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Mali: pari réussi pour le chef religieux
Mahmoud Dicko à Bamako

Mahmoud Dicko, le président du Haut Conseil islamique, lors d'un précédent rassemblement au stade du 26-Mars, à Bamako, le 12 août 2012 (photo d'illustration).
© REUTERS/Adama Diarra

Démonstration de force réussie dimanche à Bamako pour deux leaders religieux : Mahmoud Dicko, président du Haut Conseil islamique du Mali et le chérif de la localité malienne de Nioro. Tous deux très critiques vis-à-vis du pouvoir malien ont appelé leurs partisans à se rassembler dans un stade de Bamako. Plus de 60 000 personnes ont répondu à cet appel, qui s'est très rapidement transformé en réquisitoire contre le pouvoir.

Plus de 60 000 personnes étaient réunies dans un stade pour « prier pour le Mali », mais très rapidement le rassemblement est devenu politique. Devant des femmes quasiment toutes voilées, devant des hommes politiques, un intervenant donne le ton : « Notre force, c’est notre unité ».

Démission du gouvernement

Ensuite, le porte-parole d’un leader religieux très influent de la localité malienne de Nioro prend la parole, évoque la crise politique, des divergences entre des associations musulmanes et l’Etat avant de demander clairement la démission du gouvernement et de son Premier ministre, Soumeylou Boubèye Maïga. Le public applaudit.

Puis arrive devant le micro le très influent Mahmoud Dicko. Il prend la parole, fustige le gouvernement : « Mais c’est la gouvernance qui est à la dérive, c’est ce qui nous a amené à cette situation. Il ne faut chercher X ou Y, c’est d’abord un problème de gouvernance le problème du Mali. Il faut que nous puissions vraiment accepter ça et nous remettre en cause. »

Un pas de plus vers la politique

Des participants à ce gigantesque meeting approuvent : « Pas de raison que le pays soit régressé », « tout le monde sait ça, que le pays est mal gouverné ». Désormais, au Mali, des religieux et leurs fidèles font un pas de plus vers le monde politique.

Tchad : pilonnée par l’aviation française, l’UFR affirme continuer à progresser vers N’Djamena

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Frappés à plusieurs reprises depuis le 3 février par l’aviation française, les rebelles tchadiens de l’Union des forces de la résistance (UFR) affirment continuer leur progression à l’intérieur du pays, en direction de la capitale N’Djamena.

Ils s’y attendaient. Depuis dimanche 3 février, les rebelles de l’UFR sont sous le feu de l’aviation française de l’opération Barkhane. « On s’attendait à ce scénario, mais pas avec autant d’intensité », confie Mahamat Doki Warou, conseiller politique de Timan Erdimi, chef de l’UFR, neveu et ancien chef de cabinet du président Idriss Déby Itno. Celui-ci affirme à Jeune Afrique que, le 6 février, le groupe a encore perdu huit combattants dans les bombardements, ainsi que quatre véhicules, à Bao-Billiat, dans la région d’Amdjarass (à la frontière entre Tchad et Soudan), village d’origine d’Idriss Déby Itno.

La veille, l’UFR affirmait avoir enregistré quatre blessés, dont deux ont succombé, et deux véhicules détruits. Surtout, les rebelles affirment poursuivre leur avancée vers la capitale, N’Djamena.

« Vous employez le mot « rebelle » : je ne comprends pas ce que cela veut dire. Je sais que ce sont des mercenaires et des terroristes qui sont en Libye. Des terroristes qui cherchent à déstabiliser notre pays. La France nous a aidé à neutraliser cette colonne », a quant à lui rétorqué à RFI le général Daoud Yaya Brahim, ministre tchadien de la Défense.

Une « cinquième colonne » à N’Djamena ?

Mais combien sont-ils ? L’armée française a déclaré que ses frappes du 4 février visait une colonne d’une quarantaine de véhicules, qu’elle affirme avoir détruite, ce que nie l’UFR. Le groupe rebelle affirme en effet n’avoir subi que des pertes relativement faibles et disposer de troupes bien plus nombreuses. Il préfère toutefois ne pas donner d’indications précises, « par mesure de sécurité ».

Selon les conseillers d’Erdimi, que Jeune Afrique a rencontré, les troupes de l’UFR seraient divisés en quatre colonnes, selon un plan élaboré depuis trois mois, alors que les combattants étaient encore stationnés en Libye.

Entrés depuis un mois sur le sol tchadien, les rebelles d’Erdimi étaient, selon eux, stationnés dans le Nord-Est du pays. « Le gouvernement tchadien savait où nous étions, mais il ne pouvait pas nous déloger car nous étions stationnés au milieu de populations qui nous soutiennent », explique Mahamat Doki Warou. « Nos hommes se dirigent vers N’Djamena, où nous attend une cinquième colonne », assure encore le cadre de l’UFR.

Paris « au rendez-vous »

L’UFR affirme avoir le soutien d’une partie de la population Zaghawa, par ailleurs omniprésente au sein de l’armée tchadienne. Elle espère provoquer des défections au sein de cette ethnie – celle du président Idriss Déby Itno et de son neveu Timan Erdimi, originaire de l’Ennedi (où les combats ont actuellement lieu).

Mais la riposte s’est d’ores et déjà organisée. Depuis le 2 février, l’armée tchadienne a commencé à se déployer le long de la frontière avec le Soudan pour faire face à la nouvelle offensive de l’UFR. Quant à la France, elle a assuré les autorités tchadiennes qu’elle serait « au rendez-vous » afin « d’éviter une déstabilisation du pays » qu’elle considère comme un « partenaire incontournable », a assuré à Jeune Afrique une source diplomatique française.

Interrogé sur les « accusations d’ingérence française dans les affaires internes du Tchad », ce jeudi, le porte-parole du gouvernement français a déclaré que « la France est intervenue à la demande des autorités tchadiennes pour contrer l’incursion d’éléments armés venant de Libye » et que le Premier ministre français, Édouard Philippe, « en a informé le Parlement hier, en application de l’article 35 de la Constitution ».

« Nous avons suffisamment de matériel pour nous défendre », réplique Mahamat Doki Warou. L’UFR, qui compte dans ses rangs beaucoup de vétérans des rébellions tchadiennes de la précédente décennie, a notamment profité du chaos dans le sud de la Libye, où les autorités ont longtemps toléré leur présence. « Nous avons récupéré beaucoup de matériel en Libye, même si nous ne le destinons pas aux troupes françaises », conclut, menaçant, le conseiller de Timan Erdimi.

Jeudi, lors du conseil des ministres, le président tchadien a pour sa part livré un état des lieux complètement différent de la réalité du terrain de celui avancé par les rebelles. « La colonne de mercenaires qui a tenté de faire excursion au Tchad est complètement détruite », a assuré le chef de l’État, qui a par ailleurs affirmé « qu’aucune perte en vie humaine et matérielle [n’a été] enregistrée du côté gouvernemental ».

« De la pure propagande », selon l’un des conseillers de l’UFR.

Burkina : « Roch », acte II : un remaniement avec la présidentielle en ligne de mire

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Face à la multiplication des défis sociaux et sécuritaires, le chef de l’État a procédé, le 21 janvier, à un large remaniement gouvernemental. En point de mire : la présidentielle de 2020.

Comme le glisse un intime de Roch Marc Christian Kaboré, il était temps de « changer de braquet et de donner une nouvelle impulsion », à moins de deux ans de la présidentielle, au cours de laquelle le chef de l’État briguera un second mandat. Paul Kaba Thieba, à la tête du gouvernement depuis l’arrivée de Kaboré aux affaires, a donc servi de fusible. Pour le remplacer, le président a créé une petite surprise en tirant de la retraite un homme discret, mais bien connu du sérail ouagalais : Christophe Joseph Marie Dabiré, 70 ans.


>>> À LIRE – Burkina : Christophe Dabiré Premier ministre, les coulisses d’une nomination surprise


Défis urgents pour un économiste averti

Réputé rigoureux et consensuel, Dabiré est un économiste qui connaît les rouages de l’administration

Nommé le 21 janvier, cet ex-ministre de la Santé et de l’Enseignement supérieur de Blaise Compaoré dans les années 1990 est une vieille connaissance de « Roch » – « un ami même », précise l’un des proches du chef de l’État. Ex-député du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) de 1997 à 2007, il a été président de la Commission des finances à l’Assemblée nationale quand celle-ci était dirigée par Kaboré.

Catholique, comme le président, ce petit frère d’abbé passé par le séminaire cumule plusieurs caractéristiques qui ont convaincu son nouveau patron. Réputé rigoureux et consensuel, Dabiré est un économiste qui connaît les rouages de l’administration. Il a effectué l’intégralité de sa carrière au pays, laquelle s’est achevée par dix années au poste de commissaire chargé du commerce, de la concurrence et de la coopération à l’Uemoa, à Ouagadougou.

« Il a aussi été “DG coop” [directeur général de la coopération] au ministère de l’Économie, ce qui en fait un fin connaisseur des relations avec les bailleurs internationaux », ajoute le proche de Kaboré.

S’il pensait avoir eu une vie déjà bien remplie, Dabiré n’est sans doute pas au bout de ses peines. Car les défis qui l’attendent sont aussi urgents que nombreux. Délitement sécuritaire, fronde sociale, relance économique…

Pour passer la vitesse supérieure, il s’appuiera sur un gouvernement remanié de 32 membres. Dans cette nouvelle équipe, plusieurs poids lourds ont gardé leurs postes : Alpha Barry aux Affaires étrangères, René Bagoro à la Justice, ou encore Rémi Dandjinou à la Communication.

Mais des changements ont été opérés à la Défense, à la Sécurité et à l’Économie, trois secteurs stratégiques où s’amoncellent les difficultés ces derniers mois. « Au moins, le constat a été bon, commente Nathanaël Ouédraogo, vice-président de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), premier parti d’opposition. Le président a enfin compris qu’on ne pouvait pas continuer comme ça. Attendons de voir s’ils seront à la hauteur. »


>>> À LIRE – Burkina : Christophe Dabiré Premier ministre, les coulisses d’une nomination surprise


Dangereuse spirale

Désormais, le poison de la haine intercommunautaire se répand

Pour le gouvernement Dabiré, le chantier sécuritaire sera sans conteste le plus important. Dans les nombreuses zones endeuillées par les attaques jihadistes se répand désormais le poison de la haine intercommunautaire. Début janvier, une cinquantaine de civils peuls ont été tués en représailles après l’attaque menée contre le village de Yirgou, à 200 km au nord de Ouagadougou.

Dix jours plus tard, douze civils mossis et songhaïs ont été tués par des hommes armés à Gasseliki, près d’Arbinda. Une spirale dangereuse que les autorités burkinabè cherchent à tout prix à enrayer.


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Pour reprendre le contrôle de la situation, Kaboré a nommé l’un de ses intimes à la Défense : Chérif Sy, qui était jusqu’à présent son haut représentant. Celui-ci remplace Jean-Claude Bouda, qu’une partie de la hiérarchie militaire n’appréciait guère. Ex-président du Conseil national de transition, celui qui est désormais le numéro deux du gouvernement (avec le rang de ministre d’État) est un spécialiste des questions de défense.

Fils de Baba Sy, un des premiers généraux burkinabè, il baigne depuis toujours dans l’univers militaire. « Il a la poigne pour gérer les hauts gradés réfractaires à l’idée qu’un civil puisse les commander, estime un ministre. Il a aussi la cote auprès des jeunes officiers, notamment ceux qui s’étaient opposés aux putschistes en 2015. »

La chaîne de commandement a été revue, de quoi insuffler un nouvel élan dans les casernes alors que le Burkina a pris la présidence du G5 Sahel

Kaboré a par ailleurs revu sa chaîne de commandement en nommant un nouveau chef d’état-major général des armées, le général Moïse Minoungou. De quoi insuffler un nouvel élan dans les casernes alors que le Burkina a pris, le 1er février, la présidence du G5 Sahel pour un an.

Mais aussi, peut-être, de quoi répondre aux inquiétudes des partenaires internationaux, et en particulier français. « Le Burkina est le nouveau maillon faible de la région, déplore une source haut placée à Paris. Le point positif est que les autorités du pays sont désormais beaucoup plus ouvertes à la coopération avec Barkhane. Le point négatif, c’est qu’elles en ont beaucoup plus besoin qu’il y a seulement quelques mois. »

Début décembre, un accord intergouvernemental de défense a été signé lors de la visite de Kaboré à Paris. Il devrait permettre d’accroître la coopération militaire sur le terrain.

Sous pression

À moins de deux ans de la fin de son mandat, Roch Kaboré est sous pression et sait qu’il lui faudra obtenir rapidement des résultats

En parallèle, Ousseini Compaoré, un général de gendarmerie à la retraite, a été désigné ministre de la Sécurité. Il remplace Clément Sawadogo, vice-président du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), qui, comme Simon Compaoré, fidèle de « Roch » libéré de son poste de ministre d’État auprès de la présidence, a fait les frais de la volonté du chef de l’État de remettre son parti en ordre de bataille avant 2020.

L’autre mission du nouvel exécutif sera d’apaiser les tensions sociales. L’emblématique Rosine Sori Coulibaly a été remplacée à l’Économie et aux Finances par Lassané Kaboré, qui œuvrait jusqu’alors à la Commission de la Cedeao, à Abuja. « Cela ne pouvait plus durer, explique un pilier du gouvernement. Il fallait solder la crise au ministère, où il y avait une rupture totale entre Rosine et ses agents. »

En cause ? Les méthodes de l’ex-ministre, jugée trop dure et autoritaire par une partie de ses troupes, qui n’ont pas digéré le plafonnement de leurs primes. Son successeur aura fort à faire dans un contexte de grogne sociale généralisée.

« Le coût de la vie n’a cessé d’augmenter depuis 2016, dénonce Eddie Komboïgo, président du CDP. Quant au PNDES [Plan national de développement économique et social], c’est un échec : rien n’a été réalisé. » Une critique jugée facile par l’entourage présidentiel, qui rappelle que ces grands chantiers « prennent inévitablement du temps et qu’ils commenceront à sortir de terre en 2019 ».

À moins de deux ans de la fin de son mandat, Roch Kaboré est donc sous pression et sait qu’il lui faudra obtenir rapidement des résultats. C’est le message qu’il a fait passer à son nouveau gouvernement le 24 janvier au palais de Kosyam : « Il faut travailler sans relâche pour atteindre nos objectifs. Si certains ne sont pas à la hauteur, je n’hésiterai pas à me séparer d’eux ! » leur a-t-il dit. D’autant qu’un autre défi se profile : la révision constitutionnelle, qui doit acter le passage à la Ve République et tourner définitivement la page du régime Compaoré.


Simon Compaoré recasé ?

Il n’est peut-être plus ministre, mais il reste le vrai numéro deux du régime

C’est sûrement le plus grand absent du nouveau gouvernement : Simon Compaoré, vieux compagnon de route de Roch Kaboré, qui a cofondé le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) avec lui et feu Salif Diallo en 2014, n’est plus ministre d’État auprès de la présidence.

À en croire le premier cercle du président, les récents soucis de santé de « Simon », qui a été hospitalisé pendant quelques jours après un malaise à la mi-janvier, n’ont rien à voir avec cette décision. Il était avant tout question de le libérer pour qu’il remobilise son parti, dont il est le président, en vue de la campagne pour 2020 – tout en supprimant son poste de ministre d’État sans portefeuille, qui était critiqué dans l’opinion. « Il n’est peut-être plus ministre, mais il reste le vrai numéro deux du régime », conclut un intime de Kaboré.

Mali : Soumeylou Boubèye Maïga,
cible privilégiée de Soumaïla Cissé

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Malgré de timides signes de rapprochement entre les deux camps qui se sont opposés lors de la présidentielle, l'opposant Soumaïla Cissé continue de remettre en cause les résultats et dit craindre pour les proichaines échéances électorales. Sa cible principale : le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga.

Six mois après la réélection contestée d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), la rencontre se voulait symbolique. Le 17 janvier, Bokary Tréta, le patron du Rassemblement pour le Mali (RPM, au pouvoir), s’est rendu solennellement au siège de l’Union pour la République et la démocratie (URD), à Bamako, pour s’entretenir avec Soumaïla Cissé, le chef de file de l’opposition.

Un timide rapprochement entre les deux camps, alors que le leader de l’URD refuse toujours de reconnaître IBK comme président de la République. « Ce fut un moment de vérité. Il était important de se parler et de se dire les choses en face », explique Cissé. À l’issue de cette réunion, les deux partis ont annoncé qu’ils mettraient sur pied une commission paritaire. Objectif : relancer un dialogue politique embourbé dans les contentieux postélectoraux. Faut-il y voir l’amorce d’une réconciliation ? Pas si sûr.

Soumeylou Boubèye Maïga dans le viseur

Soumaïla Cissé continue en effet à déplorer le manque de concertation du gouvernement sur tous les grands dossiers du moment : crise postélectorale, situation sécuritaire, date des prochains scrutins (en particulier les législatives, qui ont été reportées sine die) et, surtout, réformes institutionnelles.

« C’est faux. Depuis son élection, le président s’est toujours montré disponible pour recevoir Soumaïla, mais ce dernier n’en a jamais fait la demande officielle », rétorque un proche d’IBK.

Dans le viseur de Cissé, le chef de l’État, bien sûr, mais aussi son Premier ministre. IBK lui ayant demandé de faire avancer ces dossiers brûlants, Soumeylou Boubèye Maïga est sur tous les fronts. Pas de quoi satisfaire son rival, qui dénonce les « manœuvres politiques en catimini » et le « manque de neutralité » d’un homme « occupé à préparer son avenir ».


>> A LIRE – Mali : jusqu’où ira Soumaïla Cissé ?


La révision de la Constitution comme la réforme de la loi électorale doivent faire l’objet d’un consensus

La récente nomination, sur décret du Premier ministre, d’un comité d’experts chargé de réviser la Constitution a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le Front de sauvegarde de la démocratie (FSD), une coalition d’opposition que dirige Cissé, a immédiatement dénoncé une décision unilatérale, d’autant plus regrettable qu’IBK avait été contraint de suspendre ce projet sous la pression populaire à la mi-2017.

« La révision de la Constitution comme la réforme de la loi électorale doivent faire l’objet d’un consensus. Ces débats de fond ne peuvent être engagés par le seul Premier ministre, qui peut être démis de ses fonctions du jour au lendemain. Ils doivent l’être par le président de la République et par l’Assemblée nationale », estime l’opposant.

Feuille de route

De leur côté, des proches de Boubèye Maïga disent ne pas comprendre cette attitude. « Comment Cissé peut-il tenir de tels propos et, en même temps, refuser de reconnaître le président ? » s’interroge l’un d’entre eux.

Et, poursuivent-ils, comment peut-il se plaindre d’une absence de dialogue, alors qu’après la réélection d’IBK il avait refusé de recevoir le Premier ministre ? À l’époque, celui-ci avait entrepris de rencontrer tous les chefs de parti pour leur présenter sa feuille de route.

Depuis, les eaux du fleuve Niger ont coulé sous les trois ponts de Bamako : ce 12 janvier, Soumaïla Cissé a fini par recevoir Boubèye Maïga chez lui en toute discrétion – signe qu’en dépit des apparences le fil n’est pas totalement rompu entre ces deux crocodiles du marigot politique malien.

Or : le canadien Endeavour
part à la conquête de l’Afrique de l’Ouest

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Mali, Côte d’Ivoire, Burkina Faso… Le groupe canadien entend tirer profit des gisements de la sous-région, parmi les plus riches du monde.

C’est dans son sous-sol que les plus importantes découvertes de nouveaux gisements aurifères ont été réalisées ces dix dernières années. Plus de 79 millions d’onces ont en effet été mises au jour en Afrique de l’Ouest, et 5 milliards de dollars investis sur la même période, soit 10 % du total mondial des investissements dans l’exploration. Et pourtant, l’exploitation minière dans la région ne fait que commencer.


>>> À LIRE – Or : les compagnies minières canadiennes à l’assaut de l’Afrique de l’Ouest


Une attractivité qui séduit particulièrement les compagnies minières canadiennes, comme Endeavour, Teranga Gold, B2Gold ou encore Iamgold. Tablant sur un coût de production de l’once tournant autour de 800 dollars, Endeavour souhaite porter la durée de vie de ses mines à environ dix ans. Mais celle-ci devrait même se prolonger au-delà : le groupe, qui a déjà découvert 5 millions d’onces ces cinq dernières années, vise en effet 10 à 15 millions d’onces dans les cinq prochaines.

Pour doper ses réserves, la compagnie minière entend investir quelque 45 millions de dollars dans l’exploration

Investissements dans l’exploration

Pour doper ses réserves, la compagnie minière entend investir quelque 45 millions de dollars dans l’exploration. « Nous allons poursuivre nos efforts dans ce domaine. Nous croyons dans le potentiel de la zone géologique du plateau birimien ouest-africain, souligne son PDG, Sébastien de Montessus. L’Afrique de l’Ouest se situe au troisième rang des régions les plus riches en ressources aurifères, derrière l’Australie et le Canada. Pourtant, des pays importants sont encore sous-explorés. Le Burkina Faso ou la Côte d’Ivoire concentrent seulement 35 % des découvertes dans la région, alors qu’ils représentent 60 % de la zone “birimienne”. »

Endeavour a investi 412 millions de dollars dans le gisement de la mine d’Ity, dont les réserves sont estimées à 2,9 millions d’onces

En mars, Endeavour va franchir une nouvelle étape dans le déploiement de sa stratégie et consolider davantage son assise africaine avec l’entrée en production de la mine d’Ity, en Côte d’Ivoire. Il a investi 412 millions de dollars dans ce gisement, dont les réserves sont estimées à 2,9 millions d’onces.

Objectif : devenir le premier producteur du continent

Le groupe canadien réalise également de nouvelles acquisitions afin de devenir le premier producteur d’or du continent. En 2016, il avait déjà récupéré la participation, à hauteur de 90 %, du canadien True Gold Mining dans la mine d’or de Karma, au Burkina Faso, pour 175 millions de dollars. Ce site, d’une durée de vie de huit ans et demi, devrait lui permettre de récolter 110 000 à 120 000 onces au cours des cinq premières années.

Au Mali, « nous avons clôturé en décembre 2018 la vente de la mine de Tabakoto à Algom Resources, une filiale de BCM International. Dans le cadre de cette transaction, Endeavour va conserver ses permis d’exploration situés à 20 km au nord », précise Sébastien de Montessus.

Ses priorités portent désormais sur la finalisation du projet CIL d’Ity et le développement de celui de Kalana, autour de Tabakoto, acquis pour 120 millions de dollars auprès d’Avnel Gold. Les travaux de construction de cette dernière mine, dont les réserves sont estimées à 7,1 millions d’onces, vont nécessiter un investissement de l’ordre de 200 à 300 millions de dollars.