Témoignages

 

Au Bénin, « même minoritaires au Parlement, les Démocrates forceront le débat sur l’action gouvernementale »

Avec 28 sièges, selon les résultats provisoires, le parti d’opposition à Patrice Talon entre à l’Assemblée nationale. Bien que minoritaires, ses cadres entendent pousser la majorité à plus de « clarté ». 

Par  - envoyée spéciale à Cotonou
Mis à jour le 13 janvier 2023 à 14:13
 
 
azatassou
 

 

Eugène Azatassou, vice-président des Démocrates, à Cotonou, au Bénin, le 12 janvier 2023. © Charles Placide pour JA

Absente des élections législatives de 2019, des communales de 2020 et de la présidentielle de 2021, l’opposition a fait son retour dans le jeu électoral béninois, ce dimanche 8 janvier 2023. Tête de gondole des opposants à Patrice Talon, le parti Les Démocrates, né en 2019 à la faveur d’une scission au sein des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), devrait entrer à l’Assemblée nationale avec 28 députés élus, selon les résultats provisoires annoncés par la Commission électorale nationale autonome (Cena).

Satisfaits d’apporter de nouvelles couleurs à la représentation nationale, jusqu’ici intégralement acquise à Patrice Talon, les lieutenants de l’ancien chef de l’État et président d’honneur des Démocrates, Thomas Boni Yayi, dénoncent cependant une manipulation des résultats. Les membres du parti au flambeau l’assurent : le peuple, malgré une participation timide, les a consacrés comme la première force politique du pays.

À LIREPour les opposants à Patrice Talon, des législatives décisives

En attendant que la Cour constitutionnelle, auprès de laquelle ils ont introduit des recours, tranche, la formation présidée par le député Éric Houndété promet qu’elle pèsera de tout son poids dans le débat parlementaire, « afin d’éclairer les Béninois sur des lois jusqu’ici votées sans discussion ». Et ce, même si la mouvance présidentielle conserve une majorité écrasante, avec les 81 sièges que lui confèrent les résultats provisoires.

Eugène Azatassou, vice-président des Démocrates, évoque pour Jeune Afrique le rôle qu’entend jouer l’opposition au cours des trois années de la législature à venir, avec, en ligne de mire, les élections générales de 2026.

Jeune Afrique : Quels ont été les principaux sujets soulevés par les Béninois lors de la campagne électorale ?

Eugène Azatassou : Depuis 2016, les Béninois ont le sentiment d’avoir vu leur champ d’expression se réduire sous le poids d’un régime que nous qualifions volontiers de dictatorial. L’opposition a été exclue des scrutins. Les arrestations d’opposants se sont multipliées, les départs en exil aussi. Pendant la campagne, les citoyens se sont dits très inquiets du recul global des libertés et de la démocratie.

À LIREScrutin clé pour Patrice Talon : cinq questions pour comprendre les législatives au Bénin

Je crois que la participation de l’opposition aux législatives a été perçue comme une bouffée d’air frais. Les Béninois ont de nouveau eu la possibilité de sanctionner le pouvoir dans les urnes s’ils le souhaitaient. Ce qu’ils n’avaient plus eu l’occasion de faire depuis l’élection de Patrice Talon.

Pourtant, la participation des Démocrates aux législatives n’a pas suffi à ramener les électeurs aux urnes. Alors que l’on avait imputé les forts taux d’abstention des scrutins précédents à l’absence de l’opposition, la participation n’atteint toujours pas 40 %…

La population a pris l’habitude de se faire rouler, de voir ses candidats exclus et les résultats manipulés. Cela a créé une grande méfiance et une grande lassitude. Nombre de citoyens se disent que l’élection est jouée d’avance. Une fois cette dynamique installée, il n’est pas facile de l’inverser.

Ce scrutin n’était qu’une première étape. Il faut espérer que les citoyens, voyant l’engouement autour des Démocrates, seront convaincus de venir voter aux prochaines élections. Nous voulons convaincre les électeurs que plus ils sortiront massivement pour voter, plus il sera difficile pour le régime de truquer un scrutin.

Avec 28 sièges pour les Démocrates contre 81 pour la mouvance présidentielle, la sanction de la majorité que vous évoquez n’a pourtant pas eu lieu…

Je pense que la Cena a rendu compte des chiffres tels qu’elle les a reçus. Mais ces chiffres ont été manipulés à la base, sur le terrain. Nos mandataires ont assisté à des bourrages d’urnes. Certains ont été tenus éloignés des bureaux de vote au motif de problèmes administratifs et n’ont pas pu exercer le contrôle qu’ils étaient censés assurer.

Nous avons introduit les recours nécessaires pour dénoncer cela. Les résultats ne reflètent pas ce qui nous est revenu du terrain. Selon nos décomptes, les Béninois ont fait des Démocrates la première force politique du pays.

Toujours est-il qu’en l’état, vous restez largement minoritaires face à la mouvance présidentielle. Dans ce contexte, comment entendez-vous peser sur les débats au Parlement ?

D’abord, nous espérons que la vérité des urnes sera rétablie. Mais, si nous conservons 28 sièges et que nous n’avons pas la majorité pour voter les lois, nous forcerons le débat, afin d’instaurer plus de contrôle sur l’action du gouvernement.

À LIREAu Bénin, des législatives avec l’opposition mais sans enthousiasme

Il devra rendre des comptes et exposer ses motivations. Il ne peut plus y avoir de lois votées nuitamment sans que personne ne sache ce dont il s’agissait et pourquoi. Notre entrée à l’Assemblée nationale poussera la majorité à plus de clarté. Nous sommes cependant conscients qu’il sera difficile, avec 28 sièges, de faire voter certaines lois qui nous tiennent à cœur.

Comme des lois d’amnistie ?

Effectivement, un apaisement du climat politique au Bénin ne peut passer que par le vote de lois d’amnistie, afin que soient libérés les nombreux détenus politiques.

Vous pensez par exemple à Reckya Madougou et Joël Aïvo ?

Ce sont les plus connus, mais de très nombreux opposants sont en prison du fait de leur couleur politique. Il faut une amnistie pour eux, mais aussi pour les opposants forcés à l’exil.

Pathé Dione, les tribulations d’un pionnier de la finance africaine

La finance africaine pleure la disparition, à 81 ans, de Pathé Dione, le fondateur et président du groupe de bancassurance Sunu. Quelques mois auparavant, il avait entamé une réorganisation de son groupe, qui prend à présent des allures de testament.

Par  - à Abidjan
Mis à jour le 13 janvier 2023 à 19:12

 
dione

 

 

 

En octobre dernier, le dirigeant de l’un des fleurons des assurances panafricain a précipité le nouvel organigramme de son groupe, plaçant son homme de confiance, Mohamed Bah, aux fonctions de directeur général de Sunu. Une réorganisation qui a sonné comme une transmission de pouvoir et un acte visionnaire. Pourtant, depuis plus de neuf mois, tout son entourage managérial était informé des changements à venir. Finalement, c’est en fin d’année 2022 que tout va s’accélérer.

À LIRECôte d’Ivoire, Sénégal, France… Les relations d’affaires de Pathé Dione

Le nouvel état-major de Sunu Participations, holding du groupe de bancassurance, a permis à Pathé Dione de placer ses fidèles cadres comme piliers de la continuité de l’entreprise qu’il a fondée en 1998.

Transmission

Mohamed Bah est devenu directeur général, Joël Amoussou directeur général délégué, son fils biologique, Karim-Franck Dione, directeur zone hors Cima et Gildas N’Zouba directeur général de Sunu assurances vie Côte d’ivoire.

L’histoire du groupe, elle, sonne comme une réussite. Avec un chiffre d’affaires de 357 millions d’euros en 2021, et 865 millions d’euros d’actifs sous gestion, Sunu est le premier assureur « vie » de la zone de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (Cima). Le groupe possède une trentaine de sociétés, dont deux banques, et est implanté dans dix-sept pays africains. Toutefois, le vrai succès de Pathé Dione reste sa capacité à dénicher les bons profils et à leur transmettre sa vision managériale.

À LIRERegain d’appétit de Sunu, le groupe du très discret Pathé Dione

« La plus grande réussite du président Pathé Dione est le groupe solide qu’il laisse et qui est dirigé par des cadres qu’il a formés pendant des décennies », a confié à Jeune Afrique un membre du staff managérial de Sunu qui a requis l’anonymat. Mohamed Bah, le directeur général du groupe nommé en octobre dernier, était considéré comme « son fils » et symbolisait pour Pathé Dione la compétence et la loyauté.

Ancien de la « maison » Axa, le Franco-guinéen a un parcours similaire à celui fondateur du groupe, Pathé Dione. Tous deux ont été professeurs de mathématiques avant de poursuivre une formation d’actuariat pour devenir assureurs.

Fidèle

Mais le fondateur de Sunu n’avais pas que de liens forts avec ses fidèles et dauphins. Il était également très attaché à la Côte d’Ivoire, et Abidjan est devenue son lieu de résidence principal. C’est d’ailleurs dans ce pays qu’il a entamé sa carrière d’assureur avant de lancer l’aventure Sunu. Dione partageait sa vie entre Dakar, capitale de son pays de natal, et Paris, la ville où il a étudié et fait ses premières armes professionnelles.

À LIRERachat de la Bicici : la Côte d’Ivoire bouleverse la hiérarchie bancaire ouest-africaine

Il était par ailleurs un homme de passions, qui n’a pas hésité à financer, à coups de centaines de millions de francs CFA, pendant plusieurs années à partir de fin 2011, le festival des Lumières d’Abidjan, visant à redonner espoir et gaieté aux Ivoiriens. Abidjan se classait dans le top 10 mondial des festivités dans ce domaine. Un lien avec la Côte d’Ivoire que le patron de Sunu n’a pas voulu trahir lors de la cession de la Banque internationale pour le commerce et l’industrie de Côte d’Ivoire (Bicici), filiale du français BNP Paribas.

Malgré les 19 % de participations détenues par Sunu dans l’actionnariat de la banque ivoirienne, Pathé Dione, qui faisait figure de candidat sérieux à la reprise, s’est désisté au profit de l’État ivoirien. Une position qu’il avait clairement fait savoir à Tiémoko Meyliet Koné, le vice-président ivoirien, selon nos informations.

Arrivée tardive

L’un des échecs à mettre au compte de Pathé Dione est peut-être l’arrivée tardive du groupe Sunu dans le secteur bancaire. Et ce, contrairement à son concurrent NSIA, fondé par Jean Kacou Diagou. En effet, la première acquisition bancaire s’est déroulée en 2018 – soit 20 ans après le début d’activité de Sunu – par la reprise de 58,1 % de la Banque populaire pour l’épargne et le crédit (BPEC) du Togo.

IL FAUT ARRIVER AU PLUS HAUT SOMMET PAR LES CHEMINS LES PLUS ÉTROITS

Avant cette date, le groupe d’assurance avait tenté de saisir plusieurs opportunités sans succès. Puis Sunu a renforcé et consolidé sa présence dans le secteur bancaire par le rachat de 54,11 % de la Bicis, la filiale sénégalaise de la BNP Paribas, en juillet 2022. Au cours de la même année, Pathé Dione a engagé son groupe au Cameroun dans l’Africa Golden Bank. Cette arrivée tardive dans le secteur bancaire africain s’explique par la volonté de Pathé Dione de ne pas s’endetter pour des acquisitions bancaires, de saisir des opportunités et acheter au meilleur prix.

L’une des devises qu’il répétait sans cesse à son premier carré au sein du groupe était : « Il faut arriver au plus haut sommet par les chemins les plus étroits. » Aujourd’hui, Sunu compte se rattraper progressivement dans le secteur bancaire. Le rachat de la Bicis a été validé par les autorités réglementaires et monétaires de l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (Uemoa) après le closing avec BNP. La banque a obtenu son agrément universel en fin d’année 2022.

Opération Barkhane: «Il faudrait que la société française puisse débattre des guerres que mène la France»

 

barkhane

 

Des soldats de l'armée française dans le village de Gorom-Gorom au nord du Burkina Faso, le 14 novembre 2019 (image d'illustration). AFP/Michèle Cattani

 

Par :Laurent CorreauSuivre

Ce 11 janvier, cela fait dix ans tout juste que la France a lancé ses opérations de lutte anti-jihadiste au Sahel; l'opération Serval – qui s'est transformée en Barkhane – et qui est entrée depuis la fin de l'année dernière dans une nouvelle phase de transformation. Il y a dix ans, l'arrivée de Serval était saluée par la population malienne. Dix ans plus tard, l'incapacité à mettre fin aux activités des groupes jihadistes nourrit la colère et les réactions de rejet dans les pays sahéliens. Comment expliquer ce basculement ? La question est au cœur d'un ouvrage qui vient d'être publié : Mirage sahélien. La France en guerre en Afrique. Serval, Barkhane et après ?. Son auteur, le journaliste français Rémi Carayol, est l'invité de RFI.

Vous décrivez dans votre livre certaines idées sur lesquelles se sont fondées les opérations françaises Serval puis Barkhane, des schémas parfois ethnicistes ou racialistes, de vieilles conceptions. D'où viennent ces schémas, et à quels genres d'erreurs peuvent-ils conduire ?

En fait, il faut savoir que la colonisation représente dans l'imaginaire de l'armée de terre française une période de gloire. Il y a des conquêtes, des guerres très glorieuses, et puis il y a des officiers qui ont fait toute leur réputation durant cette période. Je pense notamment à Lyautey, à Gallieni, des officiers qui aujourd'hui encore occupent une place importante dans les conceptions stratégiques de l'armée française.

Et lorsque l'armée intervient en 2013 dans cette zone, elle recycle cette stratégie qui avait été mise en place durant la conquête coloniale. Ça a conduit notamment, entre autres, à des alliances avec des groupes armés, fondées notamment sur ce que j'appelle le « mythe de l'homme bleu » c'est-à-dire la croyance qu'on peut compter sur les Touaregs dans une forme d'essentialisation de ce qu'ils sont pour mener le combat contre les groupes jihadistes, mais aussi une alliance que je qualifie de coupable, avec deux groupes armés : le MSA et le Gatia. Il se trouve qu'alors que l'armée française coopérait avec ces groupes armés, ceux-ci commettaient des exactions contre des civils peuls, dans la région des trois frontières.  

L'une des erreurs d'analyse majeure qui est faite, estimez-vous dans votre ouvrage, c'est celle qui consiste à ne voir dans les insurgés de cette zone que des terroristes affiliés aux grands réseaux jihadistes internationaux, alors expliquez-vous, qu'il faudrait s'efforcer de saisir dans toute sa complexité ce que vous appelez un « jihad rural » qui s'est développé sur fond de révolte sociale ? 

Oui, et ça je suis loin d'être le seul à le dire, énormément d'études, de chercheurs, énormément de reportages aussi de journalistes ont démontré que les ferments de ces insurrections, qui sont des insurrections à la base locales, reposent sur des enjeux très locaux, voire micro-locaux. Tout ça, effectivement, s'est moulé dans ce qu'on appelle le jihad global avec des groupes comme le JNIM et l'EIGS qui sont effectivement alliés à al-Qaïda et au groupe État islamique. Le problème est que les responsables français n'ont pas voulu voir cette évolution, parce que effectivement en 2013 lorsqu'ils interviennent, on peut réduire l'ennemi à ce volet uniquement « terroriste ». Mais entre 2015 et 2017, tout a changé en fait, on se retrouve face à des insurrections locales qui doivent appeler une réponse autre que militaire. D'ailleurs, très rapidement, les responsables politiques, les notables, les responsables communautaires au Mali, émettent le vœu d'entamer des discussions avec certains chefs des groupes jihadistes. En voulant à tout prix employer la force et uniquement la force pour battre ces « terroristes », on n'a pas voulu voir la possible sortie par la voie politique et le dialogue.

Une des parties de votre ouvrage porte sur les dérives qui se sont produites au cours de ces dix ans d'opération dans le Sahel, vous citez notamment ce qui s'est passé dans la localité de Bounti dans le centre du Mali. Et vous revenez aussi sur l'existence d'une prison dans le camp de Gao, une prison à laquelle l'armée ne laisse pas accéder la division des droits de l'homme de la Minusma, et les associations maliennes des droits de l'homme… Que montrent selon-vous ces dérives, et la façon dont elles ont été gérées par l'armée ?

L'absence totale de transparence de la part de l'armée – on va dire que c'est une caractéristique de l'armée française qui est dénoncée par pas mal de chercheurs qui ont eu à travailler avec d'autres armées. Cette prison, en soi, elle était connue par les autorités maliennes, puisque le fait que les Français puissent garder des suspects pendant un certain temps est inscrit dans l'accord qui a été signé en 2013 entre la France et le Mali. Mais par contre, son existence n'a été divulguée à personne d'autre et comme vous le dites, il n'y avait aucun contrôle. On ne sait pas ce qu'il s'y passait hormis les quelques témoignages des personnes qui y sont passés…

... Et qui disent ?

Et qui disent qu'elles étaient plutôt bien traitées. Je n'ai pas, moi, documenté d'acte de torture par exemple. On est loin de l'image de prison par exemple américaine en Irak, on n'est pas du tout dans cet ordre-là. Par contre, ce dont elles se plaignent, c'est le fait que lorsqu'elles ont été remises aux autorités maliennes, elles ont été oubliées, abandonnées. Ces gens ont croupi en prison pendant un, deux, trois ans, et le seul moyen pour eux d'en sortir a été de soudoyer un magistrat parce que dans cette prison, ils ne voyaient ni avocat, ni famille, ni juge.

Finalement, l'un des soucis majeurs, c'est que les citoyens français n'ont pas pu réellement exercer un contrôle démocratique sur cette opération, au travers de leurs élus ou au travers de la société civile ?

Oui, c'est la raison pour laquelle j'ai écrit ce livre. Je voudrais que la société française, en fait, puisse débattre des guerres que mène la France. Il n'y a aucun contrôle démocratique sur ces guerres-là, les parlementaires n'ont que peu de pouvoir avec la Constitution, mais quelque part, ils ne font rien pour changer cela. Les citoyens finalement n'ont pas de voix qui leur permet de poser des questions sur pourquoi on est en guerre en notre nom.

►À lire aussi : Au Mali, il y a dix ans débutait Serval, opération plébiscitée à l’époque, impensable aujourd’hui

Charles Blé Goudé clarifie sa position sur la scène politique ivoirienne

Le leader du Cojep, Charles Blé Goudé, rentré en Côte d’Ivoire le 26 novembre 2022, après avoir été acquitté par la Cour pénale internationale, a donné son premier point presse mercredi matin 11 janvier. Il affirme vouloir « librement participer à la vie politique » de son pays. Et de fait, il se place en « observateur » et compte surtout relancer son parti politique.

Avec notre correspondante à Abidjan, Bineta Diagne

Charles Blé Goudé observe d’abord une minute de silence à la mémoire des victimes de la crise en Côte d'Ivoire. Puis pendant plus de deux heures, il clarifie sa posture sur la scène politique ivoirienne : après avoir rendu visite à Pascal Affi N’Guessan du FPI et à Simone Gbagbo, l’ex-première dame, Charles Blé Goudé affirme ne nouer aucune alliance pour le moment. 

« Je n’ai pour le moment d'affinités avec aucun parti politique. Je connais des personnalités politiques pour qui j'ai beaucoup de respect et le paysage politique ivoirien s’est beaucoup recomposé, donc je suis un étranger aux gros yeux pour le moment. » 

 À lire aussi Côte d’Ivoire: retour de Charles Blé Goudé, après dix ans d’absenc

Charles Blé Goudé veut se concentrer sur la relance de son parti politique, le Congrès panafricain pour la justice et l'égalité des peuples (Cojep). Pas d’alliance en perspective non plus, avec le RHDP, « son adversaire », souligne-t-il.  L’ex-ministre de la Jeunesse de Laurent Gbagbo est longuement revenu sur l’état de ses relations avec son mentor : il n’y a pas de brouille entre nous, assure-t-il. 

« Je n'ai pas de conflit avec le président Gbagbo. À La Haye où j’étais, j’ai été un fils, j'ai servi mon père, je n'ai jamais rien fait pour heurter le présent Gbagbo et je pense que depuis qu'il est venu, il n'a jamais rien fait ni rien dit pour me heurter. La seule discorde ? Peut-être, je ne suis pas membre du PDA-CI, mais en tout cas, j'ai fait ma demande d'audience pour voir mon père et j'attends qu'il me reçoive. » 

Charles Blé Goudé a insisté sur son ambition de diriger la Côte d'Ivoire « un jour », selon ses mots. Mais sa condamnation par la justice ivoirienne à 20 ans de prison pour les violences électorales de 2010 l’empêche d’être candidat : « Je marche doucement » dit-il. Il plaide pour que sa condamnation soit annulée, pour participer aux joutes électorales à venir. 

 A lire aussi : Côte d'Ivoire: Charles Blé Goudé a rencontré le ministre de la Réconciliation nationale

L’enquête sur l’enlèvement d’Olivier Dubois au Mali confiée à des juges antiterroristes français

Le journaliste français a été enlevé il y a maintenant 21 mois dans le nord du Mali et l’avocat de sa famille s’est félicité de l’ouverture de cette information judiciaire.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 10 janvier 2023 à 15:18
 
dubois

 

Projection du portrait d’Olivier Dubois lors d’une manifestation de soutien organisée par Reporters sans frontières (RSF), le 3 juillet 2022 à Paris, sur le Panthéon. © Amaury Blin / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP.

 

Les investigations sur l’enlèvement du journaliste français Olivier Dubois, correspondant de LibérationJeune Afrique et Le Point au Mali, ont été confiées à des juges d’instruction du pôle antiterroriste du tribunal de Paris, a-t-on appris le 10 janvier de source judiciaire. Le journaliste indépendant de 48 ans, qui vit et travaille au Mali depuis 2015, avait lui-même annoncé son rapt dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux le 5 mai 2021. Il y expliquait avoir été kidnappé le 8 avril à Gao, dans le nord du Mali, par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda.

À LIREMali : Olivier Dubois, 15 mois de trop aux mains des jihadistes

Le Parquet antiterroriste français (PNAT) avait ouvert une enquête préliminaire pour « enlèvement en bande organisée » et « en relation avec une entreprise terroriste ». L’information judiciaire confiée à des juges d’instruction du pôle antiterroriste a, elle, été ouverte le 3 octobre dernier, précise le même source judiciaire.

Une deuxième vidéo après un an de silence

L’avocat de la famille d’Olivier Dubois, Me Laurent Bayon, s’est félicité « de l’ouverture de l’information judiciaire qui permet d’accéder aux investigations conduites par le PNAT » lors de l’enquête préliminaire. Dans le dossier figure également la procédure de la justice malienne, a-t-il précisé.

Après quasiment un an de silence, une deuxième vidéo d’Olivier Dubois avait été diffusée le 13 mars dernier sur les réseaux sociaux, sans indication sur la date à laquelle les images avaient été tournées.

À LIREMali : RFI et France 24 réduites au silence par le régime d’Assimi Goïta

Dans la vidéo, l’otage, qui semblait en bonne santé, s’était adressé à sa famille et au gouvernement français, auquel il demandait de « continuer à faire son possible » pour sa libération. Le journaliste mentionnait également les messages de ses proches, qualifiés de « bouffée d’air frais », qu’il recevait via Radio France Internationale (RFI). Mais la junte malienne d’Assimi Goïta a suspendu le 17 mars la diffusion de RFI et de la chaîne de télévision France 24 dans un contexte de tensions avec la France.

Le seul otage français dans le monde

« Depuis les otages au Liban, dans les années 1980, il y a plus de trente ans, aucun journaliste n’a été retenu en captivité aussi longtemps », avaient rappelé quarante rédacteurs en chef de médias francophones dans une tribune publiée par le quotidien Libération en octobre, soit dix-huit mois après l’enlèvement d’Olivier Dubois.

La famille de ce dernier a lancé en 2022 une pétition en ligne pour demander sa libération et réalisé une vidéo pour le premier anniversaire de son enlèvement afin de sensibiliser le public. Les autorités françaises assurent régulièrement rester mobilisées pour mettre fin à sa captivité.

Olivier Dubois est le seul otage français recensé non retenu par un État dans le monde depuis la libération, en octobre 2020, de Sophie Pétronin, également enlevée au Mali.

(avec AFP)

Sous-catégories

Les informations sur nos maisons de formation datent de quelques années, et nous avons demandé aux responsables de ces maisons de nous donner des nouvelles plus récentes.
La première réponse reçue vient de Samagan, le noviciat près de Bobo-Dioulasso (lire la suite)

 

La deuxième réponse nous a été donnée par la "Maison Lavigerie", notre maison de formation à la périphérie de Ouagadougou, où les candidats ont leurs trois premières années de formation (lire la suite)