Témoignages

 

Ces prêtres africains promus au sein de l’Église de France

Au sein de l’Église de France, le nombre de prêtres «  venus d’ailleurs  », en particulier d’Afrique, ne cesse d’augmenter. Depuis quelques années, des prêtres africains prennent des responsabilités de plus en plus importantes au sein des diocèses français.

  • Arnaud Bevilacqua, 

 

Ces prêtres africains promus au sein de l’Église de France
 
À Rouen, Aimé-Rémi Mputu Amba est vicaire épiscopal depuis 2019.DIOCÈSE DE ROUEN

« Un prêtre africain, vicaire général d’un diocèse français, ça ne va pas de soi. » Pour illustrer son propos, le père Pascal Molemb Emock, qui occupe cette charge à Avignon depuis 2015, n’a pas à chercher bien loin dans ses souvenirs. Il raconte comment, lors d’une ordination d’un évêque dans la province de Marseille, qui comprend huit diocèses, on lui a gentiment indiqué la sacristie des prêtres alors qu’il était dans celle des évêques et des vicaires généraux.

« J’y vois l’expression d’une situation encore exceptionnelle », témoigne le prêtre camerounais, arrivé en France en 2004 comme séminariste et ordonné pour le diocèse d’Avignon en 2007. S’il a pu parfois se percevoir comme un « ovni », il n’est pourtant pas le seul prêtre d’origine africaine à prendre des responsabilités au sein des diocèses français. C’est même une tendance lourde.

Ils sont quelques-uns – à Verdun, Belfort ou encore Évry – à avoir été nommés vicaire général, une sorte de « premier ministre » de l’évêque. Plus récemment, Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, a choisi le père Christophe Valia, originaire du Burkina Faso. Plus largement, ces dernières années, de nombreux prêtres africains deviennent vicaires épiscopaux ou membres du conseil épiscopal – la structure de gouvernement autour de l’évêque – dans une vingtaine de diocèses.

Alors que le recours aux « prêtres venus d’ailleurs » – selon la formule consacrée dans l’Église de France – s’avère de plus en plus important, il n’est pas surprenant de voir certains d’entre eux « prendre du galon ». Dans certains diocèses, les prêtres africains constituent plus de la moitié du presbyterium, voire davantage, comme à Évry.

Le père Juvénal Rutumbu est arrivé en France après la guerre civile au Rwanda. Rapidement, il se voit confier des responsabilités dans le diocèse d’Évry qui l’accueille, jusqu’à être nommé vicaire général en 2018 – une mission qu’il achèvera fin août. « Sur le coup, j’ai été surpris et je n’y ai pas vu un signal particulier, mais le fait de m’appeler était une façon de reconnaître que j’étais intégré, notamment sur le plan pastoral, et que je pouvais apporter quelque chose comme prêtre connaissant bien le diocèse, témoigne-t-il. Vu la diversité des prêtres et des communautés dans l’Essonne, nommer un prêtre africain peut sembler normal. »

Pourtant, pour ces prêtres, accepter de telles missions ne relève pas de l’évidence. Sollicité pour devenir vicaire épiscopal par l’archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, en 2019, le père Aimé-Rémi Mputu Amba a beaucoup hésité avant de dire oui. Arrivé en 2000 de République démocratique du Congo, ce dernier, l’un des premiers prêtres africains du diocèse, craint alors de « prendre la place de quelqu’un », lui « qui vient d’ailleurs ».

Ne s’estimant pas légitime, il liste même les prêtres pouvant assurer cette charge. Mais Mgr Lebrun insiste que c’est un « signe fort pour témoignerque les prêtres qui viennent d’ailleurs ne sont pas simplement là pour boucher les trous, mais manifester l’universalité de l’Église ». Le père Mputu Amba se sent désormais « pleinement associé au gouvernement du diocèse » et n’a pas senti d’opposition ou de critiques.

Car ces parcours, attestant d’une intégration réussie, ne masquent pas les difficultés réelles dans l’accueil des prêtres africains, de plus en plus nombreux. La découverte d’une autre culture ecclésiale peut dérouter ces hommes qui ne sont pas toujours bien reçus par les communautés. « Quand je suis arrivé, il n’y avait pas de prêtres africains, depuis, la situation a changé très rapidement, rappelle le père Molemb Emock. Les fidèles s’adaptent, mais il peut y avoir des grincements de dents ici ou là. »

Pour ces prêtres, il peut être « blessant » d’entendre qu’ils ne sont là que pour pallier le manque de vocations sacerdotales en France, comme le souligne le père Armand Moudilou Silaho, membre du conseil épiscopal du diocèse de Grenoble depuis 2018, originaire du Congo. Lui, n’avait pas l’intention d’y faire de la figuration. « J’avais dit à l’évêque que quand j’aurais quelque chose à dire, je le dirais, souligne-t-il. Je suis là pour apporter avec ma culture africaine. J’ai appris aussi la patience et découvert le ministère de l’évêque. » Un ministère qui pourrait être une prochaine étape.

Sœur Marcelle, une vie de missionnaire en Afrique 

Portrait 

Sœur Marcelle, franciscaine française missionnaire de Marie, fêtera ses 99 ans cette année, dont soixante-seize passés en Afrique de l’Ouest.

  • Ludivine Laniepce (à Ouagadougou, Burkina Faso), 
Sœur Marcelle, une vie de missionnaire en Afrique
 
SOEUR MARCELLELUDIVINE LANIEPCE

Sœur Marcelle déambule dans le jardin au gré des heures de prière et de tricot. « Tant que mes doigts fonctionnent, je fais des couvertures pour ceux qui ont froid », précise-t-elle après la messe. Dans sa 99e année, la religieuse rend grâce chaque matin : « Encore une journée pour aimer et pour vivre ! »

Volonté de servir en Afrique

Marcelle Marie-Josèphe Magnard est née le 8 octobre 1923 à Roche, dans l’Isère. Elle grandit dans le parc du château de Vaugelas, dans le Dauphiné, puis dans celui de Champagne-au-Mont-d’Or, près de Lyon. Ses parents, jardiniers, entretiennent ces propriétés fleuries. « Nous étions une famille unie et pratiquante, raconte-t-elle. Nous priions ensemble tous les soirs. J’ai connu le Seigneur avec mes parents, avant la catéchèse. » La jeune Marcelle répond à un appel : elle sera religieuse sur les routes du monde.

« À 17 ans,j’ai rencontré les franciscaines missionnaires de Marie, cours Gambetta, à Lyon. Je les voyais adorer le Saint-Sacrement, c’était magnifique ! J’ai compris qu’on pouvait être adoratrice et missionnaire. J’étais enthousiaste ! » Le 15 décembre 1942, elle entre au noviciat. Et c’est en Afrique qu’elle espère secrètement servir.

« Beaucoup d’Africains ont fait la guerre et donné leur vie pour la France. J’ai vu ces hommes faits prisonniers… Je me suis dit que je devais aller en Afrique pour parler de Dieu et, en quelque sorte, payer notre dette. » Après avoir revêtu l’habit, elle prend connaissance de son affectation : le Burkina Faso, alors Haute-Volta : « Un cadeau du ciel ! »

Le 10 janvier 1946, à 22 ans, sœur Marcelle embarque alors pour une traversée d’un mois et demi de Marseille à Abidjan, en Côte d’Ivoire. « Il faut imaginer que, à l’époque, les missionnaires partaient pour toujours. Il ny avait pas de retour prévu. » Trois jours de train et des kilomètres de pistes seront encore nécessaires pour rejoindre Kampti, une commune située dans le sud-ouest du Burkina Faso où la congrégation fonde sa deuxième communauté.

« Dieu ne peut pas abandonner le Burkina Faso »

« Nous étions six : une supérieure, deux maîtresses d’école, deux infirmières et moi pour la formation des jeunes filles aux arts ménagers, la préparation des fiancés au mariage et le catéchisme. Je me suis donnée à fond. J’ai fait l’effort d’apprendre le lobiri (l’une des langues locales, NDLR). La vie était très simple. J’admirais ces gens. J’avais fait vœu de pauvreté mais c’étaient eux qui la vivaient au quotidien. »

En 1962, sœur Marcelle poursuit ses missions au Sénégal, au Togo et dans d’autres régions du Burkina Faso. À Ouagadougou, une fois le noviciat fondé, elle formera les novices des 14 communautés de la province du Burkina Faso, du Niger et du Togo au milieu des années 1980. « Les sœurs missionnaires ont fait beaucoup de bien en Afrique, elles ont rendu de grands services aux populations les plus démunies. Je suis aujourd’hui très heureuse de voir cette Afrique chrétienne si vivante et cette foi extrêmement forte, comme en témoignent les milliers de pèlerins à Yagma (ville où se situe un sanctuaire marial où Jean-Paul II s’est rendu en 1990, NDLR). »

Sœur Marcelle n’a jamais regretté de s’être engagée dans la vie religieuse. « Là où on m’envoyait, j’allais ! Dans la vie, il faut savoir s’abandonner et ne pas aller où le Seigneur refuse. » Et c’est désormais à la maison des sœurs aînées de Ouagadougou qu’elle vit, « en attendant de rejoindre la Maison du Père ! », non sans ignorer les violences qui secouent le pays, marqué par un coup d’État en janvier. « Si on pratique l’Évangile, si on s’aime et si on vit avec simplicité, alors le Seigneur peut faire des merveilles. Il faut avoir confiance. Dieu ne peut pas abandonner le Burkina Faso. »

Côte d’Ivoire : « Protéger le pouvoir d’achat tout en maintenant l’activité », la priorité d’Adama Coulibaly

Dette, flambée des prix, sanctions contre le Mali… La Côte d’Ivoire est confrontée à des vents contraires. Mais le ministre ivoirien de l’Économie et des Finances insiste sur les bonnes performances du pays.

Par  - envoyée spéciale à Abidjan
Mis à jour le 13 juin 2022 à 12:34
 

 

Adama Coulibaly, ministre ivoirien de l’Économie et des Finances, le 6 mai 2022, à Abidjan. © Olivier pour JA

 

Il est le grand argentier de la Côte d’Ivoire depuis 2019, confirmé dans ses fonctions à la fin d’avril, à l’annonce du nouveau gouvernement de Patrick Achi. À la tête du portefeuille de l’Économie et des Finances, Adama Coulibaly est la cheville ouvrière de la politique économique ivoirienne. Budget, financement du Plan national de développement (PND) 2021-2025, dette, lutte contre l’inflation, il est sur tous les fronts.

En nous recevant, au début de mai, dans son bureau du 19e étage de l’immeuble Sciam, dans la commune du Plateau, à Abidjan, il souligne la solidité de l’économie ivoirienne, avec une croissance attendue de 7 % en 2022, malgré un contexte difficile lié aux effets prolongés de la pandémie de Covid-19 et aux conséquences, plus récentes, de la guerre en Ukraine. Ancien enseignant-chercheur en économie revenu au pays après une riche expérience au Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), Adama Coulibaly insiste sur le rôle que doit jouer le secteur privé dans l’essor du pays.

Jeune Afrique : L’Afrique de l’Ouest est confrontée à une forte inflation depuis le début de l’année, une situation qui devrait durer. Quels en sont les effets en Côte d’Ivoire ?

Adama Coulibaly : Cette hausse des prix est un phénomène mondial. Elle trouve ses racines dans la pandémie de Covid-19 et dans la désorganisation des circuits d’approvisionnement, notamment en raison de l’indisponibilité des conteneurs. La reprise post-pandémie s’est soldée par une hausse du prix du fret, des matières premières, de l’énergie, une inflation exacerbée par la guerre en Ukraine. Les deux pays en conflit étant d’importants exportateurs mondiaux de blé et d’engrais.

L’OBJECTIF EST DE PROTÉGER LE POUVOIR D’ACHAT TOUT EN MAINTENANT L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE

La Côte d’Ivoire, dont 20 % des importations de blé viennent d’Ukraine et 26 % des importations d’engrais viennent de Russie, a de plus en plus de mal à satisfaire ses besoins. Malgré ce contexte tendu, l’inflation a été contenue à 4,2 % en moyenne sur 2021 et, si elle a atteint 5,6 % en décembre, elle est retombée à 4,6 % en mars 2022, en deçà de la moyenne de l’Uemoa (6,6 %).

Le gouvernement a pris plusieurs mesures temporaires pour juguler la flambée des prix. Est-ce que cela sera suffisant ?

L’objectif est de protéger le pouvoir d’achat des consommateurs tout en maintenant l’activité économique. De janvier à mars, nous avons par exemple en partie subventionné le prix des produits pétroliers afin de limiter la hausse des tarifs des carburants – super comme gasoil –, avant d’annoncer en avril le maintien du prix du gasoil, une mesure qui renforce le soutien aux industriels et aux transporteurs.

En mars, nous avons instauré un plafonnement pour trois mois des prix des produits alimentaires de base puis, en mai, nous avons suspendu, également pour trois mois, les droits de douane sur les importations de blé, un geste à destination des meuniers. L’ensemble de ces mesures cible in fine les populations vulnérables. Depuis le début de l’année, ce sont plus de 200 milliards de F CFA [318 millions d’euros] qui ont été mobilisés.

Ces décisions, légitimes sur le plan économique et social, pèsent sur le budget ivoirien. Faut-il s’inquiéter pour l’équilibre des finances publiques ?

Ces mesures, qui génèrent un manque à gagner pour l’État en même temps que des dépenses supplémentaires, vont logiquement engendrer une hausse du déficit budgétaire. Prévu à 4,7 % du PIB pour cette année, il sera finalement plus élevé d’environ un point. Mais il s’agit d’un déficit conjoncturel, que nous résorberons le plus vite possible, en visant un retour à la normale au plus tard en 2025.

MÊME SI L’ENDETTEMENT DE LA CÔTE D’IVOIRE A AUGMENTÉ, IL RESTE LARGEMENT DANS LES NORMES COMMUNAUTAIRES

La Côte d’Ivoire n’a finalement pas recouru au marché international pour se financer avec un troisième eurobond. L’endettement se fera donc entièrement sur le marché régional. Est-ce une déception ?

Nous allons là où les conditions sont les plus avantageuses ! La Côte d’Ivoire a écrit une belle histoire avec les marchés internationaux, en procédant à des émissions régulières d’eurobonds depuis 2014, dont celles de novembre 2020 et de février 2021, qui ont été particulièrement remarquées en raison des montants et des taux exceptionnels obtenus. C’est un acquis, et la crédibilité du pays demeure, comme le confirment les notations de la dette souveraine établies par Fitch et S&P, à BB -, au même niveau que l’Afrique du Sud.

Cela dit, les conditions sur le marché international, qui étaient favorables ces dernières années, se sont durcies récemment, notamment en raison de l’effet de la guerre en Ukraine sur les taux d’intérêt et sur le taux de change de l’euro et du dollar. Dans l’immédiat, nous n’avons donc pas d’intérêt à y aller. Comme il est pour l’heure plus avantageux de recourir au marché régional – sur lequel nous réalisons des émissions régulières –, nous y emprunterons les ressources nécessaires pour satisfaire nos besoins de financement.

Les besoins d’endettement des pays ouest-africains augmentent, et les conditions d’emprunt se tendent sur les marchés internationaux… N’y a-t-il pas un risque d’essoufflement sur le marché de l’Uemoa ?

Pour le moment, il n’y a pas de signaux indiquant qu’il pourrait y avoir des problèmes. Et, même s’il a augmenté ces dernières années, comme c’est le cas de la plupart des pays, du fait de la pandémie de Covid-19, l’endettement de la Côte d’Ivoire reste largement dans les normes communautaires. Ainsi, l’encours de la dette représente 51,7 % du PIB quand les règles de l’Uemoa imposent de le limiter à un taux de 70 %.

NOUS DONNERONS AUX ACTEURS INFORMELS ACCÈS AUX MARCHÉS PUBLICS S’ILS LÉGALISENT LEURS ACTIVITÉS.

Comme l’a souligné le FMI à l’issue de sa dernière mission dans le pays, en avril, la Côte d’Ivoire doit aussi accroître ses recettes fiscales. Comment progresser sur ce point ?

Nous sommes très mobilisés sur le sujet, bien conscients que, plus nous augmenterons nos recettes, moins nous aurons besoin d’emprunter. Nous mettons l’accent sur la digitalisation de tous les actes et procédures, un moyen de limiter les interventions humaines et les déperditions qui y sont associées.

Dans le même temps, il nous faut élargir l’assiette fiscale, ce qui signifie faire passer le maximum d’activités informelles vers le secteur formel. Sur ce volet, l’incitation est la clé. C’est pourquoi nous proposons un système gagnant-gagnant en disant aux acteurs informels que nous leur donnerons accès aux marchés publics s’ils déclarent et légalisent leurs activités.

Vous avez demandé au FMI de sortir la Côte d’Ivoire de sa liste des pays dits fragiles. Quelles retombées en espérez-vous ?

Il s’agit seulement d’assurer une cohérence entre les performances économiques du pays et son statut dans la classification du FMI. Cela permettrait aussi de mettre fin à une disparité : le fait que deux institutions sœurs de Bretton Woods, la Banque mondiale et le FMI, classent le pays différemment : la première ne considère pas la Côte d’Ivoire comme un pays fragile, la seconde continue à la citer comme tel dans ses publications. Il s’agit en fait d’une question d’ordre méthodologique au niveau du FMI. Les corrections seront effectuées dans les prochaines publications de l’institution.

NOUS PRENONS ACTE DE L’ENGAGEMENT DE MSC DE MAINTENIR LES ACTIVITÉS ET LES EMPLOIS

À la mi-juin, l’exécutif réunira un groupe consultatif avec tous les partenaires du pays pour assurer le financement du PND pour la période 2021-2025. Les besoins sont chiffrés à plus de 80 milliards d’euros. Sur qui comptez-vous en particulier ?

Selon le montage prévu, le financement doit être assuré aux trois-quarts par le secteur privé, acteurs nationaux et étrangers, alliés de longue date et nouveaux entrants. Le privé doit prendre toute sa place dans l’économie, alors que l’on attend une croissance de 7 % en 2022 et une moyenne de 7,2 % sur la période 2023-2025. Comme pour les deux plans précédents, nous attendons de nos partenaires et des investisseurs le renouvellement de leurs engagements. Et nous invitons les investisseurs à venir faire des affaires en Côte d’Ivoire car l’économie ivoirienne est l’une des plus dynamiques au monde.

L’exécutif a peu goûté d’apprendre en même temps que tout le monde l’annonce de la cession des activités portuaires de Bolloré à MSC. Quelle est votre marge de manœuvre dans ce dossier ?

Nous prenons acte de ce qui a été fait et de l’engagement de MSC de maintenir les activités et les emplois. Le groupe Bolloré représentait des activités importantes dans la gestion portuaire mais aussi ferroviaire, avec la liaison vers le Burkina Faso. Des discussions vont avoir lieu avec le ministère des Transports, qui suit le dossier de près. Une chose est sûre, la concurrence dans un secteur est toujours une bonne chose parce qu’elle fait baisser les prix. C’est un point sur lequel nous serons vigilants.

Les sanctions contre le Mali ont aussi des répercussions sur la Côte d’Ivoire et sur le Sénégal, qui sont d’importants partenaires commerciaux de Bamako. Sur le plan économique, cela a-t-il un sens de les maintenir ?

Il m’est difficile de faire des commentaires sur une décision prise par les chefs d’État de la zone… Les sanctions excluent des produits essentiels, dont ceux liés aux services de santé et à l’énergie. Elles créent néanmoins des difficultés pour les opérateurs économiques et pour les populations.

Le Mali figure parmi les plus grands importateurs au sein de l’Uemoa, soit près du tiers des importations intracommunautaires. Il est également un grand exportateur de bétail et de céréales. Nous souhaitons la conclusion rapide d’un accord entre le Mali et la Cedeao afin que les sanctions puissent être levées et que le pays retrouve un niveau d’activité compatible avec les attentes des opérateurs économiques et des populations.

Bénin – Romuald Wadagni : « Face à la crise alimentaire, nous maintiendrons nos efforts, il s’agit de la vie de nos populations »

L’ACTU VUE PAR… Chaque samedi « Jeune Afrique » invite une personnalité à décrypter un sujet d’actualité. Grand invité RFI/Jeune Afrique, le ministre béninois de l’Économie et des Finances livre son analyse sur la crise ukrainienne, qui, après le Covid, déstabilise le continent.

Mis à jour le 11 juin 2022 à 13:11
 

 

Romuald Wadagni, à Abidjan, le 10 juin 2022. 10-06-2022© Issam Zejly pour JA © Issam Zejly pour JA

 

En charge de l’Économie et des Finances depuis avril 2016, Romuald Wadagni, 45 ans, est plus que jamais l’un des piliers du gouvernement béninois. L’un des deux seuls ministres d’État de l’exécutif mené par Patrice Talon. Ces dernières années, l’ancien associé de Deloitte s’est fait remarquer en adoptant une politique de refinancement de la dette de son pays très ambitieuse.

Après avoir lancé le premier emprunt obligataire du Bénin sur le marché international en 2018, il a émis trois ans plus tard deux nouveaux Eurobonds, dont l’un avec une maturité de 31 ans. Une autre première, mais cette fois à l’échelle du continent.

Grand invité de l’économie Jeune Afrique-RFI ce samedi, ce fils de haut fonctionnaire, diplômé de Havard, commente à notre micro les mesures prises par Cotonou pour faire face à l’inflation, plaide pour la concertation entre les États en période de crise et revient sur la brouille de son pays avec le Nigeria, ainsi que sur la réforme du franc CFA mise en stand-by en raison du Covid-19.

Jeune Afrique : Romuald Wadagni, vous qui êtes un ardent défenseur du secteur privé, le retour de l’Africa CEO Forum, après deux années de Covid, c’est le signe que tout redevient possible sur le continent. La pandémie est-elle oubliée ?

Romuald Wadagni : Non, cela ne veut pas dire qu’on ne pense plus à la pandémie, mais qu’il faut aller de l’avant. Il faut trouver les moyens de vivre avec la pandémie.

Le retour de l’ACF était très attendu parce que c’est la principale plateforme où les grands décideurs privés se réunissent entre eux, et profitent aussi de la présence des décideurs politiques pour réfléchir aux enjeux auxquels les uns et les autres font face.

Revenons à l’actualité économique. Depuis quelques mois, on assiste au Bénin, comme ailleurs dans le monde, au retour de l’inflation. Est-ce lié à de vraies pénuries ou à de la spéculation ? Qu’observez-vous dans votre pays ?

Aujourd’hui, c’est un mixte des deux. Nous notons des phénomènes de spéculation sur certains produits dont nous avons régulé le prix, l’huile par exemple. Certains commerçants gardent leur stock et tentent de le vendre sous le manteau. Mais le plus important, c’est ce qui est en train d’arriver, avec la hausse des prix des intrants agricoles.

La vraie menace, c’est que lors de la prochaine campagne, la production agricole ne soit pas au rendez-vous. Et cette pénurie ne sera pas due à la spéculation, elle sera bien réelle. Vous avez entendu le président Macky Sall alerter sur le risque de famine en Afrique. Si rien n’est fait pour que les pays africains disposent d’intrants – et là, c’est probablement un peu tard pour la campagne 2022-2023 -, les prix des récoltes seront encore plus élevés.

QUOI QU’IL EN COÛTE

Que peuvent faire les gouvernements pour limiter la casse sociale ?

Il y a quatre type de mesures. La première, c’est de renoncer aux prélèvements fiscaux et douaniers pour permettre que le prix soit accessible aux populations. Si on laisse les mêmes niveaux de TVA et de droits de douane, les produits se retrouvent encore plus chers pour les populations. Donc, il faut un renoncement total ou partiel à ces prélèvements sur la plupart des produits de grande consommation, tout en veillant à ne pas pénaliser les industries locales.

La deuxième catégorie de mesures, ce sont les subventions directes, par exemple sur le gasoil. Il est évident que nous allons continuer d’absorber ce choc. L’ensemble des engins de chantier, des tracteurs, les usines, les transports en commun utilisent le gasoil. Si nous n’agissions pas, les conséquences sur la productivité et la création de richesse seraient désastreuses. Nous mettons donc de l’argent sur la table pour ralentir l’effet de la hausse des prix.

Troisième type de mesures, c’est de réglementer et surveiller les prix des produits fortement subventionnés, pour lesquels nous voulons nous assurer que la population profitera des appuis de l’État. Et la quatrième mesure, c’est la mise en place de filets sociaux. Une partie de notre population est extrêmement pauvre et nous devons nous assurer que ces personnes ont accès au minimum pendant la période de crise.

L’État peut-il maintenir ces efforts dans la durée ?

Nous allons tenir le temps qu’il faudra car il s’agit de la vie de nos populations. Quoi qu’il en coûte. La bonne nouvelle, si je puis dire, c’est qu’il s’agit d’un phénomène global. Nous discutons avec les différents membres de la communauté internationale. Nous ne sommes pas isolés.

Macky Sall, en tant que président en exercice de l’UA, s’est rendu récemment en Russie pour porter la voix du continent auprès du président Poutine et il s’est inquiété des difficultés des pays africains d’accès aux céréales. Le chef de l’État sénégalais craint une famine. Est-ce déjà le cas au Bénin ?

Ce n’est pas le cas, même si une partie de la population subit l’augmentation des prix. La menace de famine vient essentiellement de l’absence d’intrants qui pourrait pénaliser la production agricole. Les vraies difficultés viendront l’année prochaine.

Mais pour le Bénin, et c’est une situation unique, nous avons réussi, en anticipant dès 2021, à nous assurer que nos paysans puissent bénéficier d’intrants pour la campagne 2022-2023.

Pour quelles raisons avez-vous constitué des stocks d’intrants ?

C’est l’incertitude liée au Covid qui nous a poussé à le faire. L’idée était de dire : si le fret continue de monter, si les bateaux et les conteneurs ne circulent pas, il faut anticiper. Bien sûr, on ne savait pas, en décembre, quand nous faisions le budget, que la guerre surviendrait en février. Mais l’analyse macroéconomique, l’évolution des cours et les problèmes logistiques au niveau mondial, ont conduit le Bénin à anticiper. Quand vous me demandez si la famine est là, je peux répondre non.

Revenons sur les propos de Macky Sall au sujet de la guerre en Ukraine. La neutralité du président sénégalais sur ce dossier, c’est aussi la position du Bénin ?  

La position du président Macky Sall est celle du président de l’Union africaine, qui tient compte du fait que tous les pays du continent n’ont pas la même sensibilité. Le Bénin a une position simple : nous condamnons la violence comme manière de résoudre les conflits. Nous l’avons exprimé devant les Nations unies. Quelles que soient les raisons qui peuvent mener à un conflit, nous pensons qu’il est toujours possible de s’assoir autour d’une table et de discuter. La guerre n’est pas une solution.

L’autre grand enjeu de la crise actuelle, c’est l’accès à l’énergie. Comment fait-on lorsque l’on a pris des engagements pour limiter son impact sur le climat et que l’on doit développer son industrie ?

Effectivement, l’accès à une énergie disponible en quantité et au bon prix est un des facteurs dont dépend l’industrialisation. L’électricité coûte 3 ou 4 fois plus chère en Afrique. Parallèlement, nous avons pris des engagements concernant le climat. Mais aujourd’hui cela pèse sur la capacité des pays africains à se développer. Tous les projets gaziers ont du mal à être financés. Compte tenu de notre retard, nous devons moduler nos engagements.

Le Bénin et le Nigeria sont deux pays aux destins liés… Pourtant, ces dernières années ont été tumultueuses, la frontière a été fermée, avec des conséquences sérieuses pour le commerce régional. Quel enseignement avez-vous tiré de cette crise ? 

L’enseignement est simple : il faut que nos deux pays travaillent plus ensemble. Sur les trente dernières années, les tensions ont été nombreuses. Les deux chefs d’État se sont vus, un groupe de travail a été mis en place et un certain nombre d’actions entreprises, au niveau diplomatique, douanier et purement économique.

L’idée de la nouvelle dynamique de collaboration avec le Nigeria est simple : faire en sorte que le produit qui arrive au port de Cotonou pour le Nigeria puisse faire toutes les formalités sur place afin de fluidifier les relations commerciales. Quand on parle contrebande, on parle du riz qui traverse la frontière vers le Nigeria, mais 80% de l’essence vendue au Bénin vient illégalement du Nigeria. La réalité est que les deux pays ont conscience qu’il faut agir différemment.

 

 romuald

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Lors de l'entretien avec Romuald Wadagni, à Abidjan, le 10 juin 2022. 10-06-2022© Issam Zejly pour JA © Issam Zejly pour JA

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Vous vous êtes beaucoup investi à l’échelle de la sous-région dans la réforme du franc CFA. Menée tambour battant en 2019, elle semble tombée aux oubliettes…

L’horizon a changé compte tenu de l’instabilité. Il y a en fait deux réformes. La première au niveau de l’Uemoa concerne le franc CFA. Et une seconde, qui se fait dans le cadre de la Cedeao pour que les 15 États membres adoptent une monnaie commune.

S’agissant du franc CFA, la réforme prévoyait la fermeture du compte d’opération auprès du Trésor français et le remplacement des représentants français dans les organes de gouvernance de la monnaie. C’est aujourd’hui effectif. Le passage du franc CFA à l’Eco n’a en revanche pas pu être mis en œuvre, d’abord en raison du Covid et, maintenant, de la guerre en Ukraine.

Romuald Wadagni, l’Afrique attend toujours les 100 milliards de dollars, qui correspondent aux droits de tirage spéciaux du FMI que pourraient céder les pays riches aux pays en développement. L’an dernier, vous étiez optimiste. Mais sur ce plan, rien n’a bougé non plus.  

Si vous me reposiez la question aujourd’hui, je vous répondrais avec le même optimisme qu’il y a un an. Bien entendu, nous sommes en attente des DTS. Le président Macky Sall l’a rappelé. Moi aussi lors des échanges avec mes pairs, par exemple le ministre français.

Les DTS viendront, c’est certain. Après le Covid, la guerre en Ukraine a mobilisé les efforts de la communauté internationale. Nous espérions un déblocage lors des réunions de printemps du FMI, en avril, il n’est pas arrivé. Mais c’est une question de temps.

Le président français Emmanuel Macron a été réélu pour 5 ans. Cela vous rassure-t-il dans le contexte actuel ?

L’une des choses qu’on admire dans des pays comme la France ou les États-Unis, c’est leur administration forte, qui garantit une continuité de la relation, y compris quand les leaders changent. Ceci étant dit, quand le président est reconduit, cela permet de savoir à quoi vous pouvez vous attendre.

Le président français a-t-il su rénover la relation de la France avec le continent, comme il le souhaitait, ou existe-t-il toujours un soupçon d’ingérence ?

Le discours français est toujours à replacer dans un contexte précis. Il n’y a pas de discours sur l’Afrique, mais des dirigeants qui se positionnent en fonction des circonstances. Si je prends le cas du Bénin, je n’ai pas en mémoire de déclaration française prenant position sur un point ou un autre. Quand il y a des enjeux pour la France, pour ses ressortissants ou ses entreprises, il est compréhensible que ses dirigeants se prononcent.

Que doit faire la France pour être plus populaire auprès des Africains ?

Demandez à la France… Quand vous entendez le plaidoyer du président Macron pour qu’il y ait plus de ressources à destination des pays en développement durant la crise du Covid et que la France se place aux côtés de l’Afrique et aux côtés des économies qui sont prêtes à se réformer, les populations applaudissent.

Pour finir, la présidentielle de 2026, au Bénin, c’est déjà dans un coin de votre tête ?

Non, ce serait indécent. Je ne fais pas de langue de bois. Nous sommes à quatre ans de cette échéance. J’occupe une fonction qui demande beaucoup d’énergie. Il y a tellement à faire. Et je suis convaincu que quand je profite de chaque instant pour bien faire ce qui est attendu de moi, les opportunités s’ouvrent naturellement.

Côte d’Ivoire : Ousmane Diakité, l’imam du juste milieu

« Dieu tout-puissant » (5/5) Discret, méconnu du grand public, il a pourtant derrière lui des années de médiations et d’influence. Depuis un an, il a pris la tête du Cosim en Côte d’Ivoire avec la lourde mission de contrer la propagation de l’idéologie des groupes terroristes.

Par  - à Abidjan
Mis à jour le 10 juin 2022 à 14:53
 

 

L’imam Ousmane Diakité © DR

 

Que savent les Ivoiriens du cheikh Aïma Ousmane Diakité ? Peu de choses, tant l’homme est discret. Mais son franc-parler, lui, est de notoriété publique. Un épisode a marqué les esprits. Le 21 juin 2017, tout ce que le pays compte de personnalités politiques et d’hommes d’affaires musulmans est réuni à la grande mosquée du quartier huppé de la Riviera Golf. C’est l’affluence des grands jours pour cette Nuit du destin, moment important du mois de ramadan.

Ousmane Diakité, alors secrétaire exécutif du Conseil supérieur des imams de Côte d’Ivoire (Cosim), a la parole. Son prêche porte sur l’enrichissement illicite et la corruption. « Si vous détournez des fonds, ne pensez pas que vous avez seulement désobéi à la loi de la République. Vous avez aussi désobéi aux ordres d’Allah », explique-t-il d’une voix calme sortie de sa barbe grisonnante et de sa carrure imposante. Dans l’assistance, certains hochent la tête en signe d’approbation. Manipulation des marchés publics, abus de fonction… Personne en particulier n’est visé, mais l’imam a des mots sévères.

Il insiste : « Certains s’achètent une conscience en se disant qu’ils vont utiliser une partie de l’argent qu’ils volent pour construire des mosquées, pour faire partir des gens à la Mecque… La religion musulmane n’accepte pas cela. Il n’y a pas de blanchiment d’argent spirituel. Le fait de faire des sacrifices avec de l’argent volé ne le rend pas licite. »

Le prêche est alors largement commenté. En s’exprimant sur la corruption, Ousmane Diakité a soulevé une question taboue. En 2017, selon l’ONG Transparency International, la Côte d’Ivoire se classait au 103e rang sur 180 que compte l’indice de perception de la corruption.

Homme de principes

Ousmane Diakité est désormais le président du Cosim – il a été élu en avril 2021 -, une organisation qui compte 26 742 imams et jouit d’une solide implantation à travers le pays. Cette fonction fait de lui le guide de la communauté musulmane en Côte d’Ivoire. Il a néanmoins gardé la tête de la mosquée Arafat de Bounoumin, à Cocody, où se trouvent ses bureaux, ainsi que l’université musulmane africaine.

Décrit comme un homme de principes, il est connu pour sa capacité à faire des compromis. Le choix de cet homme pour succéder à l’imam Mamadou Touré est le fruit d’un parcours sans errance et d’une fidélité à l’organisation.

Ousmane Diakité est né en 1956 à Odienné, dans la région de Kabadougou située au nord-ouest de la Côte d’Ivoire. Après des cours primaires et secondaires à l’école Dar-el Hadith, à Bouaké, il s’envole vers la France. Il y étudie le français à l’université des sciences humaines de Strasbourg. En 1979, il intègre l’université Mohammed V, au Maroc. Sa maîtrise en droit public, option administration intérieure en poche, il rentre au pays.

De 1983 à 1986, il est d’abord professeur de langue arabe et française au sein du groupe scolaire Mamadou Coulibaly à Odienné. Puis, il devient fonctionnaire au ministère de l’Intérieur en tant que secrétaire général de mairie, à Odienné dans un premier temps, avant d’être affecté dans plusieurs autres mairies de cette région du Nord. En 1987, des leaders religieux musulmans créent leur organisation : Ousmane Diakité n’hésite pas et intègre rapidement le Cosim.

Proche du Cheick Fofana

Il y avait alors une nécessité réelle d’unifier la pratique de l’islam dans le pays. « À l’époque, les fêtes musulmanes étaient célébrées sur plusieurs jours en fonction des différents courants et des pays d’origine des uns et des autres. Même le pèlerinage était organisé en rangs dispersés, note un observateur de la scène politique. La force du Cosim, c’est d’avoir réussi à s’imposer comme le seul interlocuteur de l’État et à encadrer la pratique de l’islam en Côte d’Ivoire. »

L’un des leaders de l’organisation s’appelle Cheick Boikary Fofana, médiateur de poids qui s’était impliqué dans la résolution de plusieurs crises que le pays a traversées. Au décès de ce dernier en mai 2020, Alassane Ouattara dit « son immense tristesse » face à la disparition de son « ami et frère ».

« En 2011, lorsque les mosquées sont attaquées et des imams assassinés pendant la crise post-électorale, le Cheick a fait un discours pour dire à tous les membres de la communauté de ne pas se venger, de ne pas réagir, de ne pas riposter. Il voulait éviter que la crise ne se transforme en une guerre religieuse. Son appel a eu un écho favorable et il a été félicité à travers le monde », se souvient Seidou Konaté, recteur principal de la grande mosquée de Yopougon. Sa mosquée située dans le quartier Toit rouge porte aujourd’hui encore les stigmates de cette violence. « Des gens ont été brûlés ici. Avez-vous vu la partie noire sous le hangar ? La dalle aussi a été brûlée. Elle a été ramollie. Nous avons dû la casser pour tout reprendre. Ça a été des moments difficiles. Mais aujourd’hui, grâce aux médiations, les gens vivent de nouveau ensemble. »

Médiateur durant les crises

Durant les années sombres de l’histoire du pays, Ousmane Diakité a joué un rôle important. En 2007, il devient le secrétaire exécutif du Cosim. Surtout, il est l’homme de confiance du Cheick Boikary Fofana. « Il était son représentant dans les médiations pendant la crise, notamment au sein de la Convention de la société civile ivoirienne. C’était son bras droit », confie un proche. C’est donc naturellement qu’en 2014, il est désigné comme membre de la Commission électorale indépendante, pour le compte de la communauté musulmane.

C’est cette trajectoire qui lui a permis d’accéder à ses fonctions actuelles en remportant l’élection à la tête du Cosim face à deux rivaux. « Sa victoire tient au fait qu’il s’est tenu aux côtés des imams pendant des années. Sa présidence est aussi une continuité avec celle du Cheick Boikary Fofana qui était très apprécié », explique un responsable d’une association islamique.

Si ses prédécesseurs ont parfois été jugés trop proches du pouvoir, notamment du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, au pouvoir), Ousmane Diakité observe pour sa part une certaine distance vis-à-vis des politiques. Lors de son installation officielle en tant que guide de la communauté musulmane le 12 juin 2021, Alassane Ouattara était représenté par le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Protection civile, le général Vagondo Diomandé. « Il se méfie des politiques, qu’il tient à bonne distance. Ce n’est pas un courtisan et il n’aime pas être courtisé », glisse un proche. Sortira-t-il de sa réserve pour s’exprimer sur les questions relatives à la vie du pays lorsque l’actualité le nécessitera ?

Lutte contre les réseaux jihadistes

Pour l’heure, le 7e président du Cosim travaille à consolider les liens avec les autres communautés religieuses. Il s’attèle également à tisser des relations entre le Cosim et les organisations islamiques d’autres pays. Il est notamment proche de Ali Orhon Pehlivan, président de l’ONG AIDE, qui relève de la fondation turque Aziz Huday Wakfi, sous l’autorité de Cheick Nour Tobas. Il est aussi proche du Turc Serkan Kayalar. Fin mai, Ousmane Diakité a également participé, à l’invitation des autorités qataries, à une rencontre sur les religions et le discours de la haine.

Dans un contexte de menace jihadiste dans les zones frontalières de la Côte d’Ivoire, le Cosim joue un rôle discret mais indispensable de prévention. La première étape est l’enseignement de l’islam et cela passe par la formation des imams. Chaque année, une centaine d’entre eux sont sélectionnés pour être formés au Maroc. Il intervient également sur la nomination des imams dans les mosquées. « Nous sommes pour un Islam qui n’impose pas sa doctrine aux autres, qui ne conditionne pas son rapport aux autres sur la base de leur confession religieuse, et qui ne juge pas car le jugement appartient à Dieu », estime l’imam Seidou Konaté. « C’est ce que nous appelons l’islam modéré, du juste milieu. C’est ce que le Coran prône. Si vous n’êtes pas modéré dans votre pratique, et dans votre rapport avec les autres, vous n’allez pas pouvoir convaincre. On pratique l’islam par conviction, on ne l’impose pas », ajoute-t-il.

L’organisation mène notamment de nombreuses activités dans les villages frontaliers avec le Burkina, le Mali et la Guinée. À chaque étape de cette « caravane socio-culturelle » organisée en partenariat avec des organisations de la société civile ou une association de jeunesse musulmane, ils procèdent à des distributions de vivres. Un médecin est également présent. Un observateur de la scène politique analyse : « Le Cosim a un point focal dans presque toutes les localités du pays. Il est un acteur indispensable pour la médiation dans les cas de conflits intercommunautaires. Ce qui est un point clé car les groupes jihadistes profitent des fragilités pour s’installer ».

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