Témoignages

 

Senghor, Wade, Macky : les présidents sénégalais sont-ils de bons orateurs ?

| Par - à Dakar
Mis à jour le 19 octobre 2020 à 19h56
Léopold Sedar Senghor, Macky Sall et Abdoulaye Wade.

Léopold Sedar Senghor, Macky Sall et Abdoulaye Wade. © Pascal Maitre/Jeune Afrique ; Youri Lenquette pour JA

Rhéteur flamboyant, charismatique ou préparateur acharné, chaque orateur est éloquent à sa façon. Le Dr Cheikh Omar Diallo, fondateur de l’École africaine d’art oratoire, livre son analyse des forces et faiblesses des présidents sénégalais successifs. Et dévoile les dessous du « Wax Waxeet » d’Abdoulaye Wade, en 2011.

Figures politiques, hommes d’affaires, journalistes… À l’entrée des locaux, situés à Dakar, les visiteurs sont accueillis par les portraits du prestigieux panel d’intervenants et d’élèves passés par l’institution. Il y a un peu plus de trois ans, Cheikh Omar Diallo, conseiller de l’ex-président Abdoulaye Wade, a fondé l’École africaine d’art oratoire et de leadership (EAO).

Depuis, quelque 3 000 orateurs issus de milieux professionnels divers sont venus se former à la rédaction de discours, aux techniques d’improvisation, à l’art du « pitch » ou du « leadership ». Autant d’exercices que décrit Cheikh Omar Diallo dans La Parole gouverne le monde – Traité d’éloquence, qu’il vient de publier aux éditions EAO Livres. Un véritable mode d’emploi « pour ceux qui ont toujours pensé que la parole était un don et qui comprennent désormais que c’est une compétence », insiste cet ancien collaborateur de Jeune Afrique.

Pour illustrer les règles d’éloquence qu’il édicte, Cheikh Omar Diallo y décortique les discours des grands orateurs de ce monde, de Winston Churchill à Nelson Mandela en passant par Thomas Sankara.

Une « grille d’analyse oratoire » qu’il applique également aux quatre présidents sénégalais qui se sont succédé à la tête du pays depuis l’indépendance : Léopold Sedar SenghorAbdou Diouf, Abdoulaye Wade et Macky Sall.  Cheikh Omar Diallo dévoile au passage les dessous du « Wax Waxeet » d’Abdoulaye Wade, ce fameux jour de juillet 2011 où le président de l’époque avait décidé de se dédire pour briguer un troisième mandat controversé…

Le Sénégalais Cheikh Diallo, auteur de l’ouvrage « La parole gouverne le monde : Secrets de la prise de parole », dans ses bureaux à Dakar.
Le Sénégalais Cheikh Diallo, auteur de l’ouvrage « La parole gouverne le monde : Secrets de la prise de parole »,
dans ses bureaux à Dakar. © Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique

Jeune Afrique : Votre « traité d’éloquence » est illustré par des discours de dirigeants du monde entier, passés et présents. Qui sont ceux qui, pour vous, incarnent le mieux l’éloquence en matière de prise de parole en politique ?

Cheikh Omar Diallo : J’ai une grille d’analyse oratoire. La plus formidable incarnation de l’orateur, c’est l’improvisateur, en ce sens qu’il met sa vie oratoire en danger et part vers l’inconnu. En cela, Thomas Sankara était un orateur merveilleux, un improvisateur sublime.

Pour les autres, ce sont de merveilleux robots de la préparation, ils ont raison également. Churchill, par exemple, disait qu’un discours improvisé doit avoir été réécrit au moins trois fois.

L’humour est également une incroyable qualité oratoire. Dérider un public, c’est avoir du talent oratoire. Ça, pour moi, c’est Barack Obama : tout, chez lui, n’est qu’aisance. Il y a aussi l’humour froid et féroce de Donald Trump.

Au Sénégal, Léopold Sédar Senghor est resté dans les mémoires comme un orateur charismatique. Pourtant vous expliquez dans votre livre qu’il était bègue…

Senghor a effectivement marqué les esprits par d’éloquents discours. J’ai en tête celui du Fesman, en 1966, où il répondait à André Malraux, alors ministre de la Culture de De Gaulle. Ou encore son dernier discours, lors duquel il a lancé aux Sénégalais : « Je vous fais mes adieux. »

Peu de gens le savent mais Léopold Sédar Senghor est un exemple parfait de l’orateur qui a su dominer son trouble de l’élocution pour parvenir à l’éloquence. Il était le roi de la ponctuation et de l’articulation. Il était bègue, mais personne ne le savait tant il travaillait et maîtrisait ses silences, ses respirations.

Surtout,le « président-poète » avait un rapport très intime aux mots…

Comme le résumait le président américain Harry Truman, « tous les lecteurs ne sont pas des leaders, mais tous les leaders sont des lecteurs ». Pour Senghor, l’éloquence c’est la maîtrise du sujet : « Possède ton sujet et les mots viendront après. »

Dans le cas de l’ultime discours de Senghor, ce n’est qu’en copiant que le premier président du Sénégal indépendant est devenu original. Il reprend en effet Lat Dior [grande figure de la résistance sénégalaise face aux colons français], qui, en ses derniers jours, en 1886, avait réuni sa cour, sa famille pour leur tenir un discours qui entrera dans l’histoire du Sénégal. « Je vous ai réunis pour vous faire mes adieux, je m’en voudrais de mourir ailleurs que sur un champ de bataille. »

En invoquant Lat Dior, Senghor a invoqué notre Napoléon sénégalais : le combattant suprême qui va croiser le fer face au gouverneur de Saint-Louis – un Français – et il fait ainsi appel à l’historicité du Sénégal.

Senghor est la preuve que le bégaiement n’est pas un frein à l’éloquence quand on sait le dominer par la maîtrise du sujet et la gestion de ses silences, de ses respirations. George V, Molière, Churchill, Senghor, Clemenceau ou encore Einstein étaient bègues. Et l’universitaire sénégalais Felwine Sarr, qui est un très bon orateur, très charismatique, est bègue lui aussi.

Le charisme est une notion qui revient souvent lorsque vous évoquez l’ancien président Abdou Diouf

Chacun des présidents sénégalais était éloquent à sa façon. Abdou Diouf, c’est la posture d’excellence, la verticalité, autrement dit le fait de remplir l’espace intensément de sa présence. Il y a également une grande musicalité dans la voix d’Abdou Diouf.

Dans la communication non verbale, c’est tout le corps qui entre en jeu. Dans la rhétorique, c’est le corps qui fait vivre le langage et Abdou Diouf, par sa posture, son maintien et son charisme, incarne cela. Il compense ses faiblesses par les nuances de sa voix, qui reflètent les nuances de sa pensée. Et dans le discours, plus la pensée est belle, plus la phrase est sonore.

L'ex-président sénégalais Abdoulaye Wade, lors d’un comité directeur du Parti démocratique sénégalais (PDS), à Dakar, le 13 février 2019.
L'ex-président sénégalais Abdoulaye Wade, lors d’un comité directeur du Parti démocratique sénégalais (PDS), à Dakar, le 13 février 2019. © Sylvain Cherkaoui pour JA
Le président Macky Sall, le 4 avril 2019 lors des célébrations de la fête d'indépendance. © DR / Présidence sénégalaise / Lionel Mandeix

Qu’en est-il d’Abdoulaye Wade, dont vous avez été le conseiller ? Dans quelle catégorie d’orateur faut-il le classer ? 

Pour Abdoulaye Wade, l’éloquence est l’argument fort. « Dire, c’est faire » ; l’énoncé, c’est l’action. Il tient la parole comme mot de gouvernement, comme transport des foules. Il vit en permanence dans l’éclat et, par conséquent, dans les sorties de pistes et le hors-discours. Ce qui n’empêche qu’il travaille énormément ses discours.

Dans votre livre, vous évoquez un discours qui a nécessité une très grande préparation. Celui du 14 juillet 2011, quand Abdoulaye Wade annonce qu’il briguera un troisième mandat. Malgré la préparation, une petite phrase est restée ancrée dans les mémoires sénégalaises : le « Ma Waxoon Waxeet » (« Je l’avais dit, je me dédis »). Vous parlez alors du « facteur X », une sortie de piste verbale qui peut coûter cher…

Combien de brillants hommes politiques sont passés à côté de leur destin à cause d’une mauvaise prise de parole, d’une bévue, d’une boulette ? C’est effectivement ce qu’on appelle le facteur X. Abdoulaye Wade et son « Ma Waxoon Waxeet » en est l’exemple le plus connu dans la vie politique sénégalaise récente.

Nous étions déjà dans un contexte d’usure du pouvoir, mais c’est cette phrase qui a accéléré la défaite et l’a tué politiquement.  À l’époque, j’ai eu la chance de participer à l’élaboration du discours. Un long discours, de douze pages, qui avait été travaillé dans ses moindres détails et a été livré devant un public ravi des échappées verbales du maître.

Si elles emportent souvent les foules, ces « échappées verbales » auront pourtant été fatales au président Wade…

En effet. Après le discours en français est arrivé le moment de la traduction en wolof. Si le premier avait été écrit et maintes fois repris, le second était une pure traduction improvisée par Abdoulaye Wade. Au moment où il semblait avoir toutes les cartes en main, il a employé ces trois mots-suicide : « Ma waxoon waxeet ». « Je l’ai dit, et maintenant je me dédis » : cette phrase ne figurait aucunement dans le discours en français. Elle est sortie de nulle part : ou plutôt du cerveau d’Abdoulaye Wade et de son wolof du terroir.

On ne pouvait pas prévoir l’imprévu. On ne dit pas au président Wade comment il faut s’exprimer, d’autant moins en wolof.

Cette phrase a été reprise, parodiée, raillée et est restée un boulet à notre pied, préfaçant la défaite d’Abdoulaye Wade en 2012. Macky Sall, lui aussi, a failli être emporté par le « facteur X », lorsqu’il a dit au début de son premier mandat que les marabouts étaient « des citoyens comme les autres ». Mais il a su se rattraper.

Le président Macky Sall, le 4 avril 2019 lors des célébrations de la fête d'indépendance.
Le président Macky Sall, le 4 avril 2019 lors des célébrations de la fête d'indépendance. © DR / Présidence sénégalaise / Lionel Mandeix

Les deux hommes ont des styles oratoires aux antipodes. Abdoulaye Wade est adepte des envolées lyriques, quand Macky Sall a un style beaucoup plus sobre. Ce dernier est-il est moins éloquent que son prédécesseur ?

Absolument pas ! Macky Sall a sa propre éloquence, plus sobre et posée. Macky Sall, c’est l’argument juste, même en restant économe des mots.

Macky Sall c’est tout le contraire d’Abdoulaye Wade. Pour lui, « faire, c’est dire ». Sa méthode, c’est d’abord de faire, puis de venir expliquer. La force de Macky Sall, c’est qu’il n’est pas dans la vitesse, il prend son temps. Pour lui le discours, c’est la clarté : « sujet, verbe, complément ». Quand pour Abdoulaye Wade, ça peut être : « sujet, verbe, compliment ».

Qui sont, dans la classe politique sénégalaise d’aujourd’hui, ceux que vous qualifieriez de grands orateurs ? 

Idrissa Seck, pour moi, c’est l’orateur absolu. Il comprend tellement le poids du silence dans la prise de parole, le rythme, ce qui lui donne force et conviction même quand il semble dire des choses banales. C’est le maître du couplet « silence-respiration », à tel point que son silence semble quelquefois assourdissant. Il a tellement compris le poids des silences qu’il semble même les observer hors discours…

Ousmane Sonko, lui, est un exemple de verticalité. Comme Abdou Diouf, il est fort comme une cathédrale, il en impose et il en joue. Sa verticalité consiste à remplir son siège intensément de sa présence. Il l’incarne lors de la présentation de son livre Solutions, en 2018. Il monte alors sur scène un show médiatico-politique qui en fait le chouchou des médias. Costume cravate et manches retroussées, façon Obama, il envoie un signal fort au pouvoir et ridiculise l’opposition classique. Sa verticalité, ce jour-là, lui a donné l’étoffe d’un présidentiable. Quand il prend la parole, il prend le pouvoir !

Artemisia, baobab… Ces plantes africaines qui pourraient aider à lutter contre le coronavirus

| Par 
Mis à jour le 16 octobre 2020 à 15h53
Echantillons d’artémisinine dans le dépôt d’Artemisia Annua à Liuzhou, dans le sud de la Chine, en avril 2020

Echantillons d’artémisinine dans le dépôt d’Artemisia Annua à Liuzhou, dans le sud de la Chine, en avril 2020 © Tan Kaixing /Costfoto/Sipa USA

 

Un rapport du centre de recherche des Kew Gardens appelle la communauté internationale à s’intéresser aux végétaux africains, notamment pour lutter contre le Covid-19. Entretien avec l’une des responsables de cette étude, le professeur Monique Simmonds.

Et si nous pouvions mieux utiliser une richesse qui se trouve sous nos yeux et est pourtant sous-exploitée ? Les plantes et champignons pourraient élargir notre champ des possibles, estime le centre de recherche des jardins botaniques royaux de Kew, à Londres, dans son quatrième rapport, publié le 30 septembre.

Certaines de ces espèces, recensées par 210 experts répartis dans 42 pays, pourraient être utilisées dans l’alimentation – plus de 7 000 plantes comestibles sont ainsi documentées –, la construction ou même la médecine. Des remèdes naturels sont en effet déjà utilisés dans le traitement de cancers, de diabètes, de zonas ou de la malaria.

Alors que la pandémie de covid-19 continue de progresser aux quatre coins du globe, le centre de recherche propose de s’inspirer, entre autres, de la médecine traditionnelle africaine, pour sonder le potentiel de la nature dans la lutte contre le virus. Et appelle à des collaborations internationales sur le sujet. Rencontre avec l’une des responsables du rapport, le professeur Monique Simmonds.

Jeune Afrique : En 2019, plus de 1 900 plantes et 1 800 champignons ont pu être scientifiquement nommés pour la première fois. Pourquoi est-ce important de les référencer ?

Monique Simmonds : La population mondiale devrait atteindre les 10 milliards de personnes d’ici à 2050. Or, de nouveaux nuisibles et de nouvelles maladies vont apparaître, le tout dans un contexte de changement climatique. Alors que deux plantes sur cinq sont aujourd’hui menacées de disparition, il est primordial de mener une politique pour les protéger car elles nous seront sans doute très utiles face à ces phénomènes.

Notre Partenariat du millénaire pour la mise en place de banques de graines (Millennium Seed Bank Partnership) est le plus grand plan de conservation in situ au monde. En Afrique, cette entreprise de conservation et de création de collections nationales peut aider à mieux connaître les sols, à fabriquer des pesticides naturels, à lutter contre la désertification, et participer à la résilience climatique et à la sécurité alimentaire. Des ressources de la médecine traditionnelle pourraient aussi faire leur entrée sur les marchés internationaux.

Votre rapport indique que 723 espèces utilisées dans la médecine sont menacées d’extinction. À l’inverse, avez-vous découvert de nouvelles plantes en Afrique ?

Oui, nous avons par exemple découvert la « baie miraculeuse », Synsepalum chimanimani, dans la plaine des montagnes Chimanimani à la frontière du Mozambique et du Zimbabwe. Ses fruits contiennent de la miraculine, qui peut par exemple sucrer des plats acides. Il y aussi l’algue orchidée des cascades, Inversodicraea koukoutamba, qui pousse en Guinée sur la rivière Bafing. Elle est menacée d’extinction à cause de la construction d’un projet hydro-électrique qui démarrera l’an prochain.

Mais aucune des plantes découvertes n’a encore été testée pour un usage médical, le champ des recherches reste vaste et leur potentiel est encore insondé.

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VINGT PLANTES SONT À L’ÉTUDE POUR LUTTER CONTRE LE COVID, DONT L’ARTEMISIA ET LE BAOBAB AFRICAIN

Pourtant, les solutions aux défis qui nous attendent reposent sur la biodiversité des pays du continent. Si on prend l’exemple de Madagascar, 80 % de ses plantes ne se trouvent nulle part ailleurs. Je suis persuadée que certaines pourraient être davantage utilisées comme nouvelles denrées alimentaires ou médicales, rapporter des ressources financières et réduire la dépendance aux variétés occidentales. Nous devons analyser les espèces d’une même famille, pour déterminer les caractéristiques qui pourraient leur permettre de faire face aux changements de température et en tirer le meilleur.

Le professeur Monique Simmonds, des Kew Gardens de Londres, en 2019

Le professeur Monique Simmonds, des Kew Gardens de Londres, en 2019 © Mark Winwood

Ces plantes et champignons pourraient-ils être utilisés afin de lutter contre le Covid-19 ?

C’est vraiment une opportunité, bien que malheureuse, de changement ! Même si les pays tentent désespéramment d’utiliser des médicaments existants car ce sont les plus rapides à mettre sur le marché et alimentent la course au vaccin, l’usage de médecines traditionnelles, associé aux nouvelles technologies, ne doit pas être exclu.

L’usage de l’artemisia contre le Covid-19, préconisé notamment à Madagascar, vous semble-t-il légitime ?

Cela vaut le coup d’étudier davantage son effet sur le Covid-19. Seulement, nous ne pouvons pas vérifier que l’artemisia actuellement utilisée comporte les bons ingrédients. Il faut s’assurer que les plantes soient suffisamment matures pour que les composant actifs se concentrent à certains endroits des feuilles. Il est nécessaire de faire des essais pour savoir ce qu’il y a exactement dans ces plantes et de suivre un protocole strict.

Il faut aussi s’interroger sur son utilisation. Souhaite-t-on traiter des symptômes ou bien s’attaquer à la maladie sur le long terme afin d’affecter la transmission du virus ?

D’autres plantes sont-elles étudiées pour traiter ce coronavirus ?

Mis à part l’artemisia, 19 plantes sont à l’étude pour traiter le coronavirus, dont le baobab africain (adansonia digitate) et des espèces de câpres. Cependant, ces recherches se focalisent davantage sur des plantes venues de Chine, où la médecine traditionnelle a déjà été utilisée plus tôt dans l’année pour traiter le Covid-19. Évaluer pleinement leur potentiel prendra du temps.

A-t-on suffisamment de recul scientifique pour valider les techniques de médecine traditionnelle ?

Alors que de nombreux patients se reposent encore sur les médecines traditionnelles pour se soigner, très peu ont été évaluées. Par contre, il est très facile de les déconsidérer. Une erreur fréquente consiste à prendre des plantes qui traitent par exemple la fièvre et à trouver la même espèce, mais pas nécessairement issue de la même région, pour l’étudier dans un laboratoire européen, sans succès. Or, les différences de sol et d’environnement, la floraison, peuvent engendrer des variations de leur chimie, car les plantes sont vivantes. Il est donc nécessaire de décomposer les ingrédients présents dans chaque espèce. Cela prend du temps et demande des efforts.

Le contexte manque aussi souvent : la partie précise de la plante utilisée, les doses prescrites, à quelle fréquence, et avec quelles autres combinaisons. Il est nécessaire d’améliorer les protocoles scientifiques en ce sens.

Pourquoi est-il si difficile d’accéder à la composition précise des traitements de la médecine traditionnelle africaine ?

En Afrique, beaucoup de ces connaissances se transmettent à l’oral, alors qu’en Asie, ces usages sont documentés par écrit, ce qui permet à n’importe qui de les évaluer et d’améliorer leurs standards de qualité.

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NOUS AVONS BESOIN QUE DAVANTAGE D’AFRICAINS S’INTÉRESSENT À CES THÉMATIQUES

Et le commerce des guérisseurs professionnels repose sur leurs secrets de fabrication. Si certains confient leurs recettes et qu’on parvient à vérifier leur pertinence dans un laboratoire occidental, en vertu du protocole de Nagoya [accord international sur la biodiversité], leur État doit également consentir à la poursuite des recherches, qui doivent être coordonnées avec des équipes sur place. C’est très bien, mais en pratique, c’est complexe.

Vous appelez à la mise en place de collaborations autour de recherches inter-disciplinaires. Comment y parvenir en Afrique ?

Nous avons déjà collaboré avec des équipes en Éthiopie, à Madagascar, en Ouganda, en Afrique du Sud et au Kenya, pour rédiger notre rapport. Nous pourrions désormais coordonner des recherches sur les plantes dans le cadre de la lutte contre le Covid-19.

Nous avons besoin que davantage d’Africains s’intéressent à ces thématiques dans les hôpitaux et universités et qu’ils se coordonnent avec des botanistes et des guérisseurs. Nous pouvons les conseiller en matière de contrôle qualité et jouer le rôle de partenaires afin d’optimiser les contributions scientifiques de nos collègues dans différentes parties de l’Afrique.

Nous pourrions créer un groupe de pilotage qui soutiendrait ces projets pour leur donner une caution en s’assurant que, du premier au dernier jour, les essais répondent aux standards internationaux.

Kiye2019
L’hebdomadaire de la paroisse de Dyou n°83, du lundi 19/10/2020 : Rendez-vous avec les amis de Dieu

Bien-aimés dans le Seigneur,

Recevez nos salutations fraternelles depuis la paroisse de Dyou/Kadiolo au Mali, dans Diocèse de Sikasso

 « Il y avait un homme riche dont le domaine avait bien rapporté. Il commence alors à se demander : ‘Que vais-je faire ? »  (Lc 12, 16-17), nous dit le texte de l’évangile de ce lundi 19 octobre 2020.

Bien-aimés dans le Seigneur, la triple interrogation d’Emmanuel Kant : Que dois-je faire ? Que puis-je savoir et que m’est-il permis d’espérer ?, loin de rester dans le seul domaine philosophique, ouvre des brèches tant à la théologie de l’espérance qu’à la vie en général, englobant par-là, plusieurs domaines de recherches. Aucun homme n’échappe à cette trilogie s’il veut réellement vivre en harmonie avec le Créateur des mondes possibles et les éléments du monde créé. Cet homme riche de l’Evangile qu’évoque le Christ n’en a pas échappé non plus, choisissant quant à lui, la première de trois : ‘Que vais-je faire ? Cependant, cette première question sans une connexion avec les deux autres pour donner à l’homme toutes les chances de cerner l’enjeu du réel, reste boiteuse et rend l’esprit paresseux, incapable d’une réelle élévation, mieux d’une transcendance. C’est le grand péché du genre humain lorsque l’héritage des biens matériels nous emporte. Nous nous arrêtons souvent sur la question : que vais-je faire ? Cela appauvrit notre jugement et nous rend incapables de nous libérer des pesanteurs existentielles afin de désirer les réalités d’en haut. C’est dans ce sens que Jésus nous met en garde en disant : « Gardez-vous bien de de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède même quand on a tout, ce n’est pas cela qui donne la vie.»  Et toi, qu’est-ce qui fait ta grande préoccupation en ce monde? Est-ce l‘héritage dans la vie éternelle ou l’héritage des choses de ce monde ? Sinon, que sert à l’homme de gagner l’estime de ce monde si c’est au risque de son âme ? Ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? ajouta Jésus.

 Mais qu’est-ce que Jésus veut nous dire concrètement dans cet évangile en nous mettant en garde contre les biens matériels, si nous savons que l’acquisition des biens matériels est un besoin physiologique et naturel ? Que c’est normal de se vêtir et même de bien se vêtir pour protéger son corps et pour le respect des autres qui m’entourent; que c’est un bien physiologique de s’acheter une voiture pour se déplacer, de se construire une maison pour s’abriter, de bien manger pour nourrir son corps afin d’avoir de l’énergie ou de la force pour servir le Seigneur davantage  etc. Pour bien comprendre l’enseignement qui est derrière cette mise en garde du Christ, revenons sur la première lecture de ce jour, tirée de l’épitre aux Ephésiens. Saint Paul indexe la vie dans les péchés lesquels sont liés aux réalités terrestres qui nous font vivre au rythme du monde présent et nous font suivre celui qui règne entre ciel et terre, l’esprit qui est actif dans les cœurs rebelles (Eph 2, 1-2). Et pourtant, conclue-t-il, « Nous sommes une œuvre de Dieu, nous avons été créés dans le Christ Jésus en vue de toutes les belles choses que Dieu a préparées d’avance pour que nous les réalisions. » (Eph 2, 10)

Oui bien-aimés dans le Seigneur, c’est parce que les biens de ce monde nous imposent souvent un rythme et un nouveau mode de vie autre que ce pour lequel nous avons été créés,  nous rendant souvent esclaves de temps et de l’espace que seule l’histoire en connaît l’enjeu, que Jésus nous met en garde. Car, souvent lorsque l’homme est dans l’abondance, il ne se pose plus les questions existentielles qui lui ouvrent au sens de son existence. C’est ce qui arriva à cet homme que Jésus évoque dans la parabole de l’évangile. Aveuglé puisqu’enfermé dans une sorte de mythe de la caverne, par les plaisirs de ce monde qu’offre l’abondance des biens matériels, l’homme n’a plus qu’une seule option que de se poser cette question existentiale kantienne : ‘Que vais-je faire ?, oubliant la question existentielle qui ouvre au sens même de l’existence : que m’est-il permis d’espérer ?

Oui chers frères et sœurs, sans se poser des questions existentielles, l’homme ne peut pas  être capable de se libérer de la prison de la chair pour appréhender la raison de son exister, la fin pour laquelle il a été créé. C’est ce qui a manqué à cet homme de l’évangile, donnant à Jésus de nous mettre en garde : « Et il se dit : ‘Voilà ce que je vais faire : je mettrai par terre mes greniers et j’en bâtirai de plus grands, j’y entasserai tout mon blé, tous mes biens, et je n’aurai plus qu’à me dire : Mon gaillard, tu as là des tas de choses en réserve pour beaucoup d’années ; repose-toi, mange, bois et fais la fête ! » il ne s’arrête que sur le besoin physiologique : le manger et le boire. Et toi, te poses-tu souvent des questions existentielles ou bien tu t’arrêtes, toi aussi sur des simples questions existentiales, nous ouvre à la quête des étants, oubliant l’être?

Oui chers frères et sœurs en Christ, les biens matériels en soi ne sont pas mauvais. Cependant, l’ennemi s’en sert souvent pour nous miroiter des fausses consolations qui en réalité ne sont que ruine de l’âme et égarement. Face à ces biens matériels, posons-nous toujours la question existentielle qui nous ouvre à la quête de l’être, à l’exigence de la fin pour laquelle nous avons été créés. Car c’est lorsque nous nous penchons trop sur les biens de ce monde que  nous tournons le dos à l’héritage des biens éternels où réside la plénitude de vie. Puisse Dieu nous accorder la grâce de la lumière d’en haut qui éclaire l’esprit à la connaissance des réalités d’en haut.

Le Seigneur soit avec vous !

✍🏾 Père KIYE M. Vincent,  Mafr

Paroisse de Dyou/Diocèse de Sikasso-Mali

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L'hebdomadaire de la paroisse de Dyou n°83 du lundi 26 octobre 2020: Rendez-vous avec les amis de Dieu
Bien-aimés dans le Seigneur, recevez nos salutations fraternelles depuis la paroisse de Dyou dans le diocèse de Sikasso au Mali
"Alors le chef de la synagogue, indigné...
prit la parole et dit à la foule : « Il y a six jours pour travailler ; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du sabbat. » (Lc 13, 10-17)
Bien-aimés dans le Seigneur, les textes de la liturgie de ce 30ème dimanche de T. O tout comme ceux de ce lundi 26 octobre 2020 convergent vers une même réalité: la révélation de la place que nous devons accorder à l'homme dans toute entreprise possible, en tant qu'image de Dieu qui, le premier l'a aimé. Aimer l'homme comme Dieu lui-même l'a aimé, devient le lieu d'un culte veritable nous ouvre large la voie à travailler pour le bien-être de l'homme quel qu'il soit. Ainsi, saint Paul nous dire ce qui suit : « Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés » ( Ep 4, 32-5,8)
Malheureusement, dans notre vie quotidienne, nous semblons négliger le respect que nous devons à l'homme en tant qu'image de Dieu. Nous votons des lois qui l'oppriment et le ruinent dans tout ce qu'il a dans sa constitution ontologique au nom de certaines idéologies. Erreur ! l'homme.
En effet, depuis la création, Dieu a manifesté un intérêt particulier envers l'homme qui est l'expression totale de son amour. Premièrement, Dieu le crée après tout l'univers créé et le lui confie comme le gérant de tout.  Deuxièmement, il le place dans un jardin précieux pour son bonheur incommensurable. Il lui envoie des prophètes pour lui communiquer son dessein d'amour, des rois pour le gouverner. A la fin, Il prend sa condition humaine pour venir s'exprimer parfaitement son Fils unique, Jésus-Christ. Force est de lire en tout cela  combien Dieu a choisi librement de faire de l'homme, le carrefour de la loi, dans ce sens que toute loi n'a de sens que par et pour l'homme. Ainsi donc, aimer et respecter l'homme devient expression d'un culte rendu à Dieu.
Malheureusement, dans notre pratique religieuse, nous nous mettons plus à chercher ce Dieu incarné en dehors de l'homme. Dans notre pratique religieuse, nous cherchons Dieu pour l'aimer en dehors de l'homme qu'il a tant aimé, en qui il s'est incarné et pour qui il a accepté de mourir sur la croix. Erreur ! Ainsi, chaque fois que nous manifestons une méchanceté envers l'autre, nous supprimons la vraie image du Dieu aimant l'homme dans l'autre. Nous défigurons l'image même de Dieu dans la conscience de l'humanité. 
Ce  fut le péché de ce chef de la Synagogue qui s'indigna contre ces gens qui venaient se faire guérir auprès de Jésus le jour du Sabbat.
Dans ce geste de Jésus, tout l'amour de Dieu pour l'homme apparaît au grand jour, nous révélant que la loi doit être au service du bien-être de l'homme et non pour l'opprimer; à sauver la vie et non à la tuer. La loi de Dieu a placé l'homme au centre de toute préoccupation. Voilà pourquoi, Lorsque ce Sadducéen est genu  trouver Jésus pour lui demander quel est le plus grand commandement, Jésus lui repondu que c'est l'amour. Car, Lorsqu'on aime quelqu'un, on fait tout pour qu'il soit heureux (se), à l'aise, joyeux etc. Lorsqu'on aime un peuple, on institue ou on vote des lois qui dans le but de l'aider à devenir meilleur. C'est dans ce sens que dans la première lecture de ce lundi, Saint Paul nous invite à imiter Dieu dans sa façon d'aimer l'homme, puisque nous sommes ses enfants bien-aimés.
Demandons cette grâce de faire de l'homme le centre de nos préoccupations afin de mobiliser nos énergies et travailler pour son bien-être. Ainsi, nous pourrons bâtir un monde sans armes et sans larmes.
Le Seigneur soit avec vous !
✍🏽 Père KIYE M. Vincent, Missionnaire d'Afrique (Père Blanc)
Paroisse de Dyou dans le diocèse de Sikasso au Mali
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Whatsapp : (+223)72657482
Smockey : « Les troisièmes mandats doivent disparaître »
Propos recueillis par Anne Bocandé

Dans « Le Syndrome de la pintade », sa première création théâtralisée, le rappeur Serge Martin Bambara, alias Smockey, dénonce le « mal des élites ». À un mois de la présidentielle au Burkina, le leader du Balai citoyen s'engage plus que jamais en faveur du renouvellement de la classe politique. Entretien.

Jeune Afrique : Pourquoi avoir choisi d’investir la scène théâtrale ?

Smockey : C’est une première et ce ne sera certainement pas la dernière. J’avais déjà collaboré avec Serge Aimé Coulibaly sur Nuit blanche à Ouagadougou, que nous avons interprété avant et pendant la révolution de 2014. Les metteurs en scène et les chorégraphes ont le réflexe de faire appel aux musiciens. Avec Le Syndrome de la pintade, qui est un genre de concert théâtralisé, il s’agit de ramener leurs disciplines dans notre monde des musiques urbaines.

Mon nom de scène, Smockey, vient de « s’moquer ». Avec le théâtre, je peux travailler pleinement sur le second degré. Ce genre de projets m’oblige à me déplacer pour toucher un autre public, déghettoïser le rap.

Le rap doit encore l’être, selon vous ?

Bien sûr, le rap reste communautaire, écouté par la génération qui le découvrait dans les années 1990. Les plus jeunes écoutent une forme plus "bling-bling", plus pop. Et une grande partie de la population considère que le rap n’est pas un genre musical. Je m’adresse à ces spectateurs.

Dans ce spectacle, vous mêlez rap et politique. Dans le premier titre, « Pintades orgueilleuses » co-écrit avec le rappeur Youssoupha, vous rappelez ainsi les bases de vos engagements : panafricanisme, jeunesse, lutte.

J’essaie d’être cohérent. Ma casquette d’activiste et de dérangeur, je dois l’incarner dans la vie et sur la scène. Je ne peux pas dire non au troisième mandat, non au changement de Constitution et quand il faut les réclamer dans la rue dire : « non, j’ai fait ma part, j’ai chanté, joué sur scène, mais allez-y le peuple, affrontez la rue, les CRS, etc. ». Non seulement j’ai le devoir de sortir dans la rue, mais aussi d’être au-devant des choses.

J’assume ma part de citoyenneté, ce que je dis dans mes chansons et j'endosse la responsabilité de contribuer au développement de mon pays. Ces responsabilités m’obligent à mener ces luttes où art et activisme sont des vases communicants.

On doit se sentir touché par tous les sujets de société, peu importe son métier. On ne peut pas vivre au Burkina Faso, aimer autant ce pays, sans « oser inventer l’avenir ». Le dire c’est bien, le faire c’est mieux. Certains disent que je fais de la politique. Pour moi, c’est une participation citoyenne. Être citoyen, c’est s’emparer de son pouvoir. Quand tu doutes de ton pouvoir, tu donnes du pouvoir à tes doutes. Dès lors que tu ne saisis pas la chance que tu as de pouvoir influer sur des processus de décision, tu ne peux pas te plaindre de qui te représentes.

Vous dites être un leader d’opinion malgré vous, pourquoi ?

La meute me fait peur. J’ai du respect pour la foule, sans elle on ne peut pas faire changer les choses, mais on ne sait jamais quand elle se transforme en meute capable de la plus grande violence. Ce qui fait la différence, c’est l’organisation. S’organiser, c’est gagner. Certaines luttes n’aboutissent pas parce qu’il y a des problèmes d’organisation à la base, comme pour les Gilets jaunes ou Nuit debout en France.

La première fois que je suis allé soutenir les manifestants de Nuit debout, je leur ai demandé : « Quelle est votre plateforme de revendications ?». Tout le monde m’a dit : « Il n’y en a pas, ce serait le début de la division ». Dans toute lutte, à un moment, il faut réclamer des choses, avoir un porte-parole. Au-delà du fait qu’il faut lutter - et c’est important-, on ne peut pas considérer que l’on vit dans un pays qui est condamné par un système et s’en sortir individuellement.

Vous avez, avec le Balai citoyen, participé à la destitution de Blaise Compaoré en 2014. À ce titre, vous avez été régulièrement menacé. Comment vivez-vous cela ?

Beaucoup nous pensaient « rappeurs rasta-drogués et va-nu-pieds ». Nous avons avancé au fur et à mesure, avec une légitimité. Depuis que je suis au Burkina Faso, je n’ai jamais chanté pour aucun politique, défendu aucun politicien. Tout le monde connaît mes positions par rapport à l’ancien régime et à celui-là.

J’ai échappé à plusieurs attentats et enlèvements : deux fois avant le coup d’État, trois fois ensuite. La peur ne disparaît pas mais, à un moment donné, même votre peur ne vous appartient plus. Comme disait Sankara quand on lui demandait : « vous sentez-vous seul ? » : « Oui, je me sens comme un cycliste sur une pente avec un précipice à gauche et à droite et je suis obligé de pédaler, je ne peux pas reculer ». À un moment, dans la lutte on se sent tous comme ça.

Avec le Balai citoyen, vous venez de rejoindre une coalition d’organisations de la société civile pour lancer une campagne contre ce que vous appelez la « pandémie du troisième mandat »...

Les troisièmes mandats doivent disparaître dans l’intérêt des dirigeants et des peuples. C’est cette idée qui a conduit au départ de Blaise Compaoré après 27 ans de règne sans partage. Et les organisations de la société civile ont tout intérêt à donner l’exemple de la solidarité et de l’union. Nous sommes une centaine d’associations de peuples en lutte un peu partout dans le monde, y compris aux États-Unis, avec Black Lives Matter.

On retrouve aussi beaucoup de collectifs au sein de l’Université des mouvements citoyens d'Afrique, dont la première édition a été organisée à Dakar, et dont la deuxième devait avoir lieu au Ghana. À cause du Covid, nous avons eu des échanges en visio mais ce n’est pas mon truc. S’il y a bien une chose que j’ai appris, c’est qu’on ne change pas les choses de façon virtuelle. Les « likes » ne font pas la mobilisation. Ceux qui likent et partagent estiment déjà faire un effort. Ça les déresponsabilise.

Dans le spectacle, vous parlez de « mal des élites », que vous représentez par des pintades. Pourquoi cette métaphore ?

La pintade, ce sont les élites. Les poulets, le peuple. Chez nous, les pintades pondent et c’est nous qui couvons leurs œufs. Il va bien falloir que ça change un jour, que chacun s’occupe de ses œufs.

C’est une pièce qui s’adresse aux peuples et aux élites. Aux élites qui trahissent par paresse intellectuelle, clientélisme ou manque de courage. Celles qui ont les moyens de changer les choses mais jouent le jeu du système oppresseur. Celles qui n’ouvrent pas le champ des possibles. Qui sont prêtes à tout pour obtenir des faveurs de ceux qui les dominent par le pouvoir de l’argent, et crachent sur le peuple. Nous sommes dans une société de lèche-vitrines.

En ce sens, vous préparez un titre de rap intitulé « Pourriture noble ».

La pourriture noble est un champignon d’Alsace qui permet d’obtenir le vin Gewurztraminer vendanges tardives. C'est une métaphore pour parler de la corruption : les vols des élites sont nobles, les voleurs de poules sont des voyous. C’est une réflexion sur le clientélisme et la corruption au Burkina Faso, sur la façon dont on injecte de l’argent pour empêcher le renouvellement de l’offre politique.

Les élections se préparent au Burkina Faso. Quid du renouvellement des élites justement ?

"Plus pressé que la musique danse mal", dit le proverbe. Le changement se fait sur plusieurs aspects : il faut pousser les uns et les autres à respecter les règles du système démocratique tout en travaillant au rafraîchissement de l’offre politique, en proposant une alternative.

Par exemple, nous avons mené le projet Alliance Jeunes Parlementaires avec plus 200 jeunes issus de huit provinces. Grâce à une convention avec l’Assemblée nationale, ils ont été formés au métier de parlementaire. Certains d’entre eux vont effectuer des stages à l’Assemblée et seront parrainés par des députés. Près de 50 % de ces jeunes veulent se lancer en politique. On ne peut pas dire « ce ne sont que des vieux crocodiles » et se dire « apolitique » dès qu’il est question de s’engager.

Vous dites également vous intéresser à un autre volet : l’observation du respect des règles démocratiques.

Comme il y a cinq ans, nous allons contribuer à observer les élections. Nous avions fait une première campagne, « après ta révolte, ton vote » pour pousser les gens à s’inscrire sur les listes électorales. Malheureusement, le résultat n'a pas été à la hauteur des espérances, pour créer un vrai bouleversement.

La deuxième campagne était : « je vote et je reste ». Nous demandions au citoyen, une fois qu’il avait voté, de rester sur place pour contribuer à observer les scrutins. L’Union européenne et l’opposition ont considéré qu’on voulait foutre le boxon, ce n’était pas le cas. Les cibal, « citoyen balayeur » étaient disciplinés. Nous avons pu retransmettre les résultats heure par heure.Nous allons recommencer cette année avec un mandat de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) pour quelques centaines de cibal sur tout le territoire. Il est important que les règles du jeu soient respectées.

C’est facile de dire que la démocratie n’est pas le modèle idéal pour l’Afrique. Il n’est idéal pour personne. On voit ses limites aux États-Unis comme en Europe. Cela n’empêche pas d’essayer au moins de respecter les règles si l’objectif est de faire changer les choses en mieux. Avoir des institutions fortes, saines et un système démocratique qui permet de déverrouiller le pouvoir, ça peut faciliter le renouvellement qu’on espère.

Comment envisagez-vous les élections à venir ?

Le Balai citoyen ne peut pas soutenir un candidat officiellement. Nous souhaitons simplement qu’il y ait de plus en plus de candidats crédibles, avec un vrai programme politique, et en mesure de l’incarner. Le changement est un processus. On ne peut pas attendre grand-chose de ces présidentielles. Ceux qui entrent en campagne dans l’opposition, ceux qui pourraient vraiment œuvrer au changement, ne sont pas vraiment bien placés. La vraie relève, au plus tôt, viendra en 2025. J’essaie d’être réaliste.

Mais c’est bien qu’il y ait déjà ce pluralisme et une Constitution qui commence à devenir solide. Nous avons instauré la séparation de l’exécutif et du judiciaire, qui n’existe pas en France par exemple. Même si on a du mal à l’appliquer, elle existe.

En matière de gouvernance, les outils sont désormais là pour changer les choses. Est-ce que les gens s’en serviront pour transformer la société ?

 

Photographie : « Africa 21e siècle », panorama captivant du continent

| Par 
« La Nuit des longs couteaux » de Athi-Patra Ruga (2013)

« La Nuit des longs couteaux » de Athi-Patra Ruga (2013) © Athi-Patra Ruga

Le commissaire d’exposition et journaliste britannique Ekow Eshun nous donne dans le beau livre « Africa 21e siècle » un captivant cours magistral sur l’Afrique contemporaine à travers 300 clichés de 51 photographes.

Le continent africain n’est pas seulement un espace physique traversés par mille frontières. Il est aussi un champ des possibles où se côtoient moult états d’esprit, identités, visions et interprétations. C’est à partir de ce constat qu’Ekow Eshun, commissaire d’exposition, auteur et journaliste britannique, réunit dans un beau livre, Africa 21ème siècle (Africa State of Mind dans la version originale publiée chez Thames & Hudson), 300 clichés pris par les objectifs, braqués sur le continent africain, d’une cinquantaine de photographes contemporains.

Parmi eux, Leonce Raphael Agbodjélou, Namsa Leuba, Leila Alaoui, Omar Victor Diop, Nobukho Nqaba, Emeka Okereke, Musa N. Nxumalo, Hassan Hajjaj, Nontsikelelo Veleko ou Youssef Nabil. Leurs travaux, qui, pour la plupart, date de moins de dix ans, traduisent une cause commune : « la revendication d’une Afrique vue dans tous ses paradoxes, toutes ses promesses, son émerveillement quotidien », explique Eshun dans l’introduction de l’ouvrage.

« L’Afrique se traduit en poésie plutôt qu’en prose », assène encore celui qui, en 2017, se penchait sur les sources et le devenir de l’art contemporain africain dans « Africa Modern : Creating the contemporary art of a continent » (KT Wong Foundation).

Obsessions africaines

Le collaborateur de la BBC, du Guardian ou du New York Times – et accessoirement frère de l’écrivain Kodwo Eshun – s’appuie, ici, sur Afrotopia (Philippe Rey, 2016) dans lequel, écrit-il, l’économiste et écrivain sénégalais Felwine Sarr « aspire à une Afrique renouvelée, engendrée par les artistes, les penseurs et les acteurs culturels ; des créateurs et des créatrices dont le travail s’attache à exprimer l’expérience vécue aujourd’hui sur le continent dans toute sa complexité, en faisant preuve de nuance et en mobilisant les imaginaires. Il fait valoir que dans ce processus, l’Afrique est le lieu d’une profonde continuité entre le réel et le possible. »

Ekow Eshun est un commissaire d’exposition, auteur et journaliste britannique
Ekow Eshun est un commissaire d’exposition, auteur et journaliste britannique © Antonio Olmos

Plus qu’un répertoire où défilent les clichés, l’ouvrage – dont la première de couverture est illustrée par une œuvre de la photographe britannico-libérienne Lina Iris Viktor – est un passage en revue des obsessions africaines communes de ces différents artistes. Et cela, à travers une partition dont il convient de saluer la justesse. Dans « Villes hybrides », Bab El Oued et ses « Rochers carrés » (Kader Attia, 2008) côtoient Lagos, ville chaotique saisie par Andrew Esiebo (entre 2015 et 2019), ou l’architecture du patrimoine bâti d’Abidjan, Porto-Novo ou Bamako qu’a capturé François-Xavier Gbré au début des années 2010.

« Zones de liberté » interroge genre et sexualité avec Jodi Bieber, Yagazie Emezi (« Consommation du modèle noir, 2018) mais aussi Phumzile Khanyile, dont l’éblouissante série d’autoportraits, « Couronnes en plastique » (2016), interroge ce qu’est être une femme en Afrique du Sud.

Cours magistral

La suite de l’ouvrage de près de 300 pages se penche sur le poids des traditions ainsi que sur l’héritage colonial et l’ère postcoloniale dans la partie « Mythe et mémoire » puis étudie le lien entre identité et territoire dans « Paysages intérieurs ».

En somme, Africa 21ème siècle peut être lu comme un captivant cours magistral sur l’Afrique contemporaine où, à travers l’étude de la photo artistique, les bonnes questions trouvent (enfin) les bonnes réponses. À mettre entre toutes les mains.

« Africa 21e siècle – Photographie contemporaine africaine » de Ekow Eshun, éditions Textuel (2020) 272 p., 55€

« Africa 21e siècle – Photographie contemporaine africaine » de Ekow Eshun, éditions Textuel (2020) 272 p., 55€ © Editions textuel

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Les informations sur nos maisons de formation datent de quelques années, et nous avons demandé aux responsables de ces maisons de nous donner des nouvelles plus récentes.
La première réponse reçue vient de Samagan, le noviciat près de Bobo-Dioulasso (lire la suite)

 

La deuxième réponse nous a été donnée par la "Maison Lavigerie", notre maison de formation à la périphérie de Ouagadougou, où les candidats ont leurs trois premières années de formation (lire la suite)