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Guinée-Sénégal : pour les commerçants, le calvaire de la fermeture des frontières

| Par - à Conakry
Des opposants guinéens au président Alpha Condé manifestent à Dakar, au Sénégal, le 30 octobre 2020.

 Des opposants guinéens au président Alpha Condé manifestent à Dakar, au Sénégal, le 30 octobre 2020. © JOHN WESSELS/AFP

 

Depuis le 27 septembre 2020, la Guinée a fermé ses frontières avec trois de ses voisins. Plus de trois mois plus tard, le maintien de la mesure a de lourdes conséquences, en particulier pour les transporteurs et commerçants dépendants du trafic entre la Guinée et le Sénégal.

Diogo Bah est amer. Après deux mois et deux semaines d’attente dans la ville de Koundara, à la frontière sénégalaise, ce transporteur habitué de la liaison entre la Guinée et le Sénégal a dû rebrousser chemin pour rentrer à Pita, plus au Sud. Le gingembre, le concombre et les autres légumes qu’il transportait se sont décomposés. Il n’a pu ramener que l’huile de palme, le miel et la semoule de manioc.

Mais si l’espoir de voir la frontière guinéenne rouvrir s’amenuise, le coût de la vie, en revanche, n’a fait que croître dans cette ville très dépendante du voisin sénégalais. « Le prix du haricot qu’on achetait pour le petit-déjeuner est passé de 2 000 francs guinéens à 5 000, ce n’était plus tenable », témoigne Diogo Bah.

Promesse de réouverture

Voilà plus de trois mois que les accès sont fermés entre les deux pays. Le 27 septembre dernier, trois semaines avant la présidentielle du 18 octobre, le chef de l’État guinéen Alpha Condé avait ordonné la fermeture des frontières avec trois des six voisins du pays : le Sénégal, la Guinée-Bissau et la Sierra Leone.

À une délégation conjointe de la Cedeao, de l’Union africaine et de l’ONU reçue au palais présidentiel Sékhoutouréya le 1er octobre, Alpha Condé avait mis en avant des motifs d’ordre sécuritaire.

Accusant le président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló et le vice-président sierra-léonais Mohamed Juldeh Jalloh de manœuvrer pour introduire en Guinée des populations recrutées sur une base communautaire afin de perturber le vote, Alpha Condé reprochait au Sénégal de Macky Sall de ne pas donner suite à sa proposition d’organiser des patrouilles mixtes entre leurs deux pays, pour empêcher des « infiltrations mal intentionnées ».

« Il y avait des violences dans la région (frontalière avec le Sénégal, ndlr), justifie une source anonyme proche du gouvernorat de Labé. La frontière n’a pas été fermée pour embêter les gens. Les opérateurs avaient fui et fermé leur commerce. L’État a voulu se protéger, c’est naturel ».

Reste que, depuis, Alpha Condé a été reconduit à la tête de la Guinée pour un troisième mandat de six ans, et bon nombre d’observateurs s’interrogent sur l’opportunité de maintenir les frontières fermées. « Nous sommes en train de mener des démarches pour la réouverture, assure le gouverneur de Labé, Madifing Diané, contacté par Jeune Afrique. Il faut également rassurer les gens, globalement tout va bien. Je me déplace souvent vers la frontière pour m’enquérir de la situation. »

« Les commerçants en souffrent énormément »

Pour les commerçants, cette fermeture engendre son lot de crispations. Alors que les Guinéens constituent la plus importante communauté d’expatriés au Sénégal, les relations commerciales sont florissantes entre les deux États.

« Il y a beaucoup de marchandises qui proviennent du Sénégal et de la Gambie : la mayonnaise, le beurre, le lait, les bouillons…, détaille Thierno Amadou Daka Diallo, président de la Chambre régionale de commerce de Labé. En retour, d’autres produits agricoles quittent la Guinée pour les deux pays voisins, comme le chou, la pomme de terre, l’huile de palme, ou bien le piment. À cause de la fermeture sans préavis, beaucoup de camions remplis de marchandises attendent des deux côtés une hypothétique réouverture. »

Combien de commerçants se trouvent bloqués de part et d’autres de la frontière ? Impossible à dire, répond Thierno Amadou Daka Diallo : « On ne peut ni les compter, ni chiffrer les pertes à ce stade. Ce qui est certain, c’est que les commerçants en souffrent énormément ».

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ON RECENSE DES CAS DES MALADIES DE CERTAINS TRANSPORTEURS, EXPOSÉS À UNE PÉNURIE D’EAU ET DE NOURRITURE

De l’autre côté, en territoire sénégalais, des longues files de véhicules attendent aussi le rétablissement du trafic. « Au moins 250 camions », a constaté Chérif Mohamed Abdallah, président du Groupe organisé des hommes d’affaires guinéens (GOHA), au cours d’une visite effectuée le 9 janvier au poste frontalier de Linkéring. « Le constat est amer : les marchandises ont commencé à pourrir depuis longtemps, décrit-il. On a noté également des cas des maladies de certains transporteurs et de leurs apprentis, exposés à une pénurie d’eau, d’électricité et de nourriture. Ils cohabitent là-bas avec les animaux du Parc national du Niokolo-Badiar (connu sous le nom de Niokolo-Koba côté sénégalais, ndlr) ».

Si les transporteurs immobilisés proviennent du Sénégal, de la Gambie et de la Guinée, « 98 % d’entre eux sont de nationalité guinéenne et sont des citoyens bloqués à l’extérieur de leur pays », déplore le président du GOHA, dénonçant « une violation des règles de libre circulation des personnes et des biens dans l’espace de la Cedeao ».

La Côte d’Ivoire endeuillée après la mort de quatre de ses casques bleus au Mali

                                   Véhicule des casques bleus de la Minusma entre Mopti et Djenné, dans le centre du Mali, le 28 avril 2019 (photo d'illustration).

                                 Véhicule des casques bleus de la Minusma  dans le centre du Mali, le 28 avril 2019 (photo d'illustration).
 © MICHELE CATTANI / AFP
Texte par :RFISuivre
2 mn

Au Mali, le bilan s’est alourdi. La Minusma annonce qu’un quatrième casque bleu ivoirien a succombé à ses blessures après l’explosion d’une mine qui a soufflé leur véhicule hier mercredi. Ces 4 militaires tués sont les premiers casques bleu ivoiriens tombés en opération au Mali.

Avec notre correspondant à AbidjanPierre Pinto

Engagée au Mali depuis le début de l’opération de maintien de la paix en 2013, jamais l’armée ivoirienne n’avait eu à subir d’aussi lourdes pertes. D’environ 200 hommes à l’origine, le contingent ivoirien a été porté à 600 en 2019 et tourne autour de 650 aujourd’hui, déployés autour de Mopti et Tombouctou.

L’engagement au Mali ne fait pas débat en Côte d’Ivoire. Pas même au Parlement où la question militaire n’est quasiment jamais débattue. La Côte d’Ivoire envisage même d’accroître encore la présence de ses casques bleus au sein de la Minusma.

« Cet engagement de la Côte d’Ivoire au Mali est une orientation d’Alassane Ouattara dès son arrivée », explique le chercheur Arthur Banga spécialiste de l’armée ivoirienne. « C’était en 2013 une façon de montrer la normalisation de la situation en Côte d’Ivoire et surtout de montrer que la Côte d’Ivoire était un acteur important en Afrique de l’Ouest. C’était aussi une façon de participer à la lutte contre le terrorisme sans attendre qu’il atteigne les frontières ivoiriennes », ajoute encore Arthur Banga.

L’attaque de ce mercredi qui a coûté la vie aux casques bleus ivoiriens, sur l’axe Tombouctou - Douentza a aussi fait six blessés. L’un d’entre eux a donc succombé à ses blessures lors de leur évacuation vers Dakar.

Côte d’Ivoire: le parti de Guillaume Soro ne participera pas aux législatives du 6 mars

Audio 01:01

                           Guillaume Soro, à Paris , 17 septembre 2020.

                                                                        Guillaume Soro, à Paris , 17 septembre 2020.
 STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Texte par :RFISuivre
5 mn

En Côte d'Ivoire, les élections législatives doivent se tenir le 6 mars prochain. Le dépôt des candidatures s'achève le 20 janvier. Et contrairement à la présidentielle, cette fois, la plupart des partis d'opposition ont affiché leur volonté de participer au scrutin. À commencer par le PDCI d'Henri Konan Bédié et le FPI que ce soit la branche dite « Gbagbo ou rien », ou celle menée par Pascal Affi N'Guessan. En revanche, ce ne sera pas le cas du GPS de Guillaume Soro.

Pour les élections législatives, qui sont des élections à la fois politiques et locales, la position du GPS est d’abord de faire front avec tous les partis de l’opposition. Nous avons été les premiers à appeler à l’unité d’action. Des échanges existent de façon régulière entre tous les leaders de l’opposition et donc GPS ne boycotte pas les élections législatives. Cependant, le gouvernement ivoirien a décidé de faire tout ce qu’il peut, en tout cas, pour détruire totalement le GPS. Son président en exil, la majeure partie de ses cadres et députés sont, soit en exil, soit en prison, soit, ils n’ont pas le droit de se prononcer sur l’évolution politique du pays… Dans ces conditions et pour rester fidèle à sa position, le GPS, en tant qu’entité, tout en maintenant son soutien aux actions de l’opposition, envisage dans tous les cas de ne pas présenter sous son étiquette des candidats aux élections législatives. Mais aucun mot d’ordre ne sera donné aux militants du GPS ou à quiconque de boycotter les élections législatives. Nous n’en sommes pas là.

Habib Sanogo, porte parole du GPS

Par ailleurs, six petits partis politiques de l'opposition, parmi lesquels l'USD d'Henri Niava, le Parti ivoirien des travailleurs ou le RPCI de Bamba Moriféré notamment, interpellent les autres formations d'opposition qui se mettent en en ordre de marche pour les législatives du 6 mars prochain. Ces petits partis, qui n'ont pas d'élus dans l'assemblée sortante, boycottent ce scrutin.

Algérie : comment Ahmed Ouyahia revendait les lingots d’or offerts par des émirs

| Par 
Le secrétaire général du Rassemblement pour la démocratie nationale (RND), Ahmed Ouyahia, arrive pour une conférence de presse au siège du RND à Alger, le 11 juin 2017.

 

Le secrétaire général du Rassemblement pour la démocratie nationale (RND), Ahmed Ouyahia,
arrive pour une conférence de presse au siège du RND à Alger, le 11 juin 2017. © RYAD KRAMDI/AFP

 

L’ancien Premier ministre a refusé à deux reprises de révéler l’origine de sa fortune avant de finir par craquer lors d’un procès en,appel, le 9 janvier. Des révélations qui provoquent choc et consternation au sein de l’opinion.

Samedi 9 janvier, alors qu’il comparaissait en appel dans le cadre d’une affaire de montage automobile, l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia s’est enfin confessé sur l’origine des 600 millions de dinars (3,73 millions d’euros) retrouvés sur ses quatre comptes bancaires. L’argent provenait de la revente au marché noir de lingots d’or que des émirs du Golfe lui avaient offerts au cours de visites officielles ou à l’occasion de leurs multiples escapades en Algérie, notamment pour des parties de chasse dans le désert ou dans les Hauts plateaux.

Plusieurs fois condamné dans diverses affaires de corruption, Ahmed Ouyahia a d’abord refusé de dire la vérité pour ne pas, argue-t-il, « porter atteinte aux relations de mon pays avec des pays amis et frères ». Mais sur insistance de la présidente du tribunal, il a fini par lâcher le morceau. Le sexagénaire a reçu 60 lingots d’or entre 2014 et 2018, à l’époque où il était directeur de cabinet à la présidence de la République, puis Premier ministre. Il avait alors proposé ces lingots à la Banque d’Algérie en échange d’une compensation financière, mais sa proposition a été refusée. Pourquoi ? Il ne s’étale pas sur le sujet.

Générosité des princes

L’ancien Premier ministre algérien décide alors de revendre les lingots au marché noir via des intermédiaires, avant de déposer le fruit de la vente sur ses comptes algériens sans jamais les déclarer au fisc. L’ex-Premier ministre n’a pas non plus déclaré ses dons reçus, comme l’exige pourtant la législation. Incarcéré depuis août 2020 à la prison d’Abadla, plus de 1 000 kilomètres au sud-ouest d’Alger, Ahmed Ouyahia affirme pour sa défense avoir informé le procureur général sur l’origine de cette fortune.

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SI J’AVAIS FAIT PREUVE DE TRANSPARENCE, LE PAYS AURAIT COULÉ

Selon lui, sa fortune ne proviendrait donc pas de pots-de-vin ou autres avantages octroyés par des hommes d’affaires en échange de marchés dans le secteur automobile, mais de princes et dignitaires arabes. D’autres hauts responsables à la présidence, dont les noms n’ont pas été cités, ont également reçu des lingots d’or de la part de ces donateurs. L’ancien Premier ministre, qui souffre d’un cancer de la prostate, n’a pas précisé si ces lingots d’or ont été offerts gracieusement ou en échange de services ou de privilèges.

ALGERIA-POLITICS-FUNERAL

 ALGERIA-POLITICS-FUNERAL © RYAD KRAMDI/AFP

 

Durant le règne de Bouteflika, la présidence accordait des autorisations à des princes, émirs ou hommes d’affaires du Moyen-Orient, particulièrement des Saoudiens, Qatariens et Émiriens, de chasser en Algérie. Les séjours de ces riches invités étaient placés sous la protection de la gendarmerie nationale ou encore des services de la protection présidentielle. Durant la période où Ahmed Ouyahia était au cabinet de la présidence, il avait la haute main sur ces parties de chasse accordées aux invités du Golfe, dont les cartons sur des espèces locales, parfois protégées, ont fréquemment scandalisé les Algériens.

« J’ai oublié »

Devant la juge, qui ne cache pas sa stupéfaction en découvrant qu’un ancien Premier ministre a revendu des lingots d’or au marché parallèle, Ouyahia ne se démonte pas. « J’ai voyagé au moins 50 fois à l’étranger, par avion spécial, entre 2014 et 2018, soutient-il. J’aurais pu placer mon argent dans des banques extérieures, mais je ne l’ai pas fait. »

Et pourquoi n’a-t-il pas déclaré ces quatre comptes bancaires comme l’exige la loi ? « J’ai oublié, madame la présidente, finit-il pas déclarer. Comme tout être humain, j’ai oublié, madame la présidente. J’ai oublié de déclarer mes comptes en banque. » Poussé dans ses retranchements sur son manque de transparence, l’ex-Premier ministre fait un autre aveu de taille : « Si j’avais fait preuve de transparence, le pays aurait coulé. »

Cette nouvelle ligne de défense de celui que ses compatriotes surnomment « l’homme des sales besognes » est contradictoire avec ses précédentes explications. Interrogé en décembre 2019 et en mars 2020, Ahmed Ouyahia expliquait que l’origine de cet argent ne provenait pas de ses activités comme responsable de l’État et qu’il n’a aucun lien avec les investisseurs qui croupissent désormais en prison – Ali Haddad ou Mahieddine Tahkout notamment. Lors des deux précédents jugements, l’ex-Premier ministre plaidait l’argument de l’oubli, lui qui est réputé pour sa mémoire d’éléphant.

Pourquoi a-t-il décidé aujourd’hui de livrer une partie de la vérité sur ces généreux donateurs arabes alors qu’il s’y était refusé auparavant ? Explications d’Ahmed Ouyahia : il a informé les enquêteurs qui l’ont interrogé lors des enquêtes préliminaires de l’existence de ces lingots qu’il a fini par revendre au marché noir. « Le rapport est au 4e étage de la Cour si vous voulez le consulter », affirme-il à la présidente du tribunal ce 9 janvier. Il accuse ainsi le juge d’instruction d’avoir monté une cabale judiciaire contre lui et évoque un procès politique.

 

Niger: M. Bazoum et M. Ousmane qualifiés pour le second tour de la présidentielle

                        Election présidentielle du 27 décembre au Niger.

                                         Election présidentielle du 27 décembre au Niger. YouTube/AFP
Texte par :RFISuivre
9 mn

Mohammed Bazoum et Mahamane Ousmane sont qualifiés pour le second tour de la présidentielle au Niger, selon des résultats globaux provisoires annoncés ce samedi matin par la Commission électorale. Le deuxième tour est annoncé pour le 20 février prochain.

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Le candidat du PNDS (Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme), Mohamed Bazoum, arrive en tête, avec un peu plus de 39% des suffrages, soit 1 879 000 voix et en seconde position figure Mahamane Ousmane, candidat du RDR-Tchanji (Renouveau Démocratique et Républicain), avec 16,99%. Il y a, entre les deux premiers candidats, un écart d’un million de voix.

En troisième place arrive Seini Oumarou qui a été Haut Représentant du président pendant le second mandat de Mahamadou Issoufou. Seini Oumarou, candidat du MNSD, parti de l’ancien président Mamadou Tandja, obtient quant à lui, 8,95% des voix. À la dernière présidentielle, en 2016, il était déjà arrivé à la troisième place, mais avec un score d’un peu plus de 12%.

Un nombre élevé de candidats - une trentaine - se présentaient cette année comme l’ancien ministre de l’Agriculture Albadé Abouba, du MPR Jamhuriya qui arrive quatrième, avec 7% des voix, suivi d’Ibrahim Yacouba, avec plus de 5%.

Les autres candidats recueillent tous moins de 5% des suffrages exprimés. Salou Djibo, qui a été à la tête du Niger suite au coup d’État contre Mamadou Tandja, affiche un score d’un peu moins de 3%.

Le taux de participation s’élève à 69%. Lors de la proclamation, le président de la Céni l’a rappelé : il s’agit de résultats globaux provisoires. Ils vont maintenant être transmis à la Cour constitutionnelle qui sera chargée d’étudier les éventuels contentieux.

Bazoum et Ousmane qualifiés, des fraudes dénoncées

Il y aura donc un second tour, qui doit se tenir le 21 février prochain, entre deux hommes politiques bien connus des Nigériens.

D’un côté, Mohamed Bazoum, âgé de 60 ans, candidat du parti au pouvoir, le PNDS, dont il est l’un des fondateurs, et proche du président actuel, Mahamadou Issoufou. Il a été ministre des Affaires étrangères, puis de l’Intérieur. Il a également été plusieurs fois élu député de Tesker (Sud-Est).

Même si Mohamed Bazoum réalise un score inférieur à celui de Mahamadou Issoufou au premier tour en 2016 (environ 39% contre 48,43%), Idrissa Waziri, porte-parole du PNDS, se veut serein en vue du second tour. Pour lui, l'écart entre Issoufou et Bazoum vient d'un émiettement des voix dû à un grand nombre de candidats : « Certains candidats, avec nous dans le cadre de l'alliance tissée au lendemain des élections de 2016, ont préféré sortir pour prendre un peu la température du suffrage universel. Cela a créé un peu de dispersion de voix », a-t-il expliqué à Magali Lagrange, envoyée spéciale à Niamey pour RFI.

« Nous avons déjà, avec nos alliés, plus de la majorité des parlementaires. Nous sommes encore majoritaires au Parlement. Nous sommes stables. »    Idrissa Waziri, porte-parole du PNDS, après le premier tour de la présidentielle au Niger

Face à Mohamed Bazoum, il y a donc Mahamane Ousmane, candidat du RDR-Tchanji, a déjà exercé la fonction présidentielle puisqu’il a été élu en 1993, avant d'être renversé par un coup d’État en 1996. Mahamane Ousmane était déjà candidat en 2016. Il avait terminé en quatrième position. Cette fois, il a bénéficié du soutien du Moden Fa Lumana Africa. Quelques jours avant le scrutin, le parti a donné une consigne de vote à ses militants en sa faveur, puisque la candidature de Hama Amadou avait été invalidée par la Cour constitutionnelle.

Barké Moustapha, le directeur de campagne du Moden Fa Lumana Africa, n'est toutefois pas satisfait du résultat de Mahamane Ousmane et des législatives (80 sièges pour ne PNDS, 19 pour le Moden Fa Lumana Africa). « L'ampleur de la fraude a pesé. Nous avons dressé le top 20 des endroits où il y a eu des fautes. (...) Nous allons, en début de semaine, introduire des recours en annulation », prévient-il au micro de Magali Lagrange.

Ibrahim Yacouba, arrivé en cinquième position au premier tour, dénonce lui aussi des fraudes et des électeurs fictifs qui auraient voté massivement pour Mohamed Bazoum. « Nous comptons déposer des recours devant la Cour constitutionnelle, en espérant qu'elle dira le droit et rétablira la vérité des urnes en annulant les voix fictives qui ont été intégrées dans la comptabilité de la Céni », a-t-il déclaré à Victor Mauriat.

« Le Niger a besoin d'un président qui sera élu honnêtement, pas d'un président élu sous n'importes quelle conditions et en usant de moyens malhonnêtes et illégitimes. »

Ibrahim Yacouba, ancien ministre des Affaires étrangères, après le premier tour des élections au Niger

L’heure est maintenant aux discussions entre les différents partis politiques, pour former ou confirmer des alliances, avant le second tour de la présidentielle. Plusieurs partis ont indiqué qu'il était encore trop tôt pour se prononcer sur cette question. Le MNSD, arrivé troisième comme en 2016 mais avec cette fois un score moins élevé, sera peut-être au coeur des tracations à venir. En attendant, Doro Adamou Sékou, de la cellule communication de la direction de campagne du MNSD, juge ce score en baisse comme « tout à fait normal », compte-tenu des « dissidences au sein du parti ».

Résultats annoncés des législatives

Enfin on votait aussi pour les législatives, dimanche dernier. Les Nigériens ont ainsi élu 166 députés de l’Assemblée nationale, en un tour et à la proportionnelle.

Comme pour la présidentielle, c’est le PNDS qui arrive en tête. Il obtient 80 sièges, suivi du Moden Fa Lumana Africa, avec 19 sièges pour le parti de Hama Amadou. Le MNSD et le MPR Jamhuriya obtiennent 13 sièges chacun.

Les cinq députés qui représentent la diaspora n’ont pas été élus dans le cadre de ce scrutin. La Céni précise que des législatives partielles seront organisées ultérieurement.

 

Joint par RFI, le journaliste et essayiste nigérien Seidick Abba explique pourquoi l’arrivée en tête du PNDS, parti au pouvoir, lors de ce premier tour de la présidentielle et des législatives n’est pas vraiment une surprise.

« En réalité, pour qui connaît bien la sociologie politique du Niger, ce n’est pas une surprise parce que depuis février 1993, il y a toujours eu un second tour lors des élections présidentielles organisées au Niger. Donc, ce n’est pas une surprise. C’est le coup KO qui aurait été une surprise », souligne-t-il.

« Ceux qui étaient considérés au départ comme les vrais favoris du scrutin ont confirmé leur statut parce qu’il y a eu un émiettement de voix. À la différence de l’élection de 2016 où il n’y avait que quinze candidats, aujourd’hui on s’est retrouvé avec trente candidats. Cet émiettement de voix a profité aux candidats qui ont un appareil politique important, une vraie assise politique », ajoute Seidick Abba.

Seidick Abba sera l'Invité Afrique de RFI du dimanche 3 janvier 2021.

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