Histoire

80 ans de la rafle du Vel’ d’Hiv : Shoah, le tournant de l’année 1942 

Grand format 

La France va commémorer à partir de vendredi le 80e anniversaire de la rafledu Vél’ d’Hiv. C’est durant l’année 1942 que la politique antisémite du IIIe Reich et celle du gouvernement de Vichy, qui collabore avec l’Allemagne nazie, basculentdans l’horreur.

  • Charlotte de Frémont, 

 

80 ans de la rafle du Vel’ d’Hiv : Shoah, le tournant de l’année 1942
 
Des déportés au camp de Drancy en 1942, avant d’être transférés vers les camps de concentration en Allemagne.AFP

« Nous t’écrivons en ce moment dans un wagon, car depuis ce matin nous sommes en route vers une destination inconnue. » Ces mots glacent, tracés à la hâte sur une feuille de cahier jaunie. Car la destination finale de l’auteur de cette lettre, jetée du train du convoi 15 en partance de Beaune-la-Rolande (Loiret) le 5 août 1942, était le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau, un des centres névralgiques de la « solution finale », stratégie d’élimination du peuple juif par le IIIe Reich allemand.

 

80 ans de la rafle du Vel’ d’Hiv : Shoah, le tournant de l’année 1942

La complicité des autorités françaises

Jusqu’en novembre 1942, la France est coupée en deux : au nord, la zone occupée par l’Allemagne ; au sud, la zone libre. Au sein du gouvernement de Vichy, la collaboration avec l’occupant est étroite depuis la défaite de juin 1940. Le maréchal Pétain détient les pleins pouvoirs et le régime, qui se fonde sur une idéologie nationaliste, xénophobe et antisémite, promulgue plusieurs statuts excluant les Juifs de la société.

« Le gouvernement de Vichy a besoin de l’Église catholique, c’est sa principale caution morale. »

Jacques Semelin, historien

Au début de l’été 1942, un objectif est fixé : 100 000 Juifs doivent être arrêtés et déportés durant l’année. À Paris, 27 400 fiches d’arrestation sont rédigées. « L’État français ne subit aucune obligation ni pression par les nazis, rappelle l’historien Tal Bruttmann. Certains hauts fonctionnaires proposent même de tout mettre en œuvre pour montrer leur “savoir-faire”. »

 

80 ans de la rafle du Vel’ d’Hiv : Shoah, le tournant de l’année 1942

L’opération « Vent printanier » est décidée pour le 16 juillet, et dure deux jours : c’est la tristement célèbre rafle du Vélodrome d’Hiver, au cours de laquelle 4 500 policiers et gendarmes français sont impliqués. L’État français assume les frais de transport, de ravitaillement, et la réquisition des lieux : 12 884 personnes sont arrêtées. Elles vivront l’enfer des camps d’internement du Loiret et de Drancy, puis seront déportées vers Auschwitz pour y être assassinées. Parmi eux, environ 4 000 enfants, à la demande de Pierre Laval, le chef du gouvernement de Vichy. Seule une centaine de personnes survivra.

Rafles en zone libre

Difficultés administratives, fuites au sein de la préfecture… Un certain nombre de Juifs en réchappent. Les arrestations de familles entières, inédites jusqu’alors, font réagir une partie de l’opinion publique contre la politique de Pétain : des réseaux pour les aider à fuir se développent. « Pour les autorités, l’opération est un “semi-échec” », analyse Jacques Semelin, historien et auteur de La survie des Juifs en France.

 

80 ans de la rafle du Vel’ d’Hiv : Shoah, le tournant de l’année 1942

Pour Vichy, il faut atteindre le « quota » décidé. En août 1942, des rafles de juifs étrangers sont organisées par l’État français dans le sud du pays, en zone libre. Plusieurs évêques, comme Mgr Jules Saliège, à Toulouse, s’y opposent fermement. « Or le gouvernement de Vichy a besoin de l’Église catholique, c’est sa principale caution morale », rappelle l’historien. « Il y a dès lors un problème d’assise politique du régime. »

L’année suivante, en 1943, 17 049 Juifs sont arrêtés en France. Dans le monde, la Shoah comptera six millions de victimes.

 

80 ans de la rafle du Vel’ d’Hiv : Shoah, le tournant de l’année 1942

-------

La traque des juifs sous le régime de Vichy

3 octobre 1940 : Une loi sur le « statut des juifs » est promulguée par Vichy, définissant une prétendue appartenance à une « race juive » et leur interdisant certaines professions (presse, professions libérales, fonction publique). Le 2 juin 1941, un 2e statut est promulgué, élargissant les exclusions.

29 mars 1941 : Création du commissariat général aux questions juives, chargé de préparer les dispositions législatives antijuives.

14 mai 1941 : Environ 3 700 hommes juifs sont arrêtés lors de la « Rafle du billet vert », la première en France.

20 août 1941 : Ouverture du camp d’internement pour Juifs de Drancy.

27 mars 1942 : Premiers convois de Juifs de France vers Auschwitz-Birkenau, au départ de Drancy et de Compiègne.

16 et 17 juillet 1942 : Rafle du Vel’d’Hiv à Paris.

23 août 1942 : Lettre pastorale « sur la personne humaine » de Mgr Saliège, prenant position contre les rafles.

6 avril 1944 : Arrestation et déportation des 44 enfants juifs d’Izieu (Ain) par Klaus Barbie.

17 août 1944 : Départ du dernier convoi de Drancy pour Auschwitz.

Algérie: 60 ans après la proclamation de l’indépendance, le souvenir d’un 5 juillet euphorique

L'Algérie célèbre ce mardi 5 juillet le 60e anniversaire de son indépendance. Une parade militaire est prévue dans la capitale, la première depuis 33 ans. Alors que les Algérois se souviennent de l’euphorie dans les rues, certains questionnent l’enseignement jugé bancal de l’accès à l’indépendance.

 

Le 5 juillet 1962, Salim avait 12 ans. Il se rappelle les manifestations de joie à Alger pour célébrer l'indépendance de l'Algérie : « On a envahi le centre-ville. Parce que pendant un bon moment, les quartiers arabes étaient coupés des quartiers européens, au moment où l’OAS agissait : cela terrorisait tout le monde. Mais à l’indépendance, on a envahi la ville pour danser, pour rire, pour chanter. »

Au quartier Belcourt, à Alger, Mahdia était également dans la rue le 5 juillet 1962 : « On marchait avec mes parents, on est descendus en ville, je voyais des lumières et les gens étaient devenus presque fous dès l’indépendance. Maintenant, il y a des choses qui ne vont pas bien, mais nous sommes capables de relever le défi. »

Soixante ans après l'indépendance, Salim se dit optimiste quant à la possibilité de changement dans le pays. « On a eu le printemps 1980 [lors des manifestations réclamant la reconnaissance de la langue et identité berbères, NDLR], on a eu le 5 octobre 1984 [début de manifestations qui ont entraîné la fin du système du parti unique], on a eu les années 1990 [la décennie noire, où l’Algérie a fait face à une guerre civile], on a eu le 22 février 2019 [naissance du mouvement du Hirak], donc les Algériens marchent encore. Et c’est ça l’espoir : c’est quand un peuple ne s’arrête pas de marcher. »

 

 À lire aussi : Algérie, la longue route vers l'indépendance

Paléontologie : les australopithèques d’Afrique du Sud prennent un coup de vieux 

Récit 

Une étude parue lundi 27 juin dans la revue scientifique « Pnas » repousse d’au moins un million d’années les fossiles d’australopithèques découverts dans des grottes en Afrique du Sud. De quoi montrer une coexistence avec ceux d’Afrique de l’Est.

  • Audrey Dufour, 
Paléontologie : les australopithèques d’Afrique du Sud prennent un coup de vieux
 
Le crâne d’une australopithèque, découverte en 1947 sur le site de Sterkfontein, en Afrique du Sud.JASON L. HEATON/BIRMINGHAM-SOUTHERN COLLEGE

Un million d’années dans la vue ! Une coopération internationale a revu à la hausse l’âge d’Australopithecus africanus, une espèce d’australopithèque qui vivait en Afrique australe. Jusque-là, des analyses sédimentaires du site de fouilles de Sterkfontein, en Afrique du Sud, considéraient ce lointain cousin comme présent depuis une période de 2,1 à 2,6 millions d’années. La nouvelle estimation repousse cette fourchette entre 3,4 et 3,7 millions d’années.

La faute aux stalagmites, ou plutôt aux stalagmites « plates ». « Les sols de ces grottes ressemblent à des mille-feuilles », décrit Laurent Bruxelles, géoarchéologue de l’université Toulouse Jean-Jaurès et coauteur de l’étude parue dans Pnas lundi 27 juin. Les premières estimations avaient été réalisées en datant des calcaires déposés par ruissellement dans une couche sédimentaire où avaient été retrouvés des fossiles. La technique est classique. Mais, dans ce cas précis, la datation a été faussée par le ruissellement : les roches analysées se sont infiltrées bien après dans la couche géologique qui contient les fossiles.

Pour la nouvelle mesure, c’est donc le quartz qui a été passé à la moulinette, notamment des formes rares de certains éléments chimiques – l’aluminium et le béryllium. « Tant que les roches sont à la surface, ces isotopes vont être produits en raison des rayonnements cosmiques, explique Laurent Bruxelles. Puis, quand la roche est recouverte ou enterrée dans une grotte, ces isotopes vont peu à peu disparaître, avec un taux de décroissance connu. » À partir des isotopes restants, il est ainsi possible de savoir quand la roche a été enfouie et donc quand se sont fossilisés les os.

Une coexistence parallèle d’australopithèques

Cette nouvelle datation confirmerait que l’australopithèque sud-africain a vécu à la même époque que son voisin d’Afrique de l’Est Australopithecus afarensis. Et ne peut donc pas en être son descendant. Une vraie révolution, qui aurait enthousiasmé le paléoanthropologue Yves Coppens, mort la semaine dernière et codécouvreur en 1974 de Lucy, le plus connu des squelettes d’australopithèque afarensis.

« Cette actualisation montre une évolution synchrone, qui invite à réfléchir sur l’apparition des australopithèques à l’échelle de tout le continent africain en sortant du débat sur les différents berceaux de l’humanité », estime Laurent Bruxelles. Depuis quelques décennies, les paléoanthropologues ont abandonné l’idée d’une unique lignée humaine, pour parler plutôt d’un « buisson », plusieurs espèces cohabitant et évoluant parallèlement.

Moktar Ould Daddah et le Sahara occidental, les raisons d’un putsch (5&6)

 

Le 14 novembre 1975, le président mauritanien Moktar Ould Daddah signe les Accords de Madrid sur le partage du Sahara occidental. Le pacte lui octroie le sud du territoire tandis que le Maroc annexe la partie nord. Mais l’Algérie, écartée de ce partage, ne l’entend pas ainsi et déclare la guerre à la Mauritanie. Elle y mène des opérations commandos  et arme le front Polisario, les rebelles du Sahara occidental.

Le pouvoir de Moktar Ould Daddah  commence à montrer quelques signes de faiblesse face au coût vertigineux de la guerre.

Moktar Ould Daddah, la difficile unité nationale (3&4)

 

En Mauritanie, le président Mokhtar Ould Daddah parvient durant la première moitié de la décennie 1960 à installer un régime fort, voire autocratique.

Il est désormais craint par les différentes forces traditionnelles et le parti unique qu’il a installé lui est fidèle. Et même si son voisin le Maroc continue de manifester des velléités d’annexion, Moktar Ould Daddah ne craint pas grand-chose puisqu’il bénéficie du soutien actif à la fois de Paris mais également de nombreuses nations africaines.

Avec la décision en 1966 de rendre la langue arabe obligatoire dans l’enseignement, les premiers incidents sérieux éclatent. La communauté noire qui n’est pas arabophone manifeste, et l’unité nationale apparente vole en éclats.