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Pré-dialogue tchadien de Doha : les propositions du gouvernement plutôt mal accueillies

 

Un peu plus d’un mois désormais que le pré-dialogue tchadien est en cours au Qatar. Les négociations rassemblent 200 délégués représentants du pouvoir tchadien et plus d’une cinquantaine de groupes politico-militaires. Jeudi 14 avril, le médiateur a présenté les propositions venues de Ndjamena. Les groupes politico-militaires ont 4 jours pour présenter leurs contre-propositions, mais déjà on voit un grand fossé entre les deux parties.

Parmi les principales mesures proposées par le gouvernement, on trouve une amnistie pour les signataires, un arrêt des opérations visant leurs groupes armés, la libération de leurs membres et de leurs biens saisis, totale liberté de circulation ou encore droit de participer à la vie publique et politique. Mais les négociations s'annoncent encore longues et difficiles. Le texte du gouvernement n'a pas du tout plu aux groupes politico-militaires.

L'un des négociateurs, le colonel Adoum Yacoub, balaye les propositions de Ndjamena. « C’est un document qui ne propose absolument rien, dans ce sens qu’il demande purement et simplement le ralliement des groupes politico-militaires. C’est un texte honteux, indigne d’être présenté dans un forum de cette nature. C’est un manque total de considération de l’opposition politico-militaire, mais aussi du médiateur. »

Pour les rebelles, Ndjamena a une vision bien trop réductrice du dialogue et ressorti de vieilles propositions déjà présentées dans des négociations passées. Selon Ali Youssouf Mahamat, l'un des principaux négociateurs, certains points fondamentaux devront obligatoirement figurer dans le texte.

« Le gouvernement doit s’engager dans la réforme de l’armée nationale, qui est une armée clanique. La charte de transition n’est pas claire, il faut qu’il modifie cette charte et il faut mettre en place des institutions qui sont vraiment capables de gérer la transition. Tous ces engagements ne figurent pas dans le texte. On veut que le gouvernement change de comportement dans la gestion, dans le choix des hommes, dans la gouvernance politique, judiciaire, économique. Change de méthode. C’est ça que nous voulons. »

Les groupes politico-militaires se disent toujours aussi engagés dans les discussions, mais demandent au pouvoir de changer drastiquement sa position. Les mouvements ont jusqu'à la semaine prochaine pour donner leurs contre-propositions. Charge au médiateur qatari d'en proposer une synthèse qui servira de base pour la suite.

► A lire : Pré-dialogue tchadien à Doha: le médiateur présente les propositions du gouvernement

Sénégal : qui veut la peau du « capitaine Touré », le gendarme de l’affaire Sonko ?

Il avait été le premier à entendre Adji Sarr après le dépôt de sa plainte contre l’opposant Ousmane Sonko. Radié de son poste à la gendarmerie en juin 2021, Seydina Oumar Touré vient d’être limogé de l’institut privé où il venait d’être embauché.

Par  - à Dakar
Mis à jour le 16 avril 2022 à 10:11
 
 
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Seydina Oumar Touré. © Facebook Seydina Oumar Touré

 

Sa reconversion fut rapide, et son limogeage éclair. Sitôt embauché comme professeur vacataire au sein du reconnu Institut africain de management (IAM) de Dakar, l’ex-capitaine de gendarmerie Seydina Oumar Touré vient d’être remercié. Il en a fait l’annonce sur sa page Facebook jeudi 14 avril, précisant qu’il avait appris la nouvelle dans la matinée.

« La direction de l’IAM a souhaité mettre un terme à notre collaboration pour des raisons que je préfère garder par respect pour cette grande école », a annoncé Seydina Oumar Touré. Il a également dénoncé des « pressions » qu’aurait subies l’institut privé. Basé dans le quartier huppé de Mermoz, l’IAM forme plusieurs milliers d’élèves aux métiers des ressources humaines, de l’audit, de l’immobilier et de la communication. D’autres antennes existent également dans le pays, au Burkina Faso et au Mali.

L’institut, fondé il y a vingt-sept ans par le député de l’opposition Moustapha Mamba Guirassy, est considéré comme l’une des principales business schools du pays et de la sous-région. L’homme politique, proche d’Ousmane Sonko, avec qui il chemine au sein de la coalition d’opposition Yewwi Askan Wi (YAW) est d’ailleurs cité dans sa publication Facebook par l’ancien capitaine, qui le remercie pour sa confiance.

Un dossier explosif

Lundi 11 avril, l’ancien capitaine avait annoncé le début de sa collaboration avec l’IAM en tant que professeur vacataire en sciences juridiques. Un « rêve d’enfant » pour cet homme qui venait tout juste de valider son master 2 en relations internationales à la faculté de droit de l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar. Mais aussi une reconversion rapide pour celui qui avait été radié l’année dernière de sa fonction de cadre de la gendarmerie nationale sénégalaise par décret présidentiel après neuf ans de service.

Juste avant, le capitaine Touré officiait à la section de recherches de Colobane. Ce poste l’a conduit à mener l’enquête préliminaire de la gendarmerie concernant la plainte déposée le 5 février 2021 par Adji Sarr, qui accuse l’opposant Ousmane Sonko de l’avoir violée à plusieurs reprises dans le salon de massage dans lequel elle travaillait. C’est lui qui avait conduit les interrogatoires de la plaignante et des principaux témoins du dossier, avant de boucler son enquête trois jours plus tard.

Lorsque l’affaire devient publique, début février 2021, et que le procès-verbal des auditions commence à fuiter, le capitaine multiplie les sorties dans la presse. Il annonce aussi être suivi par des agents des renseignements sénégalais, évoque sa démission. Une prise de position peu appréciée par sa hiérarchie, qui dénonce ses « agissements et sorties médiatiques » et fait savoir qu’il manque depuis plusieurs jours à son poste.

CERTAINES PERSONNALITÉS DE MA HIÉRARCHIE SE SONT LIGUÉES AVEC DES HOMMES POLITIQUES, M’ONT SURVEILLÉ, M’ONT FAIT ÉCOUTER ET ONT PRÉFÉRÉ ME RADIER PLUTÔT QUE D’ACCEPTER MA DÉMISSION

« Cet officier, connu jusque-là pour sa bonne manière de servir, est en train de violer ses obligations militaires », informe alors la gendarmerie nationale. Dès le lendemain, le capitaine est conduit aux arrêts de rigueur et passe plusieurs semaines en détention, avant d’être radié le 14 juin 2021 pour « faute contre l’honneur, la probité et les devoirs généraux du militaire. »

« Dans leurs magouilles, à tort, certaines personnalités de ma hiérarchie se sont liguées avec des hommes politiques, m’ont surveillé, m’ont fait écouter et ont préféré me radier plutôt que d’accepter ma démission », déclarera-t-il plus tard. Son récent limogeage par l’IAM est-il lié à cette affaire ? C’est ce que semble croire Seydina Oumar Touré, qui n’a pas répondu aux sollicitations de Jeune Afrique.

Curieux timing

Une source au sein de l’IAM, qui réfute toute « pression » des autorités sénégalaises, explique que c’est sa publication initiale du 11 avril qui a entraîné son limogeage. « Nous avons préféré couper court à notre collaboration par mesure de prudence après sa communication sur les réseaux sociaux. Nous sommes une école de formation, et ne pouvons prendre le risque de créer un débat autour d’un simple module géré par un professeur vacataire. »

Dans un communiqué publié vendredi, le ministère de l’Enseignement supérieur reconnaît néanmoins s’être impliqué dans l’affaire. Le ministère insiste ainsi sur les « exigences de performance » des établissement privés, notamment en ce qui concerne le profil de leur personnel enseignant. « L’enseignement reste une vocation et non un refuge », tacle le ministère, qui conclut en évoquant sa « ferme décision » de veiller au profil et à la « probité » des enseignants.

Les autorités annoncent également avoir contacté la direction de l’établissement avant que celle-ci ne mette fin au contrat de son nouveau professeur. Une information confirmée par notre interlocuteur au sein de l’école, qui insiste sur l’indépendance de l’établissement. « Nous sommes une structure privée. Nous ne pouvons être soumis à aucune pression, sinon celle du marché. Nous ne pouvons prendre le risque d’une mauvaise publicité de ce genre, vis-à-vis de nos partenaires financiers ou de notre conseil d’administration. » À en croire notre interlocuteur, l’IAM a donc choisi de se protéger de toute possibilité de scandale en mettant immédiatement un terme à sa collaboration avec le vacataire, qui n’a pu dispenser que quelques heures de cours.

Le timing de ce limogeage interroge néanmoins, alors que Adji Sarr a été entendue ce jeudi 14 avril par le juge chargé du dossier, et confrontée à la gérante du salon de massage. « L’homme politique africain combat ses propres citoyens, dénonce quant à lui Seydina Oumar Touré. Où est la démocratie, la liberté, dans tout ça ? »

Dès le 14 avril, une cagnotte de soutien était lancée au bénéfice de l’ancien capitaine, « injustement radié de la fonction publique ». Sa rupture de contrat est qualifiée d’« énième forfaiture et énième injustice sociale » par les organisateurs de la cagnotte. Signe de la popularité de l’ancien enquêteur, le montant récolté s’élevait à plus de 30 millions de F CFA un jour seulement après sa création.

Burkina Faso : le russe Nordgold jette l’éponge à Taparko

Le producteur russe d’or invoque des « raisons de sécurité » pour justifier l’arrêt de ses activités à Taparko. La principale mine privée du pays est située dans le nord du Burkina, en proie à des violences djihadistes depuis 2015.

Par  - à Ouagadougou
Mis à jour le 12 avril 2022 à 18:11
 

 

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Des ouvriers marchent devant un stock de minerai d’or sur le site de la mine d’or de Taparko-Bouroum, dans le nord du Burkina Faso, le 11 mars 2009. © Katrina Manson/REUTERS

 

Les tensions semblent être arrivées à leur comble. Dans la soirée du 12 avril, la mine de Taparko, exploitée par le russe Nordgold, a annoncé dans une note d’information adressée au personnel, l’arrêt de ses activités pour « cas de force majeure ». Conséquence immédiate de cette décision : quelque 400 à 500 salariés, selon la direction du site aurifère situé à 200 km de la capitale dans le Namentenga, sont mis d’office au chômage technique. Des pourparlers doivent se tenir avec le ministère des Mines pour statuer sur leur sort.

Alors que Nordgold étudiait la possibilité d’investir plusieurs dizaines de milliards de F CFA pour développer une mine souterraine à Taparko, cette option se voit compromise par l’insécurité grandissante. « La situation sécuritaire au Burkina Faso se dégrade de jour en jour avec des conséquences négatives incalculables. Toute la zone autour de nos sites d’exploitation y compris la route Ouaga-Dori sont actuellement sous menace terroriste », précise le document signé par Alexandre Hagan Mensa, le directeur général de la Société des mines de Taparko (Somita).

Il ajoute : « Ces dernières semaines, l’accès au site est devenu pratiquement impossible. Cette situation met gravement en danger la vie du personnel sur les sites », d’après le responsable qui estime la société dans « une situation d’impossibilité absolue de poursuivre ses activités ».

Sécurisation des sites aurifères

Pour Rasmane Sawadogo, directeur De Nordgold au Burkina, « les sites de Bouroum, de Goengo et de Taparko sont régulièrement menacés par des hommes armés. Le personnel est stigmatisé et subit un fort niveau de stress lors des rotations. Au regard des risques élevés, la direction a donc décidé de préserver la sécurité des travailleurs en arrêtant les activités minières ». En effet, le 13 mars dernier, treize gendarmes ont péri dans une embuscade à Gorbalé près de Taparko, sur l’axe Kaya-Dori. La semaine suivante, vingt personnes trouvaient la mort dans l’attaque d’une mine d’or artisanale dans le nord du pays.

Pour faire face, certaines mines sont obligées d’héliporter leurs personnels sur site. Selon nos informations, le coût mensuel des rotations aériennes atteint près de 3 milliards de F CFA. Les groupes miniers actifs au Burkina Faso – Endeavour Mining, IamGold (Essakane), West African Resources ou encore Nordgold – en appellent au président de la transition, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, pour que la sécurisation des sites aurifères et la relance de l’exploration minière soient des priorités.

« Depuis plusieurs années, nous n’avons plus d’investissements dans l’exploration minière. Le Burkina, qui était pourtant l’un des pays les plus dynamiques de la région dans ce domaine, est aujourd’hui relégué au second plan. C’est un chantier prioritaire pour les nouvelles autorités », estime un responsable d’une société minière. Le climat d’insécurité a provoqué le gel des budgets alloués à l’exploration et, à l’inverse, une hausse des dépenses de sécurité (estimée à entre +10% et +25 % depuis 2016).

Deux autres projets miniers au Burkina

Pour calmer les tensions qui pèsent sur le secteur aurifère, les autorités misent sur l’Office national de sécurisation des sites miniers (Onasim). Créé en 2018, l’organisme public contrôlé par le ministère des Mines, devait déployer quelque 3 000 policiers et gendarmes sur le terrain, la sécurité des sites faisant partie de ses prérogatives. Aujourd’hui, ils sont à peine 500 personnes.

Interrogé sur les répercussions des sanctions occidentales appliquées à la Russie en riposte à la guerre en Ukraine, Nordgold réfute tout lien avec la fermeture de la mine de Taparko.

La Société des mines de Taparko, propriété de la compagnie minière russe Nordgold , a été l’un des premiers sites à produire de l’or dans le pays, inaugurant l’ère du boom minier actuel avec près de 17 gisements aurifères actifs (soit 241 000 onces d’or). Outre Taparko, Nordgold exploite la mine de Samtenga, sur le plateau central, et celle de Sabcé (Bissa Gold), dans le centre-nord du pays, et est aussi présent en Guinée.

Bénin: nouvelle attaque terroriste meurtrière dans le nord-ouest du pays

 

Le Bénin a été frappé, lundi 11 avril, une nouvelle fois par une attaque terroriste meurtrière dans le nord-ouest du pays. Le bilan est lourd : cinq soldats des forces de défense nationale sont décédés. Un soldat a été grièvement blessé, il est pris en charge dans un hôpital. 

Avec notre correspondant à Cotonou, Jean-Luc Aplogan

L’attaque a eu lieu à l’extrême nord-ouest du pays, à la frontière avec le Burkina Faso, selon des sources proches du dossier, dans la zone de la Pendjari où les groupes terroristes ont déjà sévi. 

Lundi, en milieu de matinée, ils ont attaqué à l’engin explosif improvisé. Une attaque doublée d’une embuscade, selon nos informations. 

Un convoi de ravitaillement a été pris dans ce piège mortel. Le bilan fait état de cinq militaires tués. Il s’agit de trois sous-officiers et deux soldats. Les dépouilles des soldats tués auraient été récupérées et, selon une source sécuritaire, l’armée béninoise tiendrait toujours ses positions sur le front.

Depuis l’attaque de février, c’est maintenant que les groupes armés terroristes refont parler d’eux. On apprend que dimanche, une patrouille de l’armée béninoise a découvert et neutralisé un engin explosif.

Mercredi dernier, le président béninois, Patrice Talon, a nommé un nouveau chef d’état-major général. Le général Fructueux Gbaguidi, 54 ans, va prendre le commandement de la troupe ce mardi. 

Niger: l'ancien ministre de l'Intérieur Cissé Ousmane Ibrahim placé en détention

 

Au Niger, l’ancien ministre de l’Intérieur Cissé Ousmane Ibrahim a été interpellé et écroué vendredi 8 avril. Il était accusé d’atteinte à la sûreté de l’État dans la tentative du coup d’État déjoué le 31 mars 2021, deux jours avant l’investiture du nouveau président Mohamed Bazoum. 

Avec notre notre correspondant à Niamey, Moussa Kaka

Cissé Ousmane Ibrahim est arrivé sous bonne escorte, vendredi soir, à la prison de civile de Birnin Ngaouré, située à une centaine de kilomètres de Niamey. En signant le mandat de dépôt, le juge d’instruction demande au surveillant de la prison de « détenir en dépôt, jusqu’à ce qu’il en soit autrement ordonné, le commissaire de police Cissé Ousmane Ibrahim ».

De source judiciaire, Cissé Ousmane Ibrahim est accusé de complot ayant pour but de porter atteinte à l’autorité ou à la sûreté de l’État dans la tentative du coup d’État déjoué le 31 mars 2021, soit deux jours avant l’investiture du nouveau président Mohamed Bazoum. Les articles 79 et 261 du code de justice militaire sont cités.

Il rejoint ainsi en prison le capitaine Sani Gourouza et le lieutenant Abdramane Mot qui, dans la nuit du 31 mars 2021, avaient pris le commandement d’un groupe de soldats pour s’attaquer au palais présidentiel. D'après des sources bien informées, le plan de la tentative du coup d’État a été monté depuis Ndjamena à l’ambassade nigérienne où se rendait un proche du ministre Cissé. Un plan revu et corrigé à Niamey à chaque fois que le diplomate rentrait au pays: prendre en étau le palais présidentiel à partir du ministère des Affaires étrangères et de la Corniche de Yantala bas ; renverser ainsi le président Issoufou Mahamadou et empêcher l’investiture du nouveau président élu Mohamed Bazoum. Dans quelques mois dit-on, tous seront jugés ai tribunal militaire.

Cissé Ousmane Ibrahim était ministre de l’Intérieur sous la transition du général Salou Djibo qui a renversé le président Mamadou Tandja. Il est ensuite devenu ambassadeur du Niger au Tchad, avant d’être débarqué, entendu par la justice et écroué.

Selon plusieurs sources, c’est surtout la dernière tentative de déstabilisation du régime de Niamey qui aurait précipité Ousmane Cissé en prison. Pendant que le président Mohamed Bazoum effectuait une visite d’État en Turquie, du 9 au 13 mars dernier, pour l’achat de matériel militaire de près de 200 milliards de francs CFA, les Services de renseignement ont déjoué une seconde tentative de coup d’État à Niamey.