Dialogue interreligieux

« Lorsque nous travaillons pour les âmes, nous ne pouvons user que de persuasion et d'amour... Nous ne pouvons rien faire tant que nous n'avons pas persuadé les gens autour de nous qu'ils sont aimés... » (Cardinal Lavigerie, 1885)

« Nous croyons qu'en toute religion il y a une secrète présence de Dieu, des semences du Verbe qui reflètent un rayon de sa lumière... » (Chapitre 1967)

« Nous célébrons et partageons cette vie avec Dieu lorsque nous allons à la rencontre des cultures et des religions... nous réjouissant de la foi vivante de ces croyants et les rejoignant dans leur quête de la Vérité, cette Vérité qui nous rend tous libres. » (Chapitre 1998)

Missionnaires, nous sommes appelés à faire les premiers pas pour rencontrer les personnes, qu'elles que soient leurs convictions, leur religion.

Au Burkina Faso, cette réalité se traduit surtout dans la rencontre respectueuse et évangélique avec les adeptes des religions traditionnelles et avec les musulmans.

Dans cette rubrique, nous étudierons divers aspects de ces religions, particulièrement de l'islam.

Au Bénin, le syncrétisme religieux au moment des épreuves | La Croix Africa

Au Bénin, selon les chiffres officiels, la majorité de la population est chrétienne (53 %) et le reste, soit musulmane (23 %) ou adepte des religions traditionnelles (18,1 %). Mais les faits sont moins tranchés, nombreux sont en effet ceux qui pratiquent le syncrétisme religieux.

Certains Béninois catholiques pratiquants, n’hésitent pas à avoir recours aux religions traditionnelles quand surviennent les épreuves. C’est le cas de John, 26 ans, étudiant à l’Université d’Abomey-Calavi, qui ne cache pas sa double appartenance : « Moi, je suis catholique mais j’ai des liens avec le Vodun. Il y a des situations de contraintes, des blocages, des problèmes de la vie face auxquels la prière ne suffit pas. On est en Afrique, vous savez », justifie-t-il.

Lire la suite:  Au Bénin, le syncrétisme religieux au moment des épreuves – La Croix Africa, Juste Hlannon, 13.08.19.

Pèlerinage à La Mecque : tensions en terre sacrée

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Cette année plus que les autres, le pèlerinage est perturbé par un contexte politique régional délicat.

#TheKingdomEmbraceTheWorld (« le royaume embrasse le monde ») : tel est le hashtag lancé sur les réseaux sociaux par le ministère saoudien du Hajj et de la Omra, quelques jours avant le début du grand pèlerinage à La Mecque, le 9 août. Pour sponsoriser l’événement, une vidéo a été diffusée. Qui commence par l’image du hall de l’aéroport international Roi-Abdelaziz, où trône une affiche géante du prince héritier Mohammed Ben Salman, nouvel homme fort du régime. C’est ce portrait qui accueille les pèlerins venant du monde entier. Ou presque.

Cette année, le hajj a lieu dans un contexte de grande instabilité. Dans le Golfe, les sabotages et les arraisonnements de tankers se multiplient. Et le risque s’accroît d’une bataille navale entre pro-Saoudiens et pro-Iraniens. L’événement religieux n’échappe pas à l’enjeu géopolitique. Une interrogation revient avec insistance dans le monde musulman : faut-il internationaliser La Mecque et Médine, ces lieux saints de l’Islam ? L’Arabie saoudite a fait savoir qu’il n’en était pas question. En attendant, les appels au boycott se multiplient.

« On nous dit de ne pas politiser le hajj ! Mais réaliser l’unité dans la région est une affaire politique. Soutenir et défendre les opprimés dans le monde musulman, à l’instar des nations palestinienne et yéménite, est une question polituelques jours avant le début du grand pèlerinage à La Mecque, le 9 août. Pour sponsoriser l’événement, une vidéo a été diffusée. Qui commence par l’image du hall de l’aéroport international Roi-Abdelaziz, où trône une affiche géante du prince héritier Mohammed Ben Salman, nouvel homme fort du régime. C’est ce portrait qui accueille les pèlerins venant du monde entier. Ou presque.

Blocus

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Malgré la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays depuis l’exécution en 2016 par Riyad du cheikh chiite Nimr Al Nimr, un accord conclu en décembre dernier entre le président de l’organisation iranienne du hajj, Alireza Rashidian, et le ministère saoudien responsable du pèlerinage permet aux Iraniens d’accomplir leur devoir religieux.

Fin juillet, 88 000 Iraniens ont atterri en Arabie saoudite. Un premier pas, quatre ans après le mouvement de foule qui avait provoqué la mort de 2 177 pèlerins, dont 464 Iraniens. L’accident avait immédiatement envenimé les relations déjà tendues entre Riyad et Téhéran. L’année suivante, aucun Iranien n’avait été autorisé à entrer dans le pays pour le hajj, l’un des cinq piliers de l’islam.

Cette année, les critiques n’ont pas manqué en Iran. Lorsque la République islamique a annoncé qu’elle prenait en charge une partie des frais des pèlerins, certains lui ont reproché de soutenir indirectement l’Arabie saoudite dans sa guerre au Yémen et dans sa propagande anti-iranienne.

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Pour les Qataris, voyager en Arabie saoudite est tout simplement impossible, pèlerinage ou pas. La frontière terrestre, l’espace aérien et les ports restent fermés, conséquence du blocus qui frappe l’émirat depuis deux ans. Le gouvernement qatari accuse les autorités saoudiennes de discrimination et appelle à « lever toutes les restrictions pour les fidèles qataris ».

Les médias saoudiens avancent une tout autre version. Ils affirment que Doha continuerait à bloquer les sites internet grâce auxquels les citoyens qataris formulent leur demande de visa pour le hajj. Controverse picrocholine ? D’après la presse du royaume, quelques centaines de pèlerins ont tout de même pu entrer dans le pays. En toute discrétion. Sur les vidéos diffusées en ligne par des comptes saoudiens, les « présumés » Qataris cachent leur visage aux caméras.

Visas

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Au Proche-Orient, les Syriens et les Palestiniens exilés – c’est-à-dire qui vivent dans un pays tiers comme le Liban ou la Turquie – rencontrent beaucoup de difficultés pour obtenir un visa par l’intermédiaire des comités pour le hajj.

Cette année, pendant que les Saoudiens s’asseyaient à la même table que les Israéliens pour discuter du « deal du siècle » – le plan de Donald Trump pour résoudre le conflit israélo-palestinien –, les Palestiniens installés au Liban et en Syrie se voyaient refuser le précieux sésame. Les détenteurs d’un passeport temporaire jordanien ont connu la même déconvenue, comme beaucoup de résidents de Jérusalem-Est.

Depuis des années, plusieurs figures religieuses appellent donc les musulmans à boycotter le hajj

La position de l’Arabie saoudite sur le conflit israélo-palestinien est l’un des arguments les plus avancés par les partisans du boycott. La brutalité de la guerre au Yémen en est un autre. Le hashtag #boycotthajj compte désormais plus de 16 000 tweets, selon le chercheur irakien Ahmed Tawaij, auteur d’une tribune publiée sur le site de Foreign Policy, intitulée : « Mohammed Ben Salman pousse les musulmans à boycotter La Mecque ».

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Le mouvement part du principe que le hajj et la omra – le « petit » pèlerinage, qui peut être entrepris à tout moment de l’année – représentent un enjeu économique énorme pour le royaume. Prendre part à ces rassemblements conduit à participer indirectement aux politiques menées par l’Arabie saoudite. L’intérêt touristique du hajj est au cœur de Vision 2030, le programme de diversification des activités économiques du royaume. Ce plan vise à augmenter le nombre des pèlerins de 13 % d’ici à 2020, en investissant dans les services et en augmentant les emplois correspondants.

Péché

Depuis des années, plusieurs figures religieuses – pas seulement chiites – appellent donc les musulmans à boycotter le hajj. En avril, le grand mufti libyen Sadiq al-Ghariani a associé le voyage à La Mecque à un « péché plutôt qu’à une bonne action ». Le même a exhorté les fidèles à ne pas se rendre chez « ceux qui tuent leurs frères et sœurs musulmans. […] Cet argent contribue au massacre des Yéménites, des Libyens, des Soudanais, des Tunisiens et des Algériens ».

En 2018, Youssef al-Qaradawi, théologien qatari d’origine égyptienne, proche des Frères musulmans, avait également plaidé pour le boycott. Pour l’instant, ces appels sont restés lettre morte. Rares sont les pèlerins qui renoncent au hajj une fois le visa obtenu. Cette année, des millions de croyants ont encore afflué des quatre coins du monde pour effectuer les tours rituels autour de la Kaaba.


Pour les Yéménites, des visas uniquement accordés aux alliés

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Au Yémen, la guerre à outrance lancée en 2015 par le prince héritier MBS et ses alliés émiratis a tué plus de 70 000 personnes. Paradoxalement, contre tout principe d’impartialité, le roi Salman a également annoncé un quota de 2 000 visas disponibles, mais limités aux membres des familles des soldats fidèles au gouvernement du Yémen, appuyé par la coalition. Un peu plus tôt, le roi Salman avait publié une directive à l’intention de 200 membres de la famille des victimes de l’attentat terroriste de Christchurch, en Nouvelle-Zélande.

Aïd el-Kébir : la "fête du sacrifice" fixée au dimanche 11 août,
ça signifie quoi ?

Aïd el-Kébir : la "fête du sacrifice" fixée au dimanche 11 août, ça signifie quoi ?

AïD EL KEBIR – Il s'agit d'une des fêtes les plus importantes pour les musulmans.
Que signifie-t-elle ? Quelles prières ? Combien de moutons abattus ? On vous dit tout !

[Mis à jour le 11 août 2019 à 10h42] C'est ce dimanche 11 août que débute l'Aïd el-Kébir. Cette fête est aussi appelée l'Aïd al-Adha qui signifie "fête du sacrifice" ou aussi "grande fête", par opposition avec l'Aïd el-Fitr (petite fête), qui célèbre la rupture du jeûne du mois de Ramadan. Certains appellent l'Aïd el-Kébir, la "fête du sacrifice" en référence au mouton qui y est sacrifié à l'occasion. Cette fête signifie le partage et la fraternité pour la communauté musulmane. Selon la Grande mosquée de Paris qui s'est basée sur les calculs astronomiques, l'Aïd el-Kébir a été fixée au dimanche 11 août 2019, peut-on lire sur son site internet. 

De manière générale, l'Aïd el-Kébir se déroule durant le dernier mois du calendrier musulman. Elle se célèbre durant quatre jours et représente la "fête islamique n°1" pour les musulmans. Attention toutefois à ne pas confondre cette célébration avec l'Aïd el-Fitr, la fameuse fête de rupture du jeûne qui survient à la fin du ramadan. Cette célébration de l'Aïd el-Kébir a pour but de clôturer le "hadj", le pèlerinage à la Mecque. Pour tous les musulmans pratiquants, elle symbolise la fraternité, et le partage. Elle est marquée par le sacrifice d'un animal, le plus souvent un mouton (voir Aïd el-Kébir et abattoirs), qui fait alors office de repas. Les fidèles mettent pour cette fête leurs plus beaux habits et multiplient cadeaux et aumônes.

 

Date Aïd el-Kébir (Aïd el-Adha) 2019

En France, la date de l'Aïd el-Kébir 2019 est estimée au dimanche 11 août (pour la "précédente édition", c'était le mardi 21 août, à quelques jours à peine de la rentrée scolaire). Une date indiquée par la Grande mosquée de Paris bien avant sa survenue, en se basant sur le calcul astronomique. Et qui ne satisfait pas tous les musulmans pratiquants de l'Hexagone. Certains lui reprochent en effet de mettre en retrait la traditionnelle observation du croissant de lune lors de la nuit du doute / de l'annonce. 

La date de l'Aïd el-Kébir peut varier d'un pays à l'autre comme lors du ramadan, mais également d'un pratiquant à l'autre. En cause : la géographie, la politique adoptée, les référents en place, mais aussi la manière dont elle est instaurée. Fête la plus importante de l'islam, si l'Aïd el-Kébir voit sa date évoluer dans notre calendrier grégorien, elle survient chaque année le 10 du mois de dhou al-hijja, soit le dernier mois du calendrier musulman, qui est un calendrier lunaire. Lundi 21 août 2017, par exemple, "29 du mois de dhou al qi'da", la Cour suprême de l'Arabie saoudite a annoncé que le croissant lunaire déterminant le début du nouveau mois lunaire de dhou al-hijja n'avait pas été vu dans le ciel. Par conséquent, les 30 jours du mois dhou al qi'da ont été complétés ; le 1er du mois de dhou al-hijja a eu lieu le mercredi 23 septembre et l'Aïd el-Adha (ou Aïd el-Kébir) a donc été célébrée, toujours selon les observations de l'Arabie saoudite, ce fameux vendredi 1er septembre.

La période de célébration de l'Aïd el-Kébir débute le 10 du mois de dhou al-hijja, le dernier du calendrier musulman. La fête dure quatre jours et le sacrifice doit avoir lieu avant le coucher du soleil du treizième jour du mois. Une incertitude demeure chaque année sur la date de début de l'Aïd, liée à l'observation de la lune. En effet, les mois du calendrier musulman correspondent aux phases de notre satellite, chaque nouveau mois démarrant avec l'observation visuelle d'un croissant de lune à la tombée de la nuit.

De ce fait, la date de l’Aïd el-Kébir, comme celle du début ou de la fin du ramadan, "recule" de onze jours environ chaque année dans le calendrier civil. Pour les tenants de la méthode dite "traditionnelle", qui considèrent que le début du mois ne peut être fixé qu'après la "nuit du doute", la date de l'Aïd el-Kébir ne peut être précisément établie que quelques jours à l’avance. Mais certains musulmans considèrent qu'un calendrier pourrait être établi plus en avance, au moyen de l'astrologie.

Aïd el-Kébir ou Aïd al-Adha ?

Le nom le plus connu est Aïd el-Kébir ("la grande fête" en arabe). L’expression est principalement utilisée au Maghreb. Cependant, de nombreux pays, notamment au Moyen-Orient, utilisent plus volontiers le nom Aïd al-Adha ("fête du sacrifice"). En Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, c’est le terme Tabaski qui est retenu. Il convient de distinguer l’Aïd el-Kebir de l’Aïd el-Fitr ("petite fête"), qui marque la rupture du jeûne du ramadan par un repas partagé.

La signification de l'Aïd el-Kébir

Dans la tradition musulmane, l’Aïd el-Kébir commémore la soumission d’Ibrahim à son Dieu (Abraham dans la Bible), qui doit servir de modèle à tous les croyants. Selon le Coran, ce prophète - qui correspond à Abraham dans la Bible – a reçu dans ses rêves l’ordre divin de sacrifier son fils, Ismaël. Celui-ci, élevé dans la foi, accepte d’être immolé par son père. Le Diable s’interpose et essaie de convaincre les protagonistes de ne pas pratiquer le sacrifice, mais Ibrahim jette sept cailloux sur Satan. Le père se saisit d’un couteau et le pose sur la gorge d’Ismaël. Mais il ne parvient pas à l’enfoncer. Lorsqu’il parvient enfin à couper le cou, il constate que l’ange Jibril (Gabriel) a disposé un mouton à la place de son fils et que celui-ci se tient debout, indemne, à côté de lui.

Pour les musulmans, la foi d’Ibrahim, mise à l’épreuve par Dieu, a été récompensée par la survie de son fils. L’Aïd el-Kébir demeure une fête célébrant la foi et la miséricorde. Cet épisode du Coran correspond à un récit de la Bible : celui du sacrifice par Abraham de son fils. Celui-ci est interrompu par l’arrivée d’un ange qui lui annonce que Dieu est satisfait de sa foi. Un bélier est sacrifié à la place du jeune homme.

L'Aïd, endeuillée il y a trois ans par une bousculade ayant fait plus de 2000 morts à La Mecque, est l'une des célébrations les plus importantes de l'islam, avec le ramadan. Sa date est donc l'objet de toutes les attentions chaque année... Dans l'Islam, l'Aïd clôture pour des millions de croyants le Hajj, la période des pèlerinages qui a commencé deux jours plus tôt. Chaque année, les musulmans se rendent sur les lieux saints de leur religion à La Mecque, en Arabie Saoudite. Marqueur de la date de fin du Hajj, il s'agit de l'un des cinq piliers de l'Islam. L’Aïd el-Kébir célèbre l'achèvement de ces pèlerinages et est un moment fort de la vie spirituelle et sociale.

Comment se fête l'Aïd el-Kébir ?

Le premier rituel à accomplir le jour de l'Aïd el-Adha est la prière. En effet, les musulmans sont appelés à prier dès le matin lors de la prière solennelle organisée dans les mosquées pour l'occasion. Chaque fidèle est ensuite invité à se rendre dans les abattoirs agréés pour procéder au sacrifice de l'animal selon le rite. Et concernant l'organisation de ce jour spécial, les rituels diffèrent selon les pays. En Jordanie par exemple, l'Aïd el-Kebir est célébré par la préparation de pâtisseries spéciales, alors qu'au Koweït, la fête s'étale sur une semaine. Une semaine où toute les sucreries sont bannies. Au Pakistan, les festivités de l'Aïd el-Adha durent un mois entier, au cours duquel les croyants jeûnent les 10 premiers jours.

La "fête du sacrifice" comme on l'appelle, est synonyme de partage. Dans de nombreux pays musulmans, l'animal sacrifié est partagé en "trois tiers" : un tiers est consommé par son propriétaire, un autre tiers est offert en cadeau à de la famille ou des amis, et le dernier tiers est quant à lui distribué aux pauvres en guise d'aumône. En ce jour de célébration, il serait fortement recommandé de multiplier les cadeaux et les aumônes. 

Les fêtes de l'Aïd el-Kebir et l'Aïd el-Fitr ont en commun la même prière, et seul le moment où elles ont lieu les différencie. En effet, la prière de l'Aïd el-Adha est célébrée plus tôt que celle de l'Aïd el-Fitr. Par ailleurs, la formule de vœux "Aïd Moubarak" reste la même pour ces deux fêtes du calendrier musulman.

Message pour l'Aïd el-Kébir

Comment souhaiter à des proches musulmans une bonne fête de l'Aïd el-Kébir en France ou dans les pays du Maghreb ? Lors de la "Fête du sacrifice" (comme lors de la fête de l'Aïd el-Fitr, ou fête de fin du jeûne du ramadan), la salutation traditionnelle musulmane "Aïd moubarak" est utilisée. "Aïd moubarak" correspond à la version en arabe / persan / ourdou, quand "Aïd mabrouk" se réfère à la version de l'arabe dialectal (darija). En français, cette expression se traduit par "Bonne fête (de l'Aïd)", "félicitations" ou "joyeuse fête", bien que la formule soit redondante, puisque l'Aïd est déjà une fête.

Les musulmans se saluent mutuellement aux mots d' "Aïd moubarak" après avoir fait la prière de l'Aïd. Prononcer ces mots n'est pour autant pas une obligation de la religion musulmane, bien qu'ils fassent partie d'une tradition culturelle et religieuse forte. "Aïd" désigne l'événement religieux, quand "moubarak" souhaite "qu'il soit bon pour vous" ou "que Dieu vous le bénisse". 

Aïd el-Kébir et abattoirs

Mouton, vache, chèvre... Comment pratiquer leur sacrifice dans des conditions dignes et hygiénique quand les moyens viennent à manquer pour le faire, sur fond, notamment, de pénurie des abattoirs agréés ? C'est le casse-tête auquel sont encore confrontés de nombreux musulmans pour l'Aïd el-Kébir. Le cas du nord de la France est criant. Si quatre abattoirs agréés sont bien présents sur le territoire régional, il n'y en a pas un seul dans la métropole lilloise. Une répartition problématique que connaissent d'autres départements, comme le Gard. Or l'abattage hors-structure officielle est 100% interdit dans l'Hexagone, et passible de 15 000 euros d'amende et six mois d'emprisonnement. La liste des abattoirs publiée par le Journal officiel est à retrouver ici.

ZOOM - L'abattage d'un animal, une obligation ?

L’Aïd el-Kébir est considéré par les musulmans comme une célébration de leur foi. De nombreuses traditions accompagnent cette période qui s’étale sur trois jours. Les musulmans partagent prières et repas. La plus célèbre tradition de l’Aïd el-Kébir est le sacrifice d’un animal en souvenir de celui d’Ibrahim. Il s’agit en général d’un mouton, d’une chèvre ou d’un veau. Les animaux doivent être âgés d’au moins un à deux ans. La tradition commande au chef de famille de tuer l’animal en le vidant de son sang, sans l’assommer et en utilisant un couteau bien aiguisé : les souffrances de l'animal doivent être minimisées.


Le sacrifice d'un mouton est le rituel majeur de l'Aïd el-Kébir  © jjspring - Fotolia

De nombreuses familles font le choix de sacrifier un mouton dans un abattoir spécialisé ou de commander la viande d’une bête tuée selon le rite. Il est ensuite d’usage de partager la viande en trois parties égales. La première revient à la famille, la seconde aux voisins, amis, collègues et connaissances, la troisième aux pauvres et aux indigents. Les plus pauvres ne sont pas tenus de pratiquer ce sacrifice.

La question de la substitution de ce rite continue de diviser les musulmans. Pour certains responsables musulmans, le sacrifice de l'animal est une recommandation - devenue par la force des habitudes familiales et culturelles, un rite qui semble obligatoire - mais qui peut très bien être remplacé par un don fait aux nécessiteux, si celui-ci correspond à son équivalent financier. D'aucuns considèrent que le message de l'islam en la matière est de nourrir les pauvres du monde.

Aïd el-Kébir en France

Des musulmans du monde entier célèbrent l'aïd el-Kébir mais comment se déroule-t-il en France ? Les pratiquants sont conviés dans les mosquées au matin pour venir prier. Cette phase de prières solennelles doit commencer tôt, à 8h30 ou 9h. Ensuite, les fidèles se rendront à l'abattoir afin de procéder à l'égorgement rituel du mouton. Nouveauté de 2016 : les fonds rassemblés à l'occasion de la fête de l'Aïd el-Kébir peuvent être réutilisés dans l'aide aux migrants. Une initiative du CFCM (Conseil français du culte musulman).

Aïd el-Kébir au Maroc

D'après l'astronome Hicham Al Issaoui, cité par le site Info Maroc, l'Aïd el-Kébir sera fêté lundi 12 août 2019 au Maroc. A l'occasion de l'Aïd el-Adha, deux jours fériés sont pré-programmés dans le pays, le lundi 12 août et le mardi 13 août.

Aïd el-Kébir en Algérie

L'Aïd el-Kébir en Algérie doit avoir lieu aux alentours du 12 août prochain. Selon un communiqué du ministère algérien de l'Agriculture, du Développement rural et de la Pêche le 17 juillet dernier, "quelque 2 000 vétérinaires publics et 9 000 autres privés ont été mobilisés pour renforcer le contrôle du déplacement, de la vente et de l'abattage du bétail, et garantir le bien-être du consommateur en prévision de l'Aïd el Adha". 

Aïd el-Kébir et Hajj

L’Aïd el-Kébir marque la fin d’une autre tradition essentielle pour les croyants : celle du pèlerinage aux lieux saints de La Mecque, ou Hajj. Ce rituel a lieu entre le 8 et le 13 du mois de dhou al-hijja du calendrier islamique. Le Hajj constitue l’un des cinq piliers de l’Islam, avec la profession de foi, les prières quotidiennes, l’aumône et le ramadan.


Certains rituels effectués lors des pèlerinages à La Mecque rappellent l’épisode du sacrifice d’Ibrahim. Ainsi, il est d’usage de se rendre à Mina – lieu situé près de la ville sacrée et lieu supposé où ce prophète emmena son fils - afin de jeter des pierres sur des piliers. Cet acte symbolise la foi et le rejet de la tentation du diable, à l’image d’Ibrahim dans le Coran.

Aïd el-Kébir 2020

A titre indicatif, voici les dates les plus probables de début de l’Aïd el-Kébir des prochaines années jusqu’en 2021, selon les calculs de l’Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides de l’Observatoire de Paris :

Dialoguer avec les djihadistes au Mali : sortie de crise
ou mirage stratégique ? |The Conversation

Nombre d’analystes considèrent que le centre du Mali est aujourd’hui l’épicentre de la crise sahélienne. La région est historiquement traversée par de fortes tensions : tensions pour l’accès aux ressources – hydriques et pastorales notamment –, tensions intra et intercommunautaires – avec des relations complexes de complémentarité et de concurrence entre les communautés. Celles-ci sont inscrites dans le temps long de la vie des populations qui occupent cet espace.

Etienne Huyghe, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

 

Elles ont longtemps pu être jugulées par des compromis locaux entre les acteurs concernés, fondés sur des mécanismes de régulation traditionnels. Mais la situation s’est fortement dégradée au cours de ces dernières décennies du fait d’une conjonction de facteurs internes et externes. Le recul progressif de la présence de l’État malien dans le centre du pays a créé un vide profond en terme de fourniture de services publics essentiels pour la population (police, justice, santé, éducation). La survenue d’épisodes de sécheresse dans un contexte de pression démographique accrue a, de surcroît, réactivé et accentué ces tensions latentes.

C’est sur ces déterminants socio-historiques locaux que les groupes djihadistes ont capitalisé pour occuper l’espace géographique et social laissé vacant par le reflux de l’État. Si l’intervention française au Mali de 2013 a permis aux Forces armées maliennes de chasser momentanément ces groupes du centre du pays, la situation s’est de nouveau fortement dégradée depuis 2015 et les forces djihadistes ont commencé à réoccuper la zone, faute de réponse politique et sociale satisfaisante de la part de l’État malien face aux attentes de la population.


Read more: Comment le djihad armé se diffuse au Sahel


Localement, bien que différents groupes soient en concurrence pour la maîtrise de l’espace, c’est la katiba Macina, dirigée par le leader peul Amadou Koufa, qui s’impose comme le groupe djihadiste dominant. Koufa, qui bénéficie d’une solide réputation de prêcheur auprès des populations locales, tout particulièrement peules, a rejoint Iyad Ag Ghali, leader touareg issu d’une grande lignée des Ifoghas, au sein du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM).

Ag Ghali, ainsi que les principaux cadres du GSIM, ont eux-mêmes fait allégeance à Ayman al-Zawahiri, émir d’al-Qaïda. Bien que des doutes subsistent sur le degré d’autonomie dont jouissent Koufa et ses hommes, la katiba Macina est donc aujourd’hui directement liée à al-Qaïda, par ce jeu d’allégeance et par un transfert, à tout le moins, de connaissances opérationnelles.

Malgré les actions militaires menées dans le centre du pays, malgré la lente mise en œuvre du « Plan de sécurisation intégrée des régions du centre » par les autorités maliennes, en dépit du fort soutien accordé par les différents partenaires internationaux du Mali, aucune amélioration substantielle de la situation ne semble se concrétiser du point de vue de la sécurité dans la région du centre.

Fort de ce constat et alors que les groupes djihadistes sont aujourd’hui fermement implantés localement du fait de leur grande résilience stratégique, certains acteurs proposent un changement radical de cap via l’instauration d’un dialogue officiel entre les autorités maliennes et ces groupes, tout particulièrement avec Amadou Koufa et les principaux chefs de sa Katiba.

Objectifs et modalités du dialogue avec la katiba Macina

L’objectif de l’instauration d’un tel dialogue serait, en premier lieu, d’assurer aux populations une baisse des tensions dont elles sont les premières victimes, via l’obtention de cessez-le-feu locaux et d’accès facilités pour les convois humanitaires à destination des régions où la Katiba est active.

Ce premier résultat atteint, un élargissement du spectre des négociations serait envisageable. Selon les tenants de cette approche, l’ouverture de ce dialogue reposerait dans un premier temps sur l’envoi de dignitaires religieux maliens auprès des principaux leaders de la katiba Macina, dans une optique de médiation. On sait, en effet, que des contacts indirects ont existé au cours des années précédentes entre Koufa et certains leaders religieux maliens, notamment avec l’imam Mahmoud Dicko qui présidait, il y a peu encore, le Haut Conseil islamique malien et qui incarne au Mali la tendance rigoriste inspirée par la doctrine wahhabite, distincte du rite malikite qui domine en Afrique de l’Ouest.

C’est l’ouverture d’un tel dialogue qui a été récemment proposée par les rédacteurs d’un rapport de l’International Crisis Group (ICG). Ce rapport a eu un fort impact, tant dans le monde de la recherche qu’auprès des décideurs politiques maliens, dont certains se disent prêts à entamer ce processus de dialogue, tout en rappelant que des contacts informels ont déjà eu lieu avec des membres de la katiba par le passé. De nombreux acteurs et observateurs de la politique malienne ont, à l’inverse, pris fermement position contre.

Avant d’analyser cette proposition, il convient de souligner qu’une différence de nature – et non de degré – existe entre la tenue d’un dialogue informel et officieux entre autorités et groupes djihadistes et un dialogue officiel et institutionnalisé entre ces mêmes acteurs. Il s’agit donc bien d’une proposition originale et lourde de sens qu’il faut analyser à cette aune.

Or, il existe plusieurs obstacles à la mise en œuvre de ce dialogue entre les autorités maliennes et les djihadistes. S’intéresser aux obstacles n’est, selon nous, pas suffisant. En réalité, c’est une double interrogation à laquelle nous faisons face : est-il possible d’initier un tel dialogue ? Si oui, cela est-il néanmoins souhaitable au vu des objectifs poursuivis par l’État malien ?

Un processus au résultat incertain mais nécessairement lourd de conséquences

Si l’on a d’ores et déjà connaissance de cas de dialogue entre des représentants de la katiba Macina et des leaders communautaires locaux du centre du Mali (éminences religieuses désireuses d’instaurer un dialogue d’ordre théologique, chefs de village souhaitant négocier certaines des conditions de vie drastiques imposées par les hommes de Koufa…), il s’agissait de modalités de dialogue n’impliquant pas directement les autorités étatiques, à tout le moins pas officiellement.

Il est donc impossible d’extrapoler sur la base de ces exemples pour déterminer la réaction de Koufa face à une demande en provenance de représentants légaux de l’Etat malien. Précisons, comme le rappellent les rédacteurs du rapport de l’ICG, que Koufa s’est, par le passé, dit prêt à rencontrer certains leaders religieux maliens incarnant la tendance rigoriste, parmi lesquels l’imam Mahmoud Dicko, précédemment cité.

A ce stade, on peut donc conjecturer que Koufa, dont la katiba est actuellement en position de force dans le centre du pays, ne serait pas défavorable à l’ouverture d’un tel dialogue, mais uniquement à ses propres conditions et avec les émissaires de son choix.

Mais qu’il accepte ou non cette ouverture, on peut affirmer que l’émission d’une telle proposition de dialogue par les autorités maliennes aurait au moins un résultat incontestable : celui de donner une légitimité institutionnelle au groupe d’Amadou Koufa et, par les jeux d’allégeance déjà évoqués, au GSIM dirigé par Ag Ghali puis, en définitive, à al-Qaïda. Les conséquences sont donc autant locales que nationales et régionales.

Impact au Nord-Mali et dans toute la région

La situation au Nord-Mali est très différente de celle qui prévaut actuellement dans le centre du Mali. Les équilibres sociaux et économiques sont distincts, les groupes armés qui s’y affrontent également. L’ouverture d’un dialogue avec la katiba Macina aurait, à n’en pas douter, un impact direct sur les jeux d’alliances locaux, en replaçant Ag Ghali et le GSIM au centre du jeu et en risquant de fragiliser les groupes armés loyaux à l’État malien, parmi lesquels le Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (GATIA) et le Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA).

Le territoire malien n’est pas le seul à être touché par l’action des groupes armés terroristes. Toute la région sahélienne est aujourd’hui concernée. Au-delà de l’impact sur le territoire national malien, l’ouverture d’un dialogue officiel avec les hommes de Koufa aurait pour effet indirect d’ouvrir des perspectives de légitimation pour d’autres groupes djihadistes actifs dans les États voisins du Mali.

Il convient, en l’espèce, de rester vigilants et de bien différencier les contextes locaux. Certains groupes ou acteurs utilisent le registre du discours djihadiste sans pour autant y adhérer en profondeur. On peut, néanmoins, craindre que la perspective d’un dialogue avec Koufa ne produise une prime à l’engagement djihadiste chez des groupes ou des individus à l’idéologie encore peu cristallisée, en les poussant à adhérer, par opportunisme, au corpus idéologique djihadiste (ou à s’affilier à un groupe djihadiste au rayonnement régional), voyant là une possibilité d’insertion facilitée dans le jeu institutionnel local et national.

Les mouvements djihadistes en question sont les suivants : Al-Qaeda au Maghreb islamique, Ansar Dine, Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’Ouest, Al-Morabitoune, Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, État islamique au Grand Sahara, Ansaroul Islam. DR, Author provided

En outre, on doit insister sur la dimension scissipare des groupes djihadistes sahéliens. L’effet d’aubaine représenté par la perspective de reconnaissance institutionnelle générée par l’ouverture d’un dialogue avec la katiba Macina pourrait, dès lors, pousser certains cadres intermédiaires de l’organisation à envisager la création d’une nouvelle entité afin, le moment venu, de jouir eux-aussi des dividendes de la paix.

Cet effet bien connu des spécialistes des processus de « désarmement, démobilisation et réintégration » (DDR) ne doit pas non plus être négligé dans le cas d’espèce.

Un risque réel d’escalade des violences intercommunautaires

Le discours de Koufa a largement évolué au fil des ans, s’adaptant aux évolutions du contexte stratégique malien. De la promotion d’un djihad global, s’affranchissant du fait ethnique, Koufa revendique aujourd’hui la dimension profondément ethniciste de son combat. En jouant volontairement de l’association entre identité peule et djihadisme, Koufa prend les peuls non-djihadistes, largement majoritaires, en otage.

En reconnaissant la légitimité d’un dialogue avec Amadou Koufa, les autorités maliennes prendraient le risque de conforter la légitimité du discours ethnique qu’il porte, provoquant en réaction une escalade impossible à maîtriser des violences exercées à l’encontre des populations peules – ce qui serait précisément l’inverse de l’effet recherché.

Quelle serait, par exemple ,la réaction des milices pro-dogons, sur lesquelles Bamako exerce une influence bien faible, face à une telle éventualité ? La chaîne causale est ici particulièrement complexe, et il est difficile de proposer un scénario univoque. Ce paramètre ne doit pourtant pas être laissé de côté.

Des revendications acceptables ?

Bien que Koufa n’ait pas, à notre connaissance, formulé de revendications très précises, son projet de société, lui, est bien connu. Le mode opératoire mis en œuvre par Koufa pour imposer son autorité dans le centre du Mali ressemble en tous points à celui décrit par Abou Bakr Naji, responsable aujourd’hui décédé de la propagande d’al-Qaïda, dans son livre : « Gestion de la Barbarie ».

Ce livre, décrit par certains auteurs comme le « Mein Kampf » des djihadistes, précise avec force détails comment s’emparer durablement de territoires en état de fragilité sociale et politique. Le mode opératoire décrit repose sur la mise en œuvre d’une véritable stratégie du chaos à l’intérieur des espaces convoités pour s’imposer ensuite comme l’acteur le plus à même de répondre au chaos précédemment provoqué. C’est ce que Naji appelle « l’administration de la sauvagerie ».


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Il y a donc une filiation certaine entre le projet d’al-Qaïda et celui de Koufa. Et celui-ci semble absolument antinomique avec les fondements mêmes de l’organisation politique, sociale et économique du Mali.

L’imposition de la charia, dans son acception la plus radicale, est une constante dans le discours de Koufa. Ce dernier ne manquerait pas de demander qu’elle soit appliquée avec intransigeance – localement ou au niveau national – en cas de négociations résultant de l’ouverture d’un dialogue. Cela est nécessairement incompatible avec le respect du principe de laïcité qui prévaut au Mali.

Par ailleurs, le type d’islam revendiqué par Koufa, et qu’il souhaite voir imposer à l’ensemble du Mali, est largement minoritaire dans le pays. Les menaces et les exactions que Koufa et ses hommes ont déjà exercées à l’encontre des autorités religieuses qui ne partageaient pas sa conception radicale de l’islam sont, à ce titre, révélatrices. Cette dimension de radicalité religieuse étant centrale dans son discours et dans ses actes, quelles conséquences un dialogue avec Koufa et ses hommes aurait-il sur les représentants et les pratiquants du rite malikite ou des confréries soufies ?

De manière plus générale, la katiba Macina rejette de manière explicite le fait démocratique même. Ainsi, dans un enregistrement retranscrit par les auteurs du rapport de l’ICG, Boukary Petal, un des principaux lieutenants de Koufa, est particulièrement explicite sur ce point :

« Notre combat est un combat entre la foi et la mécréance, la démocratie et le livre d’Allah. »

Bien que Koufa n’ait pas, à notre connaissance, formulé de revendications très précises, son projet de société, lui, est bien connu. Le mode opératoire mis en œuvre par Koufa pour imposer son autorité dans le centre du Mali ressemble en tous points à celui décrit par Abou Bakr Naji, responsable aujourd’hui décédé de la propagande d’al-Qaïda, dans son livre : « Gestion de la Barbarie ».

Ce livre, décrit par certains auteurs comme le « Mein Kampf » des djihadistes, précise avec force détails comment s’emparer durablement de territoires en état de fragilité sociale et politique. Le mode opératoire décrit repose sur la mise en œuvre d’une véritable stratégie du chaos à l’intérieur des espaces convoités pour s’imposer ensuite comme l’acteur le plus à même de répondre au chaos précédemment provoqué. C’est ce que Naji appelle « l’administration de la sauvagerie ».


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Il y a donc une filiation certaine entre le projet d’al-Qaïda et celui de Koufa. Et celui-ci semble absolument antinomique avec les fondements mêmes de l’organisation politique, sociale et économique du Mali.

L’imposition de la charia, dans son acception la plus radicale, est une constante dans le discours de Koufa. Ce dernier ne manquerait pas de demander qu’elle soit appliquée avec intransigeance – localement ou au niveau national – en cas de négociations résultant de l’ouverture d’un dialogue. Cela est nécessairement incompatible avec le respect du principe de laïcité qui prévaut au Mali.

Par ailleurs, le type d’islam revendiqué par Koufa, et qu’il souhaite voir imposer à l’ensemble du Mali, est largement minoritaire dans le pays. Les menaces et les exactions que Koufa et ses hommes ont déjà exercées à l’encontre des autorités religieuses qui ne partageaient pas sa conception radicale de l’islam sont, à ce titre, révélatrices. Cette dimension de radicalité religieuse étant centrale dans son discours et dans ses actes, quelles conséquences un dialogue avec Koufa et ses hommes aurait-il sur les représentants et les pratiquants du rite malikite ou des confréries soufies ?

De manière plus générale, la katiba Macina rejette de manière explicite le fait démocratique même. Ainsi, dans un enregistrement retranscrit par les auteurs du rapport de l’ICG, Boukary Petal, un des principaux lieutenants de Koufa, est particulièrement explicite sur ce point :

 

« Notre combat est un combat entre la foi et la mécréance, la démocratie et le livre d’Allah. »

On peut, bien sûr, arguer que ce discours serait susceptible d’évoluer dans le cadre d’un dialogue institutionnalisé avec les autorités légitimes de l’État malien. Cela nous ramène, néanmoins, à un point fondamental : dans l’hypothèse de l’ouverture d’un dialogue, lequel des deux interlocuteurs est aujourd’hui en position de force ?

On peut, bien sûr, arguer que ce discours serait susceptible d’évoluer dans le cadre d’un dialogue institutionnalisé avec les autorités légitimes de l’État malien. Cela nous ramène, néanmoins, à un point fondamental : dans l’hypothèse de l’ouverture d’un dialogue, lequel des deux interlocuteurs est aujourd’hui en position de force ?

« Le pouvoir qui se dégrade n’obtient point merci de ses ennemis »

Cette citation de Chateaubriand, que le politiste malien Sega Diarrah a choisi de mettre en incipit de son récent article très critique sur l’opportunité de mettre en place un dialogue avec Amadou Koufa, illustre toute l’ambiguïté d’une proposition d’ouverture du dialogue avec la katiba Macina en ce moment précis.

Il importe, en effet, de considérer l’équilibre des forces lors de l’ouverture d’un dialogue entre deux parties au conflit. Or, en l’état actuel de la situation, les autorités maliennes ne sont pas encore en position dominante du point de vue sécuritaire dans la région du centre. Dans l’hypothèse de l’ouverture d’un dialogue, Koufa arriverait à la table des négociations dans une position particulièrement avantageuse.

Cette ambiguïté est d’ailleurs relevée par un érudit religieux de Mopti, membre de l’Association malienne pour l’Unité et le Progrès de l’islam, cité par les auteurs du rapport D’ICG :

« Maintenant qu’ils ont le dessus, comment pouvons-nous négocier avec eux ? Soit ils dictent ce qu’ils veulent, soit nous devons nous battre jusqu’à ce que tout le monde en ait assez. Ensuite, on peut envisager de négocier. C’est ainsi que tous les États ont traité le problème du terrorisme. »

Quel dialogue pour quel projet politique ?

Tout dialogue n’est pourtant pas vain. Des canaux officieux doivent pouvoir continuer à exister afin, le moment venu, de négocier notamment la reddition de membres du groupe de Koufa. Par ailleurs, il convient d’opérer une distinction entre les cadres de la Katiba et les simples combattants ou personnels chargés de fonctions supports.

Des études ont montré que les motifs de leur engagement auprès des groupes djihadistes étaient très variables, et reposaient bien souvent sur des perspectives économiques et sociales locales, davantage que sur des considérations strictement idéologiques. Encourager le dialogue intercommunautaire – y compris avec ceux qui auraient pu nouer des liens avec les hommes de Koufa – dans une optique de médiation sociale et de réinsertion économique, semble absolument indispensable. C’est ce type de dialogue qu’il convient de privilégier.

Les groupes djihadistes ne naissent pas par génération spontanée. Ils émergent plutôt de la capacité des « entrepreneurs de violence » locaux à instrumentaliser les griefs concrets des populations. L’idéologie djihadiste sert alors de coagulant, offrant un projet politique alternatif clé en main fondé sur une légitimité que les djihadistes s’évertuent à ancrer dans le temps long, de manière artificielle, en jouant de l’opposition avec les institutions modernes de l’État, entendues, elles, comme une importation récente de l’Occident.


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Le terreau privilégié permettant l’implantation de ces groupes est connu : des États à la faible empreinte territoriale et à la légitimité fragile. Or des outils existent afin de lutter contre ces deux carences.

La décision d’ouvrir ou non un dialogue avec Amadou Koufa et ses lieutenants est celle des Maliens et de leurs représentants. Quelle que soit la décision retenue, il importe plus que jamais de contribuer à retisser le lien social au Mali en aidant l’État à reconstruire sa légitimité auprès des populations, dans une démarche inclusive.

Or un État légitime est avant tout celui qui répond aux besoins des populations qu’il administre. Car si l’approche exclusivement militaire a montré ses limites, beaucoup reste à faire et à construire à l’échelle locale, avant d’envisager, de guerre lasse, de céder le terrain au projet de contre-société porté par Koufa et la katiba Macina.

Nota Bene : Les propos énoncés dans cette publication ne sauraient engager la responsabilité de Civipol.

Etienne Huyghe, Doctorant en Relations Internationales à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article.

SAINT-LARY Maud

Réislamisations au Burkina Faso. Questions de genre et enjeux sociaux
 

Résumé

Ce livre explore le phénomène de réislamisation en portant une attention particulière aux pratiques et aux discours de ces militants. Quel rôle jouent-ils dans la régulation de la vie quotidienne ou dans le contrôle de la sexualité des croyants ? Comment leurs valeurs s’articulent-elles avec les politiques publiques dites de promotion féminine sur le mariage forcé et l’excision ?    

Coût 25 euros
Nombre de pages 300
Hauteur 240 mm
Largeur 160 mm
Date de parution 2019
Date de publication 12/07/2019

Editeur :   Karthala

Collection :   Religions contemporaines

Zone(s) géographique(s)   Afrique

Thématique(s)    Fait religieux, Peuples et sociétés, Questions sociales, Anthropologie

 

Description complète

Depuis trente ans, l’Afrique de l’Ouest est le théâtre d’un renouveau islamique qui s’illustre par l’apparition de mouvements réformistes, d’ONG et d’associations se réclamant de l’islam. Le Burkina Faso ne fait pas exception à ce phénomène multiforme. En quelques décennies, le pays a vu émerger une panoplie de figures locales qui agissent au quotidien dans leur quartier sous la bannière de l’islam. Ce sont des marabouts, des militants d’association islamiques, mais aussi des jeunes ou des femmes qui autrefois n’avaient pas voix au chapitre. Ils diffusent leur conception du « vrai » islam et prennent position sur des enjeux sociétaux, comme les rapports homme/femme, la sexualité ou le mariage.
 Ce livre explore le phénomène de réislamisation en portant une attention particulière aux pratiques et aux discours de ces militants. Quel rôle jouent-ils dans la régulation de la vie quotidienne ou dans le contrôle de la sexualité des croyants ? Comment leurs valeurs s’articulent-elles avec les politiques publiques dites de promotion féminine sur le mariage forcé et l’excision ? Comment les femmes participent-elles à ces dynamiques ? Autant de questions traitées grâce à des enquêtes ethnographiques conduites dans différents milieux islamiques entre 2008 et 2015 au Burkina Faso et principalement à Ouagadougou.
Maud Saint-Lary est anthropologue rattachée à l’Institut des Mondes Africains (IMAf). Elle effectue depuis de nombreuses années des recherches sur les dynamiques de l’islam subsaharien et plus particulièrement au Burkina Faso. Elle est également membre et cofondatrice du Laboratoire de Sciences Sociales Appliquées (LaSSA) à Marseille.