Témoignages

 

Makalé Traoré : « Avec Alpha Condé, on a mis la barre trop haut »

| Par 
Mis à jour le 14 septembre 2020 à 11h06
Makalé Traoré, candidate à l'élection présidentielle du 18 octobre 2020 en Guinée

Makalé Traoré, candidate à l'élection présidentielle du 18 octobre 2020 en Guinée © DR

Ex-directrice de campagne d’Alpha Condé, elle est aujourd’hui candidate à la présidentielle face à lui. Entretien avec Makalé Traoré, qui s’attaque désormais au bilan de son ancien patron.

Elle se présente comme la « candidate des femmes ». Makalé Traoré, du Parti de l’action citoyenne par le travail (PACT), brigue pour la première fois la magistrature suprême. Elle fait montre d’optimisme et mise sur sa crédibilité au sein de la société civile pour porter sa candidature. Juriste et économiste de formation, Makalé Traoré n’est pourtant pas une novice en politique : elle a notamment été ministre de la Fonction publique en 2008 sous Lansana Conté.

Présidente du Réseau des femmes africaines, ministres et parlementaires de Guinée (REFAMP) et de la Coalition des femmes et filles de Guinée pour le dialogue et la construction de la paix et le développement (COFFIG), elle dénonce aujourd’hui la « mauvaise gouvernance » et les « injustices sociales » qui, selon elle, fragilisent son pays. C’est pourtant elle qui a contribué, en 2010, à mener Alpha Condé à la victoire en tant que directrice de campagne. Un compagnonnage auquel elle a mis fin d’elle-même, assure-t-elle à Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Après avoir passé près de dix ans loin de la sphère politique, pourquoi avez-vous décidé de vous présenter à l’élection présidentielle ?

Makalé Traoré : Mon pays traverse des moments difficiles. J’ai eu une longue expérience dans le secteur privé, j’ai enseigné pendant des dizaines d’années et j’ai pu observer les souffrances des femmes, l’inadéquation du système éducatif, l’abandon de nos villages et de nos valeurs. Je connais la souffrance des Guinéens. Ce sont les femmes qui m’ont portée afin que j’accède à un poste de décision au sommet, pour pouvoir changer le cours des choses, dans un pays qui est dirigé sans elles. L’élément fondamental de mon programme est l’inclusion sociale, économique et financière, pour corriger ces injustices. Les Guinéens ont essayé plusieurs choses, et aujourd’hui, ils veulent essayer Makalé Traoré.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

JE SOUHAITERAIS RÉTABLIR LE TEXTE DE 2010

La Constitution adoptée cette année vous permet-elle de participer aux élections dans de bonnes conditions ?

Je le fais avec l’outil qui me permet d’y aller. Mais cette Constitution a été remplacée dans des conditions chaotiques, que le monde entier a observées, et je souhaite rétablir le texte de 2010. Certes, il n’est pas parfait, mais il a été accepté par les Guinéens et pourrait mener le pays à l’apaisement.

Plusieurs candidats de l’opposition ont maintenu leur décision de boycotter le scrutin du 18 octobre, tandis que la candidature de Cellou Dalein Diallo a été critiquée par le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) qui l’a exclu de ses instances décisionnaires. Quel regard portez-vous sur cette stratégie de boycott ?

Je pense qu’il aurait fallu que les différents acteurs s’entendent sur une stratégie et discutent des conditions de leurs candidatures. Mais une porte fermée amène des fractures. Il était nécessaire que tous aillent à cette élection pour sauver le pays et ne pas laisser le président se présenter seul. Et surtout, pouvoir se liguer derrière le candidat le mieux placé pour remporter le scrutin au deuxième tour.

Vous n’envisagez pas la possibilité d’une victoire d’Alpha Condé dès le premier tour ?

Non. Je le dis avec conviction, je connais le terrain. Je ne me suis pas présentée pour perdre, je me suis présentée pour changer la donne, et je sais que la Guinée va surprendre le monde au soir du 18 octobre. Moi, je suis candidate pour être élue, et je serai élue par les Guinéens, parce que je sais qu’ils attendent quelqu’un qui leur parle un langage de vérité et qui tient ses promesses.

Est-ce à dire que le chef de l’État, dont vous avez été la directrice de campagne en 2010, n’a pas tenu les siennes ?

La situation que je viens de décrire est la conséquence de la mauvaise gouvernance que nous subissons depuis des années. J’ai exprimé depuis longtemps ma déception.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

ON ATTENDAIT D’ALPHA CONDÉ QU’IL SOIT LE MANDELA DE LA GUINÉE

Quelles leçons avez-vous tirées de cette campagne ?

C’était une belle expérience. Je suis fière d’avoir été la première femme à diriger une campagne, et d’avoir remporté la victoire. Cependant, il est très important de savoir s’éloigner d’un système qui s’éloigne de ce qu’on attend de lui. J’ai soutenu le président Alpha Condé, comme beaucoup d’autres. Qu’est-ce qu’on attendait de lui ? Qu’il soit le Mandela de la Guinée, qu’il mette fin à la gouvernance de la corruption et à la mauvaise gestion des biens publics.

Alpha Condé a récemment proposé à Mamadou Sylla, le chef de l’opposition au sein de l’Assemblée nationale, de se rallier à sa candidature. Ce dernier a décliné, mais a finalement décidé de ne pas se présenter. Si une telle proposition vous est faites, par le chef de l’État, quelle réponse lui donneriez-vous ?

Alpha Condé n’a pas suivi la ligne promise. Il sait qu’il ne peut pas m’appeler. Il sait que je n’ai qu’une parole. Il ne m’appellera pas.

Avez-vous toujours des contacts avec lui ? L’avez-vous informé quand vous avez décidé de vous présenter ?

Ça n’est pas mon genre. Je n’ai pas à l’informer, c’est aux Guinéens que je demande leur suffrage. La rupture avec le président s’est faite rapidement. Dès la campagne, je m’étais rendu compte qu’on mettait la barre trop haut. En janvier [2011], j’ai tourné la page.

Les problèmes liés au fichier électoral, déjà soulevés lors du double scrutin de mars dernier, ne sont toujours pas résolus. Avez-vous confiance en la capacité de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) d’assainir le fichier ?

Je ne gère pas le fichier, je ne peux pas dire à quel niveau il est. Je m’en tiens aux informations qu’on me donne. Je vais suivre l’évolution de son traitement et prendrai mes précautions pour que les votes soient respectés. Mais je compte sur la mobilisation des Guinéens : lorsque la population veut changer les choses, aucune tricherie, aucun montage, aucun fichier, aucun mécanisme de bourrage ne peut arrêter sa marche vers la victoire.

Histoire de celui qui dépensa tout et ne perdit rien

Cerf , (novembre 2019)

L'avis de La Procure

Prix de la liberté intérieure 2020

Dans cette variation littéraire et philosophique de la parabole du fils prodigue, Jacqueline Kelen file le mythe et ajoute des personnages qui, tour à tour, prennent la parole. Il y a le père, pieux et bon, la mère, inquiète et tendre, le frère aîné, sérieux et travailleur, un vieux serviteur compatissant, et bien sûr le fils prodigue, rebelle et rêveur, qui part pour explorer le monde et éprouver sa liberté avec ce que cela implique de joies et de risques. Un conte d’aujourd’hui sur l’amour humain et divin, l’absence et l’attente, les épreuves et la grâce, la justice et la réconciliation.

« Un véritable coup de cœur pour le jury » Catherine Lalanne, Présidente du jury.

« Un texte d’actualité sur la famille (…) qui nous apprend des choses cruciales sur nous-mêmes, sur notre place, notre rôle » Constance de Bonnaventure, chroniqueuse Culture au Jour du Seigneur

Recommandé par :
Prix de la liberté intérieure 2019 - Jour du Seigneur

15,00 € 14,25 € -5 % avec le retrait en magasinVoir disponibilités en librairies

 En stock, expédié sous 48 h

Je commande  exemplaire(s)

 Ajouter au panier 

DU MÊME AUTEUR

Peut-on perdre la foi ?

https://croire.la-croix.com/Definitions/Lexique/Foi/Perdre-la-foi" target="_blank" style="box-sizing: border-box; background-color: transparent; color: rgb(74, 74, 74); text-decoration: none; display: block;">

Quand le doute nous ronge, nous croyons parfois «perdre la foi». Mais que perdons-nous vraiment ? La réponse du P. Michel Souchon.

Portrait d’un homme triste

J'ai perdu la foi.… Est-ce vraiment si sûr ? La foi est-elle un objet que l'on perd comme un porte-monnaie ou un trousseau de clés ? C'est souvent au terme d'un processus lent et progressif que l'on se dit à soi-même, puis à d'autres, que l'on a perdu la foi. On ne croit plus en un Dieu personnel, qui parle à l'homme, on pense en réalité qu'il n'existe pas, on se détourne de l'Église et de ce qu'elle enseigne, on cesse de croire aux grandes affirmations du credo : la vie éternelle, la résurrection…... Tout cela semble faux et enfantin…. Mais c'est aussi souvent la question du mal et de la souffrance qui taraude : « Si Dieu existait vraiment, il ne permettrait pas tout cela ». Et l'on bascule lentement de la foi à l'indifférence... 

Voir aussi sur croire.com

Est-ce vraiment  la foi ?

Quand on a reçu une éducation religieuse dans sa famille ou à l'école, quand on a fait sa première communion, été enfant de choeur, on pense avoir la foi…. Et c'est cela aussi que l'on pense avoir perdu : une croyance, qui, en réalité, était une forme d'adhésion à une tradition. Mais la foi, ce n'est pas que cela. La foi, c'est la réponse confiante à un appel qui s'exprime sous la forme d'une soif, d'un élan vers quelqu'un, d' un dépassement de soi-même. La foi c'est reconnaître le Dieu des évangiles dans celui qui « attire » à lui, qui propose de marcher avec lui. Mais a-t-on vraiment besoin d'un Dieu qui s'adresse à nous comme un ami s'adresse à un ami ? Pas toujours.… Souvent même, nous avons de bonnes raisons de ne plus croire…….  

A cause d'une  blessure …

Certains enseignements de l'Église passent mal et provoquent parfois le départ de fidèles révoltés ou mal à l'aise. Par exemple ce qui concerne la sexualité, la contraception, ou l'euthanasie. De quoi se mêlent le pape et les évêques se demande t-on souvent, sans chercher à comprendre ce qu'ils disent et pourquoi ils le disent. Qui n'a pas non plus été blessé ou choqué un jour par le comportement d'un prêtre, d'un religieux ou d'une religieuse, ou encore par l'attitude d'un chrétien ? Certains scandales récents ayant éclaboussé l'Église ont pu aussi jeter un discrédit. 

A cause d'une épreuve... 

Très souvent, ce sont les grandes épreuves de la vie qui éloignent de l'idée de Dieu, donc de la foi. La maladie, la souffrance, la mort d'un enfant, sont des drames, surtout si nous avons prié pour sa guérison. Comment un Dieu bon peut-il permettre cela ? La question de l'absurdité de la vie revient alors en force et l'on se détourne avec colère. Et pourtant, combien témoignent de la tendresse de Dieu dans leur grande douleur ? 

Viennent les doutes …

Ce que l'on appelle perdre la foi est souvent la mettre en doute. On se met à s'interroger. On doute de la véracité des Ecritures. On peut perdre aussi confiance dans l'Église qui transmet le contenu de la foi. On l'accuse d'avoir compliqué son contenu par des « dogmes » auxquels on refuse de croire. Or, croire n'est pas abandonner sa raison mais adhérer à des vérités transmises, qui donnent sens à la vie, tout en faisant travailler son intelligence.Tous les grands saints parlent de leurs doutes, de leurs difficultés dans la prière, de leurs découragements, des luttes à mener... 

«Cherchez et vous trouverez »

Saint Paul dit que la foi est un « combat ». Et il faut un certain courage en effet pour conserver envers et contre tout sa foi. Il faut du courage pour ne jamais s'interrompre dans la quête de la vérité, pour continuer à prier, à s'adresser à Dieu, même quand c'est dur et que l'on ne ressent rien, même aussi si c'est pour hurler sa souffrance. Parfois il faut chercher des réponses à ses questions, interroger les textes bibliques, lire des livres, rencontrer quelqu'un qui redonne le goût de croire. Souvent, c'est par paresse, ignorance, ou conformisme, que la foi s'effrite, mais cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas en quête de quelque chose qui nous dépasse. Et ce quelque chose, qui peut se transformer en quelqu'un, est souvent donné à celui qui aura cherché. Et ce jour-là, qui est un jour de conversion, aura la saveur de la vraie joie.

Kiye2019

L’hebdomadaire de la paroisse de Dyou, n°80 du dimanche 06 septembre 2020 XXIIe dimanche des Temps ordinaires (Année liturgique  A)

 

Bien-aimés dans le Seigneur, recevez nos salutations fraternelles depuis la paroisse de Dyou dans le diocèse de Sikasso au Mali.

« L’amour ne fait pas de mal au prochain ; l’amour est donc la parfaite réponse à la Loi. » (Rm 13,10)

Bien-aimés dans le Seigneur, qu’est-ce que l’amour pour le Seigneur en fasse le plus grand commandement ? la réponse à cette question est celle que saint Paul reprend à la fin de la deuxième lecture tirée de l'épître aux Romains, lorsqu’il dit que « L'amour ne fait pas de mal au prochain ; l'amour est donc la parfaite réponse à la Loi. »

Oui chers frères et sœurs en Christ, l’amour est cette force nécessaire qui pousse à agir bon et à vouloir le bien pour soi-même et pour l’autre. Il est au centre de toute action bonne. Voilà pourquoi, saint Paul nous dit « de ne rien devoir à personne, si ce n’est l’amour que vous vous devez entre vous » c’est cet amour qui fut au début de la création qui n’est rien d’autre que l’expression de l’amour de Dieu qui a voulu que l’homme soit son vis-à-vis. Après l’avoir créé, il le plaça dans le jardin d’Eden afin qu’il jouisse de tout l’univers créé en tant que lieutenant de Dieu. Il lui donnera aussi sa parole pour qu’il se souvienne de cette alliance que Dieu avait scellée avec lui. Mais l’homme trahira cet amour et cette alliance avec Dieu qu’il va rompre par la tromperie du serpent.  Il se retrouvera désormais en dehors du jardin dans la perdition totale. Ici encore, c’est l’amour de Dieu qui le sauvera. Dieu décidera de se faire homme en Jésus Christ pour sauver l’homme déchu. Jésus-Christ en effet, sera l’expression parfaite de cet amour Créateur, ce Fils d’Homme que le Père envoie comme une sentinelle pour la maison d’Israël (Ez 33, 7). C’est ce même son de cloche que nous retrouvons dans l’évangile tiré de Saint Matthieu lorsqu’il dit que : « Si ton frère a péché, va le reprendre toi seul avec lui. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. » (Mt 18,15). Jésus fera de toute sa vie un combat en faveur du relèvement de l’homme. C’est cet héritage qu’il va léguer à notre humanité afin que nous soyons nous aussi des sentinelles de nos frères et sœurs ; pour nous reprendre mutuellement et par là, avoir le salut. Où en sommes-nous ? 

Oui chers frères et sœurs en Christ, si nous avons voulu vous proposer cette méditation c’est afin que nous puissions évaluer le degré de notre correction fraternelle. Une tâche parfois difficile mais lorsque nous y arrivons, elle nous ouvre grandement les portes du Royaume. Mais quel courage aurez-vous de vous approcher d’un frère ou d’une sœur qui déjà vous répond sans froid que vous commettez vous aussi des erreurs comme lui! Oui, nul n’est parfait. Mais être sentinelle de notre prochain reste une tâche noble que seul Dieu couronne de mérite. Car nous lui apportons la lumière sur ses zones d’ombres qu’il ne perçoit peut-être pas lui-même. Cela ne veut pas dire que l’autre est nécessairement parfait. C’est une grâce. Mais bien souvent nous manquons le courage de reprendre nos frères et sœurs. Nous nous faisons complices du mal. Pour une raison ou une autre, nous voilons le visage devant le mal de nos frères et sœurs. Nous ne pouvons surtout pas reprendre ceux ou celles qui nous font des cadeaux, qui nous achètent une bouteille de bière ou qui nous donnent le transport etc. Cela nous aveugle pour ne plus voir leurs erreurs ou leurs péchés. Nous devenons fanatiques. Et c’est ce fanatisme qui tue notre monde actuel, faisant que  le mal ne fait que s’empirer par manque de prophète. On détourne les fonds alloués au développement de l’ensemble, d’une nation, d’un département ; personne n’ose le dénoncer. Le Seigneur nous dit aujourd’hui qu’il a établie chacun de nous sentinelle pour la maison d’Israël de sorte que dès que nous entendons une parole sortir de sa bouche, nous avertissions nos frères et sœurs de sa part… si nous ne le mettons pas en garde contre leur mauvaise conduite, les méchants mourront à cause de leur faute, mais le Seigneur nous demanderai compte de leur sang. » (Ez 33,8). Reprendre notre prochain est un bien et une preuve d’amour dont parle l'apôtre Paul. Ainsi donc, aimer et reprendre l’autre dans la correction fraternelle étant l’expression d’un amour vrai, l’on ne doit se fatiguer et il faut des stratégies pour y parvenir car c'est un exercice délicat qui nécessite également de la patience et de la méthode. Le monde n'a pas plus besoin de pain, il a plus faim et soif de l'amour et des hommes et des femmes courageux pour des corrections fraternelles, gages d’un nouveau départ.

Puisse Dieu nous accorder la grâce du courage, de la patience et de la clairvoyance pour reprendre nos frères et sœurs avec humanité et surtout sans complaisance.

Le Seigneur soit avec vous !

✍🏽 Père KIYE M. Vincent, Mafr

Paroisse de Dyou dans le diocèse de Sikasso au Mali

E-mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Whatsapp : (+223) 72 65 74 82

Mamadou Dia, le musicien qui a fait danser la Côte d’Ivoire indépendante

| Par 
Mis à jour le 03 septembre 2020 à 15h48
Moses, l'un des fils de Mamadou Doumbia, dans son studio d'enregistrement, à Yopougon

Moses, l'un des fils de Mamadou Doumbia, dans son studio d'enregistrement, à Yopougon © Issam Zejly pour JA

Disparu il y a vingt ans, le fondateur de l’Orchestre de l’Entente, musicien phare des années 1960-1980, a découvert Alpha Blondy et comptait Houphouët-Boigny parmi ses fans.

Les souvenirs d’Amy sont confus. Les dates se mélangent, les noms et les lieux sont parfois approximatifs, mais elle est sûre d’une chose : ces années-là étaient heureuses et festives. Et c’est en souriant qu’elle raconte « ses » années 1960 passées à parcourir la Côte d’Ivoire du sud au nord et à écumer les scènes des pays voisins à la rencontre d’un public conquis d’avance qui dansait jusqu’au bout de la nuit.

Amy est la première femme de Mamadou Doumbia. Star ivoirienne de la chanson des années 1960 à 1980, ce dernier est considéré comme le père de la musique mandingue moderne avec son groupe Trio de l’Entente.

Il avait entraîné Amy dans cette aventure. Elle, la Ghanéenne qui n’avait jamais imaginé devenir musicienne. « Je jouais des maracas dans le groupe », dit-elle en mimant le geste, assise sur une chaise, dans la pénombre de son modeste salon de Yopougon Terminus-40 (surnom du quartier de Yopougon-Kouté), au cœur d’Abidjan.

Autodidacte et rebelle

C’est au Ghana, dans son pays natal, qu’Amy fait la connaissance de Mamadou Doumbia. Le jeune homme originaire d’Odienné (nord-ouest de la Côte d’Ivoire) gagne sa vie comme mécanicien. Il se passionne pour les arts plastiques et pour la musique, qu’il apprend en autodidacte. Son père, chef spirituel, voit d’un mauvais œil les talents de guitariste, de compositeur et d’interprète de son fils.

« Ça a été difficile ! Sa mère n’y était pas opposée, mais son père ne voulait pas qu’il soit musicien. Il estimait que la musique ce n’était pas pour eux. Il voulait mieux. C’était une question de caste », explique Didier Depry, journaliste culturel dans les années 1990-2000 et ami très proche du musicien, qui l’appelait « fils ». Peine perdue pour ses parents : Mamadou Doumbia embrassera la carrière d’artiste.

À son retour en Côte d’Ivoire, des cousins l’aident à acheter du matériel et des instruments. En 1962, il crée le Trio de l’Entente (renommé plus tard Orchestre de l’Entente) et, en 1963, écrit son premier titre en dioula, sa langue maternelle : « Le destin est comme une ardoise sur laquelle on écrit et qu’on ne peut effacer ». La même année, Mamadou Doumbia signe son premier tube, Super bébé, superbe berceuse, également chantée en dioula sur de doux rythmes afro-cubains, idéale pour endormir les enfants… et faire danser les parents.

Soutenu par Houphouët

Parmi ses fans de la première heure, Félix Houphouët-Boigny, dont l’un des titres préférés, composé un peu plus tard, était Ne Mousso Masse. « Le président Houphouët-Boigny était un mécène, il a beaucoup aidé les artistes », rappelle Didier Depry.

Pendant plus de vingt ans, ce soutien permettra de voir fleurir les formations musicales, comme le Yapi-Jazz, de Yapi René, ou l’Ivoiry Band, d’Anoman Brouh Félix, et à l’Orchestre de l’Entente, de Mamadou Doumbia, d’aller enregistrer un album à New York, dans les années 1980. « À l’époque, il vivait dans le centre d’Abid­jan, à Adjamé, et tout le quartier était sorti pour lui souhaiter bon voyage », se souvient l’un de ses fils, lui-même nommé Mamadou Doumbia.

Le nom de l’orchestre fait-il référence au Conseil de l’Entente, créé en 1959, la doyenne des institutions régionales ouest-africaine, devant laquelle l’orchestre joua, lors de l’un des sommets du Conseil, à l’invitation de Félix Houphouët-Boigny ? Amy explique que le nom a été trouvé par un cousin du musicien.

« Mamadou Doumbia était panafricaniste, très rassembleur, et il n’y avait pas que des Ivoiriens dans son orchestre. Personnellement, je pense donc que son nom vient de cette vision-là », estime Didier Depry.

 

Un artiste rassembleur

Bazo se souvient d’un homme « très gentil, qui aimait tout le monde ». Lui aussi cherche à rassembler les morceaux de cette vie passée aux côtés de la star, dont il a été le choriste pendant de longues années. Depuis la mort du « Vieux », Bazo vit avec sa famille à Yopougon, chez Amy.

« Tout le monde aimait sa musique. Quand il arrivait dans une ville, tous les habitants s’appelaient pour se prévenir les uns les autres et accouraient pour le rencontrer », renchérit Tantie Céline, la seconde épouse de l’artiste, qu’elle a rencontré au milieu des années 1970 lors d’un concert à Man, grande ville de l’Ouest ivoirien.

Un rectangle en Plexiglas est incrusté dans le mur du salon familial. « Ici, c’était le studio d’enregistrement et, là-bas derrière, c’était la salle de répétition », sourit Tantie Céline.

« Tiken Jah Fakoly a enregistré sa première maquette dans ce studio », intervient un autre fils de l’artiste, Moses Doumbia, qui, depuis 2002, possède lui aussi son propre studio, une modeste pièce décorée de photos de son père. Des tirages sépia où l’on voit Mamadou Doumbia tout sourire, posant seul ou en compagnie de ses musiciens, toujours très chic et coiffé de son incontournable chapeau.

« Il aimait être entouré d’autres artistes. Tout le monde se retrouvait à la maison. Et il aidait les jeunes à se lancer dans la musique. Alpha Blondy a pris le micro pour la première fois avec lui », se souvient Moses.

Bientôt un festival ?

« Malheureusement, la jeune génération l’a oublié. À sa mort, en 2000 [il est décédé au CHU de Yopougon de complications liées à un diabète], le zouglou était en vogue, et les jeunes ne se reconnaissaient plus dans sa musique », regrette Didier Depry.

Le journaliste aurait aimé un hommage national. « Je regrette que l’État ivoirien n’ait rien organisé. Ça me fait mal. Quelqu’un qui a été aussi important pour la vie du pays aurait dû avoir des obsèques à la hauteur de ce qu’il a apporté et représenté. »

De grands artistes continuent cependant de s’inspirer de sa musique et reprennent ses titres, comme ses compatriotes Alpha Blondy et Tiken Jah Fakoly, ou comme le compositeur, tromboniste et chanteur béninois Michel Pinheiro, avec son African Salsa Orchestra.

Plusieurs proches et membres de sa famille travaillent à la création d’un festival autour de l’héritage musical de Mamadou Doumbia, pour que jamais ne meure la bande-son de « toute une époque », laquelle, tous l’assurent, fut très belle.

Sous-catégories

Les informations sur nos maisons de formation datent de quelques années, et nous avons demandé aux responsables de ces maisons de nous donner des nouvelles plus récentes.
La première réponse reçue vient de Samagan, le noviciat près de Bobo-Dioulasso (lire la suite)

 

La deuxième réponse nous a été donnée par la "Maison Lavigerie", notre maison de formation à la périphérie de Ouagadougou, où les candidats ont leurs trois premières années de formation (lire la suite)