Histoire

140 ans de présence à Jérusalem

Voici un article emprunté du du site du patriarcat latin à Jérusalem, daté du 11 décembre. Le post original se trouve ici.

Le 8 décembre 2018, les Missionnaires d’Afrique ont invité comme chaque année les fidèles et amis à venir célébrer avec eux la fête de l’Immaculée Conception. Cette année, à la fête mariale s’est ajouté le lancement des festivités pour le jubilé des 150 ans de la congrégation et des 140 ans de présence en Terre Sainte.

La messe du 8 décembre est traditionnellement fêtée avec ferveur chez les Missionnaires d’Afrique – connus également sous l’appellation des Pères Blancs – car la solennité de l’Immaculée Conception est la fête patronale de cette Société de prêtres et de la congrégation féminine adossée, les Sœurs de Notre Dame d’Afrique. C’est également la date de la messe consulaire[1] annuelle et à cette occasion le consul général adjoint, M. Rémy Bouallègue s’est joint à la cérémonie.

Mais cette année, la messe du 8 décembre a été également célébrée en union avec la messe de béatification des 19 martyrs morts pour leur foi en Algérie, parmi lesquelles on peut compter quatre Pères Blancs assassinés le 27 décembre 1994 à Tizi Ouzou. Enfin, cette messe du 8 décembre a célébré deux importants jubilés : les 150 ans de la fondation de la Société des Pères Blancs et les 140 ans de présence des Missionnaires en Terre Sainte.

La fraternité au-delà des différences culturelles

C’est la date d’ouverture du premier noviciat, le 18 octobre 1868, qui a été choisi comme date de fondation de la Société des Pères Blancs. Pour le fondateur, Mgr Lavigerie, les Missionnaires d’Afrique doivent se faire « tout à tous » et s’adapter au mode de vie de ceux vers qui ils sont envoyés pour répandre l’Evangile, pour cela ils leur demande de porter l’habit local, de manger la mêm nourriture que les habitants et de parler la langue qui leur permet de s’ouvrir à la culture du pays. Fondée en Afrique du Nord, la société se développe dans une grande partie de l’Afrique. Aujourd’hui encore les Pères Blancs au nombre de 1200 sont majoritairement en Afrique Noire. Au service des paroisses et des diocèses, ils sont au plus proche des besoins de la population et participent activement au dialogue interreligieux. Présents également en Europe, ils font bénéficier les diocèses des pays riches de leur expérience de missionnaires, pour participer à l’accueil des migrants et élargir le regard de l’Eglise sur le monde.

Des Missionnaires d’Afrique au Moyen-Orient ?

Trouver une congrégation principalement tournée vers l’Afrique en plein cœur de Jérusalem depuis 140 ans, peut paraître questionnant de prime abord mais ce serait alors ne pas connaître l’histoire du fondateur. Charles de Lavigerie avant d’être l’archevêque d’Alger et le fondateur de la Société des Pères Blancs fut le premier directeur ecclésiastique de l’Œuvre des Écoles d’Orient (devenu aujourd’hui l’Œuvre d’Orient) et c’est dans ce contexte qu’il a connu, telle une révélation, les Eglises orientales. Ce souvenir reviendra dans un éclair quand la France devenue propriétaire de l’église de Sainte-Anne cherche une communauté religieuse pour la garder. Arrivés en 1878, les Pères Blancs y installent un séminaire dès 1882 pour la formation du clergé grec melkite catholique. Ce séminaire fonctionnera pendant 85 ans, jusqu’à ce que la guerre de juin 1967 impose son transfert au Liban. Depuis lors les Pères Blancs continuent, de diverses manières, le travail pour les Églises d’Orient, leur unité et leur mission, et le service de l’Église de Jérusalem dans les domaines du dialogue œcuménique et interreligieux, et l’action pour la justice et la paix. Grâce aux sessions de formation biblique, organisées à Sainte-Anne depuis 1976, l’Église d’Afrique vient désormais elle-même prier et se ressourcer à Jérusalem.

Cécile Klos

[1] Chaque année, le consul général de France se rend officiellement dans le cadre d’une messe dans chacun des domaines nationaux qui appartiennent à la France et dans certaines communautés religieuses d’origine française.

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La République de Haute-Volta, actuel Burkina Faso, fut établie le , en tant que colonie autonome au sein de la Communauté française. Avant d'obtenir son autonomie, il s'agissait de la colonie de Haute-Volta et faisait partie de l'Union française. Le elle obtient son indépendance de la France.

Le nom de Haute-Volta vient de la Volta, le fleuve dont la partie supérieure coule dans la région.

Histoire

La Haute-Volta accède à l'indépendance le . Le premier président, Maurice Yaméogo, est à la tête de l'Alliance pour la démocratie et la fédération/Rassemblement démocratique africain. La Constitution de 1960 établit l'élection au suffrage universel direct du président et l'Assemblée nationale pour un mandat de cinq ans. Peu après son arrivée au pouvoir, Yaméogo bannit tous les partis politiques autres que l'Alliance pour la démocratie.

Thomas Sankara arrive au pouvoir par un coup d'État le . Après son arrivée au pouvoir il forme le Conseil national de la Révolution (CNR), et en devient le président. Sous sa domination, le nom de l'État est changé le , de Haute-Volta à Burkina Faso, signifiant « la patrie des hommes intègres ».

Politique

De 1958 à 1960, la République de Haute-Volta était dirigée par un Haut-Commissaire :

indpendance

 
Les trois parties de la Volta.
Article connexe : Drapeau de la Haute-Volta.

Les trois couleurs du drapeau national de la Haute-Volta vient du fait que la Volta comporte trois parties :

Hymne national

Fière Volta de mes aieux,
Ton soleil ardent et glorieux
Te revêt d'or et de fierté
Ô Reine drapée de loyauté !

Refrain :
Nous te ferons et plus forte, et plus belle
À ton amour nous resterons fidèles
Et nos cœurs vibrant de fierté
Acclameront ta beauté
Vers l'horizon lève les yeux
Frémis aux accents tumultueux
De tes fiers enfants tous dressés
Promesses d'avenir caressées

Refrain : Le travail de ton sol brûlant
Sans fin trempera les cœurs ardents,
Et les vertus de tes enfants
Le ceindront d'un diadème triomphant.

Refrain :
Que Dieu te garde en sa bonté,
Que du bonheur de ton sol aimé,
L'Amour des frères soit la clé,
Honneur, Unité et Liberté.

Cet hymne a été remplacé depuis 1984 par un nouvel hymne, la Ditanyè.

Actuel Moyen Âge : le Crac des Chevaliers,
histoires d’un château fort (The Conversation)

La Cité de l’Architecture et du Patrimoine consacre en ce moment une exposition au Crac des Chevaliers, célèbre forteresse édifiée au cœur du Comté de Tripoli au XIIe siècle.

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Le Crac des Chevaliers.
Wikipédia

Florian Besson, Université de Lorraine

Le château fort idéal ?

L’exposition retrace rapidement l’histoire de ce lieu : occupé depuis l’Antiquité, le site est fortifié au XIe siècle par une garnison de Kurdes, d’où son nom de Hisn al-Akrad (le château des Kurdes), dont les Latins feront le Crac. La forteresse est prise par Tancrède, alors régent d’Antioche, en 1110, avant de passer sous l’autorité du comte de Tripoli. Celui-ci la concède en 1142 à l’Ordre de l’Hôpital, car elle coûte trop cher à entretenir : ce sont les Hospitaliers qui lui donneront son nom de Crac des Chevaliers. L’exposition passe un peu trop vite sur le contexte historique et géographique de sa création, et on comprend mal notamment l’extrême importance stratégique du lieu : contrôlant la trouée de Homs, qui relie Damas au littoral, il est d’autant plus important qu’il est connecté à d’autres forteresses latines par des réseaux de feux d’alarme.

De cette puissante forteresse, il ne reste, aujourd’hui que le squelette, bien abîmé par les siècles. Les pierres sont érodées, les murs couverts de mousse, le sol de sable. Quand on se rappelle que le château accueillait une garnison de plusieurs centaines d’hommes, on est pris d’un vertige : où sont ces vies d’antan ? Une inscription célèbre, en latin, orne la galerie : « à toi la richesse, la sagesse et la beauté, mais garde-toi de l’orgueil qui gâte tout ce qu’il touche ». L’inscription parle-t-elle de l’ordre religieux, rappelant à ces chevaliers-moines la nécessaire humilité, ou du Crac lui-même ?

Une inscription latine au Crac des chevaliers.
Wikipédia

Un squelette, donc ; mais quel squelette ! Les maquettes, les photographies et les plans présentées dans l’exposition mettent en évidence l’ampleur des fortifications : une triple enceinte, des murs épais de plusieurs mètres, de nombreuses tours…

Le Crac tel qu’il était au Moyen Âge.
Guillaume Rey: Étude sur les monuments de l’architecture militaire des croisés en Syrie et dans l’île de Chypre (1871)., CC BY-SA

La visite virtuelle proposée à la fin de l’exposition vaut à elle seule le détour. Le regard glisse dans le Crac, s’insinue par les fenêtres, fait le tour des salles voûtées, porté par une invisible caméra. On relève notamment une parenté évidente avec le complexe des Hospitaliers à Acre, qui souligne l’existence d’une archéologie proche-orientale clairement distincte de celle qui existe en Occident au même moment.

Ce que l’exposition montre bien, c’est que Le Crac est un château qui n’existe pas, tant il fut transformé, recréé, complété. Chaque génération y ajoute ses tours, son enceinte, y appose sa marque. Au XIIIe siècle, il subit l’influence de l’architecture française : tours rondes philippiques, galerie gothique vers 1250. Les Mamelouks y ajoutent un hammam. Sur les murs, les inscriptions en latin dialoguent avec des phrases en arabe. A l’époque contemporaine, les visiteurs y ajoutent des échafaudages, des poutres, et même, en 1929, une voie ferrée pour déblayer la salle souterraine voûtée.

Le Crac est un château célèbre, y compris à l’époque médiévale. S’il fait rêver, c’est aussi parce qu’il correspond à l’archétype du château. Ses tours altières se détachent sur l’horizon, sa silhouette se découpe sur la crête de la montagne… Les médiévaux auraient été ravis de constater la fascination profonde qu’il exerce encore sur nos imaginaires, car un château est fait pour ça : marquer les esprits, au moins autant que contrôler les territoires.

Un lieu patrimonialisé

Au XIXe siècle, le château est largement oublié : un village s’installe même en plein milieu, réutilisant les pierres pour édifier des maisons. Le Crac va être redécouvert – et réinventé – par des voyageurs occidentaux, à partir des années 1870, en pleine vague orientaliste. Il est par la suite un lieu important de recherches archéologiques et notamment d’expérimentations : le révérend père Antoine Poidebard est ainsi l’un des pionniers de l’archéologie aérienne, notamment autour du Crac.

Ce qui est intéressant, c’est que ce regard fasciné « fige » immédiatement le lieu, qui devient d’un seul coup du patrimoine. Or cette patrimonialisation n’est pas neutre : elle est étroitement connectée à la colonisation du lieu par la France. Paul Deschamps, l’archéologue qui a le plus contribué à faire connaître le Crac, en réalise plusieurs maquettes pour l’Exposition Coloniale de 1931. Dans sa pensée se mêlent une appropriation personnelle – il parle ainsi de « mon Crac des chevaliers » – et une appropriation nationale du lieu : c’est lui qui persuade la France d’acheter le château.

Maquette exécutée au 1/100e sur les plans de François Anus, par le sculpteur M. Prévost. Elle fut présentée à l’Exposition coloniale internationale de Paris en 1931 dans le pavillon de la Syrie et du Liban. Elle fut ensuite déposée au Musée de sculpture comparée du Trocadéro à Paris.
Site du ministère de la Culture

L’entremêlement des enjeux archéologiques, touristiques et patriotiques souligne à quel point l’exploitation économique et culturelle des colonies vont de pair : en 1931, une affiche invite par exemple à « visiter la Syrie » en utilisant l’image du Crac.

La Syrie et le Liban, Pays de tourisme et de villégiature, Le Krak des Chevaliers.
Jean Picart le Doux (1902-1982), Imprimeur Fernand Mourlot, Paris, 1935 © Paris, Musée des Arts Décoratifs © Adagp, Paris, 2018

Une note du ministère des Affaires étrangères rappelle que ce patrimoine peut pousser les « hommes cultivés » à visiter la Syrie, et que « les hommes cultivés sont quelquefois riches ». Le patrimoine archéologique fonctionne clairement comme une ressource dans laquelle la métropole vient puiser, pour son propre enrichissement.

Un savoir colonial

La provenance des documents s’avère, à cet égard, tout aussi instructive que leur nature. Photos de l’Ecole Biblique de Jérusalem, photos et plans des archéologues occidentaux mandatés sur place, tableau fait pour le général Henri Gouraud, haut-commissaire de la France au Levant entre 1919 et 1923 : c’est tout l’empire colonial, dans la diversité de ses acteurs et de ses rouages, qui se donnent à voir en creux, en bas des cartels de l’exposition. On distingue bien, en particulier, le rôle clé de l’armée. C’est le général Weygand qui fait appel à Jean-Charles Dural, le général Henri Gouraud à Camille Enlart. La fabrique du savoir archéologico-historique est indissociable de la colonisation.

Le regard porté sur le Crac participe pleinement de la fabrication de cette « plus grande France » que l’on fait rayonner non seulement dans l’espace mais aussi dans le temps. Car c’est bien ce que l’on s’approprie avec le Crac : un lieu, mais aussi, et probablement surtout, une histoire. Ce n’est pas un hasard si René Grousset publie le premier tome de son Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem en 1934 : l’ouvrage, qui connaît un vif succès, fait des croisades le prélude d’une colonisation française présentée comme bonne et efficace. Selon une citation apocryphe, le général Gouraud, entrant à Damas en 1920, aurait déclaré, devant la tombe de Saladin, « Nous voici de retour, monsieur le sultan ! ». Les photos montrant des soldats français posant fièrement dans le Crac, ou ce film les montrant en train d’y défiler lors de la procession des Rameaux, sont extrêmement symboliques : se joue là une revanche de l’histoire.

Soldats des troupes spéciales du Levant affectés au déblaiement du Crac des Chevaliers.
Paul Deschamps, autochrome, 1929 © Charenton-le-Pont, Médiathèque de l’architecture et du patrimoine/ Dist. RMN-Grand Palais

Le Crac est célébré comme un chef d’œuvre français, dont l’existence souligne la grandeur éternelle de la civilisation française, en même temps que comme un signe presque prophétique, venant, à des siècles de distance, légitimer la colonisation du Proche-Orient.

Et aujourd’hui, que reste-t-il du Crac ? Une photographie présentée à la fin de l’exposition met en évidence, sur le mode avant/après, l’ampleur des destructions subies durant le conflit syrien.

Orthophotographie : la galerie gothique avant et après les bombardements de 2013-2014.
Image élaborée par Iconem sur la base de données fournies par l’Unesco © Unesco.

Ces dommages sont immédiatement resémantisés comme des « dégradations » qu’il s’agit d’effacer au plus vite – alors même que l’histoire du Crac souligne bien qu’il n’existe pas d’état idéal vers lequel il conviendrait de le « restaurer ». Cette présence discrète du conflit est assez révélatrice : comme s’il suffisait de remonter un mur, de reconstruire une arche pour panser les blessures d’une société déchirée par elle-même, dans l’indifférence totale de l’Occident. Indifférence aux hommes, en tout cas, car nous nous soucions des pierres : les temples de Palmyre, les murs du Crac semblent nous toucher davantage que les hommes et les femmes qui souffrent tout autour. Notre compassion est pétrifiée, au sens propre du mot. Cette fascination exclusive pour les pierres, les médiévaux l’auraient probablement moins comprise : car ces coquilles de pierre que sont les châteaux sont faites avant tout pour protéger les hommes et les femmes qui vivent dans les vallées et peuvent y trouver refuge. Il faut dire qu’il sera plus simple de restaurer le Crac que de reconstruire la Syrie ; mais il conviendrait peut-être de ne pas oublier que l’essentiel de l’histoire d’un pays réside dans son peuple, plus que dans ses ruines.


Pour aller plus loin, retrouvez la thèse de Florian Besson sur
« Les barons de la chrétienté orientale. Pratiques du pouvoir et cultures politiques en Orient latin (1097-1229) »
The Conversation

Florian Besson, Docteur en histoire médiévale de l’Université Paris-Sorbonne et ATER à l’Université de Lorraine (Metz), Université de Lorraine

This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article.

Octobre 1988 : les secrets d’un « printemps ­algérien »

| Par - envoyé spécial à Alger

Une édition enrichie de l’ouvrage référence de Sid Ahmed Semiane sur les événements d’octobre 1988 paraît à la fin du mois. En voici, en exclusivité, les bonnes feuilles.

Octobre 1988. Des émeutes d’une extrême violence secouent plusieurs régions de l’Algérie, obligeant le président Chadli Bendjedid, au pouvoir depuis dix ans, à faire sortir l’armée des casernes pour rétablir l’ordre. Le bilan est lourd. Le traumatisme l’est tout autant. Révolte spontanée ou complot ourdi par un clan au pouvoir ? Tortures ordonnées et couvertes par l’État ou simples dépassements d’agents devenus incontrôlables ? Trente ans plus tard, toutes les vérités n’ont pas été dites sur cet épisode qui signa la fin du système du parti unique – le FLN – et ouvrit la voie au pluralisme.

Les protagonistes sont aujourd’hui décédés, âgés ou astreints à un devoir de réserve en vertu d’une loi de 2016. L’écrivain et journaliste Sid Ahmed Semiane (SAS) a eu accès à ces témoins privilégiés. Une première fois pour un ouvrage de référence publié en 1998, intitulé Octobre. Ils parlent, dans lequel il confessait responsables politiques et militaires, acteurs de l’opposition et victimes.

Une nouvelle édition sortira fin octobre chez Barzakh, enrichie de témoignages, d’éclairages et de documents. L’ouvrage original n’aurait pas vu le jour sans le concours de l’avocat Miloud Brahim, dont l’entregent et le carnet d’adresses ont permis d’entrouvrir les portes du sérail et de convaincre les responsables civils et militaires de livrer enfin leurs versions des faits. Une gageure tant ces hommes cultivent le secret, la confidentialité et l’omerta.

Voyage au cœur du pouvoir

Le général-major Larbi Belkheir, chef de cabinet de la présidence en octobre 1988, et le général-major Lakehal Ayat, chef du renseignement à l’époque, ont accepté de revenir sur le contexte entourant ce « printemps ­algérien ». EI-Hadi Khediri, alors ministre de ­l’Intérieur, sur les accusations de torture. Le général Khaled Nezzar, commandant des forces terrestres, chargé du maintien de l’ordre durant l’état de siège décrété le 6 octobre, fut le premier à témoigner en 1998.


Sachez que si vous ne faites pas l’Histoire, elle se fera contre vous, lance Sid Ahmed Semiane  à Nezzar

Nezzar se prêta alors au jeu des questions-réponses pendant sept heures. Mais le 25 juin 1998, l’assassinat du chanteur Matoub Lounès manque de faire capoter le projet du livre. Au lendemain de ce crime qui embrase la Kabylie, Nezzar décide de retirer son témoignage. « Le pays va mal, explique-t-il à son confesseur. Ce n’est pas le moment de parler. » Le journaliste insiste. Le témoignage de Nezzar, dont l’ascendant moral sur les civils et les militaires est évident, est la clé de voûte de l’ouvrage. Si lui se défile, personne n’acceptera plus de parler.

« Sachez que si vous ne faites pas l’Histoire, elle se fera contre vous », lance SAS. Nezzar se laisse convaincre. D’autres personnalités firent le choix du silence, comme le président Chadli, impossible à approcher après qu’il eut quitté ses fonctions avec fracas en janvier 1992, et qui emporta ses secrets dans la tombe vingt ans plus tard. Mouloud Hamrouche, secrétaire général de la présidence en 1988, refusa aussi de témoigner. Le ­général Mohamed Bétchine, chef de la direction centrale de la sécurité de ­l’armée ? Il posa une condition : ne pas évoquer la ­torture contre les manifestants et opposants.

Octobre. Ils parlent est un voyage saisissant et documenté – 500 pages –  dans les arcanes du pouvoir. Une plongée fascinante et bouleversante au cœur de ces événements qui changèrent le cours de l’histoire de l’Algérie.


Combien de morts ?

Selon le bilan établi le 12 octobre 1988 par la gendarmerie nationale, 169 personnes – 144 civils et 25 membres des services de sécurité – ont perdu la vie durant les événements. La vox populi évoque, elle, de 500 à 1 000 morts. C’est ce chiffre qui est repris partout, ce que déplore Khaled Nezzar, chef du commandement terrestre à l’époque des faits.

Selon lui, l’armée avait communiqué aux médias un bilan officiel lors d’une réunion tenue sur les hauteurs d’Alger. « Aucun journaliste n’a rapporté le contenu de notre conférence », déplore le général-major.

La date du 18 octobre est importante
pour les Missionnaires d'Afrique qui célébrent
le 150ème anniversaire de leur fondation, car les premiers candidats sont arrivés à cette date
avec l'ouverture le 19 octobre 1868 du premier noviciat.

(lire la suite)