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Cinéma – Claire Diao : « Une reconnaissance à l’international n’ouvre pas forcément de portes en Afrique »

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Mis à jour le 15 septembre 2021 à 10h22
Claire Diao à Paris, le 1er septembre 2021.

Claire Diao à Paris, le 1er septembre 2021. © Vincent Fournier pour JA

À 35 ans, cette passionnée franco-burkinabè s’est imposée comme une personnalité importante du septième art africain. Elle livre à « Jeune Afrique » son regard sur la nouvelle génération de cinéastes et sur les défis qu’elle aura à relever.

Le réalisateur Joël Akafou en Côte d’Ivoire, la documentariste nigérienne Amina Abdoulaye Mamani, la réalisatrice Iman Djionne au Sénégal… Ces noms ne disent peut-être rien aux non-initiés, mais ils sont possiblement les visages du cinéma ouest-africain de demain. À condition de soutenir la production et la réalisation de films imaginés par ses nouveaux talents, et à les faire connaître à un large public. C’est la mission que s’est assignée la Franco-burkinabè Claire Diao.

À 35 ans, cette passionnée de cinéma est membre de plusieurs comités de sélection de festivals – dont la Quinzaine des réalisateurs de Cannes – directrice de la société de distribution Sudu Connexion et responsable d’un programme de courts métrages lancé en 2013, Quartiers lointains. C’est d’ailleurs à l’occasion de la diffusion à Paris de la sixième édition du programme, intitulé cette année Afrofuturistik, que nous la rencontrons début septembre pour évoquer les défis et les opportunités des jeunes cinéastes de la sous-région.

Formation, besoin urgent d’un système de distribution des films organisé, diversité nécessaire des comités de sélections des festivals… Claire Diao réfléchit pour Jeune Afrique aux meilleurs leviers pour dynamiser la production dans la sous-région et favoriser l’émergence de talents.

Jeune Afrique : Vous présentez la sixième édition de Quartiers lointains, sous le signe du futur. Qu’ont en commun les cinq films que vous présentez ?

Claire Diao : Quartiers lointains est une collection de courts métrages de la diaspora ou du continent qui répondent chaque année à une thématique différente. Le but, c’est de rendre le lointain plus proche et de révéler les points communs plutôt que les différences. Cette édition est parrainée par la créatrice sénégalaise Selly Raby Kane, qui travaille sur la notion d’afrofuturisme à travers ses créations.

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« BLACK PANTHER » RESTE UNE VISION AMÉRICAINE DE L’AFRIQUE

Nous sommes partis d’un constat : le film Black Panther a fait parler énormément de l’Afrique, et ce parce que le film présente un super-héros noir, qu’il a dépassé le milliard de dollars de recettes… Mais ça reste une vision américaine de l’Afrique. On voulait proposer les points de vue de cinéastes ou d’artistes africains, voir comment eux se projetaient dans le futur, quelle était la représentation du continent par rapport à cette thématique de science-fiction.

Comment faire émerger de jeunes cinéastes dans la sous-région ?

Il existe pour cela des programmes d’accompagnement de jeunes cinéastes, à l’échelle nationale ou continentale, comme le Talents Durban, en partenariat avec la Berlinale, auquel j’ai moi-même participé en 2012. Ce type d’initiative répond à l’envie de réunir de jeunes talents en fonction de leurs projets, de leurs envies et de les accompagner. Ils sont suivis, travaillent leur projet qu’ils pitchent à d’autres professionnels. Les festivals sont les premiers lieux où les cinéastes peuvent être soutenus et reconnus.

Les États font-ils preuve d’initiatives ?

Certains États financent aussi le cinéma ou créent des appels à projets pour soutenir certains artistes. Le Sénégal a le Fopica (Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuelle), dont la mise en place semble lié à l’Étalon d’or d’Alain Gomis pour son film Tey (2012), le Togo a un Fonds d’aide à la culture. On a aussi beaucoup parlé du milliard de francs CFA mis sur la table par le Burkina Faso lors du dernier Fespaco (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou)  pour soutenir la production et espérer avoir des films burkinabè en projection au festival.

On peut également citer le festival Koudougou Doc, créé par le réalisateur Michel K. Zongo, qui organise tous les ans des festivals de documentaires et des ateliers de prises de vue ou de son avec de jeunes autodidactes qui ont envie de faire du cinéma.

La sous-région offre-t-elle des opportunités de formation suffisantes ?

Il y a de plus en plus d’écoles de cinéma sur le continent. On peut citer le Centre Yennenga au Sénégal, l’institut Isis (Institut supérieur de l’image et du son) de Gaston Kaboré au Burkina Faso, l’Isma (l’Institut supérieur des métiers de l’audiovisuel) au Bénin, l’Esec (l’École supérieure des études cinématographiques) au Togo…

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BEAUCOUP DE JEUNES CINÉASTES SOUFFRENT D’ÊTRE EMPÊCHÉS PAR LEURS AÎNÉS

Au-delà de l’école, il faut interroger l’enseignement proposé et les enseignants attitrés. Il y a des établissements où les élèves sortent avec très peu de bagages et de connaissances, une culture cinématographique trop fragile. Depuis 2011, le Fespaco a une section dédiée aux films des écoles, une belle opportunité pour les jeunes de rentrer dans le grand bain du cinéma.

Vous citiez l’exemple d’Alain Gomis au Sénégal. Est-ce que le succès de certains films peut propulser de jeunes professionnels ?

Oui ! Cette année, c’est le Sénégal qui est à l’honneur au Fespaco (du 16 au 23 octobre). Le pays accueille aussi énormément de séries télévisées et de tournages. Mais pour les professionnels, même une reconnaissance à l’international n’ouvre pas forcément plus de portes à leur retour au pays. Certains font des métiers à côté pour joindre les deux bouts, ils ne peuvent pas compter sur le soutien de leur famille… La vie d’artiste, c’est compliqué !

Une des principales difficultés, c’est la non-reconnaissance. C’est déjà tellement dur pour les aînés, que faire de la place pour les plus jeunes, c’est encore plus compliqué. Certains n’ont aucun souci à transmettre leur savoir, mais d’autres peuvent avoir l’impression d’être chassés de la scène ou remplacés, et beaucoup de jeunes cinéastes souffrent d’être empêchés par leurs aînés.

À travers votre société de distribution, vous essayez de faire connaître les films africains au public. Pourquoi est-ce que ce secteur de l’industrie du cinéma reste sous-développé ?

Dans les années 1970-1980, une fédération panafricaine de cinéastes avait créé un consortium international de distribution, et une société implantée à Ouagadougou qui était censé générer des fonds de tous les pays de la sous-région pour produire des films. Tout cela a périclité car les États ne finançaient pas la culture.

La distribution a été pendant longtemps le monopole des sociétés monégasques Comacico et Secma. Au moment des indépendances, le duopole a refusé de fournir les salles en films pour protester contre la nationalisation des cinémas. Ajoutez à ça le délitement des salles de cinéma, l’avènement de la télévision, la piraterie… Les salles de cinéma sont devenues des magasins, des lieux de stockage, même des églises. Le métier de distributeur a disparu en même temps. C’est fort dommage parce que le critique de cinéma tunisien Tahar Cheriaa disait déjà en 1996 : « Qui tient la distribution tient le cinéma. »

Le secteur peut-il se développer ?

J’ai monté Sudu Connexion à la suite des succès de Quartiers lointains, quand je me suis rendue compte qu’il y avait un public. C’est un travail de fourmi énorme de faire rencontrer les œuvres, le public et les diffuseurs, mais quand ça a lieu, c’est magique. En Afrique de l’ouest, tout le monde est habitué à la diffusion non commerciale. Sous prétexte qu’il n’y a pas d’argent, on suppose que les réalisateurs devraient être contents que leur œuvre soit diffusée. Mais non ! Au-delà d’être une œuvre artistique, le film est un produit, avec un tarif qui peut être négocié.

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C’EST DIFFICILE DE SE POSITIONNER, D’ASSUMER, D’AUTANT PLUS EN TANT QUE FEMME, DANS UN MILIEU TRÈS MASCULIN

L’argent doit rentrer dans les caisses pour que le producteur puisse aussi financer d’autres œuvres. Il faut faire de la pédagogie avec les organisateurs de festivals ou les auteurs eux-mêmes, qui signent des contrats sans avoir jamais rien lu et qui ne savent même pas ce qu’ils ont cédé, et à qui, souvent par manque de formation juridique. Les distributeurs sont avides de films, de rencontrer de nouveaux auteurs, il y a juste une méconnaissance du travail qui est fait. Un réalisateur ne peut pas être aussi producteur ou distributeur, comme ce qui se fait dans les cinémas d’Afrique. La distribution c’est un peu un western, un terrain vierge ou tout reste à faire, mais quelle fierté quand on reverse des droits ou des recettes aux producteurs et aux réalisateurs, qui se rendent compte que leur film a une valeur, un public et rencontre un certain succès. Là on se sent vraiment utile.

Votre jeune âge a-t-il était un obstacle dans votre carrière ?

C’était une hantise à mes débuts. Il y a un tel respect des aînés dans notre culture que c’est difficile de se positionner, d’assumer, d’autant plus en tant que femme, dans un milieu très masculin. Mais c’est la passion qui me guide. J’ai débuté comme journaliste parce que je trouvais que les œuvres gagnaient à être connues. J’ai basculé vers les présentations de films, les sélections dans les festivals, puis j’ai réalisé que ce qui manquait, c’était la distribution. Peut-être que je me rendrais compte plus tard que quelque chose d’autre manque et j’ajouterai une autre corde à mon arc.

La diversification des comités de sélection est-elle un autre levier propice à l’émergence de nouveaux talents ?

Il y a une envie mondiale de découvrir le futur Scorsese, le futur Abbas Kiarostami. C’est la guéguerre entre les grands festivals qui veulent tous être les premiers à dénicher un nouveau talent. En même temps, c’est important d’avoir des programmateurs avec des sensibilités différentes pour éviter l’entre-soi et présenter des films différents.

Il y a un attrait pour les jeunes cinéastes et les nouvelles têtes. Comment racontent-ils leurs histoires, quels films proposent-ils ? À partir de là se dessine un nouveau paysage. Mais il serait regrettable de n’avoir qu’une envie de jeunisme. Quand l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) décide de mettre fin à son aide aux cinéastes à partir de leur cinquième film, sachant que les États ne soutiennent pas la production de longs métrages de fiction, comment peuvent-ils s’en sortir ? Doivent-ils s’arrêter, changer de carrière ? J’espère que cette envie de découverte de jeunes auteurs ne se limitera pas à une première ou à une deuxième œuvre. Il faut vraiment les accompagner sur le long terme et plus un cinéaste est mûr, plus il aura des choses intéressantes à dire.

Kiye2019
L’hebdomadaire de la paroisse de Nioro du Sahel n°07. Retour sur les textes du dimanche 12 septembre 2021, 24 ème dimanche du Temps ordinaire année liturgique B : Rendez-vous avec les amis de Dieu
Textes du jour :
Première Lecture : Isaïe 50, 5–9
Deuxième Lecture : Jacques 2, 14–18
Évangile : Marc 8, 27–35
Bien-aimés dans le Seigneur, recevez nos salutations fraternelles depuis la paroisse de Nioro du Sahel dans le diocèse de Kayès au Mali.
«Que dit-on du Fils de l’Homme? Ils lui répondirent : Pour les uns tu es Jean-Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, l’un des prophètes.» (Mc 8, 27-35)
Bien-aimés dans le Seigneur, le numéro 7 de notre hebdomadaire de la paroisse de Nioro portera sur la difficulté des disciples à avoir une idée claire et distincte sur leur Maître. Les réponses que les disciples donnent à cette question de Jésus nous montrent que l’homme est une excédentarité inclôturable. Vouloir l'enfermer dans un _isme_ serait détruire le mystère même de l’homme. Car, comme le stipulent les philosophes, « toute détermination est une négation ». Revenant sur l'Evangile de ce 24 ème dimanche, nous voyons combien, et les disciples et les autres gens avaient tous, des difficultés pour dire exactement ce qu’était le Fils de l'Homme, faute d’une idée claire et distincte sur le Maître. Et nous, pourquoi nous pemettons-nous de dire des choses sur les autres comme si nous avions des idées claires et distinctes sur eux ? Les connaissons-nous vraiment pour nous le permettre?  Et nous qui apprenons des racontars sur nous, pourquoi nous étonner de cela si nous devons rappeler que le Seigneur a connu cela dans sa vie? Pourquoi nous lamenter de ce que les gens disent de nous ?  Je pense que les accepter comme une croix à la suite du Christ, le premier qui a souffert  tout cela, lui sur qui les gens avaient des idées ni claires ni distinctes, des idées autres que du serviteur souffrant;  accepter tout cela nous configure davantage au Christ. Voilà une consolation qui  est en même temps une conviction  qui nous réconforte devant les situations angoissantes de cette vie. Le prophète Isaïe dans la première lecture de ce jour rassure que cette endurance et cette persévérance devant les situations angoissante tout en ayant confiance en Dieu, permet à ce dernier de prendre notre revanche (Is 50, 5-6). 
Bien-aimés dans le Seigneur,  comme nous le savons et avons l'habitude de le dire, les pensées de Dieu ne sont pas pareilles à celles des hommes. Ce que Jésus reproche à Saint Pierre dans l'évangile de ce dimanche. Cela apparaît clairement dans ces interrogations que Jésus pose à ses disciples: aux dures des gens, qui suis-je ? Les réponses sont diverses. Chacun à une idée propre à lui sur le Fils de l'homme! Est-ce une "idée claire et distincte " comme chez René Descartes ? Je ne pense pas. La preuve en est la description que Jésus fait de lui-même bat en brèche toutes les appréhensions des disciples. Peut-être que tu te fais toi aussi, une idée quelconque sur le Fils de l'homme, sur ton prochain. Alors attention ! Peut-être que ce n'est pas une idée claire et distincte qui peut fausser toutes les données et compromettre tout le système. 
Ironie du sort ! Jésus ne se laisse pas prendre par tout ce que les disciples rapportent de ce que les gens disent de lui. Il a à l'esprit l'accomplissement de la mission qu'il a reçu de son Père ainsi que le chemin par lequel cette mission doit s'accomplir: la passion. Ce que Pierre ne veut pas entendre:" qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens,
les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite." Le comble est que souvent nous nous inquiétons trop de ce que les gens peuvent dire de nous; nous avons plus peur du regard des hommes plutôt que de celui de Dieu. Ceci dit, notre mission reçoit un coup. Nous passons à côté de l'essentiel, nous ratons notre cible. Seigneur, accepter que les gens racontent parfois des faussetés sur nous, n'est-ce pas cela également pour nous, prendre notre croix et nous mettre à ta suite? Toi qui as subi la rage meurtrière de ces grands prêtres, toi qui as été victime de leur complot et de leur machination. Sans proférer des menaces, tu t’étais laissé faire pour ressusciter le troisième jour. Oui, nous pouvons nous aussi rencontrer des cas pareils où nous nous retrouverons victime des calomnies, du complot, etc. Les endurer sans vouloir venger est un témoignage de foi digne de ce nom et nous configure au Christ. C’est là l’enjeu de la deuxième lecture où Saint Jacques nous invite au témoignage de foi, lorsqu’il nous demande de poser des actes qui témoignent de la foi. (Jc 2, 14-18).
Puisse le Seigneur nous donner la force de supporter les contradictions et les intrigues des hommes de notre temps sans vouloir venger. Tout cela nous configure au Christ, la première victime des intrigues de ses contemporains. Car, si les gens n’ont pas eu une idée claire et distincte de lui, qu’en sera-t-il de nous ? «… Il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres... qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. » (Mc 8, 27-35). C’est vous qui en êtes les témoins.
Le Seigneur soit avec vous !
✍🏽 Père KIYE M Vincent, Missionnaire d'Afrique
Paroisse de Nioro du Sahel
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Côte d’Ivoire, Sénégal, Nigeria… Ils ont moins de 40 ans
et prennent les affaires en main en Afrique de l’Ouest

Mis à jour le 14 septembre 2021 à 11h26
De gauche à droite : Hafou Touré-Samb, Prudence Ogatcha, Oyindamola Johnson, Issouf Nikiema, Laureen Kouassi-Olsson, Jean-Luc Agboyibo

De gauche à droite : Hafou Touré-Samb, Prudence Ogatcha, Oyindamola Johnson, Issouf Nikiema,
Laureen Kouassi-Olsson, Jean-Luc Agboyibo © MONTAGE JA : HTS Partners ; DR ; François-Xavier Freland pour JA ; Vincent FOURNIER/JA

 

En politique ou dans le sport, au sein d’un cabinet de conseil ou dans la finance, ils ont fait de l’audace et de l’ambition les moteurs de leur trajectoire. Portraits de ces hommes et de ces femmes qui, de Niamey à Abidjan, ont décidé de ne pas attendre qu’on leur fasse une place.

En Afrique, les seniors sont redoutables. On loue leur sagesse, mais ce sont leurs ego qui souvent s’illustrent. Et quand ils tiennent les rênes, difficile de les leur faire lâcher. Au sein des gouvernements, tout en haut de l’ordre protocolaire, avoir 60 ans ou presque est un minimum. Romuald Wadagni, ministre d’État chargé des Finances au Bénin, 45 ans, et Antoine Diome, ministre de l’Intérieur du Sénégal, 47 ans, font en la matière figures d’exception, tout comme le colonel malien Assimi Goïta, 38 ans, qui en prenant le palais de Koulouba façon panzer participe à sa manière au renouvellement de la classe dirigeante.

« Patiente comme nous avons patienté », semblent dire dans leur ensemble les élites ouest-africaines à la jeunesse. Car dans les entreprises, en dehors des multinationales, qui imposent des limites d’âge à leurs cadres, le régime est le même. Les héritiers n’ont en la matière pas davantage de privilège et doivent bien souvent attendre le décès de leur géniteur, ou quasiment, pour enfin diriger les affaires familiales.

Une révolution mentale nécessaire

Pourtant dans les rues, la jeunesse saute aux yeux. Elle est partout. Un Ouest-Africain sur deux a moins de 18 ans et la plupart vont vivre de petits jobs mal payés, rêvant devant Instagram de Ligue des champions et de star-system. Moins de 5 % des élèves entrés à l’école primaire poursuivent leurs études après le bac et il manque chaque année des millions d’emplois formels pour intégrer les actifs qui arrivent sur le marché du travail. Politiques et décideurs économiques doivent faire bien plus pour que le continent ne se transforme pas en bombe démographique.

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UN OUEST-AFRICAIN SUR DEUX A MOINS DE 18 ANS ET LA PLUPART VONT VIVRE DE PETITS JOBS MAL PAYÉS

Augmenter les budgets de l’éducation, faciliter l’accès aux formations professionnelles et continues, stimuler la création d’entreprise, mais aussi faire évoluer les mentalités et partager les responsabilités. Plutôt que de cantonner tous ces « petits » aux tâches ingrates, leur faire la courte échelle, pour qu’ils et elles puissent, plus qu’aujourd’hui, apporter leur contribution au décollage du continent.

Une révolution mentale, qui passe par la valorisation de nouveaux modèles. Dans le monde des affaires, de l’éducation, de la politique, ils sont un certain nombre, malgré tous les obstacles, à parvenir avant 40 ans à briser le plafond de verre et prendre les choses en main. Des parcours inspirants pour les jeunes et les moins jeunes.

• Issouf Nikiema, remuant député-maire de Komsilga

Issouf Nikiema. © DR

 

Élu fin 2020 au Parlement, le natif de la commune de Komsilga, autodésigné représentant de la jeunesse, gravit les échelons en politique. À seulement 32 ans, Issouf Nikiéma a brisé tous les plafonds de verre qui obligent souvent les jeunes à attendre la quarantaine pour prétendre aux premiers rôles.

Titulaire d’un simple certificat d’aptitudes professionnelles en géotechniques, le natif du village de Sabtoana, dans la commune de Komsilga, située au sud de Ouagadougou, est aujourd’hui à la tête de l’entreprise de construction et de vente de matériaux ENIF-BTP impliquée sur une vingtaine de chantiers et dont le chiffre d’affaires dépasse un milliard de F CFA. Surtout, il a été élu en fin d’année député et siège désormais à l’Assemblée nationale.

« Je me suis lancé dans le commerce général et en même temps je soutenais financièrement mes aînés engagés en politique. Je suivais avec l’idée que le moment venu, je passerai en première ligne », explique-t-il. Remarqué pour son engagement, les choses s’accélèrent en 2016 lors des élections municipales. Certains habitants de son village le sollicitent pour porter leurs doléances et il intègre la liste des candidats de l’Union pour le changement, le parti de l’opposant Zéphirin Diabré en vue de devenir conseiller municipal.

La campagne est un succès. L’UPC décroche 26 sièges sur 71 et se classe second derrière le MPP au pouvoir. « À ma grande surprise, les conseillers du MPP m’ont proposé le poste de maire et à l’issue du vote du conseil municipal, je suis devenu maire de Komsilga. Un choix gagnant pour la commune puisqu’il est parvenu depuis à tripler son budget, le portant à plus d’un milliard en 2020, grâce à une meilleure collecte des impôts et taxes locaux, notamment sur le foncier.

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À L’ASSEMBLÉE, JE ME CONSIDÈRE COMME LE REPRÉSENTANT DES JEUNES

Ces ressources ont permis à la mairie de financer la construction d’écoles, de centres de santé dans les 36 villages qui forment Komsilga. Sa performance a été primée par le prix COPEGOL cette année récompensant ses efforts en matière de bonne gouvernance.

Troquant son costume d’édile contre celui tantôt de footballeur, tantôt de cycliste lors des manifestations sportives organisées par la mairie, Issouf Nikiema n’entend pas dormir sur ses lauriers. Président, au sein de l’UPC, des jeunes de la province du Kadiogo, Issouf Nikiema s’est imposé face à d’anciens ténors de son parti comme Nathanaël Ouedraogo pour se présenter aux élections législatives fin 2020.

« À l’Assemblée, je me considère comme le représentant des jeunes et ne manque pas l’occasion de le rappeler ». Conscient que c’est en gravissant les échelons qu’il pourra appliquer ses idées, le jeune maire déborde d’ambition et s’imagine déjà dans la peau d’un maire d’une grande commune, voire de ministre de la Jeunesse.

• Oyindamola Johnson, un pont entre Harvard et Niamey

Oyindamola Johnson. © François-Xavier Freland pour JA

Responsable depuis janvier 2020 de l’African Development University (ADU) situé à Niamey, le Nigérian s’appuie sur son expérience en management et en innovation sociale acquise en Afrique, en Europe, en Asie et en Amérique.

Il a grandi au sud du Nigeria, a habité en Afrique du Sud, aux États-Unis. Il aime écrire, jouer des airs de Beethoven au piano, écouter de la soul. « Je suis un citoyen du monde, résume-t-il. J’ai grandi avec des livres autour de moi… Mes parents étaient des gens cultivés et éduqués. Je suis Yoruba avant tout, et chez nous, l’éducation, la culture, l’ouverture d’esprit sont au cœur de tout. » C’est sans doute parce qu’il a eu plus de chances que certains que Oyindamola Johnson a mis sa vie au service de l’éducation des plus démunis. À 38 ans, il dirige désormais l’African Development University (ADU) fondée en octobre 2017 à Niamey.

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MON BOULOT EST DE FORMER LES LEADERS NIGÉRIENS POUR STIMULER L’ENTREPRENEURIAT LOCAL, TIRER LE PAYS VERS LE HAUT

Cette « high school », parrainée par Harvard, accueille près de 200 étudiants par an, triés sur le volet, motivés surtout, en leur offrant gratuitement un enseignement qui se veut digne des meilleures universités américaines. « Coaching, leadership, training », toutes les formations sont en anglais. « J’ai choisi le Niger, car je trouve le défi plus stimulant dans un pays en développement, où il y a tout à faire. Après, ce pays n’est pas si éloigné de mon Nigeria natal, je m’y suis très bien adapté, malgré l’obstacle de la langue. Mon boulot est de former les leaders nigériens pour stimuler l’entrepreneuriat local, tirer le pays vers le haut. »

Diplômé entre autres d’un MBA à la très prestigieuse Quantic School of Business and Technology de Washington, Oyindamola Johnson a une longue expérience de conseil en management, gestion de projet et développement de carrière, acquise au service de plusieurs organisations internationales (Africa Careers Network en 2019, Atlas Corps en 2016) et de l’entreprise nigériane Red Media Africa (2018), spécialisée en conseil d’entreprise.

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LE LEADERSHIP, C’EST D’ABORD ÊTRE LEADER DE SOI-MÊME. ENSUITE, ON LE DEVIENT POUR LES AUTRES

Depuis qu’il a pris la tête d’ADU en janvier 2020, Oyindamola Johnson a mis l’accent sur la formation des femmes qui représentent désormais 70 % des élèves de l’université, « car au Niger elles ont encore un accès limité à l’enseignement ». ADU aspire à devenir un véritable « hub de l’innovation » et la meilleure université d’Afrique de l’Ouest. Quand il dispense ses cours, Oyindamola Johnson insiste sur le secret de la réussite : « Le leadership, c’est d’abord être leader de soi-même. Ensuite, on le devient pour les autres…  C’est le message que j’enseigne aux jeunes », conclut-il non sans fierté.

• Jean-Luc Agboyibo, viser juste

Jean Luc Agboyibo. © DR

Le Togolais de 35 ans, fervent défenseur de l’entreprenariat social, travaille désormais pour la Ligue africaine de basketball, et veut faire du sport un outil de développement comme les autres.

Il n’est pas rare que des observateurs sceptiques interrogent Jean-Luc Agboyibo sur la pertinence de ses projets. Ce passionné de basket a créé en 2013 une association qui fait la promotion du sport au Togo et en Côte d’Ivoire, et accompagne près de 5 000 jeunes joueurs, garçons et filles. Ne vaudrait-il pas mieux, demandent-ils, assurer les besoins des communes en eau, ou en électricité, plutôt que de construire des terrains de basket ?

« Pas du tout, répond Jean-Luc Agboyibo. Le meilleur moyen d’aider les gens, c’est de créer un espace pour qu’ils s’aident eux-mêmes. » Le jeune Togolais croit dur comme fer aux vertus du sport comme espace communautaire et comme cadre de vie pour les jeunes – ce qui fut le cas pour lui. « Si je décide de construire un terrain de basket dans la région d’où vient mon père, c’est aussi pour moi que je le fais », ajoute-t-il, lui qui assure « avoir commencé petit tout en rêvant grand. »

À 35 ans, il estime que son jeune âge n’a jamais été un obstacle pour se réaliser. « Au contraire, ceux qui m’ont accompagné ont apprécié mon énergie, mon côté « fou-fou ». » Parmi eux, l’actuel directeur général de la NBA Afrique, le Sénégalais Amadou Gallo Fall. Jean-Luc Agboyibo l’a désormais rejoint aux États-Unis, et s’est éloigné de son projet associatif.

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MON JEUNE ÂGE N’A JAMAIS ÉTÉ UN OBSTACLE. AU CONTRAIRE, CEUX QUI M’ONT ACCOMPAGNÉ ONT APPRÉCIÉ MON ÉNERGIE

Il travaille désormais pour la Basketball Africa League, championnat africain de basket lancé en 2020, dont la première édition s’est tenue à Kigali en mai 2021. Douze équipes africaines s’étaient affrontées lors de la ligue panafricaine.

Responsable de la gestion des partenariats, il rêve de voir le sport participer au changement de l’Afrique. « Il y a toute une économie que l’on peut créer autour du sport, et c’est une formidable porte d’entrée pour développer le continent, assure-t-il. Forcément, ça prend du temps à construire, mais c’est durable. »

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LE MEILLEUR MOYEN D’AIDER LES GENS, C’EST DE CRÉER UN ESPACE POUR QU’ILS S’AIDENT EUX-MÊMES

Né au Togo, Jean-Luc Agboyibo a passé la majeure partie de sa jeunesse en France, où il a fait ses études et débuté sa carrière. Mais dans les années 2010, la circulaire Claude Guéant l’empêche de retrouver du travail. Le jeune professionnel est brusquement renvoyé à ses origines et à sa couleur de peau. Sa confiance en lui vacille.

Aujourd’hui, il raconte volontiers cet épisode de sa vie et n’a pas peur de parler de ses échecs, ni de ses dépressions. Il sait que le mot reste bien souvent tabou sur le continent : « On n’en parle pas, et pourtant ça fait partie du jeu. La santé mentale, c’est une barrière invisible, le dernier levier qui empêche l’Afrique de se réaliser. Il nous faut comprendre nos propres complexes sans être dans la concurrence. Au fond, c’est comme dans le sport : si tu passes ton temps à essayer de rattraper ton retard, tu ne pourras pas te réaliser. »

• Hafou Touré-Samb accompagne les PME de Côte d’Ivoire

Hafou Toure-Samb. © HTS Partners

 

Après un parcours remarqué dans la finance, la jeune ivoirienne de 29 ans a créé un cabinet de conseil en stratégie qui s’adresse aux sociétés africaines.

À 29 ans, Hafou Touré-Samb s’est déjà fait une réputation dans le domaine de la finance. Entrée en 2014 au sein du cabinet Deloitte, elle a ensuite poursuivi sa carrière à l’IFC (Société financière internationale), filiale de la Banque mondiale dévolue au secteur privé, avant de rejoindre il y a un peu plus de deux ans la Banque africaine de développement en tant que consultante.

Passionnée de chiffres, la jeune ivoirienne s’était envolée aux États-Unis en 2008, en pleine crise financière. D’abord passée par la Stony Brook University, elle a poursuivi sa quête de connaissances en décrochant en 2016, en parallèle de son emploi de consultante, un MBA à la Wharton School, école de commerce de l’université de Pennsylvanie. Puis après avoir été une première fois refusée, elle a intégré l’université d’Harvard pour y obtenir l’an dernier un master en administration publique.

Avant même sa remise de diplôme, Hafou Touré-Samb avait décidé de rentrer en Côte d’Ivoire, avec une idée en tête : créer un fonds d’investissement. Mais très vite, elle a réalisé que le besoin se trouvait ailleurs. « Lever de l’argent, une fois que la structure du fonds et l’équipe sont mises en place, n’est plus le souci majeur. La difficulté est de trouver les entreprises dans lesquelles investir », confie-t-elle. 

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C’EST UNE CHANCE DE POUVOIR INFLUENCER L’ÉCOSYSTÈME AU PLUS HAUT NIVEAU

Elle crée donc HTS Partners (Hafou Touré-Samb Partners), un cabinet de conseil en stratégie, qui accompagne les PME. « En Afrique, 80 % des entreprises sont des PME. Mais elles n’arrivent jamais à passer au stade supérieur. Nous identifions donc celles qui ont du potentiel et nous les aidons à se structurer « , explique l’entrepreneure. Hafou Touré-Samb se concentre sur les sociétés dirigées par les femmes, car celles-ci ont accès moins facilement aux crédits, constate-t-elle.  

En 2020, alors que l’économie était ralentie par le Covid-19, HTS Partners a travaillé avec l’agence Côte d’Ivoire PME afin d’aider les entreprises à survivre à la crise. Près de 2 000 personnes y ont pris part au webinar qu’elle a réalisé. Son expertise a également été sollicitée par le ministre chargé de la promotion des PME. « C’est une chance de pouvoir influencer l’écosystème au plus haut niveau », estime-t-elle. 

Son jeune âge est-il une force ou un handicap dans son travail ? « Cela dépend de la personne en face. Lorsqu’elle est ouverte d’esprit, elle vous encourage parce que vous êtes une femme, jeune, ambitieuse, qui est à sa place. Mais dans le système francophone, il faut reconnaître que les cheveux blancs inspirent plus facilement le respect. Ceci-dit je n’ai pas de problème à me faire entendre. Pas question de se laisser marcher dessus. »

• Le pari haut de gamme de Laureen Kouassi-Olsson

Laureen Kouassi Olsson. © Vincent FOURNIER/JA

 

Ex-représentante du fonds Amethis à Abidjan, la financière franco-ivoirienne veut accompagner l’essor du luxe made in Africa. C’est au Pavillon, un des restaurants de l’hôtel Ivoire, que Laureen Kouassi-Olsson nous donne rendez-vous. Vue sur la piscine et les jardins du mythique hôtel au bord de la lagune, plats ivoiriens revisités, il symbolise ce qu’elle souhaite incarner : un trait d’union entre la France et le continent.

Née en 1983, Laureen Kouassi-Olsson a grandi entre la Côte d’Ivoire et la France. Elle fait partie de la nouvelle génération de femmes dont le nom compte dans le secteur financier en Afrique et est membre du conseil d’administration de plusieurs sociétés. « J’ai grandi dans un contexte où il y avait les Programmes d’ajustement structurels et où l’on parlait de dettes. Je me suis dit que mon rôle devait être de contribuer au développement du continent et le principal canal, c’était la finance », explique-t-elle.

Master en management en poche obtenu à l’EM Lyon business school, Laureen Kouassi-Olsson intègre la banque d’affaires Lehman Brothers à Londres au sein de la division fusions et acquisitions. Mais en 2008, la banque fait faillite. C’est la crise financière.

Alors âgée de 24 ans, elle retient de cette expérience que tout peut s’écrouler à tout moment et qu’il faut entreprendre avec humilité. « Je me suis dit qu’il fallait faire de la finance responsable et qu’elle devait avoir un sens. C’est comme cela que je me suis orientée vers Proparco et l’AFD après plusieurs expériences au sein d’institutions financières africaines », confie-t-elle.

Après huit ans au sein du fonds Amethis dont elle a dirigé le bureau régional à Abidjan, elle lance en mars 2021 Birimian Ventures, une société d’investissement dédiée au secteur de la mode et du luxe en Afrique.

« Je me suis rendue compte qu’il fallait changer l’image du continent. Et pour cela, l’un des canaux les plus puissants est celui de la culture et de la créativité car on touche à l’image et à la désirabilité, estime Laureen Kouassi-Olsson. En plus de pouvoir allier ma passion à mon expertise, c’est l’opportunité de se lancer dans un créneau qui sera extrêmement porteur et presque vierge. »

Birimian Ventures investit dans des sociétés déjà rentables ou qui ont le potentiel pour le devenir, totalisant au moins 40 % de leurs ventes déjà à l’international. L’activité de l’entreprise a été lancée avec une phase pilote qui encadre quatre marques. Dans les semaines à venir, dix autres rejoindront son programme d’accélération en collaboration avec l’Institut français de la mode.

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LES SOCIÉTÉS VEULENT AVOIR PLUS DE FEMMES DANS LEURS CONSEILS D’ADMINISTRATION

Au fil des années, Laureen Kouassi-Olsson a su transformer sa jeunesse et son multiculturalisme en atout : « Il m’a fallu travailler deux fois plus pour montrer que j’étais légitime. Mais quand vous y parvenez, vous devenez un objet rare et recherché. Les sociétés veulent avoir plus de femmes dans leurs conseils d’administration. Le fait d’être une femme africaine, jeune avec un bagage d’expertise et de technicité solide dans le secteur financier, a été ma signature », se réjouit-elle.

• Prudence Ogatcha, l’esprit sportif

Prudence Ogatcha. © DR

 

Le Béninois, installé au Nigeria, fait de l’innovation sa motivation première. À 33 ans, Prudence Finagnon Ogatcha, à la tête des opérations de Globbr Co, startup impliquée dans le monde du sport, confirme sa fibre entrepreneuriale. En 2013, il avait créé sa première entreprise, Pliby, une plateforme de musique à la demande destinée à « faire découvrir les artistes en herbes, pas encore connus du grand public ». L’aventure, « exaltante », qui le pousse à s’installer au Nigeria va durer quatre ans.

Créée en 2018, Globbr Co est spécialisée dans la conception, le design, la production et la distribution de vêtements de sports (activewears) et le marketing sportif en entreprise, dans les écoles, voire dans l’armée. « Nous habillons les étudiants pour qu’ils courent avec leur vision, et apportons une éducation physique professionnelle à tout le monde. Notre ambition est la création d’un langage commun pour connecter une équipe à ses fans », explique l’ancien diplômé en fabrication mécanique qui a aussi étudié l’anglais et les technologies de l’information et de la communication (niveau Bachelor of Science) au Bénin.

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LORSQUE QUE VOUS COMPRENEZ QUE LES DIFFICULTÉS SONT DES OPPORTUNITÉS, LA RÉUSSITE VIENT FORCÉMENT AU BOUT DE L’EFFORT

Entré à l’université avec « l’ambition d’en sortir avec un PhD » se souvient-il en souriant, il a finalement été happé par le monde de l’entreprise. En 2021, Globbr Co est l’une des huit premières startups à avoir intégré le programme « Scale to $1M Startups » mis en place en mai dernier par l’institut d’innovation et de commercialisation El Pomar (EPIIC) de l’université de Colorado, Colorado Springs (États-Unis).

Globbr Co est la seule entreprise internationale en dehors des États-Unis à prendre part à ce programme d’éducation et de mentorat sur six mois, ouvert aux entreprises du monde entier, entièrement en ligne où « chaque entreprise travaille à construire une base qui lui permettra d’évoluer vers le niveau de valorisation convoité de 1 million de dollars ». « Globbr Co fait actuellement l’objet de restructuration et de réajustement à la fois organisationnel, conceptuel et opérationnel », explique le jeune Béninois qui rêve d’« extension rapide vers d’autres pays africains grâce à la technologie ».

Seul bémol à sa passion dévorante : l’incertitude. « C’est ce qui caractérise l’écosystème des startups en Afrique ». Mais, rassure-t-il, « lorsque que vous comprenez que les difficultés sont des opportunités, la réussite vient forcément au bout de l’effort ».

Sidya Touré: «La transition doit nous permettre de ne pas être exclus des financements extérieurs»

Sidya Touré, ex-Haut représentant du chef de l'État en Guinée, ancien Premier ministre et président de l'Union des forces républicaines (UFR).

Sidya Touré, ex-Haut représentant du chef de l'État en Guinée, ancien Premier ministre et président de l'Union des forces républicaines (UFR).
 © SIA KAMBOU / AFP

En Guinée, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), invite au retour rapide à un processus démocratique après le coup d’État qui a emporté le président Alpha Condé, dimanche 6 septembre. Parmi les principaux dirigeants de cette plateforme d’opposition et de la société civile, l’ancien Premier ministre Sidya Touré, président de l'Union des forces républicaines (UFR). Actuellement en Côte d’Ivoire, il rentre samedi à Conakry avec l’objectif d’intégrer les concertations annoncées par les nouveaux dirigeants du pays, dont il veut croire en la bonne foi. Il répond aux questions de François Mazet.

RFI : Tout d’abord, avez-vous été surpris de la survenance de ce putsch militaire et de la chute d’Alpha Condé ?

Sidya Touré : Je peux dire « franchement pas ». Simplement, nous l’espérions tellement qu’on se disait que cela n’arriverait jamais. Mais les conditions étaient réunies pour que quelque chose comme ça se passe en Guinée. Avec la mauvaise gouvernance qu’on a eue, la déliquescence des institutions, la division qu’il a instaurée au sein des Guinéens, je pense que tout était prêt pour que l’on se retrouve dans une situation comme celle-là. Nous le regrettons, nous qui l’avons bien connu, on estimait qu’à un moment donné, à la fin de ces 10-11 ans, il aurait vraiment pris conscience de la situation dans laquelle il avait plongé le pays. Mais apparemment, non. Et il était aidé en cela par quelques journalistes alimentaires, des fois même venus d’Occident.

Vous considérez qu’Alpha Condé est le seul responsable de sa situation actuelle ?

Je suis quelqu’un parmi ceux qui connaissent le mieux Alpha [Condé]. Il a jeté aux orties tout ce qui avait été la base, je ne vais pas dire de son combat, mais en tout cas de son militantisme de gauche. Mais ce sont surtout les résultats de cette gouvernance qui ont pesé sur les populations guinéennes qui sont dans une misère absolue. La Guinée est deuxième productrice de bauxite, une des premières réserves mondiales d’or. Mais, si vous allez en Guinée, après avoir exporté pour trois milliards de dollars par an pendant ces dix ans, vous verrez ! Il n’y a pas de pont, il n’y a pas d’hôpital, il n’y a pas une université, il n’y a même pas un stade qu’Alpha a pu construire. Donc, il y avait réellement une cassure entre ce qu’il prônait de son palais là-bas et la réalité quotidienne de nos compatriotes.

Mais n’est-ce pas toujours un constat d’échec pour qui défend la démocratie de voir un dirigeant civil tomber du fait des militaires ?

Absolument, on n’applaudit pas quelque chose comme ça. Mais, c’est effectivement ce constat qu’on doit dire. Mais de prime abord, ce qui peut-être nous rassure aujourd’hui, c’est un peu la personnalité du jeune homme qui est arrivé. Le langage est très clair, il n’est pas trop long (dans ses déclarations), il n’est pas verbeux. Nous estimons que peut-être il a un objectif clair et précis comme il l’a annoncé : mettre en place une structure de transition qui permettra la démocratisation du pouvoir et à des élections libres et transparentes. En tout cas, nous comptons sur cela. Et lors des concertations, nous ferons en sorte qu’il l’entende très bien.

La libération de plusieurs prisonniers est déjà un bon signe signal ?

Absolument. Mais c’était attendu. Lorsque tous ces gens étaient en prison, sans aucune raison valable, 99% d’entre eux n’ont jamais été jugés. Cela a duré des fois plus d’une année, un an et demi. Mais il y avait des gens qui ont été également arrêtés, qui étaient dans un camp à Soronkoni, à Kankan, à 660 kilomètres de Conakry. Donc, nous attendons que ceux-là aussi reviennent.

Quelle forme doit prendre la transition et à quelles conditions vous pourriez y participer ?

La concertation pour qu’on puisse mettre en place un gouvernement de transition, qu’on fasse en sorte que nous négocions quelque chose qui nous permettra de ne pas être exclus totalement des financements extérieurs et de nos rapports avec la Cédéao [Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest] et de l’Union africaine.

Donc, l’Union des forces républicaines (UFR), votre parti, et plus largement le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) doivent participer à ce gouvernement de transition, selon vous ?

Je pense que nous devons tous participer, pas à titre individuel, mais au niveau des partis. S’il y a un gouvernement, nous y participerons, nous le soutiendrons, nous serons dans la concertation pour donner nos points de vue et faire en sorte que ce soit une réussite. C’est cela notre objectif, c’est-à-dire qu’on ait un consensus, une nouvelle Constitution qui ne sera pas loin de l’ancienne Constitution qu’on a eue en 2010. Donc, nous pensons que, sur cette base-là, oui, on arrivera à des élections. Il faut travailler sur le fichier électoral, il faut travailler sur la commission électorale. Ce n’est pas chose facile en Guinée, cela va être l’un des principaux points qu’il va falloir gérer afin que les élections donnent des résultats qui soient acceptables par tous.

Est-ce que vous allez appeler à enquêter sur les morts causées dans les manifestations de l’opposition et à poursuivre les responsables ?

Absolument. Nous sommes prêts à ce que les enquêtes soient menées de ce côté. Nous allons encourager cela, mais nous sommes prêts également à ce que des enquêtes soient menées sur le détournement de deniers publics. L’une des causes de la chute d’Alpha, c’était la corruption généralisée. Il y a de l’argent de l’État qui est sorti dans des quantités inimaginables et qui sont détenues en grande partie par les hauts cadres, les hauts fonctionnaires qui sont là. Et à mon sens, ces audits doivent être menés.

Mais, sur la question de l’impunité, est-ce qu’il ne risque pas d’y avoir des difficultés si certains membres des forces spéciales ont été impliqués dans la répression des manifestations d’opposition ?

J’ai entendu cela, mais personne ne peut dire qu’il y avait ces gens dans les manifestations. Moi, je ne sais pas, honnêtement. Il y a tellement de corps en Guinée. Et il y en a beaucoup plus, les forces spéciales ne représentent que 400 ou 500 personnes, il y a plus de 19 000 personnes qui sont militaires en Guinée. Et dieu seul sait, il y a les « bérets rouges », il y a beaucoup d’autres forces qui ont participé à ces manifestations, et c’est la raison pour laquelle on doit clarifier les choses. Mais, je ne pointe pas du doigt les forces spéciales par rapport à d’autres gens, je n’en ai aucune preuve.

 

« Gogo » : une écolière bientôt centenaire à l’affiche

À l’affiche du documentaire Gogo, actuellement en salles, cette humble Kenyane de 97 ans est la doyenne mondiale des écolières. Plus remarquable
encore que cette prouesse 
individuelle : sa volonté tenace d’entraîner dans son sillage ses propres arrière-petites-filles et toute une jeunesse 
féminine non scolarisée.

Mis à jour le 30 août 2021 à 6:04

Publié le 31 août 2021 à 8:30

Priscilha Sitienei, dite Gogo, (au premier plan) sur les bancs de l’école primaire de Ndalat

Priscilha Sitienei, dite Gogo, (au premier plan) sur les bancs de l’école primaire de Ndalat (Kenya). Née en 1923, elle a rejoint ceux-ci en 2014, en vue d’apprendre à lire la Bible et la Constitution de son pays. La nonagénaire a bataillé ferme pour convaincre le directeur de l’y accueillir, ainsi que ses arrière-petites-filles: pour diverses raisons, les parents préfèrent souvent les garder auprès d’eux dans les villages. © Cyril Marcilhacy pour Le Pèlerin

Pendant quatre-vingt-quatorze ans, elle a fréquenté l’école de la patience, avant d’apprendre enfin à lire, écrire et compter. C’est l’édifiant parcours de Priscilha Sitienei, dite «Gogo», que capte ici le réalisateur Pascal Plisson. Fruit d’un dispositif de tournage léger – équipe réduite, une à deux caméras –, sans voix off, son documentaire, vibrant d’humanité, illustre le chemin parcouru par l’ex-petite bergère kenyane. Devenue sage-femme, celle-ci était restée pour autant analphabète. Coqueluche de ses camarades de classe (quatre générations d’écart !), la vieille dame force le respect, entre instants de découragement lié à la difficulté d’apprendre à un si grand âge et opiniâtreté au service de la cause qu’elle défend, bien plus grande que sa petite personne. Ainsi lorsqu’elle sermonne le responsable des travaux du futur dortoir des filles, qui n’avancent pas assez vite ! En cette rentrée des classes, Gogo* offre à l’urgence éducative un solaire et salutaire plaidoyer.

Gogo ***
de Pascal Plisson
Documentaire au cinéma à partir du mercredi 1er septembre. 1h27. À partir de 9 ans.

 

 
les pensionnaires de l'école de Ndalat (Kenya)
L’école de Gogo compte cent vingt pensionnaires. La plus grande satisfaction de la vieille femme est d’avoir œuvré à la construction d’un nouveau dortoir, épargnant aux élèves de trop longs trajets quotidiens. Gogo, qui habite à quarante minutes de l’école, bénéficie aussi de l’internat. Elle y voulait un simple lit mais la surveillante lui a cédé la petite pièce où elle dort habituellement. © Cyril Marcilhacy pour Le Pèlerin
Priscilha Sitienei, dite Gogo, porte son uniforme scolaire pour aller à l'école de de Ndalat (Kenya)
Même pour participer à une réunion de famille, Gogo tient à revêtir son uniforme scolaire, source de fierté. Sa fille Jane l’aide à ajuster sa cravate. Gogo a longtemps vécu dans une ferme tenue par des colons. Une vie sans école, dédiée à garder les vaches dans les champs. Plus tard, sa grand-mère lui a enseigné le métier de sage-femme qu’elle exerce encore aujourd’hui. © Cyril Marcilhacy pour Le Pèlerin
pause déjeuner à l'école de Ndalat (Kenya)
Les jeunes camarades de Gogo patientent dans la file pour la pause déjeuner. Pour beaucoup d’enfants de la région, l’accès à l’école de Ndalat, fondée en 2009, permet aussi de bénéficier de trois repas quotidiens, même modestes. Parmi les élèves, cinquante sont orphelins: leurs études sont financées grâce à des sponsors trouvés par le directeur de l’école. © Cyril Marcilhacy pour Le Pèlerin
Priscilha Sitienei, dite Gogo, pensionnaire de l'école de de Ndalat (Kenya), chez l’ophtalmologiste pour une visite de routine
Après avoir constaté qu’elle n’arrivait pas à lire correctement en classe, Gogo s’est fait opérer avec succès de la cataracte. La maladie a pu entamer, un temps, le moral et la capacité de la vieille femme à poursuivre sa scolarité, avant qu’elle ne retrouve toute sa vaillance, encouragée par ses proches. On la voit ici chez l’ophtalmologiste pour une visite de routine. © Cyril Marcilhacy pour Le Pèlerin
Priscilha Sitienei, dite Gogo, à l'école de de Ndalat (Kenya) avec le réalisateur du documentaire Pascal Plisson Sur le chemin de l’école
Gogo avec le réalisateur du documentaire, Pascal Plisson. Ce dernier a été séduit par «la personnalité, l’histoire et le charisme» de son héroïne. «Elle m’a presque viré de chez elle quand je lui ai dit que j’avais arrêté l’école à 15ans !» plaisante l’auteur de Sur le chemin de l’école, César du meilleur documentaire en 2014. © Cyril Marcilhacy pour Le Pèlerin
Shopkoech, arrière-petite-fille de Priscilha Sitienei, dite Gogo, fait sa rentrée dans un établissement supérieur financé par Haussmann-Partage, association
Shopkoech, 14 ans, est l’une des arrière-petites-filles de Gogo. Après avoir partagé les bancs de l’école avec et grâce à son aïeule, la voici effectuant sa rentrée dans un établissement supérieur financé par Haussmann-Partage, association créée par Pascal Plisson à l’occasion du documentaire. Gogo n’a pas manqué de visiter le lieu. © Cyril Marcilhacy pour Le Pèlerin
repas dans le jardin de la maison familiale de Priscilha Sitienei, dite Gogo
En octobre dernier, le retour de Pascal Plisson sur les lieux du tournage est l’occasion pour Gogo de rassembler proches et amis autour d’un repas dans le jardin de la maison familiale. Au centre, sa fille garnit les assiettes des convives. © Cyril Marcilhacy pour Le Pèlerin
Famille de Priscilha Sitienei, dite Gogo, pensionnaire de l'école de Ndalat (Kenya)
Veuve d’un mari berger mort en 1955, Gogo a trois enfants, vingt-deux petits-enfants et cinquante-quatre arrière-petits-enfants. «Je veux dire à tous les enfants du monde, surtout aux filles, que l’école sera votre force, votre richesse, alors foncez, encourage-t-elle. Moi, je prie Dieu qu’il me laisse terminer mes études, même si j’ai 100 ans le jour de mon certificat.» © Cyril Marcilhacy pour Le Pèlerin
 
 
 

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