Témoignages

 

[Tribune ] Le Sénégal sur la voie de la gastrodiplomatie

|
Mis à jour le 07 octobre 2020 à 09h31
 
 

Par  Téguia Bogni

Chargé de recherche au Centre national d’éducation, ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation du Cameroun. A coordonné l’ouvrage collectif "La Cuisine camerounaise : mots, pratiques et patrimoine", préfacé par Bruno Gain (ancien ambassadeur de France au Cameroun) et paru chez L’Harmattan en 2019

Le tièèbou dien a été créé par la Sénégalaise Penda Mbaye.

Le tièèbou dien a été créé par la Sénégalaise Penda Mbaye. ©

Grâce au tièèbou dien, son plat le plus emblématique, le Sénégal étend son influence bien au-delà du continent. Un rôle d’ambassadeur en passe d’être reconnu par l’Unesco.

Le Sénégal est l’un des pays les plus hospitaliers au monde, comme en témoigne logiquement son nom, Tèranga [lequel vient des mots wolofs teer/teerul, qui signifient « accueillir »].

En plus de l’hospitalité dont il fait montre, ce pays de la côte ouest de l’Afrique sait également offrir le gîte et le couvert. Le partage est donc le mot d’or qui sous-tend le vivre ensemble au Sénégal, notamment lorsqu’il s’agit de déguster le plat national de tièèbou dien, dans une atmosphère à la fois conviviale et fraternelle. Dans ce cas d’espèce, l’art de la table se caractérise en effet par un service exclusivement à la main de tous les convives, autour d’un plat commun, et ce selon un ensemble de gestes ritualisés.

Riz au poisson

Créé par la Sénégalaise Penda Mbaye (1904-1984), le tièèbou dien, c’est-à-dire le riz au poisson, est le plat le plus emblématique du Sénégal. Mais ce que très peu de personnes savent en revanche, c’est que ce plat est un emprunt culinaire, fruit probable du contact avec des personnes venues d’Europe ou d’Asie.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

UN BON TIÈÈBOU DIEN NE SAURAIT SE FAIRE SANS YÈET

À y regarder de près, le tièèbou dien est le riz pilaf revisité. Il est fait à base de riz cuit dans un bouillon composé d’huile d’arachide, de tomate fraîche et/ou concentrée, d’assaisonnements (ail, piment, persil, oignon, etc.), de garnitures légumières (carotte, gombo, chou, aubergine, feuilles et sépales d’oseille de Guinée, etc.) et tubéreuses (manioc) et, enfin, de poisson. Et selon que l’on est à la recherche de l’umami (la cinquième saveur fondamentale) pour un raffinement gustatif, on y ajoutera du yèet, un mollusque gastéropode fermenté. D’ailleurs, de l’avis des professionnels, un bon tièèbou dien ne saurait se faire sans yèet.

Jollof rice dans les pays anglophones

Le génie de la désormais très célèbre cuisinière dans la préparation et la cuisson de ce plat participe, d’une façon ou d’une autre, au rayonnement du Sénégal à l’international. De sorte que plusieurs pays, africains notamment, ont adopté le gouteux plat, non sans y apporter leur touche personnelle – à commencer par l’appellation : riz sénégalais dans les pays francophones et jollof rice dans les pays anglophones.

Le Cameroun, qui concentre une importante communauté sénégalaise, s’est approprié ce plat depuis plusieurs décennies. En témoigne la présence dans les grandes villes comme Douala et Yaoundé de nombreux restaurants dits sénégalais plébiscités par les populations camerounaises.

Il faut savoir que les premiers Sénégalais ayant foulé le sol du Cameroun étaient des coopérants venus vers les années 1910 pour travailler sur les chemins de fer de Douala. Certains d’entre eux s’y installeront définitivement. D’une des unions qui s’ensuivront naîtra d’ailleurs le célèbre musicien camerounais Aladji Touré.

Le 2 septembre 2020, Ashley Vola et Kelly Cynthia, représentantes du Cameroun à la coupe du monde de cuisine Plate of Origin, diffusée sur la chaîne Seven Network en Australie, ont battu Than et Duncan du Vietnam, avec comme plat principal le jollof rice au poulet, c’est-à-dire le tièèb ganaar.

L’importance de manger avec les mains

Le jury, composé de trois membres, a visiblement été séduit à la fois par la qualité savoureuse du plat, mais également et surtout par le storytelling relatif à l’importance de manger avec les mains. Cette appropriation évidente du plat national sénégalais n’aurait-elle pas pu créer un incident diplomatique ? Rien n’est moins sûr.

Un État est d’autant plus influent à l’échelle internationale qu’il fait usage d’une diplomatie parallèle. C’est fort de ce constat que, lors du Festival de jazz de Saint-Louis, le Sénégal a émis le vœu d’inscrire son plat ambassadeur à la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Cette démarche auprès de l’Unesco vise, selon ses initiateurs, à sauvegarder les connaissances et savoir-faire liés à la préparation de la spécialité culinaire.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

LE TIÈÈB PENDA MBAYE PEUT RÉINVENTER LE TOURISME

En plus de cette raison, évidente à première vue, il faut entrevoir des raisons géostratégiques : le tièèb Penda Mbaye peut réinventer le tourisme, mais aussi, et surtout influencer le monde. Une chose est donc certaine, le Sénégal s’engage sur la voie de la gastrodiplomatie.

 

Fatoumata Ba : « La technologie est un levier massif pour créer des emplois »

| Par et 
Mis à jour le 02 octobre 2020 à 18h34
Fatoumata Ba, à RFI, le 2 octobre 2020.

Fatoumata Ba, à RFI, le 2 octobre 2020. © Vincent Fournier pour JA.

Entrepreneuriat féminin, rôle de la technologie, perception du risque… L’ex-dirigeante de Jumia Côte d’Ivoire, créatrice de la plateforme d’investissement Janngo, est l’invitée de Jeune Afrique et RFI, samedi 3 octobre à 12 h 10, heure de Paris. 

Après avoir lancé la place de marché Jumia en Côte d’Ivoire, puis dirigé sa plus grosse filiale au Nigeria, Fatoumata Ba a créé Janngo pour épauler et financer de jeunes pousses africaines. En novembre 2019, l’entrepreneure sénégalaise a annoncé vouloir lever 60 millions d’euros.

La banque européenne d’investissement lui a confié 15 millions d’euros, dont une partie a déjà été injectée dans trois start-up dont la plateforme logistique Jexport.ci. Parallèlement, elle s’est aussi impliquée – à la demande de Strive Masiyiwa, fondateur d’Econet, et aux côtés de l’Union africaine, de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies et du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies – dans la création d’une plateforme permettant aujourd’hui à une trentaine d’États de mutualiser leurs commandes de tests, de masques, et demain sans doute de vaccins.

Fatoumata Ba est la grande invitée ce mois de l’émission Éco d’ici, Éco d’ailleurs, coproduite par Jeune Afrique et RFI, et diffusée sur RFI samedi 3 octobre à 12h10, heure de Paris, 10 h 10 TU. Extraits.

https://youtu.be/UXR1n5z_mVY

  •  Présidentielle ivoirienne

Tous les Ivoiriens ont en mémoire les conséquences de l’élection de 2010. Personne ne veut revivre une situation d’instabilité et de perte de PIB et de vies humaines. Je pense que les responsables politiques sauront prendre leurs responsabilités pour préserver la renaissance économique de la Côte d’Ivoire qui est aujourd’hui un poumon de l’Afrique de l’Ouest.

  • Vision de l’Afrique

Concernant l’Afrique, je pense qu’il ne faut ni tomber dans l’optimisme béat, ni dans des poncifs qui font la une des médias en Europe. J’ai été très souvent atterrée d’être interviewée par des journalistes qui ont une vision étriquée et ne parlent que d’aide au développement et pas d’opportunités d’investissement.

Et cela va avoir un effet assez pervers sur la perception du risque économique sur le continent. Avant la pandémie, on n’a pas assez rappelé que sept des dix premiers pays avec la plus forte croissance étaient africains. Et ils l’étaient déjà sur les cinq à dix dernières années.

  • Levées de fonds

Je ne spécule pas en bourse, tous mes investissements se font dans des start-up technologiques africaines. Je pense que l’utilité de mon capital, personnel ou tant qu’investisseur, est là. J’aime bien comparer l’Afrique à l’Inde, même si c’est approximatif.

https://youtu.be/6LKakx9Xeb0

Si vous regardez les indicateurs macroéconomiques, vous avez 1,2 à 1,3 milliard d’habitants dans les deux cas, un PIB d’environ 3 000 milliards de dollars, mais vous avez plus de téléphones mobiles, plus d’internautes et d’usages de services financiers mobiles en Afrique qu’en Inde. Et pourtant cela fait plusieurs années que l’écosystème indien lève 17 fois plus de capital que l’Afrique.

  • Logistique

En Côte d’Ivoire, on a réuni un groupe de PME prêtes à l’export, mais qui ne franchissaient pas le pas. Leurs coûts logistiques représentaient 55 % du coût de leurs marchandises. Aux États-Unis, les coûts logistiques ne représentent que 6 à 7 % du coût total. Le digital facilite l’accès aux marchés.

Si vous voulez aujourd’hui exporter d’un pays africain vers l’Europe, en général vous avez plusieurs intermédiaires qui n’apportent pas de valeur dans la prestation, mais prennent des commissions, induisent un temps plus long et de l’opacité sur les prix. Une plateforme numérique permet de faire baisser les prix.

  • L’expérience Jumia

Cela a été une révélation. La technologie est un levier massif de développement. Cette aventure entrepreneuriale a permis de créer 5 000 emplois. J’aime comparer cela aux trois opérateurs télécoms ivoiriens qui existent depuis des décennies et qui employaient directement 2 575 personnes au premier trimestre 2020. C’est la preuve que les entrepreneurs peuvent avoir grâce à leur business model une capacité d’action sur le tissu social des pays où ils sont présents.

  • Entrepreneuriat féminin

Tous les continents sont concernés par les violences liés au genre. Ma manière d’y répondre, c’est de partager l’émotion, de dénoncer en public ou en privé, mais surtout d’agir. En Afrique vous avez le taux d’entrepreneuriat féminin le plus important au monde.

La BAD estime le besoin de financements de ces femmes à 42 milliards de dollars et Roland Berger dit que si elles étaient financées cela produirait 150 à 200 milliards de PIB supplémentaires. Je n’aime pas beaucop les si, j’aime les traduire en des réalités concrètes.

L’une des choses dont je suis fière, c’est d’être à la tête d’une société de gestion majoritairement détenue et dirigée par des femmes, et qui investit dans 50 % des cas dans des entreprises  fondées, cofondées ou qui bénéficient en priorité à des femmes. Ce levier économique est le meilleur levier. Quand vous arrivez à peser dans le PIB dans les conseils d’administration, la parité devient plus évidente parce qu’elle est dans les faits.

Marthe Robin, mystique ou mystificatrice ?

Un livre posthume accuse la cofondatrice des Foyers de Charité d’avoir menti sur le handicap qui la clouait au lit,
plagié les écrits des auteurs spirituels, et simulé la vie mystique. Coup médiatique ou contribution majeure à une vérité occultée ?

 

Mis à jour le 2 octobre 2020 à 2:57

Publié le 1 octobre 2020 à 7:58

                      Livre
 
 

P


© Foyer de charité
 

Le titre est on ne peut plus clair : « La fraude mystique de Marthe Robin ». C’est un pavé de 416 pages que les Éditions du Cerf, propriété de la Province de France des dominicains, lancent ce jeudi 8 octobre dans la mare catholique française. Car Marthe Robin (1902-1981) y tient une place éminente.

En 2014, le pape François a reconnu l’ « héroïcité de ses vertus », ce qui lui vaut le titre de Vénérable, dans le cadre du procès en béatification dont elle fait l’objet. A ce stade de la procédure, il reste à reconnaître un miracle dû à son intercession pour qu’elle soit déclarée Bienheureuse.

Le signataire du livre à charge n’est autre que l’un des deux experts théologiens chargés d’examiner les écrits de Marthe lors de la phase diocésaine du procès, close en 1996, le P. Conrad de Meester. Le religieux carme, mort en décembre dernier, était tenu au secret. Mais il a tenu à publier ses analyses. « Il a signé un contrat avec les Éditions du Cerf en 2012, précise le P. Carlos Noyen, l’un de ses frères carmes de Gand (Belgique). Quand en 2015 sa santé s’est dégradée, il n’a plus eu la force de terminer ce livre, tout en tenant à ce qu’il soit édité. »

Que contiennent ces pages explosives, communiquées exclusivement à l’hebdomadaire Paris-Match et au quotidien La Croix avant parution ? Le P. Noyen a préparé le manuscrit et même achevé l’écriture du dernier chapitre. « Conrad de Meester a relevé de très nombreux plagiats dans les écrits de Marthe Robin, rapporte-t-il. Elle s’appropriait les textes de nombreux auteurs mystiques comme s’ils décrivaient son expérience personnelle. Il conteste aussi qu’elle ait été paralysée au point de ne pouvoir ni écrire ni se déplacer. Il estime qu’elle a écrit elle-même bien qu’elle fût prétendument devenue aveugle. Au fond, il nie l’expérience mystique de Marthe Robin, appuyée sur des extases et des phénomènes extraordinaires. »

Cependant cette charge n’est une surprise que pour le grand public. Les critiques du théologien étaient pour l’essentiel formulées dans le rapport de plus de 300 pages dactylographiées qu’il remit en 1990 au postulateur du procès en béatification, mais ses conclusions n’ont pas été retenues par les différentes commissions qui ont examiné les rapports des 28 experts. Le P. de Meester en a été très affecté.

L’autre expert théologien, le Toulousain Aimé-Georges Martimort (1911-2000), n’a rien trouvé de suspect dans les écrits de Marthe Robin. « Les experts psychologues ont estimé que Marthe n’avait en rien un profil de faussaire », ajoute Sophie Guex, membre des Foyers de Charité, actuelle postulatrice et docteure-ès-lettres. Elle a scruté le travail du carme. « Il n’a pas pris en compte l’évolution de Marthe, juge-t-elle. Au début de sa vie mystique, elle s’est coulée dans les mots des auteurs qu’elle connaissait, fixés dans son exceptionnelle mémoire. Le capucin Padre Pio a fait la même chose dans sa jeunesse. Après la guerre, elle s’est détachée de ces modèles en atteignant la maturité. »

La postulatrice rejoint en partie l’expert théologique quant à la capacité de Marthe à écrire : « Elle a eu des secrétaires, mais elle a écrit elle-même l’essentiel de ses cahiers. Ce n’est qu’en 1939 que la cécité lui a rendu l’écriture très difficile. » Vendredi 2 octobre, Sophie Guex a publié sur le site martherobin.com un document d’une quinzaine de pages réfutant les thèses de Conrad de Meester.

>>> Lire ici le document de Sophie Guex : Éléments sur la vie de Marthe Robin et son procès de canonisation

L’historien Joachim Bouflet a également réalisé une expertise sur la fondatrice des Foyers. « Elle avait une capacité exceptionnelle de lire dans les pensées de son interlocuteur », atteste-t-il, tout en soulignant que la sainteté a peu à voir avec les phénomènes extraordinaires : « Seul compte le témoignage de la charité. Et la liberté », insiste-t-il. « Il faut arrêter d’aduler les gens ! »

L’historien pointe par ailleurs le rôle ambigu du co-fondateur. « Le P. Finet a produit un récit sur Marthe Robin. Il voulait faire d’elle une nouvelle Catherine Emmerick (1774-1824), « la grabataire stigmatisée ». Ce faisant, la vraie Marthe Robin n’a-t-elle pas disparu derrière une image ? Où est son message ?, interroge-t-il. Elle-même ne s’est jamais occupée de son image. »

Les zones d’ombres ne manquent pas dans le dossier de Marthe Robin. Le récit même de sa mort, le 5 ou le 6 février 1981, dans un état d’extrême faiblesse, laisse des questions sans réponse. Le cofondateur des Foyers, le P. Finet (1898-1990), a dit l’avoir trouvée au matin à bas de son lit, des chaussons usagés aux pieds. N’était-elle pas paralysée ?

Dans un autre registre, plusieurs fondateurs de communautés nouvelles qui se sont réclamés d’une proximité avec elle ont été convaincus d’abus sexuels : Gérard Croissant, alias Frère Ephraïm, fondateur de la Communauté des Béatitudes, le P. Marie-Dominique Philippe, fondateur des Frères de Saint Jean, et aussi Jean Vanier, fondateur de l’Arche. Le P. Finet est lui-même mis en cause par une enquête interne aux Foyers pour des gestes « gravement déviants » sur des collégiennes.

Cependant, les témoins de la charité de Marthe sont légion. Parmi eux, le Drômois Pierre Vignon, dont la famille avait de forts liens d’amitié avec la Vénérable. Ce prêtre, fervent soutien des victimes de pédophilie dans l’Eglise, ne manque pas d’esprit critique (il a lancé en 2018 une pétition pour demander la démission du cardinal Barbarin). Lui aussi conteste les conclusions de Conrad de Meester, dont il connaît bien le travail. « Pour moi, Marthe a gagné, se console-t-il. Elle était pudique et désirait rester cachée, et bien, l’Eglise ne va pas se prononcer maintenant vu la complexité de son dossier. Pour elle, ce qui comptait, c’était ‘‘aimer, offrir’’. Elle ne parlait jamais d’elle. Son truc, c’était de faire connaitre l’amour de Dieu. »

Qui est Marthe Robin ?

Atteinte d’une forme d’encéphalite paralysante à partir de 1918, Marthe Robin (1902-1981) a passé l’essentiel de son existence dans le lit d’une chambre de la modeste ferme familiale de la Plaine, à Chateauneuf-de-Galaure (Drôme).

Sa maladie a connu des poussées évolutives et des phases de rémission. En 1928, ses jambes sont paralysées. Depuis la pièce obscure qu’elle n’a plus quitté, son rayonnement spirituel a été considérable. Au long d’un bon demi-siècle, plus de cent mille visiteurs se sont pressés à son chevet, tandis que son entourage rapportait des faits extraordinaires à son sujet.

Elle aurait vécu à partir de 1930 sans autre nourriture que l’hostie consacrée, connu chaque vendredi une forme de communion à la Passion du Christ, reçu les stigmates, bénéficié d’apparitions de la Vierge Marie.

Sa rencontre en1936 avec l’abbé Georges Finet (1898-1990) la conduit à fonder avec lui les Foyers de Charité, des communautés de laïcs et de prêtres qui proposent des retraites spirituelles. Elle recevait jusqu’à plusieurs dizaines de visiteurs par jour dans sa chambre plongée dans l’obscurité pour protéger ses yeux.

Sa conversation était réputée éclairante, sans pour autant être directive.  La plupart des fondateurs de communautés après-guerre lui ont rendu visite. Pas seulement les charismatiques comme Pierre Goursat (Communauté de l’Emmanuel) et Laurent Fabre (Chemin neuf). Petite sœur Magdeleine (Petites sœurs de Jésus), Lanza del Vasto (disciple chrétien de Gandhi, fondateur  des communautés de l’Arche où l’on vit la non-violence), sont venus à son chevet, de même que les philosophes Jean Guitton, Gabriel Marcel et Gustave Thibon. Ou encore un jeune Drômois qui s’engagea dans la vie monastique après un dialogue avec elle, le futur frère Luc de Tibhirine.

De nombreux témoignages font état de l’élan spirituel que ces visiteurs recevaient à travers leur rencontre dans la maison de la Plaine.

Encyclique « Fratelli tutti » : la fraternité dans la Bible

La fraternité est le thème de la nouvelle encyclique du pape François, Fratelli tutti (Tous frères). Dans la Bible, si le mot fraternité est rarement utilisé, l’Ancien et le Nouveau Testament recèlent de nombreuses histoires de fratries. Au-delà du lien du sang, la fraternité est un lien qui se construit, et dont la portée est universelle

                                                              Joseph abandonné par ses frères. Collegiale de San Gimignano, en Italie

 

Pourquoi la Bible relate-t-elle tant d’histoires de fratries ?

De Caïn et Abel (Genèse 4) jusqu’à la parabole du fils prodigue (Luc 15), la Bible est « le grand livre des fraternités contrariées », écrit le père Philippe Abadie, bibliste, professeur honoraire à la faculté de théologie de l’Université catholique de Lyon, dans son livre Ce que dit la Bible sur le frère. Si certains récits apparaissent édifiants – comme Moïse et Aaron, dans le livre de l’Exode, et David et Jonathan, dans le premier livre de Samuel –, la plupart mettent en scène des frères et sœurs divisés, des fratries déchirées par la convoitise, occasionnant viols et meurtres : Caïn tuant Abel (Genèse 4, 8), Abraham et Loth se séparant (Genèse 13), Jacob convoitant le droit d’aînesse d’Ésaü (Genèse 25), Joseph vendu par ses frères (Genèse 37)… « La Bible nous montre l’humanité réelle, reprend le père Philippe Abadie, et enseigne que la fraternité n’est pas une donnée naturelle, mais se construit. Vivre en frères est possible, mais au terme d’un chemin exigeant, où nous devons dépasser notre propre violence. Même au sein des familles de sang, il s’agit de s’adopter, de se choisir, afin d’établir un lien d’

→ DOSSIER. L’encyclique Fratelli Tutti (Tous frères) du pape François

Comment vivre en frères, selon ces récits ?

Ces récits mettent en valeur l’importance de la considération et de la parole. Le premier est celui d’un échec. « Pour Caïn, Abel est une gêne qui le frustre dans son désir de toute-puissance », détaille le père Philippe Abadie. Malgré les invitations de Dieu, il refuse de le regarder, et finit par le tuer. Un meurtre qui se déroule en silence : « L’absence de dialogue mène au meurtre ; seule la parole permet de sortir la violence de l’intérieur de soi-même », reprend le bibliste.

Lorsque Dieu cherche Abel, Caïn rétorque : « Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? » (Genèse 4, 9). En creux, Caïn décrit là ce que c’est qu’être frère : « Avoir le souci de l’autre, se regarder, se considérer, c’est-à-dire se respecter, et se parler, résume le père Abadie. C’est précisément ce qu’ont réussi à établir Moïse et Aaron : ils se sont acceptés, et existent dans un rapport de complémentarité : l’un reçoit la Parole de Dieu, l’autre la traduit. »

→ LES FAITS. « Fratelli tutti » : l’encyclique du pape François sur la fraternité sera publiée le 4 octobre

Le récit mettant aux prises Joseph et ses frères, fils de Jacob, montre, quant à lui, que la réconciliation peut mettre un terme à la violence. Deux années après s’être débarrassés de Joseph en le vendant, ses frères se retrouvent face à lui, sans le savoir, puisqu’il est devenu premier ministre de Pharaon, en Égypte, où ils ont été poussés par la famine. Joseph les jette en prison. Mais sa colère s’apaise lorsque les frères reconnaissent leurs torts : « Hélas ! nous sommes coupables envers Joseph notre frère : nous avons vu dans quelle détresse il se trouvait quand il nous suppliait, et nous ne l’avons pas écouté. » (Genèse 42, 21)

Sur quoi la fraternité est-elle fondée ?

« Dans la Genèse, Dieu crée l’humanité à son image. C’est ce qui fonde la fraternité : être frère, c’est reconnaître en l’autre l’image de Dieu », souligne Philippe Abadie. D’emblée, la fraternité dépasse ainsi le lien du sang. « Le projet de Dieu, dès avant la Création, est d’adopter l’humanité, poursuit le dominicain François-Dominique Charles, bibliste et théologien. Selon saint Paul, c’est pour cela que le Christ est venu, afin d’être frère de tous – “le premier-né d’une multitude de frères” (Romains 8, 29) – que tous soient réconciliés et se reconnaissent “fils adoptifs” d’un même père (Éphésiens 1, 5). »

→ EXPLICATION. Quels sont les différents types d’encycliques ?

Une notion de fraternité universelle présente dès l’Ancien Testament, puisque Israël, défini comme une communauté de frères, est appelé à accueillir « le lévite et l’immigré, l’orphelin et la veuve. » (Deutéronome 16, 14). « L’immigré qui réside avec vous sera parmi vous comme un israélite de souche, et tu l’aimeras comme toi-même, car vous-mêmes avez été immigrés au pays d’Égypte. » (Lévitique 19, 34)

Comment le Christ parle-t-il de la fraternité ?

« Jésus se refuse à donner une définition du frère, car celle-ci serait nécessairement restrictive, analyse Philippe Abadie. C’est pour cela qu’il retourne la question posée par le légiste qui lui demande : “Et qui est mon prochain ?” (Luc 10, 29) Par la parabole du bon samaritain, Jésus indique que la fraternité est une attitude : il ne s’agit pas de savoir qui est mon frère, mais de qui je peux me rendre proche ? » Pour Jésus, qui élargit le commandement de l’amour du prochain à l’ennemi, l’adversaire qui nous persécute, lui aussi, est un frère. « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux », écrit l’évangéliste Matthieu (Matthieu 5, 43-45).

Quelle est l’importance de la « fraternité » pour l’Église ?

Dans le Nouveau Testament, la fraternité apparaît comme constitutive de l’Église. « Les deux seules fois où l’on trouve le mot “fraternité” (en grec, adelphotès), c’est dans la première épître de Pierre. Et il y est employé comme synonyme d’Église (1), rappelle François-Dominique Charles. Afin de suivre le Christ, la communauté chrétienne doit avant tout être fraternelle. »

Être disciple, c’est devenir frère et sœur, jusqu’à être « unis les uns aux autres par l’affection fraternelle », selon saint Paul (Romains 12, 10). Cette optique s’appuie sur la pratique de Jésus, qui nomme « frères » ceux qui le suivent : « Va trouver mes frères », dit-il à Marie-Madeleine, au matin de la Résurrection (Jean 20, 17). Sans toutefois les nier, « Jésus relativise les liens familiaux afin de privilégier la relation fraternelle avec ceux qui le suivent », explique François-Dominique Charles. Une relation établie par la foi : « Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » (Matthieu 12, 49-50). « Nous sommes ainsi frères par la foi, relève Philippe Abadie, par l’adhésion à une parole commune. »

Côte d’Ivoire – Hamed Bakayoko : « La revanche n’est pas un projet de société »

| Par - à Abidjan
Mis à jour le 25 septembre 2020 à 17h52
Hamed Bakayoko à la primature, à Abidjan, en septembre 2020

Hamed Bakayoko à la primature, à Abidjan, en septembre 2020 © Ange Servais Mahouena pour JA

Alors que l’opposition appelle à l’union contre Alassane Ouattara, le Premier ministre, Hamed Bakayoko, monte au créneau. Défendant le bilan et le projet de son camp, il appelle à une élection apaisée le 31 octobre.

Hamed Bakayoko, 55 ans, est avec Patrick Achi, le secrétaire général de la présidence, l’une des pierres angulaires du système Ouattara. Un homme sur tous les fronts : nommé Premier ministre le 30 juillet, quelques semaines après le décès d’Amadou Gon Coulibaly, son prédécesseur et le candidat désigné du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) pour la présidentielle du 31 octobre, il a conservé son poste de ministre de la Défense, portefeuille sensible par les temps qui courent, il est maire de la commune populaire d’Abobo et demeure un maillon essentiel du dispositif de la campagne d’Alassane Ouattara.

Dans un contexte particulièrement tendu, alors que s’est créé un front hétéroclite de l’opposition qui s’est trouvé un dénominateur commun dans un « Tout sauf Ouattara » qui rappelle de sombres heures, « Hambak » nous a reçu, dans son bureau de la primature, en cette fin septembre où la Côte d’Ivoire semble sur le fil.

Il a répondu à nos questions, en fidèle lieutenant de son chef, sûr de son camp, soucieux de remplir une mission particulièrement délicate. Et de remettre les pendules à l’heure dès qu’il s’agit des anciens alliés du RHDP. Entretien.

À quelques semaines de l’élection présidentielle, le climat politique s’est tendu, notamment depuis le 20 septembre et les appels à la désobéissance civile ou à manifester lancés par l’opposition. Êtes-vous inquiet ?

Mon rôle n’est pas de m’inscrire dans une émotion quelconque mais de rassurer les Ivoiriens, d’organiser avec le gouvernement des élections transparentes et apaisées. C’est tout le sens des concertations que nous avons eues avec la classe politique, la jeunesse de Côte d’Ivoire et le patronat. Je suis confiant : nos compatriotes ne veulent plus de troubles et sont au travail.

Avec les nombreuses opportunités offertes aujourd’hui par le gouvernement, notamment au niveau du secteur agricole, des programmes emplois-jeunes et de l’autonomisation des femmes, les Ivoiriens sont concentrés sur l’amélioration de leur quotidien. C’est pour cela que les mots d’ordre que vous évoquez sont très peu suivis.

Le Conseil constitutionnel a validé les candidatures d’Alassane Ouattara, d’Henri Konan Bédié, de Pascal Affi N’Guessan et de Kouadio Konan Bertin, mais a rejeté celles de Laurent Gbagbo, de Guillaume Soro, d’Albert Mabri Toikeusse ou de Marcel Amon-Tanoh. Que répondez-vous à ceux qui dénoncent une décision politique ?

L’arrêt du Conseil constitutionnel est précis et longuement argumenté. Il n’a aucune dimension politique. Je n’ai vu que des arguments de droit. Il est temps que l’ensemble des acteurs s’inscrivent dans le respect de nos institutions, a fortiori quand la plupart d’entre eux ont occupé par le passé de hautes fonctions dans la République.

L’opposition critique la composition de la Commission électorale indépendante [CEI], du Conseil constitutionnel, et même le code électoral. Les conditions d’une élection libre et transparente vous semblent-t-elles réunies ?

Cette CEI est la plus équilibrée que la Côte d’Ivoire ait jamais eue. Sous Bédié, les élections étaient organisées par le ministère de l’Intérieur, qui était une émanation du président-candidat. Sous Gbagbo, les représentants du gouvernement et des institutions étaient majoritaires.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

LE PRÉSIDENT A PRIS UNE DÉCISION DIFFICILE ET COURAGEUSE, DANS L’INTÉRÊT DU PAYS

C’est la première fois, dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, que le pouvoir est minoritaire dans la commission électorale, avec une présence accrue de la société civile et des autres partis politiques. Et, si je puis me permettre, on ne gagne pas une élection à la commission électorale, sinon Gbagbo aurait été élu en 2010…

La décision d’Alassane Ouattara de briguer un troisième mandat, alors qu’il avait annoncé qu’il passerait le témoin à une nouvelle génération, a suscité la polémique. L’opposition exige même le retrait de sa candidature…

Le président a pris une décision difficile et courageuse, dans l’intérêt du pays. Entre la crise au Mali et les attaques terroristes menées ici ou là, la Côte d’Ivoire se trouve dans un environnement régional sensible. Sans compter le Covid-19, dont on n’a pas fini de mesurer les conséquences économiques notamment.

Dans ce contexte, il fallait garantir la stabilité de la Côte d’Ivoire, pour que nous ne subissions pas un choc supplémentaire qui vienne annihiler les acquis de ces dernières années.

Vous-même, vous auriez pu estimer, comme d’autres cadres du RHDP, qu’il vous revenait de représenter cette formation après le décès d’Amadou Gon Coulibaly…

Être candidat à la présidence de la République n’est ni une décision qui s’improvise en quelques semaines ni le fait d’une ambition personnelle. Ce doit être un projet collectif, porté par une équipe et une famille politique.

Prenez l’exemple du RHDP : tous ceux qui l’ont quitté sous prétexte qu’ils n’ont pas été choisis pour briguer la magistrature suprême auraient pu, au nom de l’intérêt général, se réunir autour d’un candidat. Mais ils sont tous restés dans une démarche individuelle. Ce n’est pas mon cas. Je ne m’inscris pas dans un projet qui se résume à des ambitions personnelles, mais dans un projet qui va bien au-delà.

La population ivoirienne est très jeune, n’aspire-t-elle pas à voir une nouvelle génération diriger ce pays ?

Cette transition générationnelle est en marche : je suis un Premier ministre de 55 ans, beaucoup de ministres de mon gouvernement ont la trentaine ou la quarantaine – ce n’est pas anecdotique, bien au contraire. Il nous appartient de conduire les affaires de l’État en imprimant justement la marque et la vision des nouvelles générations.

Quel bilan faites-vous des deux mandats d’Alassane Ouattara ?

Il est excellent, de l’avis général. Il suffit d’examiner les indicateurs macro-économiques. Ce n’est pas courant une telle unanimité des institutions internationales ou des instances d’évaluation des pays.

La Côte d’Ivoire enregistre depuis l’élection d’Alassane Ouattara de solides performances économiques, avec un taux de croissance moyen d’environ 8 % sur la période 2012-2019. Le revenu réel par tête a fortement progressé [+ 36,4 %] et l’inflation a été contenue en dessous de 3 %, soit le seuil maximal fixé au sein de l’Ueoma. Ces performances traduisent la bonne exécution des plans de développement et la mise en œuvre d’importantes réformes structurelles.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

NOUS AVONS FAIT SORTIR ENVIRON 4 MILLIONS DE PERSONNES DE L’EXTRÊME PAUVRETÉ

Nous avons inversé de façon significative, et ce pour la première fois, la courbe de la pauvreté, qui était en hausse depuis 1985. Ce taux a baissé de 15,6 points, passant de 55 % en 2011 à 39,4 % en 2018. Cela représente environ 4 millions de personnes qui sont sorties de l’extrême pauvreté. Le taux d’électrification, lui, est passé de 33 % en 2011 à près de 74 % en juin 2020.

Notre pays dispose désormais de 1100 localités desservies par l’hydraulique urbaine contre environ 700 en 2011. Dans le domaine de la santé, plus de 850 centres de premier contact ont été construits ou réhabilités, de même que 78 hôpitaux généraux. Plus de 33 000 salles de classes de primaire et de préscolaire ont été construites, contre seulement 11 000 au cours de la décennie précédente.

L’indice de sécurité s’est nettement amélioré. Il est aujourd’hui de 1,2 contre 3,6 au sortir de la crise en 2011. La réforme du secteur de la sécurité donne de bons résultats, la lutte contre le terrorisme est efficace. Aujourd’hui, nous projetons des troupes au Mali et dans d’autres pays.

Au-delà de ces aspects, je peux vous citer le repositionnement diplomatique et international de la Côte d’Ivoire avec notre mandat au Conseil de sécurité de l’ONU, le retour de la BAD et de bien d’autres institutions régionales à Abidjan. Il faut vraiment être malhonnête pour nier les résultats obtenus depuis 2011.

Lors de notre entretien avec Hamed Bakayoko à la primature, en septembre 2020.
Lors de notre entretien avec Hamed Bakayoko à la primature, en septembre 2020. © Ange Servais Mahouena pour JA

Quelle est la matrice du projet qu’Alassane Ouattara et votre parti présentent aux Ivoiriens pour le 31 octobre ?

Tout d’abord, c’est le maintien de la paix et de la sécurité, pour que l’environnement attractif de notre économie soit pérennisé. Ensuite, le président a déjà décliné ses priorités quant à la transformation structurelle de notre économie.

Aujourd’hui, nous sommes un grand pays exportateur de matières premières. Notre objectif est d’accroître notre taux de transformation au niveau local en vue de bénéficier d’une plus grande valeur ajoutée de nos filières agricoles. Avec l’appui du secteur privé, la Côte d’Ivoire compte atteindre un taux de première transformation de toutes ces matières premières agricoles d’au moins 50 % en moyenne à un horizon proche.

Nous sommes déjà bien lancés dans certains domaines, comme l’anacarde et le cacao. L’enjeu est de rendre la croissance plus inclusive en créant davantage d’emplois pour nos jeunes. Il faudra donc créer les conditions pour avoir des investissements compétitifs dans le secteur de l’agro-industrie. Nous avons créé des zones industrielles, trois grands pôles qui vont permettre d’accroitre les investissements du secteur privé et donner des emplois à la jeunesse ivoirienne.

Il est donc fondamental de transformer structurellement l’économie du pays grâce à l’industrialisation. Il faut veiller à bien cibler les segments vecteurs de croissance inclusive et travailler à faire émerger des champions nationaux dans ces secteurs.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

J’ATTENDS TOUJOURS LE PROJET DE BÉDIÉ, SON AMBITION POUR LA CÔTE D’IVOIRE DE DEMAIN

Personne ne conteste l’évolution du pays et la production de richesse sur la dernière décennie. Les critiques portent plutôt sur la répartition de cette richesse…

Le chef de l’État, qui est un économiste de grande renommée, a fait le choix de miser sur des secteurs producteurs de richesse. Les retombées sont de plus en plus concrètes pour la population. Le président a d’abord privilégié l’investissement dans les infrastructures, la santé, l’éducation. En Côte d’Ivoire, malgré le Covid-19, le baccalauréat a été maintenu, avec un taux de réussite de 40 % contre 41 % l’année précédente, et le pays comptera bientôt neuf universités – contre trois en 2010. C’est un vrai investissement à long terme dans le développement humain.

Alassane Ouattara versus Henri Konan Bédié, deux des trois ténors de la vie politique depuis le décès d’Houphouët qui se retrouvent face à face… C’est le dernier round de la guerre des éléphants ?

Ils n’ont pas du tout le même profil. Le président Bédié n’a jamais connu la compétition alors qu’Alassane Ouattara s’est battu toute sa vie : d’abord pour être candidat, puis pour arracher la victoire à Laurent Gbagbo. Ensuite il a un bilan, il a géré ce pays et lui a fait connaitre une vraie transformation.

Le président Bédié, lui, est le représentant d’un ordre ancien. Et puis j’attends toujours son projet, j’attends son ambition pour la Côte d’Ivoire de demain. Comme je le dis souvent à mes compatriotes : la revanche n’est pas un projet de société.

Que faire avec Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, les deux principaux cas qui crispent l’atmosphère politique ivoirienne actuellement ?

Je souhaite que nous puissions tous nous inscrire dans un processus de réconciliation, dans le respect de la justice. Le président Ouattara a pris de nombreuses initiatives en ce sens, il a conclu une amnistie. Aujourd’hui, il multiplie les appels. Le vrai problème, c’est que les gens confondent la réconciliation des politiques avec la réconciliation des populations.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

J’INVITE LES CANDIDATS À FAIRE CAMPAGNE EN RESPECTANT LES RÈGLES DU JEU

Quelles sont vos priorités en tant que nouveau chef du gouvernement ?

Ma priorité est d’organiser des élections apaisées et sécurisées. J’invite les candidats à faire campagne en respectant les règles du jeu. Il faut que chacun garantisse la sécurité et la liberté de mouvement de tous les candidats. Que chacun puisse promouvoir son projet et sensibiliser les Ivoiriens, que la commission électorale puisse communiquer les résultats avec la contribution de tous les observateurs qui souhaiteraient venir. La Côte d’Ivoire est un pays ouvert et démocratique, nous n’avons rien à cacher.

Vous multipliez les réunions et les rencontres avec les jeunes ou le patronat. Quel message entendez-vous leur transmettre ?

Je veux dire aux jeunes que ma nomination est une opportunité pour leur génération, que le gouvernement a des projets pour eux. Il ne faut pas qu’ils se laissent manipuler par les politiques, car je le dis et je le répète : quand les politiques se retrouvent pour passer leurs accords, ils n’associent pas les jeunes.

Je me suis moi-même forgé dans le mouvement étudiant et associatif, et je tiens à leur dire ma disponibilité pour les accompagner. J’ai la même histoire que tous ces jeunes et nous pouvons avoir le même destin.

Et aux chefs d’entreprise du secteur privé ?

C’est un partenariat renforcé que je souhaite établir. Je connais les réalités et les contraintes du secteur privé. Nous avons choisi un modèle de société basé sur l’économie de marché, donc le gouvernement doit mettre en place un cadre incitatif et attractif pour l’investissement, la sécurité, le développement du capital humain, l’éducation et la santé. Le secteur privé doit être le moteur de la croissance de notre économie.

Sous-catégories

Les informations sur nos maisons de formation datent de quelques années, et nous avons demandé aux responsables de ces maisons de nous donner des nouvelles plus récentes.
La première réponse reçue vient de Samagan, le noviciat près de Bobo-Dioulasso (lire la suite)

 

La deuxième réponse nous a été donnée par la "Maison Lavigerie", notre maison de formation à la périphérie de Ouagadougou, où les candidats ont leurs trois premières années de formation (lire la suite)