Témoignages

 

Un psychiatre burkinabè explique comment faire accepter le confinement

Une pharmacie de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.
Une pharmacie de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. OLYMPIA DE MAISMONT / AFP

Le Burkina Faso est déjà durement touché par la pandémie de Covid-19. Invité de l'émission Priorité santé, le chef du service de psychiatrie au CHU de Ouagadougou explique comment s'y prendre pour que la mesure soit comprise par la population si elle venait à être mise en œuvre.

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Quatre personnes ont été emportées par la pandémie jusqu’à ce jour au Burkina Faso, selon le ministère de la Santé. Avec, à la date du 23 mars, un total de 114 cas confirmés – dont plusieurs ministres du gouvernement –, c'est le pays le plus durement touché d’Afrique de l’Ouest.

Depuis le début de la pandémie, la cellule d’alerte a enregistré plus de 42 000 appels, selon le coordonnateur national de la réponse à la pandémie, le professeur Martial Ouedraogo.

Depuis plusieurs jours, les écoles et universités sont fermées, les rassemblements interdits, les frontières fermées aux voyageurs et un couvre-feu en vigueur de 19h à 5h du matin, ainsi en a décidé le président Roch Marc Christian Kaboré. Il n'est plus possible non plus de prendre les transports entre les différentes villes du pays. 

Jeudi 26 mars, des mesures d'exception doivent entrer en vigueur. Dans un décret, le gouverneur de la région du Centre, où se trouve la capitale, Ouagadougou, a suspendu les mariages, baptêmes et grands rassemblements, notamment les grands marchés. Les bars, restaurants et maquis de la capitale seront fermés et ne pourront servir que des plats ou boissons à emporter.

« Il faut que le citoyen comprenne l'utilité » d'un confinement

Le profeseur Arouna Ouedraogo est chef du service de psychiatrie au CHU Yalgado Ouedraogo de Ouagadougou, au Burkina Faso. C'est aussi le président de la Société burkinabè de Santé mentale. Au micro de Priorité santé, sur RFI, il explique que si des mesures de confinement étaient décidées dans son pays, « il y aura un travail à faire pour que le citoyen comprenne l’utilité de la mesure ».

« Il faut qu’il intègre qu’il en va de sa santé, de celle de sa famille, de ses collègues et amis. Ce qui peut faire souffrance quand on est dans cette situation d’isolement, c’est plus notre perception qu’autre chose. Il faut qu’on amène le citoyen à comprendre que c’est dans son intérêt. Cela peut constituer une situation difficile, mais s’il accepte et s’adapte, cela ne va pas occasionner autant de déplaisir et de souffrance sur le plan mental », développe-t-il.

À situation nouvelle, il faut forcément des habitudes nouvelles, explique le psychiatre, qui dresse un certain nombre de choses à mettre en place afin de changer les comportements.

Comment faire accepter le confinement au Burkina Faso ?

• Il faut que la population perçoive la nécessité de changement. Il est du devoir des pouvoirs publics de les accompagner vers cette perception.

• La mise en place d’une campagne médiatique qui permette de donner la bonne information et dissiper un certain nombre d’inquiétudes.

• À l’échelle individuelle, chacun doit pouvoir accepter le changement voulu dans son intérêt et dans celui de sa communauté.

• Chaque être humain doit être capable d’investir d’autres domaines en termes de réseaux de solidarité. On sait que l’être humain a besoin de sa famille, de ses amis, de ses voisins et collègues de travail pour pouvoir s’épanouir. Dans cette situation particulière, il faut savoir ce qu’on peut investir et ce qu’on mettre de côté, de façon secondaire. Cela permettra de préserver la santé publique, la santé des individus et que chaque citoyen puisse contribuer à la prévention et donc à la lutte contre l’épidémie.

• Chacun peut établir un agenda, afin que cet isolement ne rime pas avec ennui. Il faut s’organiser pour avoir un temps pour le travail, un temps pour le repos, un temps pour la famille...

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L'hebdomadaire de l'aumônerie des jeunes de la paroisse de Dyou, n°58 du 23/03/2020 : Spécial Coronavirus. Rendez-vous du Père KIYE M. Vincent avec les jeunes.

« Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’arrive selon ta parole ! » Lc 1, 26–38)

Tel est le texte choisi pour notre méditation de cette semaine, en cette période de psychose inédite.

Bien-aimés dans le Seigneur, recevez nos salutations fraternelles depuis la paroisse de Dyou/Kadiolo au Mali, dans le Diocèse de Sikasso.

Chers frères et sœurs,

Comme vous pouvez le remarquer, c’est le texte que la liturgie nous propose à l’occasion de la solennité de l’Annonciation du Seigneur que nous célébrerons le mercredi prochain. Et c’est cela qui a retenu notre attention pour ce 58ème numéro de notre hebdomadaire. Nous avons voulu établir un lien entre les grandes lignes de cette annonce faite à la Vierge Marie par l’ange et le temps de psychose que nous traversons.

Trois points retiennent notre attention pour cette méditation, en ce moment où le monde est sous le choc dû à la pandémie de la maladie à coronavirus. Nous recevons nous aussi des annonces, des recommandations et parfois même des blagues. Nous sommes nous aussi dans l’étonnement, dans l’angoisse, la peur comme le fut notre Mère du ciel. Mais quelles attitudes adopter face à tout cela ?

En effet, lorsque nous recourons aux textes liturgiques de ce jour de la solennité de l’Annonciation, nous découvrons que déjà depuis l’ancien Testament Dieu a toujours voulu sauver son peuple de différentes manières. Il envoie des différentes personnes pour annoncer à son peuple sa volonté salvifique comme le fît le prophète Isaïe lorsqu’il annonçait qu’une jeune femme serait enceinte et enfanterait un fils à qui on donnera le nom d’Emmanuel qui veut dire: " Dieu avec nous" (Is 7,10-14). Cette prophétie va se concrétiser dans le Nouveau Testament avec l’annonce faite par l’ange à Marie : « Sois sans crainte Marie! Tu as trouvé grâce auprès de Dieu.  Tu vas être enceinte et tu mettras au monde un fils que tu appelleras du nom de Jésus. » (Lc 1, 3031). Ces paroles retentissent encore aujourd’hui dans nos oreilles en ce moment où nous sommes dominés par la peur, l’angoisse, le désespoir, le traumatisme surtout lorsque nous lisons tout ce qui se passe à travers le monde. Ce 58ème  numéro de l’hebdomadaire de la paroisse de Dyou nous convie à trois attitudes à l’exemple de Marie :

  1. Le trouble: Le texte nous dit que Marie fut toute troublée de ces paroles et se demandait ce que voulait dire cette salutation (Lc.1, 29). Oui chers frères et sœurs, nous sommes nous aussi troublés depuis l’apparition de cette épidémie inédite à Coronavirus. Nos cœurs sont déchirés et l’anxiété domine notre être tout entier. Mais comme Marie, ne restons pas seulement là. Allons plus loin avec le Seigneur. Ecoutons cette voix de l’ange du Seigneur nous dire également de ne pas craindre mais de nous fier au Seigneur qui nous inspirera les dispositions requises pour vaincre cette épidémie.
  1. L’étonnement: Marie dit à l’ange : “Comment cela se fera-t-il puisque je n’ai pas de relations avec un homme ?” (Lc 1, 34). Comme Marie, nous nous posons mille et une questions pour savoir comment allons-nous nous en sortir de cette épidémie aussi mortelle ! Lorsque nous voyons les nombres des morts en Chine, en Italie, en France, en Espagne etc. Lorsque nous lisons tous les commentaires sur l’Afrique qui aura du mal à faire face à cette épidémie par manque d’infrastructures adéquates. Ce qui n’est pas faux ! Car si les pays ou les continents qui sont un peu mieux équipés se disent débordés face à cette situation, l’inquiétude ne peut qu’être non négligeable sur le continent noir. Tout cela nous laisse perplexe. Et nous nous nous posons la question de savoir comment cela se fera-t-il ? Comme Marie, mettons-nous à l’écoute du Seigneur qui nous parle à travers les différentes autorités sanitaires, religieuses et politiques. Dieu a fait d’eux ses messagers pour nous annoncer son plan de salut du monde.
  1. L’obéissance ou la coopération à la volonté de Dieu. Marie dira alors, « Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’arrive selon ta parole ! » (Lc 1, 38). Seule l’obéissance à la volonté de Dieu peut apporter le salut à notre monde en proie à des épidémies et des maux de tout genre. Cette volonté de Dieu nous parvient souvent par nos autorités, par les différentes personnes avisées et averties. C’est lorsque nous accepterons de mettre en pratique les différentes recommandations des autorités religieuses, sanitaires et politiques que nous pourrons vaincre cette épidémie et par là, sauver les vies humaines. C’est quand nous sommes ouverts à la volonté de Dieu dans notre vie que  Dieu fait de nous des instruments du salut pour l'humanité. 

                  Que cette solennité de l'Annonciation  du seigneur nous apporte les grâces nécessaires pour coopérer à la volonté de Dieu visible à travers nos autorités.

   

L'hebdomadaire de l’aumônerie des jeunes de la paroisse de Dyou, n°59 du 29 mars 2020 : Rendez-vous du Père Vincent KIYE avec les jeunes 

Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » (Jn 11,25-27) Bien-aimés dans le Seigneur, recevez nos salutations fraternelles depuis la paroisse de Dyou/Kadiolo au Mali.        

Frères et sœurs aimés de Jésus-Christ, comme vous pouvez le remarquer, les textes de la liturgie de cette 5ème semaine de carême s’ouvrent et se clôturent sur une note particulière : la résurrection de Lazare qui disons-le, préfigure celle du Christ.

Cependant tout au long de la semaine, beaucoup d’autres thèmes sont abordés où Jésus révèle sa vraie identité comme étant la résurrection et la vie. C’est d’ailleurs cela qui crée le quiproquo avec ses détracteurs et conduira à sa condamnation à mort comme nous l’entendrons dans l’évangile de jeudi 2 avril :

« Les Juifs lui dirent : “Maintenant nous savons que tu as un démon… ils cherchèrent des pierres pour les lui jeter.. » (Jn 8, 51-59) et le vendredi 3 avril : “Ce n’est pas pour une belle œuvre que nous te lapidons, mais parce que tu blasphèmes : tu n’es qu’un homme et tu te fais Dieu.” (Jn 10, 32-33). Et nous, combien de fois ne nous comportons-nous pas aussi comme ces juifs, difficiles à croire aux bonnes actions de nos frères, les accusant de ceci ou de cela simplement parce qu’ils sont différents de nous, parce qu’ils réalisent ce que nous ne pouvons pas ! Nous voyons toujours le mal dans ce qu’ils font et les condamnons. Le grand maître Gamaliel nous en dira plus dans les jours qui viennent. 

Revenant sur la problématique de cette méditation, celle de la résurrection de Lazare, trois moments retiennent notre attention que nous voulons partager avec vous : 

1/La foi de Marthe et Marie qui envoient un message à Jésus pour lui annoncer de la maladie de leur frère Lazare, son ami en ces termes: “Seigneur, celui que tu aimes est malade.” (Jn 11, 3).  Le temps que Jésus prend pour arriver, cela trouve que Lazare est déjà mort. Ce petit temps préfigure la durée de trois jours que mettra notre Seigneur Jésus dans le tombeau avant sa résurrection des morts. A son arrivée, Marthe reprend la parole et réaffirme sa foi en Jésus en disant : “Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.  Pourtant je sais que tu peux tout demander à Dieu, et Dieu te l’accordera.” (Jn 11,22). Oui, chers frères et sœurs, au milieu de nos angoisses, de nos peurs, vers qui crions-nous ? Avons-nous seulement l’intuition comme Marthe et Marie de toujours nous tourner vers Jésus pour lui dire : « Seigneur, celui ou celle que tu aimes croupie dans le chômage, peine à trouver un mari ou une âme sœur selon ton cœur ! » Malheureusement, nous sommes de ceux et celles qui envoyons des messages, des sms, des textos non pas à Jésus mais aux humains qui malheureusement n’ont jamais des solutions efficaces ; qui pour la plupart nous prennent souvent en otage en nous faisant du chantage après: Si je ne t’avais pas aidé, est-ce que… si je n’avais pas… est-ce que…Erreur ! Jésus est l’ami fidèle. Il vient et intervient à son temps comme il l’a fait pour Marthe et Marie lors de la résurrection de Lazare.

 2/La participation du public : C’était une caverne avec une pierre posée sur l’entrée, rapporte l’évangéliste Saint Jean. Et Jésus dit : “Soulevez la pierre. (Jn 11,39). Nous comprenons par ce verset que Jésus fait participer l’homme au salut de l’humanité. Et aujourd’hui, il fait participer chacun de nous à la riposte contre Covid-19 en nous demandant de respecter les mesures prises par nos différentes autorités : lavage des mains au savon, port des masques ou cache-nez, confinement etc. Soyons attentifs aux différents messages que le Seigneur nous adresse dans les différentes circonstances et à travers les événements de notre vie au fil du temps. Nous sommes nous aussi dans un tombeau depuis quelques jours, quelques semaines voire quelques mois ; un tombeau spécial représenté par cette pandémie de Covid-19 qui nous contraint de rester enfermés dans nos maisons (confinement) et arrache, à notre affection, des êtres chers.  Ecoutons Jésus nous demander de soulever cette pierre que représenterait ici la mise en pratique de ces  différentes mesures que préconisent nos autorités (Port de masques, lavage des mains au savon, respect de distance, confinement etc). C’est alors qu’il nous dira un jour, d’une voix forte : sortez de vos maisons ; la pandémie de la maladie à coronavirus est maîtrisée.

 3/Par la résurrection de Lazare, Jésus manifeste la gloire de Dieu. Saint Jean précise en disant que Jésus frémit et il alla vers la tombe… : « Puis Jésus appelle d’une voix forte : “Lazare, dehors, viens ici !” » ce verset est la conséquence du verset 4ème de cette péricope de l’Evangile de Saint Jean où, apprenant que Lazare fut malade, Jésus déclara : “Cette maladie n’ira pas à la mort ; elle est pour la gloire de Dieu et par elle le Fils de Dieu sera glorifié.” (Jn 11, 4). Oui chers frères et sœurs, certainement la situation que tu traverses dans ta vie actuellement, ton chômage, ton état de célibataire prolongé n’est pas une malédiction ni la conséquence de mari de nuit. N’y croit surtout pas. Ta maladie, ta souffrance, est certes, un tremplin pour la gloire de Dieu et par elle le Fils de Dieu sera glorifié. Elle ne conduira pas à la mort. Crois-tu cela ? te demande Jésus. Peu importe ce que les hommes diront de toi, le Dieu qui t’a créé par amour ne trahira jamais son amour envers toi. Il manifestera sa gloire en toi et par toi. Sois seulement attentif et fidèle à sa parole en la mettant en pratique comme l’avaient fait les juifs au tombeau de Lazare. C’est alors qu’Il t’appellera toi aussi, d’une voix forte, du milieu de tes angoisses, de ton chômage de ton état de célibataire prolongé pour te sortir de ton tombeau, pour te sortir de ta situation. 

Le Seigneur soit avec vous

Père KIYE Mizumi Vincent, MafrAumônier paroissial des jeunesParoisse de Dyou/Diocèse de Sikasso-Mali

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Whatsapp : (+223) 72 65 74 82   

Notre confrère Jean Claude Ceillier est décédé lz 16 mars 2020

Voir son parcours ci-dessous :

 

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Rokia Traoré a démarré une grève de la faim pour protester contre son incarcération à Paris

| Par
La chanteuse Rokia Traoré au festival de Cannes, en 2015.

En conflit avec son ancien compagnon sur la garde de leur fille de cinq ans, l’artiste malienne est sous le coup d’un mandat d’arrêt européen pour enlèvement, séquestration et prise d’otage. Depuis la prison de Fleury-Mérogis, elle a entamé une grève de la faim.

L’arrestation spectaculaire de Rokia Traoré à sa descente d’avion à l’aéroport de Roissy, le 10 mars, avait tout pour surprendre. Et pourtant, ces derniers mois, l’artiste malienne qui se produisait encore en janvier dernier à la Philharmonie de Paris et qui travaillait à un hommage à Miriam Makeba, avait déjà été arrêtée dans la capitale française et à Dakar avant d’être à chaque fois relâchée.

Selon nos informations, elle était en effet sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis le 24 octobre 2019 par une juge d’instruction au tribunal de première instance francophone de Bruxelle.

Les faits reprochés à la grande chanteuse malienne ? Enlèvement, séquestration et prise d’otage de sa propre fille de cinq ans. Des faits pour lesquels, si sa culpabilité est prouvée, Rokia Traoré encourt une peine de cinq ans d’emprisonnement.

Depuis la prison de Fleury-Mérogis, Rokia Traoré a annoncé entamer une grève de la faim. Elle considère qu’il y a une « racisation » de la procédure et réfute la compétence de la Belgique dans le dossier qui la concerne.

Attouchements sexuels

Si l’affaire est si stupéfiante, c’est aussi que l’artiste a toujours été discrète sur sa vie privée. Une très longue note rédigée sur son propre compte Facebook ainsi que les explications de son avocat, Maître Kenneth Feliho, permettent de reconstituer l’enchaînement des faits, du moins de son point de vue. Pour l’heure, l’avocat de la partie adverse est resté injoignable. Il s’agit de Frank Berton -ténor du barreau, basé à Lille – qui s’est distingué dans plusieurs affaires médiatisées, en prenant notamment la défense de Florence Cassez ou Salah Abdeslam.

Les faits, donc. Rokia Traoré a eu une petite fille de sa relation avec le dramaturge belge Jan Goossens, actuellement directeur du Festival de Marseille. L’artiste malienne a emmené rapidement avec elle cette enfant à Bamako, où elle est d’ailleurs aujourd’hui inscrite à l’école internationale américaine. Le père, quant à lui, pouvait rendre régulièrement visite à sa fille ou l’emmener en voyage dans d’autres pays européens et africains.

Mais en mars 2019, cet équilibre se rompt brutalement. Selon Rokia Traoré, son ancien compagnon aurait fait subir des attouchements sexuels à leur fille. La chanteuse dépose plainte au Mali et obtient la garde exclusive. Dans le même temps, Jan Goossens se tourne vers les tribunaux belges. Sa défense, dénonçant une contestation de l’autorité parentale, évoque une manipulation de l’enfant.

Le tribunal bruxellois a finalement donné la garde exclusive de l’enfant à son père. Mais la mère, vue la gravité des faits reprochés, a refusé de rendre l’enfant et ne s’est pas présentée devant le juge. C’est justement au moment de se rendre finalement à une audience à la Cour d’appel de Bruxelles, qu’elle a été arrêtée lors de son escale à Paris.

Audience le 18 mars

Rokia Traoré est donc actuellement détenue à la prison de Fleury-Mérogis. Une audience est prévue mercredi 18 mars à Paris pour savoir si elle sera transférée devant la justice belge.

Les réseaux sociaux, eux, ont déjà pris parti : le hashtag #FreeRokia est apparu dès que son arrestation a été dévoilée. Une pétition circule également sur change.org. Déjà signée par près de 5 000 internautes, elle reprend les arguments de l’artiste qui dénonce un procès injuste fait à une femme africaine.

Dans une note rédigée en décembre, la chanteuse déclarait en effet : « Avec effroi, je découvre que nos droits ne pèsent pas le même poids dans la balance de mère Justitia selon que nous soyons femme travailleuse ou pas, noir ou blanc du point de vue de l’Europe ou de l’Afrique. »

Elle dénonce également l’absence de reconnaissance de souveraineté du Mali, dont l’avis de justice n’a pas été pris en compte, et l’impossibilité, pour elle, de pouvoir poursuivre sa carrière internationale sous le coup d’un mandat d’arrêt.


Raja Meziane: l’engagement citoyen d’une artiste algérienne

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Raja Meziane en concert à l'Institut du Monde arabe à Paris, le 8 mars 2020. © Alice Sidoli/IMA

Avec son tube en forme d’hymne, Allô le système !, aux cinquante millions de vues sur YouTube, Raja Meziane est devenue une icône de la Révolution algérienne. Le dimanche 8 mars, elle a joué pour la toute première fois à Paris, dans le cadre du festival Arabofolies, à l’Institut du Monde Arabe. Un concert hautement symbolique.

La scène de l’Institut du Monde Arabe paraît, ce 8 mars, presque trop imposante pour sa silhouette frêle, qu’elle enroule du drapeau de l’Algérie, comme une armure, une protection, celle de son pays. Au milieu de ses trois musiciens – un violoniste, un claviériste, et son producteur et mari, aux machines – Raja Meziane, icône de la Révolution du Sourire, longues nattes noires et vertes, combinaison kaki, sorte de guerrière du futur, dévoile une fragilité émouvante, derrière sa force et sa volonté que l’on devine puissantes.

Dès les premiers accords, cet alliage de contraires interpelle. Comme la révolution de son peuple, la jeune femme se montre à la fois forte et vulnérable, précieuse et solide : comme une chance à saisir, à protéger, coûte que coûte. A l’issue de son premier titre, Toxic, un rap au beat lourd et métallique, sur lequel se posent ses punchlines auréolées d’Auto-tune, elle prend la parole : "Bonsoir, salam aleikoum. Je suis Raja Meziane, Algérienne jusqu’à l’os. Je viens de Prague… Et ce soir, pour mon tout premier concert à Paris, j’ai un peu le trac... Je suis venue délivrer ce message, simple et sans équivoque, que je porte en moi, depuis petite : ‘Que les Algériens vivent librement chez eux’." Au-dessus de la volée de you-yous qui ponctue ses paroles, des cris d’enthousiasme surgissent dans le noir : "Bravo Raja !"

Un emballement viral en quelques jours

Depuis le début de la Révolution, la jeune femme de 32 ans porte, sur ses épaules, toute la symbolique du Hirak, ce soulèvement pacifique qui anime l’Algérie depuis début février 2019. Cette stature lui fut conférée en quelques millions de clics, par un emballement viral sur Internet.

En exil à Prague, l’artiste souhaitait participer à sa manière aux soulèvements. En 24h00, elle enregistre Allô le système ! et balance son clip sur YouTube. Il fait l’effet d’une bombe : une déflagration sonore et verbale. Nous sommes le 4 mars 2019... En une poignée de jours, sa création devient l’hymne imparable du mouvement en Algérie, jusqu’à atteindre 50 millions de vue sur YouTube. "Allô, le système ? Tu m’entends ? Tu continues de faire la sourde oreille ?", scande le vers inaugural, sur une sirène entêtante, comme pour signifier l’urgence.

La veille du concert, lors d’un entretien, la rappeuse expliquait les raisons, selon elle, de son succès phénoménal : "Mon texte s’impose sans filtre, sans fard, avec des paroles crues. Je crie tout haut ce que le peuple pense tout bas". Et puis, l’artiste s’est servi, pour signifier sa colère, du web et de ses lois, avec les internautes comme seuls juges. "Heureusement, désormais, nous ne sommes plus à la merci du directeur de telle ou telle chaîne de télévision, dit-elle. S’il n’y avait pas eu YouTube, il n’y aurait pas eu Allô le système, ni même la rappeuse Raja Meziane !"

Des bâtons dans les roues

C’est pourtant au travers d’autres outils qu’elle fait ses premiers pas. "Née rebelle" comme elle le précise en rigolant, Raja participe, à 19 ans, à l’équivalent de The Voice en Algérie. La chanteuse séduit le public par sa capacité à surfer autant sur la pop, que sur une large palette de rythmes traditionnels et de styles algériens – raï, chaâbi, etc. Mais dans le divertissement du télé-crochet, l’insoumise aux allures innocentes infuse ses convictions : “Sur les plateaux télés, j’interprétais l’air de rien des chansons politiques d’auteurs reconnus, éclaire cette fan de Lounès Matoub, le poète et résistant kabyle assassiné en 1998. Cette émission n’était pour moi qu’un outil : j’avais mon idée en tête…”

La jeune femme poursuit des études d’avocat et, en parallèle, sort en 2012, Révolution, un titre de rap très critique à l’encontre du gouvernement. "Le public l’a mal reçu : il n’était pas encore prêt à entendre ces vérités", regrette-t-elle. Mais en haut lieu, le pouvoir la prend au sérieux et commence à la surveiller.

Lorsqu’en 2014, elle refuse de participer à la chanson pour accompagner la quatrième candidature de Bouteflika, les difficultés commencent… Elle raconte : "On m’a mis des bâtons dans les roues. On m’a promis la fin de ma carrière… Et surtout, le bâtonnier d’Alger a refusé de me remettre le certificat qui me permettait de plaider en tant qu’avocate".
 

L’exil tchèque

Pour Rajah, c’en est trop. En 2015, elle fait le choix de l’exil et rejoint son mari, installé à Prague. Dans la capitale tchèque, siège de la Révolution de velours en 1989, elle pense de façon obsessionnelle à son pays, et au mouvement qui changera peut-être durablement son visage. "Je ne me suis jamais déconnectée. Mon âme et mon cœur sont restés là-bas, soupire-t-elle. Je checke chaque heure mon téléphone pour voir les news. Cette révolution me hante, nuit et jour. Je n’arrive pas à m’amuser, ni à vivre normalement… Mon engagement m’a coûté cher : le déracinement. Mais je ne renoncerai jamais à ce combat."

En octobre 2019, la BBC l’a nommée parmi les 100 femmes les plus inspirantes au monde. Une lourde responsabilité : "Je me surveille encore 36 000 fois plus qu’avant. Mais avant tout, et particulièrement en ce jour international pour le Droit des Femmes, je dédie ce ‘classement’ à toutes les Algériennes, si magnifiques, si belles, si fortes, si inspirantes ! Au final, mon seul héros, à ce jour, reste mon peuple uni, engagé, combatif, dans la rue sans relâche, avec patience et conscience”.

L’émotion se fait jour… Car Rajah ne peut pas revenir en Algérie. Là-bas, dit-elle, jusqu’à ses proches sont en danger. Son concert à Paris, à l’Institut du Monde Arabe, n’en est que plus symbolique : "Je vais un peu retrouver les miens. J’ai hâte que nous chantions ensemble. Je veux entendre résonner les you-yous…”. A ces mots, sa voix se brise, et des larmes roulent derrière ses lunettes noires… 

Le vœu de Raja

Sur scène aussi, son chant éclate en un sanglot, sous une nuée d’applaudissements. L’émotion submerge Raja, comme le public. En une heure trente, l’artiste embarque l’auditoire dans ses voyages à travers les rythmes de l’Algérie, dans son rap cru et dur, dans ses chansons pop.

En fin de show, des cris fusent : “One, two, three, viva l’Algérie !”. Une poignée de spectateurs, au dernier rang, chante de toutes leurs poitrines gonflées, les slogans et les chants des manifestations. Raja les entonne, elle aussi, depuis la scène… Des drapeaux algériens fleurissent. Et puis une sirène stridente retentit : "Allô le système ? Tu m’entends ? Tu continues de faire la sourde oreille ?".

Le public reprend l’hymne en chœur. Un sentiment de joie et de victoire flotte sur la salle. Comme si le vœu ultime de Raja, femme puissante et guerrière, s’était accompli : "que l’Algérie devienne un état de droit absolu, sans condition avec une justice sociale et une profonde liberté pour notre peuple“.  

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