Actualités

G5 Sahel: la France et l'Allemagne tendent la main
aux autres pays de la région

À l'issue d'une réunion du G7 consacrée à l'Afrique, le président burkinabè Kaboré, le président français Macron et la chancelière allemande Merkel ont tenu une conférence de presse.
© Ian LANGSDON / POOL / AFP

Face à ce qu’Emmanuel Macron appelle « l’extension de la menace terroriste au Sahel », Paris et Berlin ont annoncé un soutien plus important au G5 Sahel. Mais ils ont également appelé à un nouveau partenariat « élargi » aux pays voisins de la région.

S’exprimant au sommet du G7, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont évoqué l’importance de mieux armer et mieux former les militaires et policiers de la région. Mais ils ont également expliqué qu’il fallait épauler les pays de toute la région. Ils reconnaissent que beaucoup de pays de la Cédéao sont touchés de près ou de loin par l’instabilité au Sahel.

Le président Macron a expliqué qu’il fallait redéfinir le « périmètre de sécurité ». En clair, la France et l’Allemagne souhaitent associer les pays du Golfe de Guinée, notamment le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Ghana, aux efforts du G5 Sahel.

La force de l’initiative prise aujourd’hui c’est qu’elle élargit le périmètre de sécurité compte tenu de l’évolution terroriste, et en particulier, elle permet de réengager dans l’aspect sécuritaire les membres de la Cédéao.

Emmanuel Macron
25-08-2019

Cette main tendue aux pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest est une nouveauté. Mais pour faire quoi exactement ? Cela n’est pas encore clair. En principe, cela sera décidé lors d’une rencontre franco-allemande avant la fin de l’année. Un sommet de la Cédéao qui doit avoir lieu à la mi-septembre à Ouagadougou doit lui se pencher sur la création d’une large coalition militaire englobant les Etats du G5 et quelques uns de leurs voisins.

Le président ivoirien, Alassane Ouatarra, a déjà plaidé pour « une synergie » entre G5 Sahel, Cédéao et Afrique centrale, évoquant même la participation du Cameroun. De son côté, le président Kaboré du Burkina Faso, invité au G7, a rappelé l’importance de trouver une solution politique à la crise libyenne, indissociable de l’insécurité au Sahel.

C’est une gangrène qui se propage et nous avons estimé qu’il était important que l’ensemble des partenaires trouvent une solution à la question libyenne qui nous permette de freiner la progression du terrorisme non seulement dans le Sahel mais aussi dans les pays côtiers qui nous environnent.

Roch Marc Christian Kaboré
25-08-2019

Pour Angela Merkel, pas question toutefois d’envoyer plus de soldats dans la région. Environ 200 militaires allemands soutiennent déjà la mission des Nations unies au Mali. Vu de Berlin, c’est suffisant. Pour l’instant, la France et l’Allemagne cherchent encore à convaincre d’autres bailleurs de fonds et pas seulement au sein du G7 à s’engager en faveur de ce nouveau partenariat pour le Sahel.

Un partenariat qui reste trop vague aux yeux des ONG. Au lieu de mettre l’accent sur des considérations stratégiques, Paris et Berlin auraient dû, à leurs yeux, annoncer une initiative pour lutter contre les inégalités. Thème officiel de ce sommet de Biarritz.

Malheureusement, avec ces annonces qui ont été principalement fixées sur un agenda sécuritaire, on passe encore à côté de l’opportunité de changer le logiciel d’intervention, de soutien, d’appui à la région du Sahel. Nous sommes très déçus.

Robin Guittard
26-08-2019 - Par Marie-Pierre Olphand

Pour le chercheur Mahamadou Sawadogo, spécialiste des questions de sécurité au Burkina, le G5 est arrivé à un tournant de son fonctionnement. Et ces changements sont « inévitables ».

« C’est nécessaire qu’on prenne en compte les pays côtiers qui sont déjà infectés. C’est une obligation pour les membres du G5, sinon la lutte ne peut pas être totale. Je suis convaincu que le G5 Sahel, dans sa formule actuelle, va devoir muter sous une autre forme ou bien disparaître. Dès la conception du G5, nous, les chercheurs, nous avons critiqué le fait que ce soit fermé alors que la menace est mutante et mouvante. La complexité est là. »

Une question sur laquelle « joue un peu Emmanuel Macron pour essayer de voir quelle est la solution la plus plausible pour ne pas perdre la face en supprimant le G5 et en même temps se servir du G5 pour aider les pays qui sont en train d’être envahis par les groupes terroristes, c’est-à-dire les pays côtiers », analyse analyse Mahamadou Sawadogo, « Je pense que c’est une formule qu’ils sont en train de chercher, poursuit le chercheur. Mais en réalité, ce sont des pays qui vont être englobés par le G5. »

G7: cinq pays africains présents, la sécurité du Sahel au menu

Le Burkina Faso de Roch Marc Christian Kaboré ( 2e au centre), sera présent au G7 comme président du G5 Sahel (photo d'illustration).
© SIA KAMBOU/AFP

Cinq pays africains sont invités au G7 de Biarritz. L’Égypte, l’Afrique du Sud et le Rwanda, la « troïka » de l’Union africaine, de même que le Sénégal et le Burkina Faso, qui président respectivement le Nepad et le G5 Sahel. Le thème général du sommet est la lutte contre les inégalités, sujet qui concerne l’Afrique au premier plan. Mais plusieurs autres thèmes abordés concerneront aussi le continent, à commencer par l’insécurité au Sahel.

Ce n’est pas parce que le G7 réunit les démocraties libérales les plus avancées que sa présidence française entend faire l’impasse sur l’Afrique. Au contraire. À Biarritz, Paris souhaite notamment faire débloquer le financement des forces de sécurité des États sahéliens, qui luttent contre les jihadistes.

Il a longtemps été question de transformer le G5 Sahel en mission des Nations unies, mais cela ne fait pas l’unanimité. Washington, surtout, hésite à financer une énième mission onusienne en Afrique, parce que trop chère, trop compliquée à ses yeux. Les États-Unis ont préféré jusqu’à maintenant négocier des accords militaires bilatéraux avec des États considérés comme fiables, à commencer par le Niger et le Burkina.

Sécurité au Sahel

A Biarritz, la France espère rallier tout le monde avec ce qu’on décrit, de source diplomatique, comme un nouveau « partenariat » pour la sécurité au Sahel. Concrètement, il s’agirait d’épauler les forces armées des pays membres du G5 Sahel, mais également leurs policiers et douaniers. Reste à savoir si la formule séduira le président Trump.

Les participants africains au sommet ne manqueront pas, quant à eux, de soulever deux questions qui restent en suspens. Les sommes allouées par les pays du G7 et la zone d’intervention exacte de ce partenariat, qui pourrait s’étendre jusqu’aux rives du lac Tchad.

Algérie: après 6 mois de contestation, l'Algérie à la croisée des chemins

Depuis le 22 février dernier, la mobilisation ne faiblit pas en Algérie mais elle doit faire face à un pouvoir inflexible.
© RYAD KRAMDI / AFP

En Algérie, depuis le 22 février dernier, les Algériens descendent inlassablement dans les rues notamment à Alger où toute manifestation était pourtant interdite depuis 18 ans. Six mois après cette contestation inédite, ce mouvement ne faiblit pas, mais fait face à un pouvoir inflexible.

Six mois après cette contestation inédite, l'heure est au bilan. La première victoire des Algériens a été la démission le mardi 2 avril dernier du président Abdelaziz Bouteflika au pouvoir depuis 20 ans et briguant un inéluctable 5e mandat. C'est cette humiliation ultime qui a mis le feu aux poudres.

Un « système » toujours en place

Depuis cette démission, le Hirak (le mouvement ndlr) n'a pas obtenu d'avancée vers le changement de régime qu'il réclame. Quelques figures, hommes d'affaires et politiques jusque-là intouchables accusés de corruption, ont bien été mis sous les verrous.

Louisa Dris-Aït Hamadouche, professeure de Sciences politiques à l'Université d'Alger, liste quelques acquis de cette mobilisation, « la prise de conscience de ce qui est désormais politiquement inacceptable, l'élévation des aspirations à un niveau inédit (...) et la conscience du pouvoir de mobilisation .»

Mais le « système » est toujours en place. Le haut-commandement de l'armée, plus discret sous Bouteflika, est de nouveau le détenteur du pouvoir réel.

Au-delà de l'impasse politique, beaucoup a changé pour les Algériens en six mois. La peur de manifester est tombée, la jeunesse que beaucoup croyait incapable de se mobiliser s'est réapproprié la politique et le mardi et vendredi, les rues ne désemplissent pas malgré les mois qui passent, le ramadan et les vacances d'été.

« Aujourd'hui, plus rien ne peut se faire contre les Algériens »

Ce mouvement inédit a créé un rapport de force avec le pouvoir, inexistant il y a encore six mois. Mais ce dernier qui ne veut rien lâcher, ne peut plus ignorer son peuple. Pour preuve, la présidentielle du 4 juillet a été annulée grâce à ce pays mobilisé.

« Le principal acquis est psychologique. Les Algériens ont dépassé la peur. Les Algériens se sont rendu compte qu'ils acceptaient leurs différences. Le drapeau algérien a flotté à côté du drapeau amazigh dans tout le pays, sans que cela pose un problème dans des villes à majorité arabophone », souligne Ihsane El Kadi, directeur du site d’infos économiques Maghreb Emergent.

Pour lui, la démission d'Abdelaziz Bouteflika n'est pas l'essentiel de la mobilisation. C'est surtout la réappropriation de la politique par les Algériens.

« Le caractère pacifique de la mobilisation est essentiellement dû à la forte présence féminine qui, dans l’espace public, a changé la relation. Les Algériens se sont donc mélangés, y compris socialement. C’est un soulèvement transclasses, il y a des professions libérales, des riches, des milieux populaires, des jeunes supporters de clubs de football qui viennent de milieux populaires qui se fréquentent dans les manifestations », explique Ihsane El Kadi.

Le pouvoir est désormais confronté à une société qui a pris conscience de sa force collective et qui a retrouvé sa liberté d'expression. « Les Algériens se sont rendu compte qu’ils étaient puissants quand ils se remettaient ensemble à s’intéresser à leur destin. Ils sont les maîtres de la situation. Aujourd’hui, plus rien ne peut se faire contre les Algériens », poursuit le directeur du site d'infos économiques.

                                                     
«Le caractère pacifique de la mobilisation est essentiellement dû à la forte présence féminine.
     Les Algériens se sont donc mélangés, y compris socialement», explique Ihsane El Kadi,
directeur du site d’infos économiques Maghreb Emergent. © RYAD KRAMDI / AFP

Aucune avancée démocratique

Si la parole s'est libérée dans la rue, du point de vue des institutions, aucune avancée démocratique n'est à relever. « Il n’y aucun progrès démocratique depuis le 22 février sur le plan institutionnel. Je suis dans des organisations de la société civile, je suis dans le Syndicat algérien des éditeurs de la presse électronique et il est impossible d’avoir un lieu pour se réunir. Il n’y a rien qui a bougé », continue d'expliquer Ihsane El Kadi.

En Algérie, les médias publics sont sous la main de Gaïd Salah après avoir été sous la main d'Abdelaziz Bouteflika. Les médias privés proches des oligarques soutiennent Gaïd Salah. « Internet est réprimé, les médias électroniques ne sont pas reconnus, la radio en Algérie est strictement publique. Les activistes sont arrêtés, interpellés. Il y a des détenus d’opinion par dizaines », s'indigne le directeur de Maghreb Emergent.

« Il ne faut pas qu’on se trompe. Un rapport de force a été créé entre le peuple et le pouvoir depuis le 22 février, qui fait que le peuple n’a plus peur, qu’il sort et qu’il affiche sa façon de voir l’avenir. Mais autrement, sur le plan institutionnel, on pourrait même dire que d’une certaine façon, il y a quand même une régression », conclut Ihsane El Kadi.

 

Burkina: émotions et critiques après l'attaque meurtrière de Koutougou

Le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré.
© LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

L’attaque de Koutougou - dans laquelle, selon un dernier bilan, 24 soldats ont été tués, cinq sont portés disparus et sept autres ont été blessés - est considérée comme la plus meurtrière jamais perpétrée contre les forces armées burkinabè depuis le début des attaques terroristes en 2015.

« C’est un bilan qui est lourd, c’est un bilan qui nous interpelle », a déclaré le président Roch Marc Christian Kaboré dans un message à la nation après l'attaque lundi du détachement de Koutougou, dans la province du Soum, au nord du Burkina Faso. « Le 19 août est une tache noire dans la vie de notre armée nationale », a admis le chef de l’État burkinabè.

« Mais au-delà de l’émotion, a-t-il souligné, ce qui est important, c'est que nous devons réaffirmer notre solidarité, notre accompagnement, notre soutien, aux forces de défense et de sécurité ».

L'opposition demande la démission du gouvernement

Pour l’Union pour le progrès et le changement (UPC), la condamnation seule ne suffit pas. « Il faut dire la vérité et soigner le mal à la racine », réagit le parti du chef de file de l’opposition. L’UPC accuse le gouvernement d’avoir échoué dans sa mission de sécurisation du pays. « C’est une équipe dépassée par la tournure des événements », affirment les responsables du parti.

L’UPC demande la démission pure et simple du gouvernement en place et la nomination par le président Roch Marc Christian Kaboré d’une nouvelle équipe qui aura pour mission première, la défense de l’intégrité territoriale et la sécurité des Burkinabè.

Le CDP, l’ex-parti au pouvoir se dit quant à lui « consterné » par le lourd bilan de l’attaque. Il exhorte le gouvernement à prendre des mesures adaptées et à renforcer les équipements militaires pour la protection des populations.

La réaction du parti au pouvoir ne s’est pas fait attendre. Dans une déclaration, Simon Compaoré, le président intérimaire du Mouvement du peuple pour le progrès indique que « l’heure doit être impérativement au rassemblement et toute autre attitude doit être condamnée avec une extrême vigueur ».

Tchad : état d’urgence déclaré dans l’est du pays

| Par Jeune Afrique avec AFP

En visite dans deux provinces à l'est du Tchad, le président Idriss Déby Itno a déclaré dimanche l'état d'urgence après une vague d'affrontements communautaires qui ont fait des dizaines de morts en août.

L’état d’urgence est déclaré pour trois mois dans les provinces du Sila et du Ouaddaï, à la frontière entre le Tchad et le Soudan. Des affrontements entre cultivateurs et éleveurs y ont fait plus de 50 morts depuis le 9 août, selon la présidence qui ne dresse pas de bilan plus précis.

Depuis plusieurs dizaines d’années, la province du Ouaddaï, zone de transhumance, est en proie à des conflits entre éleveurs nomades arabes et cultivateurs autochtones ouaddaïens.

« Dès maintenant, nous allons déployer des forces militaires qui vont assurer la sécurité de la population dans la zone », a assuré dimanche le président Déby, en déplacement dans le Sila pour cette annonce.

« Dès que je quitte la province de Sila, il faut désarmer tous les civils de la zone qui ont des armes entre les mains », a-t-il ordonné.

Outre la saisie des armes et la présence de forces militaires, le président tchadien a annoncé l’interdiction de circuler à moto dans les deux régions, ainsi que la suspension des chefs des deux cantons à l’origine des affrontements.

Les violences avaient éclaté après la découverte des corps de deux jeunes éleveurs dans ces villages. « C’est une guerre totale que nous devons engager contre ceux qui portent des armes et sont à l’origine des morts d’hommes », avait dit le président Déby le 9 août lors d’une conférence de presse.

Armes en provenance du Soudan

A l’origine de ces éruptions de violences, on retrouve souvent les mêmes scénarios ou presque : un troupeau de dromadaires piétine le champ d’un agriculteur ou un jardin cultivé par une famille, déclenchant immédiatement la confrontation entre les hommes des deux communautés, la plupart du temps avec des armes à feu.

Le président tchadien a plus particulièrement incriminé l’afflux d’armes venues des pays frontaliers du Tchad en proie à de graves conflits comme la Libye, la Centrafrique ou le Soudan.

« La cause principale de ce conflit intercommunautaire est lié au désordre qui dégénère au Soudan », a-t-il insisté dimanche.