduire pour ne pas dire carrément couper les crédits destinés au financement des opérations de paix de l’Union africaine ou de la Cédéao. » « La coopération internationale a été remplacée en Afrique par le retour des politiques de puissance dont témoigne la présence grandissante dans le Sahel et en Afrique de l’Est de présences militaires étrangères, qui pour la plupart ne sont pas encadrées par le Conseil de sécurité », ajoute le spécialiste.

« Le multilatéralisme est un thème majeur, reconnaît pour sa part Gilles Yabi. Il est important dans la mesure où, en Afrique, d’une manière générale, nous sommes dans une situation de grande dépendance par rapport à l’Occident. Le continent accueille quelques-unes des missions de maintien de la paix les plus longues et des interventions militaires internationales, relevant des Nations unies et des pays individuels. En Afrique de l’Ouest, les Etats sont très dépendants de leurs relations avec la France, avec l’Union européenne et les Etats-Unis. Dans ce contexte, la pertinence du thème du multilatéralisme ne peut être discutée, mais toute la question est de savoir ce que cela signifie concrètement pour la région, pour les foyers de tension les plus importants. Comment faire de sorte qu’il y ait à l’intérieur de cette dépendance tous azimuts, un espace d’autonomie, de réflexion et de choix d’approche pour les pays africains directement concernés ? »

Enjeux diplomatiques et sécuritaires




La salle plénière au Centre international de Conférence Abdou Diouf où s'est déroulé le Forum de Dakar 2018. © Forum international de Dakar

Malgré l’accent mis par les organisateurs du Forum de Dakar sur le multilatéralisme en crise, les participants pourront difficilement faire l’économie du paradigme tout-sécuritaire mis en place dans le Sahel, qui se révèle être insuffisant pour endiguer la violence terroriste et ethnique qui endeuille régulièrement la région. D’autant que, comme on peut le lire dans la note conceptuelle du Forum de Dakar 2019, « l’environnement sécuritaire africian devient de plus en plus complexe (…) Les menaces et défis sécuritaires, comme l’extrémisme violent, évoluent et se combinent avec les trafics illicites de drogue, d’armes, d’êtres humains, la cybercriminalité et les rivalités pour le contrôle des ressources. Il s’y ajoute une recrudescence des conflits intercommunautaires dans plusieurs régions du continent. »

Selon nombre de spécialistes, les récentes attaques terroristes particulièrement meurtrières contre les populations au Mali et au Burkina Faso exigent une remise à plat des dispositifs militaires en place. Le Forum de Dakar propose d’en débattre, dès la première plénière qui a précisément pour thème : « Repenser la sécurité : quelles approches ? » « Il faut changer de paradigme », disent d’aucuns.

Le paradigme diplomatique est déjà en train de changer, comme en atteste la présence annoncée à la cérémonie d’ouverture du nouveau président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani, aux côtés du chef de l’Etat sénégalais Macky Sall qui ouvrira le forum. La présence du président mauritanien à Dakar n’est peut-être pas dénuée de sens, quand on connaît les bisbilles qui ont envenimé les relations entre le Sénégal et la Mauritanie sous la présidence du prédécesseur de Mohamed Ghazouani. Mohamed Ould Abdel Aziz s’était notamment opposé à l’entrée du Sénégal dans le dispositif du G5-Sahel, composé actuellement de la Mauritanie, du Mali, du Burkina Faso, du Niger et du Tchad. Dakar n’a d’ailleurs jamais fait mystère de son dépit d’en avoir été exclu. « Nous faisons partie du G5-Sahel sans y être », regrettait récemment un militaire sénégalais de haut rang et proche du pouvoir.

Le casting de la cérémonie d’inauguration prévoit également la présence du Premier ministre français Edouard Philippe et celle de sa ministre de la Défense, Florence Parly, qui est une habituée du Forum. Dakar aura-t-elle la primeur des décisions que le gouvernement français, selon la récente déclaration du président Emmanuel Macron, s’apprête à prendre pour « confirmer et conforter l’engagement » de la France dans la région ?


■ Trois questions au général Amadou Anta Guèye, directeur-général du CHEDS

Le général Amadou Anta Guèye dirige le Centre des Hautes Etudes et de Défense et de Sécurité (CHEDS), qui assure la direction de la Commission scientifique du Forum international de Dakar.



Le Général Adama Guèye, directeur général du Centre des hautes études de Défense et de Sécurité. © Cheds/GCSP

RFI : En tant que responsable de la commission scientifique du Forum, le CHEDS conçoit et organise les orientations thématiques et intellectuelles de la rencontre. Comment travaillez-vous ?

Amadou Anta Guèye : CHEDS est en effet chargé de la conception intellectuelle du forum. La commission scientifique formée à cet effet et composée d’universitaires, de hauts fonctionnaires, de diplomates de haut niveau et d’experts militaires, réfléchit, ensemble avec un conseil de sages, aux problèmes de sécurité qui se posent au continent africain. Le travail commence dès le début de l’année et s’appuie sur les conclusions des experts recueillis pendant l’édition précédente du forum, pour définir l'orientation thématique générale du forum en préparation. Le thème retenu est ensuite soumis pour validation à notre autorité de tutelle, à savoir le ministère des Affaires étrangères, puis au chef de l’Etat. L’étape suivante consiste à formuler les sous-thèmes et à rédiger la note conceptuelle, qui est établie en connivence avec la Compagnie européenne d’intelligence scientifique (CEIS), notre partenaire français. Nous travaillons aussi ensemble sur les notes de cadrage des sujets à débattre dans les ateliers. Après une dernière validation par la plus haute autorité des thèmes et des orientations, le CEIS reprend la main pour le suivi logistique.

Comment le multilatéralisme s’est imposé comme thème central de la sixième édition qui s’ouvre lundi prochain ?

Je ne vous révélerai aucun secret en vous affirmant que les Etats africains dépendent grandement des Occidentaux pour préserver la paix chez eux. Cette dépendance n’est pas seulement financière. Nous avons besoin aussi d’équipements, de savoir-faire, notamment dans la lutte contre la cybercriminalité qui est en train de prendre pied sur le continent africain. La surveillance de nos frontières avec des moyens électroniques, est aussi un domaine où nous avons besoin de soutiens occidentaux. D’où l’importance d’une approche multilatérale qui consiste à travailler de façon collective. Or, de plus en plus, nos partenaires préfèrent faire du bilatéralisme que du multilatéralisme. Cette évolution nous inquiète car le multilatéralisme permettait de rassembler toute la communauté internationale autour des problèmes du continent et de les régler de façon efficace, alors que le bilatéralisme débouche sur la juxtaposition des forces et de moyens. Il faut espérer que les spécialistes qui vont plancher sur cette thématique au forum pourront nous éclairer et orienter.

Le forum de Dakar est perçu comme une rencontre ouest-africaine, limitée à la famille francophone…

Nous avons tenu compte de ces reproches et l’effort a été fait cette année pour vraiment diversifier l’expertise. Soixante-dix spécialistes de tous domaines liés à la sécurité et au développement ont été invités pour prendre part aux débats. 70% de ces experts sont d’origine africaine. Ils sont arabophones, anglophones, lusophones, en provenance du Nigeria, d’Afrique du Sud, d’Ethiopie. Ce que nous voulons surtout, c’est que ces experts aient le temps de discuter en profondeur et de proposer des solutions que les Etats pourront appliquer pour combattre la violence qui empêche l’Afrique d’aller de l’avant.

[Tribune] L’Afrique de l’Ouest doit repenser sa propre sécurité


Par

Coordinateur du Centre ouest-Africain d’études politiques et stratégiques (WACePS)

Quartier général de la force conjointe G5 Sahel basée à Sévaré, en octobre 2017.

L’Afrique de l’Ouest dit vouloir plus d’intégration économique régionale. Elle y travaille, jusque dans les domaines agricole et monétaire, mais son infrastructure de sécurité n’a pas évolué au même rythme, et cela pourrait être son maillon faible.

Il est, à mon sens, impératif qu’elle prête davantage attention aux menaces à la sécurité transnationale. En mai 2012 déjà, alors que ses membres se réunissaient à Dakar pour un sommet consacré à la sécurité, la Cedeao s’inquiétait de la crise qui prévalait dans le nord du Mali et de la multiplication des attaques menées, dans le nord du Nigeria, par un groupe armé baptisé Boko Haram.

Une spirale de violence

Six ans plus tard, la crise au Mali n’est plus confinée au désert, les combats et les attaques contre les installations civiles et militaires se sont étendus jusque dans le centre du pays et, presque chaque semaine, des attentats endeuillent le Burkina Faso et le Niger, sans que ni la France, ni les Casques bleus des Nations unies, ni le G5 Sahel parviennent à enrayer la spirale de la violence.

Depuis le Nigeria, Boko Haram s’est transformé en menace régionale et mène des attaques au Cameroun et au Niger sans que, là encore, aucune force n’arrive à l’éradiquer. C’est la stabilité de toute la sous-région qui s’en trouve affectée, en même temps qu’est mise en lumière l’incapacité des armées nationales à lutter individuellement contre les groupes armés.

Il est indispensable que l’Afrique de l’Ouest réforme sa structure actuelle de coopération militaire

C’est un fait : dans presque tous les pays de la région, ces armées ont sans peine renversé les gouvernements, mais elles n’ont jamais réussi à contenir rébellions et insurrections. Au Liberia, les régimes de Samuel K. Doe et de Charles Taylor se sont effondrés en quelques mois seulement sous les assauts des forces rebelles. La Sierra Leone a plus d’une fois subi le même sort. En Côte d’Ivoire, sans l’intervention des forces françaises, le président Laurent Gbagbo aurait été évincé dès 2002. Chaque fois, la Cedeao ou les Nations unies ont dû déployer des forces de maintien de la paix lors d’opérations extrêmement onéreuses mais pas toujours efficaces.

Il est indispensable que l’Afrique de l’Ouest réforme sa structure actuelle de coopération militaire et que les membres de la Cedeao contribuent à la création d’une force permanente multinationale, qui sera plus à même de répondre rapidement aux menaces transnationales.

Une force militaire régionale

Au lieu de se contenter de troupes sous-équipées et mal armées, il faut investir dans une force militaire régionale puissante, avec de réelles capacités aériennes et terrestres. Si elle parvient à coordonner efficacement les ressources régionales dont elle dispose, la Cedeao pourra également mettre en place une force de défense maritime ayant la capacité de surveiller l’ensemble de la ligne côtière de l’Afrique de l’Ouest, du Sénégal au Nigeria – une force qui pourra aussi lutter contre le trafic de drogue et la piraterie sur l’ensemble du littoral.

Une telle initiative remplacerait avantageusement la stratégie actuelle, qui repose sur des opérations militaires conjointes, que le manque de matériel et de volonté politique rend inopérantes. Bien souvent, elles sont mises sur pied à la hâte et ne donnent que peu de résultats. La manière dont les forces camerounaises, tchadiennes, nigérianes et nigériennes tentent de lutter contre Boko Haram le prouve.

On peut aussi imaginer que cette force servira de rampe de lancement pour une armée régionale intégrée qui pourra garantir l’intégrité des frontières extérieures et protéger toute la sous-région. Cela renforcera l’intégration régionale et permettra aux gouvernements nationaux de concentrer leurs ressources sur la formation des forces de police locales pour leur sécurité intérieure.

Bien sûr, les questions de commandement et de contrôle, ainsi que la logistique, seront complexes, mais pas insurmontables compte tenu de l’enjeu. Des questions de souveraineté ne manqueront pas non plus de se poser, mais elles pourront elles aussi être résolues : la sécurité régionale doit devenir l’un des piliers essentiels du processus d’intégration.

Burkina Faso : «Face au terrorisme, le témoignage de l’amour»

Max-Savi Carmel, Ouagadougou, | 04 novembre 2019

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Messe dominicale dans une église de Ouagadougou, au Burkina Faso.

Au moins 4 églises ont été attaquées en 2019 au Burkina Faso. Le père Paul Dah, porte-parole de la conférence des évêques du Burkina Faso revient pour Aleteia sur ces événe-ments, insistant non seulement sur « le regain de foi » qu’ils ont suscité mais aussi sur les actes de solidarité qu’ils ont provoqué.

 

La plus violente des attaques terroristes visant des lieux de cultes catholiques au Burkina Faso fut celle du 12 mai dernier. À Dablo dans le diocèse de Kaya, à une centaine de kilomètres au nord de Ouagadougou, Siméon Yampa, vicaire paroissial, a été tué avec cinq fidèles pendant la messe du dimanche. Un drame qui a ému le monde entier. Depuis, une autre église catholique et des lieux de cultes protestants et musulmans ont été touchés. Loin de décourager les prêtres et les fidèles du pays, ces épreuves ont renforcé leur détermination à « s’investir davantage » dans « l’évangélisation comme acte d’amour » et rendu, selon le président de la conférence épiscopale Burkina-Niger, « plus audible » l’appel du pape François à faire du sang versé « une semence de chrétienté ». Entretien avec le père Paul Dah, chargé de la communication de la Conférence des évêques du Burkina-Niger.

Aleteia : Les attaques terroristes, notamment celles visant les églises, se sont multipliées ces derniers mois au Burkina Faso. Avez-vous mis en place des consignes de sécurité particulières ?

Père Paul Dah : Non, et d’ailleurs quelle serait la légalité et la pertinence de ces moyens de sécurité ? Les catholiques du Burkina Faso sont des citoyens burkinabés. La sécurité est un devoir régalien, c’est-à-dire relevant de l’État, et non de l’Église.

Le 12 mai, il y a eu une attaque à Dablo et le père Yampa, 34 ans, en est mort ainsi que cinq fidèles. Est-ce que ce message est un appel au prêtre que vous êtes à davantage vous investir ? Est-ce aussi une manière de défier le terrorisme en redoublant d’effort dans votre mission ?

Le chrétien est d’abord un témoin du Christ. Et un témoin du Christ, étymologiquement, cela signifie martyr. Le martyr, ce n’est pas d’abord le sang versé physiquement, c’est la qualité du témoignage au jour le jour. Un tel attachement au Christ peut nous donner la grâce d’accepter d’aller jusqu’au bout, comme Lui est allé jusqu’au bout de l’amour pour nous par sa mort sur la croix, pour rendre le témoignage ; et c’est dans ce sens là que le martyre pourra être accepté et par le prêtre et par le chrétien, comme suprême témoignage de son attachement au Christ en tant que disciple. Ce que le Pape dit en évoquant la « semence de chrétienté » pour parler du sang versé, vient de Tertullien qui, dès le IIe-IIIe siècle, soutenait déjà que le sang des martyrs est une semence de chrétienté. Donc nous restons dans cette logique. On ne recherche pas le martyre pour le martyre. Mais s’il y a lieu de rendre ce témoignage là jusqu’au bout, si la grâce est donnée, je pense que le prêtre ne peut pas s’y soustraire, et c’est dans ce sens que la mort de notre confrère, même si elle est douloureuse, ne peut pas nous décourager par rapport à la poursuite de notre mission. Au contraire, cela s’inscrit dans cette espérance, celle d’une semence pour une plus grande chrétienté. Elle nous pousse à redoubler nos efforts, dans notre témoignage. Le témoignage du prêtre, c’est le témoignage de l’amour qui va jusqu’à inclure même celui de ceux qui nous font ce mal. C’est dans la perfection de cet amour là que le prêtre ainsi que tout baptisé ressemble au Christ et imite le Christ.

Depuis le début de l’année, au moins cinq églises ont déjà été visées. Quand vous célébrez la messe, avez-vous peur ?

(Long soupir). Une peur ? Non. Je ressens parfois de la douleur, j’ai des craintes, mais cela ne peut pas empêcher notre foi, cela ne peut pas être un couvercle qui se referme sur notre foi. Et concernant la réalité du martyre, si notre témoignage doit aller jusque là, il nous faut justement demander la grâce d’y aller. L’Église, depuis le concile Vatican II, est une « Église dans le monde de ce temps » et le monde de ce temps, au Burkina Faso, c’est ce contexte de terrorisme et c’est avec le monde de ce temps, que nous devons rendre ce témoignage, en tenant compte de cette réalité, qui

On recense actuellement quelque 500.000 déplacés et la ministre en charge des questions familiales et de la solidarité craint que l’on atteigne 650.000 avant la fin de l’année. L’Église apporte-t-elle un soutien particulier à ces déplacés ?

L’Église, encore une fois, est une Église pour tout le monde. Elle n’est pas une Église pour des fidèles catholiques mais une Église pour tout homme dans le besoin. Ce sont des citoyens burkinabés qui sont touchés et actuellement, l’évêque chargé des migrants et les différentes antennes Caritas diocésaines mobilisent des fonds, des vivres, des couvertures pour tous, sans distinction. Dans tout homme dans le besoin, on retrouve le visage du Christ. Ce n’est pas seulement le baptême qui met le visage du Christ dans l’homme, c’est le fait que le Christ se soit incarné. Ainsi tout homme dans le besoin est un autre Christ à aider. C’est pourquoi l’Église catholique dans ses efforts, ne fait aucune distinction de foi ou de religion. L’Église, depuis le concile Vatican II, est une « Église dans le monde de ce temps » et le monde de ce temps, au Burkina Faso, c’est ce contexte de terrorisme et c’est avec le monde de ce temps, que nous devons rendre ce témoignage, en tenant compte de cette réalité, qui sévit actuellement au Burkina.

 Lire aussi : L’appel à l’aide des chrétiens au Burkina Faso

Au Burkina Faso, les attaques contre les églises suscitent un regain de foi