Histoire

Mathieu Kérékou: au Bénin, la fin d’une ère (13&14)

 

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Mathieu Kérékou, le 2 mars 2001, à Ouidah, pendant sa campagne présidentielle. © ISSOUF SANOGO/AFP

 

Adrien Houngbédji, le Premier ministre nommé par Mathieu Kérékou, jette l’éponge. L’homme se sent marginalisé, peu respecté par les ministres et peu soutenu par le président. En 1999, il est élu président de l’Assemblée nationale, acquise à l’opposition. Chaque camp affûte ses armes. Tous les coups ou presque sont permis en cette période pré-électorale. Comment Mathieu Kérékou va-t-il gérer cette nouvelle donne ?

France-Algérie: «Individus, groupes, institutions sont portés sur la nostalgie» selon N. Sidi Moussa

 

Il y a soixante ans, les représentants des indépendantistes algériens et ceux du gouvernement français signaient à Evian un accord destiné à mettre fin à plus de sept années de guerre en Algérie. Le conflit a été violent, il ne s'est d'ailleurs pas éteint immédiatement avec les accords... Il continue surtout, soixante ans après, à peser dans les relations entre l'Algérie et la France. Pourquoi ce passé reste-t-il aussi présent ? Le chercheur en science politique Nedjib Sidi Moussa, auteur d'Algérie, une autre histoire de l'indépendance, est notre invité.

 

RFI : 60 ans après, pourquoi est-ce que Paris et Alger ne sont pas complétements sortis de la guerre d'Algérie ?

Nedjib Sidi Moussa : La guerre est terminée, mais dans le discours, ça peut revenir, ça peut ressurgir, il y a des groupes, il y a des individus, des institutions qui peuvent être davantage portés sur la nostalgie, le ressentiment, et justement quand il y a un intérêt particulier, une conjoncture spécifique, et bien avoir l'envie, la tentation de remettre ce dossier sur la table et de raviver des blessures du passé.

Est-ce que c'est une question qui continue à hanter le débat public d'une manière ou d'une autre dans les deux pays ?

Clairement. Il y a une rupture, il y a une coupure, c'est la fin de l'empire français qui va se rétracter. La France va devoir se penser sur son territoire métropolitain et envisager désormais les enjeux au niveau européen, et cette question algérienne est devenue ensuite une question immigrée, puis une question musulmane, c'est quelque chose que justement des courants nationalistes, impérialistes et racistes en France n'ont jamais véritablement digéré.

Est-ce que c'est une question qui est purement mémorielle, ou est-ce que derrière ce bras-de-fer sur une histoire commune, il y a des questions de politique ou de géopolitique, qui sont très actuelles, celles-là ?

Cette question franco-algérienne ou les rapports entre les deux sociétés ce n'est pas qu'une question de mémoire, le paradoxe c'est qu'on a deux États, on a une indépendance, et en même temps on a cet enchevêtrement de plus en plus important entre les deux sociétés, entre autres en raison de la question migratoire, et ça c'est peut-être quelque chose qui n'est pas compris ou pas assumé des deux côtés. Moi c'est quelque chose qui me parait aberrant, par exemple, le fait qu'il puisse encore exister des visas entre les deux pays, ça veut dire justement que la présence des uns et des autres est vue comme étant problématique. Et de l'autre côté ce qui est agité comme étant un spectre, mais qui est largement exagéré, c'est la place que l'on trouve disproportionnée de la France, plutôt au niveau culturel. La place de la langue française par exemple. C'est ce qui va être combattu, notamment récemment par des mesures symboliques, le fait que des enseignes ou des documents ou des déclarations sont de moins en moins faites en français par exemple, c'est vu par les courants culturalistes algériens plutôt conservateurs comme étant le parachèvement de l'indépendance, mais au niveau culturel.

 Le président français Emmanuel Macron a posé une série de gestes mémoriels, afin dit-il de réconcilier la France et l'Algérie, il a par exemple reconnu le rôle de l'armée française dans la mort du mathématicien Morice Audin, le rôle également de la France dans la mort de l'avocat nationaliste Ali Boumendjel durant la bataille d'Alger. Comment est-ce que ces gestes sont perçus en Algérie ?

Ils sont vus comme étant des gestes allant globalement dans le bon sens, mais comme étant des gestes trop symboliques. Il y a une attente, ce n'est pas la mienne, mais il y a une attente d'excuses ou de reconnaissance véritable de ce qu'a été la colonisation, les crimes perpétrés pendant la guerre d'Algérie. Ça en dit long aussi sur la façon dont les Algériens se voient aujourd'hui, ou dont ils mesurent les promesses de l'indépendance, c'est-à-dire qu'on est très loin de l'euphorie où on regardait vers le futur. Ce qui comptait c'était de développer le pays, c'était développer des infrastructures au niveau industriel, au niveau culturel, de développer l'agriculture, or qu'est-ce qui s'est passé : avec l'échec, si vous voulez, du modèle de développement de l'indépendance, et bien il y a eu une espèce de retour vers le passé, et une espèce de ressentiment une fois l'euphorie tombée, des années après et la volonté de demander des comptes.

Est-ce que c'est un problème de génération ? Pour le dire autrement, est-ce que ces tensions vont disparaitre avec la génération qui les a vécues, qui les a portées ?

Je ne pense pas. Le problème -qu'on retrouve pour d'autres séquences historiques- c'est que les générations qui n'ont pas vécu directement le conflit vont alimenter un récit sans nuances. Un récit qui va essayer de défendre la mémoire de martyrs, de héros, sans nécessairement comprendre la complexité des enjeux, leurs nuances, la subtilité que les acteurs avaient pu vivre justement, en raison de leur engagement propre. J'ai mené des entretiens avec des anciens combattants, des anciens militants de l'indépendance, ils n'étaient pas du tout dans un discours qu'on peut retrouver aujourd'hui, ils se battaient pour la justice, pour l'égalité, ils ne se battaient pas véritablement contre la France en tant que telle, en tant qu'idée, et en tant que peuple encore moins. Ce n'est pas tant une question de génération, à mon avis, que de transmission. Il y a un déficit criant en termes d'écriture, en termes de constitution de savoir, en termes de diffusion, et l'université française n'est pas à la hauteur très clairement.

Algérie : reportage dans les rangs de l’Armée de libération nationale, en 1962

Mis à jour le 17 mars 2022 à 11:21
 

 

Soldats de l’Armée de libération nationale, vers 1960. © Collection Kharbine Tapabor

 

« Au cœur des accords d’Évian » (2/4). Mars 1962. Alors que Français et Algériens s’apprêtent à signer les accords d’Évian et à mettre un terme à une guerre qui aura duré huit ans, Béchir Ben Yahmed réalise, pour JA, un reportage dans les rangs de l’ALN, à la frontière tuniso-algérienne. Extraits de ce récit magistral.

À 150 km de Tunis, 50 km avant d’atteindre la frontière algérienne, vous apercevez déjà l’importance de l’ALN : une théorie presque ininterrompue de camions Mercedes, venant de Libye, sombres comme la guerre, réguliers comme un fleuve au printemps, amènent à travers la Tunisie armes, munitions, ravitaillement. Ils sont immatriculés au nom de la République algérienne et ils charrient leur chargement au flanc du djebel qui sépare la Tunisie de l’Algérie.

De là, d’autres véhicules tout-terrain les amènent de nuit, tous feux éteints, jusqu’aux postes de commandement arrière de cette étrange armée, qui, du coucher du soleil à l’aube, anime la montagne. De rocher en rocher, de cache en cache, mètre par mètre, les armes, les vivres, les médicaments parviennent, à dos d’homme ou de mulet, jusqu’aux postes avancés algériens qui forment le front de l’ALN, en face de la ligne Challe.

Dans le no man’s land

Un front ? Le mot peut sembler ronflant à qui n’a pas vu la chose. Voici ce que j’ai vu : sur le pourtour du fameux « bec de canard » qui s’enfonce en Algérie et dont la pointe extrême n’est pas à 10 km de la ligne Challe, des dizaines de batteries de canons – de 85, de 105, de mortiers de 120 –, enfouies dans d’immenses galeries souterraines, servies par des artilleurs algériens et crachant le feu, à travers la vallée, sur les postes français qu’on peut observer à la jumelle ou même à l’œil nu.

LE TERRAIN ÉTAIT TREMPÉ, LE CIEL ÉTAIT BAS ET TOUT SEMBLAIT CALME

Visitant l’une de ces batteries, dès que notre groupe a montré la tête, au-dessus de la crête, nous avons entendu siffler autour de nous les obus français de 155 arrosant la terre. Nous pouvions en nous baissant ramasser les éclats coupants et tièdes, éparpillés tout autour de nous.

J’ai aussi vu les avions d’observation et de chasse français sillonner la vallée verdoyante qui fait no man’s land entre les deux lignes adverses. Les avions étaient repoussés par les batteries de DCA algériennes, chaque fois qu’ils faisaient mine de se rapprocher du territoire tunisien. […]

L’après-midi d’un chef de bataillon

L’opération, déclenchée par l’état-major de l’ALN, était à son sixième jour. Le terrain était trempé, le ciel était bas et, en ce début d’après-midi, au moment où nous quittions le PC arrière d’un de ces bataillons algériens, tout semblait calme.

« Nous nous contentons de surveiller le front, nous dit le chef de bataillon. Il s’agit pour notre artillerie d’empêcher les Français de sortir de leurs postes, d’opérer les relèves ou d’amener des renforts. »

IL MARCHAIT DEVANT NOUS, D’UN PAS HUILÉ, RÉGULIER COMME LE TIC-TAC D’UNE MONTRE

Nous avions déjeuné dans le PC, une simple hutte camouflée sous les arbres. Menu : une soupe de lentilles servie dans des gamelles, une orange et du café. À 13 h 30, notre petit convoi s’ébranlait. Si Khaled, le chef du bataillon, marchait devant nous, sans effort semblait-il, de ce pas huilé, régulier comme le tic-tac des montres qu’ont les grands coureurs. Grand, mince, il s’appuyait sur une canne légère. Son adjoint opérationnel marchait derrière lui du même pas. Un petit chien kabyle trottinait en contrebas.

À quelques mètres, chaussés de pataugas et revêtus, pour plus de commodité, de la tenue de l’ALN, nous suivions, essayant de tenir la cadence. Cinq heures après, nous avions visité plusieurs sections, le PC avancé du bataillon, les pièces de DCA et les canons installés sur les crêtes, essuyé le feu d’une batterie française, interrogé les troupes qui, la veille, étaient au feu sur la ligne Challe. […]

« J’étais de l’autre côté »

En cinq heures, nous avions parcouru plus de 20 km, gravi et redescendu deux ou trois djebels de 7 000 à 8 000 mètres de haut. Nous étions épuisés, trempés, affamés. Si Khaled, le soir, rompait tranquillement le pain entre nous, à la lumière d’une lampe à pétrole, et partageait, entre ses adjoints et nous, les sardines et les olives qui formaient le dîner.

AUCUN INSIGNE NE DISTINGUE L’OFFICIER DE SES HOMMES, PAS UN CENTIME DE SOLDE NE LES SÉPARE

« Vous êtes fatigués, bien sûr, nous dit-il. Même nos recrues s’évanouissent, les premiers jours, lorsqu’il s’agit de faire 40 km d’une traite à travers les rochers. Il faut deux mois et demi environ pour que la mécanique humaine se fasse à ce rythme. Certaines unités françaises y sont arrivées… »

 

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Photographie de combattants de l’ALN, diffusée sous forme de carte postale par le ministère de l’Information du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). © Collection NBL/Kharbine-Tapabor

 

Rien chez cet homme au jarret d’acier, au sourire modeste et presque timide, qui mène la vie dure et frugale de ses hommes sans qu’un insigne l’en distingue, sans qu’aucune marque de déférence ou un centime de solde l’en sépare, ne dit son grade dans l’ALN. Rien n’indique qu’il était, il y a quatre ans encore, officier de carrière dans l’armée française. C’est lui qui nous le révélera en passant : « Oui, j’étais de l’autre côté, en Allemagne. Je ne pouvais pas y rester, naturellement ».

Puis, désignant son adjoint :

-« Lui aussi vient de chez eux. […]

– Parmi les cadres de l’ALN, combien viennent de l’armée française ?

– Peut-être 60 à 70%. Depuis 1958, nous avons eu le temps d’en former. Les artilleurs que vous avez vus, par exemple, ont été formés chez nous.

– Avez-vous eu des instructeurs étrangers ?

– Je n’en ai jamais vu. En revanche, beaucoup d’entre nous ont suivi des cours d’instruction à l’étranger. C’est eux qui, de retour, ont formé les frères sur place.

LES HARKIS ? NOUS LES CONSIDÉRONS COMME DES ÉGARÉS. NOUS LEUR OUVRONS LES YEUX

– J’ai vu, à l’état-major, des tracts par lesquels l’ALN appelle les harkis à déserter et à rejoindre l’armée algérienne. Lorsqu’ils viennent à vous, que se passe-t-il ?

– Nous les considérons comme des égarés. Nous leur ouvrons les yeux. Nous leur expliquons ce qu’est la patrie algérienne, pourquoi nous combattons. Au bout d’un certain temps ils s’intègrent.

– Le barrage que constituent les lignes Challe et Morice est-il aussi infranchissable qu’on le dit ?

– En petites unités légères nous le traversons avec 20% de pertes environ. Entre la ligne Challe et la ligne Morice nous avons des hommes pour convoyer et protéger. Au-delà de la ligne Morice également. Dans le sens Algérie-Tunisie c’est beaucoup plus facile.

– Comment vos hommes peuvent-ils vivre avec une solde aussi faible ?

– Soldats et officiers ont la même solde. Ils ont tout ici, jusqu’à la savonnette et la lame pour se raser. Les familles perçoivent une indemnité en Algérie. La permission est de cinq jours, y compris l’aller-retour. On n’a pas beaucoup d’occasions de dépenser l’argent.

LE JOUR DU CESSEZ-LE-FEU, JE NE SAIS PAS SI L’ON DISTRIBUERA UNE SARDINE DE PLUS

– Est-ce que les membres du gouvernement viennent ici ?

– Ben Khedda est venu tout récemment. Il a tout vu, toute la nuit il a discuté avec les hommes. Il s’est enquis de tous les problèmes.

– Quel a été, en face, le meilleur commandant en chef ?

– Challe.

– Et le cessez-le-feu, ça va être un grand jour ?

– Vous ne verrez pas les soldats sauter de joie, vous savez. Ici on ne rêve pas de la “quille”. Je ne sais pas si on distribuera, ce jour-là, une sardine de plus. D’ailleurs, on négocie depuis 1955. Cette fois c’est peut-être la bonne. On verra bien ; lorsque l’ordre sera là, on l’exécutera.

– Ce sera exécuté partout, sans “bavure” ?

– Il n’y a pas de doute là-dessus. L’état-major a besoin de vingt-quatre heures pour toucher par radio toutes les wilayas.

DEMAIN NOS ARMES SERONT LA PAROLE, LA PELLE ET LA PIOCHE

– Et après ?

– Après ? On passera à autre chose. Chaque membre de l’ALN sait qu’après, c’est la révolution. Il faut reconstruire le pays, construire des écoles, forer des points d’eau. Ce sera notre travail.

– Ce n’est pas le rôle des soldats, pourtant.

– Nous ne sommes pas des soldats mais des militants en armes. Demain, nos armes seront la parole, la pelle, la pioche. » […]

La veille, ce langage, je l’avais entendu au PC de zone, c’est-à-dire le poste de commandement opérationnel pour toute la frontière. Le soir, je l’entendrai à l’état-major général de l’ALN. Je n’ai pas eu l’impression d’une leçon  bien apprise. J’ai senti, plutôt, le résultat d’un travail de formation qui, depuis trois ans surtout, s’est effectué en profondeur. […]

Le PC de zone ? C’est, protégé par des postes de garde (avec estafettes, motocyclettes et téléphone de campagne) à 2 kilomètres de chaque côté, le centre nerveux de ce corps d’armée : une impressionnante bâtisse de béton armé, enfouie dans la montagne et sur le toit de laquelle les arbres ont repoussé. Des traces d’obus partout, des cratères de bombes d’avions aussi, car l’aviation et l’artillerie françaises s’étaient acharnées pendant des semaines sur ce réduit. Vous entrez par une porte basse. Vous êtes accueilli par… un chat (chaque unité de l’ALN semble avoir son chat ou son chien) ronronnant dans la chaleur du PC. Un officier, tenue léopard, lunettes d’intellectuel, écarte doucement le chat pour vous faire entrer. […]

« Ce serait presque dommage »

En attendant, autour de la « soupe de l’ALN », nous faisons connaissance avec nos hôtes. La réserve initiale fond et fait place à une camaraderie de bon aloi. On parle plus volontiers arabe que français.

Les officiers de l’ALN ne donnent jamais ni leur nom complet ni leur grade. Le grade, particulièrement, semble ne jamais exister. Vous avez en face de vous Si Abdelkader, Si Abdel Ghani, Si Slimane, Si Omar… Autour de vous, des cartes d’état-major, des  cadavres » de rockets épinglés au mur ou bien la photo de Frantz Fanon, théoricien de la révolution, ou celle de l’émir Abdelkader, premier résistant. J’attaque sur le cessez-le-feu. Toujours la même circonspection :

 » Nous continuerons avec la même détermination. S’il vient, on l’exécutera.

– Mais enfin, on ne parle que de cela, même El Moujahid…

– Ce n’est pas la première fois qu’on négocie. Nous ne sommes pas militaristes, nous ne tirerons pas une cartouche de plus, mais enfin c’est par la guerre qu’on en est arrivés à discuter avec nous. »

IL FAUT QUE DE GAULLE S’OCCUPE DE L’OAS OU BIEN CE SERA NOUS

Un autre officier intervient.

« Moi, je dirais que ce serait presque dommage, au moment où, sur le plan militaire, ça commençait à aller très bien.

– Et l’OAS »?

– L’OAS, c’est l’armée française. Là où il n’y a pas d’armée, il n’y a pas d’OAS. C’est chez l’armée que l’OAS trouve ses armes, son équipement, les renseignements. Elle n’a qu’à se servir.

– Mais l’armée française va rester, dit-on.

– Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est qu’il faut que de Gaulle s’occupe de l’OAS ou bien ce sera nous. Nous ne supporterons pas plus longtemps les souffrances qu’endure notre peuple. Nous lui disons aujourd’hui : “Supporte, ne réagis pas. C’est ton intérêt”. Mieux, nous lui expliquons que Jean, Pierre ou Jacques, qui les dénoncent aujourd’hui quand ils ne versent pas un bidon d’essence sur le cadavre de leur frère, seront demain les gens avec qui il devra cohabiter. Il nous écoute parce qu’il a confiance. Mais il faut une issue.

Tenez, j’ai reçu une lettre de mon gosse (ici, pour la première fois la voix s’altère, le front se baisse). Il avait 5 ans quand je suis parti. Il en a 12. Ce que les yeux de ce gosse ont vu, ce que les yeux de centaines de milliers de gosses d’Algérie ont vu, n’a existé nulle part au monde. Comment seront-ils, ces enfants, demain ? Je ne sais… Ce que je sais, c’est que chaque famille algérienne a souffert de la guerre, y a participé d’une manière ou d’une autre. Les femmes, les enfants même en ont été transformés. Ce sont des faits. […]

 

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Ahmed Ben Bella (à g.), vice-président du GPRA, et le colonel Houari Boumédiène (au centre), chef d’état-major général de l’ALN, entouré de ses adjoints, au siège du GPRA, à Tunis, en mars 1962. © Archives Jeune Afrique

 

Nous sommes nombreux qui aurions pu rester à l’écart ou faire carrière dans l’armée ou l’administration françaises. Nous nous sommes engagés. Personnellement, j’ai passé six ans dans la wilaya 5. Il n’y a qu’un an que je suis ici, à la suite d’une blessure. Au début, je ne me donnais pas un mois à vivre. Cela pour vous dire que, depuis plus de sept ans, des centaines de milliers d’Algériens ont vécu, à la dure, dans le désintéressement le plus complet, exposés chaque jour à la mort. Cela trempe un peuple. Ce peuple nous a compris, suivis, aidés. Nous ne l’oublierons jamais. Ce peuple sera demain exigeant. Personne ne pourra lui raconter d’histoires. Il nous faudra tenir les promesses que nous lui avons faites.

NOUS AVONS JURÉ DE CONSTRUIRE UNE NATION DÉMOCRATIQUE ET SOCIALE

– Quelles sont ces promesses ?

– Vous savez, au début, les gens venaient à nous avec leurs fusils combattre “pour Dieu”. Le fameux “djihad”. Nous les acceptions sans rien dire. Quelques mois après, nous leur expliquions ce qu’est la patrie algérienne, la nation algérienne avec son histoire. Leur combat changeait de sens. Puis, nous leur avons expliqué l’économie algérienne, les ressorts du colonialisme, leurs droits à la terre et à une juste répartition des richesses. Nous leur avons expliqué qu’eux étaient le peuple et que le peuple était souverain. Nous avons juré de construire avec eux et pour eux une nation démocratique et sociale, où l’on travaillera, où l’on sera instruit, logé, nourri. Ces idées-là ont pénétré ; même si nous ne le voulions plus, nous en sommes devenus prisonniers.

MESSALI HADJ NE PEUT PLUS REMETTRE LES PIEDS EN ALGÉRIE

– Est-ce que l’unité du peuple a été réalisée ? Il y a les particularismes, il y a Messali [Hadj], il y a les harkis.

– Messali ? J’ai été, il y a longtemps, on dirait un siècle, l’un de ses disciples fervents. Il a cru qu’il était le père de la nation algérienne et il a oublié qu’il en était le fils. Déjà avant 1954 ça ne marchait plus. Les poils de sa barbe n’étaient plus reliques sacrées que pour un groupe d’individus intéressés qui voulaient utiliser Messali à des fins personnelles.

Pour avoir lutté, en tant qu’un des responsables de la wilaya 5 pendant six ans, contre le messalisme représenté par Bellounis, contre sa pitoyable armée nationale du peuple algérien, je peux dire que le messalisme est fini. Messali ne peut plus mettre les pieds en Algérie. Ses hommes ont fait trop de mal, trop massacré d’Algériens, avec les armes et l’appui de l’armée française.

– Et le Maghreb, est-ce que vous y pensez ?

– Mon point de vue personnel, c’est que je ne le verrai pas. Notre vie sera consacrée à la révolution. Nos enfants s’occuperont du Maghreb. »


Retrouvez tous les épisodes de notre série :

Au cœur des accords d’Évian, soixante ans après

Guerre d’Algérie : Benjamin Stora : « Ap

rès les accords d’Évian, tout le monde était sur ses gardes » (1/4)

 

Algérie : reportage dans les rangs de l’Armée de libération nationale, en 1962 (2/4)

 

Guerre d’Algérie – Benjamin Stora : « Après les accords d’Évian, tout le monde est resté sur ses gardes »

Mis à jour le 16 mars 2022 à 15:00
 


De g. à dr. : Mohamed Seddik Benyahia, Krim Belkacem, Saad Dahleb, le général de Gaulle, Louis Joxe et Benjamin Stora © Montage JA : AFP; Keystone-Gamma via Getty (X2); Lochon/Gamma via Getty; DR


« Au cœur des accords d’Évian » (1/4). Comment ont été reçus les accords du 18 mars 1962 ? Quelles ont été leurs conséquences immédiates ? À l’occasion du 60ème anniversaire de leur signature, l’historien Benjamin Stora revient sur ce tournant pour l’Algérie et la France.

C’était il y a 60 ans, le 18 mars 1962. La signature des accords d’Évian entre les représentants de la République française et ceux du FLN et du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) mettait fin sinon aux hostilités – l’OAS est toujours active et il y aura encore des victimes algériennes et européennes du conflit jusqu’en juillet –, du moins aux combats entre les indépendantistes et l’armée française. Un cessez-le-feu doit en effet intervenir dès le lendemain, le 19 mars. Et un processus permettant aux Algériens de bénéficier sous peu du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est enclenché. La guerre d’Algérie sera bientôt finie, le FLN ayant atteint ses objectifs.

Mais comment cet événement a-t-il été vécu par les différentes parties au conflit ? Et quelles en ont été les conséquences à court et à long terme, directes ou indirectes ? Les accords ont-ils d’ailleurs été respectés ? Répondre à ces questions, même plus d’un demi-siècle après Evian, ne va pas toujours de soi. Co-auteur avec Georges-Marc Benamou de l’ambitieuse série documentaire C’était la guerre d’Algérie (5 épisodes diffusés sur France 2 les 14 et 15 mars), Benjamin Stora, le plus connu des spécialistes de la guerre d’Algérie, n’hésite pas à bousculer les idées reçues. Entretien.

Jeune Afrique : Si les Algériens étaient dans la rue en décembre 1960 pour soutenir le FLN, ils n’ont guère fêté les accords d’Evian. Pourquoi cette retenue ?

Benjamin Stora : Au moment de la signature des accords, la population algérienne est encore méfiante. Les assassinats ciblés, les attentats de l’OAS, les tirs de mortier sur les quartiers musulmans – qui sont le quotidien depuis des mois, et encore plus depuis le début de la conférence d’Evian le 7 mars – ne cessent pas. Les gens sont donc confinés chez eux, ils ont peur de sortir ou de manifester quelque sentiment que ce soit.

Ont-ils peur que ce ne soit pas encore la fin de la guerre ?

Ils n’attendent rien de précis puisque la date du referendum n’est pas encore fixée ! En fait, ils ont appris qu’un accord politique a été signé entre les représentants du GPRA et l’État français, c’est tout. Les combattants de l’intérieur, les maquisards n’étaient tout simplement guère au courant de ce qui se passait.

LA NOUVELLE NE SERA COMMUNIQUÉE AUX MAQUISARDS QUE DEUX OU TROIS JOURS APRÈS, À PARTIR DE TUNIS OU DU CAIRE

Youcef Khatib, dit « le colonel Hassan », qui sera le premier maquisard à entrer dans Alger le 5 juillet suivant après avoir tenu tête à l’armée française dans la willaya 4, autour de la capitale, pendant toute la durée de la guerre, expliquera lors d’une interview qu’il avait alors surtout le sentiment d’avoir été abandonné. Privé de toute aide venue de l’extérieur depuis la construction des barrages électrifiés, sans contact suivi avec l’armée des frontières et avec la direction du FLN, c’est entendant à la radio d’un poste de garde français qu’un accord a été signé qu’il apprend qu’un cessez-le-feu a été décidé. La nouvelle ne sera communiquée aux maquisards à partir de Tunis ou du Caire que deux ou trois jours après.

En fait, seuls ceux qui sont dans l’armée des frontières, donc hors du territoire algérien, peuvent se réjouir en apprenant la conclusion de l’accord franco-algérien. Eux seuls, en Tunisie, au Maroc ou au Caire, pensent alors qu’il s’agit d’une victoire, en tout cas d’une victoire politique, pour le FLN et l’ALN.

Accords d’Evian © L’arrivée de la délégation algérienne composée de Taïeb Boulahrouf, Saâd Dahlab, Mohamed Seddik Benyahia, Krim Belkacem, Benmostefa Benaouda, Redha Malek, Lakhdar Bentobal, M’Hamed Yazid et Seghir Mostefaï pour la négociation des accords d’Evian, le 16 mars 1962

 

Accords d’Evian © L’arrivée de la délégation algérienne composée de Taïeb Boulahrouf, Saâd Dahlab, Mohamed Seddik Benyahia, Krim Belkacem, Benmostefa Benaouda, Redha Malek, Lakhdar Bentobal, M’Hamed Yazid et Seghir Mostefaï pour la négociation des accords d’Evian, le 16 mars 1962

 

Et pourtant, Evian, cela signifie qu’on ne va plus risquer des tirs ou avoir à monter des opérations militaires ! 

Sans doute, mais on ne sait pas vraiment ce qu’il y a dans l’accord et on ne connaît ni les échéances ni les modalités des étapes à venir. Donc les combattants comme la population restent sur leurs gardes. D’autant qu’on a déjà entendu parler de beaucoup de négociations avant, sans que cela aboutisse, à Melun, aux Rousses, etc. C’est une nouvelle importante mais sans plus sur l’instant.

Et même à l’extérieur, on reste dans l’expectative car des bruits circulent évoquant des dissensions entre les dirigeants. On n’apprendra que plus tard que Boumediene n’était pas favorable au texte signé, mais on entend déjà dire que les accords ne font pas l’unanimité. C’est d’ailleurs pour cela que pendant longtemps, cette date du 18 mars ne sera pas commémorée en Algérie.

LA POPULATION EUROPÉENNE D’ALGÉRIE NE RÉALISE PAS TOUT DE SUITE QUE C’EST FINI, QUE L’INDÉPENDANCE EST INÉLUCTABLE

Et côté français ? Comment les militaires, les pieds noirs et la population de métropole réagissent-ils en apprenant la signature des accords ?

Les seuls qui accueillent tout de suite et sans arrière-pensée l’événement avec joie et le fêtent, ce sont évidemment les appelés, les 400 000 soldats du contingent, qui saluent la fin des combats et le retour prochain dans leurs familles. Pour l’OAS, la lutte pour l’Algérie française continue. Elle ne se reconnaît pas dans les accords d’Evian, elle les dénonce, et elle poursuit ce qu’elle appelle « les actions armées », autrement dit les attentats, avec notamment nombre de plasticages les 18, 19 et 20 mars dans les villes.

Du côté de la population européenne d’Algérie, on est stupéfait, on rejette bien sûr les accords, mais on ne réalise pas tout de suite que c’est fini, que l’indépendance est cette fois inéluctable. Les gens sont confinés, vu la violence qui règne, et ils le restent. Ce n’est que quelques jours plus tard, le 26 mars, après la fusillade de la rue d’Isly (Ben M’Hidi aujourd’hui) qui voit les soldats de l’armée française tirer sur la foule des pieds-noirs manifestant à l’appel de l’OAS pour briser un blocus de Bab-el-Oued, que tout change.

Certes, depuis des années, depuis que de Gaulle avait parlé d’autodétermination ou depuis l’échec de la révolte des barricades, certains avaient quitté l’Algérie pour la métropole. Mais là, c’est le signal de l’exode. Même si, au début, l’OAS interdit et donc freine le départ des Européens, allant jusqu’à en assassiner quelques uns. Les départs deviendront réellement massifs à la mi-juin, notamment quand les principaux dirigeants de l’OAS s’enfuiront en Espagne.

En métropole, les familles des appelés sont soulagées, bien sûr, et la population se réjouit de la paix, mais sans plus. D’autant qu’il y a eu beaucoup d’attentats de l’OAS les semaines précédentes, et qu’on craignait il n’y a pas encore si longtemps une guerre civile. On considère plus que jamais de Gaulle comme un personnage central, il solidifie grâce à Évian le soutien d’un électorat populaire. La gauche reste muette et semble anesthésiée politiquement.

BEN BELLA ET BOUMEDIENE SONT TOUS DEUX SUR LA MÊME LIGNE : ON A TROP CÉDÉ À LA FRANCE

Boumediene était plus que réservé sur les accords d’Evian, mais il n’était pas le seul. Ahmed Ben Bella aussi…

Lui aussi, en effet, n’y était pas favorable. C’est d’ailleurs à ce moment-là que va se sceller véritablement l’accord entre Ben Bella et Boumediene, qui conduira pendant l’été 1962 à la prise du pouvoir par le premier avec l’appui décisif du second. Ils sont tous deux sur la même ligne : on a trop cédé à la France. Car ils sont au courant des dispositions secrètes des accords concernant la poursuite des essais nucléaires, l’extraction du pétrole et du gaz réservé prioritairement aux compagnies françaises, les questions militaires et en particulier le maintien pour plusieurs années de la base navale de Mers-el-Kébir.

Ils disent donc que les politiques du GPRA ont accepté un mauvais compromis. Ceux-ci, à commencer par Belkacem Krim, qui a conduit les négociations pour les Algériens, considèrent avoir signé un texte décisif puisqu’il va permettre d’organiser un referendum et d’obtenir l’indépendance sans rien céder d’essentiel.

Est-ce à ce moment que se sont cristallisées les oppositions qui conduiront aux combats fratricides de l’été 1962 ?

Non, il y a déjà eu avant une série d’autres événements, en particulier la réunion des colonels de l’ALN en 1959, qui constitue sans doute le début d’une crise ouverte entre le GPRA et l’armée. Si la crise éclate au grand jour en 1962, ce n’est pas avec Evian, mais lors du congrès du FLN de Tripoli, en Libye, fin mai. Cette fois, la fracture entre deux camps aspirant au pouvoir devient totale, frontale.

Rapatriés d’Algérie en 1962 © Keystone/Gamma/Rapho via Getty

 

Rapatriés d’Algérie en 1962 © Keystone/Gamma/Rapho via Getty

 

Les accords d’Évian, dit-on souvent, n’ont guère été respectés par la partie algérienne…

Parce que tout s’est accéléré d’une manière extraordinaire entre mars et juillet 1962. Personne n’aurait pu prévoir le départ d’Algérie de 500 à 600 000 personnes. Cet exode gigantesque, non anticipé, ni par les Français ni par les Algériens, a tout bouleversé. Tout ce qui était prévu vole en éclat. En particulier la protection des biens des pieds-noirs évoquée dans les accords. On libère subitement des appartements, des terrains, de l’espace public. Les Algériens s’aperçoivent que les logements, les boutiques, les commerces sont abandonnés, donc ils les occupent.

ON A LAISSÉ LE CHAMP LIBRE À DE TERRIBLES REPRÉSAILLES ET À DES ATROCITÉS CONTRE LES HARKIS

Du côté de l’armée des frontières, on constate à partir du mois d’avril le chaos qui s’installe. Et donc, en violation des accords d’Evian, les djounoud se mêlent aux réfugiés civils et rentrent en masse en Algérie. La force mixte algéro-française qui devait maintenir l’ordre ne peut guère agir. Quant à la machine administrative de l’État, elle est complètement désorganisée par le départ massif des pieds-noirs. Les écoles, les hôpitaux, les impôts, etc, plus rien ne fonctionne normalement.

Les harkis, pour beaucoup, ont compris vite la situation. Ils n’ont pas rejoint la force chargée de maintenir l’ordre et, souvent, sont allés se cacher. Ceux qui n’ont pas pu gagner la métropole ne seront pas protégés, comme prévu par les accords. Les autorités françaises étaient peu désireuses de voir ces hommes qui étaient considérés comme des combattants armés traverser la Méditerranée. Les responsables algériens n’ont jamais incité à la vengeance, encore moins aux massacres, mais ils se sont désintéressés de la question des harkis : pas un mot les concernant à Tripoli par exemple, ni dans la charte rédigée pour le congrès ni dans les interventions. Ce qui a laissé le champ libre à de terribles représailles et à des atrocités, notamment dans les campagnes, dès les mois de mai et juin.

 

Ainsi, les accords d’Évian n’ont été respectés qu’en ce qui concernait les rapports entre les deux États. L’essentiel pour la France comme pour l’Algérie ?

En effet, hormis ce qui a trait aux questions militaires et économiques, surtout au Sahara – le pétrole, les essais nucléaires –, on se désintéresse vite des accords d’Évian et de leur suite des deux côtés. Pour de Gaulle et pour la France, le rideau est tiré. Et pour les Algériens, l’essentiel est la lutte pour le pouvoir. Voilà pourquoi les 18 et 19 mars ne resteront un symbole que pour les soldats français, les appelés.

LE DÉPART VERS LA FRANCE DE TRÈS NOMBREUX ALGÉRIENS QUI N’ÉTAIENT PAS DES HARKIS EST PRESQUE UN SUJET TABOU

Parmi les conséquences d’Evian, y en a-t-il certaines que l’on a sous-estimées ?

Le départ vers la France de très nombreux Algériens qui n’étaient pas des harkis est presque un sujet tabou. C’était une conséquence indirecte des accords d’Évian puisqu’ils prévoyaient une possibilité de circulation entre les deux pays, ce qui restera le cas jusqu’en 1968. Il est difficile d’en parler car cela pourrait faire penser que beaucoup d’Algériens n’étaient pas favorables à l’indépendance et l’ont démontré en décidant de suivre la France dans son repli.

Sans doute ceux qui sont partis étaient pour beaucoup des Algériens qui ont suivi l’administration pour laquelle ils travaillaient. Mais les chiffres sont importants. On sait qu’on est passé de 1962 à 1974 de 350 000 Algériens en France à plus d’un million, ce qui donne une idée de l’importance du phénomène. Les Algériens disent que celui-ci a été provoqué par l’OAS qui avait tout détruit et empêché l’appareil d’Etat de fonctionner. Sans doute pour partie. Mais seulement pour partie.

 

La repentance de Mathieu Kérékou (7 à 11)

 

En février 1990, les Béninois, lassés de la révolution marxiste-léniniste, réclament du changement.

Après 18 ans de pouvoir sans partage, Mathieu Kérékou accepte le dialogue et la tenue d’une conférence nationale souveraine des forces vives de la Nation avec ces mots : « Nous sommes venus nous confesser. Ce type de conférence est rare en Afrique. Et la fierté du Bénin, c’est d’avoir dans cette salle ses anciens présidents. Il ne faut pas trahir l’Afrique. Si cette conférence échoue, le Bénin tombera dans le chaos. »