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Tchad: après la mort d’Idriss Déby, un nouveau chef au bout de la nuit

 

Les rumeurs ont couru, les questions ont commencé à naître. Ce 20 avril 2021, la nouvelle de la mort d’Idriss Déby est annoncée par un groupe de militaires qui apparaît à la télévision : le CMT, le Conseil militaire de transition, avec à sa tête Mahamat Idriss Déby, le fils du président défunt. La création de ce conseil, chargé de préserver la stabilité et la permanence du pouvoir en place, s’est faite entre le 19 et le 20 avril, après des échanges entre les grandes figures du régime. Retour dans ce troisième volet de notre enquête sur les discussions qui ont conduit à la réorganisation du pouvoir tchadien.   

Il est 13h15, ce mardi 20 avril 2021, lorsque quinze généraux en treillis sable apparaissent à la télévision tchadienne. Trois hommes sortent du rang. Celui qui s’approche du micro est le général de brigade Azem Bermandoa Agouna, porte-parole de l’armée. Il lit le communiqué annonçant la mort d’Idriss Déby, des suites de blessures reçues au front. À sa droite, un homme de taille modeste aux traits jeunes et aux petites lunettes. Le général Mahamat Idriss Déby prend la tête du Conseil militaire de transition (CMT). Il est le fils du défunt. À sa gauche, la grande et massive carrure du général de division Djimadoum Tiraina, ministre délégué à la défense au moment des faits. Il devient le vice-président du CMT.

 

 

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Mahamat Idriss Deby Itno, le fils du président Idriss Deby Itno ce mardi 20 avril 2021, dirige le Conseil militaire de transition (CMT). © Tele Tchad via AP 

 

Le maréchal du Tchad est mort depuis plus d’une journée. Tout le lundi, la rumeur a circulé dans les cercles du pouvoir qu’il avait été blessé, mais sans inquiéter outre mesure : « dans ma génération, on a tous été blessés plusieurs fois, on a tous des souvenirs », explique un ancien farouche adversaire d’Idriss Déby devenu son conseiller, « il y avait bien un gros déploiement autour de la garde présidentielle et du palais, mais la ville était très calme, il n’y avait aucun signe de panique ». « On a entendu ça, mais on n’avait aucune confirmation », affirme un diplomate. De retour de Sarh, le président de l’Assemblée nationale, Haroun Kabadi, constate lui aussi « les chars déployés » entre l’aéroport et la présidence, mais rentre chez lui sans s’en émouvoir outre mesure.

Le ton change néanmoins dans l’après-midi. Chargé d’assurer l’intérim à la tête de l’État en cas de vacance du pouvoir, Haroun Kabadi est d’abord informé que le président est « rentré » sans plus de précisions. Le soir, on lui demande de venir à la présidence. « On me dit d’abord qu’il est blessé, puis dans la nuit, son fils Abdelkerim m’informe de son décès. » Abdelkerim Idriss Déby, dit « Kerimo », est alors le directeur adjoint du cabinet de son père, il est aux premières loges de la transition qui s’ébauche. C’est toujours, un an plus tard, un acteur central puisqu’il est resté auprès de son frère. Il a reçu RFI à la présidence quelques instants. Il préfère esquiver les questions sur le sujet « pour ne pas brouiller le message sur l’action dans le présent et l’avenir ». 

► À lire aussi, le premier volet de notre enquête : Tchad: les derniers jours du maréchal Idriss Deby

Mahamat Idriss Déby a résumé les faits en novembre 2021 sur France 24 : « Arrivé à Ndjamena, le chef d’état-major général des armées (le général Daoud) a informé le président de l’Assemblée. Il lui a demandé de venir prendre ses responsabilités constitutionnelles. Ce qu’il a, évidemment, refusé, en tenant compte de la situation de guerre de notre pays. Il a jugé qu’il n’était pas opportun pour un civil de présider aux destinées du pays. » La vacance du pouvoir est en tout cas constatée par le président de la Cour suprême, Samir Adam Annour, qui a vu le corps du défunt. Il n’a pas donné suite à nos sollicitations.

« Je ne voulais pas de vide sécuritaire, avec la guerre à 300 km d’ici. La gloire et 90 jours au pouvoir semblaient bien peu face au risque de basculement du pays. »

Haroun Kabadi

Un an après, Haroun Kabadi, aujourd’hui président du Conseil national de transition (qui fait office de parlement provisoire), appuie cette version. Celui qui est aussi le secrétaire général du Mouvement patriotique du salut, le parti de feu Idriss Déby, assure qu’il a pris lui-même la décision de se mettre en retrait : « On m’a insulté, traité de poltron, mais je l’ai fait par choix, face à une situation d’exception. Personne ne m’a contraint, on ne m’a pas mis de pistolet sur la tempe. Dans cette séquence, il fallait surtout préserver la combativité des soldats confrontés à la perte de leur chef suprême. Je ne voulais pas de vide sécuritaire, avec la guerre à 300 kilomètres d’ici. La gloire et 90 jours au pouvoir semblaient bien peu face au risque de basculement du pays. Et les faits m’ont donné raison puisque les troupes sont restées mobilisées et que la guerre a été gagnée. »

D’autres interlocuteurs proches du pouvoir soulignent qu’il n’avait pas d’autre solution que de s’effacer. « Il était impossible d’avoir un président civil qui ait une emprise sur les militaires. On ne pouvait pas mettre quelqu’un qui n’a jamais tiré un coup de feu alors que la guerre était à 300 kilomètres. Parfois la réalité prend le pas sur les principes », dit crûment un officiel, selon qui, en réalité, c’est le chef d’état-major des armées, le général Daoud, « qui a tout géré, de l’évacuation du corps à l’organisation de la transition ».

Une liste de quinze généraux pour conduire la transition

Alors qu’Haroun Kabadi choisit de faire primer « le principe de réalité sur le droit », un groupe de militaires du premier cercle et de membres du clan est en réalité à pied d’œuvre depuis plusieurs heures pour « limiter les dégâts », réduire les risques que la fin d’Idriss Déby crée pour le pays et pour eux-mêmes. Selon nos informations, on y trouve les généraux Taher Erda, un fidèle de trente ans qui dirige le renseignement militaire, Djimadoum Tiraina, désormais vice-président du CMT, Bichara Issa Djadallah, chef d’état-major particulier du Maréchal (un poste qu’il a retrouvé auprès de son fils), et Ahmat Youssouf Mahamat Itno, un neveu du chef de l’État. Mahamat Idriss Déby et le chef d’état-major, le général Daoud, rentrés à Ndjamena dans la journée, les rejoignent, tandis que dans le même temps, leurs troupes assurent la victoire militaire sur le Fact dans le Kanem.

Ils mettent sur pied une liste de quinze généraux, amenés à conduire la transition, qu’ils soumettent au président de l’Assemblée : « J’ai vu la liste et leur ai dit de ne pas la toucher, car je sentais que ces gens là se faisaient confiance », souligne aujourd’hui Haroun Kabadi. 

 

La « confiance », c’est le terme employé par plusieurs acteurs de cette transition pour justifier le choix de Mahamat Idriss Déby comme président de ce CMT. « Il connaît ses hommes, il est respecté », dit l’un d’eux, « c’était le choix naturel ». « Il présentait l’intérêt d’être un militaire connaissant le terrain, d’avoir des liens familiaux au sein de plusieurs ethnies (sa mère est gorane) et d’être présentable aux partenaires du pays », synthétise un universitaire local. De fait, avoir servi au Mali avec le contingent tchadien donne à « Kaka », le surnom dont il a hérité après avoir été élevé par sa grand-mère paternelle, du crédit auprès de la France, souligne un conseiller à la présidence, qui brosse le portrait reluisant d’un homme « généreux, pondéré, frugal et pieux ».

À l’extérieur du palais ce lundi 19 au soir, les militants du MPS attendent longuement l’arrivée de leur champion, que la Commission électorale vient d’annoncer réélu pour un sixième mandat avec 79,32% des voix. « C’est là qu’on a trouvé étrange de ne pas le voir, qu’on a compris qu’il se passait quelque chose », se rappelle aujourd’hui un diplomate étranger.

► À (re)lire : Présidentielle au Tchad : Idriss Déby réélu dès le premier tour, selon les résultats provisoires

Des résultats comme une dernière légitimation posthume ? « C’est bien possible », grince un de ses adversaires au scrutin. « Les gens de la Céni n’avaient aucune idée de ce qui se passait », assure pour sa part un ministre. Quoi qu’il en soit, ces résultats provisoires ne seront jamais avalisés par la Cour suprême. Ils n’ont donc aucune valeur juridique et auraient dû conduire à l’organisation d’un nouveau scrutin. Mais le pouvoir est déjà entre les mains des militaires. Au petit matin, les autres membres du CMT, prévenus de leur cooptation par téléphone, se présentent en uniforme. Le communiqué est lu aux Tchadiens sur les médias nationaux, la Constitution est suspendue, le gouvernement et l’Assemblée dissous, des élections sont promises dans un délai de 18 mois. D’ici là et dans l’hypothétique tenue des délais, c’est toujours un Déby qui présidera aux destinées des Tchadiens. Lire le quatrième et dernier épisode de notre enquête ici.

► « Mort d’Idriss Déby : enquête sur la grande énigme » est une investigation coordonnée par François Mazet et Florence Morice, avec Franck Alexandre, Madjiasra Nako et Esdras Ndikumana.

Côte d’Ivoire-Togo : Faure Gnassingbé en opération lobbying chez Alassane Ouattara 

En visite éclair à Abidjan, le 14 avril, le chef de l’État togolais a profité de son entretien avec son homologue ivoirien pour évoquer le dossier malien… Et ses relations tendues avec Nana Akufo-Addo. Explications.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 18 avril 2022 à 19:00
 
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Faure Essozimna Gnassingbé et Alassane Ouattara, le 14 avril à Abidjan. © Twitter / Alassane Ouattara.

 

Lors de son séjour express, Faure Essozimna Gnassingbé a été reçu par Alassane Ouattara au petit palais de la présidence ivoirienne. Peu de détails ont filtré sur le contenu de leurs discussions, officiellement axées sur le contexte sécuritaire régional.

En réalité, il a surtout été question du dossier malien, et plus précisément des relations désormais tendues qu’entretient le président togolais avec son homologue ghanéen, Nana Akufo-Addo. La position de Lomé, qui souhaite mettre fin à l’isolement de Bamako, crée en effet des crispations au sein de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et avec son président en exercice.

Proximité avec Assimi Goïta

Selon nos informations, Faure Gnassingbé a plaidé auprès d’Alassane Ouattara en faveur d’un assouplissement des sanctions visant le Mali et demandé au président ivoirien son soutien dans la médiation qu’il a personnellement entamée il y a plusieurs semaines. De son côté, Nana Akufo-Addo l’accuse de chercher à entraver les efforts sous-régionaux. La proximité affichée entre le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, et les juntes au pouvoir à Bamako – en particulier avec le président de la transition, Assimi Goïta – et à Conakry, est mal perçue à Accra.

Faure Gnassingbé, qui convoite la succession de Nana Akufo-Addo à la présidence de la Cedeao, souhaite par ailleurs avoir l’appui d’Alassane Ouattara. Or, ce poste doit, en théorie, revenir au Bissau-Guinéen Umaro Sissoco Embaló. Le président togolais mise sur les relations parfois un peu difficiles que celui-ci entretient avec leur homologue ivoirien. Le mandat de Nana Akufo-Addo, comme celui du président de la Commission, Jean-Claude Brou, a été prorogé jusqu’à fin juin lors d’un sommet qui s’est tenu en décembre à Abuja.

Goodluck Jonathan éconduit

Le 11 avril, le Nigérian Goodluck Jonathan, médiateur de la Cedeao, devait se rendre à Bamako afin de négocier à nouveau avec la junte au sujet du calendrier de la transition. Mais ce voyage a été reporté car les autorités maliennes n’étaient pas prêtes à le recevoir. Les deux parties réfléchissent ensemble à une nouvelle date.

Si un délai de 12 mois était privilégié par les chefs d’État de la Cedeao, les 16 mois proposés par l’Union africaine (UA) et un comité d’experts créé pour l’occasion pourraient également convenir à l’institution ouest-africaine. « Si Bamako accepte, il y a de fortes chances pour que la Cedeao donne son feu vert », confie un diplomate en poste à Bamako. Le Togo, lui, plaide pour davantage de souplesse et suggère un délai de 24 mois.

Le président togolais et Alassane Ouattara échangent régulièrement. Le premier a plusieurs fois plaidé auprès du second afin que celui-ci intervienne auprès de leur homologue béninois Patrice Talon en faveur de la libération de l’opposante Reckya Madougou, incarcérée à Cotonou. Elle fut la conseillère de Faure Gnassingbé, qu’elle a accompagné lors de tous ses déplacements en Côte d’Ivoire.

Pré-dialogue tchadien de Doha : les propositions du gouvernement plutôt mal accueillies

 

Un peu plus d’un mois désormais que le pré-dialogue tchadien est en cours au Qatar. Les négociations rassemblent 200 délégués représentants du pouvoir tchadien et plus d’une cinquantaine de groupes politico-militaires. Jeudi 14 avril, le médiateur a présenté les propositions venues de Ndjamena. Les groupes politico-militaires ont 4 jours pour présenter leurs contre-propositions, mais déjà on voit un grand fossé entre les deux parties.

Parmi les principales mesures proposées par le gouvernement, on trouve une amnistie pour les signataires, un arrêt des opérations visant leurs groupes armés, la libération de leurs membres et de leurs biens saisis, totale liberté de circulation ou encore droit de participer à la vie publique et politique. Mais les négociations s'annoncent encore longues et difficiles. Le texte du gouvernement n'a pas du tout plu aux groupes politico-militaires.

L'un des négociateurs, le colonel Adoum Yacoub, balaye les propositions de Ndjamena. « C’est un document qui ne propose absolument rien, dans ce sens qu’il demande purement et simplement le ralliement des groupes politico-militaires. C’est un texte honteux, indigne d’être présenté dans un forum de cette nature. C’est un manque total de considération de l’opposition politico-militaire, mais aussi du médiateur. »

Pour les rebelles, Ndjamena a une vision bien trop réductrice du dialogue et ressorti de vieilles propositions déjà présentées dans des négociations passées. Selon Ali Youssouf Mahamat, l'un des principaux négociateurs, certains points fondamentaux devront obligatoirement figurer dans le texte.

« Le gouvernement doit s’engager dans la réforme de l’armée nationale, qui est une armée clanique. La charte de transition n’est pas claire, il faut qu’il modifie cette charte et il faut mettre en place des institutions qui sont vraiment capables de gérer la transition. Tous ces engagements ne figurent pas dans le texte. On veut que le gouvernement change de comportement dans la gestion, dans le choix des hommes, dans la gouvernance politique, judiciaire, économique. Change de méthode. C’est ça que nous voulons. »

Les groupes politico-militaires se disent toujours aussi engagés dans les discussions, mais demandent au pouvoir de changer drastiquement sa position. Les mouvements ont jusqu'à la semaine prochaine pour donner leurs contre-propositions. Charge au médiateur qatari d'en proposer une synthèse qui servira de base pour la suite.

► A lire : Pré-dialogue tchadien à Doha: le médiateur présente les propositions du gouvernement

Sénégal : qui veut la peau du « capitaine Touré », le gendarme de l’affaire Sonko ?

Il avait été le premier à entendre Adji Sarr après le dépôt de sa plainte contre l’opposant Ousmane Sonko. Radié de son poste à la gendarmerie en juin 2021, Seydina Oumar Touré vient d’être limogé de l’institut privé où il venait d’être embauché.

Par  - à Dakar
Mis à jour le 16 avril 2022 à 10:11
 
 
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Seydina Oumar Touré. © Facebook Seydina Oumar Touré

 

Sa reconversion fut rapide, et son limogeage éclair. Sitôt embauché comme professeur vacataire au sein du reconnu Institut africain de management (IAM) de Dakar, l’ex-capitaine de gendarmerie Seydina Oumar Touré vient d’être remercié. Il en a fait l’annonce sur sa page Facebook jeudi 14 avril, précisant qu’il avait appris la nouvelle dans la matinée.

« La direction de l’IAM a souhaité mettre un terme à notre collaboration pour des raisons que je préfère garder par respect pour cette grande école », a annoncé Seydina Oumar Touré. Il a également dénoncé des « pressions » qu’aurait subies l’institut privé. Basé dans le quartier huppé de Mermoz, l’IAM forme plusieurs milliers d’élèves aux métiers des ressources humaines, de l’audit, de l’immobilier et de la communication. D’autres antennes existent également dans le pays, au Burkina Faso et au Mali.

L’institut, fondé il y a vingt-sept ans par le député de l’opposition Moustapha Mamba Guirassy, est considéré comme l’une des principales business schools du pays et de la sous-région. L’homme politique, proche d’Ousmane Sonko, avec qui il chemine au sein de la coalition d’opposition Yewwi Askan Wi (YAW) est d’ailleurs cité dans sa publication Facebook par l’ancien capitaine, qui le remercie pour sa confiance.

Un dossier explosif

Lundi 11 avril, l’ancien capitaine avait annoncé le début de sa collaboration avec l’IAM en tant que professeur vacataire en sciences juridiques. Un « rêve d’enfant » pour cet homme qui venait tout juste de valider son master 2 en relations internationales à la faculté de droit de l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar. Mais aussi une reconversion rapide pour celui qui avait été radié l’année dernière de sa fonction de cadre de la gendarmerie nationale sénégalaise par décret présidentiel après neuf ans de service.

Juste avant, le capitaine Touré officiait à la section de recherches de Colobane. Ce poste l’a conduit à mener l’enquête préliminaire de la gendarmerie concernant la plainte déposée le 5 février 2021 par Adji Sarr, qui accuse l’opposant Ousmane Sonko de l’avoir violée à plusieurs reprises dans le salon de massage dans lequel elle travaillait. C’est lui qui avait conduit les interrogatoires de la plaignante et des principaux témoins du dossier, avant de boucler son enquête trois jours plus tard.

Lorsque l’affaire devient publique, début février 2021, et que le procès-verbal des auditions commence à fuiter, le capitaine multiplie les sorties dans la presse. Il annonce aussi être suivi par des agents des renseignements sénégalais, évoque sa démission. Une prise de position peu appréciée par sa hiérarchie, qui dénonce ses « agissements et sorties médiatiques » et fait savoir qu’il manque depuis plusieurs jours à son poste.

CERTAINES PERSONNALITÉS DE MA HIÉRARCHIE SE SONT LIGUÉES AVEC DES HOMMES POLITIQUES, M’ONT SURVEILLÉ, M’ONT FAIT ÉCOUTER ET ONT PRÉFÉRÉ ME RADIER PLUTÔT QUE D’ACCEPTER MA DÉMISSION

« Cet officier, connu jusque-là pour sa bonne manière de servir, est en train de violer ses obligations militaires », informe alors la gendarmerie nationale. Dès le lendemain, le capitaine est conduit aux arrêts de rigueur et passe plusieurs semaines en détention, avant d’être radié le 14 juin 2021 pour « faute contre l’honneur, la probité et les devoirs généraux du militaire. »

« Dans leurs magouilles, à tort, certaines personnalités de ma hiérarchie se sont liguées avec des hommes politiques, m’ont surveillé, m’ont fait écouter et ont préféré me radier plutôt que d’accepter ma démission », déclarera-t-il plus tard. Son récent limogeage par l’IAM est-il lié à cette affaire ? C’est ce que semble croire Seydina Oumar Touré, qui n’a pas répondu aux sollicitations de Jeune Afrique.

Curieux timing

Une source au sein de l’IAM, qui réfute toute « pression » des autorités sénégalaises, explique que c’est sa publication initiale du 11 avril qui a entraîné son limogeage. « Nous avons préféré couper court à notre collaboration par mesure de prudence après sa communication sur les réseaux sociaux. Nous sommes une école de formation, et ne pouvons prendre le risque de créer un débat autour d’un simple module géré par un professeur vacataire. »

Dans un communiqué publié vendredi, le ministère de l’Enseignement supérieur reconnaît néanmoins s’être impliqué dans l’affaire. Le ministère insiste ainsi sur les « exigences de performance » des établissement privés, notamment en ce qui concerne le profil de leur personnel enseignant. « L’enseignement reste une vocation et non un refuge », tacle le ministère, qui conclut en évoquant sa « ferme décision » de veiller au profil et à la « probité » des enseignants.

Les autorités annoncent également avoir contacté la direction de l’établissement avant que celle-ci ne mette fin au contrat de son nouveau professeur. Une information confirmée par notre interlocuteur au sein de l’école, qui insiste sur l’indépendance de l’établissement. « Nous sommes une structure privée. Nous ne pouvons être soumis à aucune pression, sinon celle du marché. Nous ne pouvons prendre le risque d’une mauvaise publicité de ce genre, vis-à-vis de nos partenaires financiers ou de notre conseil d’administration. » À en croire notre interlocuteur, l’IAM a donc choisi de se protéger de toute possibilité de scandale en mettant immédiatement un terme à sa collaboration avec le vacataire, qui n’a pu dispenser que quelques heures de cours.

Le timing de ce limogeage interroge néanmoins, alors que Adji Sarr a été entendue ce jeudi 14 avril par le juge chargé du dossier, et confrontée à la gérante du salon de massage. « L’homme politique africain combat ses propres citoyens, dénonce quant à lui Seydina Oumar Touré. Où est la démocratie, la liberté, dans tout ça ? »

Dès le 14 avril, une cagnotte de soutien était lancée au bénéfice de l’ancien capitaine, « injustement radié de la fonction publique ». Sa rupture de contrat est qualifiée d’« énième forfaiture et énième injustice sociale » par les organisateurs de la cagnotte. Signe de la popularité de l’ancien enquêteur, le montant récolté s’élevait à plus de 30 millions de F CFA un jour seulement après sa création.

Burkina Faso : le russe Nordgold jette l’éponge à Taparko

Le producteur russe d’or invoque des « raisons de sécurité » pour justifier l’arrêt de ses activités à Taparko. La principale mine privée du pays est située dans le nord du Burkina, en proie à des violences djihadistes depuis 2015.

Par  - à Ouagadougou
Mis à jour le 12 avril 2022 à 18:11
 

 

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Des ouvriers marchent devant un stock de minerai d’or sur le site de la mine d’or de Taparko-Bouroum, dans le nord du Burkina Faso, le 11 mars 2009. © Katrina Manson/REUTERS

 

Les tensions semblent être arrivées à leur comble. Dans la soirée du 12 avril, la mine de Taparko, exploitée par le russe Nordgold, a annoncé dans une note d’information adressée au personnel, l’arrêt de ses activités pour « cas de force majeure ». Conséquence immédiate de cette décision : quelque 400 à 500 salariés, selon la direction du site aurifère situé à 200 km de la capitale dans le Namentenga, sont mis d’office au chômage technique. Des pourparlers doivent se tenir avec le ministère des Mines pour statuer sur leur sort.

Alors que Nordgold étudiait la possibilité d’investir plusieurs dizaines de milliards de F CFA pour développer une mine souterraine à Taparko, cette option se voit compromise par l’insécurité grandissante. « La situation sécuritaire au Burkina Faso se dégrade de jour en jour avec des conséquences négatives incalculables. Toute la zone autour de nos sites d’exploitation y compris la route Ouaga-Dori sont actuellement sous menace terroriste », précise le document signé par Alexandre Hagan Mensa, le directeur général de la Société des mines de Taparko (Somita).

Il ajoute : « Ces dernières semaines, l’accès au site est devenu pratiquement impossible. Cette situation met gravement en danger la vie du personnel sur les sites », d’après le responsable qui estime la société dans « une situation d’impossibilité absolue de poursuivre ses activités ».

Sécurisation des sites aurifères

Pour Rasmane Sawadogo, directeur De Nordgold au Burkina, « les sites de Bouroum, de Goengo et de Taparko sont régulièrement menacés par des hommes armés. Le personnel est stigmatisé et subit un fort niveau de stress lors des rotations. Au regard des risques élevés, la direction a donc décidé de préserver la sécurité des travailleurs en arrêtant les activités minières ». En effet, le 13 mars dernier, treize gendarmes ont péri dans une embuscade à Gorbalé près de Taparko, sur l’axe Kaya-Dori. La semaine suivante, vingt personnes trouvaient la mort dans l’attaque d’une mine d’or artisanale dans le nord du pays.

Pour faire face, certaines mines sont obligées d’héliporter leurs personnels sur site. Selon nos informations, le coût mensuel des rotations aériennes atteint près de 3 milliards de F CFA. Les groupes miniers actifs au Burkina Faso – Endeavour Mining, IamGold (Essakane), West African Resources ou encore Nordgold – en appellent au président de la transition, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, pour que la sécurisation des sites aurifères et la relance de l’exploration minière soient des priorités.

« Depuis plusieurs années, nous n’avons plus d’investissements dans l’exploration minière. Le Burkina, qui était pourtant l’un des pays les plus dynamiques de la région dans ce domaine, est aujourd’hui relégué au second plan. C’est un chantier prioritaire pour les nouvelles autorités », estime un responsable d’une société minière. Le climat d’insécurité a provoqué le gel des budgets alloués à l’exploration et, à l’inverse, une hausse des dépenses de sécurité (estimée à entre +10% et +25 % depuis 2016).

Deux autres projets miniers au Burkina

Pour calmer les tensions qui pèsent sur le secteur aurifère, les autorités misent sur l’Office national de sécurisation des sites miniers (Onasim). Créé en 2018, l’organisme public contrôlé par le ministère des Mines, devait déployer quelque 3 000 policiers et gendarmes sur le terrain, la sécurité des sites faisant partie de ses prérogatives. Aujourd’hui, ils sont à peine 500 personnes.

Interrogé sur les répercussions des sanctions occidentales appliquées à la Russie en riposte à la guerre en Ukraine, Nordgold réfute tout lien avec la fermeture de la mine de Taparko.

La Société des mines de Taparko, propriété de la compagnie minière russe Nordgold , a été l’un des premiers sites à produire de l’or dans le pays, inaugurant l’ère du boom minier actuel avec près de 17 gisements aurifères actifs (soit 241 000 onces d’or). Outre Taparko, Nordgold exploite la mine de Samtenga, sur le plateau central, et celle de Sabcé (Bissa Gold), dans le centre-nord du pays, et est aussi présent en Guinée.