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Robert Mugabe: du héros de la libération au despote solitaire

Robert Mugabe, le 23 décembre 2008.
© ( Photo : AFP )

Robert Mugabe est mort, ce 6 septembre 2019, à l’âge de 95 ans. Né en Rhodésie du Sud, il avait libéré son pays de l’étreinte de la dictature raciste de Ian Smith en avril 1980. Ses premiers pas en tant que dirigeant du Zimbabwe ont été salués à l’unanimité. Au fil des décennies, cet homme cultivé s’est retranché dans ses certitudes. Pour durer au pouvoir, il a rudoyé ses opposants et jeté son pays autrefois prospère au bord de l’abîme.

« Ma décision de démissionner est volontaire. Elle est motivée par ma préoccupation pour le bien-être du peuple du Zimbabwe et mon souhait de permettre une transition en douceur, pacifique et non violente qui assure la sécurité nationale, la paix et la stabilité »… C’est par ces mots, rédigés le 21 novembre 2017 au terme d’un bras de fer d’une semaine avec l’armée, que Robert Mugabe a présenté sa démission. Ce départ n’avait rien de « volontaire », Robert Mugabe l’avouera quelques mois plus tard, à la veille de l’élection présidentielle d’août 2018. Très affaibli, quasiment incapable de se mouvoir, il évoque cette fois « un coup d’Etat » et promet de ne plus voter « pour ceux qui [l’]ont maltraité. » Un an plus tard, depuis Singapour où il est hospitalisé depuis avril 2019, il fait savoir qu’il refusait d’être inhumé à Heroes Acre, la nécropole monumentale dont il fut l’architecte, et qui accueille les dépouilles des héros de la lutte pour l’indépendance. Malgré la défaite et l’amertume, le vieil homme a tenu à s’accrocher à sa dignité. Une dignité forgée de longue date.

Né en 1924 d'une mère pieuse à cent kilomètres à l'ouest de Harare, Robert Gabriel Mugabe reçoit une éducation stricte chez les jésuites. Son père quitte le foyer familial quand il a 10 ans, mais le jeune Robert trouve une figure paternelle en la personne du prêtre irlandais Jérôme O'Hea, qui voit en lui un enfant prodige. Aux jeux et pitreries dans la cour de la mission catholique, le jeune Robert Gabriel préfère la solitude et les livres. Mugabe aura été un homme solitaire toute sa vie.

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Brillant élève, il se voit accorder une bourse pour l'université noire de Fort Hare en Afrique du Sud, et décroche son diplôme d'enseignant. Il gagne ensuite le Ghana de Kwame Nkrumah. Une étape importante de sa vie : il respire l'air d'un pays où les Noirs ont recouvré leur indépendance et leur liberté, et y rencontre Sally, sa future épouse, sa confidente, et conseillère.

En 1964, de retour au Zimbabwe, alors appelé Rhodésie du Sud, il est arrêté pour subversion et transféré de cachot en cachot. Comme Mandela, il profite de ces années de détention pour parfaire l'éducation de ses compagnons de lutte, parmi lesquels se trouve le jeune Emmerson Mnangagwa, son futur « tombeur », et obtient lui-même une demi-douzaine de diplômes par correspondance. Il est en détention lorsqu'il apprend la mort brutale de son fils âgé de 3 ans. Mugabe a à peine vu le petit Nhamo. Il demande une dérogation pour assister aux obsèques, mais le régime de Ian Smith refuse de lui concéder cette faveur. Il en gardera une profonde blessure.

A sa libération en 1974, après dix années derrière les barreaux, il prend le maquis au Mozambique, et se hisse aux commandes de la branche armée du mouvement ZANU-PF, qui visait à chasser les Blancs du pouvoir.

1979-1980 : les accords de Lancaster et l'accession de Mugabe au pouvoir

En avril 1980, au terme d'une guerre d'indépendance contre le régime raciste de Ian Smith qui aura fait entre vingt et trente mille morts, la Rhodésie du Sud accède à l’indépendance sous le nom de Zimbabwe. En tant que chef de la ZANU-PF, Mugabe signe les accords de Lancaster House, dans l’ouest de Londres, sous l'égide de l'ancienne puissance coloniale. Ces accords offrent de nombreuses garanties à la population blanche. Ils maintiennent une large palette de privilèges, et attribuent aux Blancs un cinquième des sièges de l'Assemblée. L’accord empêche au gouvernement issu des futures élections de toucher aux terres agricoles durant dix ans, alors que les Blancs en détiennent la moitié, et le plus souvent, ce sont les terres les plus fertiles.

Mugabe remporte haut la main le scrutin de 1980. Le soir de sa victoire, il rassure la population blanche lors d'un discours axé sur l'apaisement et la réconciliation. Il va même au-delà des accords de Lancaster : il reconduit les chefs des services de renseignements de l'ancien régime, et nomme deux ministres blancs.

Mugabe n'oublie pas qu'il est enseignant de formation, et lance d'ambitieux programmes dans le secteur éducatif. Si le Zimbabwe peut s'enorgueillir de l'un des plus forts taux d'alphabétisation du continent, c'est grâce à lui. Il choisit également d'investir massivement dans les secteurs de la santé et de l'agriculture : deux dossiers qu’il suit de près, « lors de déplacements sur le terrain, il insistait pour se faire expliquer les aspects les plus techniques de nos programmes » se souvient Denis Norman, ministre de l’Agriculture de 1980 à 1985. Ce sont les années fastes. La transition s'est déroulée sans heurts, la communauté internationale est ravie et soulagée, l'argent des bailleurs de fonds afflue. Le Zimbabwe est alors le grenier à céréales du continent, et l'un des premiers producteurs de tabac au monde.

L'opération Gukurahundi : les premiers massacres commandités par Mugabe

Mais Mugabe, de l'ethnie majoritaire Shona, doit composer avec son rival Joshua Nkomo, l'autre héros de l'indépendance. Leur coalition vole rapidement en éclat, et Mugabe décide de neutraliser ses partisans. Il recourt, comme il le fera régulièrement au cours des décennies suivantes, à la violence. Il s'empare de caches d'armes découvertes chez des proches de Nkomo pour mobiliser la cinquième brigade. Formée par des agents commandos nord-coréens, elle se livre à des massacres et des viols à travers le Matabeleland, dans l'ouest du pays. L'opération Gukurahundi fait des milliers de morts parmi l'ethnie minoritaire Ndebele, dont des femmes et des enfants. La communauté internationale ferme les yeux.

Les années 1990 et les premiers revers

Au début de la décennie 1990, le FMI et la Banque mondiale imposent au gouvernement de Mugabe une sévère cure d'austérité. Il se sépare de dizaines de milliers de fonctionnaires et, sous la contrainte, réduit drastiquement la dépense publique. Ces réformes impopulaires génèrent un vent de colère dans les villes du pays gagnées par le chômage.

Sally, la première dame populaire, qui tempérait les ardeurs de Mugabe, décède en 1992. Il épouse quatre années plus tard sa secrétaire, la dispendieuse Grace, en présence de douze mille convives, dont Nelson Mandela, qui lui vole la vedette.

► À écouter: La marche du monde: Robert Mugabe, le pouvoir à tout prix

Mugabe s'isole. Il vit comme une véritable trahison le comportement des Blancs, qui ont voté selon des critères raciaux lors des premières élections parlementaires. En Angleterre, le New Labour de Tony Blair remporte les élections en 1997. Par l’intermédiaire de sa secrétaire d’Etat Clare Short, il signifie sèchement à Mugabe qu'il refuse de financer le programme de redistribution des terres, au motif qu'il ne se sent pas lié par les promesses des conservateurs britanniques. Mugabe le vit comme un affront personnel. Il est animé de sentiments contradictoires vis-à-vis de l'ancienne puissance coloniale. Il prétend la détester, mais il admire sa littérature, ses institutions, respecte la royauté et dira beaucoup de bien de Margareth Thatcher. « Nos juges portent encore des perruques, et Mugabe est président d’honneur du club de cricket », relève l’ancien ministre des Finances Tendaï Biti. Toujours est-il que Mugabe rentre dans une colère terrible suite à la gifle que lui inflige le Premier ministre Tony Blair. Cette colère ne s'éteindra jamais, d'autant plus que Downing Street, plus tard, manœuvrera pour que Bruxelles impose des sanctions limitées contre le Zimbabwe. Mugabe perd donc à jamais son statut de chouchou de l'Occident. En 2004, la reine d'Angleterre lui retire le titre honorifique qu'elle lui avait décerné lors d'une visite d'Etat, dix années plus tôt.

L'éviction des fermiers blancs et le début de la descente aux enfers du Zimbabwe

Lors des vingt premières années de l’indépendance, les fermiers blancs ont continué à s'enrichir. Le président zimbabwéen vit donc très mal leur soutien à la nouvelle formation de l'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique, MDC, créée en 1999 par le syndicaliste Morgan Tsvangirai. La question de la réforme agraire commence à obséder Mugabe et les vétérans de la guerre d'indépendance, de plus en plus exigeants. A la fin des années 1990, les caisses de l'Etat sont vides et Mugabe n'a plus de cadeaux à leur offrir. Les vétérans décident de confisquer les terres aux quelque six mille fermiers blancs du pays, le plus souvent dans la violence. Lors d'un entretien accordé à RFI en 2008, l'ancien ministre blanc Denis Norman indique qu'il se trouvait dans le bureau de Mugabe lorsqu'il a été pour la première fois informé des occupations sauvages des fermes. Mugabe n'avait pas été consulté. Selon Norman, il ne contrôlait plus les vétérans, et a revendiqué la paternité des invasions dans un deuxième temps, pour sauver la face.

Affiches électorales de Robert Mugabe (g), le président sortant et de Morgan Tsvangirai (d), leader de l'opposition. © (Photo : Marina Burgeon/RFI)

Toujours est-il que les conséquences de ces invasions de fermes sont désastreuses. Les vétérans et les amis de Mugabe qui s'y sont installés se contentent d'occuper leurs villas cossues le week-end, sans entretenir les terres, et quelque deux cent mille ouvriers agricoles noirs perdent leur emploi.

La production agricole s'effondre et entraîne dans sa chute toute l'industrie agroalimentaire : les engrais ne sont plus fabriqués, le tabac n'est plus transformé. Alors que son pays est à genoux, Robert Mugabe s'engage dans une fuite en avant. Il demande au gouverneur de la Banque centrale, Gidéon Gono, de faire tourner la planche à billets. L'inflation atteint des niveaux stratosphériques. Mugabe ne se sent aucunement responsable de la déroute de son pays. Dans tous ces discours, il désigne pour responsable la communauté internationale et son régime de sanctions. En réalité, elles ne visent que les avoirs personnels de Mugabe et ceux de ses proches. Aussi, l'entourage du président se contente de le flatter et lui cache la vérité. A tel point qu'en 2007, Mugabe déclare à la journaliste Heidi Holland, auteur du livre Diner with Mugabe, que son pays s'en sort beaucoup mieux que la majorité des pays africains. Mugabe se transforme en despote. ll déclare en 2008 : « Dieu seul peut retirer le pouvoir qu'il m'a confié. »

L'opposition harcelée, tabassée, torturée

Mugabe se maintient au pouvoir grâce à des élections truquées. Chaque campagne électorale est ponctuée de vagues d'arrestations dans les rangs de l’opposition. En 2007, les images du visage tuméfié du chef de file du MDC, Morgan Tsvangirai, sur son lit d'hôpital, font le tour du monde. Les miliciens du parti de Robert Mugabe, la ZANU-PF, sont particulièrement violents dans les zones rurales, alors que Harare, la capitale, et Bulawayo, sont acquises au MDC.

Le premier tour de l'élection présidentielle de 2008 place Tsvangirai en première position. Mugabe ordonne une campagne de répression sanglante, qui fait près de deux cents morts dans les rangs du MDC. Tsvangirai, qui est arrêté plusieurs fois dans l'entre-deux tours, décide de jeter l'éponge. La Communauté économique des Etats d'Afrique Australe, la SADC, très indulgente avec Robert Mugabe, lui impose néanmoins de partager le pouvoir avec Morgan Tsvangirai, qui prend ses fonctions en février 2009. Tsvangirai se discrédite alors au pouvoir et tombe dans les pièges de Mugabe, qui remporte dès le premier tour le scrutin suivant en 2013.

La chute

Dans la décennie 2010, deux prétendants commencent à s’imposer : la vice-présidente Joyce Mujuru et le vice-président Emmerson Mnangagwa, ancien chef d’état-major des armées et ancien patron des services secrets. Tour à tour, les deux sont congédiés par Robert Mugabe, qui veut dégager la voie en faveur de son épouse, Grace, surnommée « Disgrace » en raison de ses frasques et de son caractère violent et dispendieux.



Robert Mugabe et sa femme Grace à Harare en octobre 2017. © REUTERS/Philimon Bulawayo

Dans la nuit du 14 au 15 novembre 2017, huit jours après le limogeage de Mnangagwa, c’est le coup de force. L’armée arrête les proches du président et isole celui-ci dans son palais. Le vieux Mugabe résiste quelques jours, mais plusieurs centaines de milliers de Zimbabwéens descendent dans la rue pour réclamer son départ, tandis que son propre parti, la ZANU-PF, le démet de ses fonctions de président et menace de le révoquer s’il refuse de se démettre.

Le 21 novembre, deux jours après un dernier baroud d’honneur à la télévision, Mugabe rédige sa lettre de démission au moment précis où le Parlement de Harare entame contre lui une procédure de destitution. « Il avait les larmes aux yeux », confie un témoin. « Il s’en est pris à ses lieutenants, qu’il a traités de caméléons et de traitres », raconte un autre.

Après 37 ans de pouvoir, Robert Mugabe est sorti par la petite porte, mais, pour bon nombre d'Africains, il demeure néanmoins le héros de l'indépendance, une icône, qui, lorsqu'elle vilipende les anciennes puissances coloniales, dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas.Zimbabwe

Le Pape s’envole pour le Mozambique, première étape de sa tournée africaine

| Par Jeune Afrique avec AFP

Le pape François s'est envolé le 4 septembre pour le Mozambique, première étape d'un voyage d'une semaine qui le mènera aussi à Madagascar et à Maurice.

Le pape est attendu en fin d’après-midi à 18h30 locales (16h30 TU) à Maputo, capitale du Mozambique, où il sera accueilli par le président Filipe Nyusi. En se rendant à la nonciature apostolique (équivalent d’une ambassade pour le Vatican), où il passera la nuit avant d’entamer jeudi un programme chargé, il vivra un premier bain de foule très attendu avec les Mozambicains en les saluant depuis une voiture ouverte.

Selon le numéro deux du Vatican, le cardinal italien Pietro Parolin, le pape aura à cœur d’insister sur « la paix », « la préservation » de la planète, ainsi que l’importance de « renoncer aux armes ». La visite au Mozambique intervient un mois après la signature d’un traité de paix historique entre le gouvernement et la Renamo, l’ex-rébellion devenue le principal parti d’opposition.

Deuxième étape à Madagascar

Dans un message vidéo aux Mozambicains, le pape a appelé à un renforcement de « la réconciliation fraternelle au Mozambique et en Afrique, seule espérance pour une paix solide et durable ».

Du 6 au 9 septembre, le souverain pontife argentin sera à Madagascar, où il s’y exprimera notamment devant les ouvriers d’une carrière. Du 9 au 10 septembre, le pape terminera son voyage par une visite éclair à l’île Maurice, à l’est de Madagascar. Cette république majoritairement hindoue (52%) compte d’importantes minorités chrétienne (30%) et musulmane (18%).

Dans un message vidéo adressé aux habitants de l’île Maurice, le pape a d’ailleurs rendu hommage à un peuple « qui se distingue pour s’être formé par la rencontre de différentes ethnies, et qui bénéficie donc de la richesse de diverses traditions culturelles et aussi religieuses ».

Jean Paul II avait visité ces trois pays il y a une trentaine d’années. Pour François, il s’agira de son 31ème voyage à l’étranger, à l’issue duquel il aura visité un total de 49 pays. En novembre 2015, il avait effectué un premier voyage en Afrique subsaharienne, en regroupant le Kenya, l’Ouganda et la République centrafricaine, puis il s’était rendu au Maroc en mars 2019.

Burkina Faso : « recrutement exceptionnel » de 500 militaires
contre les attaques terroristes

| Par Jeune Afrique avec AFP

Le ministre de la Défense a lancé une campagne de « recrutement exceptionnel » de 500 militaires. Ils viendront renforcer les rangs de l'armée nationale, lourdement touchée par des attaques terroristes meurtrières.

Du 15 septembre au 12 octobre, 487 garçons, nés entre le 1er janvier 1996 et le 31 décembre 1998, dont 143 pour les «besoins spécifiques des forces armées nationales» seront recrutés, indique un communiqué daté du 26 juin et signé du ministre de la défense, Moumina Chériff Sy.

Treize filles seront également enrôlées en raison d’une fille dans chacune des régions du pays, lors de ce recrutement qui se déroulera sur toute l’étendue du territoire national. En février, le ministère avait déjà organisé un recrutement de la classe 2019 au profit des forces armées nationales.

Depuis début 2015, les attaques djihadistes, de plus en plus fréquentes et meurtrières, en particulier dans le nord et l’est, ont fait plus de 500 morts.

Manque de moyens

L’armée burkinabè fait de plus en plus face à des attaques djihadistes, dont la plus meurtrière en date, qui a visé un détachement militaire à Koutougou, dans le nord du pays, a fait 24 morts et sept blessés.

Les forces de défense et de sécurité, manquant de moyens, semblent incapables d’enrayer les attaques tandis que la menace, d’abord concentrée dans le Nord, touche plusieurs autres régions du pays, dont les régions de l’Est et de l’Ouest.

Les djihadistes, qui étendent leur influence, disposeraient de plusieurs centaines de militants armés dans le pays, selon une source militaire française.

Les Missionnaires d'Afrique Pères Blancs de Sainte-Foy-lès-Lyon

vous donnent ci-dessous les dates des ventes-expositions

d'art africain dans la région lyonnaise :

 

4-6 Octobre : Grenoble

15-17 novembre : Annecy

22-24 novembre : Lyon

6-8 décembre : Saint-Etienne

 

Au plaisir de vous y rencontrer !

Côte d’Ivoire: le PDCI et le FPI refusent de participer à la nouvelle CEI

Des membres de la Commission électorale indépendante procèdent au dépouillement dans un bureau de vote à Abobo, près d'Abidjan, le 13 octobre 2018 (image d'illustration).
© SIA KAMBOU / AFP

L’heure est à la nomination des représentants au sein de la nouvelle Commission électorale. Mais à quatorze mois de la présidentielle, une grande partie de l’opposition et de la société civile rejettent le nouvel organe.

La loi promulguée au début du mois stipule que la Commission électorale indépendante (CEI) nouvelle formule comporte 17 membres, dont six de la société civile, trois du parti au pouvoir, trois de l’opposition. Mais pour l’instant, une grande partie de l’opposition refuse d’y envoyer des représentants.

Pour l’heure, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) n’envoie personne au sein de la nouvelle instance électorale. La branche légale du Front populaire ivoirien (FPI), dirigée par Pascal Affi N’Guessan, a annoncé également qu’elle refusait de nommer un représentant. Idem pour la plateforme « Ensemble pour la démocratie et la souveraineté » (EDS), qui regroupe notamment la branche du FPI restée fidèle à Laurent Gbagbo. « Nous ne participerons pas à cette CEI. Il n’y a pas eu de consensus, martèle le président d’EDS, Georges Armand Ouégnin. Mais je reste optimiste, il y aura une réouverture du dialogue et une réforme de la CEI. Et nous irons aux élections avec une CEI réformée », ajoute-t-il.

Pour l’instant au sein de l’opposition, seule la voix d’Henriette Lagou du petit parti Renouveau pour la paix et la concorde (RPC) s’est fait entendre en faveur de la recomposition promulguée au début du mois. Mais globalement, les principales formations de l’opposition dénoncent depuis des semaines le « passage en force » du pouvoir sur ce dossier et restent sur leur ligne.

Côté société civile, le Groupe de plaidoyer et d’action pour une transparence électorale (Gpate), qui regroupe plusieurs organisations de premier plan, dont l’Action pour la promotion des droits de l’homme (APDH), à l’origine du recours devant la Cour africaine des droits de l’homme, refuse également de nommer un représentant. Le Gpate exige une poursuite du dialogue, notamment sur l’indépendance administrative et financière de la CEI, ainsi que sur la composition des commissions locales. Des points qui n’ont pas été discutés.

Pour autant, la société civile apparaît divisée puisque par exemple la Ligue ivoirienne des droits de l’homme s’est dite en faveur de la nouvelle CEI.

« En l’absence de consensus, il semble qu’on aille vers une CEI déséquilibrée. Et à un an de la présidentielle, la question de sa légitimité se pose déjà », commente un analyste politique.