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Calme fragile dans les villes ivoiriennes après les troubles sporadiques

Manifestations de femmes du PDCI-RDA contre un 3e mandat de Ouattara, dans le quartier de Cocody d'Abidjan, le 21 août 2020.
Manifestations de femmes du PDCI-RDA contre un 3e mandat de Ouattara, dans le quartier de Cocody d'Abidjan, le 21 août 2020. Issouf SANOGO / AFP
Texte par :RFISuivre
2 mn

Depuis la semaine dernière, des manifestations se tiennent à travers tout le pays. Plusieurs blessés sont à déplorer. Le bilan clair et définitif n’a pas encore été annoncé. Alassane Ouattara a été investi pour une canditaure un 3e mandat, mais l’opposition lui conteste ce droit, qu’elle qualifie d’anticonstitutionnel.

Avec notre correspondante à Abidjan,  Jenna Le Bras

Le calme semble être revenu mais il reste précaire en Côte d’Ivoire, après une semaine de manifestations réprimées et d’affrontements sporadiques, à Abidjan et dans plusieurs villes du pays. Elles sont généralement de faible importance mais sont émaillées de violences entre partisans de l’opposition et soutiens du pouvoir en place. À Gagnoa et Divo, ce sont notamment les manifestations organisées par les Femmes de l’opposition qui ont perturbées vendredi. Soutiens du FPI, du PDCI et du RHDP s’accusent mutuellement d’être à l’origine de ces troubles.

À Divo notamment, les récits diffèrent quant aux responsabilités des uns et des autres. Tous sont néanmoins d’accord pour dire que les marches, pacifiques de prime abord, ont été troublées par la présence de jeunes hommes violents qui ont incendié et pillé plusieurs commerces, des bus de transports et la gare d’Irié.

Scénario similaire à Gagnoa où le calme est néanmoins rapidement revenu après le quadrillage de la ville par les forces de sécurité. Samedi, une frange de l’opposition est de nouveau sortie dans la rue pour contester l’investiture d’Alassane Ouattara par le RHDP pour le scrutin d’octobre prochain. Des marches rapidement dispersées, par les habitants eux-mêmes qui ont appelé au calme, explique une source sur place.

À Bonoua, fief de Simone Gbagbo, les habitants restent eux, sur le qui-vive. Les affrontements politiques ont laissé place à des violences communautaires. Plusieurs blessés sont à déplorer.

 

Dans plusieurs zones, des couvre-feu ont été imposés : à Divo, de 19h à 6h et à Bonoua, de 20h à 5h.

Dans les trois villes, les leaders des différentes communautés et les représentants politiques appellent au calme.

[Chronique] « Faso Roc » : griotisme ivoirien pour président-candidat burkinabè

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Par  Damien Glez

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Damien Glez

Une chanson de l’artiste ivoirien Fadal Dey alimente la polémique au Burkina Faso. Le titre « Faso Roc » vante en effet les mérites de Roch Marc Christian Kaboré, candidat à sa propre succession à la présidentielle du 22 novembre.

La perméabilité entre les vies politiques ivoiriennes et burkinabè n’est plus à démontrer. La perméabilité entre la musique et le monde des politiciens est aussi une réalité, même si l’Afrique de l’Ouest n’a pas encore massivement cédé aux sirènes du libanga congolais, son « name dropping » et ses dédicaces commercialisées. « Roch Marc Kaboré est un roc pour le Burkina, Christian Kaboré est un bouclier pour le Burkina », chante le reggaeman ivoirien Fadal Dey sur le titre Faso Roc qui circule, depuis quelques semaines, sur les réseaux sociaux

Levée de boucliers

De boucliers, l’artiste en a obtenu une levée, celle d’internautes burkinabè qui, en substance, crient haro sur « ces côcôs » [profiteurs] ivoiriens qui ne trouveraient pas d’inspiration sur leur propre situation nationale, pourtant source d’inquiétude depuis le rebondissement de la candidature d’Alassane Ouattara à la prochaine présidentielle.

Et les militants professionnels de pousser les cris d’orfraie de rigueur, comme le président de l’association Convergence citoyenne et panafricaine (CCP) qui rappelle, dans une lettre ouverte, des statistiques de nature à ternir le bilan de l’actuel président du Faso, notamment sur le plan sécuritaire, puisqu’il est question de bouclier…

En filigrane de ces réactions irritées – compensées par des éloges guère plus objectives – se profile l’accusation de griotisme illégitime et intéressé. Un soupçon lié au timing du single, quelques semaines avant le début de la campagne électorale qui verra « Roch » solliciter un nouveau mandat de « bouclier ».

Les explications du chanteur

Et le réputé engagé Fadal Dey de se justifier par un long post sur le Net : la sincérité de son affection pour le pays des Hommes intègres ne serait plus à démontrer, depuis ses chansons « Bobo-Dioulasso » et « Sankara Forever » ; le chantage des terroristes requerrait un appel à la solidarité autour d’un chef d’État légitime ; l’un des prédécesseurs de Kaboré, l’iconique Thomas Sankara, n’enseignait-il pas que « seule la lutte libère » ?…

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MÊME SI TU T’ALLONGES POUR QUE LES GENS TE MARCHENT DESSUS, CERTAINS VONT SÛREMENT SE PLAINDRE QUE TU N’ES PAS ASSEZ PLAT

Le laudateur musicien précise d’ailleurs que le son incriminé n’est « qu’une maquette (…) envoyée à un ami au Burkina Faso pour voir sa réaction après écoute ». Il oppose aux chicaneurs un « enjaillement » et un « kiff » du « peuple burkinabè dans son ensemble » qui aurait poussé l’ami en question à diffuser le titre sur la toile.

Galop d’essai ou maquette proforma ? Toujours est-il que Fadal Dey ne se démonte pas et confirme être en studio pour l’enregistrement du produit fini. Stoïque, il invoque un adage ouest-africain : « Même si tu t’allonges pour que les gens te marchent dessus, certains vont sûrement se plaindre que tu n’es pas assez plat ». Et l’homme aux trois prénoms qui dirige le Burkina Faso, il en pense quoi, de cette chanson ?

Identité et sécurité numériques : l’Afrique sur la bonne voie ?

La sécurité des données et des connexions internet est devenue un enjeu majeur du développement des économies africaines,
synonyme de performance mais aussi de souveraineté et de consolidation de la démocratie.

 

Villes et climat : Abidjan traque les pluies diluviennes [1/6]

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Mis à jour le 17 août 2020 à 11h10
Inondations à Abidjan, le 25 juin 2020

Inondations à Abidjan, le 25 juin 2020 © LEGNAN KOULA/EPA/MAXPPP

Avec l’érosion de ses littoraux, la capitale ivoirienne fait face à des inondations de plus en plus violentes. Premier épisode de notre série sur les villes face au défi climatique.

  • Le principal danger

La Côte d’Ivoire occupe actuellement la 147e place (sur 178) des États les plus menacés par les catastrophes liées au réchauffement climatique, selon un rapport publié par la Banque mondiale en 2018.

De fait, alors que les pluies diluviennes sont devenues fréquentes, les populations urbaines comme celles d’Abidjan, sont de plus en plus exposées aux inondations.

Maisons sous les eaux, voitures emportées par le courant… Alors que les précipitations augmentent en intensité comme en durée, les rues de la capitale ivoirienne prennent régulièrement l’aspect de fleuves sauvages tandis que les victimes se multiplient.

En 2018, les fortes pluies avaient ainsi causé la mort de 20 personnes dans le pays et coûté près de 18 milliards de francs CFA (27 millions d’euros) de pertes et dommages. Cette année encore, la saison des pluies n’a pas épargné le pays. « Le bilan au plan national, à la date du 21 juin 2020, fait état de 721 ménages sinistrés, soit 3 605 personnes affectées, 9 blessés et 19 décès», déplorait Mariatou Koné, ministre de la Solidarité, de la Cohésion sociale et de la Lutte contre la pauvreté lors d’une réunion du Comité de coordination élargi (CCE) avec des acteurs humanitaires et des experts des organisations internationales, le 22 juin.

Si la position géographique de la ville – au bord du golfe de Guinée et de la lagune Ébrié – explique en partie les dégâts liés aux inondations récurrentes, le manque de préparation des acteurs locaux joue également un rôle majeur, comme le soulignait le ministre de la Ville, François Amichia, lors d’un webinaire organisé par Rabat et le Fonds mondial pour le développement des villes, le 26 juin dernier.

« Aujourd’hui, nous connaissons des inondations qui créent le désarroi dans la population, simplement parce que nos villes n’ont pas été préparées », a-t-il déclaré, avant d’affirmer sa volonté de s’adapter à la nouvelle donne.

  • La figure de la lutte

Le professeur Abé Delfin Ochou, est un physicien renommé. Inspecteur général au sein du ministère de l’Environnement et du Développement durable, ilest le coordonnateur du Programme de gestion du littoral ouest-africain (WACA) en Côte d’Ivoire, qui lutte contre l’érosion à l’échelle régionale.

Un enjeu crucial car l’érosion est la raison principale de la perte des plages et des dunes. Or, ce sont ces dernières qui fournissent une protection naturelle contre les inondations, et donc un bon moyen de préserver l’économie. L’étude de la Banque mondiale souligne ainsi qu’en Côte d’Ivoire, la dégradation du littoral aurait coûté près de 2 milliards de dollars en 2017, soit l’équivalent de 4,9 % du PIB du pays.

Abé Delfin Ochou, qui plaide pour que le secteur de la recherche soit davantage associé aux initiatives de lutte contre l’érosion marine, est l’une des figures les plus investies du pays à ce sujet. Maître de conférence à l’université de Cocody, il est à l’origine de plusieurs études et publications sur les effets du réchauffement climatique en Côte d’Ivoire.

  • Le chiffre à retenir

315 millions de dollars. C’est le montant du prêt accordé par la Banque mondiale afin d’aider la Côte d’Ivoire à prévenir les risques d’inondations et améliorer la gestion des déchets à Abidjan ainsi que dans les autres grandes villes du pays. Le projet permettra notamment de mettre en place un système d’alerte précoce des inondations et de renforcer les capacités des institutions.

La première phase du projet, dotée d’une enveloppe de 37 millions de dollars, sera consacrée à la construction ou réhabilitation de systèmes de drainage des eaux pluviales dans les quartiers d’Abidjan les plus exposés comme Yopougon, Abobo et Grand-Bassam (Sud-Est).

  • Le projet phare

En 2018, la Banque africaine de développement avait fourni une subvention de 480 000 euros par le biais du fonds « ClimDev » pour aider la Côte d’Ivoire à remettre sur pied ses services d’informations climatiques et météorologiques et renforcer ses capacités de préparation face aux phénomènes météorologiques extrêmes.

Cette subvention a permis l’acquisition de six stations météorologiques automatiques qui recueillent les données pluviométriques et les transmettent à la Sodexam, où des spécialistes produisent avec des ordinateurs de pointe des rapports météorologiques en temps réel, ainsi que bulletins d’alerte en cas de risque d’inondation, permettant d’anticiper les catastrophes.

Cedeao, il était une fois dans l’Ouest

Quinze États membres, 375 millions d'habitants, des institutions qui embrassent tous les sujets économiques et s'attellent à résoudre les crises... Quarante-cinq ans après sa création et malgré les turbulences actuelles, l'organisation régionale maintient le cap.