Vu au Sud - Vu du Sud

Franc CFA : les modalités pour une sortie
bientôt étudiées à Bamako

| Par Jeune Afrique

Durant les « États généraux du F CFA », qui se tiendront les 16 et 17 février à Bamako, des comités réfléchiront à des modalités de sortie du F CFA et à des solutions de remplacement.

À l’initiative de l’économiste togolais Kako Nubukpo, des « États généraux du F CFA » se tiendront les 16 et 17 février à Bamako, en marge des rencontres sur les migrations qu’organise Aminata Traoré, l’ex-ministre malienne de la Culture.


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Parmi les intervenants, l’Ivoirien Mamadou Koulibaly, le Camerounais Martial Ze Belinga, les Sénégalais Demba Moussa Dembélé et Ndongo Samba Sylla. Dans chaque pays, des comités réfléchiront à des modalités de sortie du F CFA et à des solutions de remplacement. Objectif : faire pression sur ceux qui aspirent à la magistrature suprême.

Naufrage sur le fleuve Niger,
de nombreuses personnes toujours disparues

Le fleuve Niger.
© AFP PHOTO / OXFAM
 

Un terrible accident est survenu, mercredi 13 février dans l'après-midi, sur le fleuve Niger, entre le Bénin et le Niger au niveau de la localité de Sambéra, côté nigérien. Une pirogue a chaviré. D'après les autorités béninoises, soixante-quatre passagers ont pu être secourus et une quarantaine étaient toujours portés disparus hier soir. Ce jeudi matin, les circonstances de ce naufrage restent encore floues.

Hier, comme tous les mercredis, les habitants du village de Goroubéri, au Bénin, se rendent à Ouna, au Niger pour le marché. Comme chaque semaine, ils traversent le fleuve Niger en pirogue, sans atteindre cette fois la rive opposée.

« Quand nous avons audité le conducteur, il dit que c'est le vent. Juste à 200 mètres du marché, il y a un vent violent qui est arrivé. Il a renversé la barque et le chauffeur n'a pas pu maîtriser. Il y avait des marchandises et plus de 100 personnes dans la barque. Donc il y a aussi la question de la surcharge », analyse Igouma Douhramane, premier adjoint au maire de Karimama, ville voisine de Goroubéri.

Aucun corps n’a pu être encore repêché, une quarantaine de personnes manquent toujours à l’appel au moment où les secours ont interrompu leurs recherches, à la tombée de la nuit. Il s’agit essentiellement de ressortissants béninois. L’embarcation n’avait pas de manifeste de transport et c’est sur la base de témoignages de rescapés que la police tente de dresser une liste fiable des disparus. Au total, soixante-quatre passagers ont été sauvés par les pêcheurs et les secours. En début de soirée, les forces navales les ont ramenés dans leur village à Gorou Béri.

Des deux côtés du fleuve, une enquête a été ouverte pour déterminer les causes précises de l'accident. Le conducteur, qui aurait survécu, ainsi que le propriétaire devraient être entendus et présentés au procureur.

Le drame, malgré des mesures existantes

En cause, donc, la surcharge que continuent de pratiquer certains piroguiers malgré des normes sécuritaires imposées par le Bénin et le Niger.

« Il y a quelques années, nous avons vécu la même situation. Depuis lors, nous avons pris des dispositions sécuritaires pour interdire le transport hors gabarit. Cette barque, nous n'avons pas compris comment ses éléments ont pu échapper aux contrôles. Aujourd'hui, avec les homologues du côté du Niger, nous allons nous retrouver pour mieux affiner ce dispositif », promet Mohamoudou Moussa, préfet du département béninois de l'Alibori.

Le préfet doit se rendre dans la matinée dans le village endeuillé pour présenter les condoléances et sensibiliser. Il ressortira cet arrêté pris il y a quelques mois à l’occasion d’un drame similaire. La mesure interdit la navigation à partir de 19h, la surcharge et l’embarquement passagers marchandises dans la même barque.

Les recherches doivent reprendre ce jeudi avec l’arrivée des plongeurs de la marine.

Tchad : Timan Erdimi, le neveu terrible
d’Idriss Déby Itno qui rêve
de marcher sur N’Djamena

| Par

Exilé à Doha, le chef rebelle tchadien Timan Erdimi, qui voue une haine tenace à son oncle Idriss Déby Itno, rêve de marcher sur N’Djamena. Mais les Mirage français ne sont jamais bien loin.

Ce 3 février, à la demande des autorités tchadiennes, les Mirage de Barkhane font un premier passage. Ils ont pour mission de stopper les pick-up de l’Union des forces de résistance (UFR) qui traversent la région de l’Ennedi-Est, le long de la frontière avec le Soudan. La colonne – une quarantaine de véhicules selon les Français – ne s’arrête pas. Un deuxième survol est ordonné, des bombes sont larguées. Pendant quatre jours, les frappes se poursuivent. L’UFR reconnaît une quinzaine de morts dans ses rangs, mais dit continuer sa route vers N’Djamena.


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Qui dirige ces rebelles décidés à renverser Idriss Déby Itno (IDI) ? Un homme : Timan Erdimi. Dans son survêtement bleu, enfoncé dans son canapé, il n’a pourtant pas l’air d’un chef de rébellion. Lunettes sur le nez, il porte plutôt bien ses 63 ans. Le bénéfice des footings dans les rues de Doha. Il sort chaque jour, alternant sport et prière dans la mosquée située près de l’hôtel où il réside depuis une décennie, entouré de ses gardes du corps et de policiers qataris.

Malgré plusieurs tentatives de réconciliation via des relations familiales, le lien entre les deux hommes est coupé

Plusieurs offensives vaines

Ex-directeur de cabinet d’IDI puis patron de CotonTchad au début des années 1990, tandis que son frère jumeau, Tom, dirigeait les projets pétroliers, Timan Erdimi est un ancien du sérail. Zaghawa, il fait partie de l’ethnie des Bideyat, comme IDI, dont il affirme être le neveu. Il s’est brouillé avec le chef de l’État dès la présidentielle de 1996, à laquelle il lui enjoignait de ne pas se présenter. Se radicalisant au début des années 2000, c’est lui qui, avec Mahamat Nouri, pousse ses troupes sur N’Djamena en 2008, mais l’armée française permet à IDI de sauver son fauteuil. En mai 2009, il tente une fois encore de lancer ses hommes à l’assaut de la capitale. Nouvel échec.


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Pour Timan Erdimi, l’exil s’impose. Depuis Doha, il entretient ses troupes, se servant des conflits au Darfour puis en Libye pour subsister. En 2011, l’UFR reprend le combat, et, en 2013, on la dit proche de N’Djamena. Sans parvenir à pousser IDI à négocier. Malgré plusieurs tentatives de réconciliation via des relations familiales, le lien entre les deux hommes est coupé. « Il n’y a aucune chance qu’ils puissent de nouveau vivre ensemble », confie un conseiller du rebelle.

Timan Erdimi a perdu son fils en 2006 dans des combats contre l’armée tchadienne, et, le 24 janvier 2009, quelques heures après sa nomination à la tête de l’UFR, sa sœur, Gani Nassour, a été égorgée à N’Djamena. En décembre 2015, c’est son jeune frère Mahamat qui y subit ce sort.

Nous n’avons pas de relations politiques ou financières avec le Qatar

Un soutien financier du Qatar ?

Représente-t-il aujourd’hui une vraie menace ? À Paris comme à N’Djamena, on estime qu’il bénéficie du soutien financier du Qatar. Tchadiens et Qataris ont même rompu, entre août 2017 et février 2018, leurs échanges diplomatiques. Contacté par Jeune Afrique, Timan Erdimi nie tout financement. « Nous n’avons pas de relations politiques ou financières avec le Qatar. Je suis son hôte à titre privé. Mais le pays ne me soutient pas, il ne fait qu’assurer ma sécurité », nous a-t-il confié via WhatsApp, sa messagerie préférée.

L’UFR affirme disposer de l’arsenal nécessaire pour poursuivre son offensive. Avec l’accord du pouvoir de Fayez el-Sarraj à Tripoli, elle s’est en effet réfugiée plusieurs années dans le Sud libyen, où elle a su profiter du chaos. Certes, Sarraj a émis en janvier un mandat d’arrêt contre Erdimi, qui affirme n’avoir jamais mis les pieds sur le sol libyen, et l’UFR a été poussée hors du pays. Mais c’est avec un équipement lourd, acquis en Libye, qu’elle a pu faire son retour au Tchad.

Les Erdimi peuvent éviter une guerre, en garantissant la sécurité des Zaghawas et en permettant aux autres ethnies de partager le pouvoir

La carte de la communauté zaghawa

Et Erdimi ne joue pas uniquement la carte militaire : il espère cueillir les fruits des tensions qui agitent la communauté zaghawa. Avec son frère Tom, il propose d’installer une transition « de deux ou trois ans », avant d’organiser des élections auxquelles il ne se présenterait pas.

« Les Erdimi peuvent éviter une guerre, en garantissant la sécurité des Zaghawas et en permettant aux autres ethnies de partager le pouvoir », explique l’un de leurs conseillers. À N’Djamena, IDI surveille de près le pouls zaghawa et, lors de la visite du président français Emmanuel Macron en décembre, il a placé le dossier de la crise du Nord-Est sur le haut de la pile.

Fin de non-recevoir en France

Du fond de son canapé qatari, Timan Erdimi observe et espère. Le verrou français, il connaît. En 2012, il a espéré convaincre le nouveau chef de l’État François Hollande, qu’il avait croisé dans le cabinet de Jean-Pierre Mignard en 1996, mais le socialiste n’avait pas suivi, pas plus que Nicolas Sarkozy ni Emmanuel Macron après lui.

« Les Erdimi ne représentent pas une solution à nos yeux », affirme-t-on à Paris. La porte de l’Élysée est fermée. Comme la route de N’Djamena ?

Présidentielle au Sénégal : Idrissa Seck
et Ousmane Sonko, l’opposition à pile ou face

| Par et

L’un est un novice, l’autre un habitué des arcanes du pouvoir. À quelques jours d’une présidentielle dont Macky Sall est le favori, Ousmane Sonko et Idrissa Seck incarnent les deux faces d’une classe politique en pleine recomposition.

« Ce qui m’a séduit chez Ousmane Sonko, c’est qu’il incarne une rupture avec la politique politicienne. » L’architecte Pierre Goudiaby Atepa a fait son choix. Depuis que sa candidature « citoyenne » a été invalidée par le Conseil constitutionnel, en janvier, il ne jure que par Ousmane Sonko.

À Versailles, au début de février, il a même plaidé auprès de l’ex-président Abdoulaye Wade – dont il fut ministre conseiller – pour que celui-ci appelle ses troupes à voter pour le député quadragénaire en l’absence du candidat du Parti démocratique sénégalais (PDS), Karim Wade, empêché de se présenter. Sans succès.

Parmi les vingt candidats recalés pour défaut de parrainages, Pierre Goudiaby Atepa se retrouve bien seul. Depuis l’ouverture de la campagne, le 3 février, l’essentiel des ralliements annoncés a en effet profité à Idrissa Seck. « Qu’il obtienne le soutien des partis traditionnels n’est guère étonnant, vu son parcours », commente l’architecte. L’ancien premier ministre d’Abdoulaye Wade avait pourtant disparu des radars ces dernières années. « Il s’était fait discret et a économisé ses déclarations, c’est vrai, mais la presse a eu tort de l’oublier », estime Pape Diop, autrefois maire de Dakar puis président de l’Assemblée nationale.

Retour en grâce

Dès le 2 février, le président de la Convergence démocratique Bokk Gis Gis apportait officiellement son soutien à Idrissa Seck – issu comme lui du PDS – à la présidentielle du 24 février. Depuis, d’autres candidats prématurément recalés ont ajouté leur pierre à l’édifice : Malick Gakou (ancien ministre), Cheikh Hadjibou Soumaré et Abdoul Mbaye (ex-Premiers ministres), le député Moustapha Mamba Guirassy ou Amsatou Sow Sidibé (candidate en 2012) ont eux aussi rallié « Idy ». Et la liste s’allonge chaque jour…


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Le 6 février, c’était au tour de Mamadou Diop Decroix, secrétaire général d’And-Jëf/PADS et proche d’Abdoulaye Wade, de le rejoindre. Et le surlendemain, Idrissa Seck engrangeait le ralliement officiel de Khalifa Sall, débouté le 8 février de son ultime recours devant la Cour de justice de la Cédéao.

On peut effectivement parler d’un come-back, car aujourd’hui les projecteurs sont braqués sur lui

Un retour en grâce inespéré pour le fondateur du parti Rewmi, qui entame sa troisième campagne présidentielle consécutive. Étonnamment discret depuis qu’il a claqué la porte de la coalition présidentielle Benno Bokk Yakaar (BBY) en 2013, Idrissa Seck avait fini par se faire oublier. « On peut effectivement parler d’un come-back, car aujourd’hui les projecteurs sont braqués sur lui. Il est considéré comme la principale alternative à Macky Sall », résume son ancien lieutenant Thierno Bocoum, qui a quitté Rewmi pour créer son propre parti mais soutient la candidature de son mentor. « En politique, on peut rebondir à tout moment, comme il est en train de le montrer », confirme Pape Diop, convaincu qu’« une coalition de l’opposition est en train de se constituer autour d’Idrissa Seck ».

À quelques jours d’une élection dont Macky Sall est donné favori, Idrissa Seck, 59 ans, et Ousmane Sonko, 44 ans, incarnent les deux pôles emblématiques d’une classe politique en pleine recomposition, privée, pour la première fois depuis 1978, de représentants à la présidentielle pour ses deux formations historiques : le Parti socialiste d’Ousmane Tanor Dieng et le PDS d’Abdoulaye Wade.


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2019, année de la revanche d’Idy sur Macky ?

D’un côté, le militant tombé dans la politique dès son plus jeune âge, formé par le patriarche de la vie politique sénégalaise et qui a accédé, à ses côtés, à de hautes fonctions – maire de Thiès, Premier ministre – avant de poursuivre sa carrière en solo. De l’autre, le nouveau venu au style tranchant, ancien inspecteur des impôts un temps lanceur d’alerte, encore novice en politique mais qui sait allier un discours radical à une communication moderne. À Idrissa Seck la connaissance de l’État et les réseaux. À Ousmane Sonko la spontanéité et la popularité soudaine qui découle de son approche « antisystème » aux accents parfois populistes.

C’est un candidat républicain qu’il ne faut pas négliger. Nous prenons sa candidature au sérieux

Le premier jouit d’une longue expérience politique. Il bénéficie surtout d’une configuration inédite pour affronter Macky Sall, envers qui il cultive une vieille rancœur, héritée des années où Abdoulaye Wade s’est appuyé sur ce dernier pour l’écarter brutalement du premier cercle présidentiel. 2019, année de la revanche d’Idy sur Macky ? Au lendemain des législatives de 2017, un conseiller présidentiel ironisait, lui prédisant un poids électoral de quelque 2 % en 2019 : « Idy se rêvait numéro un : il est devenu numéro rien. » Mais désormais, l’entourage du chef de l’État se montre plus prudent. « C’est un candidat républicain qu’il ne faut pas négliger. Nous prenons sa candidature au sérieux », admet un collaborateur.

De son côté, Sonko s’érige en chantre du « patriotisme économique » et en chevalier de la lutte contre la corruption. Depuis qu’il est entré à l’Assemblée nationale en 2017, le leader du parti Pastef est devenu la coqueluche d’une frange de l’opinion sensible à son discours de rupture. Pas un jour ne passe sans qu’il fasse la une des médias ou suscite le buzz sur les réseaux sociaux. De quoi agacer les lieutenants de la majorité présidentielle, qui tirent à boulets rouges sur ce gêneur qui ne ménage pas leur patron.

Puiser dans l’électorat de Karim Wade et Khalifa Sall

Idrissa Seck et Ousmane Sonko n’en seraient pas là si Karim Wade et Khalifa Sall s’étaient trouvés à leurs côtés sur la ligne de départ. Et tous deux ont vite compris qu’ils avaient un beau coup à jouer en puisant dans leurs électorats respectifs, devenus orphelins. « Les sympathisants du PDS veulent sanctionner Macky Sall et ne comptent pas passer à côté de la présidentielle. Pour eux, le boycott du scrutin [auquel appelle la direction du parti] serait suicidaire », analyse Pape Diop, selon qui « une frange importante de l’électorat libéral » se reportera sur Idrissa Seck.

Si je suis élu, j’irai personnellement le chercher à Rebeuss pour le remettre au service du Sénégal

Ousmane Sonko, lui aussi, sait tout le profit qu’il pourrait tirer de cette vacance de candidatures, qui laisse une partie de l’électorat dans l’expectative. Affichant volontiers son refus des petits jeux d’alliances et de la politique politicienne, le fougueux député n’a toutefois pas d’autre choix que d’entretenir des liens avec plusieurs chefs de parti s’il veut aller loin. En novembre, il indiquait à Jeune Afrique avoir des échanges réguliers avec Abdoulaye Wade, avec qui il a encore tenu un long conciliabule à Dakar, le 9 février : « Il y avait des problèmes sous sa gouvernance, mais lui n’a jamais empêché ses adversaires de se présenter. Il suit notre action politique, qu’il apprécie. Il nous conseille car il a de l’expérience et du vécu. »

Il s’est également rendu à plusieurs reprises au parloir de Rebeuss pour y témoigner sa solidarité à Khalifa Sall. Toutefois, son côté franc-tireur est vu par certains comme son talon d’Achille. « Son discours radical ne plaît pas à tout le monde », résume le journaliste Mamoudou Ibra Kane, fondateur du groupe E-Média. Un constat partagé par divers observateurs de la vie politique sénégalaise. « Sa posture antisystème ne passe pas partout, notamment dans l’opposition », analyse l’un d’eux.

Ballet de négociations

Idrissa Seck, lui, applique une tout autre méthode pour se hisser sur le podium du second tour. Vieux routier de la politique, c’est sans complexes qu’il négocie depuis des mois avec les alliés susceptibles de se rallier à la bannière orange de la coalition Idy 2019. Un ballet de négociations entamé à l’approche des législatives de 2017 et qui ne s’est jamais interrompu. À propos du ralliement de Pape Diop, il confie qu’il l’accueille « avec humilité et un immense plaisir », louant les « relations personnelles, anciennes et de grande qualité » qu’il entretient avec cet « homme d’État de grande valeur ». De Khalifa Sall, il indique que tous deux sont « de grands amis ».

Dénonçant « l’injustice » subie par l’ex-maire de Dakar, il confirme une promesse emblématique faite quelques jours plus tôt devant les caméras, à la sortie de la maison d’arrêt dakaroise : « Si je suis élu, j’irai personnellement le chercher à Rebeuss pour le remettre au service du Sénégal. » Mais c’est surtout lorsqu’il évoque Abdoulaye Wade qu’Idrissa Seck se fait dithyrambique : « C’est lui qui m’a formé et encadré ; notre compagnonnage a duré quarante ans. Aujourd’hui, je sollicite ses prières et ses conseils. Il est comme mon père : il y a eu du tumulte et des désagréments entre nous, mais le temps les a effacés. »


VN/EAHOUNOU/AID pour JA

Sur la capacité d’Idrissa Seck à recevoir in extremis l’adoubement de « Gorgui » (« le vieux », en wolof), rentré à Dakar le 7 février pour la dernière ligne droite de la campagne, les avis sont partagés. Avant de prendre l’avion, l’ancien président a publié une vidéo dans laquelle il appelle ses compatriotes à « s’opposer » à une élection qu’il estime jouée d’avance. Pour l’heure, l’ex-président se refuse à tout ralliement. Une situation dont certains estiment qu’elle pourrait tout aussi bien profiter à l’avocat Madické Niang, vieux compagnon de route des Wade, qui rêve de capter tout ou partie de l’électorat PDS.


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Issa Sall en embuscade

El Hadji Issa Sall, du Parti de l’unité et du rassemblement (PUR), est à Ousmane Sonko ce que Madické Niang est à Idrissa Seck : un concurrent embusqué, plus discret et moins charismatique, que l’on finit par ne plus remarquer. Pourtant son parti, très structuré, bénéficie de la force de frappe des Moustarchidine Wal Moustarchidaty, une association religieuse dérivée de la confrérie tidjane, et entend bien créer la surprise au soir du 24 février. Si la personnalité d’Issa Sall ne provoque pas le même engouement que celle de Sonko, de nombreux commentateurs s’attendent à ce que cet informaticien, qui n’appartient pas, lui non plus, au sérail, séduise un électorat désireux de tourner la page des partis à l’ancienne.

« Des scénarios inattendus sont encore envisageables d’ici au 24 février, conclut l’éditorialiste Madiambal Diagne. N’oublions pas que peu après la présidentielle se tiendront les élections locales, et probablement aussi des législatives, en cas de dissolution de l’Assemblée. Actuellement, chacun négocie avec tout le monde pour ménager son avenir politique. »

Présidentielle en Mauritanie: l'opposition
se cherche toujours un candidat

Biram Dah Abeid, le leader du mouvement anti-esclavagiste IRA, entend bien être à nouveau présent sur les bulletins de vote des Mauritaniens.
© AFP Photos/Seyllou

L’opposition mauritanienne se lance en rang dispersé pour la présidentielle de juin prochain. Biram Dah Abeid, du mouvement abolitionniste IRA, a déclaré vendredi au cours d’une conférence de presse qu’il ne retirait pas sa candidature annoncée en mai 2018, alors que des tractations sont en cours pour une candidature unique de l’opposition.

Les réunions pour le choix d’un candidat unique se succèdent, mais toujours pas de consensus. Un comité ad hoc a été mis en place pour faire des propositions.

Optimisme

En attendant, le président du forum de l’opposition et de l’Union des forces de progrès (UFP) se veut optimiste. « Nous sommes quand même une bonne dizaine de partis d’opposition, relativise Mohamed Ould Maouloud. Chacun a son point de vue. On était d’abord pris par la question du programme. Ce sont ces jours-ci, cette fin de semaine que nous abordons la question du candidat commun de l’opposition. Nous sommes sur la bonne voie. Nous arriverons dans les prochains jours à vous informer sur [l'identité] de notre candidat. »

L’autre composante de l’opposition,  l'IRA-Sawab, maintient la candidature du député et militant des droits de l’homme Biram Dah Abeid : « Notre candidature est une candidature ancrée dans l’opposition à travers notre trajectoire, à travers la confrontation que nous avons eue avec le pouvoir, la spécificité des interdictions, des répressions. »

Deuxième

Biram Dah Abeid avait participé pour la première fois à la présidentielle de 2014. Il était arrivé deuxième derrière le président actuel, Mohamed Ould Abdel Aziz.